Chapitre 2 : Retour à la réalité
Nous étions tous les deux avec Draco, adossés au mur de notre maison, face au bois du pallier 22. Epaule contre épaule, la tête de mon blond dodelinait doucement, pour finir par se poser contre mon cou. Ses mèches blondes me chatouillaient légèrement la joue, mais je n'aurais bougé de ma place pour rien au monde.
D'une main, j'attrapai une mèche presque argentée, jouant quelques instants avec elle. Un gloussement étouffé m'apprit que Draco ne dormais pas. Mais il ne bougea pas pour autant, s'installant au contraire plus confortablement contre moi.
La vie était vraiment merveilleuse. Seule la paix nous entourait.
Soudain, un bruit sourd me fit relever la tête, et le poids de celle de mon blond disparut de mon épaule. Le ciel, bleu quelques secondes auparavant, était devenu rouge. Mais pas le rouge réconfortant et magnifique du crépuscule, non. Ce rouge était brut, violent, et faisait froid dans le dos.
Fini l'instant de paix. Fini le paradis. L'enfer se montrait.
Me levant en sursaut, je regardai autour de moi, cherchant une cause à ce changement d'atmosphère. Tendant ma main, j'essayai de toucher Draco, mais ma main ne trouva que le vide. Il n'était plus à mes côtés. Fébrilement, je regardai vers le bois où quelques instants plus tôt des écureuils batifolaient, puis vers la maison.
Dans le ciel, la course des nuages semblait s'être accélérée, d'un orange maladif au lieu du blanc cotonneux qu'ils étaient sensés arborer. Striés de noir, ils semblaient prêts à éclater en orage. Le vent se faisait de plus en plus mordant, gémissant sourdement.
Mais quand mon regard se posa sur notre chez-nous, mes yeux s'écarquillèrent alors qu'une vitre volait en éclats. En une seconde, elle se dispersa en millier de fragments rougeâtres. Faisant un pas en avant, je me stoppai aussitôt alors qu'un pan de mur suivait le même chemin.
En moins d'une minute, la moitié de notre maison à Draco et moi était en ruine, vision d'horreur. Et toujours aucune trace de mon compagnon. Malgré mes appels, aucune réponse. Et alors que le monde explosait autour de moi, la panique me gagna en même temps que l'obscurité.
Je me réveillai en sursaut, mettant plusieurs secondes à reconnaitre mon environnement. J'étais dans ma chambre, dans notre maison du 4 Privet Drive. La fenêtre aux volets ouverts laissait passer la lumière pâle de ce début d'hiver.
Dans un coin se trouvait mon bureau avec ses trois écrans d'ordinateurs. Le long du mur une étagère remplie de bouquins, et le VirtuaRing laissé à l'abandon. Au bout de mon lit, un placard imbriqué dans le mur. Ma chambre, la vraie, celle de Harry Evans-Potter, était simple, mais contenait l'essentiel.
J'étais de retour dans le monde réel après deux ans passés dans un jeu virtuel mortel. Par contre, celui qui avait combattu jusqu'au bout avec moi, qui m'avait donné son cœur et pris le mien, celui là n'était pas revenu.
Reprenant difficilement mon souffle, je bénis le sortilège de silence posé sur mon lit depuis mon retour. Si j'avais hurlé dans la réalité comme dans mon rêve, ou plutôt mon cauchemar, j'aurais pu rameuter tout le quartier. Je ne voulais pas que ma famille s'inquiète, même si ma tante et mon oncle n'étaient surement pas présents.
Alors que je me levais lentement, je passai une main lasse sur mon visage, essuyant les larmes qui avaient envahi mes joues.
"Je suis devenu un vrai pleurnichard Draco." Soufflai-je en me regardant dans le miroir à côté du placard pour me rendre un minimum présentable.
