Note de l'Auteur _ HellO ! x] Désolée pour le retard, mais étant dans le bled familial où à chaque coup de vent, la wifi bug, je n'ai pas pu poster ce matin ! xD [les plaisirs de la campagne emplie de vieux, de vaches & de vents... Les 3 V] Merci ensuite de vos reviews ! Soixante hihihi =D J'espère que ça continuera comme ça ! x] Dans ce chapitre... On reste quasi-centré sur Ella que vous apprendrez à connaitre un ptit peu plus. Une autre scénette Tobyesque x] -la dernière fois que vous le voyez avant le chapitre 6 -meuh naaaan, ne pleurez pô ! xD Puis, Gin & Harry... Pis... Citou !
Bonne lecture !
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Ellarosa - Chapitre 03
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« Tout s'explique. Rien ne se justifie. »
Alfred Capus.
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Ginny resta face à Ella pendant une bonne minute, la dévisageant d'une telle façon que c'en fut presque incommodant pour la jeune fille qui se sentait analysée et interrogée de la simple force de ce regard. Elle finit par se dandiner, se balançant d'un pied à l'autre en mordillant sa lèvre inférieure et la femme sourit simplement en réalisant que son examen visuel n'était pas des plus courtois pour une première rencontre. Première rencontre totalement imprévue et étonnante qui plus est. Elle se tourna légèrement vers le barman qui paraissait particulièrement mal à l'aise avant de revenir vers Ella qui attendait quelque chose : un résultat d'après-observation peut-être ?
« Viens donc, Ella. Ce n'est pas un endroit pour discuter… Encore moins pour une jeune fille de seize ans. »
Elle insista spécialement sur son âge comme pour faire remarquer au Percé qu'elle aurait pu l'envoyer à Azkaban pour moins que ça, et désigna à Ella la porte par laquelle elle venait d'entrer. Elles sortirent toutes deux dans un mutisme infernal, se retrouvant dans les rues moldues beaucoup plus fréquentées. Elles marchèrent en silence, aucune d'elles ne sachant exactement par quoi commencer. Malgré elle, Ella était soudainement rassurée, réalisant qu'elle n'était plus seule et que désormais, tout irait bien. Du moins, elle le souhaitait tellement fort qu'elle était certaine que cela fonctionnerait. Son père lui avait toujours répété que croire de tout son cœur en une chose était suffisant pour rendre cette chose vraie et possible.
Ginny, elle, avait du mal à y croire. Elle avait tant espéré rencontrer cette fille dont elle avait sauvegardé la vie au péril de son honnêteté. Mais désormais, maintenant qu'elle était face à elle, elle ne regrettait pas d'avoir fait ce choix. Autrement, Ella aurait sûrement été abandonnée n'importe où et aurait été recueillie par des étrangers ou –pire- aurait finie par mourir. Elle observa la jeune fille en avançant et réalisa que l'adolescente marchait comme Hermione, la tête basse, le regard fixé sur le bout de ses chaussures, le dos légèrement vouté.
« Tu ressembles incroyablement à ta mère, soupira finalement Ginny en se tournant vers la jeune fille qui se figea. Du visage au corps, vous êtes… semblables en bien des points.
- Physiquement peut-être. Mentalement, pas du tout, ne put s'empêcher de répliquer Ella avec une amertume irrévocable que Ginny comprit sans peine, elle-même ressentant une certaine rancœur –à moindre échelle- envers Hermione.
- Vraiment ? souffla-t-elle au bout d'un court silence pensif. Tu… Nous allons nous installer pour manger, d'accord ? Je meurs de faim et j'ai des milliers de questions. De plus, je suppose que tu dois aussi avoir été mise en appétit par cet imbécile de Justin Corner. Le barman, précisa-t-elle pour Ella. Le chaudron Baveur n'est pas un endroit recommandable, pour qui que ce soit. Evite d'y retourner à l'avenir.
- Mon père m'a…
- Le Chaudron Baveur est métamorphosé par rapport à celui que connaissait ton père, expliqua Ginny en sachant d'instinct où voulait en venir la jeune fille. D'ailleurs, beaucoup de lieux ont changés après la guerre… Mais nous allons rester dans le monde Moldu pour ce soir. Je ne voudrais pas que qui que ce soit me reconnaisse et que quelqu'un pose des questions à ton sujet. »
Ella réalisa brusquement qu'elle mettait Ginny dans une situation peu confortable en lui demandant de l'aider. Elle devrait mentir à sa famille et à ses amis sans doute. Ella espérait pourtant qu'elle ne refuserait pas de lui accorder une assistance quelconque. Autrement, elle serait perdue. Ou plutôt, son père le serait. Elle remarqua que Ginny la scrutait toujours, ne se rassasiant apparemment pas de la contempler, comme si elle avait longtemps attendu ce moment. D'ailleurs, son regard était légèrement voilé, humide même, comme si elle était émue aux larmes. Pourtant, elle ne pleura pas, se contentant d'avancer à nouveau jusqu'à rejoindre un petit restaurant coquet où elle demanda une table pour deux.
Ella croisa ses bras sur sa poitrine en attendant que l'hôtelière les installe. Ses sentiments étaient tous exacerbés par ce silence, cette gêne, tous ces non-dits qui –elle le savait- faisaient souvent plus mal que la vérité. Plus rien ne tournait rond, et sa présence dans ce monde lui renvoyait tout ça. Elle n'était pas à sa place, loin de là. Et tout le lui rappelait. Elle n'était pas assez bien habillée pour ce genre de restaurant. Elle n'avait pas l'apparence qui fallait. Elle ne collait pas avec le décor. Elle n'avait rien d'une adolescente Anglaise. Elles furent rapidement installées, Ella remarquant que d'autres gens qui étaient là bien avant attendaient encore debout.
« L'avantage d'être la femme d'un héro, s'esclaffa Ginny en s'asseyant. Certaines limites entre le monde moldu et le notre ont été mille fois franchies durant la guerre. Harry est considéré comme un dieu à tous points de vue des deux cotés de la barrière.
- Et… Vous en profitez ?
- Quand la situation le permet et uniquement dans le monde moldu. Je suis impatiente. Attendre debout qu'on me serve des plats hors de prix est au dessus de mes forces. Je n'oserais jamais faire ça dans le monde sorcier par contre… »
Elle sourit en tripotant ses couverts, comme mal à l'aise d'avoir osé admettre qu'elle faisait une distinction entre les politesses qu'elle accordait entre les deux mondes et qu'elle profitait de quelques privilèges dus à son nom. Pourtant, Ella la comprenait parfaitement. Il n'y avait pas de mal à jouir parfois de certains avantages à condition de ne pas le faire tout le temps. Elle avait toujours pensé qu'un peu d'arrogance ne pouvait faire de mal à personne. Sauf peut-être aux pauvres moldus qui attendaient toujours qu'on leur accorde une table…
« Je… Vous ne me demandez pas ce que je fais ici ? » demanda-t-elle finalement en voyant que la femme qu'elle avait l'impression de connaitre depuis toujours ne lui posait aucune question.
Ginny releva la tête, quittant le menu des yeux avant d'hausser les épaules, comme si cela importait peu ou plutôt comme si elle avait déjà deviné quel genre de problème avait l'adolescente. Après tout, l'absence de son père en disait long. Elle avait cru deviner ce qu'il se passait dès l'instant où elle avait reçu le morceau de parchemin d'Ella, simplement parce qu'elle avait songé toute sa vie que cet instant arriverait. Après tout, les enfants ne connaissant pas l'un de leur parent ou ayant été adoptés désiraient forcément rencontrer ceux qui les avaient engendrés.
« Toi et ton père vous êtes disputés, tu veux rencontrer ta mère et tu comptes sur mon aide. » annonça-t-elle finalement de but en blanc.
Ella écarquilla ses yeux qui devinrent deux billes parfaitement rondes –Ginny remarqua que ses iris étaient presque noirs en leur tour- et secoua la tête avec une certaine virulence qui étonna la rousse. Ella ouvrit la bouche plusieurs fois avant de réussir à formuler, démolissant d'une phrase les idées préconçues de Ginny qui s'était fait des plans sur la comète sans comprendre que les drames se déroulant dans la vie de l'adolescente n'étaient en aucun cas dus à une quelconque crise.
