Jour 3 – Guérir

La guérison vient à point à qui sait attendre

Francis n'était pas très bien réveillé. Tant qu'il n'aurait pas son café, il serait bien absolument incapable de faire quoi que ce soit. Ses cheveux tenaient à peine dans leur élastique, le tabouret sous ses fesses était froid et rien que le bruit continu qu'avait produit la cafetière le temps que sa tasse se remplisse l'avait fatigué. Il se brûla sur le liquide brun qu'il finit par boire avec agacement. Au moins, il arrivait mieux à se concentrer. Le café coula dans sa gorge à toute vitesse, trop vite à son goût. Il aurait vraiment aimé que son petit déjeuner soit moins rapide mais deux tartines beurrées et une tasse de café, ça ne pouvait pas être lent. Il remarqua cependant sans difficulté que quelque chose n'allait pas comme il fallait et ses instincts de policier, de co-commissaire de la police, lui firent se rendre compte très vite de cela. Il tourna la tête sur sa droite.

Bill n'était pas là à côté de lui, c'était bizarre. Normalement, il était supposé être réveillé avant lui, il était absolument impossible que ce soit lui qui soit le premier dans la cuisine. Quelque chose était vraiment anormal.

Francis se leva de sa chaise, regrettant de ne pas avoir mis le chauffage la veille car son corps entier avait la chair de poule, et il se demanda où son compagnon pouvait bien être. Il ne se souvenait pas l'avoir entendu dire qu'il passait la nuit ailleurs, alors il était forcément à la maison, vu qu'ils étaient rentrés ensemble tous les deux. Il se dirigea dans sa chambre pour s'habiller. Il était toujours bien possible que Bill soit simplement parti très tôt, mais ça le surprenait un petit peu s'il pouvait être honnête parce que même lui s'était réveillé de bonne heure, pour une fois depuis un bon moment. Après quelques instants d'hésitation, il décida d'aller dans la chambre de Bill, mais avant qu'il n'ait pu toquer, la porte s'ouvrit.

Bill tanguait, sa chemise était boutonnée de travers, ses chaussettes étaient dépareillées et il lui manquait une chaussure. En plus de tout cela, il reniflait et toussait avec force. Il ne fallut vraiment que quelques secondes à Francis pour comprendre l'évidence : son commissaire était malade. D'ailleurs, ce fut la première chose qu'il lui dit.

« Tu es malade Bill, tu devrais retourner au lit tout de suite.

- On a besoin de moi.

- Si tu infectes tout le monde avec votre virus, je ne suis pas sûr qu'ils penseront la même chose. »

Il passa ses bras sous ceux de Bill et le poussa pour l'obliger à retourner dans la chambre. Le commissaire poussa un gémissement plaintif, n'ayant définitivement aucune envie de se laisser faire mais il était malade et quand c'était le cas, il était très facile pour Francis d'en faire ce qu'il voulait. Il ne rencontra aucune difficulté pour le remettre au lit et il entreprit alors de lui retirer sa chaussure, ses chaussettes et son pantalon – ça ne lui servirait pas vu qu'il restait au lit. Il remarqua le sourire que Bill lui adressait et décida de l'ignorer, le rouge aux joues. Il n'avait pas particulièrement envie de savoir ce à quoi son compagnon pouvait bien penser.

« Je vais rester ici aujourd'hui pour m'assurer que tu vas te reposer.

- Le LSPD…

- C'est Panis qui va gérer.

- La ville va brûler. »

Certainement, mais ce ne serait pas la première fois alors ils feraient avec aujourd'hui.

« Je vais appeler le LSMS pour qu'ils voient ce que tu as et vérifient que ce ne soit pas grave.

- Je vais bien, je vais mieux.

- Non. Tu restes au lit et tu es sage.

- J'ai pas que ça à faire d'être sage. La ville n'a pas besoin d'un commissaire qui est sage- »

Francis lui donna une pichenette au front et Bill devait vraiment être fatigué parce que les larmes lui montèrent aux yeux, ce qui le vexa immédiatement alors il détourna le regard et se tut. Le co-commissaire secoua la tête et soupira avant de sortir de la chambre pour appeler le LSMS. Le docteur Maison lui assura qu'il allait venir, ce qui le rassura pas mal. Il alluma ensuite sa radio et prévint toute l'équipe du LSPD que ni lui ni Bill ne travailleraient aujourd'hui et que c'était à Panis de gérer. Il y eut plusieurs réactions : de l'agacement, de la surprise, des remarques osées, il n'échappa pas à grand-chose. Il leva les yeux au ciel. Au moins, ils ne savaient pas que Bill était malade, les commentaires auraient été plus nombreux. Il n'était pas naïf au point de croire que la nouvelle ne se répandrait pas absolument partout dès qu'un médecin, peu importe lequel, serait venu, mais ce serait déjà un bon début, ça lui laisserait un peu de temps devant lui.

