Note de l'Auteur _ Après deux longues semaines -ou pas longues d'ailleurs si vous avez été aussi occupés que moi-, voilà la suite d'Ellarosa... x)

Ah & un merci très hypocrite à toute la bande de charmantes lectrices ayant mises Ellarosa en favorite durant les dernières semaines sans prendre la peine de laisser un mot. ça fait toujours extrêmement plaisir, n'est-ce pas ? [surtout quand elles se permettent elles mêmes de mettre des discours grandiloquents sur l'importance des reviews sur leurs profils...] Enfin, bref, ça m'agace toujours autant -après plus de cinq années sur ce site, j'en reviens toujours pas qu'on puisse être si égoiste ! Et après on s'demande pourquoi le monde va si mal si les gens sont même pas capable d'un effort aussi minime... xD

Et un vrai, grand, merci à tous ceux qui prennent toujours le temps de me donner un avis long ou court, de me motiver quand je manque d'envie d'écrire, de m'encourager constamment, à tous ceux qui sont là depuis le tout début & qui continuent à être derrière moi & à m'offrir des tas d'idées à chaque commentaire... Merci.

Je vous laisse à la lecture au lieu de blablater...

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 15

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« La force réside dans l'absence de crainte, et non dans la quantité de chair et de muscle que nous avons dans notre corps. »

Gandhi.

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Ella se mit à courir après avoir enfilé prestement le pull de Toby et saisi sa baguette. Elle tenta malhabilement de repousser les branches qui s'accrochaient à ses cheveux et au vêtement et la ralentissaient alors qu'elle ne percevait plus aucun signe de vie autour d'elle. Un affreux bruit de succion attira son attention et elle se remit à avancer en hurlant le prénom de Toby à travers les arbres.

C'est alors qu'elle le découvrit, à la seule lueur de la lune, d'une pâleur diaphane alarmante. Elle courut vers lui, mais s'arrêta en apercevant la créature dont les pupilles ocre se posèrent brusquement sur elle. Le cœur d'Ella s'emballa alors que son esprit s'électrisait. Elle tenta vainement de se souvenir de l'utilisation de certains sortilèges, mais toutes ses connaissances disparaissaient à mesure qu'elle les appréhendait. C'était comme d'essayer d'attraper de la fumée… Irréalisable.

Ella jaugea la bête dont la fourrure rousse était désormais humide d'un rouge sanglant. Elle fut surprise par la nausée, laquelle ne dépassa pas sa gorge trop crispée, et elle prit conscience des tremblements incontrôlables qui secouaient son corps. Son regard se fixa sur Toby qui était allongé sur le ventre, sans connaissance. Le flot de sang qui s'écoulait de sa jambe ne semblait pas prêt de s'interrompre, formant une marre écarlate sous lui.

Alors elle s'élança sans réfléchir vers la créature, prête à la tuer à mains nues même si cela pouvait paraitre complètement stupide –et sans doute l'était-ce. La bête sauta vers elle, parée à se défendre et à la dévorer elle aussi.

« Ella, baisse-toi ! »

La voix rauque d'un homme retentit dans son dos, familière mais pourtant voilée par des souvenirs trop brumeux, et elle obéit sans réfléchir, s'aplatissant au sol. La bête fut arrêtée dans sa course par une flèche de feu qui s'enfonça dans sa poitrine –entre ses cinq pattes, la traversa et alla se planter quelques mètres plus loin en proie aux flammes. Les battements du cœur d'Ella s'accélèrent un instant, puis elle se retourna afin de découvrir qui visait aussi bien.

Un jeune homme âgé d'une vingtaine d'années apparut entre les arbres, un franc sourire courbant ses lèvres sombres. Les cheveux noirs, la peau blême, le regard doré… Elle le reconnut facilement, bien qu'il ait prit une bonne trentaine de centimètres depuis leur dernière rencontre, ainsi qu'au moins vingt kilos de muscles.