« Mon père s'est fait enlevé. »
Ginny se figea, son sourire disparut, sa peau devint si blanche que ses tâches de rousseur semblèrent disparaitre. Elle resta bouche bée quelques secondes alors que mille idées lui traversaient l'esprit. Elle aurait pu gérer la version « adolescente en fugue » bien qu'elle sache parfaitement que cela aurait sans nul doute compromis l'idée qu'Hermione se faisait de son secret qui n'aurait plus rien eu de secret. Mais cette fois, c'était beaucoup plus complexe à supporter. Qu'était-elle censée faire de cette information ? Elle observa l'adolescente qui baissa la tête, souhaitant cacher à quel point elle était terrorisée par cette situation surréaliste qui l'oppressait et faisait d'elle une sorte d'orpheline. Et elle pensa à Théo. A Théo qui pouvait être n'importe où désormais…
« Par qui ? Quand ? s'empressa-t-elle de demander lorsqu'elle réussit à démêler les nœuds de son esprit pour se concentrer sur l'essentiel.
- Qui, je ne sais pas. Quand, il y a trois semaines environ… Je… J'ai vraiment exploré toutes les possibilités avant de venir vous voir. Mais, mon père n'a pas réellement d'amis et moi non plus. Et je suis tombée sur la lettre que vous aviez écrite à mon père. J'étais toute seule, et je savais que je n'arriverais jamais à m'en sortir alors… Je sais parfaitement que ça va poser des problèmes, que je ne devrais pas me trouver ici… que… je ne suis pas à ma place et que ça va créer des conflits et… »
Ginny l'arrêta en posant sa main sur la sienne par-dessus la table et Ella s'interrompit en ayant l'impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine tant ses émotions la submergeaient. Elle n'était pourtant pas du genre à se laisser envahir par ses sentiments, mais elle se sentait brusquement si faible et sans défenses dans ce monde inconnu avec cette femme qui –bien qu'elle soit sans doute la personne qui l'aime le plus dans ce pays- lui était inconnue elle aussi.
« Tu es autant à ta place que n'importe qui ici. Et, oui, je ne vais pas te mentir, ta présence va remettre beaucoup de choses en questions et ne va pas faire plaisir à certains qui verront leur monde bouleversé… Mais l'important pour l'instant, c'est ton père. Tu penses qu'il peut être en danger ?
- Je… Je suppose oui. Ils n'avaient pas l'air de tendres venant pour une simple visite de courtoisie ces gens qui l'ont enlevé… Alors… Oui. Et puis, on kidnappe rarement quelqu'un pour l'héberger dans une chambre d'hôtel et lui offrir du champagne.
- C'est certain, grimaça simplement Ginny en tripotant son alliance, se rendant compte qu'elle non plus ne pourrait gérer seule cette situation et qu'elle aurait sans nul doute besoin de l'aide de son mari, ne se sentant de toute façon pas d'attaque à lui mentir plus encore.
- Vous pensez pouvoir m'aider, alors ? »
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Ella s'assit sur le lit de la chambre de garçon dans laquelle elle se trouvait, celle d'Hypérion Potter où Ginny lui avait permis de s'installer. C'était la première fois de sa vie qu'elle entrait dans l'antre d'une personne du sexe opposé et elle réalisa que tout était étrangement… Viril. Trop même. Les murs étaient sombres et recouverts de posters de stars du Quidditch, de quelques photos de femmes sorcières en petites tenues et d'images portant le symbole de la maison Gryffondor. Sur la table de nuit, quelques photographies mouvantes attiraient son attention et elle finit par les regarder avec plus d'attention, découvrant un portrait de famille où Harry et Ginny Potter posaient avec leurs deux enfants. Ils leurs ressemblaient tant que ce n'était guère complexe à deviner. La fillette devait avoir une dizaine d'années et rayonnait simplement d'une joie de vivre brûlante. Le garçon semblait plus effacé et Ella ne put faire autre chose que l'admirer tant il était séduisant, d'une beauté troublante et pas aussi caricaturale que les joueurs de Quidditch en général. Pourtant, c'était bien ce qu'il était selon sa mère. Il n'était pas aussi brut physiquement que les joueurs qu'elle voyait à la télévision… Pas encore du moins. Séduisant donc.
Ella se força à quitter le lit en le remarquant. Etre sur un lit de garçon était une chose. Etre sur le lit d'un garçon séduisant qui n'était même pas là en était une autre. Même si celui-ci lui semblait particulièrement inoffensif sans qu'elle ne sache déterminer pour quelles raisons… Ginny lui avait expliqué que son fils ne vivait désormais plus avec eux, mais le jeune homme devait avoir du mal à quitter le foyer familial en vue de tout ce qu'il restait dans sa chambre. Il y avait même un balai dans un coin de la pièce. Sans doute en possédait-il plusieurs.
« Tu es bien installée ? »
La voix de Ginny la fit presque sursauter et c'est avec un sourire timide qu'elle se tourna vers la mère de famille avec laquelle elle avait passée toute la soirée. Au restaurant, Ella avait expliqué tout ce qui l'amenait à penser que son père avait été enlevé par une firme ou compagnie magique botaniste ou pharmagique et Ginny avait pris des notes avec un sérieux déroutant, comme si elle craignait pour l'état de Théo. Bien qu'elle comprenne que ceux qui l'avaient enlevé ne lui feraient pas de mal avant d'avoir obtenu ce qu'ils voulaient, elle savait aussi que Théo était têtu et que s'il aimait réellement ses plantes –ce qui semblait être le cas- il ne se laisserait pas faire aussi facilement. Elle espérait que le fait d'être père lui conseillerait de faire attention et de suivre les ordres de ces persécuteurs afin de sauvegarder sa vie. Après tout, Ella avait plus d'importance que des végétaux !
« Je vais aller retrouver Harry à Poudlard. Tu peux rester seule ?
- Bien évidemment, acquiesça Ella alors qu'elle n'était pas du tout certaine de pouvoir au contraire, mal à l'aise dans cette chambre qui n'était pas la sienne.
- Je passerais sûrement la nuit là-bas et je reviendrais demain matin avec Harry et Winifred –notre fille. Mais si tu te réveilles tôt, tu peux fouiner dans les placards et manger tout ce qui te fait plaisir ! J'ai fais un feu dans la cheminée de la bibliothèque, mais n'allume pas celle du salon, c'est celle dont on se sert pour nos déplacements… Enfin, la bibliothèque est au rez-de-chaussée après le salon si tu veux y faire un tour. Enfin… fais comme chez toi. »
Ella esquissa un sourire de remerciement poli, se doutant en effet qu'elle n'arriverait pas à dormir seule dans cette immense demeure grinçante et légèrement angoissante. Combien de polars qu'elle avait lus se déroulaient dans ce genre de baraques ? Trop pour les compter. Elle ne dormirait pas et passerait sa nuit dans la bibliothèque des Potter, elle ne se faisait pas d'illusions. Et aurait ainsi l'occasion d'analyser sa situation. Ginny l'observa longuement encore une fois comme si elle tentait d'en savoir plus sur elle. Ella réalisait parfaitement que la femme aurait aimé en apprendre plus sur la jeune fille qu'elle était, savoir en quelque sorte si elle ressemblait plus à sa mère ou à son père, savoir aussi ce qu'elle devrait dire à Hermione en lui apprenant le retour de cet enfant donc elle ne voulait pas. Ella tenta d'échapper à cet examen en bredouillant :
« Vous allez tout expliquer à votre mari, alors ? Je veux dire… Tout ce qu'il s'est passé à ma naissance avec les détails et la vérité ?
- Oui, approuva Ginny en hochant la tête, s'appuyant contre le bureau de son fils. C'est pour ça que je préférerais rester auprès de lui toute la nuit. Tel que je le connais, il irait immédiatement expliquer à Ron toute l'histoire et il le ferait maladroitement à cause de ses émotions… Je crois que c'est le genre de nouvelles que ta mè… Enfin, qu'Hermione voudra apprendre elle-même à mon frère.
