Note de l'Auteur _ Coucou ! Rah, désolée pour cet immentissime retard ! Mais avec le ptit séjour maternel -qui du coup a envahi mon pc pour ebay [Pfff !] dès que j'aurais pu m'installer, c'était un ptit peu compliqué... Surtout que je voulais -comme toujours- répondre aux reviews avant de poster... enfin, bref, j'ai fait tout mon possible avec le peu de temps que j'avais. J'ai tout de même -avant ça- réussi à écrire mon chapitre 16 *en une danse de la joie made in Tess xD* alors j'ai bien avancé... La fin du chapitre 16 marque un peu la moitié de la fiction ! [Enfin, en terme d'actions, après niveau nombre de chapitres, je ne pense pas forcèment dépasser les 25... Enfin, avec mes personnages c'est assez dur à dire !]

Enfin, bref, parlons d'abord de ce chapitre plutôt ! Le 13. Ce maudit chapitre 13 détesté ! Celui sur lequel j'étais bloquée pendant quasi 3 mois... Bon, je le trouve pitoyable -mais ma Lectrice-d'avant-première [XD] m'a dit qu'y avait aucun problème donc c'est peut-être simplement parce qu'il m'a torturé que j'l'aime pas... Chépô ! =/ Enfin quoi qu'il en soit, excepté... les 2 dernières scènes, eurk ! ^^' J'espère tout de même qu'il vous plaira à vous !

[Feufeupointnet ayant décidé de bien souler le monde -comme à son habitude- je suis désolée que certains n'aient pas pu accéder au chapitre directement. Enfin, c'était un souci indépendant de ma volonté. Juste l'un des charmants bugs constants de ce cher & tendre site à la noix ! Désolée encOr'... & petit conseil -étant donné que ça bug de plus en plus souvent- enregistrez vos reviews sur Word avant de cliquer sur envoyer. ça évite bien des problèmes. ]

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 13

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« L'unique règle de plaire est de trouver un appétit que l'on a laissé affamé. S'il le faut provoquer que ce soit plutôt par l'impatience du désir que par le dégout de la jouissance. »

Baltasar Gracian Y Morales

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Ella crut voir une pointe de doute au fond des pupilles grisées de Toby, doute qui disparut bien vite pour laisser place au plus fervent des compagnons : le désir. Il sourit –de son adorable petit sourire en coin Made in Malefoy prouvant qu'il était fier d'enfin parvenir à cet instant, et elle s'avança légèrement vers lui, la gorge nouée par l'appréhension. Non pas qu'elle hésite encore, mais elle craignait véritablement que cela se passe mal. Les baisers étaient importants. Eingil embrassait trop fort. Dolov la noyait sous l'afflue de salive. Bradley picorait sa bouche comme une poule mange des graines. En clair, rien de bien enthousiasmant…

Elle n'eut pas le temps de s'angoisser davantage que la bouche de Toby effleura la sienne, lentement, comme pour faire taire cette petite voix dans sa tête qui hurlait : « Et si c'était toi qui embrassait mal ? ». Le rythme de sa respiration s'accéléra ostensiblement, accompagné par les battements irascibles de son cœur. Il l'embrassa alors, jouant et taquinant ses lèvres des siennes, les mordillant parfois avec une tendresse animale.

Ses inquiétudes disparurent d'elles-mêmes et elle plaqua plus violemment sa bouche contre la sienne. Nullement décontenancé, il lui rendit son baiser avec la même passion en l'attirant contre lui alors qu'il s'allongeait dans le sable. De plus en plus ardente, leur étreinte se renforça davantage. Elle ne se détacha de lui qu'à regret lorsque le souffle vint à lui manquer. Elle sentit le sourire de Toby contre sa peau quand il cala son visage dans son cou, son rythme cardiaque affolé ne se calmant pas.

Puis il rit. D'un rire léger qui la désarçonna un instant. Elle se crispa un peu, se demandant ce qu'il y avait de drôle dans cette situation, et il s'appuya sur un coude, la regardant dans les yeux avant de prononcer :

« Nous sommes complètement trempés… »

Elle réalisa qu'il avait parfaitement raison et un frisson parcourut son échine.

« Et gelés…

- Et gelés, approuva-t-il la serrant contre lui comme s'il craignait qu'elle ne s'en aille. Je connais un moyen parfait de nous réchauffer. »

Son ton s'était fait plus sensuel, et elle s'esclaffa :

« Le contraire m'aurait étonné…

- Courir ! »

Elle s'éloigna légèrement de lui pour regarder son visage, cherchant à comprendre s'il plaisantait ou pas. De toute évidence, il se moquait d'elle. Sa première idée pour se réchauffer s'opposait à une course, et il la mit en pratique quelques secondes plus tard en reprenant là où ils s'étaient arrêtés. Elle se retrouva rapidement au dessus de lui, ses jambes mêlées à celle –trempées- du jeune homme. Une impression de plaisir extatique s'empara d'elle, comme le jour où –à 14 ans- elle avait bu une tasse pleine de tisane mêlée à de l'Apolylaire –plante de son père créée pour le plaisir des drogués et l'apaisement des souffrances des malades. Elle grelotta contre Toby lorsqu'il couvrit de baisers l'espace nu entre son cou et sa poitrine, suçotant le salé de sa peau humide. Elle glissa ses mains dans ses cheveux trempés, l'invitant à approfondir ses caresses. Il ne se fit pas prier. Ses doigts papillonnèrent le long de sa cuisse, infiltrant sans états d'âmes le dessous de la jupe d'Ella.

Ils furent brutalement interrompus par une vaguelette un peu plus grosse que les autres, laquelle les trempa jusqu'aux os. Ils se levèrent d'un bond, collés l'un à l'autre et éclatèrent de rire en se regardant. Il saisit sa main dans la sienne et l'attira vers la maison, comprenant qu'ils ne pourraient rester dehors plus longtemps sans risquer une pneumonie. Il s'arrêta sur le pas de la porte, frémissant comme jamais, et –tout en claquant des dents- bredouilla :

« Il est possible que je finisse bel et bien par tuer ton morveux de petit frère…

- Tant que tu t'en prends à Scott et non à Timy… Tu as le droit. Je ne pensais pas qu'il puisse être aussi méchant. Enfin, avec moi, je comprends, mais… Toi ? Qu'est ce qu'il a contre toi, sérieusement ? »

Elle secoua la tête, comme pour laisser s'échapper son envie de meurtre. Elle ne comprenait pas qu'on puisse désirer à ce point faire du mal à quelqu'un sans raison valable. Etait-ce simplement parce que Toby lui parlait ? Elle ne pouvait croire que Scott soit aussi stupide. Elle aurait bien du mal à le supporter –encore plus que d'ordinaire. Ils finirent par rentrer, se retrouvant dans la cuisine où flottait encore une bonne odeur de rôti. Ella allait rejoindre le salon quand Toby l'arrêta :

« Je crois qu'il vaudrait mieux que je monte directement me coucher. Je ne tiens pas particulièrement à recroiser Scott avant de m'être réellement calmé. Tu sais où je suis censé dormir ? »

Ella hésita un millième de seconde avant de sourire, l'air d'un seul coup plus sûre d'elle. Sa langue glissa sensuellement sur sa lèvre inférieure, puis elle chuchota :

« Mon lit. »

Toby haussa un sourcil interrogateur, un fin sourire satirique courbant sa bouche.

« Penses-tu sérieusement que les Potter vont accepter qu'on dorme ensemble ?

- Et bien… Oui, acquiesça-t-elle avec un sérieux détonnant. Enfin, il suffit que je le demande gentiment. De plus, nous ne ferons absolument rien d'interdit… On pourra juste être ensemble, comme toutes les nuits précédentes !

- A la seule différence qu'on s'est embrassé… Et qu'on pourra désormais faire beaucoup plus.

- Oui. Mais pas ce soir. Allez, monte… Et change-toi ! Je n'ai pas envie d'avoir du sable dans mon lit. Tu peux même prendre une douche si tu veux. J'arrive ! »

Il acquiesça avant de monter à l'étage supérieur sans attendre, un nœud d'impatience se formant dans son bas-ventre. Ella inspira à fond, hésita une seconde sur le palier entre la cuisine et le salon, puis se lança. Les discussions s'interrompirent et Winifred écarquilla ses yeux qui devinrent deux bulles émeraude. Ella réalisa qu'elle devait avoir une apparence totalement débraillée. Hypérion fut secoué par un rire et s'exclama :

« Il t'a balancé dans l'océan ou quoi ?

- Non… On a juste… On était un peu trop proches de l'eau. Harry, je peux te parler ? »

L'homme acquiesça avec un demi-sourire en se levant. Ella se doutait bien que Ginny n'accepterait jamais que deux adolescents dorment dans le même lit sous son toit et fassent elle-ne-savait-quoi… Harry serait probablement plus souple sur ce sujet que son épouse. Ella l'entraina dans la cuisine et il ne lui laissa pas le temps de parler :

« Je suis vraiment désolé pour ce qu'il s'est passé entre Scott et Tobias. Et Ron l'était aussi. C'est pour ça qu'il a ramené Scott chez eux, pour avoir une discussion et sûrement le punir jusqu'à la fin des temps. Je crois que le moment n'était peut-être pas le mieux choisi pour une tentative de réconciliation entre… les membres de l'Ordre et… les gens comme Toby.

- Il n'y a pas de réconciliation qui tienne, souffla Ella en comprenant brusquement pourquoi Harry avait accepté que Toby passe le week-end chez eux. Winifred et Toby se parlent normalement. Il n'y a plus de rivalité… Ou du moins il n'y en avait plus avant mon arrivée. Je crois que les enfants des deux partis s'ignorent depuis longtemps déjà et qu'il n'y a plus aucun problème à résoudre. Le temps fera le reste. Mais… Ce n'est pas de ça dont je voulais parler.

- Ah oui ? De quoi alors ?

- De Toby. Il peut dormir dans ma chambre ? »

Elle n'y était pas allée par quatre chemins et regretta immédiatement de ne pas s'être montrée plus douce et mesurée dans ses propos en voyant l'air d'Harry. Il venait apparemment de se prendre un Cognard invisible en pleine tête. Il se racla la gorge, son visage rougissant légèrement et bégaya :

« Je ne suis pas certain que ton père approuverait !

- Harry… j'ai proposé qu'on dorme ensemble. Je ne t'ai pas demandé le nom d'un sortilège de contraception !

- Encore heureux ! s'esclaffa l'homme en passant nerveusement sa main dans ses épis désordonnés.

- Les petits pourront dormir sur les matelas au sol avec nous. C'est juste qu'on a envie d'être tous les deux. Et puis, je ne tiens pas à ce qu'il dorme avec des amis de Scott qui ne l'apprécient pas du tout. S'il te plait ! »

Elle fit la moue. Adorable moue qu'il reconnut comme Hermionesque et à laquelle il ne pouvait physiquement pas résister.