Quelques temps plus tard, même pas une heure après, quelqu'un toqua à la porte de leur logement. Francis l'ouvrit et tomba sur le docteur Maison. Il ne fallut pas longtemps au médecin pour en venir à la même conclusion que Francis : c'était une grippe. Pas une très grosse cependant, alors il put le rassurer sur le fait que ce ne serait pas trop grave tant que Bill accepterait de se reposer. Ils s'étaient échangé un regard dans le silence sachant tous les deux ce que ça voulait bien dire. C'était clair que ce ne serait pas facile pour Francis mais c'était pour ça qu'il avait pris sa journée d'ailleurs. Le docteur Maison lui laissa quelques médicaments et lui souhaita bonne chance. Il en aurait besoin.

Il ne fallut pas bien longtemps à Bill pour décider d'être un problème. En effet, le temps que Francis lui apporte ses premiers médicaments ainsi qu'un verre d'eau, il s'était déjà décidé à essayer de se lever malgré tout le bon sens qui le bouffait littéralement et la tête qui lui tournait. Francis fronça les sourcils en le voyant faire et posa tout ça rapidement pour l'attraper avant qu'il ne se mette debout.

« Eh ! Tu n'as pas le droit de sortir du lit.

- Je suis le capitaine-

- Commissaire, tu es le commissaire, et moi aussi alors je peux t'obliger à t'allonger si je veux, c'est un ordre. »

Bill rit un peu, comme si c'était une bonne blague et essaya de se lever quand même mais ça n'empêcha pas Francis d'avoir plus de force que lui, pour le moment du moins, et de le pousser en appuyant sur ses épaules pour le faire poser son arrière-train de force.

« Prends tes médicaments.

- J'ai mal à la tête.

- Oui, c'est généralement à ça que servent les médicaments, tu serais surpris de leur efficacité une fois ingérés. »

Il lui déposa les médicaments dans l'une des mains puis le verre dans l'autre. Bill bouda un instant les médicaments avant d'accepter de les prendre enfin. Il continua de faire la gueule après ça mais c'était plus un bon signe en réalité.

« Je ne peux pas être malade.

- La preuve que si.

- Et si quelque chose d'horrible arrive ?

- Il n'y a pas à être si pessimiste. »

Francis le poussa doucement pour le faire s'allonger à nouveau et Bill le fixa en reniflant.

« Je ne suis pas pessimiste, c'est juste impossible que cette ville reste calme une seule journée.

- Et nos unités sont entraînées à gérer ça. »

Bill ne répondit pas à ça, ce qui laissa Francis incertain de savoir s'il était du même avis ou non, puis il se plaignit d'un mal de tête pour ne plus parler. Pour le coup, ce fut une bonne chose parce que quelques minutes plus tard, il s'endormit, laissant enfin du répit à Francis. Ça ne durerait pas, Bill ne se reposait jamais assez longtemps mais au moins, ça lui permettrait de rattraper le peu de sommeil dont il avait terriblement besoin. C'était si rare que le co-commissaire hésitait à le prendre en photo pour en garder un souvenir mais il se retint parce que ce n'était pas professionnel du tout de sa part. Il vint quand même appuyer son doigt sur sa joue une fois ou deux pour vérifier qu'il dormait bien, ce qui était le cas.

Durant tout le temps où Bill dormait, Francis reçut plusieurs messages et appels (et son ami aussi mais il se garda bien de lui laisser son appareil), principalement des différentes unités qui étaient soit en train de faire des conneries, soit en train de paniquer. Souvent, les deux allaient ensemble d'ailleurs. Il les envoya d'abord gentiment bouler, puis fut plus sec dans ses SMS et appels quand il comprit que sa gentillesse et sa patience n'étaient pas respectées à leur juste valeur.

En début de soirée, Bill finit enfin par se réveiller. Il était grognon et il fit la tronche quand Francis vint le voir, ce qui était toujours une bonne chose si on demandait son avis au co-commissaire. Il lui donna une deuxième dose de médicaments et remarqua que son comparse semblait aller un peu mieux. Il se plaignait moins d'avoir mal à la tête et toussait moins également. Ça convainquit Francis pour l'autoriser à s'asseoir sur le lit, mais pas à faire plus pour le moment.

Il commença à dire à son compagnon à quel point tout s'était bien passé durant la journée – énorme mensonge – et que ce n'était pas grave qu'il ait été malade juste ce jour-là – ce qui était un mensonge aussi, ce n'est jamais une bonne chose d'être malade et ça avait vraiment inquiété Francis qui avait dû faire semblant du contraire – mais Bill l'arrêta avant qu'il ne continue.

« C'est trop calme quand même.

