Les choses sérieuses commencent un peu^^
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Chapitre 4 : Le Royaume des Yokai
J'émergeai lentement, une douce chaleur m'entourant. La lumière du soleil filtrait à travers les volets mi-clos et venait lécher ma joue. Etendant mes bras pour m'étirer, je rencontrai une silhouette à mes côtés. Un instant, je m'en rapprochai pour l'étreindre, pensant être de retour chez nous, dans notre petite maison au bord du lac. Ouvrant lentement les yeux, je tombai sur quelques mèches blondes, mais quelque chose clochait…
Soudain, je hurlai en bondissant en arrière, comprenant brutalement que je n'étais pas dans la maison de la 22e île, mais dans ma chambre, et que quelqu'un d'autre se trouvait dans mon lit. Quelques secondes de plus me furent nécessaire pour me souvenir des événements de la veille.
En rentrant de l'hôpital, j'avais craqué, et Dudley m'avait soutenu. Ensuite, j'avais du m'endormir, épuisé. Mais il n'était pas obligé de dormir avec moi quand même! On n'était plus des gosses.
Je souris malgré moi. J'avais toujours en mémoire les paroles de cette garce de Scarlett, mais elles me broyaient moins le cœur que la veille. Les souvenirs d'Archipel étaient précieux, et rien ne pourrait les entacher. J'avais promis à Draco de le retrouver dans le monde réel, je le ferai, quoi qu'il arrive. Dudley avait raison, je ne pouvais pas abandonner aussi facilement.
En parlant du loup, je m'approchai doucement de lui, lui tapotant la joue pour l'inciter à se réveiller, sans succès. Il se contenta d'attraper un coin de la couette et de s'en recouvrir. Un sourire sadique fleurit sur mes lèvres. Attrapant ma baguette, je la fis tourner quelques secondes entre mes doigts. C'était encore étrange pour moi de la tenir après deux ans à m'en être passé. Mais les réflexes revenaient vite.
En plus, j'avais fêté mon dix-septième anniversaire, même si je n'étais pas conscient à ce moment là. La trace avait donc disparu, ce qui allait me servir aujourd'hui. J'approchai l'extrémité de ma baguette de l'oreille de me cousin, avant de chuchoter tout bas Aguamenti.
Ce dernier sauta immédiatement en l'air. "Quoi quoi quoi?! Keskispasse?" Puis il me vit et comprit. "Harry? Cours!"
Dans un éclat de rire, je fuis à toute vitesse vers l'escalier, profitant largement du fait que lui, n'avait pas encore le droit de faire de la magie comme il le voulait. Je débarquai rapidement dans la cuisine, et me saisi en vitesse d'une bouteille de jus d'orange et d'une corbeille de pâtisseries encore chaude que Pétunia avait du acheter avant de partir travailler.
"Paix!" Soufflai-je en voyant mon cousin débarquer à ma suite. "J'implore votre pardon, votre seigneurie. Permettez moi de vous sustenter pour me faire pardonner."
Dudley sembla y réfléchir, avant d'acquiescer. "Si tu me fais un chocolat chaud et des pancakes pour accompagner ça, j'accepte tes excuses."
"Deal." Acquiesçai-je en me mettant aux fourneaux alors qu'il s'installait à table et sirotait son jus en me regardant.
Accomplir ces gestes routinier avait quelque chose de rassurant, qui chassait le sentiment d'impuissance qui m'avait envahi la veille.
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La nouvelle arriva alors que je m'apprêtais à aller me doucher. Un tintement électronique dans mon dos m'indiqua que je venais de recevoir un message sur mon ordinateur. Curieux, j'allumai mon écran, et affichai ma messagerie.
Avec surprise, je découvris que l'expéditeur était Royal. Ce fameux manieur de hache qui possédait une boutique à Arkada, je l'avais revu dans le monde réel quelques semaines auparavant, à Londres. Nous avions alors échangé nos adresses mail, mais c'était la première fois qu'il me contactait depuis notre rencontre.
Une phrase laconique constituait l'objet du message. Regarde ça.
Intrigué, je me hâtai d'ouvrir le contenu, n'y trouvant qu'une photo. Royal n'avait pas jugé utile de rajouter un mot explicatif. J'approchai donc mon visage de l'écran pour détailler l'image.