- Oui, ça gâchera leur mariage à coup sûr ! » grimaça Ella en se rasseyant au pied du lit, ses mains à plat contre la couverture aux couleurs des Faucons de Falmouth.
Ginny eut un petit sourire triste et soupira avec un certain malaise :
« En fait… Ils sont divorcés. Depuis plus de cinq ans. »
Ella se crispa très légèrement à l'annonce de cette nouvelle qui la choqua démesurément sans qu'elle ne comprenne vraiment la raison de cette émotion qu'elle ressentit avec une puissance étonnante. Une émotion semblable à la colère et associée à une déception grandissante. Malgré elle, elle s'était toujours dit qu'après tout, si Hermione avait choisi sa vie au lieu sa fille, c'était pour préserver sa relation de couple. Découvrir qu'en plus de l'avoir rejetée elle, sa mère avait divorcé, lui semblait particulièrement ironique. Elle se demanda pourquoi ils s'étaient séparés avant de se rasséréner : ça ne la concernait en rien. Ginny remarqua qu'elle était troublée et chuchota :
« Le mensonge est un poison. J'imagine que même quand les mensonges ne sont pas découverts, leur présence gâche beaucoup de choses. Et certaines personnes naissent pour être des âmes-sœurs… Je crois qu'Hermione et Ron, comme Hermione et Harry et Harry et Ron sont nés pour être des amis avant tout. Ils se complètement à la perfection tous les trois.
- Des âmes sœurs amicales, s'esclaffa Ella avec un sourire plein de malice en comprenant ce que la femme voulait dire.
- Exactement. Et sans Harry dans leur couple, ça ne pouvait pas fonctionner…
- Ils auraient dû se faire un plan à trois. »
Elle regretta instantanément d'avoir osé formuler ces mots, mais Ginny éclata de rire, le prenant avec humour car elle avait mille fois taquiné son époux au début de leur mariage à chaque dispute en lui proposant d'aller vivre avec Hermione et Ron s'il n'était pas content. Elle s'était toujours dit qu'en effet, si les trois personnalités d'Harry, Ron et Hermione s'étaient retrouvées dans seulement deux corps séparés, ces deux corps auraient été faits pour être unis pour la vie. Pourtant elle savait également qu'Harry et elle étaient faits pour être ensemble. C'était peut-être utopiste et irréaliste, mais elle ne se voyait pas sans lui comme elle ne pouvait concevoir qu'il soit avec une autre femme.
« Vous pensez qu'il réagira mal ? s'enquit brusquement Ella avec une moue soucieuse. Votre mari je veux dire…
- Oui, sans doute. Je crois surtout qu'il aura beaucoup de mal à accepter ce que je dirais et à y croire. Il a tendance à placer ses amis sur un piédestal et les déloger n'est pas une mince affaire en général. Hermione est sa meilleure amie depuis… vingt-six ans. Elle compte beaucoup pour lui et… Il sera déçu je suppose. Et la déception d'Harry est beaucoup plus puissante que la moindre colère. »
Ella plissa le nez, brusquement gênée par cette remarque. Serait-elle un problème pour cet homme ? Est-ce que sa colère et sa déception envers la meilleure amie se projetterait sur elle, la source même de ses désillusions ? Elle craignait de le rencontrer et de lui servir de punching-ball. A défaut de se mettre en rogne contre Hermione, il pourrait l'être contre elle. Après tout, s'emporter contre une parfaite inconnue devait être plus aisé que d'en vouloir à une personne qu'il aimait. Ginny comprit d'où provenait son appréhension et s'approcha de la jeune fille qui releva les yeux vers elle. Une aura incroyablement puissante se dégageait de cette femme, une aura maternelle extrêmement douce qui donnait l'envie de se blottir contre sa poitrine. Même à Ella qui n'était pourtant pas une fana des câlins et autres contacts physiques. Ginny passa sa main contre la joue de l'adolescente et la rassura :
« Il n'y a aucun risque qu'il soit virulent avec toi. Tu n'es… Qu'une victime dans cette histoire. C'est ta mère la responsable, Harry ne t'en voudra absolument pas pour une chose qui s'est passée lorsque tu n'étais qu'un fœtus puis un bébé. Il ne t'en voudra pas d'exister. Harry appréciait beaucoup ton père et je suis convaincue que… qui tu es ne changera rien au fait qu'il voudra l'aider. Je te l'assure. »
Sur ces mots, elle posa un léger baiser sur le front d'Ella qui sourit simplement à ce contact étonnant de délicatesse.
« J'y vais maintenant. Et n'oublies pas, fais comme chez toi ! »
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Toby fit tournoyer le bouchon de bouteille de Bièraubeurre entre ses doigts, son autre main enfoncée dans sa poche alors qu'il s'avançait dans les couloirs sombres seulement illuminés par la lune. Il se dirigeait vers les quartiers des Serpentard, prenant le plus de temps possible en empruntant mille détours afin de ne pas se retrouver dans la folie des vendredis soirs habituels où la plupart des élèves préparaient leurs affaires pour le week-end. Lui ne rentrait presque jamais chez lui, ne souhaitant pas passer plus de temps que nécessaire auprès de ses parents et surtout dans le Manoir en miettes dont l'ambiance lui rappelait toujours celle de la guerre.
Il s'arrêta alors qu'il s'apprêtait à prendre l'un des escaliers menant aux sous-sols en apercevant une chevelure rousse à quelques mètres de là, une fille de troisième année qu'il connaissait bien. Elle sortait des toilettes, son balai sur l'épaule. Il savait que les épreuves de sélection de Quidditch des Gryffondors s'étaient déroulées dans la soirée. Il siffla bêtement et elle tourna la tête vers lui, prête à se ruer sur l'imbécile qui osait la siffler comme si elle n'était qu'un chiot, mais s'arrêta en réalisant de qui il s'agissait. Elle esquissa un sourire avant de s'avancer vers lui, heureuse de le revoir.
« Salut, mini-Potter !
- Salut, Malefoy, sourit Winifred en lui tendant la main avec un air sérieux.
- Alors, la grande Winifred va-t-elle devenir une pro du Quidditch ?
- Tu as devant toi le nouvel attrapeur de l'équipe des Gryffondor ! »
Elle avait l'air fière d'elle et le constater amusa Toby qui ne comprenait pas l'engouement provoqué chez la plupart des jeunes autour du Quidditch, sport qui ne l'intéressait pas personnellement. Il n'avait jamais saisi l'intérêt excessif que portaient les gens à sept idiots sur leurs balais. Il appréciait d'observer les matchs, mais ne devenait pas fou dès que quelqu'un évoquait le sujet. Pourtant, il savait parfaitement que Winifred était une passionnée.
« Félicitation, mini-Potter ! »
Ils avaient commencé à discuter alors qu'elle entrait en première année. Un Serpentard de Septième année –Justin Corner qui travaillait depuis sa sortie de Poudlard au Chaudron Baveur- s'était amusé à la taquiner un peu violemment dans le train. Toby lui avait lancé un regard si réfrigérant qu'il n'avait plus osé la provoquer du reste de l'année. Depuis, ils se côtoyaient plus ou moins, discutant parfois aux détours des couloirs. Toby lui avait appris à se défendre, lui enseignant les points faibles de chaque Serpentard pour qu'elle puisse répliquer lorsqu'ils se moquaient d'elle simplement parce qu'elle s'appelait Potter –et que son père avait mis les leurs en prison. De plus, ils ne pouvaient pas forcément provoquer le professeur Potter, ils s'en prenaient donc à elle.
Il aimait lui parler de temps en temps, de choses sans importance, simplement parce qu'elle écoutait sans juger, sans railleries comme Sam. Winifred ne le connaissait pas réellement et parler à une inconnue s'avérait plus simple pour lui. Elle croisa ses bras sur sa poitrine en le jaugeant étrangement, avant d'articuler :
« J'ai entendu dire que tu sortais avec Mona Vaisey.
- Depuis le temps, je songeais que tu n'écoutais plus les mille ragots qui courent sur mon compte. Si tout ce qui se disait était vrai, je n'aurais pas assez de mes nuits... Comment se sont passées tes vacances ?