- Ah, Los Santos est une ville compliquée, on ne sait jamais ce qu'il va se passer. Parfois, les fleeca vont s'enchaîner encore et encore jusqu'à ce que les choses soient horribles, et parfois tout ira bien. Tu veux manger quoi ? On a des briques de soupe, ce ne sera pas long de t'en chauffer une. »

Bill lui adressa un sourire comme réponse et finit par rire. Ce ne fut pas spécialement évident à interpréter. Son commissaire s'appuya sur le coussin dans son dos et sourit encore un peu plus.

« C'est marrant, j'ai ma propre petite infirmière. »

Francis resta silencieux quelques secondes avant de s'écarter du lit sur lequel il s'était assis également pour parler et rit pour cacher sa gêne et sa timidité (comment il était supposé comprendre ça ?).

« Eh beh, ça ne va toujours pas mieux mon commissaire, je vais aller faire cette soupe pour que vous alliez mieux. »

Il préférait en revenir au vouvoiement, même si Bill était toujours malade, comme si ça pouvait contrer la remarque qui venait d'être faite. Celui-ci l'interpella une dernière fois, souriant toujours. Au moins, être malade lui donnait un peu le sourire quand il ne boudait pas à cause de la douleur.

« Tu as de belles fesses.

- Toi aussi. »

Francis décida de nier ce qu'il venait de dire. Si Bill l'interrogeait plus tard, il dirait qu'il lui avait refilé sa grippe. De toute façon, ça devait forcément être le cas, il n'y avait pas d'autres possibilités pour qu'il ait dit ça aussi facilement à voix haute. Ça eut l'avantage un peu amusant de surprendre le commissaire qui resta béat pendant un instant. Aller préparer la soupe en brique lui permit de reprendre son sérieux qu'il avait perdu involontairement.

Quand il retourna dans la chambre avec la soupe un peu trop chaude, Bill faisait à nouveau la gueule. Il prit quand même son repas sans trop se plaindre. Francis voulut s'en aller pour le laisser se reposer tranquillement mais son ami grogna assez fort pour lui faire comprendre qu'il voulait qu'il reste. Ce n'était pas très délicat mais il céda. Il ne se retint cependant pas de faire une remarque, pour l'embêter un peu.

« Franchement, si c'est pour me parler ainsi, autant que j'appelle le iench, comme ça vous pourrez avoir une conversation intelligente. »

Bill se contenta juste d'enfoncer son nez dans son bol de soupe, vexé, mais ça ne dura pas longtemps car à la fin de son repas, il tapota le matelas à côté de lui. Francis fixa sa main avec des yeux ronds, préparant mentalement un refus à quoi qui pourrait lui être demandé.

« On regarde un film ?

- Oh. »

Il fut assez surpris par cette demande pour ne pas savoir quoi dire. Il s'était préparé à ce que Bill lui demande de jouer à Mario Kart (ce qui était absolument hors de question étant donné qu'il était toujours malade) mais pas à un film. Ils n'avaient jamais le temps de faire ça, encore moins de se lancer dans une série, à cause de leur travail alors il céda rapidement, peut-être trop, et accepta.

Francis se réveilla plus tard, au milieu de la nuit. Il ne savait pas trop comment il s'était retrouvé à s'endormir devant le film mais Bill avait jeté son bras sur son ventre sans pitié et c'était certainement le poids étouffant qui l'avait arraché à son sommeil. Le co-commissaire ne se souvenait même plus de ce dont parlait le film qu'ils avaient vu, juste que Bill s'était plaint et qu'il avait eu raison de le faire. Est-ce qu'il avait seulement vu la fin du film avant de sombrer pitoyablement dans les bras de Morphée ? (Des bras musclés, chauds et confortables à son humble avis absolument pas biaisé.)

Il s'extirpa du lit avec difficultés et manqua de tomber à plat sur le sol dans la manœuvre mais il put s'en sortir sans trop de bruit.

Les lumières de nuit de la ville éclairaient la chambre, lui permettant de se repérer, jusqu'à ce qu'il tire les rideaux. Il entendit Bill ronfler fortement et manqua de rire parce que ça l'avait quand même surpris un peu, mais il quitta la chambre sans réveiller son cher commissaire et amant.

Le lendemain, en revanche, bien que Bill fût complètement guéri et bougeait dans toute leur grande maison sans se soucier de faire du bruit, lui était cloué au lit, la tête lourde et le nez pris. Il ne se consola qu'en se disant qu'au moins, son compagnon allait mieux et qu'il irait certainement au commissariat toute la journée alors il pourrait se reposer jusqu'à son retour. Enfin, il se convainquit de cela jusqu'à ce que Bill entre dans sa chambre, curieux de ne pas le savoir debout, et décide dans le plus grand des illogismes, de rester avec lui pour surveiller son état.