Note de l'Auteur _ J'ai comme l'impression que je vais passer encore pas mal de temps à m'excuser du retard à chaque fois... Enfin, je n'ai toujours pas avancé [ok si, j'avoue, j'ai 3o lignes en plus depuis 1o jours ! yOupy !] & du coup, j'évite de poster trop vite de peur de faire une pause "postage" trop longue quand je n'aurais plus rien à vous faire lire. Bref, frustrée & déprimée là. ^^' J'espère vraiment réussir à m'y remettre -enfin que je vous rassure c'est un blocage "habituel" qui m'tombe dessus de temps à autres... juste un peu plus long que d'habitude ! Mais je n'ai aucune intention d'abandonner ^^'.

Niveau fiction, quelques ptites précisions : Je sais que vous adOrez les couples interdits [bah oui, hein, c'est toujours mieux quand les gens n'ont pas l'droit de s'aimer & risquent de perdre l'amitié de certains ou la vie =P], mais le couple Théo-Hermione est bien assez complexe, tordu & accessoirement problématique que'même pour que le TOby - Ella le soit également. ça ne sera pas tout beau, tout rOse... Ils ne se ressemblent hélas pas assez pour ça, mais ne vous attendez pas à du "Oh, pas gentil Malefoy couche avec tout Poudlard, tente de violenter la "Granger" [mon dieu, Ella va me tuer ! xD] & autres choses qui sont -selon moi- réservées au couple Drago - Hermione. Uhm... *tente de se souvenir des sujets plus évoquées dans vOs reviews...* Ah oui, Maïa, je vais une fois de plus me faire l'avocat du diable, mais Nom d'un Dragon, Scott est son meilleur ami depuis qu'ils sont rikikis comme des... euh... rikikis quoi ! xD Alors, ça me parait logique qu'elle soit de son côté, même si ça la rend peut-être un peu salope sur les bords... =/ Genre vous n'avez jamais été détestable avec quelqu'un pour protéger un ami ? [non, y'a que moi ? xD] Après, je crois avoir répondu dans vos reviews... Mais là, mon cerveau bug complètement alors...

Sinon, un immense merci pour tous vos reviews, qui me font toujours autant plaisir & me donnent vraiment envie de continuer ! Un billion de merci ! =P

[Vous pouvez lire ce chapitre maintenant -& pas dans 6mois comme prévu ! xD - grâce à Océane, parce que je veux être gentille ! Nous nous retrouverons à l'Os Lemoniaque d'une perversité sans nom... Ou comment le fond d'une tente devient le théâtre d'un rêve cochon Bewitch_Talien entre les trois membres [mais non, bande de perverses, pas "membre" dans ce sens là... quoi que... --"] du trio d'Or =P]

.

.

Ellarosa - Chapitre 08

.

.

«La colère est la non-acceptation de l'inacceptable. »

Marek Halter.

.

.

Sous une caresse, la Vermelha se mit à frétiller, comme si cette fleur avait une personnalité consciente et que ses pétales tout entiers étaient ses zones érogènes. Cette idée fit sourire Ella qui, en ce samedi matin, disait au revoir pour un week-end entier aux fleurs de son père. Elle pensait que leur faire faire l'aller-retour toutes les semaines ou presque prouverait qu'elle y était trop attachée et leur ferait prendre des risques inutiles –les déplacements par réseau de cheminée pouvant secouer un peu trop. Elle se faufila jusqu'à l'Ellarosa pour la dixième fois au moins et le rire étouffé de Neville Londubat lui parvint. Elle se retourna en rougissant et baragouina :

« Je ne m'en suis jamais réellement éloignée alors…

- Ne t'inquiète pas. Tu m'as donné toutes les informations dont j'ai besoin pour m'occuper de chacune de ses fleurs à ta place. Et puis, tu reviendras dimanche soir ou lundi matin et tu pourras les voir. Si tu découvres une seule imperfection qui n'existait pas avant ton départ, je te promets de te laisser m'étrangler… Si je ne me suicide pas moi-même auparavant à cause de la culpabilité.

- Je ne doute pas de vous. »

Elle ne mentait pas. Neville semblait être tombé sous le charme de toute cette faune et avait accepté de ne pas retourner chez lui ce week-end là pour se charger de leur donner de l'eau, vérifier quels reflets du soleil les touchaient et leur parler –Ella avait insisté sur ce dernier point. Elle savait pertinemment qu'il n'y aurait aucun problème… Mais s'agaçait face à cette situation. Elle quittait les fleurs de son père pour plus de vingt-quatre heures afin d'aller à un diner qu'elle redoutait et auquel elle ne pouvait de toute évidence échapper avec des gens qu'elle n'aimait pas ou ne connaissait pas –en dehors des Potter et sans eux elle serait littéralement devenue folle.

Neville parut deviner toutes les interrogations bouillonnantes sous le cerveau de l'adolescente et soupira :

« Mr et Madame Granger sont des gens géniaux. Ton grand-père parle un peu trop de golf, de cricket et de la Reine, et ta grand-mère est légèrement paranoïaque et ultra protectrice… Mais ils sont courageux –sans doute plus que bon nombre de sorciers- et savent écouter les autres…

- Comment vous…

- L'information a circulé parmi les membres de l'Ordre durant la semaine. Tout le monde est au courant. Ou presque. Nous apprendrons la vérité à nos enfants respectifs ce week-end je présume, pour ceux qui jugent cela nécessaire.

- Maïa le sait déjà, maugréa Ella en un regard peu amène.

- Comment ?

- Une histoire stupide… Je crois qu'elle l'a dit à Scott.

- Dans ce cas la discussion entre Hermione, Ron et leurs fils risque d'être bien plus pénible que je l'imaginais. Enfin, je suppose que chaque événement se déroulant actuellement prendra un sens dans le futur…

- Vous croyez ?

- J'en suis persuadé. »

.

.

Scott s'extirpa de l'âtre, des cernes démontrant qu'il n'avait pas fermé l'œil de la nuit s'exposant sous son regard sombre, ses poings se crispant à intervalle régulier dans ses poches. Il inspira plusieurs fois, tentant de retrouver un mini sourire qui ferait illusion pendant au moins quelques secondes, mais n'y parvint pas. Il n'avait jamais ressenti une telle colère –ou plutôt une telle déception- et son corps même semblait se désagréger sous ces émotions qui lui étaient jusque là inconnues.

Il avait évité Ella, sa… Il n'arrivait à coller le mot « sœur » ou même « demi-sœur » sur ce prénom, et s'évertua à penser qu'elle n'était rien de plus pour lui que ce qu'elle représentait la veille. Il avait tout fait pour ne pas se retrouver face à elle, se doutant qu'il aurait envie de serrer son cou à deux mains et de la faire disparaitre de sa vie. Il n'avait pas non plus cherché à voir Maïa, elle et son regard désolé emprunt de pitié et ses mots de réconforts vides de sens à ses yeux.

Il ne savait même pas ce qui lui faisait le plus mal : que sa mère ait trompé son père, que sa mère ait menti pendant plus de seize ans, que sa mère se soit sans nul doute comporté comme un monstre sans cœur… Ou qu'Ella vienne foutre en l'air le semblant de famille qui leur restait. Qu'elle et son père débarquent et cassent tout, chaque souvenir terni par leur existence parallèle cachée et chaque instant de bonheur qui semblaient désormais dénués du moindre sens. Et il y avait la chose la plus importante, celle qui lui faisait le plus mal sans qu'il ne puisse se l'avouer… Elle avait à peine dix mois de plus que lui. Et dans son esprit, sa naissance à lui prenait un goût plus amer.

Il se traina jusqu'à la cuisine et fut étonnement heureux d'y retrouver son petit frère et… Ses deux parents ! Depuis quand n'avaient-ils pas été ensemble un samedi matin au petit déjeuner ? Son père portait toujours son bas de pyjama rayé rouge et blanc et ce vieux sweat-shirt qu'il mettait pour dormir, ce qui poussa Scott à imaginer qu'il avait passé la nuit dans cette maison. Il remarqua que sa mère n'avait pas l'air en bon état, ce qui lui rappela la fin de la guerre où tous les adultes avaient des allures de loques et se comportaient en zombies. Seul Timothy n'avait pas changé en une semaine… ce qui s'avéra étonnamment rassurant.

« Salut... »

Les deux adultes sursautèrent, n'ayant apparemment pas remarqué sa présence auparavant et Timothy sauta de sa chaise pour accueillir son frère alors que leurs parents partageaient un regard éloquent. Ils avaient de toute évidence attendu Scott avec une sorte d'impatience pour autant fébrile et craignaient de le voir autant qu'ils le voulaient. Scott comprit qu'ils allaient tout leur dire à propos d'Ella et se demanda pourquoi son père était présent. Il avait songé qu'il étriperait sa mère et qu'ils ne s'adresseraient jamais plus la parole, mais Ron semblait la couver.

