Note de l'Auteur _ Toujours autant d'attente de la part de la très méchante auteuse que je suis... enfin en même temps, j'me dis que j'ai parfois lu des fictions dont les auteurs postaient un chapitre tous les 36 du mois sans s'inquièter outre-mesure, donc... 2 semaines d'attente, ça va, j'suis pas trop trop sadique. Juste que je n'ai pas l'habitude de faire ça.

Chapitre Spécial Toby / Ella... A peu de choses près. Ou du moins, ça tourne beaucoup autour d'eux... Par la suite, il n'y aura [normalement] plus de chapitre exclusivement sur ce "couple". Autrement, pas de -M à signaler donc les z'enfants, vous pouvez lire [xD] sauf si vous vous offensez de tout & n'importe quoi, que vous êtes mormons ou que vous vous appellez Edward Cullen [bah ui, il est coincé l'petiot, faut se l'avouer !] Enfin, je pense tout de même finir par la mettre en -M, même si le -M de nos jours, c'est plus c'que c'était [dis avec une voix de grand-mère]... enfin cette fic va pas virer littérature porno si c'est ça que vous voulez savoir [aurai-je entendu des soupirs de déceptions ? =P] Bref, j'arrête de dire des bêtises &...

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 10

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« Le regard chez une femme est un interprète toujours charmant qui se charge de dire avec complaisance ce que la bouche n'ose prononcer. »

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux.

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Dans les couloirs illuminés d'une lueur tamisée de soleil, Ella abandonna Winifred qui voulait récupérer quelques affaires à son dortoir avant de rejoindre la Grande Salle pour le petit déjeuner. Elle lui adressa un dernier petit signe de la main avant de s'éloigner vers les grandes portes, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine alors que ses pas la conduisaient naturellement à l'extérieur du château. Elle espéra qu'il soit encore présent, malgré l'heure déjà tardive et un bref sourire éclaira son visage dès qu'elle aperçut sa silhouette élancée qui parcourait le peu de distance restante entre la tour des Serdaigles et le lac. Elle avala difficilement sa salive et se rasséréna avec dynamisme : dire bonjour, proposer un rendez-vous pour les cours d'Astronomie, sourire et ne pas prononcer un seul mot de travers si possible. Faire tout ça ne devrait pas être si compliqué.

Elle inspira à fond avant de s'avancer vers la rive où Toby s'était allongé pour reprendre son souffle, son torse se soulevant à une vitesse alarmante comme si son cœur ou ses poumons pouvaient se rompre. Les yeux clos, il la sentit arriver, percevant chaque bruissement que produisaient ses pas contre l'herbe fraichement coupée. Il ne put s'empêcher de sourire. L'ombre d'Ella vint rapidement se placer au dessus de lui, cachant le soleil un instant, et il rouvrit les yeux.

« Salut, dit-il bêtement en s'injuriant mentalement de la toute nouvelle maladresse qui le saisissait à chaque fois qu'il se trouvait auprès d'elle.

- Salut, répondit-elle tout aussi bêtement en se giflant mentalement d'être aussi stupide et gauche face aux garçons et à lui particulièrement. Tu… Tu vas bien ? Tu as l'air au bord de l'apoplexie ! »

Il haussa les épaules avec un sourire. Il l'était sans nul doute ce qui ne l'empêchait pas d'aller parfaitement bien, même mieux que ça… Il planait à mille lieux du sol, chaque battement de son cœur retentissant dans tout son corps avec une force brute, son sang qui animait chaque partie de son être vibrant, ses muscles tous endoloris… Il se sentait vivant. Plus que d'habitude. Et voir Ella dans l'un de ces instants le rapprochait inexorablement du septième ciel. Il leva finalement la main, l'invitant à la saisir et à s'allonger auprès de lui. Ella le fit sans réfléchir une seule seconde et le rejoint sur l'herbe fraiche et humide sans se soucier de salir sa tenue.

Elle s'installa sur le ventre après une minute à observer le ciel en silence, et –appuyée sur ses coudes- pivota son visage vers Toby qui s'amusait mentalement à trouver des formes aux nuages blancs. Puis il se tourna vers elle en sentant qu'elle le scrutait.

« Oui ?

- Pour les cours d'Astronomie, tu veux toujours m'aider ? »

Cette question aurait pu être une invitation sensuelle et pleine de promesses… Elle fut rendue pitoyable par le tremblement de sa voix et elle eut bien du mal à ne pas baisser les yeux en remarquant qu'un sourire narquois pourfendait les lèvres de Toby. Il espérait bien qu'elle le lui demanderait et avait réfléchi durant tout le week-end à un moyen infaillible de la séduire. Son plan pour la soirée s'était dessiné dans son esprit et il s'impatientait à l'idée de le mettre en application.

« Bien évidemment. Ce soir, vingt-et-une heures dans le couloir de l'aile droite près de la salle de Métamorphose. Tu vois où c'est ou je dois venir te chercher devant les quartiers de Serdaigle ?

- Je trouverais. Mais puis-je savoir pourquoi nous ne nous retrouvons tout simplement pas sur la Tour d'Astronomie ?

- Parce que nous n'irons pas sur la Tour d'Astronomie, persifla-t-il, heureux qu'elle lui pose la question et fier de son projet.

- Mais… Nous allons bien observer les étoiles ?

- En effet. »

Il se leva d'un bond et se pencha au dessus d'elle, un mystère qu'elle ne pourrait résoudre planant dans ses pupilles, éclairant son visage d'un sourire plein de malice. Elle sentit son cœur s'emballer et eut bien du mal à rester concentrée pour essayer de démêler ce qu'il racontait. Elle laissa tomber dès l'instant où il passa sa main dans ses cheveux pour qu'ils évitent de cacher ses yeux. D'une voix énigmatique et impénétrable, il articula :

« Tu verras. C'est une surprise. »

Il s'éloigna sans attendre de réponse de sa part, ne voulant pas lui laisser l'occasion de le faire flancher. Car il sentait qu'il ne résisterait pas à l'envie de lui exposer son plan dans les moindres détails, trop impatient pour tenir sa langue. Pourtant, il désirait la surprendre plus que tout au monde, lui donner envie de passer d'autres soirées en sa compagnie… Il réalisa qu'il jouait souvent à ce petit jeu, avec toutes les filles de Poudlard d'ailleurs. L'important était de les rendre dépendantes de lui, de sa peau, de son sourire, de sa voix, de son sexe… Et elles l'étaient.

Il s'adossa au mur face à la Grande Salle et frotta ses doigts contre ses yeux avec une grimace. Mais Ella n'était pas toutes ces filles. Il voulait la voir, elle. Habillée ou nue, bavarde ou muette, triste ou heureuse… Il comprit qu'en préparant son plan, pas une seule seconde il ne s'était imaginé passant la nuit avec elle, ou du moins, pas consciemment. Elle serait différente, il le savait. Ella n'était pas toutes les autres, elle était unique… Simplement parce qu'elle seule avait réussi à créer une telle tempête dans son cerveau. Tempête qu'il se devrait de mesurer s'il ne voulait pas perdre le peu de raison qu'il lui restait.

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Ella ne pouvait s'empêcher de cogiter, se posant mille et une questions sur les plans prévus par Toby pour leur soirée… Soirée qui avait davantage des allures de rendez-vous amoureux que de leçon d'Astronomie. Elle s'efforça à garder la tête sur les épaules au lieu de s'imaginer des scénarios improbables et trop romantiques qui –elle le savait- ne conviendraient pas au jeune Serpentard. Elle releva la tête pour la millième fois en quelques minutes vers la table où il était installé auprès de Sam, et croisant le regard sombre de cette dernière, eu du mal à ne pas se détourner. Mais elle ne désirait en aucun cas montrer le moindre signe de faiblesse face à la métisse, comme si elle pressentait amplement que Sam ne supporterait pas qu'elle courbe l'échine. Finalement, ce fut la Serpentard qui détourna les yeux avec un immense sourire et Ella revint à sa propre table.

Scarlett –assise juste en face d'elle- révisait pour le devoir de Potions tout en avalant distraitement son repas. Obsédée par les études, elle n'avait presque pas décoché un mot de la matinée à Ella qui ne comprenait pas un tel engouement. Toute la mâtinée, elle avait évité de l'interrompre dans ses révisions, mais elle n'y tint plus. Elle avait besoin de parler à quelqu'un. Elle se pencha par-dessus sa table et chuchota –prenant garde à ne pas se faire surprendre par des oreilles indiscrètes.

« Je sors avec Toby ce soir. »

La réaction de Scarlett ne se fit pas attendre. Elle referma son manuel avec force et le plaqua contre la table comme pour l'y enfoncer avant de plonger son regard dans celui d'Ella, un air de pure stupéfaction peint sur le visage.