C'était un cliché étrange. Tout laissait penser qu'il n'avait pas été pris dans le monde réel, aussi bien la résolution que les couleurs.
Au premier plan, derrière des barreaux dorés, on pouvait distinguer la silhouette d'un jeune homme dans une tunique argentée, assis devant une table. Bizarrement, son profil me paraissait familier.
"Draco?" Je me reculai brutalement, avant de me rapprocher à nouveau, incapable de ne pas regarder cette image.
Le zoom puissant qui avait été utilisé la rendait floue, mais on distinguait parfaitement le visage fin du jeune homme, ses mèches d'un blond argenté qui lui arrivaient aux épaules, ses iris orage dans lesquelles je m'étais perdu tant de fois. Son visage semblait tellement mélancolique.
En regardant de plus près le cliché, je remarquai des oreilles sur la tête de blond, et une queue ressemblant fortement à celle d'un renard dans son dos. Qu'est ce que c'était que cette histoire?!
Je saisis aussitôt mon téléphone portable, fis défiler les noms de mes contacts, et pressai la touche d'appel. Il me sembla qu'il mit une éternité à répondre, alors qu'il ne s'était écoulé que quelques secondes. Enfin, la voix grave de Royal résonna à mon oreille.
"Allô?"
"C'est quoi cette photo?" Demandai-je immédiatement sans m'encombrer de politesse.
"Tu pourrais commencer par te présenter Pyrrah." Bougonna-t-il, m'ayant parfaitement reconnu.
"Pas le temps! Dis-moi!" Mes mains tremblaient dans l'attente d'une réponse.
"C'est une longue histoire… Tu peux passer au café?"
"Ok, je pars tout de suite." Je raccrochai sans attendre, pris ma douche en un temps record, et m'habillai sans prendre le temps de sécher mes cheveux.
Arrivé dans la rue, je levai ma baguette, et me reculai brusquement alors qu'un immense bus s'arrêtait devant moi en cahotant. Le magicobus n'avait rien d'agréable, mais c'était le moyen le plus rapide de se rendre dans le centre de Londres. Hors de question de perdre une heure en balai. M'accrochant à mon siège de toutes mes forces pour ne pas être éjecté, l'image de mon blond tournait en boucle dans mon esprit. J'espérais que Royal aurait des réponses satisfaisantes à m'apporter.
Enfin, le bus me déposa à quelques rues du café de Royal. Au dessus de la porte du bâtiment en bois sombre, une pancarte métallique représentant deux dés indiquait le nom de l'établissement : le Dicey Café.
Une clochette tinta alors que j'ouvrais la porte. La salle était entièrement vide, et je souris à la vue du grand noir derrière le bar. Il était aussi impressionnant que dans sa boutique d'Arkada.
"Salut! T'as fait vite." M'accueillit-il.
"Ton établissement est toujours aussi désert, je me demande comment il tient encore ouvert." Le charriai-je.
"La ferme, ça tourne mieux en soirée." Se renfrogna-t-il en finissant d'essuyer un verre.
Notre relation était semblable à celle que nous avions sur Archipel, faite de discussions simples et de piques régulières. Je l'avais retrouvé quelques semaines plus tôt, grâce aux infos du type des Affaires Générales. Il m'avait en effet fourni les coordonnées de mes compagnons de jeu.
Ca m'avait beaucoup amusé de constater que Kingsley Shacklebolt, de son vrai nom, tenait aussi un commerce dans la vraie vie. Apparemment, il avait fait des études d'Aurore, mais n'avait exercé que quelques années avant de décider de devenir réserviste et de plutôt ouvrir un bar avec sa femme, qu'il avait rencontré durant son service.
Son affaire prospérait avant qu'il se soit bloqué dans SMO. Une fois délivré, deux ans plus tard, il avait eu la bonne surprise de voir que son épouse avait continué à gérer le café sans lui, avec succès. Tout s'était donc bien terminé. Beaucoup de clients lui étaient restés fidèles, appréciant le charme de ce petit espace pourvu de quatre tables et d'un bar.
Je m'installai au comptoir, commandai un café, et l'interrogeai finalement, fébrile. "Alors raconte. Qu'est ce que tout ça veut dire?"
"C'est une longue histoire." Se contenta-t-il de répondre en glissant sa main sous le zinc.
