Note de l'Auteur _ Coucou ! Désolée pour le retard, mais je suis actuellement en famille [avec tous les soucis que cela comporte lorsqu'il s'agit de la mienne...] & c'était assez dur de trouver le temps de me poser, de répondre à vos précédents reviews, de relire ce chapitre, puis de le poster ! Preuve : je n'ai pas avancé [ou si peu...] mon chapitre 17. Au lieu de ça, j'ai passé mes quelques instants de libération à écrire la suite de mon OS sur Pansy & Drago [Dont la 3ème partie arrivera sous peu !].

En bref, ce chapitre là -contrairement au précédent- est celui qui m'avait réconcilié avec Ellarosa... Le chapitre où mes personnages ont tous totalement perdu l'esprit -preuve en est de Sam qui m'est apparue complètement tordue [plus que d'habitude] ou encore de la charmante scenette que m'a infligée l'esprit d'Hermione alors que je m'étais jurée, promis, crachée de ne pas flash-backer dans cette fic ! Perdu ! Enfin, quoi qu'il en soit, j'espère que sa lecture vous embarquera autant que je l'ai été durant l'écriture...

[P.S. Bon anniversaire Harry Pot'd'beurre ! 3o ans déjà... C'est qu'il vieillit nOt'héros favori ! & aussi bon z'anniversaire de 45 ans à la Grande Prêtresse sans laquelle on ne passerait pas tant de temps sur ce site -ou pas du tout en fait... xD- J.K. Rowling !]

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 14

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« Il n'existe pas de plus beau paysage que le corps vibrant ou alangui de qui l'on aime ; pas de plus sûr refuge que l'âme secrète et tendre de qui l'on aime ; pas de meilleure nourriture que les caresses de qui l'on aime. »

Jean Simard.

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Ella passa la porte de la salle commune en tremblant, encore frigorifiée par l'air extérieur quasi hivernal. Elle fut d'abord soulagée de constater qu'elle était seule, ne souhaitant guère s'attirer des questions lorsqu'elle quitterait à nouveau les lieux. Elle grimpa à son dortoir et en redescendit une dizaine de minutes plus tard, aussi silencieuse qu'un félin, un sac à dos accroché à son épaule. Elle y avait glissé quelques vêtements, bien que tout lui laisse croire que les Elfes –comme à leur habitude- lui en offriraient des tas dès qu'elle se retrouverait auprès d'eux.

Toby était chargé de récupérer quelques victuailles aux cuisines, et elle espérait que les Elfes de Maison ne poseraient pas trop de questions. Pendant un millième de seconde, elle avait cru qu'il refuserait en voyant dans ses yeux qu'il la prenait pour une folle. Eux deux, partant seuls à l'autre bout du monde, l'idée pouvait en effet paraitre légèrement extrémiste. Mais désormais, il restait le seul à pouvoir l'aider. Elle aurait bien évidemment pu s'y rendre seule, mais la présence de Toby l'apaiserait probablement au cas où –bien qu'elle ne souhaite pas y songer- les Elfes détiendraient de mauvaises nouvelles.

Mais finalement, il avait acquiescé avec un sérieux étonnant, comprenant sans difficulté à quel point c'était important pour elle. Encore une fois, Ella s'était sentie gênée de détenir d'un tel pouvoir sur le jeune homme.

Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la salle, une voix masculine la stoppa net, la faisant sursauter. Elle se retourna lentement pour faire face à Scott, qui la scrutait, sourcils froncés, une grimace de pure stupéfaction sur le visage.

« Tu n'es pas couché à cette heure ci ? questionna Ella en réalisant –trop tard- qu'elle n'avait sûrement pas le droit de s'adresser à lui ainsi.

- Tu joues à la grande sœur autoritaire ? répliqua Scott avant d'avancer de quelques pas. A vrai dire… je t'attendais. »

Ella croisa ses bras sur sa poitrine, retenant difficilement un air abasourdi. Voyant qu'elle attendait qu'il s'explique, il bredouilla, rougissant jusqu'à la pointe des cheveux comme seuls les Weasley étaient capables de le faire :

« Je voulais juste te dire que ce n'est pas moi qui ait parlé de l'histoire avec Scarlett… Ni Maïa. Je suis vraiment désolé que tout le monde se comporte aussi bizarrement avec elle désormais. Et j'ai été assez puni selon moi, alors, je n'aimerais pas que mon père rajoute d'autres clauses avant ma libération.

- Et donc… Tu voudrais que j'explique à tes parents que tu n'y es pour rien ? s'enquit-elle en le jaugeant avec une sévérité qu'elle ne put refreiner.

- Et bien, en effet, ce serait gentil. Je pourrais leur dire, mais jamais ils ne me croiront… Ils ne me portent pas réellement dans leur cœur depuis quelques temps. Alors que toi… Maman te croira. Et mon père, il t'aime bien, il te regarde comme il regarde Timy… »

Ella eut un petit rire sans joie, moqueur, frôlant avec la cruauté et le mépris. Elle s'avança vers lui et détacha chaque syllabe, comme si elle s'adressait au pire des imbéciles ayant foulé cette Terre.

« Tu sais quel est le problème ? C'est que moi-même, je ne sais pas si je peux te croire. Jamais tu ne m'as adressé la parole, excepté pour m'insulter. Tu t'es montré odieux envers un garçon qui ne t'avait rien fait simplement parce qu'il a le malheur de m'apprécier. Tu as su toucher un point sensible, et je suis certaine que sur le coup, tu en as éprouvé un plaisir presque sadique. Je pense donc que tu mérites amplement la punition que tes parents t'ont infligée. Alors que ce soit toi, ou non… Je ne vais pas m'abaisser à te couvrir alors que tu te moques de moi depuis des semaines. Tu n'as pas voulu d'une grande sœur, alors que j'aurais probablement pu être gentille, comme je le suis avec Timothy. Maintenant, assume-le. Je ne suis pas là pour te protéger. »

Scott resta sans bouger une seconde, puis baissa les yeux vers le sol. Ella culpabilisa une seconde, réalisant qu'elle venait de briser à jamais la possibilité –quoi qu'infime- de se lier à lui. Scott avait refusé de faire les premiers pas. Elle reculait désormais plus encore, si bien que le fossé entre eux lui sembla désormais si vaste qu'elle refuserait de s'en approcher.

Elle se détourna après l'avoir scruté une seconde de plus et s'approcha de la porte.

« Tu vas au Brésil, c'est ça ? »

Elle ne se retourna pas, se contentant de prononcer avec rancune :

« Tu comptes foncer me dénoncer pour que les enseignants m'en empêchent ? »

Scott hésita, puis secoua la tête –bien qu'elle ne puisse pas le voir.

« Non. Je voulais juste… Bonne chance. »

Elle sourit, imperceptible rictus qu'elle ne put retenir, puis quitta les lieux, se doutant pourtant qu'elle venait de tourner le dos à la première et dernière possibilité que lui offrait ce qu'aurait pu être sa nouvelle famille.

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Harry observa les étudiants qui se bousculaient à l'entrée de la classe afin d'obtenir les places du fond et ne surtout pas suivre le cours. Les Serdaigles s'installèrent aux premiers rangs pour la plupart, de toute évidence impatients à l'idée d'écouter une nouvelle leçon –bien qu'il ne s'agisse pas d'un cours magistral tel qu'ils les aimaient tant. Les Serpentards, eux, s'assirent derrière par simple mesure de rébellion envers Harry, lequel avait enfermé ou tué nombre de leurs parents.

Il lui fallut quelques minutes pour remarquer l'absence d'Ella. Depuis son arrivée, la jeune fille n'avait pas manqué un seul cours et s'était toujours assise face à lui, auprès de Scarlett qui cette fois était seule. Il plissa le front, des rides creusant sa peau pâle par-dessus ses lunettes. Il hésita quelques secondes avant de s'approcher de Scarlett, laquelle ne quittait pas des yeux son morceau de parchemin.

« Miss Higgs, pourriez-vous me dire où est passée Ella… Enfin, Miss Nott ? »

La Serdaigle releva les yeux vers lui, puis haussa négligemment les épaules. Ce geste démontra à Harry qu'elle n'avait aucune réponse à lui offrir… Et surtout qu'elle s'en moquait. Ou du moins, qu'elle mimait l'indifférence ce qui était tout à fait différent. Harry décida de commencer son cours. Il ne souhaitait pas jouer les protecteurs trop oppressants. Il ne pouvait tout de même pas quitter la classe pour la chercher. Il débita la leçon du jour avec une monotonie peu habituelle, son regard fixé sur la porte qu'il voulait absolument voir s'ouvrir, opprimé par un drôle de sentiment guère agréable. Quelque chose clochait.

Le fait que Scott ne le regarde pas du tout dans les yeux et tape du pied contre le bureau finit par l'alerter également. Il s'avança vers lui dès la sonnerie enclenchée, sans même prendre la peine de saluer ses élèves.

« Où est Ella ?

- Aucune idée, mentit Scott en s'empourprant, tout bonnement incapable de mentir convenablement même si sa vie en dépendait. Je suis dans sa classe, d'accord, mais je n'ai pas pour mission de la surveiller à ce que je sache. »

Maïa tortillait énergiquement une mèche blonde s'échappant de son fouloir de soie bleu, preuve qu'elle aussi savait quelque chose et qu'il ne faudrait qu'un seul mot pour qu'elle craque. Ni l'un ni l'autre ne savait cacher quoi que ce soit. Harry poussa un soupir, exaspéré de devoir perdre du temps à analyser les expressions de deux gosses alors qu'Ella faisait il-ne-savait-quoi.

« Où est-elle ? Je ne le demanderais pas trois fois. »

Derrière lui, Scarlett n'avait toujours pas rangé ses affaires, angoissée désormais. Elle imagina les pires des scénarios avant de se rasséréner. Ella devait probablement passer du temps avec Toby, tout simplement. Pourtant, elle se doutait largement qu'Ella n'était pas du genre à sécher les cours pour quelques câlins. Scott et Maïa échangèrent un regard. Elle sembla demander à Scott de répondre et il s'y sentit immédiatement forcé. Après tout, Ella devait déjà être loin à l'heure qu'il était. Personne ne pourrait la rattraper avant qu'elle approche des Elfes. Il marmonna :

« Au Brésil. »

La mâchoire d'Harry se crispa ostensiblement sous la fureur. Il n'aurait pas hésité à hurler sur Ella si elle s'était retrouvée face à lui, irrité par sa stupidité et son inconscience. Partir seule à l'autre bout du monde… Il ne pouvait croire que la fille de Théodore Nott et d'Hermione Granger soit capable de se montrer à ce point impulsive. Avec des parents aussi réfléchis, il s'était attendu à mieux de sa part. Il lui fallut moins d'une minute pour que la colère se transforme en culpabilité. Après tout, Ella était partie parce que les Membres de l'Ordre ne l'avaient pas écoutée.

Il observa tour à tour Scott et Maïa, puis se retourna pour voir Scarlett qui –bien qu'elle ne semble pas à sa place- ne comptait pas bouger avant d'en savoir plus.

