La course du temps
Auteur : PlumePlume
Disclaimer : l'univers et les personnages de Supernatural appartiennent à ses créateurs et je ne tire aucun profit financier de cette histoire.
Spoiler : rien de particulier, je crois
Pairing : Destiel
Rating : K
En m'interrogeant sur le véritable âge de Cas, j'ai remis en question beaucoup de choses. Et voilà comment cette idée m'est venue !
Bonne lecture et rendez-vous en bas !
Castiel avait plusieurs centaines de millions d'années. Il pouvait se venter d'avoir vu naître puis disparaître les dinosaures, il avait assisté à la dérive des continents et avait observé des milliers d'espèces prendre vie, évoluer puis s'éteindre. Tout paraissait si bref, si rapide, à l'échelle de la vie de l'ange.
Comme tous les anges de sa génération, il avait l'impression qu'hier encore les humains n'étaient qu'une bande de primates velus gambadant dans la savane et tentant d'entrechoquer deux silex pour espérer créer une étincelle.
Puis arriva Dean Winchester, l'Homme Vertueux. Et tous les principes et les concepts immuables dont Castiel était convaincu se retrouvèrent bouleversés, balayés sans ménagement par cet humain si minuscule et pourtant si arrogant. La moindre de ses paroles blasphématoires aurait dû lui valoir d'être désintégré immédiatement, mais Castiel ne put se résoudre à le blesser. Ce petit être était intriguant. Il avait aiguillonné sa curiosité, et l'ange se sentait comme attiré par cette âme si étrange et chaleureuse malgré ses blessures.
Et ce fut en rencontrant ce curieux humain que Castiel ressentit pour la toute première fois la peur. Une peur affreuse et viscérale qui ne le quitterait jamais vraiment. L'ange était tout simplement terrifié à l'idée que s'il lâchait un instant l'humain des yeux, ce dernier ait disparu l'instant d'après. Que sa race se soit simplement éteinte pendant que Castiel était occupé ailleurs. Tout était si bref pour ces petites créatures.
Aussi l'ange fit tout son possible pour ne jamais quitter son petit humain belliqueux des yeux. Et plus il l'observait, plus il s'attachait. Et plus sa peur grandissait. Son inquiétude constante le rongeait et l'épuisait. Castiel en vint même, dans un accès de désespoir, à en vouloir à son Père d'avoir créé les humains si fragiles et éphémères.
Et lentement, insidieusement, le doute et la désobéissance commencèrent à faire leur chemin dans sa grâce. Castiel avait complètement délaissé le Paradis pour veiller sur son humain. Il s'émerveillait de la ténacité et de la résilience de ces créatures si fragiles, jeunes et primitives. L'âme de Dean était une éternelle source d'émerveillement. Elle le fascinait, le remuait et lui faisait ressentir des sentiments beaucoup trop forts pour un simple ange.
C'était en commençant à partager le quotidien des deux frères chasseurs – quelle étrange concept qu'étaient ces si petites fratries humaines – qu'une autre angoisse vint tirailler l'ange. Celle d'une éternité sans Dean, sans Sam. Une éternité seul, loin de ces deux chaleureuses et impétueuses jeunes âmes dont il appréciait tant la compagnie. Car Castiel aurait beau les sauver à maintes reprises, leur mort était inéluctable, inhérente à leur condition d'humains. Au même titre que l'immortalité était indissociable des anges, tel que Castiel.
Une solution à cette infinie solitude existait bien, mais l'envisager était contraire à tous les principes qu'on lui avait rabâché des millions d'années durant. Et pourtant, encore une fois, les règles et commandements divins ne furent que peu de chose face à Dean Winchester. Alors c'est en se plongeant dans ces profonds yeux verts que Castiel osa songer à la désobéissance, à la rébellion. À la Chute.
De nombreux imprévus survinrent cependant, et Castiel se retrouva, comme toujours, aux côtés des frères Winchester, de nouveau ange. Et l'angoisse qui l'avait quitté un temps lui revint comme une grande claque dans le visage.
Castiel profita d'une accalmie entre deux cataclysmes interdimensionnels pour faire enfin part de ses angoisses à Dean. Ce dernier rougit violemment puis s'enfuit. Les trois jours où le chasseur l'évita comme la peste – Castiel avait récemment appris cette expression – parurent durer une éternité pour l'ange. Et cette nouvelle sensation temporelle se révéla affreusement désagréable.
Lorsque Dean revint, Castiel sentit que son âme était plus agitée que jamais. L'ange s'inquiéta d'avoir blessé d'une quelconque manière son humain. Mais ce dernier le rassura et, dans l'intimité d'une chambre du bunker, Castiel s'autorisa à prendre Dean dans ses bras. L'ange fut terrorisé de sentir contre lui le corps de Dean évoluer à toute vitesse, ses cellules qui mouraient, d'autres qui se divisaient, la vieillesse qui altérait petit à petit chaque parcelle de cet humain déjà si éprouvé. Castiel le serra plus fort, désespérément, et l'entoura de ses ailes comme pour le protéger du temps qui s'écoulait.
Dean lui caressa doucement le dos pour le réconforter. Puis il s'écarta un peu pour regarder Castiel dans les yeux et lui promit que tant qu'ils seraient ensemble, tout se passerait bien. L'ange sentit ses yeux le picoter et ses joues chauffer. Il gardait les mains crispées sur les épaules de Dean, comme lorsqu'il l'avait tiré des enfers pour ne plus jamais le lâcher. Et Dean lui sourit tendrement et se pencha vers lui pour l'embrasser.
Ce fut alors là, ses lèvres contre les siennes, que Castiel comprit ce que Dean voulait dire. Plus rien n'avait d'emprise sur eux à cet instant. Plus d'espace, plus de temps, plus de guerres, plus de morts. Juste une âme et une grâce étroitement entremêlées. Et de l'amour, beaucoup d'amour.
Et Castiel fut rassuré. Oui, tant qu'ils seraient ensemble, même le temps ne pourrait rien contre eux.
Et voilà ! Ça vous a plu ? :)
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