« D'accord. Mais… Vous ne faites… rien de…

- Promis, coupa-t-elle avant qu'il ne finisse sa phrase –ce qui semblait être une torture. Juré ! »

Elle embrassa doucement sa joue mal rasée avant de tourner les talons, se dirigeant vers les escaliers. Elle se retourna avant de poser son pied sur la première marche et l'interpella alors qu'il s'apprêtait à rejoindre le salon.

« Et Harry…

- Oui ?

- Il va falloir drôlement t'entrainer avant que Winifred commence à avoir des petits-amis.

- Oui… ça c'est certain ! »

Elle lui accorda un sourire compatissant avant de disparaitre.

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Scott s'avachit sur le canapé avec un regard sombre. L'air nauséeux qu'il arborait ne devait rien au voyage par réseaux de cheminées, mais davantage aux images qui heurtaient son cerveau. Une nuance de culpabilité s'insinua en lui et il la refoula avec une force insoupçonnable. Il observa finalement son père qui faisait les cents pas dans leur salon. Scott ne l'avait jamais vu aussi en colère et redoutait la confrontation qui suivrait de leur entretien. Il savait qu'il avait été stupide. Complètement stupide. Mais ne pouvait admettre avoir commis une erreur. Et même sous la torture, jamais il ne céderait… Jamais il ne s'excuserait.

Ron cessa de marcher, frotta nerveusement ses mains contre son visage, et planta son regard dans celui de son fils. Il avala une goulée d'air, prit une profonde inspiration, et se lança :

« La guerre n'est pas un sujet sur lequel on plaisante, Scott Warren Weasley ! Ce n'était pas une promenade de santé ! Tes oncles sont morts ! Tes grands-parents sont morts ! Ça ne veut donc rien dire pour toi ? Tu n'avais pas le droit d'attaquer ce garçon sur un tel sujet ! C'était de la méchanceté gratuite et sans intérêt ! Ce n'était pas drôle ! Ce… »

Scott baissa les yeux. Son père semblait au bord du rouleau, à la limite de la crise de nerfs. Scott prit conscience de la dureté de ce qu'il se passait autour d'eux depuis quelques temps. Et même si Ron se montrait d'apparence solide –comme tous les pères se doivent de l'être devant leurs enfants- il paraissait perdre la tête cette fois ci. Scott s'en voulut un peu de s'ajouter à ses problèmes. Ron se laissa finalement retomber dans son siège et appuya son front entre ses mains, inspira et expira à de nombreuses reprises, puis finalement soupira :

« Je ne te demanderais pas de t'excuser. Je sais que tu n'en as pas envie et que tu ne le feras pas. De plus, je doute sérieusement que ça serve à quelque chose. Je te demanderais juste de cesser de te comporter comme tu le fais ces derniers temps. Ella n'a pas demandé à venir au monde, elle n'a pas non plus demandé à ces gens –quels qu'ils soient- d'enlever son père pour s'insinuer dans nos vies… Elle n'a rien fait pour que ça arrive, Scott. Si tu te montrais désagréable envers ta mère, je le comprendrais parfaitement. Mais ce que tu fais subir à Ella est simplement incompréhensible ! Alors avec Malefoy, je suis encore moins disposé à saisir ce qu'il s'est passé. Tu peux m'expliquer ? »

Scott secoua la tête en signe de dénégation, fuyant le regard de son père qui s'enfonça dans son fauteuil.

« Très bien… Alors, tu rentreras tous les week-ends à la maison à partir de maintenant. Plus de musique. Plus de téléphone. Plus de sorties. Plus de Maïa en dehors des cours. Tu vas en classe, tu fais tes devoirs, c'est tout. Ah, et plus de Quidditch. »

Scott se leva d'un bond.

« Quoi ? Mais papa, je suis dans l'équipe des Serdaigles ! Je ne peux pas quitter mon poste en plein milieu d'année !

- Si, tu le peux, rétorqua Ron en se redressant. Et si je vois que ton comportement envers Ella ne s'améliore pas, tu iras chez Fleur et à Beauxbatons jusqu'à ce qu'Ella rentre chez elle.

- Tu plaisantes ? s'étouffa Scott. Tu… Tu ne peux pas… C'est à elle de partir ! J'étais là bien avant elle ! »

Ron fut secoué par un rire sombre, se leva de son siège, haussa les épaules avec un sourire moqueur.

« Non, Scott. Elle est arrivée dix mois avant toi. C'est bien pour ça que tu lui en veux, non ? »

L'adolescent se figea et des larmes apparurent aux coins de ses yeux. Ron baissa les siens pour ne pas le voir. Scott articula difficilement :

« C'est injuste !

- Non, Scott. Ton comportement envers Ella, envers cette Scarlett, envers Malefoy… ça c'était injuste. Ta punition est parfaitement méritée, et tu le sais. Maintenant, je vais retourner à la fête et toi tu vas rester ici. »

Il tapota mécaniquement l'épaule de son fils avant de s'approcher de la cheminée sans se retourner. Il pouvait se montrer responsable, mais savait parfaitement que voir son fils triste ferait fondre un peu de sa fermeté inhabituelle. Il quitta la maison en une volute de fumée et Scott resta un instant sans bouger. Après quelques minutes, il sortit du salon et monta dans sa chambre, s'écroulant sur son lit en tentant de retenir l'amertume qui lui brouillait l'estomac. Derrière ses paupières closes, le visage contracté de fureur de Toby lui parvint. Il rouvrit les yeux et laissa s'échapper quelques larmes.

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Toby sortit de la salle de bain, une serviette nouée autour de la taille, ses cheveux mouillés dégoûtants sur son front l'albâtre. Un petit sourire en coin apparut sur son visage dès l'instant où il aperçut Ella, laquelle –assise sur son lit- s'empourpra en découvrant le peu de peau qu'il avait couverte. Il se pencha vers son sac à dos et en extirpa quelques vêtements, sentant le regard d'Ella qui ne le quittait pas. Il se tourna vers elle avec un demi-sourire, et railla :

« Tu peux te retourner le temps que je me change, ou tu préfères regarder ? »

Ella fit mine d'hésiter avant de se lever, quittant son lit pour se diriger vers la porte. Il l'arrêta en attrapant son poignet, l'attirant vers lui avec une certaine fermeté. Elle glissa ses mains entre leurs bustes en plaquant sa main contre le torse encore humide de Toby.

« Je vais me doucher pendant que tu t'habilles. C'est plus raisonnable à mon avis. Et… Mieux vaut être raisonnable pour ce soir ! »

Elle posa ses lèvres sur les siennes, en un simple effleurement et quitta les lieux sans lui laisser le temps de renforcer leur baiser. Elle se retrouva dans la salle de bain en quelques minutes et s'y enferma, le cœur battant. Elle se déshabilla rapidement, empressée à l'idée de retrouver Toby. Elle fila sous la douche, se frotta énergiquement la peau avec un gant, enfila un t-shirt trop long par-dessus un boxer après s'être séchée, et sortit de la salle de bain sur la pointe des pieds, ne souhaitant pas croiser un membre de l'Ordre –plus particulièrement Hypérion et sa langue bien pendue.

Elle referma la porte de sa chambre derrière elle avant de se tourner pour observer Toby, lequel s'était nonchalamment installé sur son lit, portant pour seul vêtement un pantalon de pyjama noir et vert. Et il feuilletait…

Ella se retrouva sur lui en un millième de seconde et tenta de lui arracher le journal de son père des mains. Elle se retrouva allongée, coincée entre le matelas et le corps de Toby, lequel avait emprisonné ses poignets dans une seule de ses mains, l'autre tenant toujours le Carnet de Théo.

« Un souci ?

- Lâche ça !

- Sinon quoi ? »

Elle le fusilla du regard et il poussa un soupir en reposant le journal là où il l'avait trouvé –sur la table de nuit. Ella réalisa brusquement que leur position pouvait porter à confusion et qu'il en profitait pleinement. Le sourire qui se peint sur ses lèvres confirma qu'il s'amusait particulièrement en cet instant. Il enfouit son visage dans son cou pour y déposer quelques baisers et ses jambes s'enroulèrent instinctivement autour des hanches du jeune homme. Elle encercla son cou de ses bras et l'invita à l'embrasser, ce qu'il fit sans opposer la moindre résistance. Elle appuya involontairement son bassin contre le sien, et un grognement sourd échappa à Toby. Elle entrouvrit ses lèvres pour permettre à sa langue une intrusion délicate. Il mordilla légèrement la sienne…

« Vous faites quoi ? »

Toby se redressa d'un mouvement brusque, retrouvant une position plus décente alors qu'Ella passait ses doigts dans ses cheveux en tentant de réguler les battements de son cœur. A l'entrée, Timothy et Nyx les observaient avec un air curieux qu'il leur faudrait très vite faire disparaitre. Toby se racla distraitement la gorge en essayant tant bien que mal d'apaiser la tension enflammant ses reins. Ella lui jeta un coup d'œil alarmé avant de balbutier –d'une voix suraiguë :

« On… jouait !

- Vous jouiez à quoi ? s'enquit Nyx, de toute évidence très intéressée. Je ne le connais pas ce jeu là.

- Encore heureux… siffla Toby entre ses dents avant de continuer à haute voix : C'est un jeu pour les grands.

- Vous n'êtes pas si grands que ça, vous !

- En effet… Mais euh… On s'entrainait ! »

Ella enfonça ses dents dans sa lèvre inférieure pour s'empêcher d'éclater de rire. Toby avait apparemment du mal à s'en sortir avec les mensonges innocents de ce genre. Et elle n'avait pas particulièrement envie de l'aider. Elle le trouvait bien trop adorable comme ça, à tenter de se dépatouiller à expliquer une telle chose à des enfants de sept et huit ans. Il passa sa main dans ses cheveux avant de marmonner avec un air gêné :

« Vous venez vous coucher ?

- Oui, acquiesça Timothy, l'air moins passionné par le « jeu de grand » car trop fatigué. Ella…

- Oui ?

- Je peux dormir dans ton lit ? »

Ella ouvrit la bouche, la referma, interrogea Toby du regard. Il poussa un léger soupir de frustration avant de se laisser glisser au sol, sur le matelas le plus proche en signe d'acceptation. Elle le remercia avant de tendre ses bras vers Timothy, lequel vint rapidement se blottir contre elle. Nyx s'installa sur un autre matelas. Ella savait que d'autres viendraient dormir dans sa chambre et elle espérait que Maïa ne ferait pas partie de ceux là. Elle s'allongea, laissant sa main dépasser du lit à portée de Toby, lequel la saisit en lui décochant un rictus charmeur.

Elle s'endormit ainsi, sa main figée dans celle de Toby, les cheveux de son petit-frère caressant son épaule. Un sourire aux lèvres.

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Hermione ramassa quelques affaires trainant au sol en se baladant entre les matelas pour voir si les enfants dormaient bel et bien. Un sourire attendri se posa sur son visage lorsqu'elle découvrit les mains liées de Toby et Ella, puis elle fronça les sourcils en remarquant que Timothy s'était blotti contre sa toute nouvelle grande sœur comme il ne le faisait habituellement qu'avec sa mère. Elle s'avança vers son petit dernier pour déposer un baiser sur son front en signe de « Bonne nuit ».

