Vœu de chevalier et retrouvailles
Le chapitre final à cette histoire, plus léger que le reste de la fanfiction. Arthur fait tourner tout le monde en bourrique, mais il a le droit : il est Roi de Bretagne après tout. Nos deux « amoureux » se retrouvent. J'essaie de ne pas trop en dire pour laisser à chacun le soin d'interpréter les choses ;)
Je n'exclus pas d'écrire d'autres fanfictions sur ce couple si je trouve le temps, l'envie et l'inspiration. Si vous avez des suggestions ou des réactions, n'hésitez pas à les formuler dans les commentaires. Merci à tous mes lecteurs et commentateurs ! :)
Arthur avait entre les mains deux lettres envoyées par sa demi-sœur, Anna.
La première lettre, très officielle, cachetée avec le sceau du Royaume d'Orcanie, était adressée au « Roi de Bretagne ». Elle lui annonçait en substance qu'Anna, Reine d'Orcanie, viendrait en visite à Kaamelott dans trois jours.
La deuxième lettre, interceptée par les espions d'Arthur, était adressée à Loth. Arthur ne put résister à la curiosité d'ouvrir le petit pli parfumé et de parcourir les premières lignes du message. Le début de la lettre laissait peu de place au doute sur le reste du contenu passionné. Arthur ne put en terminer la lecture tellement les propos étaient enflammés et impudiques (et pourtant, il avait grandi à Rome !).
Loth rentrait précisément dans trois jours. Arthur essayerait d'organiser tout ça et tâcherait d'éviter de croiser sa demi-sœur le temps de sa venue. Après cette lecture instructive, il n'était pas sûr de pouvoir croiser son regard sans rougir. Sous les montagnes de glace d'Anna d'Orcanie, le feu d'un volcan couvait.
Loth revenait tout juste de la « petite mission dans une grotte à quelques jours de marche de là » dont lui avait parlé le Roi Arthur. Il avait combattu des gobelins et trimbalé des babioles inutiles sur plusieurs kilomètres. Certes, il avait vu du pays, mais une grande lassitude l'envahissait. Dans la cour du château, Arthur venait à sa rencontre.
« Ah, Loth, vous voici de retour ! Comment s'est passée l'expédition ? »
Loth haussa les épaules et lui montra les divers objets. Arthur se contenta de balayer du regard les babioles. Comme Loth s'en doutait, cette expédition avait surtout pour but de lui faire prendre l'air.
« Pendant que j'y pense… Que diriez-vous de vous installer dans la chambre d'amis vide au dernier étage ? Elle possède un lit plus grand et est mieux orientée que votre chambre actuelle. On y fera monter vos affaires. »
Loth ne pensa rien de ce brusque déménagement. Pour le moment, il était installé dans une petite chambre d'amis au premier étage et il ne se servait de cette pièce que pour lire et dormir. L'emplacement dans le château lui importait peu.
« Cela me fait penser que vous n'avez pas fait de vœu de chevalier. Un détail à régler que le Père Blaise m'a… gentiment rappelé. Je vous laisse vous poser et on en reparle dans quelques heures ? Je serai avec le Père Blaise dans la salle de la Table ronde. »
Le Roi était reparti aussi vite qu'il était arrivé, laissant Loth seul dans la cour avec sa fatigue et ses breloques inutiles volées aux gobelins.
Au plus grand plaisir du Père Blaise, Loth avait commencé à lire les récits chrétiens pour s'éduquer un peu et pouvoir faire vaguement illusion si on lui posait des questions sur le sujet (Le Paradis ? Dieu ? Le Graal ? Jésus ?). Ces récits ne manquaient pas de valeurs : piété, honneur, sacrifice, courage… Tous ces trucs-là.
On lui demandait de choisir un vœu de chevalier à respecter ? Loth soupira tristement. Il n'avait pas besoin de chercher très loin. C'était tout trouvé.
Dans la salle de la Table ronde, le Père Blaise et le Roi Arthur se regardaient, mal à l'aise.
« Vous êtes sûr de vouloir formuler ce vœu ? Il semble aller… à l'encontre de vœux que vous avez déjà faits… » demanda Arthur en fronçant les sourcils.
« Bof… Vous savez, ça m'engage plus à grand-chose maintenant. » répondit Loth avec un sourire triste et résigné.
« Seigneur Loth, vous êtes au courant que ce vœu doit être tenu ? Il s'agit d'un acte de piété fort ! » affirma le Père Blaise.
Face au haussement d'épaules de l'intéressé, le Père Blaise se tourna vers Arthur.
« Sire, je dois marquer ça dans le bouquin ? Est-ce que c'est vraiment sérieux ? »
«Loth, écoutez… Je vous laisse quelques jours pour réfléchir parce que ça nous semble un peu… bancal sur le plan juridique et pratique tout ça. » affirma Arthur.