- Mes parents ne sont toujours pas des parents normaux –ils ne cessent de se comporter comme des adolescents pleins d'hormones, à s'embrasser tout le temps… Et… Mon frère est parti de la maison. Enfin, il a son appartement maintenant, mais il est toujours fourré chez nous parce qu'il ne sait pas cuisiner. Il nous a aussi annoncé qu'il est homosexuel.
- Ouais, ça, je le savais…
- Comment ça ?! s'étonna l'adolescente.
- Il est simplement sorti avec une fille en sixième année et a rompu au bout de quatre mois… Comme si après avoir couché avec elle, il avait réalisé que ce n'était pas ce qu'il souhaitait, que physiquement parlant ça ne collait pas. Et puis, ça se voyait. »
Winifred haussa les épaules, elle-même ne s'était jamais rendu compte de ce détail dans la vie de son frère. Elle finit par sourire et il fronça les sourcils, lui demandant de ce plissement ce qui l'amusait. Elle finit par s'expliquer :
« Tu observes beaucoup trop les gens.
- Et alors ?
- Alors… Le côté « Je suis un Dieu et ce que vous pensez de moi ne m'atteint pas », ce côté inaccessible que tu te donnes… Il fait faux quand on apprend que tu passes ton temps à scruter les autres. Parce que si tu ne t'intéressais pas tant aux gens, tu ne les regarderais pas. »
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Harry repoussa la porte de ses appartements de professeur de Poudlard et soupira en serrant ses copies contre son torse, s'interrogeant sur les capacités intellectuelles de ses élèves qui devaient irrémédiablement être mentalement déficients pour la plupart. Et arrogants également à son plus grand désespoir. Il alluma les lumières de sa chambre, intérieurement impatient d'être au lendemain pour revoir Ginny. Il se doutait que passer cinq jours par semaine loin d'elle était aussi un moyen de tenir pour leur couple. Ils n'avaient pas vraiment à se supporter au quotidien ce qui apportait à leur relation toute la passion dont manquait cruellement les gens mariés depuis vingt ans comme eux. Il reposa sa pile de copies à corriger sur une table placée là avant de bayer à s'en décrocher la mâchoire, puis passa ses doigts sous ses lunettes pour les frotter contre ses yeux qui avaient bien du mal à rester ouverts.
« Tu es aveugle, Harry. Tes lunettes n'ont donc aucune utilité ?! »
Le concerné se retourna d'un bond vers le lit où Ginny était assise, une grimace légèrement crispée aux lèvres comme si elle s'efforçait à sourire alors que la situation actuelle la dépassait plus qu'elle ne souhaitait le montrer. Pourtant, lorsque le sourire d'Harry apparut, atteignant ses yeux qui pétillèrent d'une lueur d'excitation qu'elle fut fière de toujours provoquer, elle sourit elle aussi, plus franchement, amusée par la malice dont son époux pouvait faire preuve.
Il s'avança vers elle et ne prit même pas la peine de la saluer. Il l'embrassa avec une telle fougue qu'elle tomba en arrière, se retrouvant allongée sur le matelas moelleux, Harry au dessus d'elle. Elle glissa ses doigts sur sa nuque, griffant sa peau en encerclant son corps encore ferme de ses bras et de ses jambes. Elle finit par rire contre sa bouche et il se redressa légèrement avec un air penaud d'excuse –alors qu'il ne semblait pas désolé- censé défendre son comportement de jeune lion qu'il n'était plus. Enfin, ils n'étaient pas si vieux, ils le savaient l'un comme l'autre, mais ils se sentaient parfois âgés. Ils partageaient l'impression d'avoir vécu mille ans, si bien que ces situations où ils s'autorisaient à être plus jeunes les renvoyaient à un commencement qu'ils n'avaient pas connus.
« Que fais-tu ici ? soupira-t-il, l'écrasant de son torse puissant tout en caressant ses cheveux. Je présume que ce n'est pas une visite de courtoisie… Tu détestes cet endroit. Tu as un problème ? Tu as besoin de quelque chose ? Tu… »
Elle le fit taire en posant son majeur contre ses lèvres, souhaitant qu'il se calme et apaise ses mille appréhensions qu'il ne pouvait pas réellement atténuer. Il avait une légère tendance à s'inquiéter pour tout lorsqu'une situation lui semblait anormale. Et là, elle l'était. Ginny ne venait jamais à Poudlard, lieu dans lequel ils avaient vécu durant cette guerre interminable et qui lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Elle ne voyait plus en Poudlard ce château, cette école, cette maison en quelque sorte, mais une prison où ils étaient restés enfermés pendant des mois dans l'attente d'une fin heureuse à leur histoire, dans l'attente d'une victoire dont le prix à payer fut par la suite trop cher. Elle passa sa main contre la joue d'Harry avec un sourire las.
« Il faut qu'on parle. »
Il plissa le front, l'angoisse se pressentant à chaque mouvement qu'il fit pour se redresser et s'asseoir sur le lit à ses côtés. Il aurait presque pu être crispé, mais même sans ça, une pression étrange et oppressante se dégageait de son corps. Il l'interrogea d'un regard assombri, se doutant par son ton que le sujet évoqué devait être un problème assez conséquent et elle réfléchit à la meilleure manière de commencer ses explications.
Elle savait qu'il aurait du mal à la croire, à accepter que sa meilleure amie, l'une des femmes les plus importantes de sa vie, ait pu commettre ce qui aux yeux d'Harry pouvait facilement être le pire crime universel. L'abandon. Combien de fois avait-il répété que les parents ne devaient abandonner leurs enfants sans y être obligés ? Combien de fois s'était-il emporté face au Remus angoissé à l'idée d'avoir des enfants et de leur transmettre le gène du lycanthrope ? Non, Harry pouvait pardonner beaucoup de choses et en accepter plus encore. Mais ce qu'avait fait Hermione ne rentrait pas dans la catégorie des choses acceptables.
« Tu… Il va falloir que tu te taises, engagea Ginny en se tournant vers lui, repliant ses jambes sous ses fesses avec une moue tordue qu'il n'avait jamais vue sur son visage avant cette fois là. Il va falloir que tu m'écoutes sans m'interrompre et sans me poser une seule question sinon je ne me sentirais pas capable de continuer en voyant à quel point… à quel point ce que je vais dire va te choquer, te mettre en colère ou même te rendre triste. »
Harry pencha sa tête sur le côté avec un regard circonspect et elle se demanda à quoi il pensait exactement pour la regarder de cette façon qui n'avait rien de naturelle.
« Si tu veux rompre, il va te falloir une explication en bêton armé ! grommela-t-il finalement.
- Je n'ai aucune intention de te laisser te débarrasser de moi aussi facilement, sourit-elle avant de rapidement déposer un baiser sur ses lèvres encore rougies de leur précédente étreinte. Je serais là sur ton lit de mort, Harry, et je m'arrangerais pour t'y rejoindre au plus vite lorsque le jour viendra. Il te faudrait plus de ténacité que tu n'en as pour réussir à me donner envie de te quitter ! »
Il plaça sa main sur sa nuque et l'incita à se rapprocher. Elle aurait tant voulu pouvoir accéder à cette demande silencieuse et oublier pendant une heure ou deux ce qui l'avait conduit entre les murs reconstruits de Poudlard. Mais elle ne le pouvait pas. Elle avait l'estomac noué et ne doutait pas que tant qu'elle ne lui aurait pas avoué toute l'histoire, elle serait incapable de prendre un quelconque plaisir. Elle posa sa main sur le genou d'Harry qui attendit patiemment qu'elle prenne la parole, réalisant rien qu'en la regardant à quel point la situation était pénible. Elle avala difficilement sa salive avec cette impression désagréable qui la poussait à croire qu'elle était sur le point de briser la plus belle amitié qui lui fut donné de contempler. Mais elle n'avait pas le choix.
« Je… J'ai fait quelque chose de stupide, de mal, de… J'ai assisté Hermione dans la plus belle bêtise de sa vie et je l'ai laissé faire. Je l'ai même aidé, c'est moi qui ai proposé le plan absurde auquel j'ai dû ensuite me soumettre sans m'imaginer à quel point ce serait dur de te mentir et de mentir à tout le monde. Je… J'aurais dû te le dire avant, mais ça n'a jamais été mon secret et ce n'était pas à moi que relevait le pouvoir de te le confier… Mais là, je n'ai plus d'autres possibilités.
