Chapitre 43 : Réveil
De multiples odeurs parvenaient à mon cerveau, et cela me surprit davantage que le fait d'être en vie. Une odeur de désinfectant, de potion, de linge propre séché au soleil, et surtout, celle de mon propre corps.
SMO était peut-être une révolution en terme de réalité virtuelle, mais il n'égalait pas pour autant la diversité impressionnante des sensations pouvant être ressentis par un corps humain. Mon odorat était brusquement saturé, habitué qu'il avait été pendant deux ans à des odeurs bien plus ciblées.
J'ouvris lentement les yeux, pour les refermer aussitôt, ébloui par une lumière crue. Après quelques secondes, et plusieurs essais progressifs, j'arrivai enfin à les garder mi-clos, pour sentir un liquide chaud les envahir et couler sur mes joues. Des larmes? Pourquoi?
Je clignai plusieurs fois des paupières, chassant les perles salées, et m'habituant dans le même temps à la lueur en réalité tamisée qui régnait là où je me trouvais.
Soudain, une terrible sensation de perte m'envahit, et mon cœur se serra. Je serrai fortement les paupières, essayant de reprendre le contrôle de mes émotions perturbées. Ce faisant, je constatai que je reposais sur quelque chose de moelleux, qui épousait parfaitement mon corps.
En rouvrant les yeux, je vis un plafond composé de carreaux de couleur claire, dont certains diffusaient une douce lumière. Sur le mur du fond, une ouverture recouverte d'une plaque métallique, surement une aération dont le faible bourdonnement me parvenait.
Une machine? Il n'y en avait pas dans SMO, même le plus chevronné des artisans ne pourrait en faire une comme ça. Mais alors? Je n'étais plus dans Archipel. Tous mes sens me disaient la même chose. Mon odorat saturé, mon ouïe, mon touché, et surtout ma vue.
A cette constatation je m'empressai de me lever, sans succès. Mon corps affaibli refusa de bouger. Me concentrant, je réussis à lever mon bras droit, amenant ma main devant mes yeux, et retint ma respiration à sa vue. Ce bras rachitique, cette main décharnée, ils auraient été bien en peine de tenir une arme, quelle qu'elle soit.
Ma peau était blafarde, et des veines bleutées s'y dessinaient. C'était tellement réel que c'en était effrayant. Au creux de mon coude, une perfusion intraveineuse était retenue par un sparadrap, et relié à une fiole de potion rosée qui s'écoulait en goutte à goutte.
Je remuai les doigts lentement, me réappropriant ce membre. De ma main gauche, je tâtai l'endroit où je me trouvais, retrouvant la sensation d'un matelas de gel à mémoire de forme. J'en ressentis alors le froid, comme si certains de mes sens me revenaient à retardement. Je frissonnai. Aucun doute, j'étais nu.
Ces matelas étaient faits pour les personnes alitées pour une longue durée. Ca ne devrait pas m'étonner.
Bougeant lentement la tête, j'étudiai mon environnement immédiat. Je me trouvais dans une petite pièce blanche du sol au plafond. Une grand fenêtre se trouvait sur ma droite, dont la lumière était occultée par un épais tissu. A gauche, au bout de mon lit, un panier d'osier rempli de fleurs était posé sur un petit charriot métallique. Encore derrière, une porte fermée.
De toute évidence, je me trouvais dans une chambre d'hôpital.
Mais j'avais besoin d'une confirmation supplémentaire. D'un geste effectué des milliers de fois, je fis glisser mon index de haut en bas. Rien ne se passa. Aucun tintement. Aucune fenêtre ouverte. Je recommençai à nouveau, encore et encore, avant de me rendre à l'évidence.
J'étais revenu dans le monde réel, celui que j'avais quitté deux ans auparavant et pour lequel j'avais perdu tout espoir. J'avais du mal à réaliser. Je ne ressentais aucune joie, juste de la perplexité, et une certaine tristesse.
Est-ce que c'était finalement la récompense de Grindelwald pour avoir fini le jeu? J'avais accepté ma mort, j'avait accepté de disparaitre pour toujours avec lui.
Lui.
Son image ma traversa l'esprit comme un coup de tonnerre. Ses cheveux blonds, ses yeux orage.
"Draco!"
Un douleur intense me saisis à la gorge alors que je prononçais son nom, mais je n'en tins pas compte. Elle n'équivalait en rien à celle qui me transperça le cœur.
Draco. Mon mari dans SMO. Celui qui avait assisté avec moi à la fin de ce monde virtuel. Il était bien réel. Et Grindelwald nous avait félicité ensemble. Nous deux. Il avait prononcé nos deux noms, Pyrrah et Draco.
Si j'étais vivant, il devait l'être aussi !
Je voulais le voir.
Je voulais passer ma main dans ses mèches blondes.
Je voulais encrer mon regard dans le sien.
Je voulais l'embrasser.
Je voulais simplement entendre sa voix.
J'essayai de toute mes forces de me lever, mais quelque chose me bloquait. Le VirtualRing. D'un mouvement malhabile, je détachai la courroie qui le maintenant sur ma tête. Je me redressai lentement, précautionneusement, tenant l'anneau d'or entre mes mains.
C'était cette machine qui m'avait envoyé dans ce monde, et m'y avait bloqué pendant deux ans. Aujourd'hui, il était terni. Je le caressai d'une main distraite, pensant à tous les souvenirs qu'il renfermait. Je ne le remettrai sans doute jamais, mais grâce à lui j'avais vécu mes pires et mes meilleurs moments.
Maintenant, j'appartenais à nouveau à ce monde, au monde réel.
Au loin, je perçus des voix, et des cris, des bruits de pas pressés, des cliquetis de roue.
Je ne savais pas si Draco se trouvait dans cet hôpital. Les joueurs venaient de toute l'Angleterre, il pouvait donc être ailleurs, il était surement ailleurs… Mais je devais en être sur. Peu importait le temps que ça me prendrait, je le retrouverais.
Une fine couverture me recouvrait, et je l'écartai, découvrant mon corps amaigri recouvert d'électrodes. Difficilement à cause de mes mains tremblantes, je les ôtai une à une, sans tenir compte de l'alarme qui se déclenchait. De la même manière, je décrochai ma perfusion, et posai les pieds par terre.
Je pris quelques secondes pour bouger mes orteils, puis mes chevilles, et lever lentement les pieds de quelques centimètre puis les reposer. Malgré ma faiblesse, tout semblait fonctionner, et les jambes flageolantes, je me redressai progressivement. Un instant, je regrettai la force musculaire qui était la mienne dans SMO.
Je m'agrippai au pied de la perfusion pour faire quelques pas, me saisissant de la blouse blanche qui reposait sur la chaise à côté de mon lit. Ma respiration s'accéléra à ce geste pourtant basique, mes muscle se rebellant contre les mouvements que je les forçais à faire. Je choisis de les ignorer.
Une seule chose me forçait à avancer. Draco. J'avais besoin de le voir. Tout mon corps l'appelait. La douleur n'était rien à côté de ce besoin.
Lentement, j'avançai mon pied. Tant que je n'aurais pas rejoint mon blond, mon combat ne serrait pas terminé.
oOo
Voilà, c'est la fin de la première partie !
Si vous avez envie d'en savoir plus sur certains personnages, n'hésitez pas à le demander, et j'essaierai d'en faire quelques OS avant la parution du tome 2. J'en ai déjà un de prévu sur Lunard, dites moi si vous avez d'autres idées ^^
Sinon à bientôt!
