Jour 1 - Mariage
Un événement très attendu
Francis sentait son cœur palpiter dans sa poitrine. Il était en train de se regarder dans l'une des surfaces réfléchissantes de la mairie afin de vérifier que tout allait bien que ce soit son costume, sa coiffure, ou que sa moustache soit bien taillée et coiffée. Il ne savait même pas pourquoi il stressait comme ça. Certes, c'était un jour important, très important même, mais il n'y avait aucune raison, absolument aucune, pour que les choses se passent mal. Tout avait été prévu et organisé pour que tout se passe absolument bien. Ils avaient pris leur temps pour tout vérifier, rien ne pouvait mal se passer normalement mais à présent tout le stressait et l'inquiétait. Il montra ses dents à son reflet et tourna un petit peu la tête sur les côtés pour vérifier leur état. Elles étaient aussi correctes que possible, il n'y avait pas de morceaux de salade ou autre aliment indésirable mais il restait tendu. Un petit rire derrière lui le fit même sursauter.
Vanessa était accoudée à la rambarde des escaliers et l'observait avec un sourire amusé, baissant de temps à autres les yeux sur son téléphone. Francis ne savait pas avec qui elle parlait. Il aurait parié que c'étaient les cousins Croute mais ils avaient été mariés cinq mois, ça avait été largement assez pour qu'il reconnaisse sa façon maternelle de sourire quand c'était avec eux qu'elle communiquait. Là, elle avait les sourcils froncés et elle se retenait clairement de rire plus qu'elle ne l'avait déjà fait. Francis savait que ça ne lui était pas adressé car elle regardait surtout son téléphone mais il s'inquiéta quand même et tourna la tête pour essayer de voir son propre dos.
« Pourquoi tu rigoles, j'ai une tache ?
- Mais non, tu me fais juste rire à t'inquiéter autant. Je ne crois pas que tu étais aussi inquiet pour notre mariage. Essaie de ne pas trop le montrer tout de suite à Bill, le but c'est qu'il soit heureux pour vous deux, pas de faire mieux que moi. »
Ça fit rire Francis d'imaginer Bill bomber le torse comme un coq juste en apprenant ça.
« Promis, je garderai ça pour moi au moins jusqu'à la fin du mariage. »
Vanessa hocha la tête mais son regard laissait bien deviner qu'elle ne le croyait pas. En même temps, ce n'était pas évident pour Francis de cacher quelque chose à Bill. La seule chose qu'il avait réussi à cacher assez longtemps, c'étaient ses sentiments. Une belle performance sur une décennie mais ça leur avait fait plus de mal que de bien alors il était soulagé d'avoir finalement cédé.
Il se tourna à nouveau vers les surfaces réfléchissantes, essayant d'ignorer la façon hilare qu'avait son ex-épouse de le regarder.
« Ne t'en fais pas, tu es vraiment très beau. Tu fais un magnifique marié.
- Je ferai un magnifique marié quand on aura échangé nos anneaux, Bill et moi. En attendant, on est juste fiancés.
- Eh bien tu fais un très beau fiancé. Enfin, ça je le savais déjà, j'ai porté ta bague, et je sais à quoi tu ressembles. Tu es un très bel homme.
- Merci Vanessa. »
Francis baissa les yeux, lissant la veste de son costume de marié.
« Et s'il décidait de ne pas venir ?
- Notre cher commissaire Bill Boid, ne pas venir à son propre mariage avec l'homme qu'il aime plus que quiconque au monde ? Tu n'as pas à t'inquiéter. »
C'était vrai mais Francis n'arrivait juste pas à rester tranquille. Bill avait le sens du dramatique, et avait du mal à accepter que les choses puissent bien se passer pour lui, et en plus de cela il n'était pas doué pour communiquer également. Que de belles qualités qui ne pouvaient que l'inquiéter. Il croyait en son partenaire, c'était certain, mais là il s'agissait d'autre chose encore, il s'agissait de savoir si Bill se faisait confiance à lui-même.
Vanessa rangea son téléphone dans sa poche après une grimace et un soupir puis fit deux pas dans sa direction pour le rejoindre.
« Vraiment, tout ira bien.
- Oui c'est vrai. » Il lui adressa un sourire qui se voulut courageux. « Il n'y a aucune raison pour que les choses se passent mal. Puis, le mariage est dans quelques minutes alors il ne devrait plus tarder à arriver »
Le sourire de Vanessa se fit un peu plus tendu et elle émit un rire qui fit immédiatement perdre à Francis sa confiance en lui.
« Quoi ?