Pendant un instant, Scott eut le sentiment que tout redevenait comme avant, lorsqu'il était petit et qu'ils étaient tous ensemble autour de cette table avec leurs petites habitudes : il piquait le biberon de son frère, son père tentait vaguement de le réprimander sans que cela ait le moindre effet, sa mère s'en mêlait… Ou ces autres petits-déjeuners où ils regardaient les rediffusions des matchs de Quidditch sur le canapé, leurs bols de céréales à la main… Ou… Scott ferma les yeux, chassant ses pensées trop heureuses avant d'avoir envie de pleurer.

Sa mère lui proposa de s'asseoir et ils commencèrent à déjeuner dans un silence de plomb, seulement bercé par les discours grandiloquents de Timothy que personne n'écoutait vraiment. Lorsque l'enfant déposa enfin sa fourchette –quelques minutes après les autres car il avait trop parlé ce qui ralentissait considérablement le rythme auquel il mangeait- Hermione et Ron échangèrent un nouveau regard. Puis le père de famille se lança :

« On va aller s'installer au salon, d'accord ? On a quelque chose d'important à vous dire maman et moi. »

« Maman et moi »… Depuis quand n'avait-il pas utilisé ces termes ? Scott inspira profondément et se leva, alors que Timothy courait s'installer sur le canapé et y sautait jusqu'à y rebondir. Scott s'installa auprès de lui en tentant désespérément de le maintenir assis alors qu'Hermione et Ron prenaient place sur leurs fauteuils respectifs. Hermione croisa ses doigts, les emmêlant comme pour les tordre et baissa les yeux vers la moquette beige avec l'air de vouloir s'y fondre. Ron se racla la gorge, émettant un son étrange derrière lequel se cachait apparemment un signal car son ex-femme inspira profondément avant de lancer.

« C'est une nouvelle assez importante… Et ce n'est vraiment pas facile à dire. Mais ça ne changera absolument rien dans notre famille, d'accord ? Ce… ça n'aura aucune influence sur notre vie à tous les quatre, ou presque…

- Vous allez encore divorcer ? demanda Timothy en penchant la tête sur le côté, sourcils froncés, moue concentrée.

- Non, Timy… On ne peut pas re-divorcer et… non, sourit Ron en s'extasiant encore une fois sur l'innocence dont son fils pouvait parfois faire preuve. C'est… Vous vous souvenez d'Ella ?

- Elle est dans ma classe, répliqua froidement Scott en regardant ailleurs, de plus en plus mal à l'aise.

- Et bien… Elle… »

Ron se tut et se tourna vers Hermione qui se rongeait consciencieusement les ongles à défaut de pouvoir se soûler. Il ne trouvait pas les mots… Depuis toujours, c'était elle qui parlait à sa place dès que la situation devenait trop complexe et qu'il était trop mal à l'aise pour pouvoir s'exprimer correctement. Il attendit avec impatience qu'elle prenne enfin la parole et, la gorge noué par l'anxiété, Hermione marmonna en avalant la moitié des mots :

« J'ai eu une aventure avec le père d'Ella… Et… Ella… est ma… »

Fille ? Ce mot ne voulait s'échapper de ses lèvres tant il sonnait faux à ses propres oreilles. Non, Ella avait hérité d'une partie de son ADN, avait vécue à l'intérieur de son utérus pendant neuf mois, mais n'était en aucune façon sa fille. Biologiquement parlant, peut-être. Autrement, pas le moins du monde.

« Fille, conclut Ron à sa place. Ella est la fille de votre maman… »

Scott se mit à tapoter nerveusement le bras du canapé, ses muscles se crispant de plus en plus alors qu'il devait se retenir de toutes ses forces pour ne pas hurler et vociférer des insultes à l'adresse de sa propre mère. Il fuyait les regards de ses parents avec tant de patience que ces derniers comprirent qu'il était déjà au courant. Timothy, lui, resta silencieux, cogitant apparemment sur le sens de ces mots qui mettaient son cerveau en ébullition. Mais il ne dit mot, attendant une réaction de son grand frère. Réaction qui ne tarda pas.

L'adolescent finit par se lever et son regard défila sur ses parents un millième de secondes avant qu'il ne tourne les talons.

« Scott, assieds toi ! ordonna Ron. Nous n'avons pas fini !

- Ah oui ? rétorqua amèrement ce dernier en revenant vers eux. C'est quoi la prochaine nouvelle ? On doit appeler Ella « sœurette » maintenant ? Elle va aménager ici ? Son père aussi ? Vous allez vous faire un plan à trois ?

- Scott ! s'écria Hermione en se levant d'un bond. Tu… Je comprends parfaitement que tu sois en colère et tu as le droit de m'en vouloir, mais ce n'est pas une raison pour être impoli et vulgaire. Théodore et moi n'avons eu qu'une brève relation et… Ella est née de cette relation. Ça ne veut en aucun cas signifier qu'elle devient votre sœur ! Et ni elle, ni son père lorsque nous le retrouverons ne prendra une place importante dans notre vie… Mais… Mais pendant qu'elle est là, nous nous devrons d'être… agréables avec elle.

- Et pourquoi ça ? C'est toi qui l'as abandonnée ! Moi, je ne lui dois absolument rien. »

Il ne laissa pas à sa mère l'occasion de répondre et quitta la pièce sans se retourner. Hermione le regarda sortir, se tourna vers Ron qui l'observait, impuissant.

« On savait qu'il ne le prendrait pas très bien… Je vais aller lui parler, si tu veux ?

- Je crois qu'il vaudrait mieux lui laisser quelques minutes pour qu'il se calme. »

Elle se tourna vers Timothy qui n'avait toujours pas bougé et s'agenouilla face à lui pour être la hauteur de ses yeux.

« Et toi, mon poussin, ça va ? Tu… tu as des questions ou… Tu veux… quelque chose ?

- Je peux demander ce que je veux ? s'enquit Timothy en plissant le front.

- En dehors d'un balai, oui, soupira Hermione en sentant qu'il allait profiter de la situation.

- Ok… alors… Ella, c'est ma grande sœur ?

- Non… Enfin, si… Plus ou moins. »

L'enfant parut songeur un instant puis acquiesça gravement comme si l'information lui paraissait enfin compréhensible.

« D'accord… J'ai toujours voulu avoir une sœur, déclara-t-il sagement avant de se redresser. Je peux retourner jouer maintenant ? »

.

.

Ella quitta la cheminée avec un soupir de soulagement, tentant de supporter ces maux de cœurs qui la saisissaient à chaque fois qu'elle utilisait ce moyen de transport. Elle se dégagea de l'âtre en époussetant sa robe et se déplaça pour ne pas bloquer l'accès à Winifred qui arriva quelques secondes plus tard avec l'air renfrogné « sortie-de-la-cheminée » exclusivement employé dans ce genre de situation par la jeune rouquine.

« Je vais voir où est maman, lança Winifred en balançant son sac sur le sol en écrasant presque le pauvre Mocca qui y dormait. Pour qu'on aille faire les courses…

- Tu viens avec nous ?

- Bien évidemment ! Je ne raterais pas une journée shopping même pour tout l'or du monde… On va sans doute passer devant le magasin de Quidditch et j'arriverais peut-être à convaincre mon père de m'acheter un nouveau balai.

- Ouais… Je me disais bien que tu n'étais pas du genre à adorer faire les boutiques de livres ou de vêtements ! »

Winifred lui accorda une grimace de dégout prouvant qu'en effet, manuels de cours et fringues n'avaient en aucun cas ses faveurs et qu'elle aurait préféré accumuler les allers-retours dans la cheminée que passer une seule journée à visiter ce genre de boutiques. Elle se détourna finalement et disparut dans la cuisine pour aller à la recherche de sa mère alors qu'Ella grimpait les marches menant à l'étage et à la chambre dans laquelle elle dormirait chaque week-end.

Une fois dans la pièce, elle se débarrassa rapidement de sa robe de sorcière après avoir déposé ses devoirs sur le matelas. Elle retira ses chaussures, prête à se changer pour mettre des vêtements plus confortables. Elle se dirigea vers la salle de bain dont elle ouvrit la porte et se figea, sous le choc. Elle se retrouva face à un garçon plus âgé qu'elle. Entièrement nu. Il leva son regard brun vers elle alors que le sien défilait de sa tête à ses pieds, avant de remonter vers la partie la plus intéressante de son anatomie.

