Jour 5 – Toucher
Une délicatesse nécessaire
Il n'était encore que 6h20 du matin, il n'y avait que très peu de circulation alors que la brume s'étendait sur la ville avec le froid, et le silence se faisait d'or dans la voiture de Francis, ce qui mettait le co-commissaire assez mal-à-l'aise, mais il savait pourquoi rien ne se disait. Quelques jours plus tôt, Bill s'était fortement blessé lors d'une opération pour stopper des preneurs d'otages et il s'était déboité l'épaule. Depuis, il boudait, vexé, refusant de parler à qui que ce soit et grognant presque sur chaque personne qui essayait de lui montrer de la sympathie, de l'inquiétude ou de la pitié. Francis aurait cru qu'il lui parlerait au moins à lui, peut-être, sur un malentendu, mais il n'était pas non plus surpris que ce ne soit pas le cas. Bill détestait être blessé et avoir l'air faible et comme son état lui permettait d'aller au travail, il était énervé à l'avance de ce qui allait se passer : les unités allaient vouloir être aux petits soins pour lui et ça allait lui faire péter un plomb.
« Si Sterling s'approche de moi, je la vire. »
Francis fut tellement surpris qu'il parle qu'il ne put pas s'empêcher de rire. Il imaginait très bien la jeune cadette s'approcher avec toute sa bonne volonté et se retrouver menacée d'être virée immédiatement. Il n'y avait aucun doute que ça la mettrait en colère et qu'elle se vexerait. L'ambiance serait horrible au commissariat, ça allait être hilarant.
« Oh puis Carter va vouloir m'aider parce qu'elle veut bien faire et qu'elle veut aider les gens comme elle a voulu aider sa sœur et ça va m'énerver, je vais parler un peu trop fort et elle va pleurer.
- Oh je ne crois pas que-
- Quand sa sœur s'est barrée, elle était en larmes, j'ai dû lui donner une promotion. »
C'était une façon comme une autre d'essayer d'être gentil de sa part, ça fonctionnait parfois. Il n'était pas sûr que pour cette situation en particulier ça avait été la meilleure solution pour l'apaiser. Enfin, elle ne s'en était pas plaint non plus, donc c'était assez flou.
« Puis si Michael m'approche aussi pour avoir une promotion, il est viré aussi.
- Oh, tout de même pas ? Non parce que ça commence à faire beaucoup, le pauvre, il est déjà si triste. »
Bill se contenta de hausser une épaule, faisant attention à l'autre qui était prise en écharpe. Il en avait pour encore plus de deux semaines comme ça alors il n'avait pas d'autres choix que de rester derrière un bureau durant tout ce temps et quand il l'avait appris, il s'était énervé fort. Il avait quand même fini par céder, ne pouvant pas vraiment aller à l'encontre des médecins – le docteur Maison ayant menacé de le taser si un seul médecin le voyait hors de son bureau dans ses heures de travail, il serait enfermé à l'hôpital – ce qui le frustrait au plus haut point.
Quand ils arrivèrent au commissariat, il n'y avait qu'eux, ce qui les arrangeait pas mal. Bill avait bien fait savoir à son compagnon qu'il ne voulait croiser personne. Francis savait que ce ne serait pas possible mais il ne tenait pas particulièrement à être celui qui arracherait le pansement. Ils se dirigèrent directement dans les vestiaires et Francis commença à se changer, lui devant bien aller sur le terrain, quand il remarqua que Bill faisait de même.
« Je ne crois pas que ce soit bien nécessaire, vu que tu ne sortiras pas de ton bureau.
- L'uniforme est obligatoire pour tous les agents du LSPD, même pour moi.
- Je ne pense pas qu'on vous en tiendra rigueur.
- C'est normal, c'est à moi d'en tenir rigueur.
- Et à moi, donc vraiment, tu n'as pas à- Attention ! »
Francis se précipita pour le rattraper alors que Bill manquait de tomber en essayant d'enfiler le pantalon de son uniforme. Il voulait vraiment se fâcher, son compagnon prenait définitivement un peu trop de risques à son goût.
« Ok, ok, je vais t'aider à te changer.
- Non !