- Oh, rien. J'ai juste… Je me suis dit que Bill pourrait apporter un peu de suspens à ce mariage en arrivant en retard alors j'ai proposé à Fab, qui est son témoin, de faire le même coup qu'il m'avait fait lui-même. »
Francis hocha la tête. Il était en train d'enregistrer l'information.
« D'accord. Mais… J'ai vu Fab en bas il y a vraiment quelques minutes.
- Eh bien, c'est le souci. »
Elle sortit son téléphone de sa poche, comme si elle hésitait à lui montrer quelque chose, et le rangea à nouveau. Francis ne savait pas du tout comment interpréter ça.
« Eh bien il a jugé comme étant une bonne idée de laisser Miguel s'occuper de ça apparemment. »
-o-o-o-
Bill frappait contre la paroi de la camionnette blanche depuis un bon moment déjà alors que celle-ci parcourait toute la ville de Los Santos, la playlist préférée des Vagos retentissant dans les rues avec un fracas assourdissant.
La journée avait bien commencé. Il s'était levé à 6H du matin avec deux heures de sommeil dans les pattes, il avait fait de son mieux pour accepter de laisser son équipe s'occuper de la ville, et il avait aussi fait tout ce qu'il avait pu pour ne pas entrer dans le commissariat afin de se préparer pour le mariage complètement. Fabien avait dit qu'il viendrait le chercher pour l'emmener à la mairie, en tant que bon témoin qu'il était, et Bill l'avait cru. Il n'y avait aucune raison pour qu'il ne lui fasse pas confiance mais quand il avait décidé de sortir de chez lui à 11h30 pour être sûr d'être à l'heure à la mairie et pour son mariage – celui-ci n'avait lieu qu'à midi, il voulait juste être en avance pour impressionner son fiancé et futur époux – il avait vu une petite camionnette blanche qui l'attendait devant sa maison.
Bill était loin d'être un homme stupide. Il n'était pas arrivé là où il en était aujourd'hui, en tant que commissaire du LSPD, en étant stupide et inconscient. Il avait donc très vite compris que le véhicule correspondait clairement à quelque chose de négatif et avait mis la main à son taser, alors sur ses gardes, mais il n'avait pas pu éviter Miguel et Haylie qui l'attrapèrent chacun par un bras et le jetèrent à l'arrière de l'engin avant de partir à toute vitesse en riant comme des imbéciles.
Il avait donc frappé comme ça pendant un long moment parce que rien ne se passait plus comme prévu. Pour ne pas arranger son affaire, en une demi-heure, la camionnette était tombée deux fois à la renverse, avait traversé l'autoroute à contre-sens et les musiques s'étaient enchainées de plus en plus fort. Ce ne fut qu'une fois que Bill fut complètement épuisé et arrêta de taper contre les parois que la petite vitre séparant l'avant et l'arrière du véhicule s'ouvrit sur Miguel qui lui offrit son plus grand sourire.
« Coucou commissaire ! Joyeux mariage ! Vous allez voir, vous allez être un homme comblé !
- Mais putain vous faites quoi ?
- Foub nous a « commandité » pour une mission spéciale !
- Ouais ! Il veut qu'on vous fasse arriver en retard pour ajouter un peu de pression ! C'est une idée de Vanessa ! »
Les mois étaient passés et Bill avait laissé dans un côté de sa mémoire pas mal de choses depuis le temps, alors il lui fallut tout de même quelques secondes pour se rappeler qu'il avait fait le même coup à la doctoresse lors de son propre mariage avec Francis, en mai dernier.
« Elle se venge… Vous avez été payés combien ?
- Payés ? Je n'ai rien contre Foub, commissaire, pero il n'est pas vraiment moins radin que Dounoutien. Et on a juste trouvé l'idée drôle alors on a accepté !
- Ouais, je suppose que ce n'est pas faux. Putain. »
Il n'avait pas la moindre idée de l'heure qu'il était, Haylie lui avait arraché son téléphone des mains très tôt avant de lui mettre un zip-tie et il ne savait pas où elle l'avait caché. Il ne pouvait que compter sur eux pour ne pas arriver trop en retard mais il n'était pas très optimiste. Les deux membres de Vagos chantaient à tue-tête sans vraiment s'inquiéter du temps qui passait, ce qui n'était pas un bon signe pour lui. En plus, avec tous les accidents qu'ils avaient eus, il s'était retrouvé avec un poignet foulé et il y avait fort à parier que ses jambes aussi mais il n'avait pas réussi à se relever parce que les deux imbéciles qui étaient à l'avant roulaient à toute vitesse.
Haylie poussa un grognement agacé qui attira son attention et il réussit à voir qu'elle tenait un téléphone en main – évidemment, ce n'était pas le sien à lui alors ça ne servirait pas à grand-chose d'essayer de le lui prendre – et elle secoua la tête.