Puis son regard se dirigea involontairement vers Ella. Ses cheveux –identiques aux siens- s'enroulaient autour de son cou. Ainsi endormie, dans la pénombre grandissante, elle ressemblait beaucoup plus à Hermione, laquelle ne put s'empêcher de se pencher au dessus d'elle. Un frisson parcourut tout son corps. Elle hésita. Une seconde. Puis deux. Puis trois. Finalement se pencha davantage jusqu'à ce que ses lèvres frôlent le front de la jeune fille. Elle l'embrassa tendrement, plus maternelle qu'elle ne le souhaitait au départ. Ella ne frémit qu'à peine.

En se redressant, Hermione croisa le regard interrogateur de Toby, qui lui ne dormait pas. Elle le fuit simplement, priant silencieusement pour que le jeune homme ne raconte pas ce qu'il venait de se produire à Ella le lendemain matin. Elle caressa une dernière fois la tignasse rousse de son fils, puis se retourna.

Son attention fut attirée par la couverture bleue d'un petit carnet qu'elle reconnut pour avoir vu Théo griffonner dessus des milliers de fois durant leur périple Brésilien. Elle jeta un regard en arrière pour vérifier qu'Ella dormait bien avant de le saisir. Elle s'en voulut presque d'agir comme une voleuse, mais ne put contenir la vague d'appréhension teintée d'excitation qui bouillonna dans son ventre. Elle sortit de la chambre sur la pointe des pieds, le petit carnet serré contre sa poitrine, et ferma la porte derrière elle.

La lumière du couloir lui picota un instant les yeux. Elle descendit quelques marches, s'assit sur les escaliers, ouvrit le carnet à la première page avant de le feuilleter en réalisant que Théo ne consignait pas des informations sur les elfes, mais des informations sur eux. Sur le couple qu'ils avaient si brièvement formé. Elle inspira profondément, aspirant toute la force qui lui manquait depuis des semaines dans l'air.

Jour 69.

Je n'avais jamais passé tant de temps enfermé dans une chambre, même à l'époque où les jumelles Greengrass s'occupaient de nous « distraire » Drago et moi. Hermione dort depuis ce qui me semble être des heures et j'ai toujours autant envie d'elle. Je dois concentrer toute mes forces pour ne pas la réveiller pour recommencer. Ses cheveux frisotent sur sa nuque à cause de l'humidité et de la chaleur ambiante. Ses lèvres sont d'un rouge vif à force de baisers trop passionnés. Elle n'a jamais été aussi belle. Je ne peux pas m'empêcher pourtant de penser que je ne devrais pas me trouver là, que la place appartient déjà à un autre depuis trop longtemps… La culpabilité n'apaise malheureusement pas mon envie d'elle.

Hermione cligna plusieurs fois des paupières, laissant les larmes brouillant sa vue couler sur ses joues. Elle rougissait malgré elle, touchée –plus qu'elle n'aurait dû l'être- par les compliments de Théo, par la façon dont il parlait d'elle, presque avec vénération. Elle tourna quelques pages.

Jour 80.

Je n'arrête pas de penser à Ron. Il me réduirait sans doute en charpie s'il apprenait ce qu'il se passe ici. Je le comprendrais aisément, ne lui en voudrais même pas. J'ai tenté d'évoquer le sujet avec Hermione cette nuit, lui demandant ce qu'il se passerait à notre retour au QG, de ce qu'on dirait. Elle a évité le sujet. Elle m'a distrait pour que je l'oublie moi aussi. J'ai cédé. Je ne me suis jamais senti aussi influençable, autant dominé… Pas par mes hormones –j'ai passé l'époque « adolescence » depuis longtemps- mais par elle. Elle qui serait sans doute capable de faire de moi ce qu'elle veut. De mon corps. De mon cœur. De moi tout entier. Je me demande si elle en a conscience… Sûrement pas. Tout n'est que bonté chez elle. Elle serait incapable de se servir de qui que ce soit.

Hermione fut secouée par un petit rire, se moquant de lui autant qu'elle se moquait d'elle. Si, bien sûr qu'elle en avait conscience à l'époque. Elle n'en jouait pas particulièrement cependant, se sentant étrangement fautive dès qu'elle lui demandait quelque chose. Dans l'enceinte close de leur chambre, elle s'attendait pourtant à ce qu'il se pli à ses moindres désirs… Comme elle se pliait au moindre des siens. Y penser lui provoqua quelques agréables fourmillements dans le bas-ventre et elle ferma les yeux avant de tourner encore quelques pages.

Jour 103.

En nous voyant rentrer de la Baia Vermelha où nous venions de nous baigner –et plus…- Masra Stratós nous a regardé avec un sourire étrange. Je sais que pour eux, la Baie est un endroit plus que sacré et j'ai crains un instant qu'il ne nous punisse du peu de considération que nous portions à certaines de leurs croyances. Pourtant, lorsque nous nous sommes approchés de lui, il a simplement dit avec son accent tout en roulements de -r :

« Vous devriez faire attention, mes amis. La Baie accorde parfois de drôles de surprises. »

Hermione s'est immédiatement intéressée à ce qu'il disait, croyant probablement qu'il parlait d'une créature –comme celle du lac de Poudlard. Il l'a vite faite déchanter.

« Nos femmes nous conduisent dans la Baie pour faire l'amour lorsqu'elles veulent procréer. »

Hermione a éclaté de rire, sans pouvoir se contrôler.

« En clair, l'eau de la Baie apporte une fécondité infaillible, c'est ça ? »

Elle se moquait cette fois. Le regard de Masra Stratós a oscillé entre elle et moi, il a haussé les épaules avec le sourire en coin de celui qui sait tout, puis a acquiescé.

« Je n'ai fait l'amour dans la Baie qu'une fois, mes amis, avec une seule femme. Eingil est né neuf mois plus tard. A vous de voir cela comme un hasard. Mais chez nous, c'est une certitude : les pouvoirs de cette Baie sont immenses et inexplicables. Que vous ne croyiez pas en elle ne l'empêchera pas d'être magique. »

Il tourna les talons sans se départir de son sourire. Hermione, elle, avait blêmi. Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire. Je n'y crois pas. Je crois qu'elle si. Et je crois qu'elle est retournée à la Baie quelques heures plus tard pour lui parler… Hermione passe trop de temps avec les Elfes, et écoute beaucoup trop ce qu'ils disent. Je me suis pourtant surpris à espérer que Masra Stratós ait raison. A imaginer un mini-elle-et-moi… Une mini-elle-et-moi. J'ai pensé à Ron et j'ai cessé d'imaginer.

Hermione avala plus difficilement sa salive, et referma brutalement le carnet, lui en voulant un peu d'avoir imaginé un enfant comme si Ella existait à cause de ça. Elle se souvenait d'être retournée à la Baie après avoir discuté de cette légende –un peu trop confirmée- avec la Reine. Elle s'était assise, les pieds dans l'eau, et lui avait mille fois demandé pardon, priant pour la première fois de sa vie, priant pour que les pouvoirs de cette baie n'aient pas agis sur elle. Quelques semaines plus tard, lorsqu'elle avait compris qu'elle était enceinte, elle avait m audit cette surface plane et réfléchissante, ce lieu magique qui faisait de sa vie un enfer. C'était si simple d'en vouloir à de l'eau, au lieu de s'en vouloir à elle-même.

Elle se releva finalement, ne pouvant –ne voulant- en lire davantage. Elle se glissa à nouveau dans le couloir et cessa de marcher en découvrant Ella. Le regard fixé sur le carnet bleu qu'elle tenait, l'adolescente semblait partagée entre la colère et la curiosité. Elle choisit la colère, s'approcha de sa mère, lui arracha le journal des mains et tourna les talons. Hermione ne songea même pas à la rattraper, comprenant que si Ella avait lu les mots de Théo, elle avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir. Simplement parce qu'elle-même s'en voulait.

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Ella se réveilla contre le torse de Toby qui se soulevait et s'abaissait à chaque inspiration. Elle était revenue se coucher à ses côtés après avoir retrouvée Hermione avec le journal de son père et ne le regrettait pas. Dans ses bras, elle avait réussi à oublier les mille interrogations chamboulant ses neurones. Toby glissa lentement sa main à l'intérieur de sa cuisse et elle ouvrit les yeux en grand, apercevant son sourire goguenard et ses yeux pétillants. Elle posa sa main par-dessus la sienne pour l'arrêter avec un regard de réprimande.

« Les petits ! » murmura-t-elle pour lui rappeler la présence des enfants dans la pièce.

Il roula des yeux dans ses orbites avant de remonter un peu sa main, jusqu'à frôler l'ourlet de sa culotte. Elle lui tira bêtement la langue en tentant de dominer le volcan qui semblait se former dans son bas-ventre à chaque occasion, prêt à exploser. Un bruit au dessus de leurs têtes les arrêta et Toby releva la tête, voyant Timothy se rouler en boule dans sa couette en marmonnant quelques mots sans sens. Il esquissa un sourire presque attendri et Ella ne put s'empêcher de sourire à son tour avant de s'éloigner, préférant observer une certaine distance entre leurs corps. Il fit la moue avant de soupirer :

« Je vais courir. Tu viens ?

- Courir ? refit-t-elle en haussant légèrement le ton. C'est le week-end ! On ne court pas le week-end, c'est… le week-end !

- Et alors ? s'esclaffa-t-il. Je cours tous les jours, même le dimanche. Je pense aller sur la plage… Je suis sûr que tu es prête à transpirer avec moi ! »

Le sous-entendu sibyllin de cette phrase n'échappa pas à Ella, qui s'empressa de lui donner un léger coup au ventre. Il se releva sans attendre de réponse, espérant qu'elle le suivrait, rompant ainsi son habitude du « week-end fainéant ». Elle le fit. Ils tentèrent de faire le moins de bruit possible, tous les autres dormant encore autour d'eux, récupérèrent quelques vêtements et se faufilèrent jusqu'à la salle de bain. Sans aucune pudeur, ils se changèrent l'un devant l'autre, restant en sous-vêtements un peu plus longtemps que nécessaire comme pour s'appâter.

Une fois vêtus, ils quittèrent l'étage pour le rez-de-chaussée, là où la plupart des adultes dormaient –ou plutôt campaient- et se glissèrent à l'extérieur de la maison. Le vent lacéra leurs joues, les rougissant brutalement. Ella regretta d'être sortie. Les vagues s'heurtaient au sable et aux rochers, envoyant de l'écume un peu partout autour, menaçante. Elle n'aimait pas vraiment l'eau… Sans doute parce que sa mère l'adorait. Elle hésita un millième de seconde avant que Toby ne saisisse sa main :

« On aura chaud en courant ! »

Il avait parfaitement raison.

A l'intérieur, certains adultes commençaient à se réveiller, Hermione la première étant donné qu'elle n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit, hantée par des souvenirs de plus en plus envahissants. Elle atteint la cuisine sans se cogner à personne –ou du moins, elle n'en eut pas l'impression- et fit chauffer le café, espérant ainsi réussir à se donner un peu de tonus. Ginny la rejoint quelques minutes plus tard et se servit une tasse brûlante tout en bayant à s'en décrocher la mâchoire.

