Note de l'Auteur _ J'venais de faire un super blablabla & pis z'ai tout perdu ! [Je hais ce site, c'est définitif, j'venais de passer plus d'une heure à relire & blablater inutilement... !] Bref... Merciiiii ! De vos reviews & commentaires & avis & tout le tralala ! Merci merci, mille fois ! =D

Reviews _ J'y réponds toujours, toujours & toujours -ou presque !- mais en ce moment, feufeu me boude un peu (mais qu'est ce que je lui ai fait ?!), donc je reçois parfois les reviews plusieurs jours après que vous me les ayez envoyés... Bref, si ça prend du temps, pas d'inquiètude, j'répondrais quand même ! ^^'

Ptites informations supplémentaires _ Je ne prends pas en compte le tome 7 -comme vous l'imaginez vu que la guerre n'était pas encOr' finie dans le prologue (qui se passait en 2oo2). A partir du chapitre 1, l'histoire se déroule en 2o18 & la guerre est finie depuis huit ans environ. x) Pour les morts, vivants, morts-vivants, si vous ne voyez pas les personnages dans la fiction, c'est qu'ils sont morts -même si la plupart du temps, j'glisse quelques trucs sur le décès de tel ou tel personnage donc vous saurez... Autrement, posez-moi la question, ou allez voir la fiche sur les persos sur le blog où j'ai parlé des personnages auxquels j'ai pensé [bah wi, j'ai pas fait toute la liste non plus xD]... Uhm... *tente de se rappeler ce qu'elle va oublier à cause de ce maudit site... Respiiiiire !* Je crois que c'est tout ! Ah non, Je préviens les grands adorateurs de romantismes que les histoires d'amour -ui, y'en a deux- va falloir les attendre un ptit peu ! Même si c'est le sujet numéro... 1 [?] de cette fiction, au démarrage, il y'a beaucoup plus important [genre, la vie de certains... xD] donc il va falloir vous montrer patients...

Bonne lecture !

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Ellarosa _ Chapitre 01

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« Si tu veux être heureux une heure, bois un verre. Si tu veux être heureux un jour, marie-toi. Si tu veux être heureux toute ta vie, fais-toi jardinier. »

Proverbe Chinois.

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Le soleil se levait à peine sur les collines rougeoyantes de cette terre d'Australie où la poussière recouvrant toute chose semblait défier une seule touche de vert à venir rompre le décor orangé de la ville d'Orange. Le centre ville était déjà envahi par des bandes d'adolescents profitant des longues vacances d'hiver et de nombreux agriculteurs partaient travailler leur terre. Une ville banale en apparence, le cliché même du coin un peu trop américanisée où régnait un calme approximatif seulement interrompu par les ligues de football ou de rugby opposant les nombreux lycées de la région ou encore par la neige qui recouvrait tous les hivers chaque parcelle de terre. Mais en attendant, le froid était bien là dans la partie sud de l'hémisphère. Si sec que la plupart des habitants craignaient que la chaleur ne revienne jamais alors qu'ils se baladaient tous avec mille couches de vêtements, quelques flasques d'alcool planquées dans les poches intérieures de leurs manteaux.

A quelques kilomètres à peine du centre d'Orange, une maison particulièrement biscornue avait été bâtie quelques années auparavant, ne collant pas du tout avec le paysage. Certains disaient qu'elle avait été construite si vite qu'elle paraissait être sortie de terre, inopinément. D'autres prétendaient qu'elle était apparue en une nuit et les plus âgés soupçonnaient l'œuvre de magiciens. Ceux appartenant à cette dernière catégorie étaient habituellement traités de fous.

C'était une demeure assez étrange, ne ressemblant pas du tout à tous les pavillons modernes récemment construits ou anciennes fermes agricoles parsemant la région. Il s'agissait là d'une sorte de chaumière, comme celles édifiées dans les Iles Britanniques. Les murs d'une couleur beige pouvaient se fondre dans le décor, mais le toit d'un vert presque surnaturel choquait tous les passants s'aventurant loin des rues populaires. Puis, c'était la porte rouge qu'ils regardaient, se demandant presque si elle avait été peinte avec du sang. Personne n'aurait jamais confirmation, cependant. Car personne, jamais, n'avait eu l'occasion de poser la moindre question au maître des lieux.

Autour des murs, des centaines de fleurs stupéfiantes avaient été cultivées. Personne, ni même les plus talentueux botanistes moldus n'auraient pu reconnaitre une seule de ces plantes. Elles poussaient, été comme hiver, sous le soleil ou sous la neige. Leurs couleurs flamboyaient littéralement, illuminant ce jardin de touches multicolores. A quelques mètres des parterres de fleurs, une sorte de cabane était dressée, haute de quatre mètres au moins. C'était dans cette curieuse bicoque de bois qu'étaient crées chaque plante et chaque fleur poussant dans le jardin. Pour conclure l'original tableau, une barrière de bois peinte de jaune poussin entourait le domaine.

Les habitants d'Orange colportaient mille ragots contre les habitants de la chaumière, expliquant aux rares touristes qu'il s'agissait d'étrangers un peu extravagants habitants là depuis peu de temps. Les adultes –au lieu de l'habituelle menace du méchant loup ou du Croquemitaine- effrayaient leurs enfants lorsqu'ils n'étaient pas sages en proclamant que le méchant sorcier de la maison colorée viendrait les dévorer. La réputation effroyable des locataires n'était plus à refaire. Si bien que personne ne savait réellement de qui il s'agissait. Le nom inscrit sur la boite aux lettres auprès du numéro 12 demeurait leur seule indication réelle. Nott.

A l'intérieure de ce solide foyer, peu importait les commérages et autres racontars. Dans la petite bulle toute colorée qu'il avait lui-même inventée, Théodore Nott était heureux. Et c'était la seule chose qui, à ses yeux, compte réellement. Toute sa vie, il avait vécu sur les ont-dits de certaines personnes, bonnes ou mauvaises, qu'il avait parfois côtoyées trop longtemps avant de réaliser quelle erreur c'était. Il avait connu ce père qui déclamait avec force des tirades racistes à l'encontre de gens plus faibles que lui. Il avait connu ces amis aux idéologies raciales identiques. Il avait connu cette femme qui lui avait murmuré mille « je t'aime » avant de les lui renvoyer au visage sous la forme d'un couffin.

Près de la cuisinière, ses cheveux châtains clairs encore ébouriffés d'un côté et plats de l'autre –côté sur lequel il avait dormi, il préparait le petit déjeuner. Il cassa avec légèreté un œuf sur le rebord de la poêle et se mit à siffloter, ses yeux d'un bleu marine nuancé de fragments quasiment noirs encore à moitié clos à cause de la fatigue. Il observa son plat, l'air dans le vague alors que les souvenirs d'une nuit particulière, seize années auparavant, lui revenaient par saccade. Mais il avait l'habitude. Ça se passait de la même façon tous les ans depuis quinze ans. A chaque 18 août, il ne pouvait s'empêcher de se remémorer la plus effroyable et en même temps en bien des points la plus belle soirée de sa vie.

Les bruits de pas dans l'escalier en bois le sortirent de la contemplation de son œuf au plat et il le retira de la poêle, le posant dans une assiette où deux toasts beurrés, une tranche de jambon et une de bacon attendaient la jeune fille descendant les marches. Ella Rose Nott apparut au bas de l'escalier en un saut très gracieux et vint poser un léger baiser sur la joue mal rasée de son père. Ses épaisses boucles brunes étaient à moitié retenues par un élastique rouge, quelques mèches venant effleurer ses joues roses de poupée marquées par les traces de son oreiller. Ses yeux bleus d'un bleu presque noirs teintés de pépites marron en forme d'amandes pétillèrent de gourmandise lorsqu'elle vit l'assiette pleine contenant son petit déjeuner.

« Merci ! » pépia-t-elle d'une voix chantante en embrassant l'autre joue de Théo qui ne put s'empêcher de sourire à son tour devant tant de manières.

Elle saisit son assiette et s'installa à table, se mettant à manger comme si elle mourrait littéralement de faim. Elle mangeait toujours beaucoup le matin, s'acharnant à se donner assez de forces pour ensuite s'enfermer dans la bibliothèque et lire sans que son estomac ne vienne lui rappeler qu'elle était humaine. Il l'observa attentivement, tentant de déceler un détail nouveau chez la jeune fille. Elle possédait le physique de sa mère : des épaules rondes, une petite poitrine, la taille assez fine, puis les hanches plus généreuses. Mais Ella était grande, presque autant que lui. Elle n'avait rien de ces mannequins filiformes des magazines qu'elle détestait car ils donnaient « une mauvaise image de la femme », mais généralement, les hommes la trouvaient belle. D'une beauté surprenante et voluptueuse.