Je secouai doucement la tête. Depuis mon retour, je n'étais qu'une ombre. Mais il était hors de question de rester enfermer. Je me tapotai les joues pour me motiver, et afficher un sourire sur mon visage pâle. Hors de question d'inquiéter mes proches, même si après deux mois, j'avais toujours du mal à m'habituer à cette apparence.
Rapidement, je choisis une tenue qui m'allait à peu prêt. Je manquais toujours de corpulence, mais je ressemblais beaucoup moins à un mort vivant qu'à ma sortie de l'hôpital. Deux mois de rééducation avaient tout de même porté leurs fruits.
En passant dans la cuisine, je me saisis d'une tranche de brioche et d'une brique de jus de fruit, avant de me diriger vers le jardin. Dans ce dernier, j'entendais mon cousin s'entrainer.
Il n'était pas encore huit heures du matin, qu'il était déjà debout. A cette heure, il devait déjà avoir fini son footing, et ses premiers échauffements aux cris que j'entendais. Effectivement, alors que j'approchais, je le vis frapper en rythme un sac de sable suspendu à un énorme chêne.
Son grand père était un champion de boxe anglaise. Il avait espéré que son fils (mon oncle Vernon) suive ses traces, mais il avait rapidement été plus intéressé par la recherche, et avait été embauché au ministère dès sa sortie de l'université.
Quand Dudley avait montré du talent dans ce sport, il avait été aux anges, et l'avait entrainé personnellement. Il avait essayé d'en faire de même avec moi, sans succès. Je n'avais pas franchement regretté sa mort quatre ans plus tôt. Il ne m'aimait pas, peut-être parce que dans les fait je n'étais pas de son sang? Je ne le saurai jamais.
Mais Dud était vraiment doué à ce sport. Il s'était acharné, s'entrainant deux fois plus après que j'ai arrêté. Et ça avait été payant. Il était champion de son école avant que je ne sois coincé dans SMO, et était maintenant celui de la région. A la fin de l'année, il concourrait au niveau national junior.
Une part de moi était fière de lui, et désolée de ne pas l'avoir plus soutenu ces dernières années. Mais j'avais désormais l'occasion de réparer certaines choses, et je comptais bien rattraper le retard avec mon cousin.
Alors qu'il enchainait un joli jeu de jambe et plusieurs coup d'une belle puissance, un sourire se dessina sur mes lèvres. Ce dernier s'agrandit quand il repéra ma présence.
La paille de ma brique de jus de fruit dans la bouche, je lui fis un petit mouvement de main pour le saluer.
"Harry?! Tu aurais pu me prévenir que tu regardais!"
"Tu avais l'air tellement concentré. Je n'ai pas voulu t'interrompre." Lui rétorquai-je aussitôt, lui lançant une brique de jus intacte pour qu'il puisse se désaltérer.
Il la réceptionna habilement, où plutôt l'aurait réceptionné habilement s'il n'avait pas eu ses gants de boxe. A la place, il jongla quelques secondes avec l'emballage avant de réussir à le stabiliser suffisamment pour prendre le temps de retirer ses gants.
"C'est une habitude." M'expliqua-t-il en tirant sur la paille. "C'est devenu une routine tous les matins."
"C'est vrai que tu t'entraines énormément." Soufflai-je, notant que le froid et les traces de neige persistantes dans le jardin ne l'avaient pas dérangé.
J'étais bien au chaud avec mon gros pull, mais lui n'était qu'en survêtement et n'en paraissait pas gêné. Après, il venait de s'entrainer pendant un long moment, il avait donc du emmagasiner pas mal de chaleur.
D'un geste je me saisis de ses gants, sentant un frisson de magie me parcourir à leur contact. Et oui, la boxe avait peut-être une origine moldue, mais depuis l'éveil de la magie de tous, tout ce qui était moldu était devenu magique. Pour boxer, il ne suffisait donc pas d'avoir des muscles en quantité, il fallait aussi bien maitriser son énergie, et la canaliser correctement.