« Toby ? Tobias Orion Malefoy ? Ce Toby là ? Pourquoi ? Enfin… Je sais pourquoi Toby sort avec les filles en ordre général. Une fleur fraichement cueillie, un petit sourire en coin… Et une demi-heure plus tard, un lit entre dans l'histoire ! Mais, la véritable question te concerne toi ! Il te plait ? »

Ella eut la vague impression que répondre « oui » lui ferait perdre l'estime de Scarlett. Pourtant, elle se refusa à mentir, ayant depuis longtemps compris que les personnes ne l'acceptant pas telle qu'elle était ne méritaient pas de faire partie de sa vie. Alors, elle acquiesça avec lenteur comme pour montrer à quel point il lui plaisait. Scarlett posa son menton entre ses mains en coupe, ses coudes appuyés sur la table. Un bref éclair d'agacement traversa son regard puis elle l'interrogea, sans une seule nuance de gêne :

« Tu as déjà fait l'amour ? »

Quelques élèves se tournèrent brusquement vers elles et Ella s'empourpra, saisit une grappe de raisins et se leva. Elle adressa un coup d'œil d'invitation à Scarlett qui la suivit sans hésitation, et elles se retrouvèrent dans le hall en quelques minutes. Elles s'assirent au bas des marches, et Ella murmura :

« Oui, une fois… Mais, je n'ai pas l'intention de coucher avec Toby. Je le connais à peine. Et puis… ce n'est pas vraiment une sortie ce soir. Il m'aide juste en Astronomie parce que je suis nulle. Il s'agira juste d'un petit cours de rien du tout sur les étoiles.

- Il n'existe pas de « petit cours de rien du tout » avec Toby. Tout se paye chez les Serpentard. Etant certaine qu'il te trouve à son goût, je présume que le paiement se fera en nature. Enfin, s'il te plait, je ne vois pas où est le mal finalement ! Ne t'attends simplement pas à plus d'une leçon. »

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L'impatience disparut. En quelques phrases à peine, Scarlett avait simplement rendu la soirée qu'Ella s'apprêtait à passer avec Toby invivable ! Non pas que l'idée de voir Toby nu et d'accepter de faire l'amour avec lui la répugne, loin de là, mais elle ne supportait pas de se montrer aussi naïve. Elle avait réellement cru qu'il voulait l'aider en cours, sentant qu'il en profiterait peut-être pour la séduire, mais pas d'aller plus loin… Elle était si stupide d'avoir imaginé qu'il ne veuille que ça. Elle se mit à se ronger les ongles, son regard fixé au tableau noir où le Professeur Rogue notait les consignes du devoir sur table. Elle n'arriverait jamais à se concentrer, son esprit trop obsédé par Toby et ce qu'il devait penser.

Elle mordilla violemment sa lèvre inférieure et sentit le goût douceâtre du sang sur sa langue. Elle porta son doigt à sa bouche, et tapota nerveusement sa plaie. Elle interrompit violemment ses pensées en percevant la force d'un regard scrutateur sur sa nuque. Tournant la tête, elle comprit qu'il appartenait à Scott, qui n'avait cessé de la fusiller depuis son arrivée dans la Grande Salle le matin même, soutenue par une Maïa désagréable au possible. La plupart des élèves savaient qui elle était désormais, et la traitaient différemment en la scrutant comme si elle pouvait exploser.

Elle se moquait des regards d'ailleurs, en dehors de celui de Scott. Le voir si méprisant, si dédaigneux, lui donnait des envies de meurtres. Pourtant, un autre sentiment se débattait avec sa fureur. La déception. Naïve, elle avait presque souhaité qu'il s'accommode à sa présence. Peut-être même auraient-ils pu devenir plus ou moins amis, ou au moins s'accepter mutuellement. Mais Scott en avait décidé tout autrement, et elle ne parvenait pas à lui en vouloir réellement. A sa place, elle aurait sans nul doute réagi exactement de la même manière.

« Miss Nott, comptez-vous écouter ce que je dis ou les murs sont plus captivants que moi ? »

Ella se retourna violemment, faisant brusquement face au Professeur Rogue qui s'était avancé sans qu'elle ne s'en rende compte et –mains posées à plats sur sa table- la jaugeait. Elle sentit que ses joues s'enflammaient alors que des rires lui parvenaient, rires cruels lui donnant l'impression qu'ils attendaient tous qu'elle soit dépecée vivante devant eux. La voix d'Annabeth Flint retentit, moqueuse :

« Et Toby n'est même pas là pour la protéger… »

Les rires des Serpentard se firent plus gras et Ella baissa les yeux alors que Severus prenait brusquement conscience de son erreur. Il souhaitait juste la ramener au présent et lui rappeler d'être concentrée, non la balancer dans la cage aux fauves. Il regretta instantanément son intervention, et décida de renverser la vapeur, refusant que certains élèves s'en prennent gratuitement à elle.

« Miss Flint, vous venez de faire perdre vingt points à votre maison. Félicitation ! Je crois pouvoir m'en sortir sans votre aide. Je n'apprécie guère d'être interrompu par une élève. Alors à partir de maintenant, chaque mot sortant de votre bouche vous fera perdre un point !

- Mais, Professeur…

- Deux points de moins, Miss Flint. Souhaitez-vous continuer à vous ridiculiser ou serez-vous assez intelligente pour vous taire immédiatement ? »

Annabeth se figea sur son siège alors que les Serpentard se lançaient des regards alarmés. Depuis quand Severus Rogue retirait-il des points à sa propre maison ? Généralement, même si un Serpentard provoquait et insultait un élève d'une autre maison, c'était l'autre à qui il enlevait des points. Partial et injuste, voilà comment le professeur était qualifié par tous les étudiants ou presque. Cette fois pourtant, il se montrait beaucoup plus équitable, ce qui les surprenait tous. Ella, elle, retrouva le sourire, heureuse d'être ainsi défendue. Scarlett poussa un bref soupir de soulagement, comme si elle avait craint une seconde que la situation ne puisse dégénérer. Severus retourna à son bureau en mesurant bien le calme qui désormais se dégageait de sa classe.

« Bon, allez, au travail. Et Miss Nott, vous viendrez me voir à la fin du cours. »

Ella acquiesça lentement en frémissant, redoutant la discussion qui suivrait. Pourtant, elle se concentra sur son devoir, comme ses congénéres, tentant de chasser ses mille interrogations taraudant son cerveau. Elle répondit mécaniquement à chaque question, ne ressentant pas le besoin d'y réfléchir plus d'une seconde à chaque fois, et elle conclut le devoir en une demi-heure à peine. Après quelques vagues relectures visant à éliminer ses rares fautes, elle attendit avec impatience la fin du cours… Qui arriva si lentement qu'Ella imagina une seconde que le ciel s'était lié à Toby pour la torturer.

Elle fut la première à se lever et à déposer son devoir sur le bureau du Professeur Rogue alors que d'autres s'hasardaient à glaner quelques minutes de plus sur le temps imparti normalement. Le Maitre des Potions les rappela rapidement à l'ordre et récupéra tous les parchemins d'un coup de baguette magique, ce qui provoqua quelques grognements de la part de certains étudiants. La classe se désemplit en quelques minutes et Ella se retrouva face à Severus qui lui accorda un sourire complice.

« Ils ne sont pas tendres, n'est ce pas ?

- Je me moque de ce qu'ils pensent. Leurs réflexions n'ont aucune importance à mes yeux. Il me faudra juste quelques temps pour me forger une carapace plus épaisse qui ne risquera pas de se fissurer, mais j'y survivrais ! Il y a bien pire que quelques remarques désobligeantes d'une fille qui déteste mon père… Ou des regards lancés par un demi-frère hargneux.

- Oui, j'ai remarqué que Scott t'observait. Mais, je souhaite clarifier un point. Miss Flint ne t'en veux pas uniquement pour ce que ton père représente, mais aussi pour ce que tu représentes !

- Et… Je suis censée représenter quoi, exactement ?

- La fille sur laquelle Tobias a reporté toute son attention depuis une semaine. Je connais ces enfants depuis bien longtemps… Même pendant la guerre, j'ai parfois vu Tobias et Samya en rendant de courtes visites à leurs pères respectifs. Trop peu de fois d'ailleurs. Mais je les connais assez pour savoir ce qu'il se passe parmi eux en général. Et Miss Flint fait partie des jeunes filles estimant que Tobias Malefoy épousera l'une des leurs, une fille de Mangemorts, une Sang-Pur qui ne ternira pas le rang déjà si anéanti des Malefoy… Une fille comme elle.

