Jour 6 – Flirt

Ou ne pas comprendre l'évidence

Bill n'était pas particulièrement doué pour le flirt. Déjà, il ne s'intéressait pas franchement aux gens de base romantiquement parlant, et même sexuellement parlant il se débrouillait mieux par lui-même qu'avec les autres (faire confiance aux gens, et puis quoi encore ?), et en plus de cela, même s'il avait eu, et il ne l'admettrait jamais, un intérêt pour Fab quel qu'il soit (et pas que pour lui), ses pensées étaient majoritairement tournées sur un seul homme dans tout Los Santos et ça lui avait fait vraiment mal. En fait, Bill avait eu mal, avait pleuré (non, non, c'était juste la pluie), avait eu des pensées très mauvaises qui l'avaient bouffé et il avait désespéré d'aller mieux et de passer à autre chose mais l'homme en question venait de divorcer quelques semaines auparavant, ce qui voulait dire qu'il y avait champ-libre et ça, c'était exactement ce dont il avait besoin pour reprendre espoir. C'était stupide, et immature, parce qu'il savait pertinemment qu'il n'arriverait jamais à faire ce qu'il voulait, mais il y croyait.

Ce matin-là, il avait donné pour la première fois en des mois une attention nouvelle à sa chevelure et à sa barbe. Ça avait surpris tout le monde car jusque-là, il avait vraiment fait pas grand-chose pour faire un effort et être très présentable, juste le strict minimum pour ne pas faire fuir les gens plus que d'habitude avec sa gueule toujours énervée. Il avait ignoré la remarque que lui avait adressé Chloé, ne sachant pas si c'était une remarque sincèrement agréable ou non. Il préférait partir du principe que non, elle et lui avaient des différents non réglés depuis qu'elle avait directement menacé ses testicules. Il avait quand même fait en sorte d'être le plus positif que ça lui était possible, laissant même ses unités faire les équipes qu'il voulait – ne craignant presque pas le chaos qu'il créait par cette décision – mais une fois que l'homme qu'il voulait tant séduire arriva, il se rendit compte bien vite du souci qu'il avait à être nul en flirt.

Francis Kuck, son co-commissaire, l'homme qu'il connaissait depuis dix longues années, était quelqu'un de romantique (enfin, avec une drôle de notion de ce qu'était la romance mais quand même), et Bill était absolument incapable de l'être de son côté. Après tout, il avait bien proposé de sa propre initiative à son comparse d'envoyer des messages très peu délicat à la femme qu'il avait essayé de séduire à l'époque, et sa façon de « draguer » n'était pas non plus un exemple de romantisme. Il se souvenait encore du visage de sa professeure de français quand il avait critiqué sa vision du romantisme si fort. Les autres élèves avaient ri mais il s'en était foutu, il voulait juste partager son désaccord à l'époque. À présent, il regrettait de ne pas avoir pris les cours au sérieux, parce qu'à présent que l'homme qu'il aimait venait d'entrer dans le commissariat en saluant Michael avec son habituelle voix douce et aigue, et lui il se mit à stresser à la recherche de quelque chose à dire aussi vite qu'il le pouvait.

Francis le rejoignit en souriant grandement, comme s'il était infiniment plus heureux de le voir et Bill rentra immédiatement dans sa façon d'agir habituelle – celle d'un ours mal-léché pour être exact – et le regretta tout aussi vite.

« Bonjour mon commissaire, je suis ravi de vous voir !

- Ouais. Bonjour, mon co-co. »

Ça commençait mal, très mal, mais Francis ne s'en découragea pas. Il montra Michael du doigt alors que celui-ci s'en allait du commissariat presque au pas de course.

« Vous avez vu toutes les roses que tient l'officier ?

- Quoi, pardon ? »

Il leva les yeux mais l'officier Rixzy s'était déjà enfui bien loin, hors de sa portée. Francis continua de sa voix chantante.

« Oh oui, tout un bouquet de fleurs de toutes les couleurs, des blanches, des rouges, des jaunes, des noires et surtout pleins de roses. Oh, il a essayé d'être discret mais je sais que c'est pour Jean. Vous savez, j'ai bien vu leur petit jeu. C'est si romantique de la part de Michael, un peu niais mais surtout romantique, je ne m'attendais pas à ça de sa part. Il est quand même assez bourrin par moments. »

Bill se contenta de cligner des yeux lentement, perdu. Il avait complètement raté le bouquet.

« Je n'avais même pas vu ses fleurs, il a de la chance que je l'ai pas vu avec. C'est quoi son idée de con de se trimballer avec des pâquerettes ?