Elle releva brusquement la tête vers lui en sentant son regard et en un simple plissement de sourcils, lui ordonna d'arrêter. Elle n'aimait guère qu'on la regarde, comme si parfois, elle aurait voulu se fondre dans le décor. Théo finit par saisir une autre assiette où il avait posé trois toasts tartinés de beurre et de confiture et se mit à manger, sentant dans la tension du corps de sa fille qu'elle s'angoissait, se demandant de toute évidence s'il avait oublié. Mais comment aurait-il pu ? Devinant sans peine car il la connaissait trop bien qu'elle commençait à s'impatienter, il murmura :

« Bon anniversaire ! »

Un large sourire illumina le visage de la brunette, dévoilant une rangée de dents blanches et droites –hormis les deux dents de devant qui était légèrement trop longues. Elle parut immédiatement soulagée et le fut plus encore lorsque deux cadeaux apparurent sur la table. L'un d'entre eux n'était même pas emballé, atténuant l'effet de surprise. Mais elle avait l'habitude. Il lui offrait une fleur tous les ans depuis sa naissance –du moins, c'est ce qu'il disait et elle ne pouvait confirmer ces propos qu'à partir d'un certain âge. Mais aussi loin que remontaient ces souvenirs, il lui avait toujours offert des plantes…

Elle se souvenait parfaitement de cette fleur –nommé Pomfreshis- aux pétales blancs si étincelants qu'un fleuriste aurait affirmé qu'elles étaient en plastique. Pourtant, elle était parfaitement vivante, et dans sa sève coulait le plus puissant des médicaments : il suffisait d'en boire dans certains cas ou de la passer sur certaines plaies dans d'autres, et chaque blessure, chaque maladie, se retrouvait instantanément guérie. Son père y avait travaillé durant des mois et une fois le résultat obtenu, il la lui avait offerte. Puis en avait fabriqué une autre qui avait été sa première source fiable de revenu, la sève étant devenu un parfait médicament sorcier utilisé dans le monde entier.

Quelques années plus tard, Théo avait créé la Mionaglaé, laquelle lui avait rapportée plus d'argent encore simplement parce que le gouvernement sorcier ne voulait pas qu'il puisse la vendre à n'importe qui –à des personnes malintentionnées par exemple. Les pétales de cette fleur noire étaient le plus fort des poissons. Y toucher simplement pouvait rendre malade. L'avaler provoquait une mort lente et douloureuse. C'était une arme pour laquelle tous les sorciers pendant la guerre auraient vendu leurs âmes. Il en avait offert une à sa fille, la seule qu'il leur restait.

Ella avait aussi cette fleur aux pétales d'un rouge flamboyant comme celui de leur porte qui contenaient un philtre d'amour presque aussi fiable que l'Amortentia : la Vermelha. Elle n'aurait jamais osé l'utiliser sur qui que ce soit, mais ça restait une magnifique fleur. Théo avait créé bien d'autres plantes dont elle possédait –pour la plupart- un exemplaire rare, le tout premier ! Il y avait dans sa collection, des tas de fleurs aux pouvoirs plus époustouflants encore. La Regryfum par exemple qui donnait une force inégalable à celui qui buvait de sa sève car fabriquée à partir de sang de Re'em. Ou encore la fleur de Murtlapoine qui permettait à qui gardait toujours un pétale auprès de lui de résister au pouvoir de bons nombres de sortilèges. Et elle en avait encore plus, des dizaines.

Pourtant, dès qu'elle découvrit celle qu'elle recevait pour son seizième anniversaire, Ella sut parfaitement que cette plante était différente des autres. Elle en avait vu mille dessins et croquis dans le petit cabanon au fond du jardin, là où son père travaillait parfois lorsque les plantes avaient besoin pour éclore d'une température particulière ou que leur fabrication pouvait s'avérer risquée. Elle avait l'impression qu'il y travaillait depuis des siècles et comprit en voyant le regard que portait son père sur –comme il le disait souvent- « sa nouvelle petite sœur végétale » que c'était sûrement le cas.

Elle l'observa attentivement, détaillant des yeux ses pétales d'une couleur dorée hors du commun comme si elles étaient réellement faites d'or. Elle n'osait pas encore la toucher, craignant que cette plante soit potentiellement dangereuse –chose qui n'avait jamais arrêté son père. Elle jeta un coup d'œil aux épines sur la tige, remarquant qu'étrangement, celles-ci aussi étaient dorées. Elle finit par lever la tête de cette plante sans nul doute extraordinaire et demanda d'une voix pleine de doute, sourcils froncés :

« Qu'est ce que c'est ? »

Le visage de son père s'éclaira d'un sourire, comme toujours lorsqu'il sentait qu'elle s'intéressait réellement à ce qu'il faisait. Après tout, peu de parents d'adolescents pouvaient se vanter d'avoir des rapports extrêmement amicaux et de plus des liens et passions communes avec leurs enfants. Pourtant c'était bel et bien le cas. Ella avait tendance à s'intéresser à tout, que ce soit magique ou non. Enfant, elle n'avait que quelques mots à la bouche et ils constituaient habituellement ses phrases : « Comment ? », « Pourquoi ? », « Quand ? », « Où ? ». Tout ça demandé franchement en même temps qu'elle pointait son doigt sur l'objet ou même l'être humain qui était le sujet de ses interrogations constantes. Mais la botanique était l'un de ses passe-temps favoris. Bien évidemment, les fleurs moldues n'avaient pas ses faveurs. Mais celles crées par son père étaient de réelles merveilles qui méritaient d'être étudiées.

Théo se leva et vint se placer derrière la chaise de sa fille avant d'attirer la plante vers eux, poussant le plateau de petit déjeuner qui ne passionnait plus du tout Ella désormais. Il glissa son doigt sur l'un des pétales avant de montrer ce que la plante y avait disposé. Une fine poudre d'or était restée sur son majeur et elle haussa un sourcil avant de reproduire le geste de son père. Le pétale qu'elle frôla du bout des doigts l'étonna de par sa texture qui n'avait rien à voir avec celle des pétales généralement. Elle était épaisse et dure, comme du bois… Ou plutôt comme du métal.

« C'est… de l'or ? articula-t-elle en détachant chaque syllabe, n'y revenant elle-même pas d'oser prononcer ces mots qui paraissaient surréalistes.

- Oui, exactement, acquiesça Théo avec un large sourire et un hochement de tête fier.

- Comment tu… Attends, c'est du vrai or ?!

- Oui. Je viens de révolutionner le dicton « Les gallions ne poussent pas dans les troncs »… La sève est d'or ainsi que ses pétales. J'y travaille depuis des années. Comment la trouves-tu ? »

Ella se tourna vers son père, bouche bée. Comment osait-il même poser la question ? Cette plante était un vrai miracle. Sûrement la plus belle chose –autant d'un point de vue esthétique que magique- qu'il ait jamais créée.

« Elle est magnifique. Je veux dire… Elle… Ouah !

- Je t'ai connue plus bavarde, plaisanta Théo pour cacher son trouble, presque ému de l'admiration qu'éprouva brusquement sa fille à son égard. D'ordinaire, tu utilises mille qualificatifs que même moi je ne connais pas pour décrire chaque chose et cette fois, je n'ai droit qu'à un vulgaire « Ouah » ? Je suis déçu. »

Il vit mine d'être vexé et elle se leva, ne croyant pourtant pas une seule seconde à sa moue. Il embrassa rapidement son front et lui expliqua finalement, alors que le regard sombre de sa fille restait fixé sur la fleur :

« Je ne la vendrais pas. Elle restera ici et je n'en fabriquerais aucune autre… »

Les yeux inquisiteurs de sa fille se tournèrent vers lui et elle haussa un sourcil, se demandant brièvement pourquoi il ne voulait pas faire voir cette plante qui lui aurait assurément rapporter des milliers de gallions. Tout le monde désirait de l'argent : les pauvres pour vivre, les riches pour l'être encore plus. Peu de gens pouvaient dire : « L'argent ne m'intéresse pas » en étant parfaitement sincères. Et son père et elle ne faisaient pas partie des gens minant d'être désintéressés. Comprenant qu'elle se posait des questions, il ajouta :

« Je crois que cette plante ferait beaucoup trop d'envieux… Je préfère qu'elle reste dans le cercle de la famille. Et puis, quand tu seras vieille, et que je serais mort… Tu en feras que tu voudras ! Mais les hommes peuvent devenir fous lorsque beaucoup d'argent est à la clé. Je ne souhaite pas que nous nous fassions harceler ou encore que mon travail prenne trop de place dans notre famille. »

Elle acquiesça lentement, saisissant parfaitement ce qu'il voulait dire. Lorsqu'elle avait six ans, son père avait inventé une plante qu'il suffisait de tenir pour devenir invisible. Un petit arbuste très fort et solide qui faisait perdre toute consistance à celui qui la maintenait. Des centaines de sorciers venant du monde entier avaient fait la queue dans leur jardin des jours durant jusqu'à ce que le ministère de la magie Australien intervienne et les fasse déguerpir. La guerre n'était alors pas finie et tous auraient donné beaucoup d'argent pour devenir invisible et ainsi minimiser les risques de se faire tuer par des Mangemorts. Théo avait finalement mis le feu à tous ces arbustes qui causaient tant de soucis. Elle imaginait amplement qu'il ne désirait guère réitérer l'expérience.

