Jour 2 – Swap

Aye, aye Capitaine

Los Santos. Une ville qui pourrait être calme et tranquille, paisible et reposante, avec ses plages de sable fin et ses bars aux titres aguicheurs, mais ce n'était pas le destin qui lui avait été décidé. Les gangs se battaient avec des couleurs atypiques et peu discrètes telles que le jaune ou le vert, les bouteilles de vin commençaient à se vendre de plus en plus chères à cause de deux vignerons qui venaient d'arriver et faisaient grimper les prix plus vite que le réchauffement climatique faisait fondre les glaciers, le LSMS était d'une compétence surprenante pour les têtes qui y travaillaient et ce malgré le fait que quelque chose clochait au commissariat. Ça avait toujours cloché d'ailleurs, et personne n'était vraiment capable de l'expliquer mais il y avait pourtant ce petit truc particulier, étrange, bizarre, comme si quelqu'un était revenu en arrière dans le temps et avait bougé une chaise d'un centimètre, changeant complètement la logique des choses telles qu'elles auraient dû l'être. Personne ne pouvait mettre le doigt sur quoi mais au moins les choses fonctionnaient à peu près correctement et c'était absolument tout ce sur quoi on pouvait compter pour espérer que la ville ne sombre pas complètement dans le chaos.

La police de Los Santos, le LSPD pour aller droit au but, s'en sortait bien, autant que ça pouvait être possible. Il n'y avait pas moins de seize policiers dont huit sergents, deux cadets, trois officiers (dont un qui était plus stagiaire qu'officier), un chien inspecteur, un lieutenant et un capitaine. Ce dernier était d'ailleurs très fier de pouvoir dire que ses unités étaient les « unités d'élite » du LSPD, le tout avec un sourire satisfait et la moustache qui frémissait de joie à chaque fois qu'il prononçait ces mots. Le lieutenant était lui beaucoup plus réservé sur ce qu'il pensait de son équipe, et bien plus pingre en compliments. Si les unités étaient toutes bien contentes que ce soit le capitaine Kuck qui les dirige – son sourire et sa bienveillance les mettant en confiance – ils appréciaient quand même le sérieux du lieutenant Boid ainsi que son charisme (et moins ses cris et colères).

Beaucoup de personnes pensaient que ce n'était pas normal, qu'ils n'étaient pas dans le bon rôle, l'un comme l'autre, mais les choses semblaient fonctionner quand même malgré certaines mauvaises langues. Après tout, ça faisait dix ans que c'était comme ça, dans une ville comme Los Santos, ce serait le chaos si ça ne devait pas fonctionner.

Une moto arriva à toute vitesse devant le LSPD et entra dans le parking privé du bâtiment, utilisable seulement par le personnel. Retirant son casque qui ne lui était plus d'aucune utilité, le lieutenant Boid remarqua avec un grincement de dents que beaucoup trop de voitures manquaient. Il avait proposé à son capitaine de faire des équipes de deux pour les différents agents mais visiblement, soit celui-ci avait oublié d'en parler, soit les unités n'avaient pas écouté. Il allait devoir lui en toucher un mot, mais pour le moment il se contenta de secouer la tête avec agacement en attrapant sa radio. Ce n'était pas à lui de remettre à l'ordre les imbéciles qui travaillaient pour le capitaine Kuck. Il alluma l'appareil.

« Lieutenant Boid, prise de service. »

Plusieurs agents lui répondirent en le saluant, mais il nota surtout que son capitaine n'avait pas fait de même. Il fronça les sourcils. Ce matin-ci, Francis était pourtant parti avant lui, il avait dit qu'il avait des choses à faire, et lui il avait dû se rendre au garage d'abord pour réparer sa moto qui avait pris un sacré coup la veille, putains de débiles finis qui roulaient à 130 en ville, ils pourraient au moins attendre d'être sur l'autoroute, histoire de lui foutre la paix. Il tira la gueule et réenclencha la radio.

« Il est là le capitaine ? »

Il ne voulait pas parler à Francis directement parce que les autres policiers trouvaient toujours une façon pour l'embêter avec ça, le taquiner, lui faire des commentaires à la fois faux et terriblement déplacés.

« Oui, il est là votre capitaine adoré, lieutenant.

- Il est juste parti voir une doctoresse à l'hôpital, votre capitaine chéri, lieutenant.

- Ne vous inquiétez pas pour lui, votre capitaine préféré va très bien, il avait juste oublié sa ceinture.

- Oui et je suis sûr que peu importe le docteur qui s'occupera de votre capitaine que vous aimez tant, il sera sur pieds très tôt. »

C'était exactement à ça qu'il pensait en parlant de commentaires déplacés.