« Eingil ? articula-t-elle bêtement, la gorge trop sèche pour qu'elle puisse ajouter quoi que ce soit.

- Bienvenue chez toi, princesse. »

Princesse… Il l'avait affublé de cet impitoyable surnom parce qu'enfant, elle refusait de grimper aux arbres et de se salir les mains. Il se moquait alors d'elle, jusqu'à ce qu'elle se mette à pleurer. Bien qu'elle ait fini par lui prouver son courage et sa force, il n'avait jamais cessé d'employer ce mot à chaque occasion, rien que pour la taquiner et voir des éclairs sortir de ses yeux pour l'atteindre.

Il se retrouva accroupi auprès d'elle en un bond, aussi habile qu'un animal, et la scruta, sourcils froncés. Elle détourna les yeux pour observer la silhouette inerte de Toby et le regard d'Eingil se déplaça sur lui. Analysant sans la moindre difficulté la détresse d'Ella, il la quitta pour s'occuper du jeune homme. Il ne frémit même pas à la vue du sang, alors que ses pieds nus baignaient dedans, et Ella profita de l'examen qu'il faisait subir à son petit-ami pour le dévisager.

La dernière fois qu'ils s'étaient vus, elle avait douze ans, Eingil quinze. Il l'avait embrassé cet été là. Il lui avait fait mal aussi. Les Elfes ne se doutaient pas de leur puissance et de la douleur qu'ils pouvaient faire ressentir aux humains lorsqu'ils en étaient trop proches. L'étreinte lui avait laissée quelques bleus. Mais il n'était qu'un gamin à l'époque. Un gosse à l'allure dégingandé qui semblait ne pas savoir quoi faire de son corps. Il plaisait pas mal aux filles et accumulait les clins d'œil et les remarques sibyllines, comme tous les autres mâles… Il avait ça dans le sang.

Désormais, il n'avait plus rien d'un adolescent. Il ressemblait trait pour trait à son père, Masra Stratós, le chef des Armées. Les mêmes membres musculeux seulement couverts d'un pantacourt de toile bleue. La même mâchoire carrée d'apparence solide. La même allure de guerrier tout simplement. Une cicatrice barrait son sourcil droit et elle se promit de lui demander comment cela lui était arrivé, les agressions étant très rares parmi son peuple. Il se tourna vers elle après avoir examiné le Serpentard et grimaça :

« Il devrait s'en sortir, mais nous devons nous hâter… Il a perdu beaucoup de sang. Va donc récupérer tes affaires. Je le porterais. »

Ella acquiesça en se hissant sur ses jambes qui flageolaient. Eingil souleva –sans difficulté apparente- le corps de Toby sur son dos. Il suivit Ella jusqu'à leur campement et la jeune fille enfila son jean sans se soucier du regard perçant d'Eingil qui souriait de toutes ses dents. Elle rassembla rapidement tout leur barda avant de se tourner vers lui. Percevant une nuance de moquerie dans ses yeux, elle marmonna :

« Quoi ?

- Dommage que tu n'ais pas le temps de te débarbouiller un peu. Tu sens cet homme à deux kilomètres à la ronde. Enfin… Il y a encore un peu de lui en toi, et son parfum recouvre presque le tien. Tous les autres sauront que vous vous êtes unis cette nuit. »

Ella se figea, ouvrit la bouche, la referma. Que répondre à cela ? Elle se contenta simplement d'un regard furieux qui fit comprendre à Eingil qu'il n'avait pas intérêt à en parler s'il tenait à la vie. Il pencha la tête sur le côté une seconde et elle sut qu'il écoutait les bruissements du vent afin de savoir quelle direction prendre. Il lui désigna la droite et ils se mirent en route. Elle marchait devant, jetant sans arrêt des regards à Toby. Eingil prenait bien soin de la rassurer à l'aide de sa magie, habitué à le faire. Ella avait toujours été d'un naturel inquiet et cela insupportait les autres Elfes qui sentaient ses craintes. Les émotions humaines étaient bien trop fortes comparées aux leurs.