- De quoi tu parles ? s'enquit-il d'une voix blanche en remarquant qu'elle avait les yeux brillants de larmes.
- Hermione a eu… une relation… Elle a trompé Ron.
- Ils sont divorcés. Ils font ce qu'ils veulent maintenant, rappela Harry en ne voyant pas le problème à cette réflexion, ni ce qui pouvait mettre sa femme dans un tel état.
- Pas maintenant, Harry. Il y a dix-sept ans environ. Lors de son voyage au Brésil. Avec Théo. »
Harry se figea et elle craint un instant qu'il ne s'emporte déjà et qu'il comprenne sans qu'elle puisse le lui dire avec douceur toute la suite de l'histoire. Il serra un instant les dents et marmonna en lui lançant un regard des plus givrants, déplaçant sa colère sur elle pour un instant.
« Pourquoi tu me dis ça maintenant ?! Ça fait longtemps. Théo est parti au beau milieu de la guerre sans plus donner de signes de vie, il est même sûrement mort, tué par des mangemorts il y a des années déjà… Hermione et Ron ne sont plus ensemble. Tout ça n'a plus d'importance, c'est une vieille histoire ! Pourquoi tiens-tu brusquement à ressasser le passé ?
- Parce que le passé vient juste de réapparaitre, murmura-t-elle. Hermione… elle est tombée enceinte. De Théo.
- Tu délires ?! répliqua sèchement Harry en se levant, s'éloignant si brutalement d'elle que ça leur fit peur à l'un comme à l'autre qui n'avaient plus l'habitude de se disputer depuis longtemps déjà. On le saurait si Hermione avait été enceinte il y a dix-sept… »
Il cessa de parler, prenant conscience de ce qu'il était sur le point de dire avec une nuance de raillerie alors que c'était la stricte vérité. Oui, elle avait été enceinte. Il plongea son regard dans celui de son épouse qui enfonça ses dents dans sa lèvre inférieure pour se retenir de tout lui balancer d'un seul coup ce qui l'aurait rendu fou à coup sûr. Il n'était pas capable de faire la part des choses et de rester calme alors que la situation était si tragique et incontrôlable. Elle avait besoin de lui pourtant, de son inébranlable courage lorsqu'il s'agissait de partir à l'aventure et de sauver des gens.
Mais déjà, il paraissait ailleurs, comme s'il tentait de revenir à cette époque et de comprendre comment il avait pu ne se rendre compte de rien de ce qu'il se passait sous son nez. Elle se releva, s'approchant de lui pour ne pas le perdre, pour qu'il ne s'éloigne pas comme il savait si bien le faire lorsqu'il prenait peur et perdait le contrôle d'une situation. Elle passa ses bras autour de sa nuque, plantant son regard chocolat dans le sien d'un vert désormais tourmenté.
« Elle… Le bébé… Le bébé est mort…
- Non. Le bébé n'est pas mort.
- Si, on l'a enterré. Il a une tombe. Dans un cimetière de Londres. Il a sa tombe. Une minuscule petite tombe. Je le sais. Je l'ai vu. J'étais là quand vous nous l'avez dit… J'étais… J'ai vu ce bébé.
- Ce n'était pas le sien. Il y avait eu une attaque d'un village moldu quelques jours avant et… J'y étais. J'ai vu ce bébé quasiment mort qu'on ne pouvait plus sauver… Il avait quelques jours. Une semaine tout au plus. Sa mère avait encore un ventre un peu rond. Elle était morte. Plus personne ne s'en souciait alors je… Je l'ai laissé mourir. Et je l'ai pris, avec moi. »
Il la regardait désormais comme s'il ne la voyait plus, toujours plongé dans des souvenirs qu'il tentait de rassembler alors qu'elle-même revivait les siens. Elle se souvenait parfaitement de cet enfant aux lèvres bleues qui avait sans doute subi quelques doloris avant de supporter un sortilège d'étouffement qui l'avait presque achevé. Les battements de son cœur étaient déjà faibles et elle l'avait emporté en prenant garde à ne pas se faire surprendre par qui que ce soit. Elle ne se souvenait pas d'avoir tant pleuré que ce jour là où elle serrait ce petit corps déjà froid contre sa poitrine en priant –non pas pour qu'il survive par elle-ne-savait-quel-miracle- mais pour qu'il s'éteigne plus rapidement.
Harry, lui, se souvenait de toute autre chose. De leur retour dans la maison où Hermione avait soi-disant –car il n'était désormais plus sûr de rien- accouché. Il y avait ce petit corps empaqueté dans un drap blanc. Hermione qui, assommée, semblait de presque plus respirer sur son lit, ses yeux rougies par des larmes qui ne coulaient plus et l'air absent… air qu'elle conserverait quelques temps après cette soirée. Il se rappelait parfaitement de ce nœud dans sa gorge, de son envie de vomir ou de pleurer, ainsi que de son devoir d'aider Ron. Ron qui était effondré et qui s'en voulait tant de ne pas avoir été là à temps comme si sa présence avait pu changer quelque chose. Il se souvenait de ces longues heures qui avaient marqué un tournant de leur vie. Il se souvenait de la souffrance et du sentiment d'injustice qui leur donnait à tous l'impression d'avoir perdu plus qu'un bébé… L'espoir.
Car à l'époque, les mariages, les fêtes, les grossesses et les naissances rythmaient leur petite vie, mettaient un peu de couleur dans leur monde si sombre. Cette nuit là, il se souvenait du goût amer qui avait envahi sa bouche. Il se souvenait d'avoir passé la nuit auprès d'Hypérion qui n'avait que deux ans et demi et dont la présence l'avait un peu rassuré quant à son avenir. Il se souvenait d'avoir pleuré pour la première fois depuis la mort de son mentor, Albus Dumbledore, dans les bras d'une Ginny qui lui avait paru bien forte… Il se souvenait parfaitement de cette nuit affreuse, de l'état de Ron et de celui d'Hermione. Mais réalisa que l'état de l'une était fictif à l'époque. Il inspira à fond, comme pour ordonner à ses poumons de faire leur travail, et c'est d'une voix enroué par la colère qu'il demanda :
« Que s'est-il passé ensuite ?
- Je… On s'est arrangé pour que Ron et toi ne soyez pas là durant les quelques jours précédents l'accouchement, au cas où elle aurait commencé le travail plus tôt… Je… Je me suis occupée d'elle. J'ai payé une ancienne guérisseuse à la retraite qui avait perdu son diplôme pour je-ne-sais-quelle-raison. Je l'ai payé encore plus pour son silence. Hermione a accouché dans une vieille cabane que j'avais repérée pendant une des missions quand nous partions à la recherche des Horcruxes. Puis… on est revenu à la maison. Et… tu connais la suite.
- Qu'avez-vous fait du bébé ? dit-il en un souffle, la voix brisée.
- Je l'ai donné à Théo. Qui a fuit avec elle…
- Elle ?
- Elle s'appelle Ella. Elle a seize ans maintenant… Elle… Elle est dans notre maison en ce moment. »
Harry se laissa retomber sur son matelas, pliant et repliant ses doigts, les faisant craquer comme pour évacuer la rage soudaine qui s'était emparée de lui et dont son épouse craignait de devenir la cible. Il n'avait jamais été du genre violent, sauf pour la protéger et pour défendre les siens. Pourtant son regard était si sombre et si flamboyant d'une hargne irascible qu'elle réalisa qu'il ne se remettrait pas si facilement de ces mille secrets qu'il n'avait même pas soupçonnés. Il songea qu'assimiler ces nouvelles aurait pu le terrasser s'il avait eu un cœur fragile. C'était comme devoir apprendre que tout ce qu'il croyait irréversible pouvait être chamboulé à tout jamais.