« Miss Higgs, allez chercher Tobias Malefoy s'il vous plait. Scott, retourne chez ta mère par conduit de cheminée et demande lui de prévenir les membres de l'Ordre de ce qu'il se passe. Je veux qu'on se retrouve chez moi dans une heure. Dis-lui de retrouver les Malefoy également puisque ça concerne Théo. Maïa, réuni tous les enseignants qui font partie de l'Ordre et demande au professeur McGonagall de s'arranger pour que les élèves n'aient pas besoin de nous… Je me fiche qu'elle ne veuille pas stopper les cours, mais dis-lui d'interrompre la classe. Allez, filez ! »

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Scarlett entra dans le salon des Potter presque sur la pointe des pieds, de plus en plus mal à l'aise face à cette situation. Le professeur McGonagall qui sortit de la cheminée à sa suite lui accorda un sourire rassurant et la poussa à s'avancer un peu plus, jusqu'à se retrouver heurtée par les dizaines de conversations. Il lui sembla que tous les Membres de l'Ordre parlaient, mais que personne n'écoutait. Elle se racla timidement la gorge, essayant de se faire attendre alors que seuls Drago et Pansy ne papotaient plus depuis son arrivée. Elle finit par crier un « Eh ! » sonore qui interrompit toutes les discussions. Harry se tourna vers elle et passa sa main dans ses cheveux, gêné de montrer à une élève à quel point l'Ordre du Phoenix était dissolu. Mais Scarlett n'en avait que faire.

« Toby est parti avec Ella.

- Quoi ?

- Samya ne l'a pas vu depuis hier soir, et Dobby –l'elfe de maison qui travaille aux cuisines- m'a raconté qu'il était passé prendre de la nourriture durant la nuit. On peut donc présumer qu'il l'accompagne… »

Drago marmonna une insulte –laquelle fit rire Timothy et lui attira un regard moralisateur de la part d'Hermione. Pansy poussa simplement un soupir avant de glisser sa main dans celle de son époux qui s'apprêtait de toutes évidences à ramener son fils par la peau des fesses s'il le pouvait. Ron se leva du canapé, l'air nonchalant et blasé.

« Il fallait s'y attendre. De plus, elle n'est pas seule… Et ça c'est une bonne nouvelle. Elle connait les Elfes, leurs coutumes, leur monde. Je ne pense pas qu'il y ait des raisons de nous inquiéter. Je crois aussi que Toby serait prêt à la protéger de n'importe quoi…

- C'est bien ce qui m'angoisse, moi ! tonna Drago avec colère. C'est mon fils ! Et je n'apprécierais pas qu'il risque sa vie pour Ella… Qui sait de quoi sont capables ses Elfes ? Et puis ils peuvent rencontrer des créatures sur leur route. Qui dit qu'ils sauront se défendre ? Je suis d'accord quand il s'agit de défendre Ella, mais pas au dépend de mon enfant. »

Cette réplique provoqua une sorte de cataclysme et Scarlett roula des yeux dans ses orbites. Elle eut l'impression d'assister à une soirée beuverie chez les Mangemorts. Ils se chamaillaient tous, alors qu'ils étaient réunis pour une cause commune… Cause qu'ils semblaient avoir provisoirement oubliée. Hermione finit par s'installer en attirant Timothy sur ses genoux. Elle était habituée à les laisser se calmer seuls.

Le silence revint en quelques minutes –quand une migraine se pointa- et Harry se tourna vers sa meilleure amie.

« Les Elfes les accepteront ?

- Ella est l'une des leurs pour eux… Elle a été conçue dans la baie. C'est important à leurs yeux. Et puis, Théo l'a conduite là-bas plusieurs fois. Elle a l'habitude. J'espère juste qu'elle saura maintenir Toby. (Cette réflexion lui apporta quelques regards interrogateurs.) Les Elfes ont une drôle de notion de la vie, et surtout de l'amour… Ella est une belle jeune fille et Toby est attirant. Qu'ils soient en couple ne repoussera pas les demandes et tentatives de séductions. Ella en a probablement l'habitude, mais pas Toby.

- Il est en train de foutre son avenir en l'air pour elle ! rétorqua Drago. Il n'a pas manqué un seul cours de sa vie ! Il travaille sans doute plus en une semaine que moi durant toute la scolarité. Alors, peut-être que pour vous, les Malefoy sont des hommes volages et irrespectueux, mais Toby ne…

- Se laissera pas faire, je sais, conclut Hermione. Et si tu m'avais laissé finir, j'aurais expliqué que Toby serait sans doute jaloux, tout simplement ! C'est un garçon… Et de plus, c'est un Malefoy. Vous n'êtes peut-être pas volages, mais vous êtes possessifs.

- Qu'est ce que tu en sais ?

- Théo me le répétait constamment, confessa-t-elle en s'empourprant légèrement. C'est un truc d'hommes Sangs-Purs, parait-il… Et Toby scrute Ella comme si elle appartenait à une espèce en voie de disparition. Il ne connait rien aux règles des Elfes. Il n'aura pas le droit de repousser les avances des hommes au sujet d'Ella, pas le droit de se battre ou de se montrer désobligeant…

- Et que se passe-t-il s'il enfreint une règle ? s'enquit Pansy en essayant de calmer son mari.

- Tout dépendra du crime et de ce que la Reine pensera de lui. Si elle l'apprécie, il n'aura rien à craindre. Elle trouvait Théo charmant et… Sa possessivité et sa manière de toujours repousser les hommes qui s'approchaient trop de moi ne lui ont jamais causé de soucis. (Elle aperçut le regard sombre de Ron et ajouta :) Au départ, il agissait ainsi parce que j'étais mariée, et non parce qu'il voulait m'avoir pour lui seul. Les Elfes se moquent du mariage. C'est une preuve d'égoïsme et non d'amour à leurs yeux. Ils dédaigneront donc une simple amourette d'adolescents. »

Harry poussa un soupir tout en retirant ses lunettes, avant d'en essuyer les verres à l'aide de son t-shirt, geste habituel démontant son anxiété.

« Alors… Que devons-nous faire ?

- Attendre, souffla Hermione en le regardant droit dans les yeux comme pour le défier de la contredire. Les Elfes n'accepteront pas la présence de trop d'étrangers. Je suis certaine qu'Ella sait ce qu'elle fait…

- Elle est partie au beau milieu de la nuit ! riposta sèchement Harry en la fusillant du regard. C'était idiot !

- Elle a seize ans. Elle est intelligente et courageuse. Nous avons fait de nombreuses bêtises pendant notre adolescence, Harry… La fuite d'Ella est une erreur bénigne. Elle veut simplement sauver son père…

- N'est-ce pas toi qui étais contre l'idée d'un départ pour le Brésil ? Qui trouvais ce projet sans intérêt ?

- Si, Harry. Mais Ella a fait un choix. Si nous n'avons pas de nouvelles dans quelques jours… Nous commencerons à nous inquiéter. »

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Ella maudissait le mauvais temps. Le froid. Les broussailles. Ses cheveux qui frisaient. Les animaux qui faisaient crépiter la forêt autour d'eux. Elle devait s'avouer qu'elle avait peur désormais. Peur de ne pas trouver le chemin exact à travers les milles arbres touffus. Les ombres se faisaient menaçantes selon la disposition du soleil dans le ciel. Elle aurait tant aimé qu'il les éclaire davantage pour les réchauffer.

Toby marchait à ses côtés, lui accordant une confiance aveugle qui la poussait à culpabiliser. A peine une douzaine d'heures plus tôt, ils s'embrassaient sur un matelas confortable à la lueur de bougies, là où ils étaient en sécurité… Et par sa faute, tout ça à cause de cette satanée détermination, ils s'aventuraient sur les sentiers égarés d'une forêt dans laquelle elle doutait de pouvoir se repérer. Mais ils ne pouvaient transplaner sur le territoire des Elfes. De nombreux sortilèges protégeaient la Baie, le village et les lieux alentours. Le centre de Transplanage le plus proche restait à une dizaine de kilomètres de distance de la Baie… Dizaine de kilomètres d'arbres.

Ella finit par cesser de marcher en poussant un soupir de désillusion. Elle se sentait si idiote, sans défense, perdue dans un pays dont elle ne connaissait même pas la langue.

« On tourne en rond, remarqua Toby en s'adossant nonchalamment à un arbre, comme si l'idée de mourir de faim ou de se faire dévorer par une créature ne l'angoissait pas plus que ça. Je suis quasiment certain d'avoir vu cet arbre il y a moins d'une heure.

- Ce sont des arbres, Toby, répliqua-t-elle avec une pointe d'agacement dans la voix, frustrée. Ils se ressemblent tous.

- Non, il est tout déformé. Regarde ses branches. On devrait faire une pause, attendre de voir vers où va le Soleil pour nous repérer. On doit toujours aller vers le Nord, c'est bien ça ? »

Elle acquiesça en s'enroulant de ses bras, frigorifiée. Toby déposa le sac contenant la nourriture au sol, puis leurs sacs de vêtements –il avait saisi celui d'Ella de force lorsqu'il avait réalisé qu'elle s'épuisait. Marcher quatre heures tout en évitant de se prendre les pieds dans des racines ou de se cogner pouvait s'avérer exténuant. Remarquant qu'elle restait à quelques pas de distances et lui tournait résolument le dos, il en conclut qu'elle était en colère. Ou juste triste. Il s'approcha d'elle et colla son torse à son dos.

« Peut-être que nous sommes proches…

- Et peut-être pas, rétorqua-t-elle, plus sèche qu'elle ne le voulait au départ. Je suis désolée de t'avoir entrainée là-dedans.

- Je ne te savais pas si pessimiste. On est parti depuis moins d'une dizaine d'heures, Ella. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Et puis sérieusement, si tu ne m'avais pas demandé à t'accompagner, je serais probablement en train de t'injurier d'être aussi intrépide ! Au moins, nous sommes tous les deux… »

Il déposa un nuage de baiser sur sa nuque dénudée et elle frémit, non plus de froid mais d'un plaisir bouillant qui dilua un désir incommensurable à travers chaque membre de son corps. Elle se laissa aller contre son torse, sentant qu'il s'enhardissait, comme percevant son changement d'humeur. Elle aurait pu devenir hystérique à peine quelques secondes plus tôt. L'étreinte lui avait fait oublier sa colère, sa déception, sa peur… Il ne restait plus que lui.

Elle se retourna finalement pour l'embrasser, plus fougueuse que jamais. Il resta stupéfié pendant une nanoseconde, n'ayant pas prévu une telle réaction, puis plongea avec délectation dans cette toute nouvelle source de chaleur. Il passa ses mains sous sa veste dans son dos et elle faillit faire de même avant de se rappeler de ce qui marquait le sien. Lorsqu'elle s'arrêta pour reprendre son souffle, il la scrutait, torse bombé de fierté. Il semblait venir de gagner un trophée extraordinaire… Elle ne prit pas une seconde pour comprendre qu'elle était le butin. Elle ne voyait pas vraiment en quoi elle était un cadeau, mais apprécia l'éclat du regard qu'il portait sur elle.