Eingil accéléra le pas et Ella crut déceler une pointe d'appréhension sur son visage.

« Que se passe-t-il ?

- Mieux vaut ne pas s'attarder dans cette forêt. Des hommes nous observent… Il y en a quatre derrière nous et ils hésitent à nous suivre. Ils savent que j'ai tué l'un des leurs il y a quelques semaines.

- Des hommes ? répéta-t-elle en parlant illico à voix basse.

- Des sorciers. La Reine les surveille, ne t'inquiètes pas. Nous n'aurons plus à craindre leurs armes de bois lorsque nous serons auprès des miens. (Il perçut sa toute nouvelle angoisse et s'empressa de changer de sujet.) Je présume que tu es venue à notre rencontre afin d'en apprendre plus sur les informations que nous détenons…

- Oui, j'ai perçu votre chant, confia-t-elle en souriant. De qui venait-il ?

- De moi bien évidemment ! J'ai toujours été de loin le plus proche ami que tu ais… Du moins à l'époque. Désormais, tu sembles connaitre d'autres êtres plus semblables à ta nature. Mais le chant n'était qu'une seconde alerte lorsque nous avons vus que tu ne venais pas vers nous. »

Ella plissa les sourcils sans comprendre de quoi il parlait. Le chant demeurait le seul signe qu'elle ait reçu de leur part, autrement elle aurait fait ce voyage bien plus tôt et aurait probablement été plus accompagnée.

« De quoi parles-tu ?

- De notre lettre. J'ai dû traverser la forêt et voyager jusqu'au village de Santa Ana de Chiquitos pour te la faire parvenir par un moyen moldu. Cela m'a coûté dix Real que j'avais piqués à un passant. J'aurais pu louer une chouette ou un hibou, mais nous craignons que ce courrier soit intercepté. C'était la première fois que je quittais le village… La Reine ne m'avait jamais trouvé assez courageux et fort pour en être capable. Désormais, elle a plus confiance en moi.

- Je présume que tu ne voles plus les bijoux de ta nourrice pour les offrir aux filles ? Que tu ne peins plus des peintures érotiques sur les murs de ta chambre ? Que tu ne te bats plus avec tous les garçons de ton âge afin de prouver ta supériorité ? se moqua-t-elle en riant.

- Je n'ai plus à prouver ma supériorité. Tous en ont eu la preuve à de nombreuses reprises. Mais non, je ne fais plus ce genre de bêtises.

- Ceci explique cela… Cette lettre, de quoi parlait-elle ? »

Eingil jeta un coup d'œil en arrière et secoua la tête. Apparemment, les hommes sorciers étaient bien trop proches d'eux pour qu'il puisse parler et elle haussa les épaules, se doutant qu'il lui expliquerait la teneur de la lettre dès qu'ils seraient en sécurité. Déjà, elle apercevait les éclairages entourant les arbres délimitant le territoire où les Elfes de Montagnes vivaient. Un soupir de soulagement s'extirpa de ses lèvres et Eingil éclata de rire :

« N'ai crainte… Ton amoureux s'en sortira. Notre magie est presque assez puissante pour ressusciter les morts. Et il est bien loin du trépas. »

Ella lui tira la langue, aussi gamine qu'autrefois et il répliqua de la même manière, ce qui trancha infiniment avec la maturité se dégageant du reste de son être. Il se referma presque immédiatement, et elle reporta son regard vers les lumières dont ils se rapprochaient. Un sourire fendit ses lèvres. Elle se sentait enfin en sécurité, plus que jamais… Elle avança plus rapidement, impatiente désormais à l'idée de se retrouver auprès des Elfes.

Elle dépassa les lampes en courant presque et perçu l'éclat de rire d'Eingil dans son dos. Elle ne s'arrêta pourtant pas jusqu'à se retrouver dans la lumière, au beau milieu d'un peuple qui ne lui voulait que du bien.