« Salut… »

Elle hurla, et mit ses mains devant ses yeux, ses joues devenant d'un rouge vif alors qu'elle réalisait qu'elle n'avait jamais eu aussi honte de toute son existence. Hypérion Potter récupéra une serviette et enroula sa taille avant de tenter de détendre la situation qui devenait légèrement gênante. Ella, yeux cachés derrière ses phalanges, baragouinait des termes incompréhensibles. Hypérion commença à s'agiter et s'écria pour couvrir les grommellements d'Ella :

« Je suis gay ! Je suis gay ! »

Ella cessa de bavasser, un sourire apparut sur ses lèvres et elle soupira :

« Gay ou non… tu as un pénis.

- Euh oui, c'est vrai… Mais techniquement parlant, je n'aurais jamais aucune envie de m'en servir contre toi. Ou avec toi. Et c'est bon, j'ai couvert la partie… délicate maintenant. Tu peux regarder. Enfin… regarder ce qui est digne d'être regardé. »

Ella hésita une seconde, déplaça un doigt de devant ses yeux pour vérifier s'il disait vrai, puis dégagea entièrement ses mains, les joues toujours rougeoyantes. Elle aurait sans nul doute pu faire frire quelques choses sur sa peau d'ailleurs. Hypérion lui accorda un sourire, presque mal à l'aise d'avoir rencontré Ella –dont sa mère lui avait parlé quelques dizaines de minutes auparavant- dans une situation aussi spéciale. Il resserra sa serviette contre lui, la tenant d'une main pour éviter tout accident, et s'avança vers la brunette.

« Je suis Hypérion, le fils ainé, le… fils Potter. Tu es Ella ?

- Oui… Et… Désolée de ne pas avoir frappé. Je pensais que… Qu'il n'y aurait personne. Et… C'est sans doute la pire rencontre que j'ai faite de mon existence !

- Et bien, espérons que la suite soit plus appréciable. »

Il lui serra la main et Ella tenta de regarder ailleurs que chaque part de peau découverte et drôlement bien formée. Joueur de Quidditch, le corps d'Hypérion semblait avoir été taillé dans la pierre et le rendait semblable à des statues grecques. Et même en sachant qu'il était gay, elle ne pouvait s'empêcher d'apprécier une telle musculature. N'importe quelle fille –ou homme- ne réussirait à contrôler la pulsion poussant à baver littéralement devant de tels pectoraux.

« Il est possible que cette situation devienne de plus en plus gênante si tu continues à considérer que mon corps s'arrête à mon cou. »

Ella releva les yeux avec un rictus d'excuse alors que Ginny et Winifred apparaissaient dans le couloir, l'air inquiet. Winifred observa son frère puis Ella tour à tour, analysant facilement la situation. Elle finit par croiser ses bras sur sa poitrine et articula avec un grand sourire :

« C'est dans ces conditions qu'on est content que tu ne t'intéresses pas aux filles… ça aurait été le début d'une grande histoire d'amour autrement.

- Vraiment ?

- Oui, ça commence toujours comme ça dans les comédies romantiques hollywoodiennes moldues. »

Ella et Hypérion échangèrent un regard, puis un sourire de connivence. Ginny leva les yeux au ciel.

« Désolée, Ella. Je pensais te prévenir avant. Hypérion réaménage sa chambre pour le week-end vu qu'il n'a aucun entrainement pour les prochains jours et… Enfin, j'ai fait le lit de la chambre d'amis pour toi. Je sais qu'elle est petite, mais j'achèterais de quoi la décorer un minimum cet après-midi. Et puis tu seras plus à l'aise dans une chambre où il n'y a ni bande-dessinés cochonnes et gays sous le lit, ni posters de Quidditch aux murs… Allez, descendez à la cuisine. Enfin, une fois que tu seras habillé, chéri ! »

Elle tourna les talons pour retrouver ses fourneaux et Hypérion resta bouche bée quelques secondes avant de s'écrier.

« Comment elle est au courant pour les bande-dessinés ? »

Winifred lui tapota l'avant-bras pour seul réconfort.

.

.

Ses écouteurs enfoncés dans ses oreilles, son regard noir fixé au plafond de sa chambre, Scott ressassait ses idées noires et tous les plans qu'il faisait pouvant lui permettre de retourner dans le passé pour empêcher l'intervention d'Ella dans leurs vies. Aussi étrange que cela puisse paraitre, il aurait préféré passer toute sa vie dans l'ignorance quant à l'existence de cette fille. Il força le son de sa musique, tentant d'abrutir assez son cerveau pour que celui-ci arrête de penser autant.

Mais l'apparition de son père à l'entrée de sa chambre fit disparaitre ces résolutions visant à oublier ces problèmes et ils revinrent violemment s'abattre sur son crâne comme un boomerang. Il retira ses écouteurs lorsque son père le lui demanda d'un geste et lui adressa un regard peu amène visant à lui faire comprendre qu'il n'avait aucune envie d'en parler. Ron ne lui laissa pourtant pas le choix et engagea la discussion après s'être assis sur la chaise de bureau.

« Bon… Je comprends que tu sois en colère après ta mère et sans nul doute après Ella également bien qu'elle ne soit en aucun cas responsable. Tu ne peux lui en vouloir alors juste parce qu'elle est née. Et pour ta mère…

- Pourquoi tu cherches à la défendre ! répliqua sèchement Scott en se redressant. Elle t'a trompé et tu es là à chercher des circonstances atténuantes alors qu'elle s'est conduite comme…

- Si tu finis ta phrase, il est possible que tu ne voies plus la lumière du jour avant un bon nombre d'années. »

Scott baissa les yeux, sentant que la menace était bien réelle et qu'il aurait droit à une correction digne de ce nom s'il osait insulter sa mère –chose qu'il ne se serait jamais permise en général. Il se tut donc, car seuls des termes peu élogieux sur sa famille lui venaient actuellement et qu'il se refusait à se prendre une raclée juste pour paraitre impertinent. Il évita donc simplement le regard de son père et se mit à tripoter nerveusement sa housse de couette, mal à l'aise. Il aurait souhaité que son père le laisse un peu tranquille. Pourquoi tenait-il à avoir cette conversation maintenant ? Ne pouvait-il pas le laisser avec sa mauvaise humeur pendant quelques heures au moins ?

Ron répondit à cette question non posée après une vague d'hésitation car il pressentait que le moment n'était pas particulièrement bien choisi.

« Ce soir, au lieu du repas normal chez tes grands-parents, nous allons passer la soirée chez Harry. Et Ella sera là. Papi et Mamie souhaitaient faire sa connaissance… Et puis mieux vaut briser la glace dès maintenant au lieu de laisser des secrets peser encore dans la famille. Et j'espère… Non, je te demande, d'être gentil et de montrer que nous t'avons bien élevé ta mère et moi.

- On va passer tout le repas avec Ella ? s'égosilla Scott en se redressant après avoir enfin analysé ces mots qui le rendirent simplement malade. Mais… Mais… Elle ne fait pas partie de la famille ! Comment est-ce que vous pouvez la laisser s'incruster comme ça ! »

Ron ne trouva rien à répondre, en dehors de mille idées d'insultes et de punitions devant tant d'idiotie de la part de son fils ainé qui ne s'était jamais montré aussi stupide et rancunier. Il comprenait que Scott puisse avoir du mal à accepter la situation. Découvrir l'existence d'une nouvelle sœur en pleine adolescence pouvait logiquement s'avérer traumatisant. Pourtant, Ron ne supportait pas l'idée qu'il devienne insolent et désagréable avec sa famille simplement par dépit. Il se leva du fauteuil et jeta un dernier coup d'œil à son fils avant de quitter les lieux, ordonnant simplement :

« Fais tes devoirs avant qu'on parte. »

.

.

Le soleil semblait vouloir faire fondre chaque personne déambulant dans les rues sorcières adjacentes au Chemin de Traverse où la famille Potter se baladait depuis le début d'après-midi, trainant derrière eux une Ella peu portée sur le shopping. Lorsqu'elle faisait les magasins avec son père, leur façon d'agir était simple : ils achetaient tout ce qui s'inscrivait sur la liste faite au préalable, et ne trainaient absolument pas. Les Potter agissaient tout autrement : ils prenaient du plaisir à flâner. Ils avaient fini d'acheter tout ce dont elle avait besoin pour ses cours depuis deux bonnes heures, mais continuaient néanmoins à se balader. Le temps passé dans les boutiques de Quidditch avait amplement suffit à dégoûter Ella de ce sport à vie.