« Tu as faim ? » s'enquit-il en caressant sa joue du bout des doigts.

Elle acquiesça et il l'attira vers le sol avant de saisir le sac emplit de quelques denrées. Ils grignotèrent en silence, leurs regards parlant assez pour qu'ils n'aient pas besoin de la parole. La mousse verte sur laquelle ils déjeunèrent était plus confortable que ce qu'ils avaient prévus, et ils s'allongèrent quelques instants, collés l'un à l'autre pour ne pas prendre froid. Ils n'avaient pas dormis depuis plus de vingt-quatre heures et l'épuisement commençait à s'emparer d'eux après l'adrénaline de leur fuite.

Une petite araignée grimpa sur Ella, picotant la peau de son cou avant de s'emmêler à ses cheveux. Toby la retira avant de l'écraser entre ses doigts, ce qui lui attira un regard assassin de la part de la jeune fille, laquelle ne permettait habituellement pas qu'on tue même une fourmi.

Son père avait passé son enfance à lui répéter que chaque chose, même infime, avait un rôle dans l'évolution du monde et dans ce qu'il appelait le « cycle de la vie ». Enfant –comme tous les petits- elle s'amusait pourtant à torturer quelques insectes, les disséquant avec les pinces dont se servait son père pour la botanique. Elle se souvenait du jour où il l'avait surprise à découper une mante-religieuse –après qu'elle lui ait arrachée les pattes. Il l'avait saisie par les épaules, sans lui faire mal pour autant, et avant lancé avec une froideur inhabituelle : « Imagine d'être ainsi découpée, Ella ! ». Elle avait imaginé avant de fondre en larmes, de longs sanglots qui lui avaient rendu son père à la douceur incroyable. Il l'avait soulevé dans ses bras, puis consolé en s'excusant presque. Il ne supportait simplement pas de la voir pleurer.

Penser à son père noua sa gorge et failli rompre son canal lacrymal. Elle eut soudain une vision atroce de lui, maintenu par des câbles solides, prêt à se faire trancher la peau. Des hommes tout de blancs vêtus s'approchaient de lui avec des scalpels immenses. Les hommes n'avaient pas de visages. Un scalpel se rapprochait du ventre de son père. La lame frôlait sa peau. Du rouge apparaissait. Sang.

« Ella ! Ella ! »

Elle ouvrit les yeux en un soubresaut écœurant et se redressa, le corps moite de sueur. Toby était agenouillé à côté d'elle dans la pénombre, l'air inquiet. Elle tâcha de retrouver sa respiration et le questionna du regard.

« Tu t'es mise à hurler dans ton sommeil, comme si on t'égorgeait… Tu as fait un mauvais rêve ?

- On… Je me suis endormie ?

- Nous nous sommes endormis à vrai dire. Je suis désolé de ne pas t'avoir réveillée plus tôt, mais je pensais que tu avais besoin de sommeil avant de te remettre à avancer. Le soleil a presque commencé à se coucher. »

Il pointa son doigt vers les lueurs orangées qui disséminaient leur halo à travers les arbres et elle grogna. Ils avaient perdu du temps. Ils ne pourraient marcher pendant la nuit sans créer de la lumière par magie, ce qui attirerait l'attention de toutes sortes d'animaux. Pourtant, elle n'eut pas le cran de lui en faire la réflexion et se mit debout. Elle vacilla et il la rattrapa in extrémiste avec un soupçon d'angoisse au fond des yeux. Elle le rassura d'un sourire et rassembla leurs affaires sans le regarder.

Elle-même ne comprenait pas pourquoi elle lui en voulait. Après tout, elle avait traversé cette forêt plusieurs fois. La seule fautive, c'était elle. Elle dont les souvenirs se perdaient dans les tréfonds de sa mémoire. Elle se rappelait bien d'avoir parcouru ces bois, d'abord dans les bras de son père qui lui montrait les arbres et les oiseaux en lui apprenant à les reconnaitre, puis plus grande, sa main accrochée à la sienne comme à une bouée. Elle ferma les yeux un instant. Le souvenir d'une conservation la berça alors.

Elle devait avoir sept ans au grand maximum. Lui ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours et elle se moquait de son apparence d'ours. Il semblait percevoir un bruit et relevait la tête pour observer un oiseau au plumage chatoyant. Il s'abaissait pour être à sa hauteur, comme toujours lorsqu'il s'apprêtait à lui annoncer quelque chose d'important ou à lui confier l'un des grands mystères de l'existence dont elle croyait que lui seul avait connaissance. « Tu vois cet oiseau ? C'est un focifère. Il est extrêmement dangereux. ». Elle sursautait, puis s'accrochait davantage à lui, comme s'il pouvait la sauver. Il esquissait un sourire avant de continuer : « Son chant peut rendre les gens fous… Mais tu sais, je pense que nous ne risquons rien. ». Elle l'interrogeait alors du regard et il éclatait de rire, ce rire qu'elle aimait tant car il contrastait avec la finesse de sa voix, un rire rauque, un rire d'homme. « C'est la Reine qui nous l'envoie, pour nous conduire à elle… Meleke adore les créatures dangereuses. »

Cette réflexion résonna en l'esprit d'Ella, tel un leitmotiv détenant la réponse à toutes ses questions. Elle leva les yeux, à la recherche d'un oiseau ou de quoi que ce soit qui puisse réellement attirer son attention. Hélas, elle ne découvrit que le vert des épais feuillages. Dépitée, elle se tourna vers Toby :

« Préviens-moi si tu vois un oiseau… Et assure-toi que ce ne soit pas un mirage avant de nous donner de faux espoirs. »

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Scott s'allongea de travers sur son lit en poussant un grognement de frustration digne d'un Gryffondor –ou simplement très semblable à ceux qu'émettaient son père quand il ronchonnait. Le matelas s'enfonça un peu à ses côtés, sous le poids de Maïa qui lui accorda une mimique étrange, mi-sourire, mi-grimace, qu'il ne prit même pas la peine d'analyser. Maïa inventait des moues et pouvait tordre son visage de mille manières différentes. Enfant, elle arrivait toujours à le faire sourire. Cette fois, cela ne fonctionna pas vraiment.

Ils percevaient les éclats d'une dispute à l'étage inférieure. Entre Hermione et Ron. Dispute qui concernait de toute évidence Ella et la responsabilité d'Hermione dans sa fuite. Selon Ron, le fait qu'elle ait refusé d'écouter la jeune fille lors de la précédente réunion tenait plus en son déni de l'existence même d'Ella et du lieu de sa conception qu'en une quelconque réelle raison logique. Scott ne pouvait s'empêcher d'être de son avis… Mais avait préféré s'éclipser. Il avait appris à se taire pendant les disputes de ses parents.

Heureusement, Maïa était avec lui. Elle avait simplement demandé à Ron si elle pouvait passer le reste de la journée avec Scott, puisque la plupart des cours étaient annulés –au grand désespoir de la directrice- et il avait accepté d'un seul hochement de tête, de toute évidence trop fatigué pour polémiquer. Ils rentreraient à Poudlard plus tard, lorsque tous les professeurs y retourneraient également. En effet, Harry et Neville étaient encore chez les Potter, à attendre un signe, n'importe lequel, provenant d'Ella. Scott les trouvait particulièrement naïfs sur ce coup là.

Et il se trouvait aussi complètement stupide. La veille, il lui apparaissait clairement qu'Ella savait ce qu'elle faisait… En voyant les adultes s'inquiéter, il se demandait s'il n'avait pas fait une bêtise. Maïa passa sa brusquement sa main devant ses yeux et s'enquit :

« Tu vas bien ? Tu sais, je suis certaine qu'ils vont finir par se calmer… Tes parents, je veux dire. Dès qu'Ella sera de retour, il n'y aura plus aucun problème entre eux.

- Si elle revient, précisa-t-il en un bougonnement désagréable. Et puis ensuite, ce sera probablement au tour de son père de débarquer.

- Mon père dit qu'il a toujours été très gentil… (Le regard noir de Scott l'empêcha d'en dire davantage.) Enfin, quoi qu'il en soit, ils repartiront d'où ils viennent et tout redeviendra comme avant. »

Elle posa chaleureusement sa main sur la sienne avec un sourire complice et –bien que la situation l'oppresse- il ressentit tout de même l'habituel engourdissement qui suivait tout contact. Ses joues se teintèrent d'un rouge flamboyant et Maïa s'éloigna un peu en baissant les yeux, aussi intimidée que lui dans ce genre de situation. Elle aurait parfois aimé être plus semblable à sa mère qui avait harcelé Neville avec une férocité détonante jusqu'à ce qu'il accepte de sortir avec elle. Avec Scott, c'était beaucoup plus compliqué que ça. Elle savait qu'il mourait d'envie de la toucher, mais n'osait pas faire le premier pas… Et comme elle non plus, elle pressentait qu'ils pourraient se jauger pendant des années encore.

Scott s'enfonça un peu dans son matelas, jusqu'à s'allonger presque entièrement, et elle ramena ses jambes contre elle, comme pour se faire toute petite. Un silence –habituel après le moindre contact physique- s'éternisa jusqu'à ce que Timothy entre dans la chambre avec un air penaud :

« Ils s'engueulent papa et maman…

- T'inquiètes, répliqua Scott en haussant les épaules. Ils vont se calmer quand ils auront la gorge sèche… Et maman se remettra à boire… et…

- Scott ! coupa Maïa en lui adressant un regard noir. Viens avec nous, Timy. Tout va bien. Ils sont juste angoissés pour Ella et ils ont une drôle de façon de le montrer… »

Timothy plissa le front, l'air soupçonneux, comme si quelque chose dans le discours de Maïa le troublait. Il finit par secouer la tête avec force pour démentir l'affirmation de la jeune fille et rétorqua :

« Maman, elle s'en fiche d'Ella. De toute façon, elle l'aime pas ! »

Scott grimaça et Maïa baissa furieusement les yeux en ayant envie de disparaitre. Timothy se retourna en suivant le regard de son frère, lequel fixait le pas de la porte sans ciller. Hermione s'y était arrêtée en entendant cette dernière réplique lancée avec l'innocence d'un enfant qui voyait bien mieux que les adultes ce qui se tramait autour de lui, et osait le dire sans comprendre le mal que ça pouvait causer. Pourtant, il réalisa facilement que ses mots venaient de secouer sa mère, qu'il la faisait souffrir encore davantage. Ron apparut derrière elle, manifestement toujours en colère, et questionna avec un dodelinement de la tête :

« Qu'est ce qu'il se passe ? »

Hermione ne prit pas la peine de répondre et se faufila sans lui laisser le temps de dire un seul mot. Elle rejoint sa chambre et Ron la regarda –impuissant- en fermer la porte, signe qu'elle ne désirait qu'une seule chose : être seule. Il se retourna donc vers son petit dernier qui fixait résolument la pointe de ses chaussures avec l'air maussade de celui qui vient de faire une grosse bêtise et ne veut pas se faire punir. Il jeta un coup d'œil rapide à Scott, qui se détourna pour éviter de laisser filtrer la moindre information. Ron roula des yeux dans ses orbites et s'agenouilla auprès de Timothy afin de dresser son visage à la hauteur du sien. Il plaça tendrement ses doigts sous son menton baissé et le força à relever la tête.