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Un silence de plomb s'était imposé dans le salon des Potter, l'air quasi électrisé par la haine de deux hommes. Haine totalement fictive, mais qui alourdissait néanmoins l'atmosphère. Ginny jeta un coup d'œil au sol, sur son tapis d'un beige immaculé et s'interrogea : est-ce qu'un sortilège serait assez puissant pour y effacer les tâches de sang ? Hermione perçut son regard et elles partagèrent un sourire complice avant de se concentrer sur la scène se jouant devant elles. Harry s'était mécaniquement placé à quelques pas entre Blaise et Drago afin de pouvoir intervenir si cela dégénérait.

Pansy s'était éloignée avec un rictus qui signifiait sans doute : « Cela ne me concerne pas. S'ils ont envie de se comporter comme des gosses, qu'ils le fassent… ». Apparemment, elle ne désirait pas choisir un camp. Elle les trouvait bien trop risibles pour cela. Ils allaient se ridiculiser devant quelques membres de l'Ordre du Phoenix, dont Harry Potter, et cela l'agaçait à un point inimaginable. Lorsqu'ils étaient face à face, ils perdaient simplement toute dignité. Elle échangea un regard avec Samya qui paraissait sur le point d'éclater de rire. Au moins une que ça amusait…

« Alors… tu es venu, articula Drago avec un ton tranchant.

- Je suis là. Donc, oui, en effet, je suis venu. Tu ne brilles toujours pas de logique apparemment.

- Et toi, tu n'as toujours pas appris à respecter l'espace privé d'autrui ?

- Je viens aider Théodore. C'est la seule raison de ma présence ici. Il était aussi mon meilleur ami que je sache. Si je te dérange, va-t-en. On se débrouillera sans toi. Tu n'as jamais été indispensable à qui que ce soit… »

Drago s'avança d'un pas et Sam leva les yeux au ciel avec une moue boudeuse qui lui donna un air de pauvre petite fille riche. Elle s'approcha des deux hommes en voyant que son père avait glissé sa main dans sa poche, à la recherche de sa baguette magique. Son regard oscilla entre l'un et l'autre avant qu'elle ne prononce d'une voix claire :

« Je regrette franchement que Toby ne soit pas là pour voir ce spectacle. On avait parié que vous comporteriez comme des gamins immatures… Il ne faut pas s'étonner que Toby pense qu'on ne règle les conflits qu'à coups de poings et que je sois la fille la plus redoutée de Poudlard avec des parents pareils.

- Samya, c'est une discussion d'adultes ! rétorqua Blaise avec une nuance de colère dans la voix. Ne t'en mêle pas. »

Il employa le ton qu'il utilisait autrefois lorsqu'il lui apprenait à se battre. C'étaient les seuls moments où elle devait lui obéir sans réfléchir, où elle n'avait pas le droit à la parole ou encore de penser par elle-même. Elle devenait alors une autre partie de lui qui n'avait d'autre choix que de foncer tête baissée au moindre ordre énoncé. Mais Sam n'avait plus dix ans. Le port-altier, elle rétorqua, frondeuse :

« Excusez-moi, père, mais votre discussion n'en est pas une. Il s'agit simplement d'une ridicule altercation entre deux hommes se comportant comme des enfants qu'ils ne sont plus alors qu'ils sont ici pour les mêmes raisons. Si c'est pour vous voir vous chamailler comme deux bambins, je crois que vous n'avez rien de plus à faire ici. Votre ami est en danger. Et…. Mon meilleur ami l'est peut-être également. Pourriez-vous mettre vos problèmes de côté pendant quelques jours au moins ? »

Les deux hommes se jaugèrent un instant, mais ni l'un ni l'autre ne semblait prêt à craquer et à faire le premier pas vers une trêve. Pansy s'impatienta finalement et s'approcha d'eux :

« Par le caleçon de Merlin, grandissez donc tous les deux ! Drago, nous parlons de notre fils également ! L'aurais-tu oublié ? »

Drago détourna les yeux pour contempler son épouse, laquelle paraissait au bord de la crise de nerfs. D'ordinaire, elle ne dévoilait aucune émotion en public. Il l'avait vu pleurer une seule fois, après que Toby ait été blessé par un sortilège qui ne lui était pas adressé. Mais ils étaient seuls alors, et elle avait eu beaucoup de mal à oser lui dévoiler ses larmes. Elle se mettait rarement en colère. Cette fois, il perçut la peur aux fond de ses grands yeux assombris par la fatigue et il baissa la tête avant de lui prendre la main.