Arthur se tourna vers le Père Blaise : « Vous, vous marquez son choix en tout petit. S'il doit en changer, vous réécrirez par-dessus et vous ferez de belles enluminures et puis c'est marre. »
Arthur se mordait l'intérieur de la joue pour s'empêcher de rire. Il savait que sa demi-sœur arrivait tard dans la soirée. La nuit allait être magique ! Il aurait voulu devenir une petite souris pour assister à ça. Ou pas.
Loth était installé dans sa nouvelle chambre. On avait fait monter ses affaires en vrac et il tentait d'y mettre un peu d'ordre. Il était tard. La journée du lendemain s'annonçait longue.
On frappa doucement à la porte. Il n'attendait personne, c'est pourquoi il ouvrit la porte avec circonspection. Sa femme en habit de voyage se tenait sur le seuil. Elle souriait et ses yeux brillaient d'une lueur inhabituelle.
« Vous, ici ?! », s'exclama Loth.
Sa surprise et sa confusion étaient totales. Que pouvait bien faire sa femme à Kaamelott à cette heure tardive ? Elle n'avait normalement pas le droit d'être là. Il espérait qu'elle n'avait pas pris de risques pour venir.
« Vous avez l'air surpris de me voir ? Vous ne m'attendiez pas ? Vous n'avez pas reçu mes lettres ? » rétorqua-t-elle, surprise à son tour.
« Je… Quelles lettres ? » répondit-il, toujours en proie à la confusion.
Anna ferma les yeux, crispa la mâchoire et réprima un soupir d'exaspération. Bien sûr. Arthur avait eu trop peur que l'incident avec Excalibur s'ébruite et avait préféré couper toute communication entre eux. Voilà qui expliquait bien des choses. Elle espérait simplement que son demi-frère avait eu la délicatesse de ne pas lire ses messages. Certains écrits étaient un peu… privés.
Chaque chose en son temps. Elle avait passé plusieurs jours en carriole pour venir jusqu'ici. Elle avait anticipé ces retrouvailles et ne voulait pas gâcher le moment. Elle n'avait pas besoin de lettres ni de mots : elle allait lui expliquer avec des gestes. Anna se concentra sur ses émotions et ses envies. Cela faisait tellement longtemps…
Elle entra dans la pièce et referma la porte derrière elle. La chambre était austère, mais le grand lit avait l'air accueillant. Elle poussa son mari sur le lit et se plaça à califourchon sur lui. Elle lui prit les mains et les posa sur ses hanches, puis commença à dénouer sa chemise. Il la laissait faire, interdit. Elle constata avec ravissement que la vilaine blessure au cou s'était refermée et que son mari avait gagné un peu de muscle ces dernières semaines. Ils allaient passer une bonne soirée.
« Un vœu d'ABSTINENCE ? Vous vous fichez de moi ?! » hurla Anna en fulminant.
« Je suis désolé. Je ne savais pas que vous viendriez. Je n'ai pensé à rien sur le moment… Je… » s'excusa-t-il platement.
« Mais pourquoi ne pas avoir fait vœu de… de… je ne sais pas, moi ! Mais tout sauf ça ! Vous êtes marié, je vous le rappelle ! »
Sa femme avait brisé leur étreinte et s'était levée brusquement, le laissant seul sur le lit, la chemise défaite. Loth était complètement perdu.
« Je ne vous comprends pas… Je pensais que cela vous importerait peu. Vous ne cessez d'exprimer votre dégoût pour moi depuis… toujours… Et vous me refusez votre lit depuis pratiquement… »
« Taisez-vous ! » cria-t-elle.
Elle regretta instantanément de s'être emportée. Les injonctions à se taire étaient un mauvais réflexe qui revenait quand elle était en colère. Dans ces moments-là, elle ressemblait à sa mère et à sa tante et elle se détestait pour ça.
Anna vit son mari se crisper, comme s'il s'apprêtait à essuyer un coup. Voyant que rien ne venait, il avait baissé les yeux et s'était muré dans le silence, attendant que l'orage passe. Elle revint vers lui et lui caressa doucement les épaules.
« Non, je suis désolée. Pardon. Ne vous taisez pas… non. Embrassez-moi. Caressez-moi… » Elle ponctuait ses phrases de baisers un peu partout sur le corps de son mari : dans le cou, en insistant sur la longue cicatrice qu'elle avait causée il y a peu de temps, sur les lèvres, sur les joues, sur le torse.
« Et mon vœu d'abstinence, alors ? » lui demanda-t-il d'une voix penaude, ne sachant pas comment accueillir les gestes d'affection de son épouse.