Maintenant, flânant dans un magasin de vêtements, Ella sentait tout espoir de revoir la lumière du jour s'amenuiser. Hypérion s'approcha d'elle avec une grimace contrite et marmonna :

« Tu es au courant que t'as la tête d'un animal qu'on conduit à l'abattoir ? Enfin, tu restes très jolie, si ça peut te rassurer, mais tu arbores quand même un air limite dépressif !

- Je déteste faire les magasins.

- Ouais, ça se voit. »

Ella plissa le front alors qu'Hypérion la regardait de la tête au pied, jaugeant son vieux pull noir pelucheux et son jean qui datait de Mathusalem. Ses converses autrefois blanches devenaient quasiment noires avec le temps. En bref, elle n'était pas une grande fan de mode, mais se moquait cruellement de son apparence en ordre général, ce que personne ne lui avait jamais reproché –étant donné que seul son père aurait pu le faire. Levant les yeux au ciel, elle haussa les épaules.

« Merci beaucoup pour ce compliment qui me va droit au cœur. Mais tu sauras qu'il n'y a pas que l'apparence qui compte…

- Dit celle qui m'a maté pendant cinq bonnes minutes même en sachant que je suis attiré par les hommes. Tu sais parfaitement que ça compte. Et puis, Winifred m'a dit que Toby Malefoy te scrutait comme si tu sortais tout droit de ses rêves… »

Il n'eut pas le temps de conclure sa phrase qu'Ella se rua sur Winifred qui furetait dans les rayons à l'autre bout du magasin avec ses parents. En voyant Ella apparaitre, la rouquine baissa les yeux vers ses chaussures en priant pour que la foudre s'abatte sur elle.

« Je sors d'un rêve de Tobias Orion Malefoy maintenant ? » hurla Ella, mains sur les hanches.

De nombreux regards se portèrent sur elle et Harry étouffa un rire dans une toux peu discrète alors que Ginny fronçait les sourcils, se demandant à quoi rimait cette remarque. Hypérion arriva derrière Ella avec un sourire désolé à l'adresse de sa petite sœur qui balbutia :

« Bah quoi ? Tout le monde l'a remarqué à Poudlard qu'il s'intéresse à toi.

- Mais… Mais… Pas du tout ! répliqua Ella en bégayant, modèle de grandiloquence.

- Vraiment ? Je suis certaine que même papa l'a vu ! »

Elle se tourna vers son père qui serait apparemment l'arbitre de cette joute verbale. Il passa sa main dans ses cheveux avec une légère grimace, désolé pour lui d'avoir à subir cette situation. Pourtant, il se refusa à mentir et finit par marmonner :

« Il est vrai que Mr Malefoy observe Ella avec un intérêt certain. »

La principale concernée rougit à nouveau et avala difficilement sa salive avant de se balancer d'un pied sur l'autre en se demandant apparemment si elle ne pouvait pas trouver un moyen de disparaitre dans le sol. Elle avait bien évidemment remarqué que Toby s'intéressait à elle –même un type aveugle, sourd et muet s'en serait rendu compte- mais elle préférait éviter de trop y penser. Elle espérait secrètement qu'il se lasserait et ne tenterait d'aucune manière de la séduire, autrement, elle n'y résisterait pas… Et elle finirait dans son lit en une heure à peine. Elle n'aurait jamais assez de volonté pour oser se refuser à un tel apollon. D'ailleurs, elle n'aurait même aucune envie d'essayer. Elle réalisa brusquement que les quatre Potter la dévisageaient et pria pour qu'ils ne puissent lire dans ses pensées qui incluaient désormais la complète nudité de Toby. Elle esquissa un minuscule sourire en direction d'Hypérion et déclara :

« Je te laisse me rhabiller de la tête aux pieds si on évite le sujet Toby jusqu'à la fin de ma vie ! »

.

.

Ella resserra la bande de tissu de son t-shirt qui serrait le dessous de sa poitrine, bande qui la remontait très légèrement et la rendait étrangement plus volumineuse. Face au miroir, Ella se surprit à observer ses propres seins et finit par froncer les sourcils en se demandant comment elle avait pu se laisser avoir aussi facilement. Sa tenue n'avait absolument rien d'extravagante : un jean noir –qui moulait davantage ses formes que d'ordinaire- et un t-shirt assez long et traçant parfaitement chacune de ses courbes. Pourtant, elle se sentait plus féminine et n'imaginait pas à quel point un homme aurait pu être attiré par chaque parcelle de peau dévoilée.

Elle mordilla légèrement sa lèvre inférieure en s'empourprant. Face à Hypérion, elle s'était montrée inflexible et l'avait empêché de lui faire porter n'importe quoi –malgré les ronchonnements de Winifred. Autrement, elle se serait retrouvée avec une tenue non représentative de sa personnalité un peu trop identique à celles des autres filles de son âge. Là elle ne ressemblait à rien… Ou du moins, elle n'avait pas l'impression de ressembler à quoi que ce soit.

Elle repoussa les volutes de boucles brunes derrière ses épaules avec un soupir de découragement et réalisa que dans une heure au grand maximum, elle se retrouverait à une table auprès de personnes auxquelles elle se devrait de faire la conversation tout en ne le souhaitant absolument pas. Elle essaya de chasser ses angoisses qui revenaient par saccades depuis la veille et s'écroula sur son nouveau lit avec un rugissement d'amertume.

L'organisation de la chambre d'amis leur avait pris une heure à peine grâce à la magie et désormais, Ella n'avait plus à supporter les regards coquins des stars du Quidditch collés aux murs qui l'empêchaient de se déshabiller. Les draps de coton blanc dans lesquels elle dormirait n'auraient pas servi à recouvrir la nudité d'un garçon –ou deux ?- et en aucune occasion elle ne pourrait croiser un homme nu dans la salle de bain la plus proche. Pourtant, elle se sentait légèrement gênée de prendre tant de place chez les Potter.

Elle n'eut pas plus de temps pour ressasser ses sombres pensées que la porte de sa chambre d'entrouvrit. Le poids d'Hypérion sur le matelas la tira de son mal-être et elle se tourna pour le regarder alors regardait le plafond comme pour y trouver quelque chose. Elle plissa le front.

« Tu… Tu es souvent aussi…

- Envahissant ? conclut Hypérion en riant.

- Oui, ça doit être ça…

- Désolé… Mais mes parents pensent que tu risques de sauter par la fenêtre si on te laisse seule jusqu'à ce repas. Ensuite, promis, je ne t'embêterais plus jamais ! »

Ella se contenta de sourire alors qu'il croisait ses bras derrière sa tête avec un air sérieux de celui prêt à la surveiller jusqu'à ce qu'elle se décompose avec l'âge. Afin de ne pas s'ennuyer avec cette espèce de surveillant de prison, elle tenta d'engager une conversation. Les premiers mots qui sortirent de sa bouche n'étaient pas du tout ceux auxquels elle avait pensé, hélas.

« J'ai toujours fantasmé sur les stars du Quidditch. »

Elle s'empourpra dès que ses propres mots parvinrent jusqu'à son cerveau alors qu'Hypérion se dressait sur son coude avec un froncement de sourcils très appréciateur.

« Tu n'as jamais côtoyé beaucoup de jeunes, n'est ce pas ?

- Ça se voit tant que ça ?

- Oui, c'est pitoyable ! »

Elle le fusilla du regard avant de le pousser. Il se rattrapa aux draps du lit, mais tomba tout de même sur le parquet avec un grognement dès que son derrière heurta le sol. Ella se pencha par-dessus le lit pour l'observer avec un sourire railleur. Elle lui tira finalement la langue gamine, et il éclata de rire face à l'air qu'elle arborait. Son apparence pouvait passer de celle d'une adolescente presque femme à celle d'une gosse de cinq ans en deux secondes top chrono. Finalement, il remonta sur le lit et soupira :

« Mais alors comment tu vas faire avec Tobias Malefoy ? Il ne joue pas au Quidditch…

- Qui a dit que Toby m'intéressait ? »

Il ne répondit rien, mais son regard fut particulièrement loquasse. Elle grimaça et haussa les épaules avec une mine désolée.

« Bon ok… Et bien disons juste qu'il n'y a pas que les joueurs de Quidditch qui me plaisent. »

.

.

Le cœur d'Ella cessa instantanément de battre dès que des voix parvinrent depuis le salon. Elle tripota nerveusement le bas de son t-shirt après avoir lâché la cuillère avec laquelle elle mélangeait divers aliments selon les demandes de Ginny qui cuisinait depuis deux bonnes heures pour le repas du soir. Apparemment, Madame Granger adorait cuisiner et se plairait à critiquer chaque chose trop ou pas assez cuite et la consistance et le goût de chaque aliment pénétrant dans sa bouche.