- Ecoute, tu ne peux pas te permettre de refuser mon aide alors laisse-moi faire ! Soit c'est moi qui t'aide, soit j'appelle le docteur Maison. »
Bill avait clairement envie de l'envoyer chier, Francis pouvait le voir dans ses yeux, mais il arrêta de bouger et se laissa faire.
Le co-commissaire glissa donc ses doigts dans les boucles de son pantalon pour le remonter, tirant doucement pour ne pas le bousculer, puis il referma le bouton et la fermeture éclair. Il pouvait sentir son compagnon se tendre et il le voyait du coin de l'œil qu'il respirait aussi un peu plus vite. Ce n'était pas grand-chose et il l'ignora. Il retira ensuite l'écharpe du tour de son bras et lui retira son t-shirt lentement pour ne pas lui faire mal. Il essayait d'avoir des mouvements les plus lents possibles pour faire les choses correctement. Bill avait la chair de poule, en même temps, il faisait toujours un peu frais dans le vestiaire, leur idée pour se changer plus vite le matin quand ils n'étaient pas assez bien réveillés. Francis attrapa ensuite la chemise et glissa d'abord le bras en bonne santé puis celui qui était blessé. Il referma ensuite les boutons de la chemise un à un, en partant du bas jusqu'en haut et lorsqu'il s'occupa du dernier bouton, Bill releva la tête en arrière légèrement, les joues rouges.
Francis fit glisser ses doigts sous le col pour le mettre correctement autour du cou de son compagnon et déposa doucement un baisé sur sa joue avant de l'aider à remettre son écharpe, ses chaussures et sa radio. À la fin, Bill ne disait plus rien du tout, faisant juste la gueule comme s'il n'avait pas en réalité apprécié l'attention, tout ça parce qu'il était persuadé de ne pas la mériter.
« Eh bien voilà mon commissaire, vous êtes beau comme tout. »
Bill rétorqua par un simple soufflement de nez, amusé et un peu plus détendu aussi.
« J'aurais pu finir de m'habiller tout seul.
- Accepter de l'aide, c'est trop demander ?
- Oui. »
Francis leva les yeux au ciel, pas franchement surpris par cette nouvelle. Il attrapa finalement la cravate et l'enfila autour du cou de son compagnon avant de la serrer en un nœud puis de déposer un autre baisé sur ses lèvres, un baisé tout doux, innocent, juste pour lui donner un peu d'amour. Bill vint poser sa main sur sa joue.
La porte du vestiaire s'ouvrit à ce moment, laissant entrer Jean qui s'arrêta brusquement et rougit, mal-à-l'aise et gêné de les avoir interrompus. Il bafouilla une excuse maladroite et sortit aussi vite qu'il était entré, le bruit de ses pas se faisant de plus en plus faible au fur et à mesure qu'il s'éloignait.
Francis rit un peu, amusé par l'attitude du sergent, mais Bill reprit immédiatement son comportement de commissaire aigri.
« Pourquoi il est là aussi tôt, lui ?
- C'est un sportif, ça doit faire partie de son rythme de vie. Nous on dort bien quatre heures par nuit grand maximum depuis un bon moment déjà.
- Ouais bah lui non plus, il n'a pas intérêt à me rester dans les pattes.
- Je vais partir en patrouille avec lui, comme ça vous serez tranquille mon commissaire.
- Merci mon co-co. »
Bill regarda Francis quitter le vestiaire à son tour et le suivit quelques instants plus tard pour rejoindre son bureau qu'il n'aurait plus le droit de quitter jusqu'à la fin de son service. Sur le chemin, il croisa son partenaire en compagnie du sergent Némard qui était encore en train de s'excuser d'être entré dans le vestiaire quand ils y étaient. Francis hocha la tête, l'écoutant attentivement, puis il l'envoya se changer. Jean et Bill se croisèrent donc et le sergent s'arrêta à sa hauteur, baissant les yeux sur son bras une seconde. Le commissaire se tendit, en prévision d'une remarque mais le sergent se contenta de lui souhaiter une bonne journée avant de déguerpir aussi vite que possible.
Le commissaire se détendit enfin. Peut-être que ça voulait dire que la journée se passerait bien, avec un peu de chance. Il avait bien envie d'y croire en tout cas.