- Et… Je suis une fille de Membres de l'Ordre, une Sang-pas-si-pur que ça qui ternirait leur image, c'est ça ? Enfin, on a seize ans et elle s'imagine déjà en robe blanche au bras d'un garçon ? N'a-t-elle pas d'autres buts dans la vie pour s'en prendre à moi juste à cause de ça alors que Toby… »

Elle s'empourpra violemment alors que ses idées concernant la soirée à venir lui apparaissaient. S'imaginer faire l'amour avec Toby la rendait-elle aussi superficielle qu'Annabeth avec ses plans de mariages ? Elle secoua la tête avant de conclure :

« On se connait à peine… Ce n'est pas comme si on prévoyait de se marier et d'avoir quinze enfants ! Je trouve ça un peu prématuré d'oser même y penser. De plus, Toby a eu de multiples petites amies et il en aura sans nul doute encore beaucoup. Je ne suis pas plus dangereuse pour elle qu'une autre. »

Un sourire énigmatique fendit les lèvres de l'enseignant et il hésita avant d'oser lui expliquer la différence qu'il y avait entre elle et ces autres filles, si nombreuses que côtoyait Toby. Il se rappelait encore parfaitement de la relation qu'entretenaient Pansy et Drago à l'époque de Poudlard. Elle se languissait de lui en public, aussi soumise qu'une femme de son rang devait l'être, mais dès l'instant où ils étaient seuls, Pansy prenait le contrôle, plus forte que Drago en bien des points. Leur relation portait parfois à controverse, mais Severus savait parfaitement que si Drago dominait les femmes, Pansy dominait Drago. Brutale, sensuelle, envoutante. Il ne lui résistait jamais.

Et Toby, semblable à son père en bien des points, imposait sa loi à tous. Quelque chose soufflait à l'esprit du Maitre des Potions, quelque chose qui lui suggérait qu'Ella ne se laisserait jamais faire par Toby. Elle lui donnerait l'impression peut-être de plier face à lui, mais tel un pantin, il serait contrains à l'obéissance. Non pas par faiblesse, mais par désir, dominé par une certaine inclination. Il perdrait face à elle à chaque combat, trop épris pour se montrer aussi Malefoy que d'ordinaire. Mais Severus savait qu'il ne pouvait déclarer tout ça à Ella sans effacer la magie d'un début de relation. Alors il soupira simplement, comme par lassitude, et esquiva la vérité avec une fourberie Serpentesque :

« L'idée même que tu fasses partie des nombreuses relations de Toby lui fait perdre le peu d'amour-propre qu'il lui reste. Tu la déposséderas qu'une part de Tobias… Voilà où se situe le véritable problème à ses yeux.

- Professeur Rogue, malgré tout le respect que je vous dois, je doute sérieusement que vous ayez raison sur ce sujet, répliqua Ella en fronçant les sourcils.

- Vraiment ?

- Je… Je ne crois pas que Toby soit le genre de garçon à se laisser déposséder de quoi que ce soit, ou même à dévoiler une minuscule part de lui que je serais tentée de lui dérober. Ou du moins, je trouverais ça particulièrement décevant.

- Pourquoi ? »

Ella resta songeuse un instant puis conclut, comme si cette simple réponse pouvait tout expliquer :

« C'est un Malefoy. »

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Ella referma soigneusement la porte de la serre privée de Neville, à quelques pas des lieux servant aux cours de Botaniques, protégeant les plantes du vent extérieur. Elle vérifia l'état de chaque fleur, donnant un peu d'eau à celles qui en manquaient et parlant à certaines exactement comme son père le faisait de temps à autre. Il lui arrivait même de chantonner, ce qui provoquait généralement les railleries d'Ella lorsqu'elle était enfant. Mais cette fois, elle se retrouvait à agir exactement comme lui, instinctivement. Elle s'agenouilla finalement, son regard caressant l'Ellarosa qui donnait l'impression de prendre plaisir à se moquer de la jeune fille.

Tout, absolument tout, était arrivé à cause de cette maudite fleur, Ella le sentait au plus profond de sa chair. L'enlèvement de son père, toutes ces rencontres qui menaient à ces discussions impensables et désagréables avec tous ces gens qu'elle n'aimait pas ou ne voulait simplement pas connaitre… Et ce qu'il se passait avec Toby plus encore. Elle fut saisie par une brusque envie de saisir le pot et de le balancer contre le mur le plus proche, d'exploser cette fleur qui causait tant de malheurs.

« Ton père n'apprécierait sans doute pas ! »

La voix de Neville retentit dans son dos et elle se poussa au calme afin de ne pas obéir à cette pulsion qu'elle regretterait rapidement. Elle se retourna pour faire face à l'enseignant de Botaniques et il esquissa un sourire.

« Je venais voir si tout allait bien. J'ai entendu parler du repas de samedi soir et j'ai pensé qu'il valait mieux canaliser la colère qui aurait pu détruire tout le travail de Théo…

- A dire vrai, j'aurai exterminé l'Ellarosa uniquement, souffla-t-elle en haussant les épaules avec un air penaud. Je regrette que mon père l'ait inventée. Tout était beaucoup plus simple avant… Quand il n'y avait que lui et moi.

- Tu n'es pas du tout heureuse ? s'étonna-t-il, ne comprenant pas exactement à quel point la situation était complexe pour Ella. D'avoir rencontré une autre part de ta famille ? De parcourir Poudlard ? De voir plus de monde ?

- Ces gens ne veulent pas de moi pour la plupart. Je suis l'erreur d'Hermione Granger à leurs yeux. Alors… Mon père m'aime vraiment, sûrement même un peu trop. Il m'a toujours protégé de tout, tout le temps… Chaque plaie, chaque bleu, chaque larme… Il n'a jamais laissé à qui que ce soit l'occasion de me faire du mal et… Nous vivions dans une bulle de perfection. Sortir de cette bulle s'avère plus douloureux encore que ce que j'imaginais. »

Neville resta songeur, mais finit par acquiescer en prenant conscience de ce que vivait Ella. Il avait bien vu comment certains membres de l'Ordre l'observaient, comment Hermione l'évitait, soigneusement, se moquant apparemment de leurs liens de sang… Pourtant, à ses yeux, Ella était avant tout la fille de Théo, un garçon qui déjà à vingt ans partageait sa passion pour les plantes –ce pendant que les autres parlaient Quidditch. Et il n'avait jamais –contrairement à d'autres- imaginé qu'Hermione puisse être réellement parfaite. Tout le monde pouvait commettre des erreurs, même la grande Hermione Granger.

« Ils finiront par se faire à ta présence. Les gens d'ici ont une tendance exagérée à haïr le changement. Et toi… Tu représentes plus qu'une petite évolution. Tu es une quasi-tempête qui dévaste toutes leurs certitudes. Ignore simplement leurs regards jusqu'à ce qu'un nouveau sujet les fasse piailler ! Ça arrivera plus rapidement que tu ne crois, je t'assure… Une nouvelle coupe de cheveux peut les rendre dingues !

- Vous allez vous couper les cheveux pour moi ? » s'esclaffa-t-elle.

Il refusa d'un signe de tête en passant nerveusement sa main dans les épis bruns de son cuir chevelu qui commençait à se dégarnir. Il lui rappela brusquement son père et elle dut se contenir de toutes ses forces pour ne pas s'approcher davantage de lui en quémandant un câlin.

« Merci, professeur, émit-elle simplement au bout d'un moment. Et… Pour les fleurs aussi.

- C'était un plaisir. »

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Jamais elle n'aurait imaginé qu'une telle angoisse puisse lui vriller l'estomac au point de le retourner. Ella se sentait encore plus mal qu'avant de rencontrer sa mère, encore plus mal qu'avant de voir ses grands-parents, encore plus mal que… Elle essuya ses mains devenues moites sur son jean et avala sa salive en s'efforçant à contrôler les tremblements de son corps. Assise sur son lit, le regard fixé à la porte du dortoir, elle attendait que l'heure défile un peu plus rapidement, tout en craignant de voir la grande aiguille passer au Neuf. Prête depuis trop longtemps, elle s'impatientait presque en songeant à ce qui l'attendait.

Scarlett l'observait depuis son propre lit, presque amusée des appréhensions d'Ella qui s'inquiétait sans doute pour rien.

« En fait… Tu feras attention en revenant que Maïa ne voit pas que tu as passé la nuit dehors. Elle est préfète et je suis quasi-certaine qu'elle ne s'embarrasserait pas de culpabilité et irait directement te dénoncer. Je te couvrirais jusqu'à ce qu'elle s'endorme, mais… Fais tout de même gaffe ! Les professeurs ne plaisantent pas avec le couvre-feu ici ! »

Ella acquiesça gravement, prenant conscience qu'en plus de retrouver un garçon avec qui elle passerait sans nul doute les étapes « découvertes », « baisers » pour sauter directement à la plus intéressante, elle allait aussi contourner le règlement au bout d'une semaine à Poudlard… L'ADN Serpentard semblait apparemment s'amuser avec elle qui se laissait facilement faire.

