Peut-être

Nous allons donc nous ranger en attendant le professeur de défense contre les forces du mal, qui a eu la bonne idée de rajouter une heure de cours dans la semaine.

Rien que pour ça, Mr Jones mérite d'être viré. Après, je ne suis pas certain que Mac Gonnagall approuve totalement la décision. Tout est une question de point de vue...

Mr Jones arrive enfin, avec dix minutes de retard et son affreuse calvitie qu'il tente tant bien que mal de cacher (plus mal que bien, après courte réflexion).

Nous montons donc trois marches d'escalier pour arriver dans la salle. Je suis certain que Mme la Directrice lui a donné cette salle car il n'arrivait pas à se repérer dans les couloirs.

Je me souviens d'une fois lors de laquelle, Mr Jones m'a demandé où étaient les toilettes. En tant que Malfoy, je l'ai ignoré et regardé de travers. Bon, je me suis pris une heure de colle après, mais ça ne compte pas.

Au moins, ce professeur n'a pas peur du ridicule (c'est pour moi un défaut, mais bon).

La salle sent la transpiration, comme toujours, et je regrette de ne pas avoir pensé à prendre des pinces à linge (si, si, les sorciers en utilisent parfois).

Je vois, comme une explosion au ralenti, Charlotte-chaudron (on a toujours été forts pour les surnoms dans la famille) sortir un flacon de parfum, avant de parfumer la pièce.

Du coup, je me retrouve à sentir la rose, alors que mon père m'avait acheté un parfum spécial, devenu inutile à 100%.

Tout le monde agite la main devant son nez afin de faire disparaître l'odeur écœurante. Mr Jones se lève et va ouvrir la fenêtre pour aérer la pièce, et je me prends la tête entre les mains. Pourquoi n'a t-il pas tout simplement jeté un sort pour le faire, au lieu de traverser toute la pièce ?

Je soupire.

Je vais m'assoir au fond de la salle, où un joli pupitre vide m'attend. Je me laisse tomber lourdement sur la chaise. J'ouvre mon manuel, sans porter attention aux petits cailloux qui volent dans tous les sens et aux cris du professeur qui essaie de faire régner l'ordre.

Je sens plus que je vois Charlotte-chaudron prendre place à côté de moi. Elle est à ma gauche et le courant d'air envoie donc toute l'odeur dans ma direction.

- Je peux me mettre là ? me demande-t-elle.

Bah maintenant que tu es assise, tu veux que je te dise quoi ?

- Oui, vas-y, répondis-je finalement avec un sourire crispé car absolument pas sincère.

- Merci, répond ma nouvelle voisine de table.

Je vois qu'une autre fille s'approche de notre table, puis s'assoit à son tour, à ma droite, je suis donc pris en sandwich. Bellvina Sorpime. Évidemment. L'une ne se déplace jamais sans l'autre, c'est une des leçons qu'il faudrait vraiment que j'intègre.

- J'ai hâte que le cours soit fini ! dit la nouvelle arrivée.

- Pourquoi ? je demande, espérant que ce n'est pas de ma faute, sinon le plan ne marchera jamais.

- J'ai besoin de bronzer avant l'hiver. Profiter des rayons du soleil, même s'il y en a peu en octobre.

Même si je n'en attendais pas moins d'elle, je ne peux m'empêcher d'être soulagé. Je souris à Bellvina, et elle me rend mon sourire.

- Vous faites quoi pendant les vacances ? demande Charlotte, légèrement mise à part.

Je me tourne vers elle puis lui réponds d'un air affreusement supérieur :

- Je vais en France. Mes parents ont deux manoirs et des terres là-bas.

Charlotte laisse échapper un soupir admiratif, puis demande :

- Tes parents ont combien de propriétés en tout ? Dix ? Vingt ?

Je souris. Elle est si loin de la vérité !

- La dernière fois que j'ai posé la question, nous devions être aux alentours de 63.

- 63 ? Mais c'est énorme !

J'hausse les épaules.

- Vous savez, depuis toujours, ma famille collectionne les terrains, si bien qu'il doit y en avoir plusieurs qui nous appartiennent mais qui nous sont inconnus. Ma mère a fait un grand travail de recherches, et en a découvert quinze inconnus.

Je vois Bellvina esquisser un sourire. Je sais qu'elle pense se spécialiser dans l'histoire, et plus précisément celle de la guerre, du côté des mangemorts. Mais je ne sais pas pourquoi elle sourit.