« Bien dormie ? questionna-t-elle avec un petit sourire crispé –le même depuis plus de seize ans.

- Pas vraiment non, avoua Hermione en baissant les yeux sur le liquide noirâtre reposant au fond de sa tasse. J'avais trop de choses en tête.

- Il faut avouer que le petit discours de Tobias Malefoy a eu don de me faire faire des cauchemars à moi aussi !

- Ce n'est pas à cause de ça… »

Ron et Harry entrèrent dans la pièce, tous deux l'air très mal réveillés et grognons, et interrompirent brièvement la discussion. Harry chercha de quoi boire à tâtons, complètement endormi, et Ginny s'occupa de lui avant qu'il ne fasse des bêtises, habituée à ce que son époux renverse ou casse des choses lorsqu'il ne dormait pas assez. Elle reprit la discussion avec Hermione :

« Pourquoi n'as-tu pas dormi dans ce cas ?

- Je… J'ai embrassé Ella hier soir. Quand elle dormait. »

Ron se figea dans son mouvement alors qu'Harry lâchait sa petite cuillère –laquelle tinta sur le carrelage une nanoseconde plus tard. Ginny plissa le front et Hermione continua, non sans qu'une légère rougeur n'envahisse ses joues.

« Et j'ai récupéré le carnet de Théo sur sa table de nuit… Je le voyais toujours écrire là-dedans, et je me suis demandée ce qu'il pouvait bien avoir à noter constamment… alors je… Je l'ai pris. Et j'ai lu quelques passages.

- Un carnet ? répéta Ron sans voir de quoi elle parlait.

- Il était censé étudier les elfes pendant notre voyage. Mais il m'a davantage étudiée, moi. Ella m'a surprise, me l'a presque arraché des mains, et est retournée se coucher. Et je… »

Elle cessa de parler, ne réalisant même pas que ses trois amis étaient suspendus à ses lèvres, en attente de quelque chose, d'une preuve qu'ils attendaient tous la concernant. Ils espéraient tant qu'elle éprouve le moindre remord qu'ils en devenaient malsains. Mais Hermione secoua la tête en grognant quelque chose d'incompréhensible, puis haussa les épaules comme si plus rien n'avait d'importance.

« Laissez tomber, acheva-t-elle, son ton n'accordant pas le bénéfice du doute quant à une possible poursuite de dialogue. Vous pensez qu'on devrait commencer à réveiller tout le monde ? »

Ginny secoua la tête avec virulence, pas encore prête à nourrir une cinquantaine de personnes. Elle se mit donc aux fourneaux le plus rapidement possible. Hermione se leva, se dirigeant vers l'évier pour laver sa tasse. Son regard se figea sur la plage et sur les silhouettes entrelacées allongées sur le sable. Elle fut prise d'une furieuse envie de rire, envie qu'elle retint de justesse, se contentant d'annoncer :

« Nous ne sommes pas les premiers levés ! »

Harry s'approcha d'elle et observa la plage à son tour, fronçant les sourcils avec un air embêté.

« Théo va me tuer…

- Je ne pense pas que Théodore soit du genre à faire la morale sur un tel sujet, le rassura Hermione. Il s'en amusera plus qu'autre chose si tu veux mon avis. Et puis, ils s'embrassent, c'est tout ! Chose qu'ils ne faisaient même pas hier soir. Ne t'inquiète pas, Ella sait ce qu'elle fait je crois.

- Vraiment ? marmotta le brun en un grognement. Alors si Théo m'en veut, je lui dirais que c'est de ta faute !

- Nous aurons bien assez de problèmes à régler… La vie sentimentale d'Ella sera le cadet de nos soucis. »

Harry ne prit même pas la peine de la rassurer. Il savait pertinemment qu'elle avait raison.

Sur la plage, les quelques baisers de Toby et Ella s'étaient transformés en étreintes plus fiévreuses. Partagés entre le plaisir et les rires qui les secouaient à chaque fois qu'ils s'enroulaient un peu plus l'un à l'autre, tels deux serpents. Toby avait l'impression d'avoir passé plus de temps à embrasser Ella qu'avec toutes ses ex-petites-amies réunies. Collé à elle, il ne pensait même pas une seule seconde à interrompre leur câlin. Elle saisit sa lèvre inférieure entre ses dents et il grogna pour seule maigre tentative de défense. Elle rit contre sa bouche, et il la poussa afin de se trouver au dessus.

« Tu sais que je suis quasiment certain qu'on peut nous voir depuis la fenêtre ? signala-t-il en mimant la réflexion comme s'il devenait brusquement très pudique.

- Et alors ? Nous ne sommes pas nus que je sache !

- Pas pour le moment ! » précisa-t-il.

Elle lui tira la langue alors qu'il déposait un baiser entre ses deux seins par-dessus son sweat-shirt. Il se redressa finalement un peu et se mit debout en s'étirant.

« Je meurs de faim ! On devrait rentrer. »

Il tendit la main vers elle et Ella la saisit, se hissant tant bien que mal sur ses pieds, lesquels s'enfoncèrent profondément dans le sable. Il l'attira vers son torse, passa un bras par-dessus ses épaules et ils avancèrent –légèrement vacillant à cause du sable se mouvant sous leurs pieds- jusqu'à la maison. Ella éternua en passant la porte et Toby frictionna tendrement ses bras nus –couverts de sable- avant de réaliser que de nombreuses personnes les observaient. Il partagea un parfait regard de connivence avec Ella qui faillit éclater de rire, amusée par cette manie peu subtile qu'avaient les Anglais de la scruter. Ginny fut la première à sortir de sa torpeur, et tendit un plateau de petits pains vers le couple :

« Vous avez faim ? »

Toby la gratifia d'un rarissime « Merci » avant d'en prendre un, Ella se servant à son tour quelques secondes plus tard. Timothy et Nyx arrivèrent en courant dans la cuisine, se faufilant parmi les adultes pour déjeuner eux-aussi. Le petit rouquin vint rapidement s'accrocher à Toby qui en conclut que Nyx menaçait à nouveau de le tuer. Il ébouriffa tendrement la tignasse du garçonnet avant de le soulever dans ses bras, le calant à sa hanche tout en mangeant son petit pain.

Ella ne put s'empêcher de le dévisager, ne parvenant toujours pas à comprendre ce qu'il se passait derrière ce visage charismatique à la beauté transcendante. Comment un garçon de dix-sept ans pouvait-il devenir ange ou démon selon la situation ? Il lui paraissait parfois véritablement dangereux –comme la veille lorsqu'il avait failli perdre le contrôle de lui-même, et parfois bien trop gentil pour être honnête –comme en cet instant avec Timothy. Toby releva un sourcil en sentant son regard sur sa peau, l'interrogeant sur les raisons de cette observation et elle haussa les épaules avec un sourire.

Elle s'adossa au frigidaire, n'écoutant pas réellement les nombreuses conversations sur les activités qui les attendaient pour la journée. La mie du pain fondait sur sa langue. Elle ne parvenait pas à détacher son regard de Toby qui venait d'entamer une discussion avec Harry. Elle fut brutalement parcourue par un frisson et se demanda si elle n'était pas en train de tomber malade. Elle ferma les yeux en voyant le monde tourner autour d'elle. Les voix ne lui parvinrent plus que difficilement, comme sur une radio de mauvaise qualité.

Puis tous ces sons disparurent sous la clarté d'un air…

Un chant qu'elle avait déjà entendu quelque part, mais qu'elle ne parvenait pas à replacer dans un contexte…

Un chant qui…

Elle s'écroula.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, allongée sur le canapé du salon, le visage de Toby penché au dessus du sien auprès de celui –tendu- d'Hannah l'infirmière, le chant flottait encore dans ses tympans. Il fut chassé par la voix d'Hannah :

« Comment te sens-tu ? Tu t'évanouis souvent, non ? »

Cette question ressemblait à un reproche et le regard de Toby s'assombrit ostensiblement. Ella posa sa main sur la sienne pour l'empêcher d'être désagréable avant même qu'il ne songe réellement à l'être. Ella ferma les yeux en tentant de se rappeler l'air qui bourdonnait encore légèrement dans sa tête. Où l'avait-elle déjà entendu ? Elle serra les poings, se sentant à nouveau totalement impuissante. Puis elle se leva d'un bond, bousculant les personnes amassées autour du canapé.

« Où est mam… Hermione ? s'écria-t-elle en évitant de justesse un lapsus un peu trop gênant pour elle.

- Dans la cuisine… »

Ella s'y rua, s'heurtant à sa mère qui en sortait justement. La tasse de thé qu'elle portait se renversa sur le sol, inondant un tapis. Elle n'y prit pas garde et ordonna :

« Chante-moi l'Air Elfique !

- Quoi ?

- L'Air des Elfes ! Leur hymne ! C'est comment déjà ? »

Hermione fronça les sourcils, ne voyant pas du tout où Ella voulait en venir. Elle saisit cependant que c'était très important, et chercha au fond de sa mémoire les chants qu'elle connaissait, se mettant finalement à fredonner. Ella l'arrêta d'un signe de tête.

« Non, c'était plus… rapide… Plus…

- Ella, de quoi tu parles ? s'enquit Harry, ébaubi.

- De l'air que j'avais dans la tête. C'est à cause de lui que je me suis évanouie… Ne me regardez pas comme si j'étais folle ! s'emporta-t-elle en les voyant échanger quelques regards inquiets. J'ai entendu un chant. Et je suis quasi certaine qu'il s'agissait d'un chant Elfique… »

Hermione parut réfléchir un instant, puis s'avança vers la cheminée sans attendre.

« Je reviens ! » lança-t-elle avant de disparaître.

Ella faillit la suivre, agacée par son départ précipité. Harry et Ron échangèrent un regard courroucé, se demandant tous deux ce qu'il se passait dans l'esprit de leur meilleure amie. Toby se glissa près d'Ella, passant ses mains autour de sa taille en collant son front au sien, sentant qu'elle était particulièrement agitée. Ses émotions semblaient exacerbées par son proche évanouissement.

Il ne leur fallut que quelques minutes avant de voir Hermione réapparaitre, tenant dans ses bras une petite boite en carton recouverte de poussière qu'elle lâcha sur la table basse avec un soupir de soulagement. Une moue de dégoût apparue sur le visage de Ginny qui pointa son doigt vers le carton en bourdonnant :

« C'est quoi ce truc ? »

Hermione s'agenouilla près de la table et écarta des pans cartonné pour récupérer son contenu.