« Qu'est ce qu'il s'est passé, Timy ? »

L'enfant se dandina un instant en se balançant d'un pied à un autre. Il hésitait manifestement, craignant de se mettre son père à dos. Pourtant, il finit par soupirer :

« J'ai dit que maman, elle n'aime pas Ella… Et maman m'a entendu, admit-il, penaud, avant d'ajouter : Mais c'est vrai ! C'était pas un mensonge, alors, j'avais bien le droit de le dire, non ?

- Certaines vérités ne sont pas non plus bonnes à dire, rétorqua Ron avec une grimace contrite. De plus, comment pourrais-tu savoir ce que ressent maman pour Ella, hein ? »

Timothy mordilla sa lèvre inférieure tout en enfonçant ses petites mains dans les poches de son pantalon. Dans son esprit, des milliers de réponses et d'arguments auraient pu soutenir cette thèse. Il n'en exposa qu'un seul :

« Elle l'a abandonnée. »

Ron soupira, épuisé à l'idée seule d'avoir à subir cette discussion. Il souleva son fils dans ses bras, soupçonnant que Scott et Maïa n'avaient pas besoin d'entendre tout ça, et sortit de la chambre. Il ferma la porte pour laisser aux deux jeunes un peu plus d'intimité avant de conduire son fils jusqu'à la sienne. Il le déposa avec douceur sur son lit, et Timothy se recroquevilla imperceptiblement sur lui-même. Son père ne l'avait jamais puni auparavant, mais après la sévère réprimande accordée à Scott quelques jours plus tôt, tout lui paraissait possible. Ron le rasséréna en lui ébouriffant les cheveux. Il organisa un instant ses pensées –surveillé de près par les yeux interrogateurs du petit- avant de se lancer :

« Je ne suis pas certain que maman n'aime pas Ella. Je sais que tout ce que tu vois autour de toi te donne cette impression, mais… C'est beaucoup plus compliqué que ça. Tout n'est pas toujours tout blanc ou tout noir.

- Je le sais, ça ! répliqua Timothy en secouant la tête. Mais mamie, elle disait tout le temps que la seule chose qui est vraie, c'est l'amour. Que soit on aime, soit on n'aime pas. Que ça, c'est simple ! Maman, elle m'aime. Et elle aime Scott, même s'il fait des bêtises. Elle t'aime aussi toi, même si vous avez divorcé. Mais Ella… Elle ne la regarde pas, elle ne l'écoute pas, elle a tout le temps l'air en colère quand elle la voit. C'est comme si… (Il s'interrompit, soudain inquiet à l'idée de formuler ses pensées à voix haute.) Je crois que maman préférerait qu'Ella n'existe pas. »

Ron ferma les yeux un instant avant d'enfouir son visage entre ses paumes, ne sachant que répondre à cela. Timothy semblait avoir déjà fixé un avis définitif sur cette histoire, et lui ne pouvait se résoudre à le détromper. Simplement parce qu'il n'aurait aucune preuve tangible à lui opposer. Simplement parce que lui-même n'y croyait pas vraiment.

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Hermione s'assit sur la chaise disposée devant la console de sa chambre et cala son menton entre ses mains en coupe. Son regard noir s'accrocha à celui que lui renvoyait son reflet et fut saisi par une brusque envie de le détruire, de briser l'image de femme faible qu'il lui renvoyait depuis quelques semaines. Elle essuya du bout des doigts les quelques larmes brûlantes qui tentaient insidieusement de la rendre plus pitoyable encore et tenta de se calmer.

La réplique d'une brutalité innommable de son fils tournait en boucle, menaçant sa santé mentale déjà bien précaire. Bien qu'elle sache parfaitement qu'il ne voulait pas la blesser, Hermione ne parvenait pas à les ôter de son esprit. Elle massa lentement ses tempes, quelques minutes, chassant le mal de tête qui menaçait de l'envahir, et se détourna d'elle-même, refusant de voir davantage la détresse qui s'était emparée d'elle.

Son regard se posa instantanément sur le souci le plus pesant qu'elle avait actuellement à sa disposition. Le carton qui contenait ses souvenirs de la Baia Vermelha. En rentrant chez elle la veille, elle n'avait pu se résoudre à le remettre au grenier, là où était sa place, avec toutes les autres vieilleries à oublier. Elle se laissa glisser par terre avant d'attirer le carton par l'un de ses pans. Elle en extirpa soigneusement le premier objet à sa disposition : le vieux t-shirt de Théo.

Instinctivement, elle le porta jusqu'à son visage et huma. Dissimulé derrière une odeur de renfermé et de bois, le parfum épicé de son ancien amant lui parvint, peut-être réel ou imaginé par son désir de le sentir. Elle inspira à fond, se moquant d'aspirer la poussière accumulée au fils des années. Elle voulait simplement se perdre un peu, penser au passé où sa seule bêtise était encore de faire l'amour avec un autre homme que son mari, un passé où –même si tout était embrouillé dans sa tête- elle était heureuse…

En un bond, Hermione se retrouva au dessus d'un Théodore encore endormi. Nu, l'air d'une innocence désœuvré, les cheveux en batailles. Elle le trouva plus beau que jamais. A califourchon sur ses hanches, vêtue d'un seul t-shirt –appartenant au jeune homme- elle prit plaisir à le scruter comme pour lire dans ses rêves. Bêtement, elle espéra en faire partie. Elle se pencha légèrement jusqu'à taquiner son nez du bout du sien. Il grogna. Elle insista, prête à s'y prendre bien autrement s'il le fallait. Il ne lui avait fallu que quelques jours pour comprendre que Théo devait être réveillé en douceur. Autrement, il ne répondait que par monosyllabes jusqu'au lendemain.

Elle glissa donc sensuellement son majeur le long du torse du brun, lui provoquant une foule de frissons qui ne le réveillèrent pas malgré tout. Un vrai loir ! Elle se baissa, enfouit son visage dans son cou et mordilla lentement sa peau, remontant jusqu'à son lobe qu'elle suçota presque, lui attirant un ronronnement de satisfaction.

Elle ne put faire un mouvement de plus qu'elle se retrouva allongée sur le matelas, Théodore au dessus d'elle. Il plongea son regard encore à demi ensommeillé dans le sien et elle se noya dans cet abyme sombre et pourtant si chaleureux. Il fondit sur ses lèvres comme un faucon sur sa proie et l'embrassa avec une fougue alarmante, comme si dans cette étreinte se cachait tout le sort de leur monde. Elle accrocha ses bras à son cou et son bassin se retrouva presque indépendamment de sa volonté à onduler contre celui de son amant.

Sans cesser une seule seconde de l'embrasser, il passa sa main sous son t-shirt, prêt à le lui retirer. Elle l'arrêta avec la brutalité que renforce l'habitude. Il ne fallait généralement pas plus d'une minute pour qu'il se réveille complètement et la désire. Elle reprit son souffle, ses lèvres rougies, son cœur martelant sa poitrine.

« Je… Nous sommes censés retrouver la Reine dans moins de dix minutes…

- Je peux être rapide ! s'esclaffa-t-il, aussi taquin que d'ordinaire dans ce genre de situations.

- Vraiment ? Tu m'as dit ça il y a quelques jours et nous sommes arrivés en retard avec un air coupable. Masra a passé le déjeuner à ricaner. C'était gênant. Ils le perçoivent lorsque nous… venons de le faire.

- Hermione, commença-t-il avec un sourire en coin qui laissait prévoir qu'il s'apprêtait à dire une bêtise. Tu es si expressive lorsque nous faisons l'amour que tout le pays est au courant ! »

Elle devint aussi rouge que son blason en trop peu de temps pour le dire et il eut du mal à ne pas éclater de rire. Cependant, il avait suffisamment de jugeote pour savoir qu'une moquerie pourrait lui retirer l'immense privilège de ses nuits en sa compagnie. Il se contenta donc d'un sourire avant de déposer un baiser sur sa joue. Il cala son visage dans ses boucles brunes humides à cause de l'abrutissante chaleur et souffla à son oreille :

« Tu sens comme j'ai envie de toi… »

Elle gémit en sentant son intimité contre la sienne. Un acquiescement et il serait à elle. En elle. Pour la énième fois. Son cœur battait de plus en plus fort. Sa capacité de discernement ne fut plus qu'un lointain souvenir. Elle s'abaissa à peine contre lui jusqu'à sentir…

Hermione fit un bond dès qu'une main se posa sur son épaule et elle se retourna en dégainant sa baguette. Harry fit un pas en arrière, un pli creusant son front et déformant sa cicatrice. Ses joues d'Hermione flamboyaient et son regard demeurait perdu dans un ailleurs dont il ne savait –heureusement- rien. Elle détourna les yeux et reposa le t-shirt de Théo dans le carton, troublée à l'idée que son ami puisse se poser des questions. Questions auxquelles elle-même n'avait de réponses. Harry ne se permit pas la moindre réflexion et marmonna :

« Malefoy pense que nous pourrions utiliser la potion du pendu pour retrouver Ella et Toby si nous n'avons pas de nouvelles avant la fin de la semaine. Je suis venu te demander si cela te convenait…

- Pourquoi à moi ? s'enquit-elle en se mettant debout, repoussant le carton jusqu'à son lit. Si Drago Malefoy s'inquiète pour son fils, nous ne pourrons l'empêcher de se servir de sa propre potion. Ce serait particulièrement malvenu étant donné que nous avons besoin de lui.

- Et si toi tu t'inquiètes pour ta fille… persiffla Harry, ce à quoi elle ne trouva rien à répondre. Je sais parfaitement que tu es aussi angoissée que moi, même si tu ne désires pas nous faire part de tes craintes. Je suis là si tu as besoin de… te confier.

- Vraiment ? J'avais davantage l'impression que tu rêvais de me trucider depuis quelques temps. »

Malgré le sujet évoqué, elle souriait, et Harry haussa les épaules. Il détestait lui mentir.

« Je suppose que oui. Mais je n'aime pas te voir malheureuse non plus, alors… Et puis, nous sommes dans le même camp. Nous voulons tous les deux sauver Théo, ramener Ella et Toby en sécurité…

- Nous voulons que toute cette histoire se termine bien pour tout le monde. » approuva-t-elle en hochant la tête.

