Et voilà un épisode de noël, un tout petit peu en retard ^^ Merci pour les reviews

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Chapitre 10 : Larmes glacées

On était désormais le 24 décembre, et chaque jour, je pensais toujours à la guilde des Vivets Dorés, mais surtout aux derniers mots de Clochette, que j'avais été incapable d'entendre. Ces mots qui devaient sans doute être des insultes, ils me hantaient.

Au fils des derniers jours, des dernières semaines, malgré les combats et les nouvelles îles découvertes, c'était devenu une obsession. J'avais besoin de savoir. J'avais besoin de connaître ses derniers mots. Les derniers instants de vie des Vivets Dorés passaient et repassaient devant mes yeux, sans m'apporter les réponses que je souhaitais. Je dormais de moins en moins, et très bientôt, il allait me falloir une solution, quelle qu'elle soit. Elle allait peut-être arriver pour ce premier noël dans SMO.

C'est ainsi que je me rendis dans le ville de Shihab, l'étoile filante. Son ciel en était sans arrêt parcouru, et c'était la seule grande ville de l'île 49. En cette veille de noël, Shihab était décorée sur ce thème, des sapins géants recouverts de guirlandes à tous les coins de rue. Des boules luminescentes se trouvaient à intervalles réguliers, apportant un éclairage tamisé, et l'ambiance était détendue.

Des dizaines de petites boutiques temporaires avaient fait leur apparition, telles un marché de noël. Les joueurs s'y attardaient, discutant joyeusement, et préparant le repas ou la fête à laquelle ils participeraient ce soir.

J'étais bien loin de ces préoccupations.

Assis sur un banc, je rencontrai mon informatrice. Ces derniers ne combattaient pas au front, mais nous rapportaient des informations capitales, que ça soit sur les monstres, les pièges, ou encore les quêtes annexes qui pouvaient rapporter Xp, PO, ou objets rares. C'était ce dernier point qui m'intéressait aujourd'hui.

La légende courrait en effet qu'un boss intermédiaire allait faire son apparition cette nuit, et avec lui, un objet d'une valeur inestimable.

"Je n'ai pas grand-chose pour toi." Lâcha-t-elle, son visage caché dans l'ombre de sa capuche. "Rien qui mérite de payer pour."

"Et ça se dit informatrice…" Maugréai-je.

"Cet event n'a jamais eu lieu dans la version béta je te signale. Impossible d'avoir des infos plus précises. Cette nuit, la veille de noël The Renegade Nicolas doit faire son apparition à minuit, sous un sapin. Quelques grandes guildes sont déjà à sa recherche."

"Merci." Lui soufflai-je en reprenant ma route. J'avais bien l'attention de trouver ce boss le premier.

"Tu comptes vraiment l'affronter en solo?" Me lança l'informatrice, mais je l'ignorais.

Je m'étais résolu à ne plus jamais faire partie d'une guilde, et cette quête ne serait pas l'exception. Les seules fois où je côtoyais des joueurs de près, c'était dans les donjons contre les boss. Je m'intégrais là-bas momentanément aux équipes mises en place, puis reprenais mon chemin solitaire dès l'arrivée sur la nouvelle île.

De retour dans ma chambre à l'auberge, je préparai soigneusement mon inventaire, et choisis mon arc lame le plus résistant. Dans un combat solo contre un boss, je serais forcé d'aller au contact, et j'allais avoir besoin de plus de puissance de frappe que de tir.

Dans ce monde, les morts ne ressuscitent pas. Quand on se fait tuer, c'est pour de bon, et aussi valable dans la vie réelle. Mais ce boss, The Renegate Nicolas… on raconte que la récompense est un item de résurrection, le seul du jeu, capable de faire revenir à la vie n'importe quel joueur.

Si je le défis en solo, je vais sûrement mourir. Mais qu'il en soit ainsi. Si ça doit être le cas, je mourrai seul, ignoré de tous. Je ne méritais rien de plus.

Tu es un beater?! Tout est de ta faute! Tu n'aurais jamais du nous approcher! Les derniers mots de Woody me hantaient encore, mais pas autant que ceux de Clochette que je n'avais pas perçus.

Si seulement je ne leur avais pas caché mon véritable niveau… Tout ce que je souhaitais maintenant, c'était récupérer cet objet et pouvoir ramener l'âme de Clochette, afin d'entendre ses derniers mots. Quels qu'ils soient, je devrai les accepter.

Je me secouai. Il était temps.

On était en plein hiver, et la neige recouvrait tout. Seul le bruit assourdi de mes pas m'accompagnait alors que je partais à la recherche de ce fameux sapin, très certainement aux plus profond du bois de conifères qui recouvraient une partie de l'île numéro 35. Le Bois Perdu était un endroit mystérieux, peu peuplé, dans lequel la notion du temps se perdait rapidement.