Un énième coup d'œil à l'horloge lui apprit qu'il était l'heure pour elle de quitter les lieux. Scarlett lui adressa un sourire d'encouragement alors qu'elle sortait du dortoir. Elle traversa la salle commune, encore pleine d'étudiants, se faisant toute petite pour que personne ne lui fasse la moindre réflexion. Elle croisa pourtant le regard de Scott qui se contenta –comme à son habitude- d'un mépris bien prononcé. Il ne lui accorda pas un seul mot et l'observa jusqu'à ce qu'elle réussisse à s'échapper sans s'attirer les foudres de qui que ce soit.

Un soupir franchit la barrière de ses lèvres dès qu'elle se retrouva seule et elle enfonça ses mains –toujours aussi moites- dans les poches de sa veste avant de se mettre à avancer dans la quasi-pénombre angoissante. Elle suivit les indications de Scarlett et se retrouva près de la Salle de Métamorphose en une dizaine de minutes, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.

Et si quelqu'un les voyait ? Et si un professeur passait par là ? Et si Toby se montrait à nouveau violent –envers elle cette fois ? Et si…

Elle cessa instantanément de respirer en voyant le principal sujet de ses peurs nonchalamment adossé au mur, un éclat de lune déposant une lumière blanche sur sa peau. Il leva la tête en percevant le son de ses pas et un sourire d'une franchise désarmante se dessina sur sa bouche. Il parut étonnement surpris de la voir, comme s'il avait douté de sa venue jusqu'à la dernière seconde. Elle fut presque flattée de constater qu'il n'était pas si sûr de son pouvoir de séduction et surtout qu'il puisse penser qu'elle y résisterait.

« Tu es en retard. » lui fit-il remarquer en s'approchant d'elle, son regard se posant sur chaque partie de son corps avec un plaisir manifeste.

Elle haussa les épaules, refusant simplement de s'excuser pour quelques minutes à peine, et contestant particulièrement le moindre pouvoir qu'il puisse avoir sur elle. Pourtant, alors qu'il la scrutait, détaillant sa tenue avec un air appréciateur, elle sentit à nouveau son estomac se crisper. Elle fut saisie par une envie irrépressible de le saisir par le col, de l'approcher de force, de l'embrasser à pleine bouche, de… Son souffle se heurta et elle se morigéna d'être si faible –ou simplement portée par son désir.

« Tu viens ?

- Où allons-nous ? ne put-elle s'empêcher de demander tout en saisissant la main qu'il lui tendit en priant pour qu'il ne fasse aucune réflexion sur leur humidité inhabituelle.

- Aurais-tu un problème avec la compréhension d'un mot aussi simple que « surprise » ? » railla-t-il en serrant sa main plus fort, la conduisant dans un autre couloir.

Elle secoua bêtement la tête et il esquissa un sourire tout en avançant, apparemment empressé de lui révéler le lieu où il la menait avec tant d'impatience. Au bout d'un quart d'heure, elle commença presque à s'inquiéter. Elle ne retrouverait jamais son chemin si leur soirée se passait mal. Elle se perdrait et on la retrouverait à errer dans le château dix ans plus tard… Elle se gifla mentalement. Elle devenait paranoïaque. Complètement.

Il s'arrêta devant une vieille porte de bois, aux sous-sols et elle se tourna vers lui, une lueur d'incompréhension dans les yeux. Il lâcha sa main pour la poser sur la surface dure, et un air énigmatique vint ombrager ses traits.

« Tu es prête ?

- Oui, acquiesça-t-elle, la voix aussi frêle que ses genoux qui ne la supportaient presque plus.

- Tu es sûre ?

- Oui… allez ! »

Elle s'en voulut immédiatement en le voyant sourire, comme s'il s'attendait justement à une réaction d'exaspération de ce genre. Il se pencha vers elle et Ella dut se contrôler de toutes ses forces pour ne pas faire un pas en arrière. Mais il ne l'embrassa pas, se contentant d'approcher sa bouche de son oreille, sa voix suave la faisant littéralement vibrer.

« Ferme les yeux. »

Elle obéit, une certitude emplissant tout son être –à commencer par son cerveau. Jamais il ne la brusquerait. Il ne s'apprêtait pas à la balancer dans un placard et à la forcer à faire certaines choses… Il s'amusait simplement, désirant de toute évidence provoquer une réelle réaction d'éblouissement. Et elle se surprit à vouloir être étonnée elle aussi, alors qu'ordinairement, elle préférait toujours tout savoir en avance. Elle perçut le grincement de la porte sur ses gonds. La main de Toby se posa au creux de ses reins, par-dessous sa veste et son t-shirt, et il la fit avancer, vérifiant apparemment si elle avait bien les yeux fermés en passant sa main devant son visage, créant un souffle d'air. Il lui apprit qu'elle s'heurterait à une petite marche et elle leva le pied –trop haut apparemment car elle l'entendit s'esclaffer.

Puis la caresse imperceptible de la paume de Toby sur sa peau s'évanouit et elle eut l'impression qu'il s'en allait. La porte se referma et elle fut brusquement envahie par la peur. L'aurait-il laissée là, seule ? Elle sentit un frisson glacial parcourir sa colonne vertébrale, et elle tenta de parler. Sa gorge était trop sèche et seul un gémissement sortit de sa bouche.

« Tu peux ouvrir les yeux. »

Jamais elle n'avait été si heureuse d'entendre la voix de quelqu'un. Les battements de son cœur reprirent un rythme plus ou moins normal et elle fut à nouveau capable d'avaler sa salive correctement. Alors seulement, elle obtempéra, acceptant de regarder autour d'elle, et un immense sourire éclaira son visage.

Ils se trouvaient dans une petite pièce, pas plus grande qu'une chambre, uniquement illuminée par quelques lampes diffusant une lumière tamisée. Un matelas très fin emplissait la quasi-totalité de l'espace, ainsi que quelques coussins et draps. Pendant un bref instant, elle s'imagina qu'il avait aménagé cet endroit uniquement pour elle. Il brisa cette chimère en une simple phrase :

« Je n'emmène jamais personne ici… Mais il commence à faire froid, et je me suis dit qu'on serait plus à l'aise.

- Tu… tu viens souvent ? bégaya-t-elle, la gorge nouée.

- Généralement lorsqu'il neige en plein hiver, ou quand la tour d'Astronomie est occupée, lança-t-il sans remarquer à quel point elle était troublée. Enfin… Tu peux t'allonger si tu veux. »

Elle se raidit instantanément et il haussa un sourcil avant de sourire, comprenant à quoi elle pensait alors que lui-même n'avait –pour l'instant- aucune idée derrière la tête.

« Ce sera plus confortable. Mais si tu tiens à te tordre le cou en restant debout, à toi de voir…

- Quoi ?

- On est bien ici pour regarder les étoiles, non ? »

Il se moquait d'elle cette fois, amusé par ce qu'il lisait sur son visage depuis quelques minutes. Amusé et troublé. Avait-elle pensé depuis le matin même qu'il l'avait invitée pour… Il chassa cette idée de son esprit, se refusant à y penser pour le moment alors qu'elle semblait s'être soumise à cette possibilité. Il ne chercha même pas à la rassurer, préférant attendre de voir comment elle se comporterait. La rougeur écarlate de ses joues signifiait sans doute à quel point la situation l'oppressait. Il lui désigna le plafond d'un doigt et elle leva les yeux.

Une reproduction parfaite du ciel étoilé s'exposait là, exactement comme au plafond de la Grande Salle. Plus embarrassée encore, Ella eut l'impression que chaque nerf de son cerveau s'embrouillait entre ce que Scarlett et les autres disaient, ce que Toby semblait désirer, ce qu'elle-même souhaitait… Et cette situation. Cette situation qu'elle ne parvenait pas à analyser. Pourtant, elle s'installa sur le matelas en tentant de cesser d'imaginer qui y avait défilé avant elle. Car pas une seconde elle ne croyait au fait qu'il n'ait invité qu'elle dans ce lieu.

Elle contempla les étoiles, sans même savoir exactement ce qu'elle fixait avec une concentration trop intense. Une ébauche de sourire s'inscrivit sur la bouche de Toby, puis il s'avança lui-même vers le matelas.

« Je peux ? »

Elle acquiesça sans le regarder et se recula jusqu'au mur en sentant le matelas s'enfoncer juste à côté d'elle. Toute la journée, elle avait imaginé la façon dont il l'aurait touché, embrassé, la position dans laquelle il lui aurait fait l'amour même. Et voilà qu'il ne la touchait qu'à peine et qu'elle sursautait. Elle s'admonesta personnellement avant de revenir à sa place de départ, son bras frôlant celui de Toby.

« Tu as besoin d'une feuille ou tu vas te rappeler de tout ce que je dirais ? s'enquit-il en se tournant légèrement vers elle.

- J'ai une assez bonne mémoire, chevrota-t-elle en réalisant qu'ainsi collée à lui, son cerveau ne lui serait d'aucune utilité.