Pourtant en prononçant ces mots, Hermione comprit qu'ils n'en sortiraient sans doute pas tous indemnes. Elle avait déjà l'impression de se fissurer de l'intérieur…

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Blaise Zabini n'avait ni grandi, ni changé. Enfin, il avait bien pris quelques centimètres depuis son adolescence, avait une légère brioche au ventre parce qu'il buvait et fumait trop, possédait une étrange cicatrice au cou et marchait plus vouté qu'autrefois. Mais mentalement, il restait ce jeune de dix-huit ans, obsédé par la pureté, le sexe, et l'argent –indissociable du pouvoir. Sa fille unique pouvait même probablement le dépasser en maturité la plupart du temps. Il supposait que c'était d'ailleurs l'une des raisons ayant poussé sa femme à le quitter… Enfin, ça et le fait qu'elle l'ait retrouvé avec Adrian Pucey dans le lit conjugal après une cuite. Les rumeurs allaient déjà bon-train à l'époque de Poudlard, mais sa femme les avait ignorées jusqu'alors. Blaise s'en moquait. Les relations suivies servaient peut-être durant la guerre, mais Blaise aimait la solitude et les possibilités que lui offrait la vie de célibataire.

Seule une chose dominait ses envies d'une vie dissolue : Samya. Le rôle de mari ne lui convenait pas. Celui de fils l'avait poussé à espérer que sa mère se fasse rouler dessus par le Magicobus. Celui de patron lui permettait simplement d'être despotique sans risquer plus qu'un procès. Celui de père, au contraire, le comblait plus qu'il ne l'avait imaginé au départ. En voyant cette petite chose fragile naître, il s'était franchement posé quelques questions : qu'était-il censé faire avec ça ? Il avait passé neuf mois à prier pour que ce soit un garçon, et cette petite se moquait de lui en bavant et riant aux éclats lorsqu'il devait changer sa couche, s'amusant apparemment à lui infliger cette torture.

Samya était brusquement devenue intéressante quand –à quatre ans- elle avait envoyé un garçon plus âgé au sol à l'aide de son seul poing avant de lui balancer un coup de pied à l'entre-jambe. Elle s'était détournée avec une démarche de Reine, la tête haute, la poitrine bombée, et avait fendu la foule d'enfants attroupés sans se soucier des grognements de douleur de celui qui avait eu le malheur de lui casser sa seule poupée. Il s'était enfin décidé à prendre la fillette en main, abasourdie par son potentiel. Elle le dépassait en bien des points, et il se plaisait à penser à l'avenir prodigieux qui se dessinait devant elle.

Il répondait généralement le plus rapidement possible lorsqu'elle le contactait, mais fut surpris en rentrant chez lui. Il découvrit une bonne dizaine de lettres au bord d'une fenêtre, provenant toutes de sa fille, sauf une. Il reconnut l'écriture de Drago et la déplia à la va-vite, craignant brusquement qu'il soit arrivé quelque chose de grave.

Blaise,

En espérant que tu ne jettes pas cette lettre au feu avant même de l'ouvrir…

Théo a des problèmes. Il s'est fait enlevé par une bande de scientifiques fous qui veulent quelque chose de lui. C'est sa fille qui est venue nous prévenir. Puisque tu le découvriras bien assez tôt, sa fille est aussi celle d'Hermione Granger. C'est une longue histoire, mais apparemment, notre Théo aura enfin réussi à conclure avec celle qui obsédait ses nuits et dont il marmonnait le nom environ cent fois par jour quand on était ado. Quoi qu'il en soit, Samya a essayé de te joindre plusieurs fois. N'obtenant pas de réponses, j'ai pensé que je pouvais tenter ma chance… Essaie de rejoindre l'Ordre du Phoenix ou moi-même le plus vite possible si tu souhaites nous aider à retrouver Théo.

Drago.

Blaise resta figé quelques secondes, puis relut la lettre plusieurs fois. Intriguée –par la présence de l'Ordre dans cette histoire, furieux –ces scientifiques devraient en découdre avec lui, et surpris –que son meilleur ami d'enfance soit parvenu à faire passer la Sang-de-Bourbe la plus célèbre du monde dans son lit, Blaise dut attendre au moins une minute avant que ses jambes acceptent de lui obéir. Alors, seulement, il cavala jusqu'à la cheminée pour y disparaitre.

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Sam quitta la salle commune enfumée et bruyante des Serpentard avec un dernier regard de dégoût pour ses congénères. Elle ne put s'empêcher de les traiter de « bande de dégénéré déshonorant leur nom et leur rang » en avançant dans la pénombre des sous-sols. Elle grimpa quatre à quatre les marches menant aux étages supérieurs tout en prenant bien garde à ne pas se faire repérer par qui que ce soit. Trainer dans les couloirs à une heure pareille lui attirerait sans doute une heure de colle ou deux.

Son esprit se focalisa sur l'absence de son meilleur ami. Elle espérait qu'il s'en sorte sans une égratignure. Autrement, Ella devrait subir quelques tortures très particulières et surtout extrêmement douloureuse. Un fin sourire sadique orna la courbe de ses lèvres alors qu'elle imaginait des plans sordides où Ella souffrait mille morts. Puis l'idée de Toby la surprenant lui enleva toute envie de sourire… Elle poussa un bref soupir désabusé en s'appuyant contre une fenêtre, d'où elle put scruter la lune toute ronde dans le ciel et imaginer les dizaines de loups-garous en train de dépecer leurs victimes…

« Miss Zabini ? »

Elle se retourna brusquement pour faire face à son professeur préféré –dont elle ne suivait pourtant pas le cours : Charlie Weasley. Il la scruta avec un air agacé. Il n'aimait pas particulièrement punir les élèves. D'ordinaire, il était le prof « super-cool » et « trop sexy » que les élèves adoraient. Il ne tenait pas franchement à briser sa réputation difficilement acquise. Pourtant, il faisait déjà nuit depuis longtemps et il ne pouvait laisser passer ça.

Sam passa lentement sa langue sur ses lèvres dans le but de les humidifier alors qu'il s'interrogeait sur la punition adéquate. Elle replia ses bras vers arrière et appuya ses coudes contre le rebord de la fenêtre, mettant en avant sa magnifique poitrine qui avait le don de rendre bavards les hommes les plus effarouchés. Pour finir, elle étendit ses longues jambes devant elle avec un sourire de canaille.

Charly, trop perdu dans ses pensées, ne remarqua même pas ses efforts. Pourtant, dès qu'il émergea avec la décision de retirer 50 points à sa maison, et la remarqua, il fut simplement incapable de se souvenir de ce qu'il devait faire. Il resta bouche bé un instant avant qu'une voix –très semblable à celle de sa défunte-mère- ne résonne dans son esprit : « C'est une élève ! ». Il toussa nerveusement avant de bredouiller, pas convainquant pour un sou :

« Vous ne devriez pas trainer dans les couloirs à cette heure ci. Vous… Je vais vous retirer cinquante points !

- Retirez-moi ce que vous voulez, minauda Sam sans se départir de son sourire.

- Je... Quoi ? »

Hébété, il réalisa qu'il devenait muet. Lui, Charlie Weasley, le seul célibataire de la famille Weasley, le plus séducteur aussi, se retrouvait muet devant une gamine qui avait moins de la moitié de son âge. Il tenta de se reprendre, mais déjà l'adolescente repoussait ses cheveux vers l'arrière en une cascade sombre époustouflante. Il avala sa salive qui eut bien du mal à passer en travers de sa gorge. Depuis quand était-elle devenue une femme ? Il se souvenait très bien de la mioche au regard sombre qui semblait pouvoir voir l'âme et le mettait mal à l'aise. Il se souvenait plus encore de l'adolescente capable de le faire reculer d'une simple réplique acerbe. Mais là…

C'était une femme, une vraie. Avec le corps d'une femme, le regard d'une femme… Une femme qui lui faisait ressentir des désirs d'homme. Elle parut sans rendre compte, car son sourire se transforma pour devenir un rictus de victoire presque effrayant. Il recula d'un pas afin de préserver son espace vital. Ou du moins, l'espace lui permettant de ne pas dépasser la limite qui le ferait exclure à tout jamais de l'enseignement.

« Miss Zabini… Vous devriez retourner à votre dortoir, déclara-t-il d'une voix rendue rauque par l'excitation.

- Vous m'y accompagnez ? Jusqu'à la porte je veux dire, précisa-t-elle en le voyant blêmir. Qui sait le nombre de mauvaises rencontres que je pourrais faire entre cette fenêtre et mes quartiers. Vous ne voudriez pas qu'il m'arrive quelque chose, n'est ce pas, professeur ?

- Non, bien évidemment que non… »

Elle se détacha du mur pour s'approcher de lui et il s'évertua à reculer à nouveau alors que son parfum sucré venait lui titiller les narines. Avec une autre femme, il se serait avancé avant de plonger son visage dans ses cheveux afin d'en aspirer l'arôme. Cette idée l'obséda pendant quelques secondes, puis une autre prit place alors qu'elle s'avançait encore. Elle posa presque brutalement sa paume sur le torse de son professeur, à l'emplacement du cœur, avant d'y faire remonter ses doigts, telles les petites pattes d'une araignée. Figé, prisonnier de cette toile extraordinaire, Charlie ne tenta même pas de résister.

Un rire secoua la poitrine de Sam et il baissa les yeux pour l'observer, perdant tout contrôle de lui-même dans cette situation surréaliste. Ce n'était pas la première fois qu'elle tentait de le séduire… La première fois, elle avait à peine quinze ans, suivait encore les cours de Soins aux Créatures Magiques et n'avait pas rendu un devoir à temps. Elle avait tenté de l'amadouer. Il avait cru que c'était pour rire. D'autres s'étaient succédés et il n'avait pas pris cette affaire au sérieux. Désormais, il le regrettait amèrement.

La main de Sam se posa sur son cou et elle passa son majeur contre une cicatrice. Finalement elle murmura, plus séductrice que jamais :

« Vous auriez d'autres cicatrices à me montrer ? »

Il ne put qu'acquiescer bêtement alors qu'elle se mettait sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille :

« J'ai toujours trouvé que vos cicatrices vous donnaient un air… »

Il ne put jamais savoir quel « air » lui donnaient ses cicatrices, car –dès lors qu'elle entendit des bruits de pas- elle se recula avec une moue agacée. De toute évidence, elle n'appréciait pas d'être interrompue alors qu'elle était si proche du but. Elle s'apprêtait à envoyer paitre l'individu malotru qui avait tout fichu par terre. Elle observa le couloir et écarquilla les yeux :

« Papa ? »

Charlie supplia le ciel de le tuer immédiatement. Cependant, lorsque Blaise s'approcha, il ne sembla pas avoir deviné quoi que ce soit. Il se contenta de serrer sa fille éberluée dans ses bras avant d'accorder à Charlie un signe de tête peu amical.

« Qu'est ce que tu fais ici ?

- Je cherche Potter, répondit Blaise. Et toi ? Ne devrais-tu pas être en train de faire tes devoirs au lieu de te balader dans les couloirs ? »

Il mima la colère, mais elle ne s'y laissa pas prendre. Elle connaissait trop bien sa réputation sulfureuse pour accepter la moindre remontrance de sa part à ce sujet. Charlie tenta de s'éclipser, sachant que sa présence n'était pas du tout souhaitée, mais Blaise l'arrêta en l'interpelant. Il se retourna, craignant le courroux d'un homme –certes plus jeune que lui- mais surtout père. Cependant, Blaise le questionna simplement :

« Où sont les quartiers de Potter ?