Il en sortit une boite rectangulaire, qu'il fit glisser vers moi. Ca ressemblait à une boite de jeu vidéo, et je me demandai où il voulait en venir. En cherchant pour quelle console il était fait, je remarquai le nom MagiSphere dans le coin droit.
"Je n'en ai jamais entendu parler." Observai-je en pointant le nom du doigts.
"Elle a été créée quand nous étions dans l'autre monde. C'est le successeur du VirtualRing en quelque sorte."
Perplexe, je contemplai le logo, tandis que Royal m'expliquait la naissance de cette nouvelle interface. Malgré l'incident SMO mettant en scène le VirtualRing, ça n'avait pas empêché une demande de plus en plus insistante pour d'autres jeux d'immersion complète. C'est ainsi que six mois après l'affaire SMO, une société proposait ce nouvel appareil bien plus sécuritaire. Les jeux compatibles avec la MagiSphere avaient immédiatement rencontré un immense succès dans le monde entier.
"C'est donc aussi un VRMMO?" Demandai-je en inspectant soigneusement le boitier.
Sur fond de pleine lune et d'une dense forêt, deux personnages, une fille et un garçon en tenue d'heroic fantasy, croisaient le fer. Le garçon avait des bois de cerf, et son pendant féminin des oreilles et une queue de tigre. Sous l'image, on pouvait lire YokaiTenshi Online.
"Le Royaume des Yokai, qui désignent des esprits japonais. Dans les faits, ils permettent de prendre leur forme animale dans ce jeu."
"Leur forme animale? Comme des animagus? Ca a l'air assez tranquille."
"En fait pas vraiment." Répliqua Royal. "C'est même plutôt le contraire, il est assez redoutable."
Il posa la tasse fumante que j'avais commandé devant moi. Je m'en saisis, réchauffant mes mains sur la tasse bouillante et humant l'arome agréable, tout en continuant à l'interroger.
"Redoutable comment?"
"Le système de compétence est basé sur l'habilité des joueurs, et le PK fortement conseillé."
"L'habilité?"
"Oui, apparemment, il n'y a pas de niveau. Plus on utiliser une technique, plus on progresse. Les PV n'augmentent pas vraiment par contre, ce qui fait que les combats dépendent avant tout de la maitrise des joueurs. Ca ressemble assez à SMO, avec beaucoup plus de magie. Les graphismes sont vraiment très proches."
"Impressionnant." Sifflai-je. "Et tu as parlé de PK?"
"Le joueur choisi son personnage parmi différents types de Yokai, basés chacun sur un animal. Chaque race peut éliminer les membres des autres groupes."
"Radical." Soufflai-je. "Mais il a quand même l'air réservé à une poignée de passionnés non?"
"Il est devenu très populaire." Sourit Royal avec un sourire énigmatique. "Il parait qu'en plus de se transformer en animal à la manière d'un animagus, il permet de chevaucher la magie."
"Chevaucher la magie?!"
"Ce sont des Yokai, des esprits de la nature. Ils sont si proches de la magie qu'ils peuvent se déplacer par elle. Apparemment il est possible de faire apparaitre des petites ailes de magie au niveau de ses membres et ensuite de les manipuler par une commande spéciale, aussi bien sous forme humaine qu'animale.
Alors ça c'était inédit. A la sortie du VirtualRing, de nombreux jeux de simulation de vol avait fleuris, principalement sur balai, mais aussi sur divers créatures magiques ou tapis volants. Mais voler directement? La magie ne permettait de léviter soit même que sur quelques centimètres, pas de se donner des ailes. Comment contrôler dans un jeu quelque chose que nous ne possédions pas dans la réalité? Apparemment, les créateurs de YokaiTenshi Online avaient réussi.
"Ca doit être génial de se balader sous forme animale, et en plus de pouvoir voler. Comment ça marche exactement?"
"Aucune idée. Il parait que c'est assez difficile de débuter. La transformation en animal est assez simple, maitriser le déplacement un tout petit peu moins, mais pour voler ça demande du travail."
Un bref instant, je fus vraiment tenté d'essayer ce jeu, mais l'envie me passa rapidement.
"Si on en revenait à cette photo." Repris-je, n'ayant pas vraiment saisi le lien avec le jeu dont je venais d'en apprendre davantage.
Sans me répondre de suite, Royal passa à nouveau sa main sous le comptoir, pour en sortir cette fois une feuille de papier glacé. Dessus était imprimé l'image qu'il m'avait fait parvenir par mail.