Il n'arrivait pas à imaginer cette Hermione capable d'abandonner son enfant. Pourquoi l'avait-elle fait ? Pourquoi leur avait-elle caché la vérité ? Après tout, tromper son conjoint était à la mode durant la guerre et cette période avait été pour un bon nombre de personnes celle où tout était admis, où tout était effacé par l'excuse pitoyable du « Nous sommes en guerre, il faut nous amuser avant de mourir ! ». Ron et elle auraient sans doute rompu… Mais abandonner son enfant pour conserver son mariage n'était pas digne de la Hermione qu'il croyait connaitre.
Ginny s'agenouilla devant lui, posant ses mains sur les siennes par-dessus ses genoux. Elle ne réalisait même pas qu'elle pleurait, envahie par ses émotions qui remontaient à la surface, cette culpabilité qui l'empêchait de dormir à une époque et qui désormais lui faisait regretter d'avoir tout dit à Harry, alors que c'aurait été à Hermione de le faire.
« Harry… Tu m'en veux ? »
Il se pencha très légèrement vers elle, voyant à son regard rougi qu'elle appréhendait sa réaction, comme si ce qu'il ressentait pour elle depuis plus de vingt années aurait pu être balayé par ces déclarations. Mais non, il imaginait parfaitement à quel point ça avait dû être dur pour elle de se taire et surtout d'organiser ce plan absurde, aidant de fait Hermione à abandonner sa fille. Elle lui avait menti à lui, à son frère, à toute sa famille, et avait dû vivre avec ça… Il estimait que c'était là une punition bien suffisante pour elle qui n'avait apparemment été qu'un pion dans cette mascarade.
« Est-ce toi qui as eu un enfant illégitime et qui l'a laissé tomber comme on abandonne un balai qui ne vole plus ? rétorqua-t-il en esquissant un petit sourire las.
- Non… Mais j'ai aidé Hermione ! Et… Je vous ai menti.
- C'était son choix, Ginny. Tu ne l'as pas poussé à faire ce qu'elle a fait, n'est ce pas ? Tu l'as juste… aidé ? C'était ton amie et… Je crois que j'aurais fait la même chose pour elle si elle me l'avait demandé à l'époque. Même si par la suite… Je ne lui aurais sans doute plus adressé la parole. Elle et toi, vous n'êtes plus de grandes amies, vous parlez moins depuis bien longtemps… J'aurais dû me rendre compte que quelque chose clochait. J'imaginais que l'amitié qui vous liait avait fini par disparaitre comme tout à cause de la guerre… Je n'aurais pu soupçonner que le problème était bien plus grave. »
Il observa les mains tremblantes de sa femme qui flanchait désormais, sous le poids des années de secrets qu'elle avait portées comme un fardeau qu'elle venait de lâcher. Il la souleva et l'entraina contre son torse, mêlant son corps au sien sur les draps rouges de son lit. Il l'embrassa avec langueur, lui procurant la douceur dont elle avait besoin. Il la caressa lentement, massant ses muscles crispés pour la détendre un peu, lui-même en proie à de multiples angoisses et ayant encore beaucoup de questions à poser. Elle finit par se coller à lui, encerclant son buste de ses bras qu'il câlina paisiblement.
« Ginny…
- Oui ?
- Quand tu disais… qu'elle était chez nous… c'était une blague, une métaphore à quelque chose que je n'ai pas compris ? »
Elle secoua la tête et il grimaça, s'interrogeant sur la manière dont il pouvait se dépêtrer de cette situation. Mais avant tout, il devrait apprendre à quoi cette soudaine crise était due.
« Que fait-elle ici ?
- Théo… Théo a des ennuis. Il s'est apparemment fait enlevé. Elle n'avait personne… Elle a trouvé une lettre que j'avais envoyé à son père il y a quelques années déjà et… Elle a besoin de nous. »
Harry se redressa sur un de ses avant-bras, l'air d'avoir pris un coup sur le crâne. Ginny se souvenait parfaitement de ce qui le liait à Théo. Ils n'avaient passé que quelques trop courtes années en étant du même côté de cette guerre, mais Harry –contrairement à beaucoup d'autres membres de l'Ordre- s'était immédiatement lié d'amitié avec le Serpentard. Ils s'étaient découverts des points communs, avaient tous les deux cette même approche assez optimiste de la vie alors qu'autour d'eux tous pensaient que la fin de la guerre signerait leur fin à tous.
Lorsque Théo avait disparu, Harry s'était chargé de constituer une petite équipe dont le but restait de le retrouver pendant que d'autres disaient que l'ancien Serpentard avait simplement eu peur de la guerre qu'il préférait fuir. Ginny se souvenait encore parfaitement du jour où Dean Thomas avait annoncé à Harry qu'il n'avait plus l'intention de s'épuiser à chercher un lâche à travers le monde. Harry s'était rué sur lui, démolissant son nez d'un coup de poing. Il avait eu parfaite confiance en Théo. Confiance qu'il n'avait voulu effacer à cause de racontars. Il était heureux de découvrir que Théo avait bel et bien eu des raisons de partir.
« Il savait, pour la grossesse d'Hermione ? Enfin, il savait qu'elle était enceinte, mais soupçonnait-il qu'elle était enceinte de lui ?
- Non… Il… Il a eu l'air… métamorphosé quand je lui ais donné son bébé. Il a eu l'air soulagé aussi, content d'être le père. Je… Je m'inquiète vraiment pour lui. S'il lui arrivait quelque chose de grave, s'il mourrait… Il est la seule personne qui puisse prendre soin d'elle. Tu imagines qu'elle a pris le risque de traverser la moitié du monde juste pour lui sauver la vie ?! Alors que… »
Elle baissa les yeux et Harry glissa sa main sous son menton, l'obligeant à relever la tête et à le regarder en face. Elle soupira en se rappelant de tous les sous-entendus qu'avait glissés Ella durant les quelques heures qu'elles avaient passés ensemble. D'abord cette remarque visant à se détacher d'Hermione à qui elle ressemblait physiquement malgré elle, mais à laquelle elle ne souhaitait apparemment pas être liée. Puis durant tout le repas, lorsqu'elle avait expliqué où la conduisaient ses recherches et à quel point elle tenait à son père. Elle avait mille fois laissé entendre qu'elle n'avait besoin que de lui et de personne d'autre. Elle ne voulait pas d'une mère. Et elle ne voulait surtout pas de celle qui l'avait mise au monde.
« Je… Je crois qu'elle la déteste. Je crois qu'Ella déteste Hermione. »
Harry fronça les sourcils en méditant sur ces paroles, puis acquiesça lentement, mesurèrent.
« Oui… Et elle est en droit de la haïr de toutes ses forces. Elle est celle à qui revient cette haine… La seule qui peut réellement en abuser.
- Et toi ?
- Je n'ai rien contre cette fille… Je suis même assez impatient de la rencontrer, voir à qui elle ressemble, si je retrouve un peu de Théo en elle…
- Non, Harry, ce n'est pas ce que je voulais savoir. Est-ce que tu détestes Hermione ? »
Harry resta muet quelques secondes, se rallongeant complètement en passant sa main dans ses cheveux qu'il repassa en arrière alors qu'elle remarquait qu'ils commençaient à se parsemer de blanc. Cette constatation lui donna envie de rire, mais elle attendit sa réponse, patiemment. Il paraissait avoir du mal à se décider, à trancher entre ses deux sentiments qui s'opposaient. Son envie de battre sa tête contre un mur, de foncer voir Hermione, de l'insulter, de lui dire qu'elle n'avait pas le droit d'agir ainsi, de lui faire du mal, de la voir pleurer… Et cette autre envie : celle de lui pardonner, d'oublier, de faire comme si rien de tout ça n'était vrai, de jouer à l'aveugle car la vie était si simple lorsqu'il faisait semblant de ne rien voir. Mais il pensa à ses parents, à Madame Weasley, à Bill, et à tous les autres parents qui avaient quittés le monde sans l'avoir choisi, abandonnant leurs enfants sans le vouloir, les laissant seuls…
« Oui… Oui, je la déteste pour ce qu'elle a fait. »
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***
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Ella disposa lentement chaque plante sur la surface du bureau qu'elle venait de pousser pour le mettre près de la fenêtre. Elle les débarrassa une à une de leurs coquilles de verre protectrices en les déplaçant avec une douceur inné, comme si elle s'occupait de bébés… Les autres enfants de son père en quelque sorte. Elle ne voulait pas qu'une seule de ces fleurs meurt. Bêtement, cela aurait une trop grande signification qu'elle n'était absolument pas prête à assumer pour le moment. Elle prit garde à ne pas toucher celles qui étaient dangereuses et espéra que le soleil viendrait les recouvrir dès le lendemain matin pour qu'elles voient un peu de lumière.