- Il… Il est resté chez lui cette nuit. Ella –puisque je suppose que tu es là pour ça- est partie…

- Avec Toby ! précisa Sam en une grimace. Au Brésil pour rencontrer des créatures bizarres qui sont censés savoir où se trouve Théo… Tout ça sans l'accord de personne bien évidemment ! »

Blaise resta figé un instant avant de se reprendre :

« Comment puis-je accéder à sa maison, alors ?

- Le professeur McGonagall doit encore être dans son bureau. C'est le seul moyen d'accéder à sa demeure : par réseau de cheminée. Mais je ne pense pas qu'ils aient des nouvelles de plus à vous apprendre pour le moment… Le mot de passe, c'est : « Chimère ». Malefoy et sa femme y étaient encore lorsque je suis partie il y a une demi-heure. »

Il s'était efforcé à ajouter cette dernière réflexion, sachant que Drago et Blaise ne s'appréciaient plus autant qu'autrefois. Blaise l'en remercia d'un regard avant de saisir la main de sa fille pour l'entraîner vers le bureau de la principale. Il attendit qu'ils se soient éloignés de Charlie pour marmonner :

« Un professeur… Et pourquoi pas Harry Potter pendant que tu y es ?

- Harry Potter est marié, papa, répliqua-t-elle d'un ton dégagé alors qu'elle lutait intérieurement contre un fou rire. Et puis, Toby m'a raconté que lorsque tu étais un adolescent, tu fantasmais sur Narcissa ! C'est Drago qui le lui a dit. C'est exactement la même chose… A la seule différence qu'il est possible que j'ai une chance.

- C'est un Weasley ! Et il est vieux…

- Autant que toi ! s'esclaffa-t-elle pour le taquiner.

- Je ne suis pas vieux !

- Bien sûr que si. Enfin, je m'en moque, j'aime les hommes matures. Ils savent faire des tas de choses que les jeunes de mon âge ne soupçonnent même pas. »

Blaise s'arrêta à quelques pas de l'escalier menant au bureau du professeur McGonagall et attira sa fille vers lui, la forçant à le regarder dans les yeux. Plissant le front, il tenta apparemment d'analyser ce qu'elle sous-entendait exactement et un rugissement de fureur le secoua lorsqu'il accepta cette affreuse idée.

« Qui ?

- Adam Cooper, ton collaborateur. A nouvel an, il y a deux ans… Tu crois que c'est pour quelle raison qu'il a démissionné pour fuir jusqu'aux Caraïbes ? Il a passé des heures à marmonner : « Tu es mineure, tu es mineure… » comme s'il avait tué quelqu'un. »

Elle roula des yeux dans ses orbites alors que son père semblait suffoquer. Elle haussa un sourcil et s'esclaffa :

« Ne t'inquiète pas, papa ! Il n'était pas le premier ! »

Blaise ouvrit la bouche, mais rien n'en sortit. Sam ne s'inquiéta pas outre-mesure. Il s'était évanoui lorsqu'elle avait eu ses premières règles. Il ne supportait pas de voir sa fille devenir une femme. Pourtant, il l'avait surpris à exercer ses talents de séductrices sur tant d'hommes –et même sur une femme à l'occasion- qu'il ne pouvait réellement s'étonner de cette nouvelle. Sans doute naïvement, il aurait souhaité l'apprendre un peu plus tôt et en d'autres circonstances.

« Moi qui avait espéré te conduire à l'autel dans une robe blanche virginale qui aurait eu un sens réel… »

Samya éclata de rire avant de rétorquer :

« Papa, tu as épousé maman alors qu'elle avait couché avec ton témoin pendant son adolescence, ainsi qu'avec ton autre meilleur ami ! Franchement… avec une famille pareille, tu t'attendais à ce que je sois une jeune fille effarouchée ? »

Il secoua la tête en signe de dénégation, puis tenta de se reconnecter au moment présent au lieu de réfléchir à tout ça. Il recommença à avancer et Sam l'interrogea, perspicace :

« Tu veux que je vienne avec toi, n'est-ce pas ?

- Bien évidemment. Me retrouver face à Drago et Pansy ne m'enchante pas comme tu peux le deviner. Je refuse simplement de me retrouver seul contre deux !

- Et tu espères sincèrement que je vais me battre pour une raison complètement stupide ? »

Blaise hésita puis acquiesça et Sam réalisa que la soirée serait longue. Très longue. Ils entrèrent dans le bureau du professeur McGonagall après avoir murmuré le mot de passe. Ils retrouvèrent la directrice dans son antre et celle-ci parut agréablement surprise de l'apparition de Blaise. Elle –comme beaucoup d'autres- s'était imaginée qu'il refuserait d'aider Théo juste pour éviter Drago. Elle se leva pour l'accueillir et le jaugea une seconde avant de contempler Sam qui –accrochée à son bras- semblait être sur le point de s'en aller avec lui.

« Professeur, murmura l'homme en inclinant légèrement la tête, respectueux. Le professeur Weasley m'a appris que je trouverais Harry Potter chez lui… Est-ce possible que j'utilise…

- Bien évidemment ! coupa-t-elle en agitant la main, ne s'intéressant pas à toutes ses simagrées. Néanmoins, Samya est étudiante ici et…

- Elle sera revenue bien avant les cours, demain matin, promit Blaise en souriant, aussi charmeur que d'ordinaire. Cette histoire la concerne autant que moi. »

Minerva douta quelques secondes avant d'acquiescer. Après tout, elle ne pouvait obliger Blaise à laisser sa fille ici. Ainsi, elle leur désigna la cheminée et ils s'y avancèrent dans un regard de plus, n'attendant apparemment plus son avis sur quoi que ce soit. Elle prit conscience qu'elle venait d'accepter tout ce qu'il lui avait demandé et s'interrogea sur les raisons de son si soudain assujettissement.

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Le professeur Negrid leva la tête en entendant la porte de son bureau s'ouvrir, quittant de fait ses études concernant l'Ellarosa. Aucun de ses botanistes et scientifiques jusque là n'avait compris le problème de cette fleur qui mourrait au bout de quelques jours comme si elle manquait simplement d'oxygène. Il espérait que l'une de ces personnes qu'il payait les yeux de la tête trouverait une solution, mais seul le prisonnier aurait pu l'aider… Apparemment, Théodore Nott tenait hélas plus à ses plantes qu'à sa liberté. Ou peut-être se doutait-il simplement qu'ils le tueraient sans état d'âme dès qu'ils obtiendraient la formule exacte de composition de l'Ellarosa.

Cependant, ce n'était pas l'un de ses employés intellectuels qui pénétra dans le bureau, mais un homme trapu vêtu d'une sorte de tenue de guerre moldue : un soldat nommé Pierce ayant été engagé pour contrôler la sécurité des lieux. Il s'abaissa légèrement en signe de salut et le professeur agita la main, comme pour le presser un peu. Il n'avait guère de temps à perdre avec des questions de sureté. Le militaire annonça alors d'une voix cassante :

« La fille que vous nous aviez demandé de suivre est ici, Monsieur. »

Le professeur écarquilla les yeux et une lueur d'espoir y luisit un instant. Il interrogea finalement, un sourire au coin des lèvres.

« Ella Rose Nott est ici ?

- Dans la forêt, plus précisément, Monsieur. A quelques kilomètres. Elle est accompagnée d'un garçon…

- Harry Potter ?

- Non, Monsieur. Un jeune homme de quelques années plus âgé qu'elle. Nous pensons qu'il s'agit de Tobias Orion Malefoy, le garçon avec lequel elle passe ses nuits dans cette petite pièce à Poudlard. Celle où… »

Il cessa de parler et baissa les yeux, manifestement honteux.

« Celle où vous n'avez pas été capable d'entrer pour me la ramener alors qu'il aurait été si simple de le faire ? conclut Nedrig avec un regard mauvais.

- Oui, Monsieur.

- Alors, j'espère que vous vous montrerez plus compétents aujourd'hui. Attrapez-les tous les deux. »

Il se reporta à ses dossiers. Au bout de quelques secondes, il réalisa que son soldat n'avait pas bougé d'un pouce et releva les yeux vers lui, l'interrogeant d'un regard sur sa présence. Ne voyait-il pas qu'il gênait ? L'homme hésita un instant avant de marmonner :

« Le garçon… Il parait qu'il est doué en magie. Mes hommes et moi ne saurions peut-être pas nous défendre contre lui. Après tout, nous ne sommes pas si nombreux et surtout, nous n'avons pas été entrainés pour ça… Nous devions seulement protéger les lieux, pas attaquer qui que ce soit. Cela pourrait être dangereux. Surtout s'il est amoureux de cette fille. »

Nedrig hésita à se lever pour le frapper, mais réfléchit un instant au « problème » que l'adolescent pourrait poser. Après tout, ils n'avaient pas besoin d'un petit As de la magie entre leurs murs. Il tourna la tête vers le mur de gauche de son bureau. Des dizaines de cages s'y dressaient, contenant toutes des animaux plus ou moins dangereux dont il se servait habituellement pour quelques ingrédients : sang de Murlap, fourrure de Demiguise, œufs de Diablotin, corne de Grapcorne… Et poils de MacBoon Velu, plus ordinairement nommés les Quintaped. Un fin sourire sadique se dessina sur les lèvres minces du scientifique.

« Apportez donc cette charmante créature avec vous et lâchez-la sur eux, Pierce. Elle n'a pas mangé depuis longtemps et je suis persuadé qu'elle rêve de goûtez à la chair fraiche de deux jeunes gens… »

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Toby donna un bref coup de pied dans un caillou, ses mains profondément enfoncées dans ses poches, la tête baissé, le dos courbé par le poids des sacs. Ella se retourna vers lui en recevant la pierre sur le talon et il s'excusa d'un regard. Il commençait à en avoir assez de marcher dans but particulier alors qu'elle scrutait les arbres à la recherche d'un oiseau multicolore. Il faisait pourtant quasiment nuit et lui ne pouvait même plus distinguer ses pieds. Il finit par cesser de marcher et lui ordonna de s'arrêter :

« Il faut qu'on dorme, Ella.

- On a déjà dormi…

- Il fait nuit. On avance sans même savoir où on va ! C'est ridicule et tu le sais. On doit s'arrêter, manger et se coucher.

- Je n'ai pas sommeil, rétorqua-t-elle d'un ton qui ne permettait aucune réplique avant de se tourner vers lui.

- Alors, nous pouvons très bien nous trouver une autre occupation, persifla-t-il. Mais marcher ne sert à rien sans but. »

Ella croisa ses bras sur sa poitrine en le jaugeant du regard, prête apparemment à devenir violente. Depuis le matin même, il la trouvait particulièrement désagréable… Elle était à fleur de peau et se montrait un peu trop directive. En clair, elle lui donnait l'impression de n'être qu'un idiot castré. Et rien ne pouvait l'énerver davantage.

« Ella, j'ai dis qu'on s'installait pour la nuit, donc on s'installe pour la nuit !