« Vous irez changer ça demain. C'est un ordre. » Elle reprit ses caresses et ses baisers. « En attendant, si vous tenez absolument à ce serment ridicule, rien ne nous empêche d'être… créatifs. »
Elle resserra encore son étreinte pour lui parler dans le creux de l'oreille.
« Que diriez-vous de refaire ce que nous avions fait au mariage de votre vassal Galessin ? Il me semble que c'était plutôt plaisant. Vous vous en souvenez ? » lui murmura-t-elle d'une voix chaude.
La lueur enflammée dans le regard du Roi d'Orcanie ne laissait pas de place au doute. Oui, il se souvenait de cette soirée.
« Ou encore sur le bateau, à notre retour d'Irlande ? C'était… très agréable. »
Les pupilles de Loth se dilatèrent. Il se souvenait aussi de cette longue traversée. Il avait la bouche sèche.
« L'abstinence, cela ne concerne pas ce genre de choses. » lui affirma-t-elle d'une voix sensuelle.
« Vous en êtes sûre ? » parvint-il à articuler.
Elle acquiesça tout en continuant à le déshabiller. Les mains de Loth, jusqu'à présent crispées sur les hanches de sa femme, se glissaient désormais lentement sous sa robe. Leurs respirations s'accélèrent. Alors qu'il s'affairait à dénuder les épaules de son épouse, Loth constata avec plaisir qu'elle portait son anneau autour du cou.
À la place des gifles et des coups habituels, les « Je vous aime » de Loth recevaient désormais des soupirs de contentement en réponse. Sous les caresses de son mari, Anna ne parvenait déjà plus à former des phrases cohérentes. Cependant, Loth crut discerner les mots « cheval », « Tintagel » et « armure d'apparat ». Il creuserait tout cela plus tard. Pour le moment, il avait à faire.
Le Père Blaise aurait sans aucun doute trouvé à redire à cette interprétation très personnelle du vœu d'abstinence, mais Anna n'en avait que faire. Et Loth s'était laissé rapidement convaincre par cette interprétation plus souple. C'était leur soirée de retrouvailles et rien ne pourrait gâcher cet instant.
Dans la salle de la Table ronde, le Roi Arthur et le Père Blaise recevaient Loth à l'occasion d'une audience improvisée.
« Tout compte fait, le vœu d'abstinence n'était peut-être pas une idée bien brillante. J'y ai réfléchi et cela va un peu à l'encontre de mes vœux de mariage, n'est-ce pas ? » expliqua Loth en baissant les yeux.
Le Père Blaise regardait le chevalier d'un air noir. Arthur dissimulait son hilarité grandissante avec sa main placée sur sa lèvre inférieure qu'il mordait pour éviter d'exploser de rire.
« Ce revirement n'a rien à voir avec le fait que la Reine Anna soit arrivée dans la nuit bien sûr ? » demanda froidement le Père Blaise.
« Non, bien sûr… non… » Une rougeur se diffusait lentement sur les joues du Roi d'Orcanie.
Arthur inspira un grand coup avant de prendre la parole.
« Loth, je vous propose de prononcer un vœu de noblesse. »
« Un vœu de… noblesse ? » répliqua l'intéressé.
« Vous vous engagez à rester fidèle à la femme que vous avez choisi d'aimer. Jusqu'à la mort. » annonça Arthur.
« C'est… beau. Cela me semble bien. » répondit Loth avec un sourire.
« On est parti pour ça alors. Père Blaise, vous notez ? »
Le prêtre grommela un « oui » dans sa barbe, visiblement mécontent de devoir raturer ses écrits.
« Loth, avant de partir… Tenez ! » annonça Arthur en lui tendant un paquet de lettres. « Des lettres perdues. Les pigeons, les messagers… tous des incapables. Aucune question, par pitié. Allez, filez. Je crois que votre femme vous attend. »
Loth d'Orcanie saisit le paquet d'une vingtaine de lettres qu'Arthur lui remettait. Interloqué, il commença à ouvrir la petite lettre parfumée placée tout en haut de la pile alors qu'il quittait la pièce.
Le Roi Arthur et la Reine Guenièvre étaient dans leur lit. Comme pratiquement tous les soirs, Arthur lisait et Guenièvre tentait d'amorcer la conversation.
« Dites donc… Ça remue drôlement là-haut. On dirait qu'on se bat et qu'on bouge les meubles. Je me demande ce qu'il peut bien se passer ? » s'interrogea Guenièvre d'une voix candide.
Arthur leva les yeux de son parchemin pour se concentrer sur les bruits divers qui provenaient effectivement de la chambre au dernier étage. Les bruits ne laissaient aucun doute sur la nature des « échanges ». Il n'y avait pas matière à s'inquiéter.
« Les jeunes mariés… vous savez ce que c'est ! » répondit-il en souriant d'un air satisfait, avant de se replonger dans son parchemin.