Les desserts sans sucres rendaient Ginny littéralement folle, mais elle ne pouvait faire autrement. Les parents d'Hermione –dentistes à la retraite- proposaient deux choix : soit des desserts sans sucres, soit une course jusqu'à la salle de bain pour se brosser les dents dès le repas terminé… La deuxième solution pouvant légèrement casser l'ambiance, Ginny avait choisi de bannir toute trace de sucres.

Pourtant, dès qu'elle aperçut que toutes les couleurs du visage d'Ella s'évanouissaient, le problème « sucre » passa en seconde place et elle s'approcha de l'adolescente qui ne respirait plus du tout –sa poitrine ne se soulevant même plus sous le rythme de sa respiration.

Winifred –occupée sortir le plat de lasagnes du four- haussa un sourcil avec un air inquiet. Elle avait appris la vérité par rapport à Ella en fin d'après-midi et n'avait quasiment plus rien dit depuis, apparemment songeuse quant aux décisions qu'elle prendrait dans les prochains jours… Elle attendait d'abord de voir comment ses cousins se comportaient avec Ella avant de décider de pencher d'un côté ou de l'autre. Car elle ne doutait pas qu'il lui faudrait faire un choix.

Mais là, face à l'Ella plus stressée que jamais, elle comprit qu'elle prendrait forcément le parti de sa nouvelle amie. Harry entra dans la cuisine avec un sourire embarrassé et s'avança vers Ella en priant pour que son angoisse disparaisse quelque peu, autrement il ne doutait pas que le repas constituerait une vraie séance de torture pour toutes les personnes présentes. Il se demanda si Ginny lui permettrait de fuir s'il le proposait très gentiment. Sa conscience le rappela à la Terre ferme : « Aucune chance ! ».

« Ella… Ils sont arrivés. Tu te sens bien ? Tu… tu… J'avoue que dans ce genre de situations, je ne sais jamais quoi dire !

- En même temps, je présume que c'est la première fois que la fille illégitime d'une amie à vous loge dans la chambre d'amis et que cette même fille rencontre ses grands-parents au cours d'un repas que vous organisez ! »

Le regard d'Harry s'éclaira légèrement face à cette réplique qui prouvait qu'Ella conservait son sens de l'humour malgré la situation. Il lui prit la main avant de l'attirer vers le salon, Ella sentant des fourmis dans son corps tout entier, fourmis qui s'amusaient apparemment à tourner son estomac dans tous les sens et à entortiller chacune de ses veines. Elle aurait voulu sauter à pieds joints sur ces foutues fourmis… Chose hélas impossible étant donné que ces fourmis n'existaient pas.

Elle s'arrêta à l'entrée du salon pour observer chaque personne présente. Hermione –assise sur le canapé avec ses fils- lui accorda un timide rictus crispé avant de recommencer à fuir son regard. Ron lui lança un sourire beaucoup plus franc, apparemment mal à l'aise mais assez courageux pour faire fi du côté tragique de la scène. Timothy se leva du canapé alors que Scott –les yeux rivés sur la moquette- l'ignorait royalement après lui avoir adressé un regard réfrigérant… Elle ne s'en formalisa pas et préféra observer les deux personnes qu'elle ne connaissait pas encore.

Ses grands-parents. L'homme d'environ quatre-vingt ans portait un vieux costume rapiécé aux couleurs brunes chaudes et –se levant- lui accorda un immense sourire, ses yeux illuminés par la joie de rencontrer sa petite fille dont l'existence lui était inconnue à peine cinq jours plus tôt. La femme, de petite taille et assez rondouillarde, souriait également, ses yeux bruns et ses boucles –devenues blanches avec l'âge- rappelant sa fille. Ils la regardaient comme l'enfant prodige et elle se sentit étrangement mal à l'aise. Pourtant, elle s'efforça à poser un sourire sur ses lèvres, retenant la nausée qui chassait les fourmis.

Dès l'instant où Timothy lui fonça dessus et passa ses bras autour de sa taille pour un câlin identique à celui de la semaine précédente, son sourire devint plus sincère et la nausée même s'effaça. Ses grands-parents s'avancèrent encore pour la saluer.

« Ella ! Nous sommes ravis de faire enfin ta connaissance… Ces cinq derniers jours ont paru être une éternité ! lança Madame Granger en lui faisant la bise.

- Heureusement que vous n'avez pas attendu ce moment pendant les seize dernière années. Autrement, ça aurait été à la limite de la torture. »

Ces mots lui échappèrent naturellement et ses joues devinrent roses en trop peu de temps pour le dire alors qu'Hypérion dans son dos étouffait son rire dans un raclement de gorge extrêmement discret. Mr Granger esquissa un sourire, ne s'offensant pas de la manie qu'Ella avait de toujours dire ce qu'elle pensait au lieu de ravaler toutes les idioties vexantes qu'elle pouvait formuler à la seconde. Il embrassa doucement son front ce pendant que Ginny et Winifred entraient dans le salon avec les boissons et apéritifs. Après de brèves étreintes et quelques remerciements polis, ils se retrouvèrent tous installés…

Avec le silence. Un silence qui rendit Ella légèrement boulimique. Elle enfourna mécaniquement trois petits pains en deux minutes à peine, n'attendant même pas d'avoir avalé pour en prendre de nouveaux. Hypérion l'arrêta alors qu'elle s'apprêtait à en prendre un quatrième.

« Si tu en manges trop, ce pantalon que tu portes là craquera ce qui rendrait la situation encore plus déplaisante… alors retiens toi. »

Ella s'enfonça plus profondément dans le canapé avec le désir de s'y fondre… Ce qui ne fonctionna pas malgré tous les espoirs qu'elle concentra. Ron et Harry échangèrent un regard et le rouquin se lança :

« Alors… Tu es à Serdaigle… Tu t'y sens bien ? »

Scott eut un petit rire railleur, et -ne laissant pas à Ella le loisir de répondre- il s'esclaffa :

« Sans doute que non ! Elle traine avec la plus Serpentard des Serdaigle : une fille de Mangemort. Scarlett Higgs. Alors… On ne peut pas dire que ce soit très Serdaigle comme comportement.

- En effet, acquiesça Ella avec un sourire sans doute plus redoutable que toute arme. Mais… je pensais bêtement que la qualité principale des Serdaigle tenait à leur manie de toujours réfléchir au lieu de se baser sur des ragots formulés par d'autres imbéciles et de suivre les autres comme une bande de moutons attardés. Apparemment… D'autres personnes n'ont pas un comportement très « Serdaigle » dans cette maison. »

Avant que quiconque puisse interrompre ce combat tout neuf, Winifred leva un doigt vers le ciel en s'écriant :

« Un point pour Ella ! »

Hypérion ne dissimula même pas son rire cette fois ci et s'esclaffa nerveusement jusqu'à percevoir le regard noir de son père qui ne trouvait pas la situation particulièrement hilarante, bien que la répartie d'Ella lui ait tiré un sourire. Ron et Hermione ordonnèrent à Scott de se taire d'un simple regard, mais l'adolescent ne l'entendait pas de cette oreille. Il ne se retint qu'une minute à peine avant de réattaquer :

« Ce n'est pas non plus une habitude chez les Serdaigle d'attirer les Serpentard tarés et pervers, soit dit en passant. »

Ella ne répliqua pas, son regard se ternissant légèrement alors que le sujet Toby était mis sur le tapis comme un point négatif au bout d'une dizaine de minutes à peine. N'aurait-il pas pu attendre le repas au moins pour la ramener ? Pourquoi étaient-ils si obnubilés par Toby alors qu'elle-même ne souhaitait absolument pas penser à lui, son esprit tordu formant des images plus sensuelles les unes que les autres sans qu'elle ne puisse l'en empêcher ? Winifred se pencha légèrement vers elle et marmonna :

« Je suis censée donner un point à Scott, là ? »

Ella leva les yeux au ciel, mais se refusa même à perdre à ce stupide petit jeu, et revint vers Scott.

« Oui, les Serdaigle préfèrent sans doute passer des mois ou des années à être amoureux de leur meilleure amie sans oser le lui avouer. Beaucoup mieux.

- Ouah… ça vaut au moins trois points ça ! s'extasia Winifred alors que les joues de Scott prenaient une couleur cramoisie très Weasleyienne.

- Arrête de compter les points, conseilla Hypérion en percevant le regard d'Hermione qui passait de plus en plus souvent sur l'alcool.