- Elle continue, mais c'est de plus en plus difficile, car beaucoup de nos châteaux sont protégés par une barrière magique, interdisant à tout étranger de s'approcher. Ma mère suppose que ces sortilèges auraient été jetés par mon grand-père Lucius. Lucius... Il aurait surprotégé toutes le propriétés. A partir du jour où il s'est fait poser la Marque...

Je grimace, cela me rappelle de très mauvais souvenirs. Par exemple que mon père a été le plus jeune de toute l'histoire à recevoir la Marque des Ténèbres.

- ... Il est devenu totalement parano. Il pensait que tout le monde voulait sa mort et celle de sa famille. Il l'aimait, pourtant, avant de la détruire. Mais la paranoïa lui a fait perdre tout sens commun. Il a obéit aveuglément à "Son Maître", comme il disait.

Je sens une larme rouler sur ma joue, à présent, et je ne réfléchis même plus à ce que je dis, je sais, ne me demandez pas pourquoi, que Charlotte et Bellvina vont garder le secret si je leur demande.

- Puis mon père est né. Le petit Draco, celui que sa mère aimait tant. Mais Lord Voldemort s'en est mêlé. Encore. Et c'est qui a dicté les "bonnes" méthodes d'éducation.

Je ris, d'un rire sans joie.

- Il s'en est bouffé, des Doloris. A chaque fois qu'il avait une moins bonne note que Granger, un Doloris. Tu arrives en retard ? Un Doloris. Tu manges pas, parce que la peur te noue l'estomac car le Lord dort sous ton toit ? Un Doloris. Que ça, tout le temps. Lucius Doloris sur Doloris, mon père a petit à petit réussi à dompter la douleur physique, et à résister, parfois.

Je soupire. Je n'avais jamais parlé de ça à qui que ce soit, avant. Pas même à Lily.

- Mais le Lord a encore trouvé la solution au problème : Draco va se faire poser la Marque. Et si mon père a participé à cette guerre, ce n'est pas parce qu'il approuvait les idées.

Les deux filles me regardaient de travers, à présent. Ce sont des Serdaigle et leur parents n'ont pas les idéaux tordus des Serpentard. Elles ont vraiment beaucoup de chance, sans le savoir.

- Vous savez, s'il n'avait pas été élevé comme ça, je n'aurais pas été odieux, méchant et égoïste. En fait, je n'aurais même pas été. Mes parents, c'est un mariage arrangé. Cela ne les empêche pas de m'aimer, ni de s'aimer. Mais c'est un amour contraint. Au départ, Astoria et Draco n'étaient que deux enfants qui se croisaient dans les couloirs en se disant vaguement bonjour.

Je déglutis. Je raconte ma vie et celle de mes parents à des filles que je ne connais pas. Je n'ai plus aucune Malfoy-attitude.

- Le plus beau, ce n'est pas qu'ils aient réussi à s'aimer, ni qu'ils aient réussi à fonder une famille ou encore à aimer leur fils. Le plus beau, c'est l'amitié et la confiance mutuelle qui les lie constamment. Ils ont été amis et confidents avant d'être mari et femme. Et c'est beau. Malgré toutes les épreuves très difficiles traversées, mon père et ma mère ont toujours été là l'un pour l'autre.

Je souris, avec une tendresse que même moi je ne pensais pas posséder.

- Et aujourd'hui encore, alors que la guerre est terminée et que Lucius et Narcissa sont morts, mes parents se font confiance et s'aiment comme des adultes qui auraient fait leurs choix. Pris leurs décisions.

Je sens à nouveau les larmes chaudes rouler sur mes joues, mais je ne me retiens pas.

- Moi, je suis incapable d'en faire autant.

Je me laisse pleurer devant Charlotte et Bellvina, deux filles à qui je n'avais jamais adressé la parole jusqu'à aujourd'hui.

Je sens deux bras m'entourer. Je me laisse faire.

J'ai tant manqué d'amour. J'ai tant manqué de gestes affectifs.

Les bras qui m'entourent m'apportent la chaleur humaine qui m'a toujours manqué, et je me blottis d'avantage.

D'autres bras viennent m'entourer. Je lève les yeux et découvre Charlotte et Bellvina.

Toutes les deux ont les yeux rivés sur moi. Je comprends à présent pourquoi toutes deux semblent plus proches que les autres filles du groupe.

Je les avais si mal jugées.

Peut-être se sont-elles reconnues dans mon histoire et celle de mon père.

Peut-être qu'elles aussi jouent constamment un rôle.

Peut-être qu'elles et moi pourrions devenir amis.

Peut-être plus.

Peut-être.