"Ca te dirait d'essayer contre moi?" Lui demandai-je, levant les gants pour qu'il s'en saisisse.
"Essayer? Tu veux dire… un combat?" il semblait incertain.
"Bah ouai." Lui répliquai-je aussitôt, comme si ça coulait de source.
"Avec protections?"
"On peut ne pas porter les coups, mais ça éviterait de se blesser." Haussai-je les épaules. "Allons dans la salle de muscu, on devrait en trouver pour moi."
"Ok, mais ça fait longtemps que tu n'as pas combattu, tu es sur que ça iras? Je fais quand même parti des huit meilleurs junior du pays. Et puis…" J'aperçus un éclair d'inquiétude dans ses yeux, que je balayai d'un geste de la main. "Tu es sur d'être assez remis? Tu ne devrais pas plutôt te reposer? "
"Non au contraire. Ca va me permettre de te montrer les bienfaits de ma rééducation." Répliquai-je joyeusement en me dirigeant vers l'arrière de la maison.
Une grande salle de musculation avait été construite à l'arrière de notre maison. Dans son testament, le grand père avait interdit sa destruction, et comme mon cousin s'y entrainait régulièrement, elle était restée en état, elle et le ring qu'elle contenait.
Changeant de chaussures en entrant, je me dirigeai vers un coffre où je savais trouver des protections, casque et gants notamment. Après en avoir trouver à ma taille, je me tournai vers mon cousin, constatant qu'il m'attendait près du ring. Sautillant pour m'échauffer un minimum, je le rejoignis rapidement.
Nous nous saluâmes, puis ce dernier me fit face, en garde conventionnelle, solidement campé sur ses jambes. Je gardai moi-même mes mains plutôt basses, jambes légèrement fléchies, récoltant un haussement de sourcil de la part de mon adversaire.
"C'est quoi cette garde? Tu es plus petit que moi je te rappelle." Me fit remarquer Dudley. "Si un entraineur était là, tu te serais pris une sacré remarque."
"T'inquiète." Répliquai-je sans changer ma position.
Dans SMO, je combattais plutôt avec mon arc lame, ou une épée simple au tout début, mais le principe n'était pas si différent. Observer son adversaire, esquiver, puis frapper. J'étais bien plus à l'aise avec mes mains là où elles étaient, et mes yeux bien ancrés dans ceux de mon opposant.
oOo
Le regard de ce dernier se fit d'ailleurs plus sérieux, ressentant la tension du début d'un combat. Alors qu'il pensait toucher directement son cousin au visage, Dudley hésita. Même si elle n'était pas franchement conventionnelle, et semblait pleine d'ouvertures, la position du brun n'était pas dénuée d'harmonie, et d'une certaine sensation de danger. Ayant le sentiment qu'il ferait mieux de ne pas frapper inconsidérément, il tourna quelques secondes autour de son adversaire.
Mais il n'eut pas le temps de porter la première attaque que déjà le poing d'Harry arrivait vers lui, fendant l'air de bas en haut. La vitesse d'exécution n'était pas si extraordinaire, mais surprit tout de même le blond, qui recula d'un pas, et agit d'instinct en lançant son propre crochet du gauche en réponse.
Bien que son timing lui ait semblé judicieux, le coup fut inefficace, ne faisant que brasser de l'air. L'esquive du brun avait été parfaite, presque au millimètre prêt, ce qui n'aurait pas du être possible pour un presque débutant.
Sous le choc, Dudley faillit se faire cueillir par un overhand, un coup de poing descendant qui profitait parfaitement du léger déséquilibre du à sa surprise d'avoir manqué sa cible. Mais il s'éloigna à temps, reprenant ses distances pour réétudier son adversaire. Cette fois, les choses étaient sérieuses et un frisson d'excitation le parcourut.
Il repartit à l'assaut, à nouveau surpris de ne pas réussir à toucher son opposant, alors que dans son club, bien peu était capable d'en faire autant. Il n'était pas le meilleur pour rien.