- Enfin, moi au moins, lança Scott en se levant du canapé sans se soucier des regards des membres de sa famille qui supportaient mal son comportement, Je ne suis pas devenu le principal sujet de paris de toutes sortes entre les garçons de Poudlard qui sont tous quasi certains qu'une certaine nouvelle leur céderait très facilement ! D'ailleurs, je m'étonne que Tobias Malefoy ne se soit pas encore lancé dans le jeu, lui qui aurait tant de chances de gagner… »

Ella mit quelques secondes à assimiler ce qu'il la traitait presque de Marie-couche-toi-là. D'ailleurs, elle sentait que cette insulte ne s'adressait pas réellement à elle, mais plutôt à leur mère commune. A défaut de pouvoir dire à sa mère qu'elle s'était comportée comme la pire des garces seize années auparavant, il se défoulait sur elle. Néanmoins, elle ne put répondre que Ron se leva d'un bond et lança à la volée, presque suppliant :

« Et si on passait à table… Maintenant ! Ginny, le repas est prêt, n'est ce pas ? »

Ginny se redressa, comme montée sur ressorts et disparut à la cuisine après avoir acquiescé. Harry, en parfait maitre de maison –en mille fois plus angoissé et alerte- dirigea les invités vers la salle à manger. Hermione resta en arrière avec son fils aîné qu'elle attrapa par le coude et tira jusqu'au couloir. Scott baissa les yeux vers le sol et Hermione expira, horripilée par ce garçon qu'elle pensait pourtant avoir bien élevé.

« Tu vas arrêter ça, immédiatement ! Tes grands-parents sont heureux de rencontrer Ella et il n'est pas question que tu gâches leur plaisir en te comportant comme un idiot !

- Oui, c'est sûr que niveau « comportement idiot » et « plaisir », tu t'y connais toi… »

Il se figea en entendant ces mots sortir de sa propre bouche sans qu'il ne puisse les retenir. Il releva la tête, croisant le regard de sa mère. Il n'aperçut ses yeux qu'un millième de seconde avant de sentir la force d'une gifle claquer sur sa joue. Il eut l'impression que sa tête se dévissait de la base de son cou et porta sa main à sa mâchoire une fois le choc passé. Hermione, elle, resta paralysée. Elle n'avait jamais utilisé ce genre de geste d'une violence qu'elle n'appréciait pas, mais cette fois, rien ne la retint. Car en aucun cas, elle ne pouvait accepter que son fils de quinze ans lui parle d'une telle façon. Elle s'attendait à le regretter, mais n'éprouva par une nuance de remord.

« Dans la salle à manger, quand tu te seras calmé. Et avec le sourire. »

Scott ne se permit pas de répondre et resta seul durant une bonne dizaine de minute, retenant ses larmes tout en malaxant la peau douloureuse de sa joue. Une fois que les battements de son cœur eurent repris un rythme normal, il retourna à la salle à manger où tous s'étaient installés et commençaient à se servir. Ella discutait avec Mr Granger –qui après qu'elle ait commencé à lui dire Monsieur, avait insisté pour qu'elle l'appelle Edgar.

« Et l'Astronomie est une réelle torture… conclut-elle après avoir expliqué comment s'était déroulée cette première semaine de cours au vieil homme qui buvait du vin en l'écoutant.

- Je séchais ce cours quand j'étais à Poudlard, annonça Hypérion en se plongeant dans ses souvenirs pas si vieux que ça. Je ne conseille pas de faire comme moi si tu comptes aller jusqu'aux Aspic un jour ! Parce que le contrôle final te donne envie de sauter du haut de la tour d'Astronomie… Et vu que l'examen s'y déroule, c'est un peu risqué.

- Et n'oublions pas à quel point sécher un cours est mal ! »

Hypérion se tassa sur sa chaise en entendant la réplique de son père et Winifred s'esclaffa, déridant un peu tout le monde de son rire très communicatif. Ou plutôt, presque tout le monde. Scott –toujours renfrogné- se mit à picoter un morceau de sa tarte aux légumes avec un air grognon très semblable à celui qu'arborait son père de temps à autres. Madame Granger –qui demandait à ce qu'Ella l'appelle Jean- lança un sujet bien différent de celui des études.

« Et ton père… Comment est-il ? Nous ne l'avions rencontré qu'une fois ou deux et nous l'avions trouvé charmant, mais nous n'avons jamais eu l'occasion de lui parler réellement. »

Le regard d'Hermione dévala à nouveau sur une bouteille de rouge représentant son salut en cette ultime seconde, mais Ron glissa sa main sur son genou pour lui rappeler qu'il la surveillait de près. Ginny et Harry partagèrent un regard courroucé à l'idée que Scott puisse faire une réflexion sur Théo –ce qui créerait sans nul doute une nouvelle dispute. Et en effet, l'adolescent –guère refroidi par la gifle de sa mère- soupira :

« Il a accepté de risquer de foutre un mariage en l'air, je crois que ça définit bien quel genre d'homme il est… »

Il se tut en réalisant que son père –le regard rougi par la fureur- le scrutait, réellement en colère, plus qu'il ne l'avait jamais été auparavant. Mais ce fut Ella qui –tentant de conserver un ton égal à celui employé avec les autres et donc plutôt calme- répondit à cette réplique acerbe :

« Je crois qu'ils étaient deux dans cette histoire et que dans ce genre de situation, celui qui porte la bague est toujours plus coupable que l'autre. Mon père n'a jamais prêté un serment d'amour éternel à qui que ce soit. C'était ta mère qui avait des responsabilités à respecter, c'était à elle de refuser de tromper son mari si elle le souhaitait réellement… La raisonner n'était en aucun cas le rôle de mon père. La seule responsabilité qu'il tient là-dedans est d'avoir été assez stupide pour croire que quelque chose était possible, assez stupide pour trahir des amis qu'il aimait au point de risquer sa vie sur un champ de bataille pour eux, assez stupide pour oublier de lancer un foutu sortilège de protection au moment voulu… Quoi que sur ce dernier point, ils étaient également deux. Alors, Scott… Je comprends parfaitement que ce soit plus simple d'haïr un type que tu ne connais pas et cette demi-sœur que tu ne connais pas non plus, mais il serait peut-être plus intelligent de la part d'un garçon de quinze ans de réaliser que ses parents ne sont en aucun cas des anges. Et surtout, de l'accepter. Et s'il te prend l'envie d'insulter mon père d'une quelconque manière que ce soit à l'avenir, je ne te parlerais pas aussi calmement que ce soir et je t'assure que la gifle de ta mère aura été une caresse par rapport à ce que je te ferais subir. »

Un silence lourd de sens suivit cette menace qu'Elle ne doutait pas de mettre à exécution un jour. Pourtant, en arriver à de telles extrémités ne lui faisait pas réellement plaisir et elle revint à son assiette pour continuer à manger. Bientôt, seuls les raclements des couverts vinrent troubler le silence alors que tous –regards rivés sur la nourriture- hésitaient à tenter de parler à nouveau, se doutant que quoi qu'ils disent, ça virerait au règlement de compte.

Pas un mot ne fut échangé entre les différents convives jusqu'au dessert que Ginny apporta avec l'aide de son époux. Là quelques félicitations quant à la beauté du menue fusèrent, mais furent rapidement étouffés et à nouveau, le silence prévalut, grand gagnant de cette soirée. Timothy même semblait avoir saisi qu'il valait mieux qu'il se taise, même si au bout de tout ce temps, il ne put s'empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis le matin même :

« Et donc… Je peux dire à mes copains à l'école que j'ai une sœur ou non ? »

Scott lâcha sa fourchette qui alla s'écrouler au sol en mille tintements briseurs de mutisme, Ella priant pour disparaitre afin ne plus jamais avoir à survivre à ce genre d'instant qui ne pouvait pas devenir pire… N'est-ce pas ? Ron et Hermione se tournèrent l'un vers l'autre avant de diriger leur regard vers leur garçonnet qui –boudant son gâteau sans sucre- attendait une réponse honnête. Les grands-parents eux, semblaient attendris par cette question qui prouvait que l'enfant n'avait aucune intention de renier sa toute nouvelle grande-sœur. Les Potter se contentèrent de jouer aux sourds jusqu'à ce que Scott recommence à respirer.

« En fait, Timy, commença Ron en essayant pour la première fois de sa vie de remplacer Hermione dans le rôle de celle-qui-explique-et-sait-tout, Tu fais comme tu veux. Si tu as envie de considérer Ella comme ta sœur et d'en parler autour de toi, tu peux le faire… Mais si tu… Hermione, aide-moi.

