Elladora Yaxley
Je me réveille.
J'ai un de ces mal de tête ! J'ai bu, hier ?
J'ouvre les yeux.
Je ne vois que le vert brodé d'argent du rideau de mon lit à baldaquin, et cela me rassure.
J'ai fait un rêve horrible, cette nuit. Le Seigneur des Ténèbres était revenu à la vie, et j'étais devenu son bras droit.
J'ai tué des gens, cette nuit. Des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants, des bébés.
J'ai brisé des familles, des couples, cette nuit.
J'ai vécu un traumatisme, hier. Jamais je n'aurais dû parler de la guerre. Cela m'a rappelé trop de souvenirs.
Cela m'a ramené à l'époque lors de laquelle je cherchais des informations sur la guerre. J'étais tout petit. Six ans et demi. J'avais cherché, puis j'avais trouvé.
J'avais trouvé des photos.
J'avais vu le deuil des familles, la mienne comprise. J'avais vu les corps calcinés, déchiquetés. J'avais vu les détraqueurs dans les rues. J'avais vu Nagini.
Et, surtout, j'avais vu Lord Voldemort.
Et, à cet instant, j'étais persuadé que cet homme n'en était pas un.
Un homme ne peut pas en tuer d'autres, les voir souffrir, les torturer. C'est impossible.
Toutes les nuits, j'ai pleuré, de peur qu'il revienne. Alors que je ne l'avais jamais rencontré en chair et en os. Mon père a dormi avec le Lord sous son toit. Peut-être aurait-il pu aller à Gryffondor, s'il n'avait pas eu toute cette Malfoy-attitude en lui.
Je ne sais pas, et je ne saurai sûrement jamais.
Je me frotte les yeux, encrassés de sommeil. Je repousse les couvertures, puis regarde l'heure. Il est exactement 7 heures 30. Nous sommes mardi, je commence à 9 heures. Tout va bien, j'ai le temps de me préparer.
Je vais dans la salle de bain, sans porter attention aux lits vides de mes camarades de dortoir. Arrivé, je prends une douche, m'habille puis mets, comme d'habitude, le légendaire gel des Malfoy.
Je descends les escaliers et vais manger. Je prends une tartine et du jus d'orange, mange tout ça en vitesse, puis vais retrouver mes nouvelles amies, assises sur les marches en pierre du hall.
- Salut les filles ! fis-je, avec un sourire charmeur et resplendissant.
- Salut ! me dit Amanda avec son habituel battement de cils.
- Hey ! me dit à son tour Charlotte, avec un léger signe de la main.
Depuis hier, Bellvina et elle ne se comportaient plus de la même façon avec moi. Elles ne me prennent plus pour un beau garçon juste bon à être dragué. Et je préfère ça.
- Tu as déjà fait connaissance avec Bellvina, Charlotte et moi, dit Amanda.
- En effet.
Mes deux camarades de cours de Défense contre les forces du Mal me sourirent avec gentillesse. Je me dis que j'ai beaucoup de chance d'avoir croisé leur route.
- Le cours de soins aux créatures magique sera donc l'occasion de faire connaissance avec Druella, Sarah et Mina, qui sont toutes les trois à Poufsouffle.
Ah bah oui, quelle chance !
- Je suis heureux de le savoir, fis-je, froid malgré moi.
Charlotte et Bellvina sont à Serdaigle, Druella, Mina et Sarah à Serdaigle et Amanda à Gryffondor sont ma priorité. Il faut que je sache si Lily et moi pouvons les rayer de la Liste ou non.
Les filles à Serpentard, je verrai après. Une chose après l'autre.
J'entends la cloche retentir, et je me dirige vers le rang des Serpentard. Hagrid arrive et nous emmène à la lisière de la forêt.
J'ai peur et hâte. Quelle créature tordue va-t-il encore nous faire découvrir ? Est-ce un animal méconnu du grand public ?
Me souvenant de l'avis de mon père sur les scroutts à pétard, je calme ma joie, certain que l'être vivant sera plus moche que le Lord lui-même.
Je mets mes mains dans mes poches, convaincu que ce cours sera passionnant (vous sentez l'ironie ?).
Druella plongea ses yeux dans les miens.
Sa peau de porcelaine, ses cheveux blancs sans aucun épi, aucune imperfection (oui, c'est moi qui parle) me donnaient l'impression d'avoir une poupée devant moi. Cette simple idée me fit frissonner.
Il paraît que certains confondent son frère Pollux avec moi. Mis à part nos cheveux blancs et notre peau toujours pâle, nous n'avons rien en commun. Il a les yeux noisette et prend les gens comme des esclaves (absolument pas comme moi).
Je le déteste, peut-être même plus que sa sœur.
Elle se tient donc devant moi, son yeux plongés dans les miens. Elle se détourne finalement, avec un sourire timide qui n'a rien de vrai.
Je sens soudain deux mains se poser sur mes yeux.
- Devine qui c'eeest ! fit une voix stridente avant de glousser.
La fille sent bizarre. Un mélange de melon trop mur et de vanille. Je me force à ne pas me boucher le nez, par respect pour l'inconnue.
- Je ne sais pas, dis-je pour la faire partir.
- Deviiiiine !
Je soupire intérieurement, puis pose mes mains sur celles de la fille.
Pars ! Pars ! Tu me casses les oreilles ! dit ma conscience.
Et je suis d'accord avec elle.
- Je ne sais pas qui tu es ! Tu peux enlever tes mains, s'il te plaît ?
J'ai dit le mot magique. Je veux rester poli, malgré ma colère intérieure. La fille glousse de nouveau, puis colle encore plus ses main sur ma peau.
Je me tends imperceptiblement. Je ne suis pas habitué au contact physique, et encore moins avec des filles que je ne connais pas.
Partagé entre panique et colère, je ne bouge pas.
- Plus jamais je ne me laverai les mains ! fit Miss Chiante à des gens que je suppose être ses amis.
Je ne vois toujours rien, et ça devient vraiment lourd. Je sens la colère monter, puis je m'exclame, ayant perdu tout sang-froid :
- Tes mains ! Bouge !
- Je... fit la fille, sans bouger.
- BOUGE !
Enfin, je retrouve la lumière du jour et je me sens immédiatement mieux. Ma colère s'apaise et je me retourne, pour voir une fille.
Je la reconnais immédiatement.
Elladora Yaxley. Celle à qui j'ai été fiancé dès ma naissance. Celle qui sera ma future épouse. Elle est à Serpentard, comme moi.
Je déglutis. Elle a toujours été très jalouse. Je pense qu'elle a vu que je commençais à traîner avec d'autres filles que Delaney, et que cela ne lui a pas plu. Elle est sur la Liste pour ces raisons, d'ailleurs.
Elladora semble franchement mécontente.
- Scorpius, j'aurais besoin de m'entretenir avec toi quelques instants, dit-elle.
Malgré son ton menaçant, je réponds, froidement :
- Pas maintenant. Nous sommes en cours.
Je me tourne vers le professeur puis l'écoute. Je sens qu'Elladora m'en veut énormément. Je la respecte et lui obéis à peu près, en temps normal.
- A la fin du cours, Malfoy, me dit-elle.
J'hoche la tête. Je vais passer un sale quart d'heure.