« Le co-commissaire est au courant de l'affaire, Vanessa lui a dit qu'on l'avait emmené.
- Oh non ! Pourquoi elle nous a balancé ?
- Sûrement parce que c'est nous au volant. »
Bill soupira de soulagement. Heureusement que Vanessa avait un peu de bon sens, ça allait enfin régler toute cette situation pour de bon.
« Bah, tant pis, de toute façon on doit encore continuer pour le moment.
- Sí, ce n'est pas parce que le co-commissaire Kuck sait ce qu'il se passe que c'est fini ! »
Le commissaire se laissa retomber en arrière, la tête contre l'une des parois. Il se sentait fatigué, encore plus que quand ses unités se décidaient toutes d'un accord commun à faire de la merde – à croire que l'équipe du NCIS avait un don pour pousser les gens à la connerie – et il avait envie de retourner se coucher. Si ce n'était pas parce que c'était son mariage avec Francis, il se serait jeté hors du véhicule, qu'il ait les mains attachées ou non.
« Et vous attendez quoi au juste ?
- Une petite participation des journalistes pour enthousiasmer le public !
- Le public ?
- Sí ! Kenneth va être un peu utile ! »
Bill fronça les sourcils, se demandant de quoi il parlait quand Miguel et Haylie éclatèrent de rire. Le second du Jefe se retourna sur son siège et tendit son téléphone vers lui pour lui montrer.
« Regardez commissaire ! Vous êtes à la une du journal ! »
En effet. Le titre de l'article – et putain, cet article était long, ça devait faire un moment que les choses étaient prévues, il allait carrément se venger – était tellement faux et écrit pour pousser au clic qu'il pouvait sentir le porte-monnaie du journaliste s'alourdir : Le commissaire Boid en retard à son propre mariage ! N'est-il déjà plus amoureux de son co-commissaire ? Il y a de l'eau dans le gaz, ça c'est certain !
« Putain. »
Il allait en buter un au moins. Il n'était pas à son coup d'essai, il allait tous leur foutre une patate, même à Fabien et Vanessa, ça leur apprendrait.
« Bueno ! Les gens vont être choqués, es perfecto !
- Vous êtes vraiment cons.
- Eh ! Vanessa elle, elle a été considérée comme portée disparue à l'époque à cause de vous, commissaire !
- Comme ça, vous êtes pareils, sí ! »
Il les détestait. Il y avait franchement intérêt à ce que tout ça se finisse bien.
La camionnette prit enfin la direction de la mairie et il soupira de soulagement. Il allait avoir l'air beau avec ses hématomes et le zip-tie serrant ses poignets douloureusement, Kenneth et Sally allaient avoir franchement intérêt à manier les logiciels de montage photo comme les professionnels qu'ils étaient supposés être pour que l'album-souvenir du mariage ne donne pas l'impression qu'il ait été passé à tabac. Ça allait rendre son co-co tout triste, bordel.
-o-o-o-
Francis fixait les pattes du maire en essayant d'ignorer les murmures un peu trop forts dans son dos. Tout le monde jazzait, sans aucune surprise, en lisant le titre complètement pute-à-clic que le Weazel News avait écrit. Il n'avait pas besoin de le lire pour savoir que Kenneth était lié à tout ça. Il pouvait imaginer Bill enrager sans aucune difficulté et lui, il était vraiment inquiet. Les gens le regardaient avec une sincère inquiétude et les flashs des appareils photo lui crépitaient au visage alors que les journalistes le photographiaient.
Il aurait pu apprécier un peu de calme, surtout que son mariage se passait en plein air, qu'il neigeait comme pas permis – c'était l'idée de Bill d'attendre l'hiver, douce ironie qu'il avait trouvé là – et qu'il se faisait marier par le iench. Il l'aimait, le canidé, et ce n'était clairement pas n'importe qui, mais un mariage à l'église lui aurait plu. Quand Bill lui avait rétorqué que ce ne serait pas possible, il lui avait fallu un bon moment pour se rappeler qu'il s'était déjà marié à l'église et que ce n'était donc plus possible qu'il refasse un mariage religieux. C'était écrit quelque part dans la Bible apparemment – ses connaissances étaient assez limitées en dehors de ce que ses parents lui avaient appris – alors il n'avait pas trop le choix. Il se mit à genoux devant le maire et passa sa main dans son collier de poils.
« J'espère que certains d'entre eux vont choper un rhume. »
Le iench aboya une fois et lécha sa main affectueusement. Marius lui adressa un sourire amusé. En tant que maire adjoint, il se devait d'être là aussi, ne serait-ce que pour tenir les papiers de mariage et traduire les mots du chien, ayant pris le temps d'apprendre avec Harris.