« Alors, je serais la seule au monde à en avoir une ?! Ça me plait bien ça. Qu'elle soit unique la rend encore plus remarquable. »

Il sourit simplement et elle se réinstalla à table, ses doigts passant à nouveau sur les pétales avant de les faire glisser contre la tige, évitant calmement toute épine afin de ne pas se blesser. Elle adorait les fleurs. Elles étaient si vivantes et en même temps ne faisaient absolument rien. C'était simple, leur travail était d'être belles et de se laisser admirer. Et elles étaient fortes. Plus solides qu'il n'y paraissait au premier regard. Elles résistaient à beaucoup de choses –en dehors de la barbarie des humains.

Son père lui avait mille fois expliqué comment elles évoluaient, pareil à des enfants au fond. Il fallait leur laisser un peu de temps pour grandir et bien s'en occuper et en retour elles s'épanouissaient tant qu'elles apportaient beaucoup. Ella avait parfois l'impression qu'il s'était chargé de son éducation comme de celle d'une plante. Lui donner beaucoup de place, de l'eau et du soleil tous les jours et surtout beaucoup d'amour.

Il avait toujours été seul et l'élevait avec des principes assez éloignés de ceux des parents en général. Il se comportait la plupart du temps comme un ami. Pourtant elle savait parfaitement qu'il punirait facilement le jour où il en aurait besoin. Mais elle n'était pas du genre à faire des bêtises… D'ailleurs avec qui en aurait-elle commises ? En dehors de son père, elle ne connaissait personne. Ses seuls amis étaient des gens qu'elle avait rencontrés pendant les voyages d'été lorsqu'elle partait avec son père. Des connaissances avec qui elle gardait des liens uniquement lorsqu'elle le souhaitait.

Pourtant, les contacts avec le monde ne lui avait jamais manqué. Elle avait bien trop d'occupations pour ça. Elle passait son temps entre la lecture, la magie –que son père lui apprenait un peu chaque jour, mais qu'elle travaillait seule généralement depuis qu'elle avait quatorze ans, et les plantes. Elle regardait parfois les matchs de Quidditch sur le petit écran magique retransmettant uniquement quelques rares émissions sorcières et le sport. S'amusait à expérimenter toute sorte de potions –elle avait bien assez de connaissances sur le sujet pour savoir quels mélanges étaient dangereux. Jouait à transformer divers objets en d'autres juste avant que son père ne s'en empare –comme lorsqu'il allait s'assoir sur une chaise de la cuisine et s'était retrouvé les quatre fers en l'air, étalé de tout son long dans une marre d'eau tiède. Non, elle n'avait besoin de personne en dehors de lui.

Théo se réinstalla face à elle et poussa le second cadeau sous son nez. Ella eut envie de lui expliquer que normalement, il fallait offrir le plus beau cadeau en dernier et que rien ne pouvait égaler la fleur d'Or, mais se retint en ouvrant le paquet, déchirant le papier cadeau pour découvrir le livre qu'il contenait. Le titre s'exposait en lettres dorées sur une couverture rouge : Hermione Granger, le cerveau du Trio d'Or. Ou comment la meilleure amie d'Harry Potter est-elle devenue aussi célèbre que lui ?

« Papa, souffla Ella en grimaçant, n'appréciant apparemment pas ce cadeau. Je t'ai déjà dis que je n'avais aucune envie d'en savoir plus sur elle. Le fait qu'elle nous ait abandonné en dit assez long sur le genre de personne qu'elle est.

- Ella, tu ne la connais pas…

- A qui la faute !? À ce que je sache, elle ne m'a pas choisie il y a seize ans… Elle a choisi son rouquin de mari et ses amis. Et je n'ai aucune envie de lire un livre qui vante quelle femme soit disant exceptionnelle elle est et une liste de toutes ses bonnes actions ! Si tous ces gens savaient ce qu'elle a fait… Je parie qu'il y aurait beaucoup moins de fan du cerveau du Trio d'Or ! »

Elle reposa le livre sur la table, brûlant d'une furieuse envie de le jeter à la poubelle. Elle ne le fit pas, plus par politesse qu'autre chose. Sentant qu'elle bouillait littéralement de colère, Théo récupéra le livre qu'il rangerait dans sa propre bibliothèque sans l'ouvrir. Le dernier livre qu'il avait lu sur Hermione datait de la fin de la guerre, huit ans auparavant. Elle venait alors d'accoucher de son second fils et semblait avoir la vie qu'elle avait toujours désirée. Il ne souhaitait pas découvrir dans ce dernier livre paru qu'elle avait désormais six bambins tous roux aux yeux bleus et qu'elle était toujours aussi heureuse. Penser à Hermione lui provoqua le pincement au cœur habituel. Voyant que sa fille avait perdu le sourire qu'elle arborait quelques minutes plus tôt, il revint à son premier cadeau, lui dévoilant le dernier secret qu'il détenait sur cette fleur avec un sourire.

« Alors, que penses-tu de l'Ellarosa ?

- Ellarosa ? Répéta Ella en levant la tête, la surprise se peignant sur son visage en même temps qu'un immense sourire ravi. Ce sont mes prénoms !

- Je les avais gardés pour une fleur aussi extraordinaire que toi. Je crois que celle-ci est la bonne ! »

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Un rayon de soleil parvint à percer à travers les nuages alors qu'une pluie torrentielle s'abattait sur la capitale qu'était Londres. Tous vêtus de noir, les habitants se percutaient les uns et les autres en tenant leurs parapluies que le vent tentait de leur arracher. Le temps aurait dû être clément pourtant en ce 18 août, mais le soleil ne pouvait chasser ces gros nuages de pluie qui inondait la ville toute l'année ou presque. Les Londoniens n'y prêtaient plus réellement attention et le temps n'avait quasiment plus aucune influence sur leur moral. De toute manière, ils avaient bien d'autres soucis que l'été défaillant.

De l'autre côté des rues fréquentées par des centaines de personnes tout à fait moldues pour la plupart, dans le monde sorcier, il pleuvait également. Le chemin de Traverse, d'ordinaire ensoleillé en cette saison par mille sorts et enchantements était envahi par la bruine et les bas des robes de sorciers étaient trempés. Certains enfants venus là faire leurs courses pour la rentrée à Poudlard s'amusaient à sauter dans les flaques alors que les adolescents mâles envoyaient de l'eau sur leurs congénères féminines, provoquant des gloussements hystériques ou des cris mêlés à des rires.

Les portes de Gringotts, la banque des sorciers, s'ouvrirent et une femme en sortie. Ses boucles brunes encore sèches tombaient sur ses épaules en une cascade entremêlés, encore plus touffus que d'ordinaire à cause de l'humidité. Ses yeux marron parcoururent la foule de sorciers en plein shopping, remarquant les regards que certains portaient sur elle. Depuis le temps que cela durait, elle n'y prêtait plus réellement attention. Etre Hermione Granger, celle qui avait combattu auprès de l'Elu, attirait forcément l'attention, elle n'y pouvait rien.

Elle contempla quelques secondes les gouttes de pluie qui s'écrasaient au sol en un bruit assez commun qu'elle adorait pourtant. Son regard –pour qui l'aurait observé avec attention- était plus terne que d'ordinaire pourtant. Et cet état n'avait rien à voir avec le mauvais temps. Comme chaque 18 août, elle angoissait. Elle s'était réveillée d'une nuit pleine de cauchemars, un nœud à la gorge, une envie de vomir enserrant son estomac. Elle n'avait pas cessé de trembler aussi. Mais elle n'y pouvait rien. Ces symptômes n'avaient absolument rien à voir avec une quelconque maladie qu'un Guérisseur aurait pu soigner, mais plutôt avec les quelques flashs de souvenirs lui revenant de cette nuit là. Cette nuit, seize années auparavant qui avait marqué le tournant décisif de sa vie.

Elle n'y songeait même pas la plupart du temps. Mais à Noël, lorsque toute sa famille, de ses parents à ses enfants, était réunie, elle ne pouvait s'empêcher d'interrompre ses pensées : « Non, toute ma famille n'est pas réunie… Juste presque toute. ». Il y avait aussi les jours de rentrée, les grandes occasions… Puis ce 18 août qu'elle voyait tous les ans se rapprocher sur son calendrier alors que son fils aîné lui demandait pourquoi elle avait entourée cette date en rouge. Certains proches pensaient qu'elle se souvenait simplement de la perte d'un enfant. Bien qu'aucun –en dehors de Ginny Potter- ne sache véritablement quel enfant elle avait perdu et en quelles circonstances.

Elle n'avait jamais regretté ce choix. Même après son divorce d'avec Ron, six ans plus tôt, car elle avait ses fils. Si elle n'avait pas abandonné cet enfant seize ans plus tôt, jamais elle n'aurait eu ses deux garçons. Et elle ne pouvait imaginer la vie sans eux. Penser à ses fils la ramena soudainement à la réalité et elle glissa sa bourse pleine de gallions dans la poche de sa robe de sorcière avant de rabattre la capuche de sa cape sur sa tête pour se protéger de la pluie.