- Mais non, mon commissaire, écoutez-moi ! » Francis posa sa main sur son bras. « C'est romantique je vous dis, il veut conquérir le cœur du sergent Jean, c'est si beau. Ah, il n'y a rien de plus romantique que des fleurs. Surtout des roses. »

C'était une information très utile à savoir, en attendant le commissaire n'avait pas la moindre idée d'où ramasser des roses. Los Santos n'était pas franchement connue pour ses parterres fleuris et ses grands champs colorés assassins des allergiques au pollen. Ça le faisait chier d'avoir à demander à Michael où il avait trouvé son bouquet pour faire la même chose, mais c'était un mal nécessaire, il n'avait que ça comme idée pour être romantique. Francis approcha alors la main de son uniforme et glissa une rose rouge dans la poche de sa chemise. Bill fixa la fleur avec incompréhension.

« Michael a accepté de m'en laisser une pour que j'accepte de le laisser rejoindre son futur amoureux comme ça. J'espère que vous apprécierez l'attention.

- Ce n'est pas très professionnel.

- Vous ne savez pas apprécier les petites choses. »

Bill fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire par là. Francis secoua la tête en souriant.

« Vous devriez peut-être prendre un peu plus exemple sur Michael.

- Quoi ? C'est moi son commissaire, son supérieur, c'est à lui de prendre exemple sur moi. En plus, il a récupéré son grade mais il reste à l'essai, donc il devrait d'autant plus-

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Vous êtes franchement très têtu.

- Pourquoi vous dites- ? »

À ce moment-là Sarah Carter entra dans le commissariat, prête à commencer sa journée. Ses yeux tombèrent sur la rose accrochée à la chemise de l'uniforme de Boid et une espèce d'émerveillement innocent pour la fleur naquit sur son visage.

« Oh ! C'est une si jolie rose que vous avez là, commissaire ! Il y a une occasion particulière ?

- Non, pas du tout Sarah, c'est moi qui ai donné une rose à mon commissaire. » intervint Francis, toujours très sourire.

Bill avait l'impression de rater quelque chose d'important car Sarah changea pour de la surprise. La jeune officière lui adressa un drôle de regard et s'en alla rapidement, s'excusant de déranger. Il ne savait pas du tout ce qui lui prenait, c'était vraiment bizarre.

« Pourquoi elle s'enfuit comme ça ? »

Francis ne répondit pas à sa question.

« Dites mon commissaire, vous connaissez la signification de la rose rouge ? »

Bill secoua la tête.

« Ça ne m'étonne pas. Vous n'avez pas été très sensible avant non plus.

- Sensible à quoi ?

- Exactement. Avec vous mon commissaire, on ne peut pas être délicat, lent, doux. Vous n'êtes pas comme les autres, et j'aime ça d'ordinaire mais là c'est très agaçant. »

Bill était de plus en plus confus. Il se doutait bien que Francis voulait lui dire quelque chose mais ça lui échappait complètement et ça le frustrait, et visiblement, son co-commissaire l'était tout autant. Francis posa sa main sous la fleur.

« Mon commissaire, Bill, connaissez-vous la signification de la rose rouge ?

- Je vous avoue que je m'en fous des fleurs. »

Ça fit rire Francis, mais seulement un court instant. En attendant, Bill avait les yeux baissés sur sa main qui était toujours appuyée sur son torse.

« La rose rouge signifie la passion amoureuse et la fougue. Si je devais vous offrir d'autres fleurs, je vous offrirais sûrement un muflier, qui symbolise le désir, mais honnêtement, peut-être qu'un bleuet nous conviendrait plus, vu qu'il signifie un amour timide. »

Bill sentit ses joues chauffer.

« Est-ce que vous flirtez avec moi ?

- Honnêtement mon commissaire, ça fait déjà bien des années que je flirte avec vous, mais vous avez eu un peu de mal à le comprendre jusqu'ici. »

Bill ne put que répondre par un « Oh » choqué. Il n'avait même pas pu flirter, il s'était complètement fait avoir par la façon dont Francis s'était approché de lui pour lui dire tout ça et il n'était même pas certain d'avoir tout compris, il n'y connaissait définitivement rien en plantes et son co-commissaire aurait très bien plus lui raconter n'importe quoi qu'il l'aurait gobé de la même façon. En tout cas, il fallait qu'il rattrape la situation, c'était nécessaire.

« Euh- oui, et bien on pourrait en parler autour d'un verre, ce soir ?

- Ce serait avec plaisir, mon commissaire. » Francis posa cette fois-ci ses mains sur sa cravate et la lui resserra même si le nœud était déjà bien fait. C'était juste une excuse supplémentaire pour implémenter un contact de plus. « Puis vous verrez, je m'habillerai bien comme il faut, et vous pourrez décider de retirer le papier-cadeau ou non, c'est comme vous voulez. »

Bill tira la gueule pour cacher le fait qu'il était en train de rougir mais ça fit juste rire Francis qui devinait ce qu'il essayait de faire, puis il s'écarta.

« Eh bien, si vous avez besoin de moi, vous pourrez me joindre par radio car je patrouille avec le iench aujourd'hui ! »

Sur ces mots, le co-commissaire s'en alla, le saluant par un dernier sourire fier puisqu'il était très satisfait de ce qu'il venait de faire.