« Quelques regrets, co-commissaire ?
- Pleins. Je me les caille, je vais être rouge et avoir la morve au nez sur les photos et en plus, la neige est en train de tremper mon pantalon et mes chaussures. »
Ça fit rire le patron du Gruppe6.
« Je voulais dire par rapport au mariage. Tu vas dire oui, tu es sûr ?
- Ah mais je ne vais pas gâcher la surprise. »
Marius rit encore plus fort alors que Francis se remettait debout. Il croisa le regard de Vanessa qui souriait avec tension à quelques mètres de lui alors que son frère lui avait un sourire qui montrait toutes ses dents. Fabien faisait les cent pas dans la neige en marchant encore et toujours dans les mêmes traces qu'il laissait derrière lui et Lenny se penchait au-dessus du téléphone de Kenneth pour lire quelque chose dessus.
Une camionnette blanche presque invisible dans les rues tout aussi claires par la poudreuse givrée marqua un dérapage magnifiquement exécuté qui manqua de finir mal et roula sur le trottoir, faisant s'écartant les gens sur son passage, puis se gara en traçant les marquages sombres de l'asphalte sur le sol. La musique qui s'en dégageait avec force se stoppa et Haylie en sortit en exécutant une révérence certes moqueuse dans son exagération mais bien exécutée malgré tout. Miguel la suivit vite fait, sortant Bill du véhicule. Le commissaire était un peu trop calme, attentif, patient. Francis comprit avant de voir ce qui allait se passer. Au moment où le second en chef des Vagos retira le zip-tie des poignets de Bill, celui-ci le remercia d'un superbe direct du droit en plein visage et en foutu un à Haylie aussi, à qui il en voulait tout autant visiblement, puis il se tourna vers Kenneth avec une telle vitesse que le journaliste se précipita aussi vite qu'il en fut capable derrière Lenny – un acte plein de courage. Personne ne fut bien surpris par ça.
Fabien se précipita vers Bill, c'était son rôle en tant que témoin que d'être à ses côtés, et lui tendit son coude que le commissaire attrapa, les dents toujours serrées. Ils passèrent tous les deux l'allée notable par les personnes qui s'écartaient sur leur passage, puis le vigneron laissa enfin Bill à ses côtés. Celui-ci lui adressa un regard fatigué mais Francis savait qu'il s'amusait aussi.
« J'aurais dû les foutre en taule.
- Et leur faire rater notre mariage ? Ce ne serait pas raisonnable.
- Si j'étais raisonnable, je me serais barré de cette ville il y a un long moment déjà.
- Est-ce que j'aurais pu venir aussi ?
- Evidemment. »
Le chien aboya une première fois pour les faire taire, provoquant le même effet chez tous leurs invités aussi. Vanessa s'approcha, tenant leurs bagues en souriant. Bill se pencha vers Francis.
« Elle a de la chance d'être compétente. Elle aurait été au niveau des autres médecins, je lui aurais fait payer ce coup-là sur le champ.
- Oh, ne dites pas ça, vous savez que vous l'appréciez bien en réalité.
- Tant que tu ne lui fais pas croire ça, je peux te laisser le penser. »
Francis rit doucement puis le iench commença son discours que Marius traduit aussi bien qu'il en fût capable. Ils se dirent « oui » tous les deux un peu rapidement quand même, puis vint la phrase fatidique.
« Si quelqu'un s'oppose à cette union, qu'il parle maintenant ou ferme sa gueule. Honnêtement, fermez-la. »
Personne ne dit quoi que ce soit, les gens se contentant de rire. Les téléphones des policiers sonnèrent alors tous en même temps avec l'alarme prévenant qu'une fleeca était en train de se faire.
« Est-ce qu'on doit considérer ça comme une opposition ?
- Oh non, qu'ils aillent se faire foutre, eux tous. »
Francis hocha la tête. Ils s'échangèrent ensuite leurs alliances et Bill fixa la sienne comme s'il n'arrivait toujours pas à y croire.
« Bon, vous pouvez vous embrasser tous les deux, on sait que vous n'attendez que ça. »
Francis attrapa Bill par sa cravate et l'attira contre lui dans un baisé passionnel et un peu chaud quand même, provoquant un petit rire à son commissaire qui l'attrapa par la nuque et lui rendit son baisé avec la même fougue. Les gens les applaudirent et les félicitèrent, les flashs des appareils crépitèrent et des bouteilles de champagne Montazac-Torez furent ouvertes pour célébrer cet événement qui avait certainement été celui qui avait été le plus attendu par chacun des habitants de cette ville, même plus que le Los Santos Got Talent, et ce peu importe leur affiliation, qu'elle soit jaune, verte, bleue ou même autre.