- Si ça te gêne t'en parler, ne te force absolument pas, conclut Hermione en levant les yeux au ciel lorsque Ron soupira de soulagement. Par exemple, je doute que Scott ait envie de dire qu'Ella est sa sœur…

- C'est normal, elle ne l'est pas ! »

Scott –enfin sorti de sa torpeur- cracha cette phrase avec tant de violence en regardant Ella dans les yeux que la jeune fille eu beaucoup de mal à rester assise sur son siège. Elle préféra oublier ce qu'il venait de dire, bien qu'elle non plus ne considère ni Timothy, ni Scott comme ses frères, et resta silencieuse.

La main d'Hypérion à ses côtés rejoignit la sienne sur ses genoux, et il la serra très fort, comme pour tenter de lui insuffler un peu de courage –dont elle ne manquait pourtant pas. Ce geste calma Ella au lieu de l'agacer ou de la faire rougir. Hypérion –comme Winifred- semblait avoir hérité du don de leur mère, si apaisante et douce que toute étreinte ou rapide contact pouvait réconforter n'importe qui. De plus, il lui sembla qu'il était aussi emporté qu'elle et qu'il avait beaucoup plus de mal à se retenir de foncer sur Scott pour lui en coller une ou lui arracher la langue pour le faire taire. Cependant, il se contrôla assez bien, s'évertuant à fusiller son petit cousin du regard, cousin qui n'avait jamais été aussi stupide de sa vie.

« Sérieusement, Scott, tu ne pourrais pas te taire juste quelques minutes, demanda-t-il finalement. On sait tous à quel point la situation est difficile, mais tu l'aggraves au lieu de la rendre un peu plus agréable…

- Je ne suis pas certain que ça te touches de près, riposta Scott en haussant les épaules, n'appréciant guère de se faire remonter les bretelles par son cousin qu'il admirait depuis toujours. Alors, ne t'en mêle pas…

- Scott, ça va, on arrête ! »

Ron tapa du poing sur la table en criant cette phrase et tous se tassèrent brusquement sur leurs chaises, n'osant plus dire un mot face à la force se dégageant brusquement du père de famille qui ne supportait plus l'insolence de son fils aîné. Généralement, Scott était relativement doux et calme, aussi censé que sa mère, et voilà qu'il se comportait comme le pire des crétins, ce qui ne lui ressemblait pas. Etait-ce ça la crise d'adolescence ? Déclenchée prématurément par un événement familial psychodramatique ? Quoi qu'il en soit, Ron s'emporta plus que jamais, refusant que son fils se montre aussi cruel en public et lui fasse aussi honte.

« Nous discuterons de ça plus tard, Scott, mais là nous sommes en famille et tu te comportes comme une crétin que je refuse d'avoir élevé ! Alors, tu te calmes ! On ne va pas faire toute une histoire de ce repas ni de ce qui nous a poussé à l'organiser. Ella est ici, que tu le veuilles ou non, et tu te dois d'être poli… Que tu le veuilles ou non. Maintenant, tout le monde se tait et on mange ! »

Timothy baissa les yeux, sa lèvre inférieure tremblotante alors qu'il semblait sur le point de fondre en larmes, peu accoutumé à ce que son père crie. Hermione soupira en repoussant légèrement sa chaise afin d'avoir plus de place. Elle hissa le garçonnet sur ses genoux, lequel enfouit son visage dans son cou en reniflant, les larmes aux yeux. Hermione adressa un regard meurtrier à son ex-mari qui baissa le sien vers son assiette en marmonnant dans sa barbe inexistante avant de conclure son petit monologue intérieur à haute voix :

« Et puis, on ne va pas passer dix ans à parler de deux ou trois… erreurs commises au fond d'une tente il y a seize ans tout de même ! »

Les doigts d'Ella se crispèrent violemment autour de sa cuillère et elle expira par à-coups avec l'envie d'hurler et de planter quelque chose dans le corps de sa mère qui –croisant son regard- s'empourpra légèrement. Elle failli se taire et oublier ce qu'il venait de se produire, faire comme si de rien n'était… Elle en fut incapable. La voix tremblante de rage, elle articula :

« Deux ou trois ? répéta-t-elle. Deux ou trois comme dans « j'étais complètement saoule et je suis tombée sur le mauvais type », deux ou trois comme dans « je m'ennuyais et j'ai décidé de voir ce que ça ferait de tromper mon mari » ou encore deux ou trois comme dans « je suis désolée, chéri, ça ne s'est passé qu'une seule fois et comme de par hasard je suis tombée enceinte »… C'est de ce genre de « deux, trois » là dont on parle ? Non, parce que je trouvais ça déjà limite d'être née de l'union d'une relation d'adultère de plusieurs semaines, mais si je dois faire celle qui a été conçue pendant une relation à la va-vite dans une tente, mieux vaut me prévenir tout de suite… »

Mr Granger failli s'étouffer à l'image sournoise et dégradante qui s'inscrit dans son cerveau à cette dernière phrase et son épouse posa tendrement sa main sur son avant-bras pour lui faire oublier cette atroce représentation de sa petite fille chérie. Hermione s'adressa alors pour la première fois directement à Ella, continuant à consoler son petit dernier qui n'écoutait plus du tout la discussion de peur d'entendre encore plus d'horreur.

« Je suis désolée, Ella, mais… Je saisis les raisons pour lesquelles tu es en colère contre moi…

- Non, ça j'en doute ! réfuta Ella en croisant ses bras sur sa poitrine, s'appuyant davantage au dossier de son siège, prête à polémiquer.

- Pardon ?

- Je ne vous déteste pas uniquement parce que vous m'avez lâchement abandonnée comme on abandonne un chiot sur le bord d'une quatre voies avant les grandes vacances. Je vous déteste parce qu'en toute logique, vous auriez dû avorter… Et je suis pratiquement certaine que depuis mon retour impromptu, vous regrettez aussi de ne pas avoir envisagé cette possibilité.

- Non ! Je… Je n'y ai pas… jamais…

- Ouais, encore un signe de votre lâcheté d'ailleurs. Maintenant, excusez-moi, mais ce repas n'était définitivement pas une bonne idée parce que le coup de « jouons à la famille unie » ne plait pas à tout le monde… Alors… je vais vous laisser. »

Elle se leva d'un geste brusque et s'avança vers la porte jusqu'à ce que Ron se lève d'un bond, apparemment toujours choqué de ce qu'il avait appris quelques minutes auparavant à propos de la relation entre Théo et Hermione. Il songeait réellement qu'il ne s'agissait que d'une histoire de sexe d'un soir ou deux, mais d'après Ella, l'histoire était bien différente.

« Des semaines ?

- Deux mois, précisa Hermione en s'empourprant légèrement. Mais… ça ne change rien, rien du tout. »

Ella se retourna sur le seuil et éclata d'un rire qui n'avait rien de drôle, sentant que sa colère pourrait exploser hors d'elle dans les prochaines minutes si elle ne disait pas ce qu'elle pensait à cet instant précis.

« Alors pour vous, il n'y a aucune différence entre l'histoire d'une nuit et une histoire de deux mois ? Vous… Vous savez pourquoi je vous en veux tellement ? Parce que contrairement à vous, mon père pensait que c'était plus ! Le problème, c'est lui ! Vous l'avez abandonné, lui ! Il… Vous étiez aveugle ou vous étiez juste un monstre sans cœur ? Il était raide dingue amoureux de vous ! Il aurait décroché la lune si vous la lui aviez demandée… Il aurait fait n'importe quoi pour vous rendre heureuse… Et vous l'avez laissé tomber pour un type que vous avez plaqué aussi finalement ? J'ai pensé pendant les seize dernières années que vous n'aviez pas voulu de mon père parce que vous saviez qu'il était la ligne courte de votre paume… celle brisée par la ligne de vie… Et en fait, vous n'en saviez rien. Vous l'avez abandonné lui. Je me fiche que vous n'ayez pas voulu de moi, vous ne m'aviez jamais désiré, vous n'aviez rien fait de particulier pour m'avoir en dehors d'oublier une nuit de lancer un sortilège de protection… Mais lui, vous… Vous avez joué avec lui. Vous avez passé des semaines dans ses bras en sachant parfaitement comment ça se terminerait. Vous l'avez laissé espérer… Vous lui avez fait croire qu'un jour, il pourrait avoir plus, un après à cette mission… Vous l'avez fait tomber amoureux de vous alors que vous saviez qu'il finirait seul et qu'il se sentirait mal parce qu'il avait trahi un type qu'il aimait bien, qu'il aurait pu briser une famille… Il a vécu pendant des mois avec sa culpabilité. Il vous a vue enceinte en se disant que c'était le mieux qui puisse vous arriver et en étant heureux pour vous ! Il a essayé de se reconstruire alors que pendant ce temps là, vous continuiez à lui mentir !