Résolu à tout donner, il bondit à nouveau en avant, enchainant les coups à grande vitesse, obligeant cette fois le brun à parer avec ses gants. Mais ce dernier semblait le faire sans mal, comme s'il devinait juste en le regardant où est ce qu'il allait porter ses coups. Irrité, Dudley augmenta encore un peu plus la cadence, ne laissant aucun répit à son cousin.
Harry commença à chanceler sous la pression, et finit par se faire cueillir par un uppercut sous le menton qui l'envoya s'étaler au sol sur les fesses.
"Est-ce que… ça va?" S'empressa de demander Dudley en le regardant d'un air inquiet, semblant regretter son emportement.
Le brun secoua doucement la tête reprenant ses esprits avant de le rassurer d'un signe de la main tout en retirant ses gants.
"Tu es vraiment fort Dud. Tu aurais pu mettre une raclée à Gumaith." Rajouta-t-il trop bas pour être entendu du blond.
"Tu es sur que ça va?" Il n'avait peut-pas saisit ses mots, mais voir son cousin marmonner dans sa barbe inexistante n'était pas forcément rassurant.
"Oui aucun problème. Mais on va en rester là pour aujourd'hui. "Rigola-t-il en se relevant lentement, enlevant son masque pour se frotter un peu le menton, dispersant la lueur bleuté qui l'entourait, signe qu'il avait bien été touché. Et oui, un des traits caractéristiques de la magie, impossible de tricher.
Ils se saluèrent à nouveau avant de quitter le ring, se rafraichissant dans le jardin avant de prendre la direction de l'intérieur.
"Tu m'as vraiment surpris tu sais? Quand as-tu trouvé le temps de t'entrainer comme ça?" Demanda Dudley à son cousin.
"Mmm, pour le jeu de jambes ça va, mais je manque encore de rapidité. Sans assistance du système, c'est plus compliqué…" Marmonna à nouveau le brun, ne récoltant qu'un regard intrigué du blond. "En tout cas, c'était plutôt sympa, je vais peut-être me remettre à la boxe." Annonça-t-il finalement.
"C'est vrai?" Cool. "S'enthousiasma Dudley, ravi d'avoir une occasion de passer du temps avec son cousin.
"Tu pourras m'entrainer?''
"Bien sur! Quand tu veux."
"Je vais avoir besoin de récupérer encore un peu plus de muscles avant par contre." Fit remarquer Harry en donnant un petit coup de poing dans l'épaule de son vis-à-vis. "A charge de revanche."
"Sans problème!"
Il pénétrèrent finalement dans la maison par derrière. Si Dudley se chargeait jusque là du petit déjeuner, depuis quelques temps, Harry avait pris le relai. Il prit donc place devant les fourneaux.
"Je vais prendre une douche." Prévint le blond. "Tu as prévu quoi pour aujourd'hui?"
"Ah… je vais à l'hôpital."
Dudley perdit légèrement son sourire. "Oh, tu vas le voir?"
"Oui, c'est tout ce que je peux faire pour l'instant." Répondit doucement le brun.
oOo
Un mois auparavant, alors qu'ils discutaient tous les deux dans sa chambre, Harry avait révélé à son cousin qu'il avait rencontré quelqu'un qui comptait beaucoup pour lui dans Sword and Magic Online. Le Dudley d'avant n'aurait jamais pu imaginer qu'on puisse tomber amoureux dans un jeu vidéo, mais maintenant, il acceptait cette possibilité. Harry lui avait raconté qu'ils étaient resté ensemble jusqu'au bout, et qu'ils avaient l'intention de revenir ensemble dans le monde réel.
Le brun avait repris conscience, mais pas son ami. Il était toujours plongé dans le coma sans que l'on ne sache pourquoi. Depuis, Harry lui rendait visite régulièrement à l'hôpital.