« Tout ce qui me reste de… du voyage chez les Elfes. Théo avait enregistré certains chants sur un dictaphone. Les cassettes doivent trainer quelque part par là. »

Ella resta bouche bée face à cette déclaration et s'avança vers la table basse en tremblotant légèrement. Une question lui brûlait les lèvres. Elle fut incapable de la poser, bien qu'elle retentisse dans son esprit : « Pourquoi avait-elle gardé tout ça ? ». Les autres s'interrogeaient également, comme leurs expressions le dévoilaient. Toby fut le premier à oser formuler une vraie phrase –au lieu des grognements et murmures :

« Bizarre de garder des souvenirs comparables à des preuves…

- Je n'ai tué personne aux dernières nouvelles, soupira Hermione en levant les yeux au ciel. Ce sont donc de simples souvenirs, surtout à propos des elfes des montagnes à dire vrai. »

Elle extirpa un caillou à la couleur arc-en-ciel bleuté très particulière et Ella cessa de respirer avant de la saisir :

« Mon père a la même… Qu'est ce que c'est ?

- L'un des cailloux qui constellent le font de la Baie. Ils portent chance.

- Ouais, la Baie a des milliers de vertus, persiffla Ella avec un sourire railleur. Mon père a toujours dit que j'existais un peu grâce à elle… »

Hermione esquissa un petit sourire avant d'hausser les épaules.

« Ce sont des légendes. Les Elfes en ont des milliers. Toute leur vie est régentée par elles.

- Je sais. Mais certaines sont assez réalistes, tout de même ! »

Mère et fille se défièrent un instant sous les regards des autres qui ne comprenaient pas réellement quel était le sujet de cette discorde là. Hermione finit par baisser les yeux et soupira avant d'admettre :

« La baie n'a rien à voir avec ton existence, Ella, quoi qu'aient pu dire les Elfes sur ses pouvoirs. Tu es là parce que ton père et moi avons…

- Je sais comment on fait les bébés, rassure-toi ! Ce que je veux dire, c'est que certaines légendes des Elfes sont particulièrement illustrées par des choses réelles. Que ce soit mon existence ou… (Le regard d'Hermione l'arrêta.) Bon, d'accord… Mais ce chant, je ne l'ai pas rêvé ! »

Elle secoua la tête en faisant la moue, comme agacée par les certitudes trop réalistes de sa mère. Hermione était bien trop terre à terre parfois, bien qu'elle ait longtemps crûs aux visions et autres phénomènes étranges dus aux elfes. Elle extirpa finalement une pile de cassettes audio maintenues collées par des élastiques et un vieux dictaphone. Chaque cassette comportait une petite étiquette autocollante sur laquelle s'exposait le nom d'un chant Elfique : l'Hymne, l'Amour, la Naissance et autres titres symbolisant parfaitement l'utilisation de ces chants.

Hermione prit une cassette au hasard –celle exprimant la Perte et donc la Mort- et Ella lui adressa un regard assassin. Hermione ne put pourtant s'empêcher d'écouter. Le rythme était si lent, si électrique et aigue qu'elle comprit qu'il ne s'agissait pas du chant entendu par Ella. Elle en mit plusieurs d'affilé, faisant parfois écouter les airs à Ella qui secouait toujours la tête en signe de dénégation, perdant à chaque fois un peu plus espoir.

« C'était la dernière… » souffla Hermione en retirant la cassette enfoncée dans le dictaphone.

Elle se pencha par-dessus son carton, fouinant dans le désordre accumulé pendant quatre mois et qu'elle avait rangé à l'intérieur de cette boite en espérant oublier tout ce qu'il s'était passé. Au fond reposait un vieux t-shirt –désormais gris de poussière- qu'elle avait piqué à Théo après leur dernière nuit partagée, sans réellement savoir pourquoi. Elle poussa un soupir de soulagement en découvrant une autre cassette qu'elle enfonça brutalement –empressée- dans le dictaphone. Elle fit écouter le chant à Ella qui acquiesça avec force.

« C'est ça ! Quelle est l'utilité de cet air ?

- Il n'y a pas de titre. Mais je l'ai entendu une seule fois… Un enfant s'était perdu dans la forêt bordant la baie, et il avait chanté ça pour prévenir le reste du clan.

- Perdu… répéta Ella en plissant le front. Et si… Et si les elfes savaient où se trouve mon père ? Et s'ils avaient tenté de m'envoyer un message pour me prévenir grâce à ce chant ? »

Un court silence s'imposa à cette idée et plusieurs membres de l'Ordre échangèrent de fugaces coups d'œil plein d'interrogations auquel nul n'avait de réponses. Hermione fut la seule à réellement prendre cette piste au sérieux, se doutant largement que Théo, où qu'il soit, n'avait pu faire parvenir ce message à Ella car il devait probablement être surveillé. Les Elfes cependant savaient tant de choses et possédaient tant de pouvoirs qu'il était largement possible qu'ils soient capable de ce genre de message sibyllins. Ella lui adressa un regard emplis de questions, et Hermione se sentit brutalement très coupable. Elle se doutait bien qu'elle seule pouvait influencer les décisions de l'Ordre concernant les Elfes, étant donné qu'elle les connaissait contrairement à eux. Pourtant, elle resta silencieuse, hésitant à l'idée de donner de faux espoirs à Ella.

Toby fut le premier à oser rompre le silence, seul prêt à accepter tous les plans d'Ella, à faire élever tous ses espoirs tout en priant pour que tout fonctionne comme elle le souhaitait.

« Pourquoi ne pas aller au Brésil pour directement poser la question à ces Elfes ? »

Cette fois, Hermione ne laissa pas le temps à qui que ce soit de répliquer, préférant s'en charger elle-même :

« C'est impossible. Les Elfes ne vont jamais nous laisser tous débarquer chez eux. D'autant plus qu'ils prennent du temps à faire confiance et que nous voir débarquer en groupe ne va certainement pas leur plaire. C'est une très mauvaise idée.

- Vous en avez une autre ? » répliqua froidement Toby avec un regard assassin, détestant Hermione par principe.

La femme faillit sourire, s'amusant presque de la colère du jeune homme à son égard, simplement parce qu'elle prouvait qu'il tenait réellement à Ella. Elle ne sut quoi répondre, mais réalisa qu'elle n'aurait pas à le faire. Harry s'était approché, s'asseyant sur le fauteuil le plus proche avec un air las. Il frotta ses doigts contre son menton où quelques poils ras avaient poussés, et marmonna :

« La potion du Pendu sera prête très bientôt. Aller rendre visite à des Elfes sans même savoir si le message vient bien d'eux…

- Il vient d'eux ! rétorqua Ella avec foi. Je…

- Ella, tu n'en sais rien, coupa Harry en secouant la tête. Il peut très bien s'agir d'un piège. Et dans ce cas, je ne tiens pas à tomber dedans alors que notre plan actuel est sur le point d'aboutir. Dans une semaine, nous aurons la potion et nous saurons où se trouve ton père. Nous n'avons pas besoin de prendre des risques inutiles. »

Ella lui adressa un regard sombre, de toute évidence en colère à l'idée qu'il refuse d'envisager une autre possibilité pouvant la rapprocher de son père. Harry faillit changer d'avis, n'appréciant pas de s'attirer les foudres de l'adolescente qu'il considérait désormais comme un membre à part entière de sa famille, mais les membres de l'Ordre –qui comprenaient tous sa décision- n'auraient sans doute pas accepté qu'il revienne sur de tels propos simplement à cause d'une gamine.

Ella ne prit que quelques secondes à réaliser qu'elle n'arriverait pas à le faire flancher, même avec un adorable regard de bébé licorne. Une moue agacée tordit ses lèvres, provoquant une légère inquiétude des adultes, lesquels n'étaient guère habitué à la voir en colère –probablement parce qu'elle avait toujours obtenu tout ce qu'elle désirait précédemment. Elle se leva finalement et quitta la pièce sans laisser le temps à qui que ce soit l'occasion de la rappeler.

Toby hésita un millième de seconde avant de tenter de la rejoindre, mais fut brusquement arrêté par Ron, lequel posa sa main sur son épaule. L'adolescent plissa le front, choqué tout d'abord que Ronald Weasley le touche alors qu'il avait précédemment évité tout contact physique… Et plus encore par l'air résolu que l'homme arborait. Ron parut enfin prendre conscience de l'étrangeté de son geste et recula d'un pas tout en se raclant la gorge.

« Je… Je crois qu'il vaudrait mieux que ce soit un adulte qui lui parle. »

Toby haussa un sourcil, retenant avec bien des difficultés la remarque qui lui brûlait les lèvres : « Et vous êtes censé être l'adulte entre nous deux ? ». Il serra les dents, mordillant l'intérieur de sa bouche pour éviter de parler. Ron sembla saisir ce qu'il s'apprêtait à dire pourtant et esquissa un petit sourire amusé, comprenant parfaitement les appréhensions du jeune homme. Il désirait néanmoins réellement s'occuper d'Ella à l'instant, sachant d'instinct qu'elle avait besoin de discuter avec un adulte. Elle détestait déjà assez Hermione comme ça, et serait sans doute de trop mauvaise humeur pour supporter Harry et Ginny –lesquels finiraient probablement par lui céder d'ailleurs. Il restait le seul à pouvoir agir réellement… Sans doute parce qu'il restait l'une des seules personnes entièrement neutre dans cette histoire.

Harry parut le comprendre lui aussi et il s'approcha de Toby avec un sourire conciliant, hésitant à lui donner un ordre –celui de rester au salon- alors qu'ils n'étaient pas dans un rapport « enseignant-élève » hors de Poudlard. Toby saisit qu'il n'avait pas le choix et haussa les épaules en levant les mains, acceptant de fait d'être mis de côté, même si l'idée de laisser Ella seule avec Ron ne l'enthousiasmait pas vraiment. Ron échangea un dernier regard avec les personnes restantes dans la pièce avant de se faufiler par la même porte qu'Ella venait de franchir quelques secondes plus tôt.

Il la retrouva assise sur le rebord de la balustrade du ponton menant à la plage et il claqua un peu des pieds en marchant afin de la prévenir de son arrivée. Il n'avait aucune idée réelle de ce qu'il devait dire pour apaiser l'adolescente, mais s'installa à ses côtés en retirant ses chaussures & enfonça ses pieds dans le sable humide sous eux. Ella tourna légèrement la tête vers lui, l'air irritée. Son père avait toujours dit oui à toutes ses extravagances… Que la première personne à lui dire « non » soit sa lâcheuse de mère lui donnait des envies de meurtres. Que ce soit son ex-mari qui vienne tenter de lui parler ensuite lui paraissait surréaliste.

Pourtant, elle ne pouvait haïr Ron. A ses yeux, il n'était qu'une victime de plus d'Hermione Granger. Un homme trompé qui continuait pourtant à soutenir son ex-femme adultérine. En quoi Hermione Granger était-elle si extraordinaire pour envouter les hommes à ce point ? Ella repoussa une mèche brune de devant son regard assombri par la colère et la déception. Elle lui accorda un minuscule sourire, légèrement gênée par sa présence, plus qu'elle n'aurait pu l'admettre. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule avec lui, et cette situation l'oppressait, presque malgré elle.

Il se racla la gorge, avant d'oser –enfin- prendre la parole sans craindre de bégayer.