Elle quitta le Chemin de Traverse en un simple plop, transplanant, et réapparut un centième de seconde plus tard devant la charmante maison londonienne d'un quartier assez chic. C'était une vaste demeure de deux étages toute blanche au toit sombre entourée par un jardin possédant une balançoire et une clôture en fer noir ressemblant à toutes les autres de la rue. Elle poussa le portail après avoir jeté un bref regard autour d'elle pour s'assurer qu'elle ne s'était pas faite surprendre, s'engagea dans l'allée et grimpa les trois marches la séparant du perron en sortant sa clé qu'elle enfonça dans la serrure. Comme toujours, elle dut donner un coup dans le bas de la porte pour que celle-ci s'ouvre. Elle la referma derrière elle et retira sa cape qu'elle accrocha à un porte-manteau avant de se diriger vers la cuisine pour se servir un verre d'eau.

Elle avait pris une journée de congés au Ministère –où elle travaillait comme Directrice du Département de la Coopération Magique Internationale - pour accueillir ses fils comme elle le devait. Même si Ron et elle avaient conservé de bons liens –d'ailleurs, elle ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'ils étaient sans doute plus proches depuis leur divorce- et qu'ils passaient encore beaucoup de temps ensemble, leurs fils partaient toujours quelques jours avec leur père pendant les vacances d'été. Ron travaillait avec Fred et Gorge dans leur entreprise de Farces & Attrapes et possédait lui-même plusieurs boutiques en Irlande et en Ecosse. Il les emmenait alors avec eux et ils revenaient toujours des bonbons et autres bêtises pleins les poches.

La porte s'ouvrit à la volée et elle entendit des bruits de pas sur la moquette de l'entrée, puis un hurlement, un simple « Maman ! » qui lui fit oublier ce nœud dans sa gorge. Elle se retourna pour découvrir une frimousse rousse couverte de tâches de rousseur. Son benjamin, Timothy Jean Weasley, âgé de presque huit ans –et minuscule pour son âge. Il ressemblait trait pour trait à son père, en dehors des yeux marron qui prouvaient à Hermione qu'il était bien son fils. Il sauta littéralement dans les bras de sa mère qui remarqua un peu trop tard qu'il était aussi trempé qu'il l'aurait été s'il avait pris une douche tout habillé. Il dégoulinait sur le sol de la cuisine, mais Hermione s'en moquait et elle le serra à l'en étouffer dans ses bras, profitant de ce câlin qui lui avait bien manqué en deux semaines. Lorsqu'elle le lâcha finalement, posant un baiser léger sur son front, il sourit, dévoilant qu'une nouvelle dent de lait était tombée –il avait toujours eu un peu de retard pour ce genre de choses.

« Comment ça s'est passé, Timy ? demanda-t-elle en ébouriffant ses cheveux trempés d'un roux pétant made in Weasley. C'était bien avec papa ?

- Oui ! C'était trop cool ! s'écria-t-il en sautillant, s'accrochant à la main de sa mère qu'il secouait et balançait à chaque mouvement. On a visité une des fabriques de papa, là où les bonbons sont construits et puis on a pu manger plein de choses ! Et on a essayé des nouveaux produits et… On a vu le nouveau balai à papa ! Il est trop beau ! Et il est si rapide que quand on vole dessus, bah, on a l'impression que le vent va nous arracher la tête !

- Ton père t'a laissé monter sur un balai !? réalisa-elle, son regard devenant plus sombre alors qu'elle imaginait déjà quelles tortures subiraient son ex-mari dans les prochaines minutes. Où est-il ?

- Il est dehors avec Scott. Ils parlent entre hommes… Mais dis, j'suis un homme moi aussi, hein maman ?

- Bien sûr que oui, mon cœur. »

Elle commença à lui enlever sa veste trempée et le prit dans ses bras, l'installant sur le plan de travail afin de lui enlever ses chaussures et ses chaussettes mouillés. L'enfant se mit à caresser doucement les boucles brunes de sa maman en sifflotant l'hymne nationale de l'équipe de Quidditch anglaise. Il paraissait croire en ce qu'Hermione avait assuré. Si elle disait qu'il était un homme, il en était un ! Il n'y avait pas de doute là-dessus. Voyant que même son t-shirt était trempé, Hermione finit par lui demander d'aller se changer dans sa chambre. Il sauta du plan de travail et partit en courant, grimpant les escaliers à toute vitesse. Elle entendit un léger bruit prouvant qu'il s'était encore cogné à quelque chose, mais il finit par brailler depuis l'étage :

« Ça va, rien de cassé ! »

Alors elle ne se fit pas de soucis –par habitude- et se dirigea vers la porte d'entrée encore entrouverte. Elle l'ouvrit en grand et se retrouva face à Ron et Scott, son fils aîné. Scott avait quinze ans, les mêmes cheveux que son père –et que tous les autres Weasley en général- et les yeux marron. Contrairement à son petit frère, il n'avait aucune tâche de rousseur, son apparence de rouquin s'arrêtant à la couleur de sa tignasse.

« Tu as laissé Timothy monter sur ton nouveau balai !? » hurla-t-elle à l'adresse de Ron qui baissa instantanément les yeux et fourra ses mains dans ses poches tel un enfant prit en faute.

Scott sourit simplement et se glissa à l'intérieur de la maison, ne voulant pas assister à une énième dispute entre ses parents qui n'avaient pas du tout la même conception de ce qu'était l'éducation. C'était d'ailleurs simple : son père n'en avait aucune. Même maintenant qu'ils n'étaient plus ensemble, c'était toujours Hermione qui portait le pantalon dans l'ex-couple qu'il était.

« Salut, maman. » murmura Scott d'un ton ironique perceptible.

Hermione l'enlaça pour seule réponse et il fila dans sa chambre à l'étage, ne désirant guère s'attarder. Ron entra à son tour et ne fut pas arrêté. Après tout, ils avaient payé cette maison ensemble dix-huit ans plus tôt et elle lui appartenait encore à moitié. Ils n'étaient ni l'un ni l'autre du genre à se battre pour des tableaux, des meubles ou même encore les enfants. Elle avait un travail beaucoup plus stable que le sien et voyageait moins que lui. Qu'elle obtienne la garde n'avait alors été qu'une formalité. Tant qu'au matériel, Hermione avait presque tout gardé, Ron ayant choisi de vivre dans un petit appartement qui –de toute évidence- lui offrait l'impression d'être jeune, ce qu'il n'avait jamais vraiment été. Ils s'étaient mariés à la sortie de Poudlard, après une année d'une relation assez forte, et s'étaient retrouvés parents quelques années plus tard. En plus de la guerre, ils n'avaient jamais vraiment eu le temps d'être des jeunes comme les autres. Elle se disait parfois que c'était ça qui avait précipité leur rupture. Ça ou le fait que le mensonge fasse partie intégrante de leur vie. Ça ou leur amitié qui était beaucoup plus forte que leur amour passé.

Ron s'installa sur une chaise, comme s'il était toujours chez lui et Hermione se posta, mains sur les hanches, manifestement mécontente de son comportement. Elle soutenait souvent l'hypothèse selon laquelle elle n'avait pas eu de mari, mais bien un enfant en plus.

« Ron ! Je te l'ai déjà dit environ…

- Soixante dix-huit fois, rit Ron, donnant ce chiffre trop précis qui prouvait qu'il avait bel et bien compté.

- … Qu'il n'était pas question que tu fasses monter nos fils sans me demander la permission au préalable, conclut-elle sans prêter attention à son insolente interruption. Et, par le caleçon de Merlin, enlève tes pieds de cette chaise ! (Il obéit.) Timy a sept ans…

- Huit dans quelques semaines, corrigea Ron.

- On s'en fiche ! Il est beaucoup trop jeune pour monter sur un balai !

- Scott avait son balai et moi le mien, expliqua Ron en tentant de la calmer alors que ses cheveux partaient dans tous les sens –signe qu'elle était très énervée. Timy était triste de rester seul alors qu'on s'amusait et je l'ai fait monter avec moi. Je le tenais bien et je ne lui ai fait courir aucun danger. Je te le promets. »

Elle soupira, l'air agacée et il lui adressa un sourire d'excuse presque convainquant qu'elle accepta néanmoins. Ce n'était pas une journée pour une bataille. Il comprit immédiatement qu'il avait gagné et se leva, s'approchant d'elle pour déposer un rapide baiser contre sa joue. Elle leva les yeux au ciel, simulant facilement la colère et l'exaspération car il s'agissait là de sentiments qu'elle connaissait par cœur lorsqu'il s'agissait de Ron et il haussa les épaules avec un air navré.

« Bon, il faut que j'y aille. J'ai une réunion avec Fred et George. On se voit toujours samedi sur le chemin de traverse pour faire les courses de rentrée avec les enfants ?

- Oui, acquiesça-t-elle, Et Harry et Ginny nous invitent à passer la soirée chez eux, alors ne prévois rien. Et il faudrait aussi penser aux cadeaux d'anniversaire de Timy… Et non, ne propose même pas un balai ou sinon je te jure de t'assommer avec le tien ! Je sais que ça lui ferait plaisir, mais il est encore beaucoup trop petit ! Alors, tu me feras une liste et je te dirais ce qui convient ou non à un garçon de cet âge !

- J'ai commencé à monter à six ans !