Elle entendit l'escalier grincer et dut retenir les battements de son cœur qui s'emballait pour un rien alors que dans cette demeure de vieux bois, tout couinait. A chaque bourrasque, certains volets du rez-de-chaussée claquaient et elle entendait la pluie sur le toit qui frappait à un rythme régulier sur les tuiles. Elle percevait aussi le bruit des vagues s'abatant contre les rochers et sur le sable. Ella n'appréciait que moyennement ce genre de maison et n'était pas très rassurée de s'y trouver seule. Elle vérifia si chaque plante allait bien avant de s'emparer de quelques vêtements afin de prendre une douche dans la salle de bain que lui avait désignée Ginny. C'était apparemment une pièce réservée au fils Potter car comme sa chambre, la décoration était bien masculine. Elle réalisa qu'il devait y avoir autant de chambres que de salles de bain dans la maison et se demanda si ça payait tant que ça d'être professeur à Poudlard et elle-ne-savait-quoi au ministère.
Elle se déshabilla rapidement avant d'entrer dans la douche. L'effet de l'eau chaude sur son corps lui fit du bien et elle savoura cet instant paisible en songeant à la journée du lendemain qui l'attendait. Elle s'inquiétait un peu de ce que penserait Harry d'elle. Après tout, il avait été un ami de son père qui ne disait que du bien de lui. Selon Théo, Harry était le symbole même, la preuve la plus irréprochable que les hommes pouvaient être bons et non avides d'argent, de pouvoir, et de toutes sortes de choses qui finissaient par les tuer. Elle lui avait mille fois répété que lui aussi était un homme bon, mais il s'évertuait à répliquer que certains hommes naissaient bons, d'autres le devenaient seulement à l'épreuve du temps. Harry appartenait à la première catégorie. Lui à la seconde. Ella désirait bêtement que cet homme l'apprécie un peu, comme pour se prouver à elle-même qu'elle puisse être une personne bien. Après tout, les gens bien n'aimaient que des gens qui vaillent la peine… Ella cessa immédiatement d'y songer en réalisant que la meilleure amie d'Harry Potter était Hermione Granger. Apparemment, il était peut-être bon, mais aveugle !
Ella quitta la douche en s'enroulant dans la serviette de bain que Ginny avait posée là, s'enroulant dans le tissu épais et moelleux qui semblait chaud. Elle s'avança vers le miroir et observa son corps nu pendant une petite minute. Elle ne faisait jamais ça. Elle détestait son apparence trop semblable à celle de sa mère. Elle avait parfois l'impression d'avoir été clonée… Son père lui avait répliqué qu'il n'était pas du tout d'accord avec cette idée alors qu'elle expliquait pourquoi elle ne s'aimait pas après qu'il ait osé annoncer que c'était simplement une crise d'adolescence passagère. Selon lui, elle ne voyait que ce qu'elle avait hérité de sa mère pour avoir une excuse toute prête à renvoyer à la face de ceux qui la trouvaient belle.
Mais Théo avait raison. Elle ne ressemblait pas tant à Hermione que ça. Elle avait hérité de ses cheveux, de ses yeux de biche –comme disait son père- associé à la couleur de ceux de ce dernier, de sa bouche aussi pulpeuse sans que cela paraisse provoquant. Mais la forme de son visage rappelait celle plus carré de son père, son nez fin également –bien qu'il soit retroussé contrairement à celui aquilin de Théo. Elle avait sa peau aussi, d'une couleur plus lumineuse même si elle restait enfermée des jours et qui bronzait trop facilement. Elle leur ressemblait autant à l'un qu'à l'autre. Elle ne pouvait rien y changer. Elle repoussa mécaniquement une boucle brune derrière son oreille en grimaçant. Voilà une caractéristique dont elle aurait bien voulu se passer : les boucles brunes d'Hermione.
Elle finit par se sécher, lentement afin profiter encore un peu de la douceur de la serviette de bain blanche et se rhabilla, enfilant un vieux pantalon de pyjama et un t-shirt trois fois trop grand pour elle. Puis elle retourna dans la chambre et s'empara du carnet de son père, prête à poursuivre sa lecture qui lui faisait goûter à un interdit tout particulier alors qu'elle violait l'intimité de son père. Mais après tout, ces mois de mission la concernaient elle aussi et elle n'arrivait pas à retenir son envie d'en savoir un peu plus. Elle attrapa également la biographie d'Hermione Granger avec l'espoir d'en apprendre davantage sur ce divorce qu'elle ne parvenait pas à expliquer.
Elle descendit au rez-de-chaussée et découvrit la bibliothèque qui semblait également servir de bureau. Elle posa les livres lui appartenant pour découvrir ceux des Potter et fureta quelques minutes dans les rayonnages de romans et de manuels sur le Quidditch ou la Défense Contre les Forces du mal. Ne découvrant rien de particulièrement intéressant, elle revint au carnet de son père qu'elle ouvrit à une page au hasard, n'ayant guère envie de s'embarquer dans une réelle lecture qui lui donnerait sans nul doute envie de tuer sa génitrice adorée. Elle s'installa sur le canapé et inspira profondément, comme pour trouver de courage d'assumer ces découvertes, puis lu :
Jour 34.
Nous avons rencontré leur Reine aujourd'hui. Elle s'appelle Meleke Tsaritsa. Son corps était si blanc et brillant que j'avais du mal à en détacher les yeux –surtout que les vêtements semblent être optionnels chez ces Elfes là. Ils sont tous plus pâles que les Malefoy –et pourtant, Drago est sans doute plus blanc que du papier ! Elle était étrangement belle et lumineuse, comme sortie d'un conte ou d'un film de science fiction moldue. Elle m'a souri. J'ai eu l'impression qu'elle fouillait l'intérieur de mon âme ou de mon esprit pour y découvrir les raisons qui nous poussaient –Hermione et moi- à parcourir ses terres.
Elle a demandé à Hermione d'approcher et lui a pris la main… Je crois qu'elle n'a pas le droit de toucher des hommes –étrange coutume !? Mais elle a observé la paume d'Hermione, puis m'a regardé à nouveau, son regard lapis-lazulis m'empêchant de respirer. Elle avait l'air de savoir que mes intentions et sentiments envers ma partenaire –de mission !- avaient changé. Elle a ensuite plongé son regard dans celui d'Hermione -je suis presque certain d'avoir vu celle-ci flancher- et elle a annoncé d'une voix franche, grave et froide :
« Une femme capable d'aimer deux hommes à la fois a un trop gros cœur qu'il faudrait lui hacher. »
Je crois que cette fois, c'est moi qui ai eu peur. J'ai imaginé une seconde qu'elle parlait au sens littéral et dans ma tête se sont formées des images effrayantes : cette elfe qui enfonçait sa main dans la poitrine d'Hermione pour en sortir un organe sanglant. Je n'ai pas pu m'empêcher d'avancer d'un pas, comme pour faire comprendre que j'aurais protégé Hermione quoi qu'il advienne. La Reine a souri et a murmuré, s'adressant à moi de toute évidence :
« Les hommes deviennent stupidement courageux lorsqu'ils sont amoureux. L'amour n'est pas une chose permise parmi mon peuple… »
Les mots se sont extirpés d'eux même de ma bouche, moi qui réfléchissais toujours avant de parler. Là j'en étais incapable. Alors j'ai répliqué –ou plutôt bredouillé- que l'amour n'était pas question de permission. Elle a riposté elle aussi, son regard pourtant rivé à celui d'Hermione qui tremblait légèrement.