Bill avait envie d'en encastrer au moins un ou deux ou six dans un mur. Francis avait demandé à toute l'équipe de parler sur un ton beaucoup plus calme à la radio pour bien se comprendre à cause de tous les cris (que ce soit Bill qui engueulait l'équipe, la team NCIS qui se racontait tous les épisodes et partageait l'information avec les autres, Michael qui chantait l'hymne du pays ou même parfois les autres pour des raisons tierces mais c'était plus rare) afin que tout le monde s'entende un peu mieux. Le seul point sur lequel ça avait été efficace, c'était que les communications radio étaient effectivement plus calmes. En dehors de ça, Bill s'était imaginé fracasser son véhicule contre celui des autres unités et il savait qu'il n'était pas le seul à y penser car il avait vu Chloé Sterling le fixer avec une colère et une envie de l'affronter qu'il faisait semblant de ne pas comprendre quand son capitaine lui en parlait, inquiet pour lui. De toute façon, il n'avait pas besoin d'y penser pour que les véhicules du commissariat se perdent, vu le nombre de fois qu'ils se faisaient attaquer par les gangs, ou même seulement par l'incompétence d'un trop grand nombre d'entre eux.

Le lieutenant entra dans le commissariat avec agacement pour enfiler son uniforme de lieutenant. En réalité, il n'y avait pas vraiment d'uniforme fait pour ce statut, c'était l'uniforme des policiers motards mais Francis et lui avaient réfléchi tous les deux à emprunter des uniformes particuliers pour mettre en avant leur rôle dans la police. Leurs agents les reconnaissaient facilement, c'était surtout pour les civils et les visiteurs, aussi peu nombreux fussent-ils et ce même s'ils ne restaient presque jamais longtemps.

Il était à peine entré dans le vestiaire que sa radio grésilla avec la voix nasillarde de son capitaine dans son oreille, comme un chant.

« Je vais beaucoup mieux, je retourne sur le terrain ! Si quelqu'un est disponible pour venir me chercher et patrouiller avec moi, ce serait gentil.

- Je viens vous chercher mon capitaine.

- Oh, mon lieutenant ! Ce serait avec plaisir. »

Bill lâcha sa radio et s'habilla à toute vitesse, ignorant Lindsay et Kelly qui avaient allumé leurs radios uniquement pour faire des bruits de bisous jusqu'à ce que Guy s'énerve en leur disant de rester professionnel. C'était peut-être un peu mal avisé de sa part étant donné sa façon d'agir avec les Vagos mais il n'avait pas tort et il eut au moins le mérite de faire taire la team NCIS après que celles-ci se furent plaintes un instant.

Il se précipita jusqu'à l'hôpital aussi vite que son véhicule le lui permettait – il allait vraiment devoir parler à Francis, il n'en restait plus aucun, c'était un réel souci – esquivant les voitures de civils qui respectaient les limitations de vitesse comme ça leur était obligé. Son capitaine l'attendait sur le parking du LSMS, sa chemise blanche l'éblouissant à cause du satané soleil qui réfléchissait dessus. Il était en train de parler avec Vanessa, de rire avec elle. Bill se gara à côté d'eux, salua la doctoresse et invita avec sa politesse légendaire son capitaine à entrer. Francis grimpa à côté de lui et lui adressa son plus beau sourire.

« Merci d'être venu me chercher mon lieutenant !

- Hum, mouais. »

Francis haussa un sourcil alors que Bill redémarrait.

« Pourquoi cette tête ?

- Parce que vous vous êtes blessé comme un con, qu'on n'a plus aucune voiture au garage et que vous laissez les unités raconter n'importe quoi à la radio.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez. »

Bill leva les yeux et commença à imiter les unités avant de remarquer que Francis riait discrètement derrière sa main. Il jura et grommela dans sa barbe alors que Francis se décida à rire franchement.

« Oh, voyons mon lieutenant, laissez-les dire, ce n'est pas si grave.

- C'est vous qui le dites. »

Francis ouvrit la fenêtre de la voiture pour laisser le vent lui souffler sur le visage.

« Quant aux voitures, je leur parlerai, ça c'est certain, car ça commence à poser réellement problème. Ils ne peuvent pas continuer ainsi mais ils ne sont pas très à l'écoute non plus. Je ne sais pas comment faire pour qu'ils m'écoutent. Puis à propos de ma ceinture, j'aurais eu mal quand même vu à quelle vitesse l'autre voiture nous est rentrée dedans.

- Je pensais que tu aimais bien le rentre-dedans. »

Francis sourit grandement puis émit un petit rire. Le regard qu'il lui adressa cependant donna la chair de poule à Bill. C'était une réaction peut-être un peu forte, surtout pour lui, alors il tourna vite les yeux sur la route pour y mettre fin, et cacher autant que possible l'effet que ça lui faisait.