- Oui, et on sait tous que tu as dû tomber sur la tête un bon millier de fois ! Alors, fais une liste ! C'est d'accord ? »

Il approuva d'un simple hochement de tête, habitué à sa manière quelque peu pathologique de toujours vouloir tout gérer. Il se demandait parfois comment il avait fait pour vivre pendant tant d'années à se faire mener à la baguette par cette femme. Il finit par lui dire au revoir et se dirigea vers la sortie, hurlant au bas de l'escalier un simple :

« A samedi, les enfants !

- Au revoir papa ! » brailla Timothy.

Ravi d'avoir eu au moins une réponse, il quitta les lieux. Hermione referma la porte derrière lui et monta à l'étage pour voir ses fils, retrouvant son benjamin assis à son bureau, simplement vêtu d'un slip. Elle réalisait parfaitement que si ça ne tenait qu'à lui, il serait devenu nudiste. Il était occupé à dessiner des balais et des dragons sur son cahier à dessins, et elle décida de le laisser tranquille –pour une fois que lui l'était !- avant de s'approcher de la porte de la chambre de Scott. Elle frappa afin de ne pas s'attirer un regard signifiant « Et mon intimité, alors ? » que son fils se plaisait à employer à chaque occasion et il lui proposa d'entrer.

Il était étalé sur son lit avec un livre sur le Quidditch –sans doute offert par son père. Il le posa dès qu'elle entra et il s'assit plus convenablement avec un sourire, sachant qu'elle ne tarderait pas à lui demander quel était le sujet de la discussion qu'il avait eu avec son père une vingtaine de minutes plus tôt. Elle le fit et il haussa les épaules.

« De rien… Des cours…

- Tu as un problème à l'école ?! s'inquiéta Hermione, toujours aussi prompt lorsqu'il s'agissait d'un sujet aussi important pour elle. Il y a des élèves qui t'embêtent ? Maintenant que tu es préfet, tu pourras les punir s'ils sont insolents avec toi ou avec quelques uns de tes camarades ! Ou ce sont les BUSES qui t'angoissent ? Tu n'as pas à t'en faire… Ce n'est pas si dur qu'on peut le croire. Enfin pour ton père, ça l'était sûrement, mais il n'écoutait jamais rien. Alors que toi, les notes…

- Maman ! coupa Scott en voyant qu'elle comptait faire la liste de tout ce qui pouvait poser problème à Poudlard sans l'écouter. Je n'ai absolument aucun problème de notes… Je suis à Serdaigle, je te rappelle ! Pour moi, les cours, c'est comme des vacances… Bon, d'accord, j'exagère ! Les cours de Potions sont une vraie torture et je me demande toujours pourquoi je suis les cours de divination alors que tu me l'avais fortement déconseillé… Et je n'ai personne qui m'embête ! Je suis un Weasley, et mes parents sont des héros. Tu crois vraiment que quiconque oserait se mesurer à moi ? Bien sûr, les serpentards sont toujours des abrutis et certains me font de mauvaises blagues… Mais ça je peux le gérer ! Conclut-il avec un sérieux déroutant qui le fit ressembler à sa mère.

- D'accord… alors qu'est ce qui t'embêtes ? »

L'adolescent parut gêné brusquement, comme s'il s'agissait d'un sujet dont sa mère ne devait avoir connaissance. Mais Hermione aimait connaitre chaque problème que rencontrait ses enfants : ceux qui leur piquaient des bonbons dans la cour de l'école lorsqu'ils étaient petits, leurs blessures quand ils tombaient, les matières dans lesquels ils avaient des difficultés… Elle était comme ça et ne changerait pas. De plus, Scott savait pertinemment qu'elle n'accepterait pas de ne pas avoir connaissance de quelque chose que son père savait. Alors il craqua, ne pouvant supporter ce regard inquisiteur digne des plus célèbres Aurors du Ministère.

« Bah… Disons que je m'entends de plus en plus avec Maïa… »

Maïa était la fille de Neville Londubat et de Luna –anciennement Lovegood. Eux aussi s'étaient mariés en sortant de Poudlard et avaient eu deux filles : Maïa qui avait quinze ans comme Scott, et Nyx, la plus jeune qui avait sept ans. Ils se connaissaient tous depuis l'enfance et s'étaient toujours tous plutôt bien entendus, malgré quelques petits soucis entre enfants qui étaient devenues avec les années des anecdotes plutôt amusantes : comme ce jour où Nyx avait embrassé Timothy de force –elle avait beau être plus jeune, Timothy était bien trop frêle pour se défendre.

« Tu t'es toujours bien entendue avec elle… Et puis, vous êtes dans la même classe et dans la même maison à Poudlard !

- Maman, ce que je veux dire, c'est que je l'aime beaucoup, avoua Scott, dont les joues devinrent rouges, identiques à celles de son père lorsqu'il était stressé. Comme une petite-amie. Et elle aussi elle m'aime beaucoup… Et je demandais des conseils à papa tout à l'heure. »

Hermione haussa un sourcil. Des conseils amoureux à Ron Weasley ? Et pourquoi ne pas offrir le Guide des Pépères à Harry Potter pendant qu'il y était ? Elle fut secouée par un rire, mais craint que son fils le prenne pour lui et se retint avant de s'esclaffer tout de même :

« Scotty, ne demande jamais de conseils à ton père en ce qui concerne les relations amoureuses ! Il est peut-être doué pour les affaires, la satire et le vol sur un balai, mais il est tout sauf un grand connaisseur de la gente féminine ! La preuve en est qu'il m'a demandé en mariage devant sa famille au grand complet…

- Ah… Alors c'est pour ça que tu as accepté !? s'exclama Scott en hochant la tête d'un air entendu, comme s'il venait de résoudre l'un des grands mystères de son existence.

- Très drôle, Scott. Mais la prochaine fois, demandes-moi conseil. Je suis une femme, ce qui fait de moi la plus apte à t'aider dans cette situation. Alors, si tu veux m'en parler… Je suis là ! »

Scott acquiesça lentement et soupira, comme si tout ça était beaucoup trop complexe à gérer. Il n'était pourtant pas du genre à baisser les bras. Hermione s'approcha de lui, ébouriffant ses cheveux d'un geste rapide de la main, toujours un peu trop maternelle. Scott sembla alors se rappeler de quelque chose et lança :

« En fait, ça va ? »

Hermione resta silencieuse, ne comprenant pas pourquoi il lui posait cette question si brusquement. Il s'expliqua, voyant qu'elle ne saisissait pas la portée de cette question qui n'avait rien à voir avec une quelconque routine.

« Bah… Si on est rentré aujourd'hui, c'est qu'on est le 18 août. J'ai demandé à papa s'il savait pourquoi tu entourais toujours cette date sur le calendrier. Et il m'a expliqué pour le bébé. »

Hermione se figea et ouvrit la bouche, aucun son n'en sortant alors qu'elle sentait que la boule obstruant sa gorge avait doublé de volume. Elle n'avait jamais parlé de cette première grossesse à ses fils, ne voulant leur mentir à eux, si bien qu'elle avait préféré tout omettre. Elle hésita quelques secondes avant de prendre la décision de mentir, encore une fois, à quelqu'un qu'elle aimait. Tous croyaient qu'elle avait réellement perdu cet enfant : ses parents, les Weasley, ses amis… Et désormais, son fils ainé. Elle pria pour avoir le courage de dire cette atroce vérité au second lorsqu'il aurait l'âge de comprendre.

« Hum… Oui. Oui, ça va. C'est juste, un souvenir un peu complexe à revivre, bafouilla-t-elle. Bon, je vais aller préparer le diner. »

Il acquiesça, comprenant que quelque chose clochait et il regretta d'avoir posé ce sujet là sur le tapis car cela avait irrémédiablement créé un froid. Elle quitta la chambre et referma la porte avant de rejoindre la sienne. Elle s'assit sur son lit, comptant les battements de son cœur dans sa poitrine alors qu'il s'emballait. Elle faisait vraisemblablement l'une de ses habituelles crises d'angoisse. Elle tenta par tous les moyens de se calmer, puis songea à ses deux fils qui étaient encore là, tout près d'elle. Elle se devait de ne pas craquer. Pas maintenant. Au moins pour eux. Alors elle se leva et se dirigea d'un pas décidé vers la cuisine, prête à leur faire un digne repas de retrouvailles.

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***

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Le soleil se couchait derrière les vallées, s'éloignant de l'océan et du port de la ville de Ramsgate, en Angleterre. Dans le quartier Sorcier, juste à côté des plages, les enfants s'amusaient encore dans la plupart des jardins et quelques adolescents jouaient au Quidditch avec leurs pères sur une petite colline non loin de là. Mais cette maison là était plongée dans un silence de forcené.

Il s'agissait là d'une sorte d'une version amélioré de chaumière. La forme était bien celle d'une chaumière, mais la maison possédait deux étages assez vastes et un immense grenier. Des tuiles formaient le toit et les murs étaient peints d'un blanc modernes depuis la restauration. Pourtant, elle avait gardé son charme vieillot grâce à la vieille balançoire accrochée à un chêne imposant dans le jardin, et aux balustrades datant du 18ème siècle. Il y avait aussi un vieux cabanon où les membres de la petite famille rangeaient leurs balais et tout leur attirail de Quidditch. Elle se situait à quelques pas à peine de l'océan, lequel pouvait se déchainer pendant les tempêtes et toucher les fondations de la demeure.