« Je sais parfaitement que tu as envie de retrouver ton père le plus rapidement possible. Et j'avoue que je suis moi-même assez impatient de le revoir…

- Pour lui en coller une ? conclut Ella avec un demi-sourire à cette idée, se doutant que son père ne répliquerait même pas car il comprendrait parfaitement les raisons d'une attaque de Ron. Ou juste pour que je disparaisse ? »

Son sourire s'était évanoui à cette suggestion et Ron releva la tête vers elle, ses sourcils ne formant qu'une barre rousse au dessus de ses yeux. Elle s'aperçut pour la première fois que ses traits étaient particulièrement plus marqués que ceux de son père ou ceux d'Harry comme si ses rides d'expressions ne souhaitaient plus quitter son visage et préféraient devenir de vraies rides… Celles qui rendaient les gens vieux. Elle le fixa un peu trop longuement, remarquant les cernes sombres qui avaient élu domicile sous les yeux bleu ciel du rouquin. Elle distingua quelques cicatrices minimes, dont une sur l'arcade qui séparait légèrement ses sourcils. Mais c'était la fatigue qui choquait le plus. La fatigue associée à une tristesse qu'elle percevait pour la première fois derrière ce courage de lion.

La culpabilité agressa sa gorge et l'étouffa un instant. Il était épuisé par sa faute, tout ça à cause de sa présence –non voulue, soit, mais qu'elle aurait potentiellement pu éviter. Cette raison s'ajouta aux dizaines d'autres dans sa liste mentale du « Pourquoi je n'aurais pas dû venir en Angleterre ? ». Ron parut s'en rendre compte.

« Je ne regrette pas que tu sois entrée dans nos vies. Et… Je ne pense pas que tu devrais en sortir, confia-t-il avec un sourire crispé, comme mal-à-l'aise d'oser prononcer une telle réflexion. Je crois même que ce ne sera pas réellement possible. Même si tu t'en allais, nous savons que tu existes désormais… Les choses seront différentes, quoi qu'il se passe. »

Ella baissa les yeux vers le sable rendu sombre par l'eau de mer, hésitante quant à la réponse à offrir. Elle n'y avait pas réellement pensé comme ça. Dans son esprit, le sauvetage de son père impliquait irrémédiablement leur retour à la vie normale, sans liens quelconque avec le monde extérieur. Elle n'imaginait pas revenir sur le sol Anglais, être invitée aux anniversaires et à Noël ou passer les vacances d'été auprès des Potter. Cette idée pourtant lui parut assez sympathique. Plaisante même. L'existence des Potter et de Toby dans son univers rendrait sans nul doute sa vie plus palpitante. Elle ne devrait pas nécessairement couper les ponts avec tout le monde…

Elle releva la tête vers Ron, qui l'observait comme pour saisir les pensées qui lui passaient par la tête. Il les comprit aisément et esquissa un sourire timide, ne se sentant toujours pas réellement à sa place. Ou plutôt, ne la trouvant pas. Quel était son rôle dans cette histoire ? Théodore était le père parfait, Hermione la mère inexistante, Scott le frère exécrable et Timothy le frère amical… Ron, lui, ne parvenait pas à savoir où il se situait dans ce tout nouveau tableau familial. Peut-être n'avait-il simplement pas de place.

« Je pensais que vous me détesteriez… »

Ella le coupa dans ses introspections mentales et il revint vers elle, toujours aussi perdu. Il prit quelques secondes avant de réaliser qu'elle s'adressait bien à lui, et démentit immédiatement cette idée qu'elle venait d'énoncer après y avoir longuement réfléchi.

« Pourquoi est-ce que je te détesterais ? répliqua-t-il froidement, s'interrogeant mentalement sur les raisons qui le poussaient à ne pas la haïr justement. Tu n'étais qu'une crevette à l'époque alors…

- Une crevette ? répéta-t-elle avec une mimique suspicieuse.

- Enfin… un bébé, se reprit-il en s'esclaffant. Tu n'y étais pour rien. Et maintenant encore. Je crois que tu as été, comme ton père et comme moi, un pion dans le jeu géant dirigé par Hermione. J'aurais probablement envie de lancer quelques sortilèges à ton père. Il est même possible que je le fasse. Mais toi, c'est… »

Il cessa de parler pour organiser ces phrases qui tourbillonnaient dans sa tête depuis des semaines. Quelques bribes d'explications qui survenaient parfois et embrouillaient son esprit aussi infailliblement qu'un sort d'Oubliette. Les réunir s'avérait bien plus complexe que ce qu'il imaginait. Ses pensées lui semblaient indémêlables, car lui-même de comprenait vraiment pas ce qu'il voulait. Ses sentiments empiétaient sur la logique des choses. Ce qu'il éprouvait comptait bien plus que ce qu'il aurait dû ressentir. Comment aurait-il pu éclaircir la situation face à une adolescente alors que lui-même ne se l'expliquait pas ?

« Vous savez, engagea Ella avec un air circonspect malgré elle, J'ai peut-être seulement seize ans, mais je ne suis pas stupide. C'est d'ailleurs un des seuls points positifs à être la fille d'Hermione Granger. Alors… je présume que je peux comprendre. »

Il la dévisagea longuement, prenant conscience de la véracité de ses propos. En effet, elle pouvait comprendre, sans doute mieux que lui d'ailleurs… Il se souvenait de l'époque où Théo lui analysait les choses. Il le surnommait le « Psy de l'Ordre » car l'ancien Serpentard passait plus de temps à écouter les problèmes des autres qu'à parler des siens, comme s'il souhaitait trouver une place de choix dans leurs cœurs et ne surtout pas les embarrasser d'un quelconque poids. Il se souvenait de cette façon de parler, de comprendre, d'expliquer… Théo était alors capable de mieux saisir ses idées que lui-même. Ginny plaisantait souvent au sujet de ce don en sous-entendait qu'il lisait simplement dans les pensées.

Peut-être qu'Ella possédait le même pouvoir en fin de compte… Peut-être pourrait-elle l'aider à y voir plus clair ? Il inspira à fond, entortillant ses doigts comme pour se les tordre définitivement, symbole même des nœuds déformant son esprit.

« Tu… Quand ta mère était enceinte de toi, je ne dormais pas. Jamais. J'étais… incapable de fermer l'œil. Je passais mes nuits à contempler ce ventre qui s'arrondissait, qui déformait le tissu de tous ses vêtements… J'admirais la façon dont –parfois- en un coup de poing ou de pied, tu apparaissais presque sous sa peau distendue. Je posais ma main à l'endroit où tu frappais et j'attendais que tu cesses de gigoter… Je me sentais si proche de toi… enfin, de ce bébé. Vraiment. Et quand tu… quand il… quand j'ai cru que tu étais morte, ou du moins, que mon enfant l'était… C'était comme si brusquement, on avait coupé un câble invisible entre moi et le reste du monde. Je m'étais senti si utile pendant toute la grossesse et j'étais si impatient à l'idée d'accueillir ce bébé, que j'ai cru mourir quand ce sens à ma vie a disparu… »

Il cessa un instant de parler afin de reprendre sa respiration et de calmer les bourdonnements languissants qui l'abrutissaient et lui faisaient perdre l'esprit. Ella posa sa main sur la sienne par-dessus le bois du ponton et attendit qu'il reprenne la parole. Elle voyait bien qu'il était sur le point de pleurer et détourna le regard, ne désirant pas le voir si faible par sa faute. Il redressa la tête au bout d'une courte minute.

« C'est passé. Ce sentiment d'être dispensable au monde. C'est passé avec la naissance de Scott, puis encore plus avec celle de Tim… Mais toute ma vie, j'ai pensé que j'aurais dû être là le soir où tu es née. Que j'aurais dû être présent, que j'aurai pu y changer quelque chose…

- Mais elle avait tout organisé, souffla Ella.

- Oui, mais je ne l'ai su que lorsque tu es apparue dans nos vies. J'ai eu le sentiment que tout s'effondrait. Puis tout s'est reconstruit. Ton retour a servi à quelque chose. Il a recouvert de sparadraps l'énorme trou béant qu'avait laissé la mort de cet enfant. »

Ella plissa le front, ne saisissant alors pourquoi Ron était si triste. Elle croyait que tout était de sa faute à elle, et voilà qu'il lui expliquait qu'il n'en était rien. Puis, au bout de quelques secondes, saisit –enfin- l'importance d'un seul et unique mot :

« Du sparadrap ? Vous savez que ça ne tient pas ? »

Ron éclata de rire et elle s'empourpra, se demandant si elle avait visé juste. Puis il la regarda à nouveau, un petit sourire au coin des lèvres et acquiesça.

« Je sais. Tu vas trouver ça fou… Mais j'ai encore du mal à dissocier cet enfant et toi. Je sais que tu n'es pas ma fille, et que tu as un père extraordinaire, mais… C'est quand même tes coups que je sentais quand je touchais le ventre de ta mère. C'est quand même pour toi que j'achetais des vêtements pour bébé. Je t'avais même trouvé une peluche en forme de dragon. Il était rose, et pas vert… et ses yeux étaient dorés. Un vrai nounours de fille, parce que j'étais persuadé que ce serait une fille. Et… J'avais commencé à peindre la chambre en blanc et il y avait une frise avec des fleurs. J'ai tout arraché juste après… l'accouchement.

- Et pour vous, déduisit Ella, même si c'est complètement dingue, je suis encore un peu… Plus ou moins… Votre fille. Celle que vous pensiez avoir perdue.

- Oui, admit-il en devenant aussi rouge que ses cheveux. Et… je n'arrête pas de me dire que j'aurais pu me douter de quelque chose ! Quand j'ai vu ce bébé –ce garçon- mort. J'aurais dû le sentir ! Je savais que j'allais avoir une fille… Tu dois me trouver idiot ? Je suis le type qui a deviné que sa femme portait une fille, mais qui n'a pas saisi que ce n'était pas la sienne. »

Il secoua la tête avec un air aussi triste que dépité et elle mêla ses doigts aux siens avant de serrer sa main, comme pour lui insuffler un peu de courage. Elle ne trouvait pas ça si fou au fond. Il l'avait aimé plus que tout pendant neuf mois, à une époque où même son père –le vrai- ne savait rien de son existence. Ron avait été le premier à l'aimer et –même si elle n'en avait aucun souvenir- elle lui en était reconnaissante.

« Il n'y a aucun problème, chuchota-t-elle finalement. Evitez de le répéter à Scott, sinon il risque de se faire émanciper, mais… Même si j'ai le meilleur papa du monde, un soutien de plus n'est jamais de refus. »

Une ébauche de sourire se dessina sur le visage épuisé de Ron et elle eut brusquement envie de le serrer contre elle. Il semblait si fragile… Beaucoup plus que tous les adultes qu'elle avait croisés dans sa courte vie. Elle aurait tant aimé qu'il puisse vraiment sourire, et cesser de se torturer l'esprit à cause de sentiments qu'il ne pouvait contrôler. Alors elle énonça la première phrase qui lui vint à l'esprit, juste pour détendre l'atmosphère :

« Et puis, j'aurais plus de cadeaux à Noël et à mon anniversaire, n'est ce pas ? »

.