- Ella…

- Je n'étais qu'un fœtus. C'est facile à détruire, à faire disparaitre, à oublier, à détester… Je n'existais même pas vraiment quand vous avez fait votre choix. Mais lui, il existait. Vous lui avez fait du mal, à lui en étant consciente de ce que vous faisiez. Je me moque que vous m'ayez abandonnée… C'est lui qui en a souffert. »

Elle se figea en réalisant que ses larmes coulaient sur ses joues depuis une bonne minute et que tous les regards fixés sur elle s'apitoyaient un peu trop sur la pauvre fille qu'elle était. Elle chassa ses larmes, plus blessée dans son orgueil que par tout ce qu'elle venait d'énoncer, déballant enfin ce qu'elle ressentait mais ne souhaitant pas montrer à quel point ça la touchait.

Ron paraissait s'être pris un coup de cognard en pleine tête. Ainsi, Théodore aimait Hermione ? Il eut du mal à se remettre de cette déclaration qui changeait beaucoup de choses à ses yeux. Si amour il y avait –et qu'il soit ou non réciproque- ça n'avait plus rien d'une banale erreur d'adultère qui animerait quelques discussions. Non, c'était bien plus important que ça. Il se détourna de l'adolescente en larmes pour scruter Hermione qui –les yeux brillant un peu trop pour que ce soit naturel- n'osait plus regarder qui que ce soit et serrait Timothy de plus en plus fort, quitte à l'étouffer.

Plusieurs émotions se peignaient sur ses traits assombris par la fatigue : chagrin, embarras, désir de se fondre dans le sol… Mais pas une seule nuance de surprise. L'amour de Théodore pour elle n'avait pas de quoi la surprendre de toute évidence. Ginny et Harry non plus ne paraissaient pas abasourdis pour le moins du monde, l'une parce qu'elle avait lu ce sentiment dans les traits de Théo dès qu'il avait pris Ella dans ses bras pour la première fois, et l'autre parce qu'Ella le lui avait fait comprendre un peu plus tôt. Leurs enfants, eux, s'intéressaient manifestement plus à leurs desserts afin de ne pas se mêler à cette histoire devenue brusquement plus complexe. Mr et Madame Granger ne lâchaient désormais plus leur fille des yeux, sauf pour guetter une nouvelle réaction chez leur petite-fille.

Mais Ella ne bougeait plus du tout. Elle venait de déballer trop d'émotions d'un coup et se sentait faiblir. Elle aurait voulu voir son père apparaitre pour se réfugier dans ses bras… Elle aurait voulu qu'il lui caresse les cheveux, lui murmure mille mots de réconfort, la berce… Elle aurait voulu qu'il soit là pour la consoler et l'emmener très loin de cette salle à manger. Elle finit par réaliser qu'il ne serait plus là pour la protéger tant qu'elle n'aurait pas tout fait pour le retrouver. Elle devrait se débrouiller toute seule.

Son regard se posa sur la cheminée. Revint à la table. Plusieurs fois. Puis se reposa une dernière fois vers la cheminée. Après tout, elle pouvait parfaitement quitter les lieux sans l'aide de qui que ce soit. Elle ne laissa à personne l'occasion de la rattraper et fila vers l'âtre dans lequel elle s'engouffra après avoir saisi une bonne poignée de poudre de Cheminette.

« Poudlard, bureau du professeur McGonagall ! »

Elle disparut dans un nuage de fumée tourbillonnante et de mille volutes lumineux, et ferma les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, elle se retrouva dans un bureau plongé dans le noir à cause de l'heure tardive. La directrice avait dû quitter le bureau depuis longtemps déjà et Ella en fut soulagée. Ainsi elle n'aurait pas à fournir la moindre explication… Et il ne valait mieux pas. Elle quitta l'âtre et frémit, pas assez vêtue pour traîner dans Poudlard où la température ne s'élevait jamais beaucoup. Avec son simple t-shirt, elle aurait du mal à supporter l'air glacial des couloirs. Pourtant, elle s'efforça à sortir du bureau –sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les tableaux.

Un frisson parcourut son échine dès qu'elle se retrouva dans le passage d'un courant d'air et elle s'enroula inutilement dans ses bras qu'elle frictionna en reniflant. Avoir un mouchoir sur elle lui aurait été bien utile à cet instant. Elle souleva légèrement le bas de son t-shirt et sécha ses yeux avec le tissu blanc. Pourtant, ses larmes rejaillirent quelques secondes plus tard, et c'est dans un flou total qu'elle parcourut les couloirs de Poudlard, sans se soucier réellement d'où elle allait.

Elle finit par se laisser glisser contre un mur et ramena ses genoux contre elle, y posant son front en tentant de cesser de trembler de tout son corps. Elle n'arrivait même pas à arrêter de pleurer, sans pour autant saisir pourquoi elle le faisait. Mais ses sanglots ne tarissaient pas, son canal lacrymal la punissant apparemment de tous les moments dans sa vie où elle s'était empêchée de craquer. Un rire secoua son corps alors qu'elle s'imaginait totalement desséchée, déshydratée.

Elle passa ses doigts sur ses yeux en reniflant et releva la tête. Pour se retrouver face à une main aux longs doigts pâles renfermant un mouchoir de tissu brodé. Elle suivit la courbe anguleuse du poignet aux veines bleues très marquées, l'avant bras aux muscles dessinés, les plis de la chemise couleur bordeaux. Puis son visage. Son sourire en coin. Cette fossette qu'elle remarqua pour la première fois. Le bleu de ses yeux pétillants d'humour. Toby.

« Tu peux le prendre. Je n'ai pas l'intention de pleurer ce soir. »

.

.

Note de l'auteur _ bOudOu, vOilou ! * Veux faire des bébés avec Toby * [xD] Alors, résumons... Ella me fait le même effet qu'Hermione étrangement. J'oscille entre l'envie de lui faire un gros câlin pour la réconforter, et l'envie de lui foutre une claque qui enverra valdinguer son cerveau jusqu'en Australie [Au moins ! xD]... Elle est trop habituée au "tout va bien dans le monde" & elle s'emballe & pleure bien trop vite [Que ceux qui me connaissent évitent toutes remarques désobligeantes... --'] Par contre, bon, j'avoue, j'aime bien Hermione, juste pour la giffle à Scott. J'ai longuement hésité... J'ai une très gentille mômôn pour qui le mot "punition" n'a pas de sens alors la réaction d'Hermione m'a choquée. xD Meuh j'en ai parlé à certains d'entre vous & donc, si vous avez des récriminations, prenez-vous en à New-Story & Snivilly. =P Enfin j'avoue qu'en même qu'il le mérite ce petit bip - bip - bip. Et que... EncOr' une fois je n'arrive pas à lui en vouloir, parce que je le comprends parfaitement. Ou c'est peut-être encore moi qui suis tordue, mais bon... j'essaie d'imaginer l'apparition d'une Ella dans ma vie, je ne serais pas ultra agréable, logique. Et puis, Scott étant rancunier & assez jaloux [Gènes de Ron, oust !]... Humm... Par contre, Timothy, z'l'aimeuh ! xD L'innocence & la spontanéité même ! Et... Hypérion. "Je suis gay ! Je suis gay !" =P Bon bah j'sais pas vous, mais j'aime cette scène. Enfin, ça commence bien entre eux... même si Ella peut pas s'empêcher de le matter [qui le pourrait ?]. Bon, revenons à Ella... & son discours. Et vlam dans ta face, Hermione ! xD Enfin, au moins, maintenant sait qu'elle n'a pas été détestable qu'avec Ella quoi... ='( Pov'ThéO ! Et je pense que Toby a une sorte de détecteur d'Ella-qui-pleure incrusté dans le crâne... Humm...

Alors, questions du jour, bonjour : Est-ce la Ella avec les yeux rouges & l'nez d'où coule de la morve plaira toujours à Toby ? [D'accord, c'était un simple coup d'essai... & pis c'est l'une des inquiètudes de la principale concernée dans la suite alors... xD] Est-ce que Scott va se calmer ? Est-ce qu'Hermione va enfin dire ce qu'on veut TOUS qu'elle dise : "Je suis une grosse conne" [ui enfin pour l'injure, vous pouvez la remplacer par autre chose selon vos envies...] ? Est-ce qu'on va revoir Théo un jour ? [enfait, c'est juste pour vous dire qu'on l'revoie au prochain chapitre ! Y'a une ptite scène avec lui ! hihihi -rire de demeurée.] Est-ce qu'Ella va fuir avec Toby sur un beau che... balais blanc ? ... Ok, je vais arrêter de dire des idioties & vous laissez dire les votres que je lirais avec plaisir !

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! ^^

*¤ Bewitch_Tales ¤*