Sur la ligne

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(Absence)

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Sur le quai de la gare, les familles se croisent et se bousculent. Tout est familier et pourtant, il ne reconnaît rien. Autour de lui, les gens s'apostrophent – qu'est-ce que tu deviens –, éclatent de rire ou en sanglots ; plus loin, une mère serre contre elle son enfant. Du train rougeoyant s'échappe une fumée grise étouffante, presque acide. Il sent ses yeux lui piquer, son cœur s'alourdir.

Scorpius évite le regard de son père rivé sur lui. Aucun mot n'a été dit mais il connaît la chanson, ce sont les mêmes paroles depuis des années. Sois prudent. Il lira dans ses yeux la peur qu'il lui arrive quelque chose – même s'il ne lui arrive jamais rien. Il lui offrira un sourire rassurant. Bien sûr qu'il lui écrira pour lui donner des nouvelles, qu'il travaillera à l'école : il est là pour ça. Il fera de son mieux pour lui faire plaisir.

Laissant son regard courir autour de lui, il entrevoit à sa droite les cheveux roux annonciateurs d'un Weasley. Il croise les yeux de Rose qui sans surprise, l'ignore fièrement. Elle a l'air de râler – pas surprenant –, entourée des siens, tandis qu'une femme plus âgée lui offre un sourire empli de tendresse.

Une main se referme sur son épaule.

— Scorpius...

Impossible de lever les yeux vers lui.

— Je te promets, Papa.

— Je sais. Ce n'est ce que je veux dire.

Son souffle s'accélère. Son père le tient toujours.

Pense-t-il à elle, lui aussi ?

— Ça va aller ?

Au loin, il croit apercevoir Leslie et Dimitri grimper dans le train. Il hoche la tête, les dents serrées.

Il n'a pas le choix. Il le faut.

Un soleil estival brille au-dessus des toits ; la gare est pleine de monde et pourtant, en son absence, elle n'a jamais paru si vide.

(299 mots)

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