A l'intérieur, pas âme qui vive ne brisait le silence. Un énorme labrador dormait sur le canapé du salon duquel il avait éventré un coussin quelques semaines tôt et un chaton blanc était roulé en boule sur un pouf orange. La cheminée émit soudain un drôle de bruit et des volutes de fumée sombre s'en échappèrent, accompagnées d'une toux étouffée par une main. Une rouquine de treize ans sortit de l'âtre en époussetant sa robe noire de sorcière ornée de l'écusson de Gryffondor.

Winifred Potter frotta son petit nez mutin couvert de tâches de rousseurs avec sa manche pour chasser son envie d'éternuer puis posa ses paquets sur la moquette beige. Elle détestait voyager par réseau de cheminée et l'air ennuyé presque présomptueux qu'elle arborait en disait long sur ce qu'elle pensait de ce mode de déplacement. Le labrador ouvrit un œil en levant une oreille, mais voyant qu'il ne s'agissait que de sa maitresse, n'évalua pas que la situation puisse exiger qu'il se réveille vraiment.

Un second bruissement parvint depuis l'antre sombre de la cheminée de marbre et la jeune fille reporta son regard d'un émeraude étonnant vers l'âtre, d'où son père –Harry Potter- s'extirpa en quelques gestes, beaucoup moins sale qu'elle. Elle fit la moue et –alors qu'il ébouriffait ses cheveux pour se débarrasser de la cendre- s'évertua à convaincre son père que ces déplacements n'étaient pas bons pour sa santé mentale ou physique :

« Je déteste ça ! Ne pourrait-on pas transplaner quand on rentre à la maison ? Et puis, ça me donne le tournis de passer par le réseau de cheminée deux fois par semaine quand on est à Poudlard puis aussi quand on se déplace pendant les vacances. Tu sais ce que m'as dit Nyx ?! Que parfois, à force d'utiliser le réseau de cheminée, nos poumons se remplissent des petites bêtes qu'il y a dans la cendre ! Ils s'appellent les Cendrillons et ils te dévorent de l'intérieur ! Si je meurs, tu pourras être déclaré responsable à 100 pour 100, papa, est ce que tu t'en rends compte ?! »

Harry essuya soigneusement les verres de ses lunettes qui étaient couvertes de suie sans répondre, se demandant s'il devait expliquer à sa benjamine que Nyx était la fille de Luna ce qui rendait toute information de sa part obsolète. De plus, il savait parfaitement qu'il n'y avait jamais eu aucune bête magique nommé Cendrillon où que ce soit dans le monde et qu'il s'agissait là encore d'une pure invention de la famille Lovegood.

« Winifred, les Cendrillons n'existent pas ! La seule que je connaisse est un personnage imaginaire de conte pour enfants moldus. Et c'était tout sauf une bestiole indésirable. Tu devrais aller te doucher et ranger tes affaires. »

Winifred détacha ses cheveux d'un roux éclatant semblables à ceux de sa mère Ginny et acquiesça, se dirigeant d'abord vers Gryffyn –son chaton- qu'elle caressa avant d'embrasser le museau humide du chien familial : Mocca. Lorsqu'elle eut fini, elle enlaça rapidement son père, récupéra ses sacs –contenant tout son matériel d'école pour la rentrée et quelques cadeaux obtenus grâce à sa force de persuasion ou plutôt grâce à l'incapacité à dire « non » d'Harry- et se dirigea vers l'escalier afin de rejoindre sa chambre.

Harry sortit sa baguette de sa poche et nettoya d'une formule magique la suie qui s'était déposée un peu partout autour de la cheminée, puis il extirpa son exemplaire de La Gazette du Sorcier de sa poche en s'installant sur le canapé, poussant un peu Mocca qui grogna avant de poser sa tête contre la jambe de son maître. Ce dernier se mit à feuilleter négligemment son journal tout en caressant l'arrière de l'oreille du chien qui commença à battre la queue.

Un plop –parfaitement représentatif du transplanage- se fit entendre dans la cuisine et il leva les yeux de la Gazette qui une fois de plus contenait un article sur lui. Il avait bêtement pensé qu'en s'éloignant de tout travail faisant de lui un héro –comme par exemple celui d'Auror- ou une célébrité –joueur de Quidditch- il serait parvenu à provoquer un désintérêt sur sa petite personne. Mais non. Il n'avait beau être qu'un professeur de Poudlard –en Défense Contre les Forces du Mal- il était toujours aussi adulé par la communauté sorcière. Parfois –comme à chaque fois qu'il découvrait un article racontant sa vie comme si quelqu'un pouvait encore ignorer qui il était- il ne supportait plus cette popularité, ce rôle de figure nationale qu'il avait accepté volontiers de porter durant la guerre car cela donnait du courage aux gens.

Désormais, maintenant que la guerre était finie, il se retrouvait à être légèrement aigri à chaque fois que quelqu'un lui demandait un autographe. Tuer un homme –ou plutôt ce qu'il restait de l'homme qu'avait été Tom Jedusor- faisait-il de lui un héro ou un assassin ? Il n'avait jamais répondu à cette question, se rassérénant qu'il n'avait pas vraiment eu le choix et que c'était la seule chose à faire. Pourtant, tuer n'avait jamais été un plaisir pour lui. Et il regrettait souvent d'en être arrivé à cette extrémité lorsqu'il avait été en danger.

« Chéri ? À quoi penses-tu ? »

La voix douce de Ginny, sa femme, le sortit de ses pensées assez morbides qui auraient largement pu le faire déprimer pour le restant de la soirée. Il lui adressa un sourire avant de secouer la tête, ne voulant pas accorder la moindre importance à ses souvenirs, puis se leva, posa son journal sur la table basse trônant au milieu de salon et s'approcha de son épouse qu'il embrassa avec la même passion que vingt années plus tôt. Ils s'étaient fiancés alors qu'elle était encore en dernière année. Elle était tombée enceinte l'année suivante, accouchant d'un petit garçon devenu grand nommé Hypérion. Ils s'étaient mariés après la naissance de leur fille six ans plus tard, juste pour officialiser la chose, puis avaient réitérés leurs vœux à la fin de la guerre. Il lui arrivait de s'interroger sur la durée de leur relation s'il n'y avait pas eu cette guerre qui –bien qu'elle ait posé quelques problèmes dans leur couple, les avait avant tout réunis.

Ils furent inopinément interrompus par un bruit provenant de la cheminée, annonçant l'arrive imminente d'une des rares personnes pouvant emprunter ce réseau. Avec les journalistes et nombreux « fans », la famille Potter avait du prendre nombre de mesures afin de ne pas être constamment harcelée. Ainsi, ils n'étaient répertoriés dans aucun annuaire sorcier, leur réseau de cheminée n'était pas officiellement listé au ministère et seuls Harry et Ginny pouvaient transplaner à l'intérieur de leur maison. Quant à la cheminée, elle n'était reliée qu'au Terrier où vivaient Fred, George et leur femme et enfants respectifs, la maison d'Hermione, celle des Londubat, l'appartement de Ron, Poudlard et au tout nouvel appartement de leur fils.

Ce fut ce dernier qui quitta l'âtre avec un sourire, arborant un affreux coquard à l'œil gauche. Hypérion Arthur Potter avait dix-huit ans. Grand et assez bien bâti, il s'était vu offrir une place en temps que Poursuiveur dans une équipe connue pour le jeu brutal de ses joueurs : les Faucons de Falmouth, dés sa sortie de Poudlard. Et brutal, il l'était sur le terrain, mais ne mesurait pas forcément l'ampleur des dégâts qu'il pouvait provoquer.

En dehors du terrain, par contre, Hypérion aurait pu se qualifier à un concours récompensant les personnes les sensibles et douces de l'univers. Fidèle et protecteur envers sa famille, il avait tout du fils Potter parfait qui aurait sans doute fait dire à Dumbledore –si ce dernier avait été encore en vie- qu'il était aussi bon qu'Harry. Tous s'accordaient à dire qu'il ressemblait beaucoup à son père et à son grand-père, à la seule différence que si James et Harry avaient préféré les femmes rousses, Hypérion, lui, avait plutôt une passion pour les hommes roux.

Ses parents se séparèrent et Ginny observa l'œil de son fils avec un air mi angoissé, mi désespéré, alors qu'Harry se demandait ce qu'il fichait là, se doutant bien que son œil au beurre noir n'avait rien à faire dans cette histoire.

« Pourquoi n'as-tu pas effacé ce coquard avec la magie ? s'emporta Ginny en s'approchant de lui, baguette en main, prête à le soigner.