- D'accord. Alors, déjà, tu peux me remontrer la Grande Ourse ? »

Ella reporta son attention au ciel factice. Et se retrouva à regarder des points lumineux sur du noir. Des centaines de points qui à ses yeux n'avaient ni nom ni quoi que ce soit. Juste des points. Elle resta donc muette et il éclata de rire, comprenant parfaitement que ce qu'elle voyait n'avait aucun sens pour elle. Il s'empara de sa baguette et la pointa sur le plafond, traçant des liens colorés entre les étoiles constituant la Grande Ourse pour lui montrer la forme que la constellation symbolisait.

« Tu vois ?

- Maintenant oui… » grimaça-t-elle, réalisant qu'il n'y avait pas que la Grande Ourse et qu'à chaque examen, elle n'aurait pas un Toby prêt à tracer des lignes dans le ciel pour elle.

Toby comprit qu'elle aurait besoin de plus d'aide que ça et tenta de lui explique aussi simplement que possible comment repérer cette constellation. Elle buvait ses paroles tant il semblait passionné par ce qu'il disait, et il effaça rapidement chaque trait avant de lui demander de trouver elle-même les étoiles. Puis il passa à autre chose, se lança dans mille histoires plus captivantes les unes que les autres, contant l'histoire d'Andromède, de Cassiopée…

« Et là, c'est Orion, souffla-t-il en saisissant la main d'Ella sans même sans rendre compte, trop perdu dans ses discours pour penser à la réalité de leurs paumes collées. C'est mon deuxième prénom, Orion… C'était aussi celui d'un Black. Passion parentale. Enfin, bref… Orion était un chasseur capable de tuer…

- Non, il se vantait de pouvoir tuer n'importe quoi ! le reprit-elle en s'attirant un regard interrogateur. Mon père m'a parlé d'Orion, en évoquant la mythologie, pas les étoiles. C'est pour ça que tes parents ont choisi ce prénom ? Ils pressentaient que tu serais… »

Elle cessa de parler en comprenant que ce qu'elle s'apprêtait à dire pourrait être mal interprété. Il se retourna sur le côté, s'appuyant sur son avant-bras alors qu'elle baissait les yeux, priant pour qu'il ne lui demande pas de conclure. Il s'en chargea personnellement :

« Que je serais un vantard violent ? »

Elle croisa son regard et fut étonnée de n'y discerner aucune animosité. Elle aurait utilisé les termes « fanfaron agressif », mais il avait tout de même particulièrement bien cerné sa pensée, alors elle acquiesça et il haussa les épaules avec un sourire.

« Je crois surtout qu'ils voulaient jouer aux gens cultivés ! Comme les moldus qui appellent leurs enfants Herman, ou…

- Hermione ?

- Oui, acquiesça-t-il en riant. Ce genre là…

- Et pourquoi Tobias ?

- Second prénom de Severus. Enfin, du Professeur Rogue. Mon père s'entend bien avec lui… malgré le fait que Severus ait été du côté de l'Ordre. Et toi, Ella, ça vient de quoi exactement ?

- Mon père a passé des semaines à simplement me désigner comme « Elle », ou « bébé »… Finalement, il s'est dit qu'il avait le choix entre Ella et Babe. »

Toby ne parvint pas à deviner si elle plaisantait ou si Théo avait réellement décidé de la nommer ainsi pour une raison si bizarre. Il l'observa alors qu'elle replaçait une boucle brune derrière son oreille et résista difficilement à l'envie qui lui tiraillait le ventre depuis des heures. Il tendit ses doigts, se figea dans son geste au moment où elle releva les yeux vers lui, et laissa sa main retomber… Main qui finit sa course sur le poignet de l'adolescente qui plissa le front. Alors qu'elle avait auparavant conservé toutes ses questions dans un coin de sa tête, elle n'y tint plus, l'incompréhension se lisant dans son regard sombre.

« Tu comptes me toucher uniquement la main ou le poignet ? »

La déception perceptible de son ton était presque dissimulée derrière une légère colère, et il ouvrit la bouche une seconde avant de la refermer, trop hébété pour savoir quoi répondre. Non, il souhaitait toucher chaque minuscule particule de peau qu'elle voudrait bien lui offrir, dévorer, embrasser, embraser, suçoter, caresser, pourlécher toutes les parties de son corps qui s'exposaient simplement sous ses yeux. Mais pouvait-il réellement lui donner une telle réponse ? Il répliqua donc simplement :

« Qu'est ce qu'on t'a raconté sur moi ?

- Que… les cours d'Astronomie devraient sans aucun doute être payés en nature. » siffla-t-elle amèrement en balançant la tête en arrière, enfouissant son visage entre ses paumes.

Il éclata de rire, d'un rire impossible à réprimer et contagieux. Elle s'esclaffa à son tour en réalisant à quel point sa réponse pouvait paraitre stupide et il secoua la tête, un rictus scrupuleux déformant ses lèvres.

« Je dois avouer que j'y ai pensé… environ un millier de fois depuis ton arrivée à Poudlard. Mais, cette soirée représentait uniquement une leçon pour moi. J'espérais apprendre à te connaître un peu plus, discuter, peut-être t'embrasser en te raccompagnant. Je ne comptais pas te faire payer quoi que ce soit… et surtout pas de cette manière.

- Oh… »

Elle fut incapable d'émettre quoi que ce soit d'autre alors que la honte apparaissait sur son visage. Une honte telle que seuls les adolescents pouvaient la ressentir. Se fondre dans le sol et disparaitre demeurait la seule solution valable. Ou partir en courant. Ou lui sauter dessus pour lui faire oublier les dernières minutes.

« J'ai l'impression que l'idée ne t'aurait pas tant déplu que ça… »

Elle se releva d'un geste brusque, mais la main de Toby sur son poignet l'empêcha de détaler. Le regard réfrigérant qu'elle lui accorda ne suffit pas à lui faire lâcher prise. Il se dressa légèrement pour mettre son visage à la hauteur de celui d'une Ella érubescente, et caressa cette rougeur du bout des doigts en un effleurement taquin.

« Tu n'es pas obligé de répondre, précisa-t-il avec un ricanement caustique visant probablement à l'embarrasser plus encore. Tous tes gestes de la soirée prouvent que tu t'étais préparée à cette éventualité et je trouve ça assez rassurant au fond… Au moins, je suis sûr que je te plais assez pour que tu l'envisages. On se rallonge ? Pour regarder les étoiles, précisa-t-il, moqueur, après un court silence. Promis, je ne toucherais aucune partie de ton corps tant que tu ne m'auras pas supplié de le faire ! »

Le sourire d'Ella réapparut à cette dernière réplique et elle sut qu'il était parfaitement sincère, ce qui lui donna une impression particulièrement plaisante… Elle dominait. Elle se rallongea lentement, prenant garde à ne pas trop le toucher, et il fit de même en se collant un peu plus à elle que précédemment. Il se remit à parler, sa voix douce et veloutée débitant un flot de paroles qui la berçaient. Légendes, mythes, histoires en tous genres, description de la voute étoilée qui se dessinait au dessus d'eux…

Elle écouta. Puis oublia. Cala son visage dans le creux de l'épaule de Toby qui continuait à parler d'étoiles alors qu'elle s'assoupissait. Les doigts du jeune homme papillonnèrent sur sa hanche qui s'était naturellement plaquée contre sa taille. Des frissons se formaient déjà sur sa peau alors qu'elle sombrait, bercée par ce qu'il racontait sans interruption. Il se tut dès qu'elle s'endormit réellement, et enfouit son visage dans ses boucles brunes, fermant les yeux un instant. Il se retrouva incapable de dormir, la brûlure torturant ses reins l'en empêchant, mais il la laissa tranquille en la voyant si paisible, comme si elle n'avait pas dormi aussi profondément depuis des siècles.

Patient, il attendit longtemps avant de s'obliger à la réveiller, plus par crainte que quelqu'un se demande où elle était que par réelle envie. Il aurait pu passer la nuit à la regarder dormir. Il caressa sa joue du bout des doigts et marmonna, sa voix désormais rendue rauque par un état d'excitation incapable à réprimer qui s'était développé à chaque mouvement de la cuisse d'Ella contre sa jambe.

« Il est plus de deux heures du matin… Il vaudrait mieux que nous sortions d'ici et que je te raccompagne. Sauf si tu tiens particulièrement à obtenir une retenue ? »

Elle ronchonna en secouant la tête –la demoiselle était de toute évidence grognon au réveil- et s'appuya davantage en lui en s'étirant, inconsciemment. Il s'éloigna rapidement pour éviter tout contact de plus et se leva, les muscles crispés. Elle fit de même quelques secondes plus tard en baillant et il s'esclaffa :

« Mon cours était si ennuyeux que ça ?

- Non, c'était… intéressant… Juste… J'étais épuisée. Désolée. Mais, on le refait dès que tu veux.

- Demain soir ? » proposa-t-il avec un sourire enjôleur.

Elle acquiesça simplement, et il ouvrit la porte, observa le couloir afin de vérifier qu'il était bien vide, puis lui tendit la main, qu'elle saisit comme à son habitude. Il referma une fois qu'ils furent sortis et il marmonna un mot de passe qu'elle ne saisit hélas pas.