« Pardonne-moi… Tu as raison. »

Il croisa le regard de Blaise et faillit lui proposer de se modérer un peu et de réfléchir au calme, mais ce dernier n'avait pas fini :

« Toujours mené à la baguette par sa femme, apparemment… »

La réponse fusa, sans que Drago ne puisse s'en empêcher :

« Et toi, toujours mené à la braguette par des hommes ? »

Personne n'eut l'occasion d'arrêter Blaise qui bondit sur Drago pour engager un combat à mains nues. Ginny se laissa tomber sur son canapé en soupirant :

« En effet… Trop longue nuit ! »

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Ella s'avança au beau milieu de la clairière, centre même du village, là où se tenaient référendums et cérémonies essentielles, là où les fêtes étaient organisées aussi. Au beau milieu de la nuit, aucun Elfe ne semblait sur le point de se coucher, comme s'ils attendaient un événement, ou plutôt son arrivée. Hommes, femmes, enfants… Ils lui souriaient tous, heureux de la revoir apparemment. Elle observa leurs visages en s'avançant dans la foule, la fendant de sa présence.

Ils se ressemblaient pour la plupart : les hommes possédaient une mâchoire carrée et des visages bourrus alors que les femmes longilignes avaient les traits les plus fins qui existent au monde. Les plus jeunes n'avaient pas encore perdus leurs bouilles rondes et semblaient particulièrement fragiles. Leurs légendes racontaient que les premiers elfes étaient nés des plantes, ainsi ils comparaient toujours les enfants à de petites pousses délicates qui se transformeraient un jour en de solides arbres aux racines profondément ancrés dans la terre de la Baie. Leur épiderme à la pâleur lunaire laissait voir –en s'en approchant assez- leurs veines violacées, et les striures dues aux griffes des rares animaux qu'ils mangeaient.

Ella sentait son cœur battre à toute allure dans sa poitrine et percevaient les sourires des Elfes qui l'entendaient papillonner. Elle ne pouvait contenir l'immense sourire qui traversait son visage et se retenait difficilement de sauter partout pour fêter son retour. Elle comprit que les Elfes se déplaçaient pour qu'elle atteigne la Reine Meleke qui se tenait devant les portes de sa demeure creusée dans la montagne à quelques pas de la Baie. Ella inspira à fond et n'y tint plus. Elle avança plus vite, puis finit par courir jusqu'à s'arrêter à quelques pas de la femme. Elle hésita un instant. Enfant, elle fonçait dans les bras de cette Reine sans se soucier des convenances. Désormais, cela lui parut presque vulgaire.

Autour d'elle, quelques rires fendirent la foule alors qu'elle baissait la tête en la courbette habituelle dont les Elfes gratifiaient leur souveraine. Cette dernière plissa le front avant d'éclater de rire :

« Par tous les esprits de mes ancêtres, Ella, que fais-tu ? Depuis quand courbes-tu l'échine de la sorte ? Côtoyer le monde sorcier t'aurait donc rendue pusillanime ? Viens-donc m'embrasser au lieu de te comporter comme une étrangère effrayée. »

Ella releva la tête, les joues marquées de rouge. Elle perçut la remarque moqueuse d'une fillette dans son dos :

« Nous pourrions faire cuire du tinamou sur sa peau, n'est ce pas, Lya ? »