.

Ella se laissa lourdement tomber sur son matelas et fixa intensément son regard au plafond du dortoir des Gryffondors, la tête remplie de plans plus fous les uns que les autres. Elle était seule et craignait légèrement le moment où Maïa réapparaitrait. L'adolescente l'avait évitée durant le week-end, comme de plus en plus gênée par sa présence. Elle n'avait pas non plus croisé Scott et en était secrètement soulagée. Elle savait que son frère avait dû être sacrement puni et –même si elle savait qu'il le méritait- regrettait que ce soit arrivé ainsi, par sa faute en quelque sorte.

Mais elle redoutait plus encore l'apparition de Scarlett. Savoir ce qu'elle avait enduré pendant son enfance effrayait Ella sans qu'elle ne sache exactement pourquoi. Elle sentait bien que Scarlett avait voulu éviter de lui parler de quoi que ce soit de personnel afin d'éviter de se montrer un peu trop fragile. Toby avait –presque malgré lui- trahi un secret trop difficile à porter et qui reposait désormais sur les épaules d'Ella… qui devrait se débrouiller avec. Pendant quelques instants, elle s'était imaginée faire comme si de rien n'était. Cette idée lui paraissait finalement si lâche qu'elle ne pouvait l'envisager.

Lorsque la porte du dortoir s'ouvrit, elle eut bien du mal à ne pas sursauter avant de fuir. Elle se redressa sur ses coudes et croisa le regard de Scarlett. La jeune fille souriait de toutes ses dents, sourire factice qui s'évanouit rapidement.

« Oh non, ça s'est si mal passé ? »

Ella ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Elle prit quelques secondes avant de comprendre de quoi parlait Scarlett. Trois jours plus tôt, elles avaient passé des heures à parler de la manière dont le week-end pourrait se dérouler, imaginant les plans les plus sordides. Scarlett avait même songé à la mort par décapitation à coups de petites cuillères de la tête de Toby. Cette idée avait rendu Ella malade. Désormais, ces soucis là lui paraissaient bien loin. Elle s'efforça pourtant à sourire avant de lancer d'une voix trop chevrotante pour paraitre normale :

« On s'est embrassé ! Toby et moi… Sur la plage. »

Scarlett fronça brièvement les sourcils avant de s'asseoir sur son lit. Elle ramena consciencieusement ses jambes contre son buste, puis accorda à Ella un regard qui en disait long.

« Des détails, c'est possible ? Pas que je sois le genre de filles ultra-romantiques avec lesquelles tu pourrais bavasser pendant des heures sur la tendresse de ses lèvres ou le violon que tu entendais en fond sonore… Mais, tu as l'air bizarre. Il t'a pelotée ? Il a enfoncé sa langue dans ta gorge ? Si c'est le cas, promis, je lui jetterais un sort dont il se souviendra.

- Non ! s'esclaffa Ella –d'un rire toujours trop fictif pour être honnête. C'était… parfait. Il a été parfait, précisa-t-elle en rougissant, presque honteuse d'oser ne serait-ce que penser à Toby alors que celle qu'elle considérait comme sa meilleure amie avait dû vivre d'atroces baisers. C'était romantique, et un peu étrange comme situation… Il pleurait avant de m'embrasser.

- Quoi de mieux qu'un gros câlin pour remonter le moral d'un serpent ? » persifla Scarlett en ricanant presque, de toute évidence heureuse que Toby ait pleuré mais se moquant complètement des raisons l'ayant poussé à verser quelques larmes.

Ella, elle, ne parvenait cependant pas à oublier ce qu'il s'était passé et surtout ce que Toby avait dit. Elle mordilla légèrement sa lèvre inférieure, de plus en plus mal-à-l'aise. Elle ne pouvait faire comme si de rien n'était. Il lui suffisait de regarder Scarlett pour que son cerveau la torture en lui envoyant des images plus atroces les unes que les autres, flashs où une petite Scarlett subissait mille tortures. La grande Scarlett, l'adolescente, parut saisir le trouble d'Ella et –même si elle n'en comprenait pas les fondements- eut vite fait de réaliser que ça la concernait.

« Qu'est ce qu'il se passe ? » articula-t-elle finalement en prenant conscience du fait qu'Ella fuyait son regard comme la Dragoncelle.

Ella avala difficilement sa salive, un nœud de désarroi gonflant dans sa gorge. Il lui fallut quelques minutes pour réussir à annoncer sans trembler :

« Scott a poussé Toby dans ses retranchements…

- Et ? insista Scarlett sans voir quel rapport y avait-il entre cette histoire et elle.

- Et… Il a parlé de votre enfance. D'Annabeth. De son grand-père. De toi. »

Le regard de Scarlett s'assombrit ostensiblement et pour la première fois, Ella vit l'âme de la Serpentard derrière son apparence calme de Serdaigle. Scarlett lui apparut alors aussi dangereuse que Sam, ou peut-être plus. Elle en eut presque peur. La brune se redressa sur son matelas, croisa ses bras sur sa poitrine et lança sèchement, d'un ton si glacial qu'il givra l'air :

« Et qu'a-t-il dit ? »

Menaçante, elle se mit debout et avança d'un pas vers Ella qui recula sans même s'en rendre compte. Elle aurait vendu son âme pour ne pas avoir à répondre à cette question. Pourtant, les mots s'échappèrent d'elle, comme contrôlés par une volonté propre, contraire à la sienne.

« Il m'a raconté ce qu'il s'est passé avec Mulciber… Ce qu'il t'a fait… Et où tu vis pendant les vacances d'été. »

Pendant un millième de seconde, les pupilles de Scarlett se dilatèrent jusqu'à noircir la quasi-totalité de ses iris. Remarquant la peur dans les yeux d'Ella, elle secoua la tête et se retourna, de toute évidence plus triste qu'en colère. Il lui fallut une bonne minute avant qu'elle ne puisse se retourner sans sembler possédée. Elle pinça les lèvres et replaça nerveusement une mèche sombre derrière son oreille, le cœur battant à mille à l'heure. Elle s'en voulut d'avoir perdu le contrôle face à la seule personne au monde qui s'intéressait réellement à elle. Pourtant, elle ne savait comment retrouver la sérénité qui la caractérisait habituellement.

Avec l'arrivée d'Ella dans sa vie, quelques semaines plus tôt, elle s'était enfin retrouvée dans la peau d'une adolescente presque normale. Une adolescente qui pouvait papoter à l'ombre d'une bougie tard le soir. Une adolescente qui colportait quelques ragots sur ses congénères pendant les repas. Une adolescente qui n'avait pas subir la pitié qui se reflétaient dans le regard de ceux qui savaient, et pire le mépris de ceux qui ne savaient pas. Ella représentait la bouffée d'air frais dans un monde brute où –jamais- un adolescent n'avait voulu se lier d'amitié avec elle, que ce soit à cause de son nom, de sa maison, ou simplement parce qu'elle avait été la victime silencieuse d'un crime que tous contemplaient sans rien dire.

Enfant, Toby avait essayé de l'approcher en lui tendant un mouchoir le lendemain de la guerre. Il n'avait pas agi spontanément, poussé par son père qui l'obligeait à être gentil. Mais, en tendant le tissu poussiéreux, Toby fixait alors le sol, se tortillait de malaise, refusait simplement de la regarder dans les yeux. Elle avait repoussé son offre. Annabeth également s'était essayée à lui parler, elle aussi dirigée par un ordre car les adultes estimaient qu'ils devaient se soutenir les uns et les autres. Scarlett s'était forgée au fil des mois une barrière si épaisse et haute qu'elle en était devenue infranchissable. Elle avait tout bonnement arrêté d'essayer de parler. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Les seules personnes qui s'étaient auparavant souciés d'elle –ses parents- étaient emprisonnées.

Ella entrait désormais dans la catégorie de ceux qui savaient. Ceux qui débordaient tant de pitié, qu'elle ne pouvait les supporter. Ceux qu'elle évitait habituellement. Scarlett détestait Toby, de tout son corps, même si au fond, elle se doutait bien qu'un jour, Ella l'aurait appris… Elle avait naïvement espéré que ce soit par elle. Cette histoire était la sienne. Sa colère s'étrangla un instant.

« Scarlett, murmura Ella d'une voix penaude. Je suis désolée…

- De quoi ? cracha violemment la jeune fille en arpentant la pièce. Qu'un psychopathe pervers ait cru bon de s'amuser avec la fillette que j'étais alors ? Que mes parents n'aient pas réagi parce qu'ils étaient trop préoccupés par la guerre ? Que ton petit-ami ait mainte-et-maintes fois assisté à la scène ? Que je vive dans un institut pourri avec des fous, des alcooliques et des drogués ? Que je sois simplement incapable de supporter qu'un garçon me regarde parce que j'ai toujours l'impression qu'il va finir par me sauter dessus ? Que je sois si déglinguée à l'intérieur que l'idée même d'avoir un enfant un jour m'est inaccessible ? De quoi es-tu désolée, Ella ? »

Elle criait désormais, sans pouvoir s'en empêcher, ses larmes dégoulinant sur ses joues. Elle se retourna vers Ella qui ne cillait même plus, et lança avec une moue de mépris indescriptible :

« Non… En fait, tu es simplement désolée d'être au courant, parce que ça effrite un peu plus la bulle imaginaire de perfection dans laquelle ton père t'a élevée. Seulement voilà, Ella, dans le monde réel, les gens souffrent… Va falloir t'y faire ! »

Elle ne laissa même à Ella l'occasion de lui répondre et tourna les talons, claquant la porte du dortoir. Elle quitta la salle commune en réalisant que Scott et Maïa aussi la dévisageaient. Comprenant surtout que désormais, elle devrait vivre entourée de gens qui savaient…

.

.

Ella ferma les yeux au contact des lèvres de Toby contre la peau de son ventre, son regard fixé aux étoiles fictives de la salle étoilée. Les maigres tentatives visant à la détendre tombaient à l'eau cette nuit là. Elle était incapable d'effacer le regard sombre de Scarlett, son mépris constant, son silence pendant le diner dans la Grande Salle. Pire, elle s'en voulait.

Les murmures autrement cruels qui sévissaient sur le passage de Scarlett s'étaient lentement remplacés par des regards emprunts d'une pitié toute neuve qui la dégoûtaient plus que de raison. Que ce soit Scott ou Maïa, l'un d'eux avait vendu la mèche, et il n'avait pas fallu une journée pour que tout Poudlard sache ce qu'il s'était passé. Certains professeurs avaient même convoqués Scarlett à la fin de leurs cours. Le désir compréhensible d'oublier que ressentait la jeune fille n'appartenait plus qu'à un passé incertain désormais. Tous les habitants de Poudlard se chargeaient de lui rappeler son enfance à coups de sourires crispés et de regards lourds de sens.