« Tu viens ici depuis quand ?

- Deuxième année. Je tentais d'échapper à Peaves –tu sais, l'esprit farceur insupportable- et je me suis retrouvé dans ce que je croyais être un placard… Puis j'ai levé les yeux et le ciel est apparu. Apparemment, quelqu'un a lancé les mêmes sortilèges que ceux utilisés dans la Grande Salle bien avant que j'arrive à Poudlard. Mais personne d'autre ne connait ce lieu, ou du moins, je n'y ai jamais croisé qui que ce soit…

- Même pas tes mille et une petites amies ? railla Ella en se tournant vers lui tout en marchant.

- Surtout pas mes mille-et-une petites amies ! Je me contente généralement de la Salle sur Demande… »

Ella esquissa un sourire, désarmée par sa franchise alors que d'autres garçons auraient énoncé une phrase bateau à la « Je n'ai jamais connu une autre que toi »… Puis, elle l'interrogea encore, prête à lui poser toutes les questions qui lui venaient en tête.

« Et tu m'emmèneras à la Salle sur Demande, un jour ?

- Si tu veux la visiter et t'amuser à la découvrir telle que tu le souhaites, oui. Pour faire ce que j'y fais d'habitude, sans doute pas…

- Pourquoi ?

- Et bien… Toi, tu as l'immense chance de connaître ma salle préférée du château, contrairement aux autres, grâce à mon incroyable savoir en matière d'Astronomie. Mieux vaudra donc en profiter. »

Son sourire s'élargit à cette possibilité et elle sentit de légers picotements aux bouts de ses doigts, plus agréables qu'incommodants. Elle se demanda s'il servait le même baratin à toutes les filles, s'il avait toujours couché avec elles sur la paillasse sous la représentation du ciel. Et surtout, si elle aussi tomberait dans le panneau. Elle ne pouvait simplement croire qu'il soit si doux, après tout ce qu'elle avait entendu de lui en surprenant quelques conversations entre élèves. Il était arrogant, imposait un régime à la limite de la dictature, obtenait toujours les filles qu'il désirait… Et il la désirait elle.

« Vous êtes arrivée à vos quartiers, ma demoiselle ! »

Toby lui apprit cela d'un ton cérémonieux exagéré et elle réalisa qu'ils venaient d'emprunter le couloir de la Tour des Serdaigles. Son estomac se mit à jouer avec quelques autres organes, et elle eut brusquement envie de retourner dans la Pièce étoilée. Elle se sentit stupide. Après tout, ils se retrouveraient dans quelques heures… Il posa sa main libre contre sa joue et plongea son regard dans le sien, lui murmurant bêtement :

« Tu vas bien ? »

Ella acquiesça, comprenant qu'elle craignait par-dessus tout ce qui se situait derrière cette porte. Et si Maïa l'attendait ? Et si elle se permettait des réflexions et racontait aux autres élèves qu'elle avait passé la nuit dehors ? Et si Scott s'en mêlait ? Et si… La caressa de la main de Toby lui fit perdre le fil et elle prit conscience de la stupidité qui s'emparait d'elle. Depuis quand écoutait-elle les rumeurs et ragots courant sur les gens sans tenter de les connaitre personnellement ? Depuis quand les commentaires sibyllins des autres l'atteignaient-ils ? Son père aurait été largement déçu de son comportement en la voyant aussi passive.

Toby se pencha brusquement vers elle –ou du moins, elle ne l'avait pas vu venir, trop accablée par ses songes- et s'arrêta en la voyant reculer d'un pas, geste d'esquive trop équivoque pour qu'il n'y prête pas attention. Un sourire triste se posa sur sa bouche, puis il soupira, le souffle court :

« Je pourrais t'embrasser…

- Oui, tu pourrais, acquiesça-t-elle en avançant un peu.

- Tu…

- Tu me demandes la permission, là ? Vraiment ? »

La voix d'Ella se fit moqueuse alors qu'elle se jouait de la situation. Il la maintenait physiquement, ses mains posées sur elle comme pour la conduire à lui… Et pourtant, elle régentait elle seule le moindre mouvement. Il attendait un déplacement, un acquiescement, n'importe quoi qui lui ferait comprendre qu'il avait le droit. Rien ne vint. Il badina alors, trop impatient :

« Permission accordée ? »

Elle rit pour seule réponse et s'avança d'un pas vers lui. Il se pencha davantage… Et sentit la chaleur de la bouche d'Ella contre sa joue glaciale. Une simple bise, à défaut d'un baiser. Une bise prolongée par une caresse dès qu'une petite main se déplaça sur sa nuque, jouant un instant avec ses cheveux, puis glissant contre son dos. La main d'Ella arriva juste au dessus de ses fesses, puis remonta, sous son t-shirt, jusqu'à se plaquer sur ses reins. Ses lèvres se déplacèrent sensuellement jusqu'à sa mâchoire inférieure, qu'elle taquina un instant avant de glisser jusqu'à sa clavicule. Il la serra plus fort, la plaquant contre son torse. Comment s'y prenait-elle pour que des caresses si simples qui l'ennuyaient ordinairement deviennent si…

Il cessa de penser dès que la main d'Ella parcourut un peu plus son dos, et se figea. La respiration d'Ella s'heurta un instant, puis elle dégagea son visage de son cou pour le regarder dans les yeux. Il fuit son regard pour la première fois, ses muscles se crispant non plus de plaisir, mais de colère. Elle ouvrit la bouche pour parler. Aucun son n'en sortit. Elle fut incapable un instant de lui demander si ce qu'elle venait de sentir contre sa peau était bien ce qu'elle pensait.

Des cicatrices. Des dizaines et des dizaines de marbrures qui parcouraient la surface normalement plane du dos. Certaines avaient paru si profondes et larges qu'Ella –dans un désir assez malsain- souhaitait les voir, vraiment, et l'interroger aussi.

« Tu… Tu t'es fait ça comment ? bégaya-t-elle au bout d'une longue minute de silence.

- Ce n'est pas important. Tu… Bonne nuit, Ella. »

Il posa un bref baiser sur sa joue et se recula sans la lâcher des yeux, avant de tourner les talons, enfonçant ses mains dans les poches avec un air tourmenté qu'elle aurait souhaité effacer. Il semblait vouloir la fuir, s'en aller aussi loin que possible. Elle l'interpela, ne lui laissant pas l'occasion de se défiler. Finir la soirée comme ça lui paraissait au dessus de ses forces. Il se retourna en l'entendant et elle lui accorda un sourire forcé et tordu.

« Tu voudrais bien avoir une compagnie pendant ta course demain matin ? demanda-t-elle avec un sourire. J'aime bien courir, alors… Si tu veux bien… »

Un bref hochement de tête peu enthousiaste lui offrit une réponse positive, puis il quitta les lieux, la laissant seule et perdue au beau milieu du couloir. Elle se retint de ne pas lui courir après, et revint vers sa Salle Commune, dépitée par cette fin de rendez-vous. Elle aurait dû l'embrasser. Elle s'injuria avant de passer la porte et se figea, réalisant que contrairement à ce qu'elle avait espéré, elle ne pourrait aller se coucher et se répéter inlassablement chaque seconde de cette nuit. Elle devrait des explications...

Au charmant comité d'accueil qui l'attendait impatiemment.

.

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Se glissant dans ses draps, Ella tenta d'apaiser la fureur qui annihilait désormais toutes les émotions ressenties lorsqu'elle était encore en compagnie de Toby. Elle remonta sa couverture jusqu'à son menton après avoir adressé un dernier regard de dédain à Maïa, celle qui l'avait vendue en prévenant le professeur Flitwick de son absence dans le dortoir. Flitwick qui avait alerté la directrice et Harry, eux-mêmes ayant appelé Neville et Severus Rogue… Qui pendant plus de trois heures avaient fouillé chaque recoin de l'école pour la retrouver, inquiets sans raison valable. Un discours sur l'importance du règlement –par Minerva, un autre sur la sécurité –sans doute ironique car venant d'Harry, et quelques menaces de retenues plus tard, Ella avait enfin pu remonter au dortoir.

Scarlett s'était contentée d'une moue désolée, apparemment confuse de n'avoir pu empêcher l'action de Maïa, action qui avait réellement ruiné une soirée plutôt plaisante au départ. Ella ferma les yeux, contenant tant bien que mal l'envie d'aller hurler à Maïa mille questions avant de la frapper –avec un oreiller… Elle comprenait l'amitié qui liait la jeune Londubat à Scott et acceptait même d'être ignorée. Mais que Maïa soit allée la dénoncer auprès des professeurs lui paraissait exagéré. Surtout qu'elle avait écopé de devoirs supplémentaires en Sortilèges et d'une retenue le vendredi soir suivant, punitions sans doute méritées, mais obtenues à cause d'une fille qu'elle connaissait à peine.