Cette île ne possédait même pas de grande ville, à peine quelques bicoques. Je passai donc rapidement le cercle de téléportation, et m'enfonçai entre les arbres. Mais quelques secondes après, je me retournai brusquement.

Un groupe armé venait de faire son apparition derrière moi. Sûrement un sort de pistage.

"Yo Pyrrah!" Je reconnu immédiatement Rouge et ses cheveux roux foncés caractéristiques. Les autres devaient être les membres de sa guilde.

"Vous m'avez suivi?" Mon ton était calme, mais je m'étais crispé.

"Yep. Tu cherches l'item de résurrection?" Me demanda-t-il, même si c'était une évidence.

"Oui." Pas la peine de nier.

"Tu risques ta vie pour un truc aussi incertain?" Il avait l'air réellement perplexe. "Si tu meurs, ce sera pour de vrai! Dans le monde réel, tu seras fauché par un avada…"

"Tais-toi." Le coupai-je. Je savais tout ça.

Mais il refusa de lâcher l'affaire aussi facilement. "C'est de la folie de s'attaquer à un boss en solo! On peut s'associer. L'item de résurrection reviendra automatiquement comme bonus d'attaque final."

"Ça n'aurait aucun sens si je ne le fais pas seul." Murmurai-je en saisissant mon arme, prêt à me battre contre eux avant.

Les compagnons de Rouge se mirent immédiatement sur leurs gardes, mais ils furent stoppés par leur chef. "Eh, ce n'est pas le moment de mourir!" Tenta-t-il à nouveau de me dissuader.

Mais rien de ce qu'il pourrait dire ne me ferait changer d'avis. Il ne pouvait pas comprendre. Pour Clochette, pour Woody et les autres, je devais le faire seul.

L'arrivée d'un autre groupe armé coupa court à cette discussion stérile. "Tu t'es aussi fait suivre Rouge." Lâchai-je.

"On dirais bien…" Bougonna-t-il en se retournant vers les nouveaux arrivants.

"L'Ordre du Phénix…" Souffla un de ses gars.

"Ils sont prêts à tout pour des objets rares… " Râla un deuxième.

"On fait quoi?" Demanda un troisième à Rouge. Clairement, ils étaient prêts à le suivre quelque soit sa décision.

La mienne en tout cas était prise. Ce n'était pas eux qui allaient m'arrêter. Je me saisis de mon arc lame, prêt à bondir, quand Rouge lâcha un "Merde" sonore.

"Vas-y Pyrrah! On s'occupe d'eux. Tu as autre chose à faire que de jouer avec le menu fretin".

J'hésitai un instant, avant de faire demi-tour comme il m'y incitait. Il avait raison, je ne voulais pas risquer de rater The Renegate Nicolas à cause de ces abrutis. Et j'étais convaincu qu'il était capable de les prendre en charge. L'Ordre du Phénix était grande gueule et bien armé, mais Rouge et sa bande n'étaient pas des amateurs.

J'arrivai enfin devant un immense sapin aux aiguilles bleutées, qui luisait doucement dans la nuit. C'était celui là, j'en étais sur. J'étais arrivé quelques minutes avant minuit, et rapidement un son de carillons résonna dans le silence nocturne. J'aperçus une traînée dans le ciel, et le boss arriva, tombant de son traîneau.

Son arrivé déclencha un tourbillon de neige qui me brouilla la vue un instant. Ensuite je pus observer en face The Renegade Nicolas, une version grotesque et sans aucun doute dangereuse du Père Noël. Son rugissement retentit, alors qu'il levait haut sa hache pour me percuter, ses quatre jauges de PV me narguant.

"Boucle là…" Crachai-je, le regard mauvais, avant de charger à mon tour.

Trop tard pour reculer. Si je devais mourir aujourd'hui, ce serait la tête haute, en le regardant droit dans les yeux. L'image d'un blond traversa mon esprit à cette pensée étrangement similaire à ses propres paroles lors de notre première rencontre. Puis plus rien.

A partir ce cet instant, le temps n'eut plus de signification. Seul mon arc lame existait, et les dégâts qu'il entraînait sur mon adversaire. Je ne prêtais aucune attention à mes propres PV qui diminuaient. Tout ce qui comptait, c'est que ceux de ce Nicolas tombent à zéro avant les miens. Pas le temps de prendre des potions de soin quand on combattait seul, juste de frapper, et de parer, mais j'avais l'habitude.