"Qu'est ce que tu en penses?"
Je fixai l'image un moment avant de répondre. "Il ressemble étrangement à Draco…"
"C'est aussi ce que j'ai pensé. C'est une capture d'écran donc la résolution n'est pas très bonne…"
"Accouche! "M'impatientai-je. "D'où elle vient?"
"De l'intérieur de ce jeu justement." Lâcha-t-il en pointant le boitier toujours devant moi.
Il s'en saisit pour l'ouvrir, en sortant une carte du monde. Ce dernier était plutôt circulaire, divisé en plusieurs territoires attribués aux différents types de Yokai. Un symbole d'une couleur particulière indiquait les différents clans. Au centre se trouvait un grand arbre aux fleurs rosées, un cerisier, entouré de cordes.
"C'est Sakura, l'arbre sacré." M'expliqua Royal en pointant le fameux arbre central. "Le but du jeu est d'atteindre en premier son sommet, au-delà du Pont céleste situé entre ses plus hautes branches."
"Il ne suffit pas de voler justement?"
"En fait non, il parait que la durée de vol est limitée, tout comme celle sous forme animale complète. Mais il y a toujours des types pour repousser les limites, tu sais ce que c'est. Cinq joueurs ont essayé de se propulser les uns les autres, chacun sur les épaules d'un autre pour atteindre les premières branches."
"Plutôt malin." Approuvai-je.
"Ils ont bien failli réussir, ils ne devaient être qu'à un joueur de pouvoir se percher sur la première branche. Ils ont pris des photos pour immortaliser leur exploit. L'une d'elles montre quelque chose d'étrange, une cage à oiseaux dorée, suspendue entre les branches."
"Une cage?"
"En poussant la résolution au maximum, on obtient ça." Acquiesça Royal en pointant la photo que je regardais.
Un frisson me parcourut à un mot que je n'avais pas remarqué avant sur le boitier du jeu. Le nom du fabricant : RITM.
"Un problème Pyrrah? Tu es tout pâle." S'inquiéta le grand noir.
"C'est rien…" Bafouillai-je. "Tu as d'autre clichés, qui montreraient d'autres personnes prisonnières?" Demandai-je, pensant aux trois-cent personnes qui n'étaient pas sorties de SMO avec les autres.
Cette garce de Byrne s'était ventée du fait que Draco survivait grâce à elle. Est-ce qu'elle en savait plus qu'on ne pensait? Mais dans tous les cas, cette photo n'était pas une preuve suffisante. Personne ne me croirait si j'en parlais maintenant, et Royal devait penser la même chose, sinon il serait directement allé voir les Aurores.
"Royal? Je peux t'emprunter ce jeu?" Lui demandai-je, bien décidé à l'acheter de toute manière s'il ne voulait pas.
"Bien sur. Tu as l'intention d'y aller n'est ce pas?"
"Je veux vérifier par moi-même. "Affirmai-je. "Et puis, un jeu où on ne peut pas mourir pour de vrai, c'est du gâteau." Rajoutai-je pour le rassurer.
Un instant, la pensée de revivre ce que nous avions enduré dans SMO m'avait traversé l'esprit, et je voyais bien qu'il avait pensé exactement la même chose. Je la chassai immédiatement, souriant à mon ancien camarade.
"Bon, faut que j'y aille. J'ai une nouvelle console à acheter…" Soufflai-je en me levant.
"Ca marche aussi avec le VirtualRing. La Magisphere n'en est qu'une version plus sécurisée." Me lança Royal alors que j'atteignais la porte.
"Cool pour mon argent de poche."
"Tu n'as plus qu'à trouver le courage de le remettre sur ta tête." Rajouta-t-il, un faible sourire sur les lèvres.
Mais il n'avait pas à s'inquiéter, je l'avais déjà fait plusieurs fois. J'avais tenté de me connecter avec en espérant avoir un message de mon blond, sans résultat bien sur. Je le remerciai donc pour le café, lui demandant de me tenir au courant s'il avait d'autres nouvelles. Il me promit de le faire, et me demanda solennellement de sauver Draco, pour que notre combat soit enfin terminé pour de bon.
Je hochai la tête. Je le ferai, pour qu'un jour, on puisse se réunir tous ensemble ici, dans son café. Fort de cette résolution nouvelle, je rentrai chez moi.