Son capitaine prit la radio et pencha la tête dans sa direction.

« À toutes les unités, je vous rappelle que vous devez vous mettre en équipes de deux alors on ne devrait pas manquer de véhicules dans le garage. Je vous laisse continuer de patrouiller comme vous le faites pour l'instant jusqu'à ce midi et cet après-midi on se retrouvera pour régler toute cette situation. Ce sera le lieutenant qui s'occupera de faire les équipes. »

Plusieurs voix répondirent positivement, certaines plus joyeuses que d'autres, et le silence se fit à nouveau entendre dans le véhicule. Francis poussa un long soupir exagéré.

« Ah c'est terrible, ils ne m'écoutent pas tant que je ne parle pas de vous.

- C'est parce que j'ai l'air méchant.

- Oh je sais que vous ne l'êtes pas réellement.

- Vous oui, eux non, et c'est mieux comme ça.

- Je suppose. On fait quelles équipes pour cet aprèm' ?

- On sépare NCIS, elles sont un peu trop ensemble.

- On laisse Jean avec Michael ? Ces deux-là semblent intéressés l'un par l'autre.

- Pour qu'ils se bécotent et fassent mal leur travail ? C'est non, Michael ira avec Panis… et Jean avec Abi.

- Oh, vous n'avez pas le sens du romantisme.

- Qu'ils baisent en dehors du boulot.

- Tu dis ça mais si notre capitaine avait agi de cette façon avec nous à l'époque, on n'en serait pas là aujourd'hui.

- En couple ? »

Francis hocha la tête, tout content. Il aimait bien entendre Bill dire ça, peu importe à quel point il le disait. Il avait les joues qui devenaient plus roses, et il semblait comblé.

- Et peut-être que je serais capitaine.

- Oh, le blanc te va à ravir, et tu ferais un excellent capitaine. »

Bill ne se souvenait même plus comment Francis était devenu capitaine. Ça lui importait peu, le pourquoi du comment, il savait juste que son partenaire était excellent dans son rôle, même s'il était un peu trop gentil parfois et que les unités en abusaient par moments.

« Tu veux vraiment que je laisse Michael et Jean ensemble ?

- Oh oui. Demande-leur d'aller dans le nord. Tout au nord, bien loin tous les deux.

- Ce n'est pas du tout suspect ça.

- Ah mais s'ils ne comprennent pas quand je sous-entends comme ça, c'est qu'ils sont vraiment bornés. Ça me rappelle quelqu'un. »

Bill haussa les épaules innocemment, comme s'il ne savait pas de quoi Francis voulait parler. Il le savait très bien en réalité, il n'avait juste aucune envie d'en parler ou de l'avouer, il avait trop de fierté pour ça. Peut-être que ça donnait raison à son compagnon, tant pis si c'était le cas.

« Et s'ils continuent de nier, tu feras quoi ? Tu vas les enfermer quelque part jusqu'à ce qu'ils se fassent un bisou ?

- Ce serait un très mauvais plan. Il n'y aurait vraiment aucun moyen pour que ça fonctionne. Enfin, on ne sait jamais. Est-ce que tu crois que j'utilise trop mon influence de capitaine pour mettre nos agents en couple ?

- Oh je ne sais pas. Demande à Panis et Sterling. Ou Peine vu que tu crois qu'il est amoureux de Carter alors qu'il répète que non. Ou encore King que tu prenais à chaque fois avec toi pour déposer les Vagos en prison.

- Alors déjà, tu crois aussi que Peine s'intéresse à Carter, tu es même le premier à le dire. Puis pour Abi est bien contente de me suivre.

- Ouais, ça ne m'étonne pas. On devrait se reconvertir et bosser dans une agence matrimoniale.

- C'est vrai qu'on est très doués pour caser les gens ensemble, mais on laisse qui à la tête du LSPD ? Panis ? »

Bill secoua la tête, se retenant de rire, ce que Francis ne faisait pas de son côté.

« Le iench. C'est encore notre meilleur membre. »

Ils rirent tous les deux, imaginant le chien à la tête du LSPD, gérant toutes les unités d'une patte de maître.

« Le Weazel News adorerait ça.

- Tout le monde adorerait ça ! Les gens aiment les chiens. »

Bill hocha la tête. Francis se pencha vers lui.

« Tu sais, un jour je devrais avoir le droit de conduire quand je suis avec toi. C'est moi le capitaine quand même. »

À ce moment-là, une voiture les dépassa à toute vitesse. Bill alluma la sirène.

« On en reparle quand tu sauras poursuivre les véhicules, ok ? »

Puis il partit à toute vitesse à la poursuite du véhicule, souriant malgré lui à l'indignation outrée de son capitaine.