« Nous ne sommes pas capable d'amour. Nous n'apprécions pas de devenir idiots. »
J'étais de plus en plus mal à l'aise alors que la main d'Hermione était emprisonnée dans l'étau ivoirin de celles de la Reine. J'aurais voulu fuir à toutes jambes, mais je me suis remis à avancer jusqu'à ce que l'Elfe se penche vers la main d'Hermione qu'elle ouvrit, paume vers le ciel. J'ai entendu des murmures parmi les soldats –ou guerriers, ou je ne sais comment ils s'appellent entre eux- qui arrivaient à la voir. La Reine a suivi du bout de ses ongles les sillons de l'épiderme de cette paume, comme si elle souhaitait lire dans les lignes de sa main, ce que j'ai trouvé risible sur le coup. Je l'ai imaginée avec un foulard autour de sa chevelure noire tressée, une boule de cristal et des breloques aux poignets comme le professeur Trelawney. J'ai eu envie de rire, mais je me suis abstenu alors que tous semblaient très concentrés sur la main d'Hermione. La Reine a fini par lever ses yeux –son regard était étrangement plus voilé que précédemment- et a lancé d'une voix rauque :
« Deux hommes se partageront votre cœur pendant longtemps. Mais un seul l'obtiendra à la fin… Vous voyiez, ces deux lignes au centre de votre paume ? Elles sont parallèles et se rejoignent un instant. Cet instant est celui-ci que vous vivez actuellement… Ensuite, les deux lignes continuent leur route et l'une d'elle se conclut abruptement, coupée par la ligne de vie. Alors que l'autre… elle ne s'arrête qu'à la limite de votre paume. Elle est éternelle. Savez-vous laquelle de ces lignes vous devriez suivre, Mademoiselle ?
- Madame, a corrigé Hermione d'une voix tremblante.
- Le mariage n'a aucune valeur sur nos terres. C'est un monde à part que vous parcourez depuis des semaines… Un monde où le reste de l'univers n'a pas sa place ! Tant que vous en faites partie, vous êtes une demoiselle. Mais nous continuerons cette discussion demain, lorsque vous aurez déposé vos armes que nous n'acceptons pas en de tels lieux. Prouvez nous donc que vous ne nous voulez que du bien. Veuillez quitter les lieux désormais, je suis fatiguée. »
Elle a lâché la main d'Hermione qui s'est reculée jusqu'à s'heurter à mon torse et le garde qui nous avait conduit –un type à la couleur plus argentée et au regard alerte- nous a fait sortir comme si nous n'étions que des créatures indésirables nous étant faufilées pour les voler. On est rentré à la tente sans dire un seul mot. Hermione a passé le retour à tripoter son alliance.
Ella referma brusquement le carnet en sentant cet étrange fourmillement dans ses doigts, comme si le désir de frapper quelque chose se distillait dans son sang pour contrôler ses mouvements. Elle n'aimait pas ressentir ça, mais dès qu'elle entendait parler de la relation entre ses parents, elle ne pouvait empêcher cette colère, cette rage qui lui semblait dépassée pourtant, de prendre le contrôle. Elle réalisa que rencontrer sa mère face à face serait une épreuve complexe et qu'elle ne pourrait pas forcement retenir les émotions qui la submergeraient… Que ferait-elle si ce désir de cogner Hermione Granger surgissait lors de leur première rencontre ? Ella eut l'envie soudaine de disparaitre, de rentrer chez elle et de tenter de se débrouiller toute seule, juste pour ne pas avoir à subir cette épreuve de force entre son cœur et son cerveau.
Mais elle songea à son père qui devait peut-être être blessé elle-ne-savait-où et qui comptait sûrement sur elle, et comprit qu'elle n'avait pas d'autre choix. Elle se devait d'être là, dans cette maison, dans ce pays qui pour elle ne possédait qu'un seul souvenir : celui de son abandon. Il n'était même pas question qu'elle laisse tomber son père alors que lui avait bien voulu d'elle, pour une mère qui n'avait pas d'importance à ses yeux. Elle inspira plusieurs fois en pensant à toute autre chose, et les picotements au bout de ses doigts disparurent.
Elle estima préférable de ne pas se replonger dans le carnet de bord pour découvrir l'évolution de la relation qui faisait d'elle un enfant illégitime, et posa le carnet sur la table basse. Elle hésita une seconde à peine puis se saisit avec une certaine hâte de la biographie de sa mère. Elle fut heureuse de constater que l'organisation chronologique lui permettrait de se repérer avec plus de facilité et elle trouva rapidement le passage consacré au divorce d'avec Ronald Weasley.
Elle le survola du regard, cherchant une explication à cette rupture. Explication inexistante, comme si l'auteur de la biographie n'avait pas pris la peine de faire la moindre recherche… Ella mordilla sa lèvre inférieure en réfléchissant à ce qui pouvait pousser un couple unis depuis tant de temps à rompre. Car les raisons énoncées par Ginny à propos de ce divorce ne lui semblaient pas suffisantes. Après tout, on ne pouvait pas en toute logique vivre des années en couple et puis se réveiller du jour au lendemain pour dire « On est mieux en amis ! ». Ella ne pouvait concevoir qu'une relation puisse s'arrêter sans raison évidente. L'adultère par exemple…
Elle soupira en refermant le livre qu'elle posa sur le carnet de son père, puis elle s'installa plus confortablement sur le canapé, callant son visage sur un des coussins tout moelleux. Elle se sentit minuscule alors que des milliers d'interrogations lui hantaient l'esprit. Mille pourquoi, mille comment, mille… Elle ne s'était jamais posé tant de questions sur les raisons de son existence.
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***
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Note de l'auteur _ Voilà ! =D Fin pas sadique cette fois ci -bah ui, je vais éviter de vous énerver/frustrer tout de même ! Bien que la fin de chapitre d'après soit sadique niark niark niark ! Bref, j'espère que ce chapitre vous a plu ! x] & j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes, mais j'avoue que j'ai relu ce chapitre une dernière fois un peu à l'arrache pour poster ce soir & non demain donc... x]
Alors... Gin' au début, genre Ella va s'engueuler avec son père & venir se réfugier dans les bras de sa mômôn ! Et dire qu'elle est censée être intelligente ! xD Mais j'aime bien Gin'... sa culpabilité (bah ouais, à force d'être mariée à Harry Potter, on finit par devenir totalement accro à la culpabilité & on adOre porter le monde sur nos épaules ! lOl) & pis elle se comporte comme une mère avec Ella -comme Molly avec Harry x] Et puis... La Pov'Ella dans la chambre d'un garçon séduisant xD Traumatisme ! Elle en parlera à son psy un jour =P Et Harry & Ginny... Ralala... Pov'Ryry... J'aurais bien voulu qu'il fonce péter la tronche à Hermione xD Mais bon, ça aurait un peu cassé la suite quoi... donc j'ai retenu mon sadisme... Pfff ! Toby-Winifred, pas vraiments amis, mais pas du tout ennemis. Marre du Potter VS Malefoy ! Surtout que dans un monde soit disant en paix, que des gamins ayant vécus une guerre se permettent de se comporter comme des petits cons à cause de l'animosité entre leurs parents... ça aurait été stupide ! lOl fin'... y'a quand même des persos stupides dans la suite, hélas... --'
Niveau Ella - y'en a une qui aurait dû écouter la reine des elfes ?! Hermione ! --' Elle s'est just' plantée de Monsieur, non ? xD Vous en apprendrez plus sur les elfes au long de la fiction ^^' C'est un peu... "perso inventés avec croyances, moeurs & autres inventés également by me !" xD D'ailleurs, je n'aurais peut-être pas de toute la fiction pour mettre tout ce que je dois raconter sur eux... & puis... Voilà ! ^^' Je crois que c'est tout...
J'en suis actuellement à l'écriture du chapitre 11... -la fin ^^'- & je pense toujours que cette fic comptera... 25 à 3o chapitres ! J'ai attaqué l'épilogue également [hihihi, écrire dans l'ordre ? moi ? nan mais faut pas rêver !] donc je sais comment cette histoire finie... x] Bon... Je vous laisse à vos claviers pour vos propres commentaires que j'attends avec impatiiience !
Bisous bisous, Reviews, Reviews ! Pleaseuh ! x]
*¤ Bewitch_Tales ¤*