La femme en question s'esclaffa avant de s'excuser d'un regard à Ella qui la reconnut comme l'ancienne nourrice d'Eingil. Ce dernier ne quittait pas Ella des yeux, attendant qu'elle embrasse la Reine pour demander à ce qu'on le soulage du poids que représentait le garçon sur son dos. Il aperçut son père qui fronça les sourcils avant de désigner Toby d'un geste de la tête. Eingil haussa les épaules pour seule réponse, et Masra s'avança davantage vers sa souveraine. Ella se blottit dans ses bras glacées, entendant quelques bribes de sa berceuse avant que Meleke ne la lâche avec un grand sourire :

« Tu es devenue encore plus belle que dans mes souvenirs. Plus belle encore que ta mère.

- Merci, murmura Ella d'une petite voix avant d'entendre un grognement dans son dos et de se retourner pour découvrir un Eingil pliant sous le poids de Toby. C'est… un ami à moi.

- Si j'en crois le parfum que vous dégagez l'un comme l'autre, l'amitié est un stade dépassé depuis longtemps. Ce garçon a été en toi il y a peu de temps… »

Ella serra les dents. Cette manière de parler de sexe à tout va sans se soucier des lois qui réglementaient les autres mondes –et qui faisait du sexe un sujet plus ou moins tabou- l'agaçaient foncièrement. Elle détourna les yeux pour éviter de répondre à cette provocation et tenta –sans y parvenir- d'ignorer les rires provenant de l'assemblée autour d'elle. Meleke poussa un bref soupir avant de contourner l'adolescente. Elle s'immobilisa devant Eingil et lui sourit :

« Tu peux le lâcher. Tu as été très courageux. Nous parlerons de ce que tu as perçu plus tard. »

Eingil acquiesça, comprenant que la Reine ne souhaitait pas effrayer son peuple en parlant des hommes hantant la forêt. Il laissa Toby glisser de ses épaules et fit signe à l'un des nombreux Guérisseurs. Le plus âgé s'avança et Eingil marmonna :

« Il a été attaqué par un monstre mangeur de chair, lequel a arraché sa peau pour la manger. »

Il perçut le regard inquiet d'Ella et la rassura d'un sourire crispé alors que Masra, son père, s'approchait de la jeune fille. La Reine s'agenouilla auprès de Toby et plaça ses mains sur ses tempes où perlait de la transpiration. Les yeux clos, il semblait toujours souffrir et Ella comprit que la Reine analysait sa douleur afin de la faire disparaitre. Les mains de la femme Elfe tremblèrent un instant, et elle rouvrit les yeux pour regarder Ella :

« Ce garçon a déjà fait souffrir des hommes innocents, a déjà tué… Il n'est pas entièrement bon, le savais-tu ?

- Personne ne l'est, rétorqua Ella en haussant les épaules pour prouver qu'elle se moquait totalement de ce qu'ils pensaient de Toby. Il a vécu une guerre. Mon père a déjà tué des hommes et vous ne lui en portez pas rigueur. »

Meleke perçut une nuance de colère dans la voix de sa jeune protégée et décida de ne pas insister. Elle adressa un regard à son Guérisseur et lui ordonna de porter le jeune homme jusqu'aux appartements réservés aux invités et de le soigner. Ella l'en remercia gracieusement, se doutant que la Reine ne l'aidait pas de gaité de cœur. Ordinairement, ceux qu'elle considérait comme mauvais ne pouvaient pénétrer son village. Blessé ou non, elle aurait dû le renvoyer dans la forêt, quitte à le laisser mourir… Mais le regard qu'Ella portait sur le jeune homme l'en empêchait. Elle se retourna finalement vers ses sujets et sa voix recouvrit bientôt tous les murmures désapprobateurs dans la foule :

« Vous pouvez tous retourner vous coucher, désormais. J'ai besoin de m'entretenir avec Masra et Eingil et je ne souhaite pas être dérangée. »

La douceur avait quitté sa voix et les elfes acquiescèrent d'un même mouvement avant de s'éparpiller en direction de leurs maisons –semblables à de simples cabanes- respectives. Certaines étaient à même le sol, d'autres accrochées aux arbres. Ils ne disposaient que de lits, puisque les diners étaient partagés dans la clairière. Seule la famille de Meleke et ses plus proches serviteurs vivaient à l'intérieur de la montagne taillée. Enfant, Ella se demandait constamment qui avait creusé les roches pour en faire un palais. Meleke elle-même refusait de répondre à ses questions et la frustration de la fillette s'était au fils des années transformée en déception.