Ella tourna le dos à Maïa pour regarder Scarlett qui s'était allongée sur le côté elle aussi. Elle eut brusquement envie de rejoindre la brune dans son lit pour lui raconter la soirée dans les moindres détails, comme les filles le faisaient habituellement –enfin, à ce qu'Ella savait car elle n'avait jamais partagé de secrets avec qui que ce soit. Elle s'apprêtait à ouvrir la bouche quand un raclement de gorge lui parvint depuis l'autre côté de la chambre, son émis par une Maïa sur le qui-vive. Scarlett roula des yeux dans ses orbites et Ella put lire un unique mot plein de promesses sur ses lèvres : « Demain ! ».

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Toby furetait sans but dans le château, incapable de chasser le parfum d'Ella de son odorat, inapte encore à oublier la langueur de ses caresses, la tendresse de sa bouche sur la peau de clavicule, l'angoisse teintée d'impatience qui avait illuminé son visage au début de leur soirée, puis sa détermination dès qu'elle s'était rendue compte de son pouvoir de contrôle… Il étouffa un bâillement alors que le soleil se levait face à lui. Pas une seule seconde il n'avait songé à aller se coucher, trop embrumé par ses idées pour pouvoir fermer l'œil. Il s'épuisait. Pourtant, dès qu'il songea au fait qu'Ella le rejoindrait pour courir, toute fatigue s'évanouit et il se surprit à sourire.

Il passa par les toilettes du deuxième étage, se soulagea la vessie, et profita des robinets pour boire, réalisant qu'il mourait de soif sans y avoir prêté la moindre attention précédemment. Il se jeta un peu d'eau au visage, ses yeux cernés de noir lui donnant un air de zombi peu appréciable. Il bailla, glissa sa main dans ses cheveux –les ébouriffant au passage- et tenta de retrouver une apparence convenable. Manifestement, son reflet ne voulait lui renvoyer l'image éclatante habituelle, et il sortit des toilettes avant de se diriger vers les sous-sols. Il se sentait obligé de se doucher et de se changer avant d'envisager de revoir Ella, même s'il devrait repasser par cette étape après également.

Il se retrouva dans la salle commune faiblement éclairée en un petit quart d'heure et grimaça en découvrant ce qui l'attendait. Ou plutôt celui qui l'attendait. Severus Rogue, installé sur un fauteuil au centre de la pièce, n'avait pas bougé, s'empêchant même de fermer les yeux pour patienter jusqu'à l'arrivée de son élève qui –il le savait- avait eu son rôle à jouer dans la presque nuit blanche d'Ella. Toby comprit immédiatement d'ailleurs ce qui conduisait le Maitre des Potions à se trouver dans ce lieu à une heure si matinale –prouvant d'ailleurs qu'il n'avait pas dormi non plus.

« Ella a été punie ? s'enquit-il d'une voix rauque sans se soucier de ce qu'il écoperait lui aussi, bien plus inquiet pour la jeune fille qu'il avait conduit à contourner le règlement.

- Quelques devoirs de plus en Sortilèges, et une retenue. Tu risques bien pire, Harry Potter n'est pas là pour parler en ta faveur. Tous les samedis pendant un mois, cela suffira je suppose à te faire entrer un peu de plomb dans la cervelle. »

L'enseignant paraissait en colère, sans que Toby ne parviennent à comprendre exactement pour quelles raisons. Ce n'était pas la première fois qu'il passait la nuit dehors, et même lorsque Severus l'apprenait, il lui demandait simplement d'éviter de se faire prendre. Jamais il ne s'était montré agacé ou même inquiet pour lui. L'adulte sembla lire dans ses pensées, car un petit sourire en coin se posa sur sa bouche et qu'il s'obligea à expliquer les raisons de sa si soudaine prise d'autorité.

« Ella a de multiples ennemis…

- Les Serpentard ont compris le message. Ils ne l'attaqueront plus. Et Ella peut supporter les quelques petites piques qu'ils lui envoient dans les couloirs ou en classe… Elle est assez solide pour les subir sans répliquer.

- Je parlais d'autres ennemis, Tobias.

- Ceux qui s'en sont pris à son père, déduit l'adolescent en se crispant.

- Oui, et si jamais ils entraient dans Poudlard, qu'Ella soit en train de se balader dans le château en pleine nuit leur faciliterait un peu trop la tâche ! Nous avons dressé de nombreux sortilèges dans son dortoir, mais si elle passe ses nuits ailleurs, j'estime préférable d'en être informé. Afin que nous puissions la protéger. »

Toby resta coi un instant, profondément stupéfait de ce que venait de dire son professeur qui –même s'il le considérait comme un membre à part entière de sa famille- représentait également une certaine autorité très stricte. Et s'il avait bien compris…

« Tu veux dire que nous pourrons toujours nous voir et…

- Vous êtes des adolescents. Si je vous demande d'éviter de sortir la nuit, vous vous empresserez de contourner toutes les interdictions. Je préfère donc simplement t'interroger afin que nous ne passions pas une nouvelle nuit à nous angoisser… Je suis persuadé que tu saurais la défendre, sois en sûr, mais il vaudrait mieux que vous soyez en sécurité. Je lancerais quelques sortilèges autour de la Pièce Nuit. Et puis, tant que vous vous protégez… »

Toby ouvrit la bouche plusieurs fois –faisant fi du sous entendu perçant derrière cette dernière phrase- avant d'articuler :

« La quoi ?

- La Pièce Nuit. Comment l'appelles-tu ?

- La… Pièce étoilée… Mais… Comment se fait-il que…

- J'ai moi aussi été étudiant dans ce château, je te le rappelle. Mais si ça peut te rassurer, je crois qu'on peut compter sur les doigts d'une main le nombre de personnes qui l'ont découverte. La plupart ne lèvent pas les yeux en entrant et n'ont jamais connu sa particularité. D'autres sont morts depuis.

- Mais pourquoi personne n'est venu nous chercher là-bas cette nuit dans ce cas ?

- J'avais peur d'interrompre quelque chose. »

Ton railleur, sourire narquois, regard plein de sous-entendus. Le Severus Rogue dans toute sa splendeur. Toby éprouva même quelques difficultés à ne pas rougir et s'expliquer –ce qui ne lui arrivait jamais car il jaugeait que sa vie ne concernait que lui et qu'il assumait ses actes. Il passa sa main dans ses cheveux avec un air gêné et se racla la gorge, mal à l'aise. Severus se leva de son siège et s'avança vers Toby, jusqu'à poser sa main sur son épaule affaissée.

« Allez, file te coucher pour une petite heure. Si tu t'endors en cours de Potions, la punition augmentera… »

Toby esquissa un sourire avant d'acquiescer, se moquant de mentir –ou plutôt de dissimuler la vérité- au professeur. Il s'échappa finalement de la salle en direction des dortoirs alors que Severus quittait les quartiers de Serpentard. L'adolescent récupéra des vêtements dans la valise au pied de son lit, un t-shirt et un bas de jogging pour courir, et fila à la salle de bain. Il se dévêtit et se glissa sous le jet d'eau –gelée comme toujours- qui lui meurtrie la peau sans qu'il ne s'en souci. Il appréciait la froideur revigorante des douches depuis toujours, et celle-ci eut au moins le don de le réveiller un peu.

Sortant de la cabine de douche, il écarquilla les yeux en découvrant Sam, adossée au mur dans sa nuisette blanche tranchant sur sa peau sombre. Elle souriait et il secoua la tête en prenant une serviette de bain dans laquelle il s'enroula.

« Je sais que nous avons été élevés ensemble, mais que tu ne penses pas un minimum à respecter mon espace privé –surtout lorsque je me douche…

- Pour ce qu'il y a à voir, minauda Sam avant de lui tirer la langue. Je voulais juste savoir où tu as passé la nuit. Je t'ai attendu jusqu'à deux heures.

- Tu joues à la maman maintenant ?

- Je ne pensais pas qu'Ella serait le genre de filles à coucher le premier soir, remarqua-t-elle en plissant le front avec une moue suspicieuse.

- Ce n'est pas le cas. On ne s'est même pas embrassé. Rien du tout. Alors, calme donc la partie « perversité » de ton cerveau, et cesse de t'imaginer des choses. Maintenant, si tu veux bien me laisser un peu d'intimité… »

Sam acquiesça en prenant un air entendu, pour finalement agiter sa main dans un mouvement très spécifique qui sous-entendait qu'il avait besoin d'intimité pour une chose bien particulière.

« Je comprends ce que tu veux dire… »

Toby se saisit d'une bouteille de shampoing, menaçant, et Sam fila en courant presque avant qu'il ne soit tenté de la lui balancer en pleine tête. Il eut un petit rire et commença à se sécher, résistant difficilement au désir qui naissait dans son bas-ventre et qu'il aurait bien voulu satisfaire. Sans en avoir le temps. Il dompta donc tant bien que mal son envie et s'habilla rapidement, ne souhaitant pas faire attendre Ella trop longtemps. Il revint au dortoir, enfila chaussettes et baskets et partit en courant.