- Non ! tonna le jeune homme en s'éloignant d'elle. Non, maman. Je me le suis fais à l'entrainement aujourd'hui. Un des batteurs m'a envoyé sa batte en pleine tête ! C'était génial ! C'est la première blessure que j'obtiens en temps que réel joueur dans une vraie équipe qui ne soit pas celle de Poudlard… alors j'entends bien la garder autant que possible ! »

Harry et Ginny échangèrent un regard, se demandant ce qu'il s'était passé pendant l'enfance d'Hypérion pour qu'il soit aussi fou dès que la discussion concernait le Quidditch. Il avait sans doute du se prendre un coup sur la tête ou autre chose dans ce goût là, parce qu'aucun d'eux n'aurait pu lui faire hériter d'un tel souci psychologique. Harry décida de ne pas poser trop de questions, ne voulant absolument pas entendre les explications bizarres de son fils qui trouvait toujours de bonnes raisons –pour lui- de faire ce qu'il faisait, même quand ça n'avait aucun sens pour les gens normaux.

« Qu'est ce que tu fais là, en fait ?

- Bah, j'avais faim, annonça Hypérion avec un sourire innocent et un hochement d'épaule tout à faire banal censé faire oublier à ses parents que techniquement parlant –et même s'il était toujours le bienvenu, il ne vivait plus dans cette maison.

- Tu n'as pas une cuisine dans ton appartement ?

- Si, mais maman n'est pas dedans. Et une cuisine sans maman, ça ne me sert strictement à rien. »

Ginny leva les yeux au ciel avant de s'approcher de son fils, se demandant si elle devait se charger de la part « compliment » ou de la part « incapacité de son fils à cuisiner » en priorité. Elle résolut le problème en ne choisissant aucune de ces deux possibilités et se promit mentalement d'apprendre à sa fille à cuisiner avant qu'elle quitte la maison. Les pas dans l'escalier interrompirent leur discussion et Winifred apparut, sautant littéralement sur son frère qui commença à la chatouiller, sans prêter attention aux hurlements stridents mêlés aux rires qu'elle émettait.

Harry secoua la tête en souriant et Ginny jeta un coup d'œil à l'horloge qui affichait déjà 19h30. Elle tenta de se faire entendre auprès de ses enfants, mais leurs rires passèrent par-dessus sa voix. Elle finit par siffler et Hypérion lâcha sa petite sœur qui alla s'écrouler au sol, donnant malencontreusement un coup au chat qui bondit de son siège en miaulant. Ginny organisa alors la prochaine demi-heure d'une voix forte et claire qui fit sourire son mari.

« Très bien, Hermione, Ron, Scott et Timothy arrivent dans une demi-heure exactement ! Alors, Harry tu ranges un peu tout ce bazar et tu fais sortir Mocca, Winifred, dans la cuisine, tu vas m'aider. Et Hypérion va mettre la table dans la salle à manger.

- Maman, je ne vis plus ici ! riposta ce dernier en hochant la tête avec un air navré. Et je suis majeur…

- Un majeur qui a faim. Si tu veux manger, tu participes. »

Winifred adressa un sourire moqueur à son grand-frère, lequel lui tira bêtement la langue avant de l'aider à se remettre debout. Ils se mirent ensuite tous au travail, s'activant comme seuls des Potter pouvaient le faire dans les situations d'urgence –et ils étaient largement habitués à être en retard lorsqu'ils invitaient des amis à eux. C'était même l'une de leur coutume familiale. Pourtant, dès l'instant où Ron, Hermione et leurs enfants apparurent, tout était déjà prêt comme s'ils avaient passés l'après-midi à tout organiser pour que ce soit parfait.

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***

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Ella appuya plusieurs fois sur les mille boutons du micro-onde, attendant avec impatience que son plat de pâtes soit enfin chaud pour qu'elle puisse retourner suivre le match de Quidditch opposant l'équipe nationale Australienne à l'équipe nationale Française en compagnie de son père. Ce dernier était encore assis sur le canapé, son regard bleu marine fixé à l'écran. Ils avaient joué à pile ou face pour savoir qui devrait s'occuper du diner, et elle avait perdu. Elle n'était pas très chanceuse à ce genre de jeux. Un bip lui annonça que le repas était réchauffé et elle ouvrit la porte du micro-onde avant de faire léviter le plat avec sa baguette magique jusqu'à la table. Elle versa une moitié du repas dans l'assiette de son père et l'autre dans la sienne avant de mettre le plat sale dans l'évier. Elle revint ensuite s'installer à la place qu'elle avait quittée en tendant son repas à son père qui la remercia sans quitter l'écran des yeux.

« De toute façon, on sait pertinemment que l'Australie va gagner vu que l'attrapeur est un surdoué, commenta-t-elle en prenant un air très spirituel, comme si elle tenait à casser le suspens du match.

- Leur gardien est nul, répliqua-t-il en lui adressant un vague sourire. Il arrive que même l'attrapeur de l'équipe qui attrape le vif d'or perde le match, hein...

- Comme lors de la Finale de la Coupe du Monde de Quidditch de 1994, oui, je sais ! conclut-elle en riant, habitué à ce qu'il raconte la seule finale à laquelle il ait assistée dans sa vie à chaque fois que c'était possible. Mais regarde, l'Australie mène déjà de 30 points. Et puis, il y a Greg Davidson… C'est le meilleur poursuiveur du monde !

- Tu dis ça parce que tu le trouves mignon, se moqua Théo avant de se recevoir un coup de coude dans la côte.

- C'n'est pas vrai ! répliqua-t-elle en rougissant, prouvant que c'était bel et bien vrai.

- Ouah… si ta mère savait que tu craques pour des joueurs de Quidditch… commença-t-il en souriant avant de voir qu'elle s'était éloignée, son sourire disparaissant de son visage comme à chaque fois que quelques mots sur sa mère lui échappaient. Désolé, je ferais mieux de me taire parfois. »

Il se reporta sur le match, n'osant plus vraiment dire quoi que ce soit. Lorsqu'ils eurent fini, Ella déposa leurs assiettes au sol et –voyant qu'il paraissait abattu à l'idée d'avoir une fois de plus abordé le seul sujet au monde dont elle ne voulait parler, se rapprocha de lui, posant sa tête contre son épaule. Il sourit, mais elle sentit sans difficultés qu'il était encore mal à l'aise. Elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait dû en vouloir autant à sa mère qu'elle. Après tout, il avait été le premier à être abandonné pour un autre, pour une autre vie… Mais apparemment, l'amour qu'il avait ressenti pour Hermione Granger effaçait la puissance des erreurs qu'elle avait commises. Mais pour Ella qui ne l'avait jamais connue, seul le ressentiment et la colère prenait place dans sa tête lorsqu'elle songeait à sa mère. Pas une seule minuscule trace d'amour… Comment aurait-elle pu en ressentir pour la femme qui l'avait mise au monde pour l'abandonner ?

Le match se termina comme elle l'avait prévu, l'Australie sortant vainqueur avec 340 points, face à la France qui n'en avait que 110. Ella resta quelques secondes sans bouger, jusqu'à ce que son père le fasse, la repoussant avec sa douceur habituelle.

« Tu veux bien faire la vaisselle, s'il te plait ? Il faut que j'aille vérifier si les fleurs vont bien. Et après, cours de magie obligatoire ! Tu veux qu'on révise quoi aujourd'hui ?

- Potions, proposa-t-elle en récupérant les assiettes avant d'aller les poser dans l'évier, son père sur les talons. J'aimerais qu'on retravaille sur le Felix Felicis… »

Il embrassa son front avant d'acquiescer et quitta les lieux en lui demandant de préparer le matériel nécessaire avant qu'il ne revienne. Elle savait parfaitement qu'il pouvait passer une bonne heure à observer ses plantes et à vérifier chaque brindille et chaque épine pour s'assurer qu'elles n'avaient aucun problème important, auquel cas, il ne rentrerait pas de sa cabane au fond du jardin avant des heures tel qu'elle le connaissait. Une fois la vaisselle faite avec sa baguette magique, elle se dirigea vers le bureau –servant aussi de bibliothèque- de son père.

La pièce où il travaillait sur ses plantes et leur composition avant d'aller les fabriquer dans ce qui lui servait de serre, était assez étendue –la plus grande de la maison. Sur son bureau, des dizaines de dossiers étaient posés en un désordre relatif qu'il devait être le seul à trouver organisé. L'un des murs était entièrement occupé par une immense bibliothèque remplie de livres. De l'autre côté du bureau de Théo, une autre table avait été installée. C'était là qu'Ella travaillait la magie depuis son enfance et que tout son matériel de potions et ses manuels de cours étaient rangés.

Ella fureta quelques instants dans cette pièce qui était sa préférée de la maison. L'odeur des livres et du parchemin était si forte qu'elle finissait par s'en étourdir. Les rideaux orangés laissaient passer une lumière identique à celle du soleil lorsqu'il se couchait et tout faisait étrangement vieillot. Elle avait l'impression d'entrer dans un autre monde dès qu'elle se retrouvait là.