Et au bout d'un temps infini, le fameux boss éclata enfin en poussière argentée, son item apparaissant devant moi. Si l'espoir qui me prit à cet instant fut violent, il ne fut rien à côté de l'intensité du désespoir qui suivit. J'avais l'impression de perdre les Vivet Virevoltants une seconde fois. J'aurais presque préféré mourir dans ce combat que de découvrir ça… Au moins ce jeu sans aucun sens se serait arrêté pour moi.

C'est donc le regard encore plus sombre que je retournais sur mes pas.

Le grand sourire de Rouge à mon retour, se fana d'ailleurs immédiatement à cette vue. Il comprit tout de suite que quelque chose s'était mal passé, même si j'avais de toute évidence vaincu le boss, vu l'objet dans ma main. Je lui lançai d'ailleurs, qu'il voit par lui-même de quoi il retournait.

"Cristal de Résurrection" Lut le chef de guilde en ouvrant la fenêtre correspondant à l'objet. "Le joueur qui en bénéficiera dans les … 10 secondes ?!"

"Utilise le pour sauver la prochaine personne qui mourra sous tes yeux." Lâchai-je d'un air vide avant de prendre le chemin du retour.

"Attend Pyrrah!" Hurla-t-il en me saisissant par mon tabard.

Je m'arrêtai sans me retourner.

"N'abandonnes pas." Me supplia-t-il. "Tu dois vivres encore. Tu dois voir la fin de ce jeu."

Son ton sincère me toucha, mais je n'avais pas actuellement le courage d'y répondre d'une autre manière qu'un "Mmm, à plus…"

De toute façon, ça ne servait à rien. Je n'aurais pas le courage de me suicider comme l'avait fait Woody, et en leur mémoire, je ne le ferai jamais. Mourir face à un monstre puissant par contre… C'était une autre histoire… Il y a différentes sortes de suicide…

Mais pour le moment, je ne souhaitais qu'une chose, rentrer à l'auberge et essayer d'oublier, juste pour un instant.

C'est là-bas, qu'une icône de message me sortit de mon état amorphe, encore plus quand je vis qui en l'était l'expéditeur. Vous avez reçu un cadeau de la part de : Clochette. Impossible…

Et pourtant... En cliquant dessus, un cristal messager apparut devant moi. Elle avait du l'enregistrer avant ce fameux jour dans le donjon. Mais pourquoi l'avait-elle envoyé si en avance. Ça faisait plusieurs mois déjà, que les Vivets Dorés Virevoltants avaient cessé d'exister.

Joyeux Noël, mon cher Pyrrah. Résonna la douce voix de Clochette.

Si tu entends ce message aujourd'hui, c'est parce que je suis sûrement déjà morte.

Comment dire… en fait, je n'ai jamais voulu quitter Hakushi. Mais j'ai suivi les autres, avec toujours ce regret. Se battre ainsi, c'est certain que ça devait me mener un jour à la mort. On ne peut pas se battre pleinement en regrettant chaque jour le chemin qu'on emprunte.

Ce n'est la faute de personne, et surtout pas la tienne.

Pyrrah. Tous les soirs depuis cette fameuse nuit, tu n'as cessé de me rassurer, en me répétant que je ne mourrai pas. C'était tellement gentil. Mais du coup, je suis sure que si je venais à mourir quand même, tu voudrais en porter toute la responsabilité. Tu te sentirais coupable.

C'est pour ça que j'ai décidé d'enregistrer ce message.

Je sais à quel point tu es fort. J'ai vu ton niveau une nuit où je ne dormais pas en regardant par-dessus ton épaule. Je ne sais pourquoi tu nous l'as caché. J'ai eu beau chercher, je n'ai pas réussi à trouver une raison. Mais en sachant ça, j'ai été tellement contente que tu te sois battu à nos côtés. Ça m'a rassuré, tu ne peux pas savoir à quel point.

Avec ton niveau, je sais que même si je suis morte, toi tu dois avoir survécu. Alors tu dois continuer. Tu dois tout faire pour voir la fin de ce monde, et retrouver la réalité. Pour tenter de savoir pourquoi. Pourquoi on s'est retrouvé coincé là dedans, même des personnes aussi faibles que moi ; pourquoi on s'est rencontré.

C'est mon dernier souhait.

Le silence se fit un instant, avant que la jeune fille ne reprenne la parole.

Il reste encore pas mal de temps. Comme ça doit être noël, je vais te chanter une chanson.

En entendant sa voix douce et joyeuse entonner un chant de noël, les larmes que je n'avais pas réussi à verser jusque là se mirent à dévaler de mes joues. Elles étaient glacées, et pourtant, mon cœur se réchauffa alors que je laissais enfin ma tristesse sortir.

Je venais de me souvenir des derniers mots de Clochette, et ils n'avaient rien de culpabilisant. Elle me disais juste adieu… et merci.

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Un chapitre un peu déprimant… désolée ^^