- Installe-toi, moi je continu. »

Elle lui tourna le dos, mais n'eut pas le temps d'avancer qu'il la rattrapa et la plaqua contre lui avec une force effrayante. Pour la première fois depuis des semaines, elle frémit de peur entre ses bras. Il desserra légèrement son étreinte avant de l'embrasser, presque avec violence. Il se révéla plus dominateur que jamais, plus possessif aussi, et elle faillit le repousser. Elle aurait voulu le gifler, le griffer… Au lieu de ça, elle enroula ses bras autour de sa nuque et l'incita à se rapprocher davantage.

Son sang bouillonna dans ses veines alors que le Volcan reprenait sa place habituelle, le plaisir lattant de ses contacts avec Toby s'exposant plus exaltant que jamais. Il réalisa qu'il n'avait plus besoin de la retenir et relâcha son emprise afin de redevenir le jeune homme doux qu'il était exclusivement avec elle. Afin de reprendre son souffle et ses esprits, elle interrompit leur baiser. La voix hachée, elle ordonna :

« Ne te retiens pas !

- Quoi ?

- Ne… te retiens pas. »

Il fronça les sourcils avant de souffler contre sa bouche :

« Lorsque je me montre plus violent, tu trembles. Je ne suis pas là pour t'effrayer.

- Je suis déjà morte de trouille, rétorqua-t-elle en un rire.

- Par ma faute ?

- Non. A cause de tout le reste. Toi, tu… »

Elle cessa de parler et se blottit contre lui. Les mots se bousculaient dans sa tête à une allure folle alors qu'elle se souvenait de tout ce que son père disait de l'Amour –exclusivement le vrai, celui avec un grand A. Elle se remémorait la façon dont il souriait en décrivant les sentiments éprouvés. Jamais il ne lui avait caché quoi que ce soit. Elle le regrettait presque cette fois.

Elle n'avait aucune certitude concernant ses sentiments pour Toby. Elle flairait simplement une différence entre lui et les garçons qu'elle avait connus avant –bien qu'ils soient peu nombreux. Elle ne savait pas encore si elle pouvait mettre le mot « Amour » sur leur relation, mais ne désirait pas le faire. Sans en être conscient, son père l'avait effrayée avec toutes ses explications. Selon lui, une personne amoureuse se perdait, changeait, devenait quelqu'un d'autre. Selon lui, ce changement en valait la peine lorsque la personne était la bonne, que les changements opérés ne pouvaient être que bénéfiques. Il racontait aussi que l'Amour pouvait être dangereux, qu'il fallait rester sur ses gardes et dissimuler une petite partie de soi afin de se reconstruire si cela finissait mal. Son père… le Grand Amoureux, celui qui avait le cœur brisé et ne s'en était jamais réellement remis. Ses grandes théories sur la vie, la mort, l'amour ne lui avaient pas permis de s'en sortir mieux qu'un autre. Et pourtant elle le croyait…

Mais elle n'avait que seize ans et quelques mois… Elle était trop jeune pour se perdre et devenir une autre personne. Elle ne pouvait partager ses pensées, son corps et son cœur avec un autre. Elle se le refusait tout simplement. Enfant, elle s'était promis de ne jamais devenir une bête fille amoureuse dont l'obsession tiendrait en ce qu'un garçon pensait ou ne pensait pas d'elle. Désormais, alors que les lèvres de Toby frôlaient les siennes, c'était tout ce qui comptait.

Elle ferma les yeux très fort et se récita cette liste de résolution qu'elle avait composée à huit ans, allongée dans sa chambre avec une plume piquée à son père : « 1 – Ne jamais tomber amoureuse. 2 – Ne jamais me marier. 3 – Ne jamais avoir d'enfants. 4 – Devenir la Première Femme recevant le Prix Nobel des Sciences & des Botaniques Magiques. 5 – Ne jamais jamais jamais laisser tomber papa ! ». Elle se le répéta plusieurs fois avant d'oser regarder Toby droit dans les yeux. Elle ravala la boule de nerfs qui obstruait sa gorge avant de lui annoncer :

« Ne tombe pas amoureux de moi. Pas pour de vrai. Même si on fait l'amour cette nuit… Même si c'est la plus belle soirée de ta vie… Même si tout se passe bien entre nous pour l'éternité… Ne tombe pas amoureux de moi. »

Toby caressa une larme qui s'échappait de ses yeux et parut songeur un instant. Il aurait souhaité lui répliquer : « Trop tard » mais ne pouvait avoir la certitude qu'il dirait vrai. Alors il l'interrogea sans réellement répondre à sa demande :

« C'est à cause de ta mère, c'est ça ? (Elle ne sembla pas comprendre et il compléta :) Ta mère a brisé ton père parce qu'il était amoureux… Alors tu penses que tu me feras du mal si je le suis également ? C'est bien ça ? Mais tu n'es pas ta mère. Et je ne suis pas ton père. Je ne vais pas me mettre à pleurer sur mon sort si tu t'en vas. Et tu ne ferais jamais –à aucun homme- ce qu'elle lui a fait. Je ne suis pas en sucre, Ella… Je ne vais pas m'effondrer.

- Alors, prouve-le. Je n'ai pas besoin que tu te montres plus angélique que tu ne l'es… Prouve-moi que je n'ai pas à m'inquiéter pour toi. »

Il baissa les yeux, comprenant enfin ce qu'elle tentait de lui faire comprendre depuis des lustres… Elle le voyait comme un faible lorsqu'il était prêt d'elle. Il avait bêtement décidé de se montrer aussi doux qu'il pouvait l'être avec des enfants, avec Winifred, avec ses parents. Et cette image effrayait Ella désormais. Il devait la persuader qu'il n'était pas aussi aimant que son père. Elle voulait se convaincre qu'il pourrait supporter toute peine qu'elle lui infligerait. Il accepta de relever le défi.

Il recommença à l'embrasser, restant tout de même relativement doux. Il ne pourrait se comporter comme l'imbécile qu'il était parfois avec les filles quand elles l'ennuyaient et qu'il tentait vainement d'épicer leurs rapports… Il savait qu'il n'aurait besoin de ça avec elle. Sa présence lui suffisait.

Le monde disparut lentement autour d'eux et ils ne prêtèrent bientôt plus la moindre attention aux bruissements de la forêt alentour. Elle laissa le volcan exploser dans son ventre, l'inondant de sa lave, et pour la première fois, ne fit rien pour l'arrêter. Elle laissa Toby se charger de l'apaiser.

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Hermione se faufila dans la cuisine pour échapper aux discussions des membres de l'Ordre. Elle se demandait même pourquoi elle avait pris la peine de revenir… Probablement parce qu'Harry le lui avait proposé. De plus, Ron était encore chez elle avec les garçons et elle ne désirait guère reprendre leur dispute ou en engager une nouvelle. Dans le salon des Potter, la plupart somnolaient plus ou moins à l'approche des douze coups de minuit et Hermione elle-même aurait voulu rejoindre son lit.

Elle savait pourtant pertinemment qu'elle ne fermerait pas l'œil. Ses souvenirs des alentours de la Baie étaient encore trop frais dans son esprit. La forêt grouillait de bêtes curieuses. Elle se souvenait même d'y avoir croisé une sorte de tigre très étrange… Elle ne se remémorait hélas plus le nom que le peuple des Elfes donnait à cette créature.

« Granger ? »

Hermione se retourna avec une certaine appréhension pour découvrir que Pansy l'observait. Etrangement, la Gryffondor avait toujours douté qu'une telle femme puisse posséder une fibre maternelle –même minime, mais en découvrant les cernes qui encerclaient son regard et l'angoisse qui semblait la torturer, Hermione comprit qu'elle s'était lourdement trompée. Pansy s'inquiétait réellement son fils. Pourtant, elle soupçonnait sans difficultés les raisons qui poussaient l'ancienne Serpentard à venir vers elle. Et ça ne concernait pas du tout Toby.

« Oui ? Tu veux quelque chose ? Il y a toujours des trucs à grignoter dans cette maison…

- En fait, je voulais parler de Théodore. »

Hermione recula d'un pas jusqu'à s'asseoir sur l'un des tabourets entourant le plan de travail, au milieu de la pièce. Elle ne parvint pas à soutenir le regard de son ancienne ennemie et se concentra sur les piles d'assiettes. Elle murmura finalement avec lassitude :

« De quoi souhaites-tu qu'on s'entretienne ? »

Pansy hésita une seconde, se doutant que ni Drago, ni Théo, n'aurait apprécié son mode de fonctionnement. Son époux lui avait explicitement ordonné de ne pas tenter de parler à Hermione afin de ne pas briser le fragile équilibre naissant entre les membres de l'Ordre du Phoenix et eux. Et le Théo qu'elle connaissait lui aurait sans doute suggéré –avec la douceur habituelle- de « s'occuper de ses fesses ». Néanmoins, elle ne pouvait faire comme si de rien n'était… Comme si cette abominable femme n'avait pas laissé Théo se sacrifier et quitter une guerre dans laquelle il s'était ancré avec courage juste pour qu'il dissimule ses erreurs.

« Mon fils m'a fait comprendre il y a quelques jours que Théodore était amoureux de toi –à l'époque, bien entendu- et que tu lui avais brisé le cœur. Ces informations lui venaient d'Ella qui n'a pas franchement l'air de te porter dans son cœur, alors au lieu de spéculer, j'ai songé qu'il valait mieux m'adresser à la principale concernée.

- Et… Que suis-je censée dire ? rétorqua Hermione en relevant les yeux. Je ne faisais que me douter des sentiments de Théo à l'époque…

- Il n'a jamais été du genre à cacher ce qu'il ressentait. Il t'aimait, il te l'a donc dit. Et quelque chose me fait penser que tu lui as répondu. »

Hermione se leva de son tabouret. La crainte que lui inspirait une potentielle dispute s'évanouit et fut remplacée par une farouche détermination. Elle ne souhaitait pas se laisser marcher sur les pieds simplement parce que Pansy trouvait qu'elle le méritait.

« Je ne vois pas en quoi cette histoire te concerne ! riposta-t-elle sèchement.

- Théodore était l'un de mes meilleurs amis. Si tu avais commis ce genre d'erreurs avec Blaise, ou même avec mon mari –vu qu'apparemment, les règles du mariage ne t'arrêtent pas- j'aurais presque pu te comprendre ! Mais de ces trois hommes, Théo a toujours été le plus doux, le plus sensible… Si tu lui as fait du mal, j'estime que j'ai le droit d'en être informée ! Et de te le faire payer comme tu le méritais déjà sur les champs de batailles il y a dix ans.

- Soyons réalistes, Parkinson, tu n'es jamais parvenue à m'atteindre à l'époque. »

Pansy fut secouée par un rire moqueur et cruel. Elle croisa ses bras sur sa poitrine et lança à Hermione un regard chargé de mépris.

