Lily ? C'est toi ?

Ce matin, le réveil ne sonne pas. Je n'entends rien. Harland n'est pas là pour faire du bruit ? L'air sent légèrement la citronnelle, et je pense que c'est encore Delaney qui est venue nous asperger de parfum.

Je ne comprends pas. Je ne me rappelle de rien. Juste de chocolats douteux puis d'un début d'engueulade à la bibliothèque.

Mes souvenirs s'arrêtent au moment où je donne un coup de poing à Harland. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Je me souviens juste du fait que j'étais particulièrement fier de moi : j'avais réussi à donner un coup de poing à quelqu'un ! Je n'ai jamais su me battre. Jamais. Mon père a toujours dit que se battre avec les poings c'est indigne. "On est des sang-purs, on ne se bat pas comme des moldus ! Avec nos baguettes ou avec les mots, c'est bien mieux."

J'essaye de faire bouger mes doigts, mais ce simple geste me fait esquisser une grimace de douleur. C'est fou ce qu'un simple coup de poing peut faire mal. Finalement, peut-être plus à celui qui donne qu'à celui qui reçoit...

Intrigué par le calme ambiant, j'ouvre les yeux.

J'aurais vraiment mieux fait de les garder fermés. J'aurais pu rêver encore un peu, avoir de l'espoir.

Autour de moi, je vois un rideau blanc. Que ça. Le lit dans lequel je suis allongé est froid, aucun rapport avec celui de mon dortoir.

Je lève mon bras pour tirer le rideau qui m'empêche de voir où je suis. Mais, au dernier moment, j'entends une voix (oui, je suis sûr que je ne suis pas fou) que je reconnais comme étant celle de l'infirmière de Poudlard.

-... Scorpius... Combat...

Oh, non ! Mon prénom ! Je tends d'avantage l'oreille. Tout est toujours plus intéressant quand on parle de moi.

- ...Vous comprenez... Le choc...

Malgré la distance, j'arrive à distinguer certains mots.

- Le sortilège... Jamais s'en remettre...

Je déglutis difficilement. Je sais que l'on parle de moi, et ce que l'on dit ne m'enchante pas vraiment.

Puis, une autre voix parle à son tour. Une voix que je reconnaîtrais entre mille.

Ma mère.

- ... Plus de danger... Mourir... Maison... Son père... Ministère... Harland immédiatement... Dortoirs... Amis... Chercher... Besoin...

Je ne comprends rien. J'ai beau y mettre toute la volonté du monde, je me rends compte que cela ne sert à rien quand je crois entendre le mot "chou-fleur".

Je soupire puis tente de me relever. Ma tête tourne alors soudainement. Non, tout tourne autour de moi. Je suis dans une attraction moldue. Comment ça s'appelle, déjà ? Le grand huit ? Je crois. Bah c'est un peu pareil.

Ça tourne trop. Je ne tiens plus assis et, avec de gros efforts, réussis à me rallonger. Une soudaine envie de vomir me vient et, laissant mes pulsions s'exprimer, je dégueule sur la moquette sans aucune classe et sans aucune dignité.

Puis, étrangement, je trouve ça drôle. Alors je ris et je vomis en même temps... Rien de beau à voir. Avant je me détestais, maintenant je me dégoûte.

Ouah, c'est fou tout ce que contient mon ventre ! Si j'avais su, j'aurais moins mangé à midi !

Euh, dites, pourquoi j'ai la drôle d'impression d'avoir bu ou fumé quelque chose ?

Entre toutes ces réflexions dignes du plus grand philosophe, la discussion des deux femmes a cessé et je les entends venir vers moi.

Je vois une main pâle retirer le rideau blanc. Le visage inquiet de ma mère apparut alors. Elle avait de grosses cernes.

- Scorpius ! Tu vas bien ? me demande t-elle.

- T'as des grosses cernes ! est la seule chose que je réponds, avant de glousser comme un dindon.

Ma mère me regarde moi, puis Mme Pomfresh. D'habitude, je ne suis pas expressif du tout (un Malfoy, quoi). L'infirmière me jette un regard désolé puis s'exclame :

- Scorpius, je suis désolée si tu te sens un peu patraque...

- Moi ? Je suis en pleine forme ! je réponds.

Je tente à nouveau de me lever, mais je suis à nouveau pris de tournis. Je chantonne :

- Tournicoti, tournicota...

- Je disais donc, reprend la femme, que je t'ai donné quelque chose de très puissant pour te guérir. Tu vas rester couché un bon mois, puis...

- UN MOIS ? m'écriai-je. Meuh non, j'suis hyper en forme, j'vous dis !