Ella resta figée quelques instants après que tous soient rentrés chez eux, et finit par reporter son attention sur Toby lorsqu'il poussa un grognement de douleur. Le Guérisseur –dont elle apprit qu'il se nommait Raki- annonça qu'il aurait simplement besoin de quelques heures de repos et que sa peau repousserait dans sa quasi-totalité. Certains muscles ayant été endommagés, il lui faudrait probablement plus d'une semaine avant qu'il ne puisse marcher convenablement. Ella sentit la culpabilité enserrer son cœur et fut heureuse qu'Eingil passe son bras autour d'elle pour l'apaiser.

Masra saisit Toby dans ses bras –et Eingil les sacs- et le transporta jusqu'à la chambre que la Reine avait déjà faite préparer et il apparut à Ella qu'elle savait déjà qu'ils étaient sur le point de débarquer. Pourtant, elle estima préférable de ne poser aucune question sans que la Reine n'engage elle-même la conversation. Elle fut soulagée de se retrouver dans une vaste pièce lumineuse, celle où elle avait toujours logé lors de ses séjours à la Baie. Pourtant, elle ne put s'empêcher d'apprécier la beauté des lieux.

La première fois, en entrant dans le palais, elle avait songé que tout serait fait de roches sombres comme à l'extérieur. Elle s'était laissée surprendre par les murs à la blancheur lumineuse qui ressemblaient à de la glace, mais bouillait sous ses doigts. Elle n'avait pu quitter des yeux les hauts plafonds enchanteurs des couloirs -couverts de fresques retraçant des épopées d'Elfes célèbres. Elle avait taquiné les plantes accrochées un peu partout et qui semblaient aussi vivantes que des humains. Petite, elle croyait même que les bébés elfes en sortaient –ce qui arrangeait bien son père qui ne souhaitait guère lui apprendre les mystères des rapports entre hommes et femmes à l'époque.

Elle s'échappa de ses souvenirs pour revenir au présent. Toby venait d'être installé sur le couvre lit beige et elle fut saisit d'un vertige en observant davantage sa plaie : un trou béant qui laissait voir ses chairs disloquées. Elle se souvint à temps du chemin à prendre pour accéder à une salle de bain et se mit à vomir dans un des lavabos les plus proches. Masra se retrouva à ses côtés en quelques secondes et tint ses cheveux en attendant qu'elle cesse de cracher. Il saisit ensuite un gant qu'il humidifia et passa sur son front avec une douceur paternelle qui la fit frémir.

« Tout va bien, petite princesse, la consola-t-il en caressant ses cheveux alourdis par la chaleur. Il va s'en sortir.

- Tout ça c'est de ma faute ! se lamenta-t-elle en reniflant, en proie à une véritable crise de panique. Jamais je n'aurais dû lui demander de venir avec moi… Je savais que ce serait dangereux et j'ai été égoïste, comme toujours. J'ai pensé que j'aurais besoin d'aide. Je n'ai pas imaginé une seule seconde qu'il puisse être blessé. Je…

- Toute quête comporte son lot de risques, Ella. Tu ne pouvais pas prévoir ce qu'il se passerait. Ces bêtes ne vivent ordinairement pas dans nos forêts et nous pensons –avec Eingil- qu'elle a été envoyée sur vous. Les hommes qui ont fait ça sont responsables. Tu n'es que la victime de leur haine et de leur violence. L'important désormais, c'est que tu ne sois pas blessée et que tu te reposes un peu… »