« J'ai tué des amis à toi. J'ai torturé des amis à toi. Je n'ai jamais été l'une de ces femmes stupides et faibles qui rataient leurs cibles, et tu en es parfaitement consciente. Seulement, j'avais un ami, un ami qui m'a consolé lorsque j'étais triste, qui m'a soutenu lorsque tout allait mal. Un ami qui était éperdument et inconsidérément amoureux de toi. Je n'ai jamais réussi à percevoir ce qu'il appréciait tant chez toi, mais tu l'as toujours rendu fou. J'ai simplement souhaité t'épargner pour le respecter lui. Maintenant que je sais ce que tu lui as fait subir, je doute de devoir encore tenir la parole que je lui avais donnée avant qu'il ne change de camp… Alors, Granger, tente de me convaincre que tu mérites encore de respirer. »

Un raclement de gorge provenant de derrière elle brisa son flegme et elle se retourna pour découvrir qu'Harry, Ginny et Drago les observaient depuis le seuil. Son époux qui adressa un regard interrogateur, doutant manifestement de ses facultés mentales. Elle n'avait pas idée de menacer Hermione Granger dans le foyer des Potter ! Hermione contourna Pansy pour quitter les lieux, n'ayant guère envie de s'appesantir sur le sujet. La Serpentard ne lui laissa pas le temps de filer et l'attrapa in extremis.

« La conversation n'est pas finie, siffla-t-elle entre ses dents.

- Si, elle l'est ! rétorqua Drago en soupirant. Théodore est bien assez grand pour se défendre tout seul. Il le pouvait à l'époque, et il le pourra encore. Ce n'est pas à toi de décider de ce qu'elle mérite ou non. Lâche-la. (Voyant que son épouse ne paraissait pas sur le point d'obtempérer, il ajouta :) S'il te plait. »

Pansy obéit à regret et Hermione récupéra son bras, remarquant que les ongles de la femme avaient laissés des marques sur ses poignets. Elle s'éloigna aussi vite qu'elle put sans attendre une réaction de ses amis. Elle s'immobilisa une fois dans le salon et remarqua que les regards ne la lâchaient pas. Apparemment, ils avaient tous saisi quelques bribes de conversations. Elle s'écroula sur un fauteuil et se servit un verre… Jusqu'à ce que Remus l'arrête d'un regard concupiscent.

« Génial, marmonna-t-elle pour elle-même. Je suis la briseuse de cœur de Serpentard et l'alcoolique de service maintenant… »

Luna lui caressa les cheveux en passant avec un sourire amical, comme pour lui assurer que tous ne la détestaient pas. Drago, Pansy, Harry et Ginny revinrent au salon et s'installèrent. Tous attendaient un signe d'Ella ou de Toby. Et rien ne venait.

« Nous devrions rentrer… soupira Drago après une dizaine de minutes d'un silence qui semblait vouloir s'éterniser. Et si vous avez des nouvelles, vous vous arrangez pour nous les faire parvenir. »

Harry acquiesça en frottant ses paupières à demi-closes par-dessous ses lunettes. Drago et Pansy n'eurent cependant pas le temps d'atteindre la cheminée qu'un bruit –signe que quelqu'un arrivait- résonna dans l'âtre. Hermione croisa nerveusement les doigts, priant pour qu'il s'agisse d'Ella ou de Toby bien qu'elle sache parfaitement que ça ne pouvait être le cas –pour de simples raisons de logistique.

Quand Blaise apparut, Drago se raidit instantanément et Pansy grogna quelque chose inintelligible. Blaise se contenta de sourire, fier de son effet de surprise et s'approcha avec un air mi-moqueur, mi-menaçant. Sa fille sortit de l'âtre un millième de secondes plus tard, sachant de toute évidence qu'il ne valait mieux pas qu'elle s'éloigne de son père lors de ces retrouvailles. Drago finit par articuler, aussi glacial que son père pouvait l'être :

« Blaise…

- Salut, Drago ! »

Pansy roula des yeux dans ses orbites avec un air maussade avant de lancer :

« Nom d'un Dragon, cette nuit va être longue ! »

.

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Toby se réveilla, le corps alangui par le plaisir, une fatigue plaisante pesant sur son corps. Il observa le corps nu d'Ella à ses côtés, uniquement recouvert d'une fine couverture et ne put s'empêcher de sourire avec un air béat qui tranchait avec ses yeux assombris. Il remarqua quelques striures rougeoyantes sur le dos de la jeune femme et réalisa que l'appuyer contre un arbre n'était franchement pas sa plus brillante idée. Il déposa un bref baiser sur son épaule dénudé et elle poussa un gémissement rauque dans son sommeil.

« C'est déjà le matin ?

- Non, rendors-toi… Je reviens dans quelques minutes. »

Il se releva en enfilant son boxer, s'éloigna un peu afin de soulager sa vessie, et saisit une bouteille d'eau afin de se rincer les mains. Il allait retourner se coucher lorsqu'un vrombissement étrange se fit entendre. Il se retourna en plissant les yeux afin de distinguer un peu mieux les alentours, mais ne découvrit que les arbres encerclés de pénombre. Il avança de quelques pas en sentant un frisson parcourir son corps, hérissant le duvet de ses bras. Le ronflement provenait de derrière une sorte de chêne et il s'approcha davantage alors que tous les signaux de son cerveau l'alertaient, lui ordonnant de rebrousser chemin. Mais le faire aurait conduit la chose –quelle qu'elle soit- à Ella, ce qui aurait été particulièrement négligent de sa part. Le côté le plus lâche de sa personne insista alors qu'il contournait les racines en prenant garde à ne pas tomber.

Il découvrit une étrange créature d'une trentaine de centimètres de hauteur, pourvu de cinq pieds difformes. Sa toison rousse lui rappela les Weasley et il marmonna dans sa barbe :

« Qu'est ce que c'est que ce truc ? »

Le Quintaped ne lui répondit bien évidemment pas et lui sauta au visage afin d'en apprécier le goût. Toby ne put se retenir d'hurler et tenta d'arracher la bête qui s'accrochait à lui. Reculant, il se cogna à une branche et se retrouva au sol. Il parvint à repousser la créature, essaya vainement de se redresser, et sentit un filet de sang couler le long de sa joue mais ne s'en inquiéta pas. Il pressentait que cette petite chose pourrait lui faire bien plus de mal. Au loin, il réalisa que le lieu où il dormait quelques minutes plus tôt était désormais illuminé.

Il n'eut pas l'occasion d'y réfléchir d'avantage. La douleur fulgurante qui transperça sa jambe lui fit perdre toute notion de temps ou d'espace. La peau de sa cuisse fut –lui sembla-t-il- aspirée par la bouche immonde de la bête. Alors qu'il entendait le cri d'Ella à travers le nuage brumeux qui commençait à l'entourer, il réalisa que le monstre s'apprêtait à le dépecer. Il lui sembla alors préférable de sombrer dans le royaume d'inconscience qui l'attendait…

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Note de l'auteur _ Voili Voilou ! Fin sadique de chez sadique... Mais c'est bien pour ça que vous m'aimez, non ? [Celui qui répond "non", j'lui coupe virtuellement les oreilles !] Bref, une Ella qui vire despot' -pov'Toby- et qui vire très "Je ne veux pas ressembler à ma mère" [Je suis la preuve vivante que -lorsqu'on tente de ne pas ressembler à nos parents- on devient leurs clones, alors faudrait qu'elle s'calme la ptite Ella sinon Toby va morfler!], un Toby qui souffre -mouahahaha ! Si vous saviez comment j'étais contente d'écrire cette scène de fin, j'avais le smile jusqu'aux oreilles... Non, mais je l'aime mon Toby hein ! Mais j'adore quand les persos souffrent... *Mode Sadique ON*.

Une Hermione de plus en plus toute cassée -en même temps, vu que ce que Timy [qui a tout à fait raison en substance] lui envoie dans la tronche, c'est normal... Aussi un Scott tout de même plus acceptable. Ou du moins, il tente de se racheter une conduite. Reste à savoir si c'est purement & simplement afin de manipuler son monde ou s'il est sincérement désolé. [Je n'ai moi même pas encore la réponse à cette question... J'crois que c'est un mélange des deux.] Une Scarlett qui s'infiltre un peu [& qu'on verra beaucoup beaucoup beaucoup aux prochains chapitres]... Ah & une Sam complètement, mais complètement folle ! [Enfin, l'auteur l'est aussi hein... En écrivant j'étais "Mais mince, pourquoi j'écris sur Sam là ? ... Mais mince, qu'est ce que Charlie fout ici ? ... Mais... Mais... Sam, à quoi tu joues ? Arrête ! Stop ! Nan !... Ouf, Blaise... xD], mais ça m'a amusé... Pov'Weasley. Blaise d'ailleurs, le retour [ah ui, double fin sadique en fait !], qu'est ce que je l'aime lui... La grosse désillusion par rapport à sa fille ! =P Humm... Ah ui, un Drago tout penaud & protecteur, et une Pansy qui risque de ne pas garder son calme très longtemps [Mais pourquoi se retient-elle ? Un coup ou deux, ça ferait du bien à Hermione moi j'pense hein ! (a)]

Et je crois que voilà tout ! Questions désormais : 1. Comment Toby va-t-il s'en sortir ? Dans quel état ? Avec combien de jambes en moins ? =P ; 2. Est-ce qu'Ella va parvenir à l'aider... Ou va-t-elle elle aussi se faire dévorer toute crue par la gentille bêbête de monsieur le professeur Nedrig ? ; 3. Possibilité 1 : S'ils meurent tous les deux, comment que les membres de l'Ordre vont le savoir ? xD & Possibilité 2 : S'ils ne meurent pas, vont-ils un jour trouver leur route ou seront-ils condamnés à errer dans la forêt pour le restant de leurs jours ? ; 4. Sont où les Elfes d'abord ? xD ; 5. Est-ce qu'Hermione commencerait à réaliser les idioties commises par le plus grand des hasards ? xD ; 6. [question méga-importante] La potentielle "liaison", "relation", "continuation de séduction" [xD] de Charlie par Sam vous choquerait, troublerait, plairait ? ; 7. Humm... Vous avez des questions ? ; 8. Est-ce que ça vous a plu ? =D

Pour z'information de plus - J'ai ajouté un article sur Eingil [vous vous souvenez, le premier garçon qu'Ella ait embrassé ! ^^] sur sky'... C'charmant monsieur apparaitra au prochain chapitre. Ah &... il a été spécialement créé pour une lectrice, donc là encOr', il n'est pas libre ! xD

Pour la suite... Va savoir ! Pas que je ne l'ai pas écrite -j'ai encore deux chapitres d'avance- mais avec les vacances, c'est plus dur... Ajoutez à ça l'arrivée d'ma Lenou, les 15 films que j'dois ab-so-lu-ment aller voir au ciné, mon obligation à trouver un job, ma famille sérieusement déglinguée & mon possible séjour j'sais pas où pour la fin du mois [Italie, Grece, Angleterre, Maurice ? Faudrait que j'me pose la question tout de même !] & mes milles & une lectures du moment [+ grosse envie d'me relire l'intégrale d'HP !]... J'vais faire mon possible pour ne pas vous faire attendre trop longtemps ! x) Promis promis !

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! ^^

*¤ Bewitch_Tales ¤*