Elle s'approcha du bureau de son père, jeta un coup d'œil vers la photo qui ornait son bureau depuis qu'elle était toute petite : l'Ordre du Phoenix au grand complet avec Harry Potter, Ronald Weasley et Hermione Granger au centre. Son père était à la droite de sa mère, ne se doutant pas encore de ce qui l'attendait. Cette photographie avait été prise bien avant qu'ils ne commencent à se fréquenter, mais sa mère arborait déjà un anneau à son doigt. Ella soupira en la voyant sourire, sa main tenant celle de Ron, l'homme qu'elle avait préféré à son père. Ella ne voyait vraiment pas ce qu'elle lui trouvait avec sa tignasse rousse et cet air nigaud. Il y avait aussi une autre photo prise peu après sa naissance où son père se tenait à l'exact emplacement où avait été construite leur maison, tenant le bébé qu'elle était alors dans ses bras.

La dernière datait de l'époque où son père était encore à Poudlard : il posait auprès de Drago Malefoy, son meilleur ami de l'époque, Blaise Zabini et Pansy Parkinson. Théo parlait encore souvent d'eux dès qu'il le pouvait, se demandant ce qu'ils étaient devenus exactement. Il avait entendu certaines choses, il en avait lues d'autres... Mais il n'avait aucune certitude. Après tout, qui pouvait être garanti de la véracité des propos tenus dans les livres ? Il avait dit à Ella que Drago et Pansy s'étaient mariés et avaient eu un fils –qui était un peu plus âgé qu'elle. Blaise aussi avait une femme, une ancienne élève de leur classe, Daphnée Greengrass, avec laquelle il avait eu une fille. Il paraissait qu'ils avaient divorcés. Théo savait aussi qu'ils s'en étaient sortis après guerre. Ça, les journaux en avait parlé pendant des mois. Blaise avait vendu des informations à propos de certains Mangemorts plus hauts placés que lui. Drago s'en était sorti grâce à Harry Potter, bien que l'histoire reste floue à ce sujet.

Ella avait mille fois demandé à son père pourquoi ses amis ne s'étaient pas rangés du côté de l'Ordre, comme lui l'avait fait. Théo n'avait jamais répondu réellement. Lui-même s'interrogeait apparemment toujours. Elle lui avait aussi demandé pourquoi, maintenant la guerre finie, il ne tentait pas de reprendre contact. Il répondait toujours que le passé était le passé, ajoutant avec humour pour la détourner du sujet, que si Pansy apprenait ce qu'avait fait Hermione, une nouvelle guerre mondiale sanglante serait engagée. Ainsi, l'amitié dépeinte sur la photographie ne semblait plus être qu'un très lointain souvenir.

Ella remarqua le livre que son père lui avait offert quelques jours plus tôt posé sur un coin du bureau. Elle se demanda si son père l'avait feuilleté et ne put s'empêcher de le prendre. Les livres jamais ouverts étaient toujours un peu plus raides, leurs pages se séparant plus difficilement. Alors elle l'ouvrit, devinant que son père ne l'avait pas fait précédemment. Il y avait plusieurs photo ou dessins, certaines datant de l'époque de Poudlard, d'autres de la guerre, et les dernières de sa vie de maintenant. Elle découvrit une photo de la famille Weasley au complet, reconnaissant certaines personnalités comme Harry ou Ginny –la seule fille rousse du lot. Puis une autre, où elle reconnut ceux qui –biologiquement parlant surtout- étaient ses frères. Ils devaient avoir à l'époque 13 et 6 ans environ et posaient avec leur mère dans une rue pleine de monde –sans doute le Chemin de Traverse. Ils ressemblaient beaucoup à leur père, mais avaient hérité des yeux d'Hermione. La jeune fille ne put s'empêcher de remarquer que le plus jeune avait la même bouche qu'elle.

Elle referma brusquement le livre, ne voulant en voir plus finalement. La curiosité se devait d'être contrôlée la plupart du temps et elle se refusait à savoir plus de choses qui lui donneraient plus de raisons encore d'haïr sa mère ou de détester ces gens qui l'adulaient comme si elle était une Sainte. Elle s'éloigna du bureau de son père pour rejoindre le sien, se rappelant –possédant une mémoire photographique étonnante- de tous les ingrédients contenant le Felix Felicis bien qu'elle ne l'ait faite qu'une fois avec l'aide de son père. Elle les sortit tous de leurs petites boites et les disposa sur sa table dans l'ordre dans lequel elle devrait les utiliser par la suite.

Puis, sans qu'elle n'ait été préparée, sans que quoi que ce soit ne le laisse présager, elle perçut le bruit d'une explosion. Si forte qu'elle crut réellement que quelqu'un venait de balancer une bombe près de son oreille. Elle resta figée quelques secondes, le temps qu'il lui fallut pour réaliser que ça venait de l'extérieur de la maison, mais que c'était tout de même tout proche. Elle murmura un vague « papa » en comprenant ce que cela pouvait vouloir dire avant de quitter le bureau en courant, renversant par mégarde bon nombre des éléments constituant sa future potion. Pouvait-il avoir fait une nouvelle expérience qui aurait mal tourné ? Elle ne pouvait croire qu'il soit stupide à ce point, lui qui faisait toujours si attention.

Elle courut jusqu'au jardin lorsqu'elle entendu un cri près du portail. Elle ne put même pas analyser ce qu'il se passait, trop vite. Trois hommes vêtus de blanc et de noir maintenaient son père de l'autre côté de la barrière qui délimitait leur propriété –et également l'endroit à partir duquel ils pouvaient transplaner. A l'autre bout du jardin, la cabane où il travaillait quelques minutes plus tôt était en feu. Elle engrangea ses détails en une nanoseconde avant de sortir sa baguette, courant vers son père qui se débattait, souhaitant s'échapper de la poigne de ses kidnappeurs.

« Lâchez-le ! »

L'un des hommes se tourna vers elle, et Ella réalisa que lui aussi avait une baguette. Elle n'eut pas le temps de lancer un sortilège de défense que son corps fut soulevé du sol, atterrissant quelques mètres en arrière. Elle se cogna la tête, perçut vaguement l'hurlement de son père et s'évanouit.

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Note de l'auteur _ Niark Niark Niark ! [Oui, je sais que la plupart d'entre vous le savaient étant donné que je le disais dans le résumé de sky'.] Pu d'Théo ! =( Bon, j'espère que ce chapitre vous a plu -ou au moins qu'il ne vous a pas trop ennuyé vu qu'il ne s'y passe rien avant la fin... Mais il servait principalement à présenter les personnages & leurs liens entre eux !

Bref, comme à mon habitude, petit commentaire de mon propre chapitre [nan mais sérieusement, c'est juste que la 2nd fois que je le fais xD] : Je ne sais pas si je préférerais avoir Théo comme père ou comme amant... Uhm... ou comme botaniste personnel [J'veux une Ellarosa ! -d'ailleurs, vous comprenez mieux le titre maintenant, non ?] Ella, très hermioniesque [Oup's... j'connais un personnage qui va m'botter les fesses ! -Auteur mode schizo.] mais pourtant très différente comme vous le verrez plus tard. Elle est passionnée par les études, ui, mais je vois aussi Théo comme un espèce de maniaque des livres qui pourrait cambrioler une bibliothèque un jour s'il manquait de sous xD Donc, sur ce point là, elle ressemble autant à ses deux parents... mais bon, autrement, elle a un ptit côté limite sauvage en société [bah ouais, vivre à Orange -la ville existe, je précise !- ne permets pas trop d'avoir une vie sociale...] & peut se transformer en bombe humaine à volonté. xD

Scène Hermioniesque : non mais qu'est ce qu'elle fait pitié la Hermione, trop à la masse, à la limite de la dépression... Mais super-maman (ouais, euh... je précise : avec ses fils !) limite excessive dans l'amour qu'elle leur porte. Ron, toujours Ron [je l'aimeuh lui]. Scott... Difficile à dire en connaissant la suite, mais je me suis amusée à créer un fils Ron/Hermione plus Hermione pour une fois au lieu d'faire le cliché Roniesque obsédé par la bouffe & pas par les études. Et Timothy... J'veux bien l'adopter [Auteur mode Création d'une nouvelle famille], trop choupynet, symbole même d'une innocence incroyable, tout minuscule avec sa tignasse rousse... Bref, j'l'adore !

Scène Potterienne : Harry toujours Harry avec ses foutus problèmes existentielles dont tout le monde se fout complètement [bah ouais, mais il a voulu que j'en parle... J'y peux rien !], Ginny, toujours Ginny - quasi Mollyesque. Winifred, hystérique même mode Weasley [Je songe à l'attacher à une chaise à un moment, parce qu'elle continue à vouloir s'incruster dans des passages où elle ne devrait pas être là... --']. Hypérion, complètement maso sûrement ! [va comprendre pourquoi il veut continuer à avoir une tête de boxer... j'comprends pas mes personnages...] Mais que j'adore ! Uhm... Voilà, c'est tout -et là vous pensez : & bah encOr' heureux ! non ? =P

Sinon, j'en suis au chapitre 1o -début- en écriture, mais par crainte d'avoir des moments feuilles-blanches, je ne posterais qu'un chapitre par semaine -tous les Vendredis Soirs- pour garder de l'avance. Bref, je vous laisse donc à vos commentaires & prédictions à propos de la suite maintenant [bah ouais, après plus de chépôkombien de mots de moi, c'est à votre tour !] !? Allez-y, questions, réponses, demandes... A vos claviers !

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! x)

*¤ Bewitch_Tales ¤*