Ella ferma les yeux quand les mains de Toby caressèrent la frontière de légères dentelles de sa petite culotte. Mais elle le repoussa avec douceur –la culpabilité l'empêchant de s'émoustiller davantage- et il comprit qu'il n'obtiendrait rien de plus. Il revint à sa hauteur et chassa une larme qui perlait au coin de son œil à l'aide d'un baiser. Elle se laissa aller contre lui, appréciant la douceur de ses caresses qui pouvaient parfois lui paraitre presque trop chastes. Cependant, il ne cherchait désormais plus à l'emporter vers des délices sensuels, mais simplement à la calmer.

« Souhaites-tu que je pourchasse Scott à travers tout le château pour le torturer ? Je le lui avais juré après mon petit discours de ce week-end, mais j'hésite quand même à risquer de rejoindre mon grand-père en prison à cause de l'imbécilité de ton frère…

- Demi-frère, précisa-t-elle avec amertume. Partager une moitié de mon code génétique avec lui est largement suffisant ! Et… c'est aussi de ta faute. »

Toby la lâcha imperceptiblement en se contractant, ses muscles se bandant brutalement sous le choc. Il observa son visage, l'interrogeant mentalement sur la raison de cette attaque si soudaine. Elle baissa les yeux en mordillant sa lèvre inférieure.

« Je suis désolée… Je suis juste légèrement à fleur-de-peau. J'ai généralement besoin de me défouler sur quelqu'un dans ce genre de situations… Excuses-moi.

- Ce n'est rien. Et tu n'as pas totalement tort après tout. Si je n'avais pas parlé de Scarlett, le sujet ferait encore partie des milliers de secrets du Manoir Malefoy. J'ai juste bêtement imaginé que ça ferait réfléchir Scott… Apparemment, il faudrait plus d'un cataclysme pour agiter ses pauvres petits neurones. »

Aigri, son ton devint plus glacial que jamais et Ella glissa sensuellement son majeur contre son torse, sur la ligne entre ses abdominaux. Ce geste effaça toute rancœur de ses traits et un fin sourire se dessina sur ses lèvres. Il plaqua sa main contre la nuque de sa –désormais officielle- petite-amie et l'attira vers lui pour l'embrasser. Elle passa ses bras autour de son cou et renforça le baiser d'elle-même, ne pouvant contrôler l'incendie qui irradiait son bas-ventre. Sa jambe se cala sur la hanche de Toby, le poussant à coller son bassin au sien. Un grondement rauque s'échappa de la gorge du jeune homme. Grondement animal. Grondement d'excitation. Elle sourit contre sa bouche, de toute évidence fière de son effet. Mais elle cessa de l'embrasser et il soupira, déçu.

« Cesse d'arrêter aussi impitoyablement de m'embrasser… Peut-être que tu le fais facilement, mais une certaine partie de mon corps apprécie beaucoup moins ce genre d'interruptions. »

Une moue amusée s'inscrit sur le visage de la jeune fille et Toby interrompit brusquement sa respiration en réalisant que la main d'Ella s'approchait dangereusement de la partie de son corps concernée. Il la questionna d'un seul regard alors qu'elle défaisait la boucle de sa ceinture. Elle posa alors brutalement ses mains contre ses épaules carrées pour l'obliger à entièrement s'allonger sur le dos et se plaça entre ses jambes tout en baissant son jean.

« Ella… Qu'est-ce que tu fais ?

- Je cesse d'être impitoyable et égoïste. »

Il avala difficilement sa salive, alors qu'Ella démarrait une légère caresse qui acheva de l'exciter. Quand l'humidité d'une bouche vint se joindre à la douceur des mains, il ferma les yeux, basculant la tête en arrière. Il avait toujours dû supplier ses petites amies d'accéder à ce genre de petits plaisirs. Les y soumettre aurait d'ailleurs été une expression plus juste. Et voilà qu'Ella, la seule à qui il ne demandait absolument rien, se plongeait corps et âme dans une caresse buccale pour laquelle il aurait pu se damner.

Il glissa sa main dans les boucles brunes d'Ella, accompagnant son mouvement de va-et-vient d'une poigne qui lui laissait le contrôle de la situation malgré tout. Il ressentait juste le besoin quasi dictatorial de se sentir utile, alors que ses reins prenaient feu, le plaisir explosant en lui avec une violence insoupçonnable. La langue d'Ella lui arracha un grondement rauque, lequel secoua son torse.

« Ella… »

En prononçant son prénom, il la prévint de sa jouissance proche, espérant au fond de lui qu'elle ne s'éloignerait pas. Pourtant, il reposa sa main contre le matelas, voulant lui signifier qu'elle agissait comme elle le souhaitait. Il eut le plaisir de comprendre qu'Ella n'avait pas l'intention de bouger alors que ses gestes devenaient plus lascifs. L'orgasme le saisit quelques secondes plus tard et elle ne se recula pas. Il l'entendit déglutir et un sourire euphorique transcenda son visage. Il passa une main sur son front bouillant et légèrement humide de transpiration, et murmura, le souffle haché :

« Tu es extraordinaire…

- C'est vrai ? »

Il s'appuya sur ses avant-bras pour la regarder, découvrant par ses joues rouges et son air presque timide qu'elle venait de tenter une nouveauté jamais expérimentée auparavant. Il tendit sa main vers elle et la poussa à venir s'allonger auprès de lui, ce qu'elle fit avant de se coller contre son torse.

« Si c'était ta première fois, je suis impatient de découvrir ce que ça donnera après un entrainement… »

Elle lui enfonça son coude dans le ventre, ce qui ne provoqua qu'un fou-rire. Il caressa lentement ses cheveux alors qu'elle saisissait la bouteille de jus de citrouille qui trônait près d'eux pour avoir un goût plus agréable en bouche. Il esquissa un sourire et Ella haussa les épaules en marmonnant :

« Bah quoi ? Ce n'est pas la meilleure chose au monde…

- Voilà quelque chose que je n'aurais jamais à expérimenter. » persifla-t-il avec un ricanement.

Elle avala quelques gorgées de jus et picora quelques bonbons dans un des nombreux paquets entourant le matelas. Elle était brusquement affamée et eut l'impression d'être capable d'avaler un dragon entier. Il remonta lentement son boxer, mais laissa son pantalon au sol, ayant beaucoup trop chaud pour se rhabiller entièrement. Ella finit par suçoter la peau de son cou pour dessert et il porta le poignet de la jeune fille à ses lèvres, y déposant délicatement quelques légers baisers.

Elle chuchota son prénom contre son oreille, en un simple souffle qui hérissa les quelques cheveux courts sur sa nuque. Il saisit pourtant dans son ton une nuance plus franche, plus sérieuse, presque désagréable. Il lui sembla qu'elle s'apprêtait à aborder un tout autre sujet et soupçonna instantanément qu'elle avait tenté de l'amadouer quelques minutes plus tôt en le caressant. Elle inspira profondément avant d'oser exposer la raison de leur rendez-vous ce soir là, veille d'un devoir de Potions important pour lui.

« Accepterais-tu de faire quelque chose pour moi ? minauda-t-elle en entortillant une mèche de cheveux.

- Tout ce que tu veux, acquiesça-t-il avec franchise, sachant pertinemment qu'il ne pourrait rien lui refuser.

- Je sais que ce week-end, le sujet de mon père est resté plus ou moins tabou et que je n'ai pas du tout relancé la conversation… Mais je n'ai pas l'intention de rester ici sans réagir. Ma mère refuse de retourner au Brésil, simplement parce que là-bas, tous la connaissent en temps que femme de mon père. Et j'utilise le mot « femme » dans le sens purement sexuel du terme. Et les autres ne prennent même pas la peine d'y songer car ils n'ont pas envie de s'heurter aux Elfes qui ne sont pas les plus sociables des créatures… Je sais que le message que j'ai reçu venait des Elfes, je le sens. J'ai besoin de prendre connaissance des informations qu'ils possèdent.

- Et… Que puis-je faire ? »

Ella hésita quelques secondes, presque honteuse à l'idée de lui faire une telle proposition. Mais elle était résolue. Pas question pour elle de jouer la gentille petite étudiante pendant que son père subissait elle-ne-savait-quoi. Elle baissa la tête un instant, pesant une dernière fois les multiples « pour » et « contre » dans son esprit, puis –se redressant- articula :

« Je veux que tu viennes au Brésil avec moi. »

.

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Note de l'auteur _ Vlam ! Et moi, je veux un million de dollars ! [Fan de Friends, êtes-vous là ? xD] Bref ! J'espère qu'il vous a tout de même plu comme chapitre. Ella & Toby, tous choupy-trognons [Trop ? xD Ouais, j'ai été quelque peu romantique pendant quelques pages... Même si la fin l'est beaucoup moins ! D'ailleurs, pour info, c'était totalement imprévu ! Mais madame s'est d'un coup mise à faire "ça" malgré mes "Non mais, un peu de décense ! On t'observe, fais gaffe !" xD] Enfin, en même temps, je pense que nOt'gentille Ella est un ptit peu manipulatrice... J'paris qu'elle a fait ça pour influencer sa décision ! Sinon, Ron... C'est définitif, si Toby meurt écrasé par le magicobus j'me récupére Ron (surtout que depuis que j'ai vu Rup-Rup Grint dans "Petits meutres à l'anglaise", j'ai encore plus envie de tenir son camion de glaces avec lui lOl)... Il est juste... ron ! z'l'aime ! =D Après, Hermione, elle m'soule un ptit peu ! [Pourquoi n'écoute-t-elle pas plus Ella hein ? Tout ce qui arrive par la suite est entièrement sa faute !]... J'plains un ptit peu Scott quand même... =/ & Scarlett... Arg ! J'étais trop trop déprimée en écrivant cette scène avec Ella ! Surtout qu'elles se disputent ce qui n'était pas du tout prévu... Mais bon, j'avais bien envie d'éclater l'jolie ptit nuage d'Ella quand même. ^^' Bref... La fin... C'est une fin ! =D J'l'adore Ella xD Genre c'est un tout ptit service... =P Bref !

Questions du jour, bonjour = 1 - Toby va-t-il accepter ? [Manquerait plus que non ! =P] 2 - Scarlett va-t-elle supporter Poudlard maintenant ? [D'ailleurs pour info, Non, ne vous acharnez pas sur Scott, il n'a rien dit ! -'] 3 - Comment Harry, Hermione & toute la clique Phoenixienne [XD] vont-ils réagir au départ de nott' Ella ? 4 - Est-ce que le message vient vraiment des Elfes ? & qu'est ce qui pourrait s'passer au Brésil ? [Oui, parce que j'préviens... ça ne va pas être de tout repos ! Enfin de l'action dans les prochains chapitres...] 5 - Est-ce que ça vous a plu ? 6 - A quoi vous pensez pour la suite ? =D

Pour les RaR [Réponses aux Reviews], je ne suis pas là jusqu'à samedi, donc si j'ai du retard, ne vous posez pas de questions & ne me maudissez pas, s'il vous plait ! xD Après, ça, je devrais être tranquillou pour écrire & tout pendant au moins deux semaines... ^^' Bref... J'vous laisse à vos mots que je recevrais comme toujours avec plaisir ! =D

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! ^^

*¤ Bewitch_Tales ¤*