Ma mère pince les lèvres. Elle aurait sûrement préféré me voir évanoui. Mme Pomfresh s'éloigne puis revient, une seringue à la main. Elle prononce une formule magique puis me dit :

- Scorpius ? Tu veux un bonbon ?

- Oh ouiiiiiii ! m'exclamai-je, comme si j'avais 5 ans.

- Alors il faudra juste que tu nous laisses te piquer.

- Ça fait pas mal ?

- Non. Ça ne fait pas mal, répète l'infirmière en ancrant ses yeux dans les miens. Tu acceptes ?

- Oui. Mais seulement si j'ai un bonbon !

Ma mère me regarde de travers. Mme Pomfresh, elle, sourit. Cette dernière prend la seringue et me l'enfonce dans le bras.

Mme Pomfresh a menti. La piqure fait très, très mal.

.oOo.

Au réveil, la même odeur, mais pas le même silence. Je crois entendre la voix de mes amis.

Je ne peux presque pas bouger, tant le produit injecté est puissant. Je tente de faire bouger plusieurs parties de mon corps, et seul mon visage a un peu de liberté.

Je n'ai mal nulle part, ce qui est un très bonne nouvelle, et je n'ai pas non plus l'impression d'être totalement bourré. Tant mieux.

J'entends des bruits de pas qui s'approchent du lit dans lequel je suis allongé, puis le rideau est tiré.

Je vois le visage de Delaney et de Eamon. Inquiet, je demande :

- Où sont les jumeaux ?

Delaney me jette un regard noir, avant de soupirer d'exaspération. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

Comme aucun des deux ne semble décidé à me répondre, je redemande :

- Eamon ? Delaney ? Où est Osarius ?

Delaney me regarde droit dans les yeux, et les siens, noirs, me lancent des éclairs.

- Au dortoir.

Je regarde Eamon, cherchant désespérément une réponse. Son visage est fermé et inexpressif, et il fuit mon regard

- Et Harland ?

Delaney se lève d'un seul coup, et si mes muscles n'étaient pas réduits à néant, j'aurais sursauté à coup sûr.

- Tu oses demander où est Harland ?

Je ne comprends rien à rien. Je ne suis pas stupide quand même ! Juste amnésique...

- Je...

- Ta gueule. Ferme ta gueule avant que ce soit moi qui m'en charge.

Delaney Parkinson n'est pratiquement jamais en colère, alors à ce point là... Je sais, je ferais mieux de me taire. Mais il faut qu'elle comprenne ! Je ne me souviens plus de rien !

- Écoute, je ne me souviens plus de rien et...

- TA GUEULE ! Mais t'es sourd en plus d'être violent ?

Sans faire attention, je fronce les sourcils. Je n'ai jamais fait usage de la violence. Sauf hier, mais c'était différent. Delaney lève les yeux au ciel et s'exclame :

- Parce que oui, Scorpius Malfoy, en plus d'être méchant, t'es con, égoïste et tout ce que tu veux ! T'es horrible, mesquin... T'es imbuvable et tu te trouves génial !...

Si elle savait qu'en réalité je pense tout le contraire !

- ... Tu crois que tout le monde t'aime alors que c'est tout le contraire ! Les gens te détestent, tout autant que moi !

Et elle prend son sac, s'en va et fait claquer la porte derrière elle, sans prêter attention aux protestations de Mme Pomfresh.

Je me tourne vers Eamon, avec l'espoir qu'il me dise qu'il me trouve génial, et, surtout, qu'il me dise ce qu'il s'est passé.

- Comprends-la, elle aimait bien Harland. C'est normal qu'elle craque.

- Mais... Il s'est passé quoi ? Je ne me souviens plus de rien, tu sais et...

- Tu sais, tu peux arrêter ton petit sketch. Delaney est partie.

Quoi ? Quel sketch ? Je dis la vérité et il croit que c'est une blague ! En plus, mon humour est mille fois mieux...

- Mais je ne blague pas !

- Bon, fait Eamon en se levant. Je te laisse. Dès que tu es prêt à assumer tes actes, tu reviens vers moi. Je n'ai pas oublié que tu as toujours été là pour moi. Donc rappelle moi quand tu es enfin sorti de ton délire.

A son tour, il récupère son sac puis s'en va. Je me retrouve seul. Mais, à peine la porte s'est elle refermée qu'elle s'ouvre à nouveau, laissant entrer une fille. Une Gryffondor.

Je plisse les yeux mais la fatigue me rattrape.

- Lily ? C'est toi ?

La silhouette s'approche, mais j'ai beau tout faire pour lutter, la sommeil m'emporte.

- Lily ... ? fut mon dernier mot, avant de sombrer dans les profondeurs du monde des rêves.