Il s'arrêta seulement lorsque l'herbe remplaça le bitume sous ses pieds, déjà essoufflé. Le manque de sommeil se ferait largement ressentir face à Ella qui elle s'était sans doute plus reposée que lui. Pourtant, elle était déjà allongée dans l'herbe, près du lac, là où ils s'étaient arrêtés la première fois. Il la rejoint en quelques minutes et elle lui adressa un demi-sourire.

« Pas assez dormi… » grogna-t-elle pour expliquer sa position, ses cheveux qui lui donnait l'apparence d'une personne ayant fourré ses doigts mouillés dans une prise électrique, ses yeux cernés à moitié clos et sa tenue presque débraillée.

Il éclata de rire avant de tendre sa main vers elle pour l'aider à se relever. Il la tira vers lui et elle faillit lui tomber dessus en vacillant, s'excusa d'une grimace et embrassa tendrement sa joue sans se soucier du fait qu'il désire obtenir bien plus. Il posa lentement sa main dans le bas de son dos et posa ses lèvres sur sa joue avec légèreté en digne réponse.

« Tu veux tout de même courir ? » s'enquit-il sans la lâcher, priant pour qu'elle lui offre une réponse négative et qu'ils puissent rester comme ça, l'un contre l'autre, pour longtemps encore.

Ella haussa les épaules en le scrutant, replaça une boucle brune derrière son oreille, mordilla sa lèvre inférieure, et haussa les épaules à nouveau. Au bout d'une courte minute, elle ne put retenir la question qui taraudait son esprit depuis des heures et à laquelle elle voulait absolument obtenir une réponse.

« Sur ton dos, ce sont des cicatrices, n'est ce pas ? »

Toby ferma les yeux un instant, mesurant la force de la rage qui s'empara de lui un instant. Rage non dirigée vers Ella, mais qui –comme toujours lorsque ses souvenirs entraient en compte- le désarçonnait et pouvait potentiellement le rendre violent, même envers des personnes innocentes. Ella sentit les doigts du garçon appuyer plus énergiquement contre son dos, mais elle ne se dégagea pas, attendant qu'il se calme de lui-même et réponde à sa question.

Il inspira profondément, rouvrit les yeux et sourit –ou plutôt força sur ses zygomatiques pour obtenir un rictus très étrange. Ses yeux pourtant reflétaient beaucoup plus de tourments qu'il ne serait jamais capable d'en évoquer. Il hésita un instant avant d'articuler :

« Oui, des cicatrices. Punition. »

Il se sentit stupide de ne pas réussir à formuler une phrase réelle avec un sujet, un verbe, un complément, mais ne savait faire mieux dans ces conditions. Les doigts d'Ella traçaient de complexes motifs autour de son nombril par-dessus son t-shirt, inconsciemment, et il reprit :

« Lucius… Mon grand-père. Il avait une drôle de manière de punir… C'était… il y a longtemps. »

Les doigts d'Ella interrompirent leur caresse en même que le souffle de leur maîtresse se coupait. Elle regretta un instant d'avoir évoqué le sujet alors que chaque muscle du corps de Toby s'était crispé et qu'il semblait sur le point de devenir réellement dingue. Pourtant, il conserva un calme approximatif détonnant, et ne craqua pas une seule seconde, son regard parlant bien assez pour lui dont le visage restait flegmatique au possible.

« Pourquoi ne les fais-tu pas disparaitre ? chuchota-t-elle après une longue minute où seules leurs respirations rompit le silence. Je veux dire… Toutes les cicatrices ou presque peuvent être effacées par magie de nos jours…

- Je ne veux pas qu'on me les enlève, coupa-t-il sèchement avant de baisser les yeux. C'est… un souvenir.

- Un souvenir ? répéta-t-elle en un rire. Parce que c'est le genre de souvenirs que tu aimes garder ? »

Le regard glacial qui lui renvoya suffit à la faire taire et elle s'éloigna imperceptiblement de lui. La main qu'il maintenait toujours sur ses reins l'empêcha de reculer davantage. Elle réalisa qu'elle était allée un peu trop loin, dépassant une frontière invisible entre ce qu'elle pouvait faire et ce qu'il valait mieux cacher.

« Excuse-moi… J'ai été indiscrète. »

Il ne se rendit pas compte qu'à quel point ce fut dur pour elle de prononcer ces mots et estima préférable de se détourner, sa main se déplaçant vaporeusement sur la hanche d'Ella avant qu'il ne l'enfonce dans sa propre poche. Ils restèrent face à face, silencieux l'un comme l'autre, incapable de continuer cette discussion ou d'en entamer une nouvelle plus plaisante. Aucun d'eux ne désirait badiner sur des sujets sans saveurs juste pour rompre le silence. Ils savaient à quel point parler pour ne rien dire s'avérait mortellement ennuyeux et ne souhaitaient s'enfoncer dans un jeu mondain.

Toby s'impatienta rapidement –n'ayant jamais apprécié ce genre d'instant gêné. Il sourit, plus sincèrement, comme amusé par une plaisanterie personnelle qu'elle voulait qu'il partage. Ses yeux se figèrent dans les siens, pétillants, aussi vif que le premier jour où leurs regards s'étaient croisés dans la Grande Salle et il prit son visage entre ses mains en coupe. Elle ne l'en empêcha pas, paralysée par elle-ne-savait-quoi. Il susurra lentement dans un sifflement aussi sensuel que les ondulations d'un serpent :

« Nous n'avons pas fini notre discussion d'hier…

- Premièrement, si tu parles bien que ce que je crois, ça n'avait rien d'une discussion. Il s'agissait de tout sauf d'un échange de paroles. Deuxièmement… cela s'est passé ce matin, à deux heures et non hier.

- Tu as décidé de jouer sur les mots ?

- Je joue toujours sur les mots ! polémiqua-t-elle avec une moue hautaine.

- Ella… Tais-toi ! »

Au lieu de s'offenser de cette sommation –prononcé avec humour- elle frémit de plaisir, alors que la poigne de Toby se renforçait, ce pendant qu'il approchait davantage son visage du sien.

« Miss Nott… Permission accordée ? »

Elle saisit immédiatement quelle permission l'intéressait. Elle n'était pas particulièrement disposée à la lui octroyer. Alors, aussi tendrement que possible, elle s'éloigna, lisant une résignation délectable dans son regard bleuté. Elle se mit sur la pointe des pieds, déposa un rapide baiser sur sa joue rosie par le froid et se mit à courir, s'arrêtant à une dizaine de mètres seulement pour crier :

« Seulement si tu arrives à me battre ! »

Il n'hésita qu'un millième de secondes avant de démarrer au quart de tour, Ella étant déjà loin devant lui. Il eut l'impression étrange qu'il ne s'agissait là que du début d'une course interminable et pourtant bien plaisante. Une course qu'il gagnerait s'il s'en donnait la peine. Une course dans laquelle –pour rien au monde- il n'aurait souhaité vendre sa place.

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Note de l'auteur _ Voili voilou ! Suis sûre qu'il reste quelques fautes, mais j'ai la flemme de relire une enième fois. Bref, Ella... Qui tente désespéremment de contrôler ses hormones sans réellement y parvenir -sans doute parce que l'auteur tordue n'y parviendrait pas non plus face à Toby. Toby à qui je veux toujours faire des bébés [=P je précise, c'est une façon de parler hein... xD]. J'aime beaucoup le passage où il dit à Ella de s'allonger & qu'elle s'imagine des trucs. Bref, une relation bizarre qui commence... J'sens qu'ils vont avoir du mal à capter qu'ils sont la même longueur d'ondes, qu'ils veulent les mêmes choses... surtout vu le côté torturé de Toby qui a encOr' quelques secrets à révéler. Que ce soit sur lui ou sur les autres "serpentards" ayant vécu au Manoir Malefoy pendant la guerre... Fin', bref... J'ai pas trop l'inspiration pour les bêtises [& pour les chapitres non plus si vous vous posiez la question]...

Questions - Combien de temps Ella & Toby vont-ils garder tous leurs vêtements & vont-ils vraiment les enlever un jour ? Pourquoi Lucius punissait-il Toby ? & qu'est ce qu'il a pu s'passer au manoir malefoy dix ans plus tôt (sachant que certains secrets concernent également Scarlett...)? Scott & Maïa vont-ils s'offrir un cerveau ou au moins s'envoyer en l'air histoire de penser à autre chose que saouler Ella ? [bah oui, parce que le sexe ça déride, non ? xD] Ouais bon j'avoue, j'ai que des questions débiles dans la tête là alors... J'vous laisse parler [écrire] à votre tour ! =]

Bisous bisous, Reviews, Reviews !

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