En effet, elle se sentait vaciller et sa vue se troublait parfois. Son corps était si las qu'elle crut un instant qu'elle s'évanouirait. Masra posa ses lèvres fraiches sur son front et elle se laissa aller contre son torse. Ses pieds décollèrent du sol et elle se retrouva dans ses bras, blottit contre son buste glacé. Elle perçut à travers le coton qui l'entourait les voix de la Reine et d'Eingil, inquiets tous les deux, mais ne saisit que quelques bribes de conversations. Elle fut allongée sur le matelas et l'odeur du sang de Toby lui titilla les narines, la rendant malade une fois de plus.

« Raki, faites quelque chose pour elle ! ordonna la Reine en caressant le front humide d'Ella, avant d'ajouter : Eingil, va donc demander à Saoirse qu'elle fasse couler un bain pour cette jeune fille, et dis-lui qu'elle devra l'aider à le prendre. »

Ella perçut vaguement qu'Eingil lui prenait la main pour y poser un baiser, puis il sortit. Masra pressa un peu le vieux guérisseur et l'interrogea sur les maux dont souffrait Ella, puisqu'il n'y pouvait rien, ne voyant aucune blessure physique. Raki se contenta de répondre d'un grognement, plus préoccupé par Toby que par la jeune fille qui frissonnait désormais. Masra sembla sur le point de se mettre en colère, haïssant ce sentiment d'impuissance alors que Théodore était l'un de ses plus grands amis et qu'il considérait Ella comme un membre à part entière de sa tribu. Meleke l'arrêta d'un regard sombre avant de poser ses mains sur le front d'Ella afin de l'apaiser un peu, comprenant que sa souffrance étant avant tout mentale.

« C'est la culpabilité qui la ronge et non une quelconque maladie… Elle a simplement besoin de dormir et d'être certaine que son ami s'en sorte sans séquelles. De plus, elle s'inquiète toujours pour son père…

- Nous lui parlerons de Théodore demain, rétorqua Masra en croisant ses bras musclés sur son torse. Il ne faudra pas qu'elle s'angoisse davantage. De plus, je crois qu'elle n'a prévenu personne de son voyage ici… Aucun adulte censé n'aurait laissé deux adolescents vagabonder seuls à l'autre bout du monde. Ils doivent s'inquiéter pour eux. Peut-être devrais-je prévenir quelqu'un ? Elle était bien en compagnie d'Hermione, n'est-ce pas ? Leur expliquer ce qu'il se passe pourra permettre à l'Ordre du Phoenix de se préparer à sauver Théo et…

- Nous n'intervenons jamais dans les affaires des Hommes, Masra. Je compte raconter tout ce que je sais à Ella afin qu'elle décide elle-même des décisions à prendre. Mais Hermione, en trahissant Théodore, nous a tournés le dos à nous aussi, à nos lois et à ce qu'elles représentent…

- Elle n'avait pas à les suivre ! répliqua Masra avec foi en oubliant momentanément le respect qu'il devait à sa Reine. Excusez-moi… Hermione a respecté nos lois tant qu'elle vivait ici. Son devoir s'arrêtait là. Les humains font des erreurs… Nous devrions les pardonner pour cela. Et Ella est la fille d'Hermione. Je suis persuadé qu'elle craint pour sa vie. Nous ne serions pas dignes de nos Dieux si nous laissions de pauvres hommes se noyer dans leur détresse… »

Meleke hésita une seconde avant d'observer Ella qui suffoquait presque et le garçon blessé. Elle redressa finalement la tête pour jauger son meilleur guerrier, le plus fidèle aussi, son meilleur ami d'enfance, son amant de quelques nuits d'une solitude trop pesante provoquée par sa Royauté… Puis elle acquiesça, lui accordant toute sa confiance.

« Reviens seul. Je ne veux pas d'elle ici. Elle a fait plus de mal à Théodore Nott que les pires monstres de nos légendes à notre peuple. Et elle a ignoré cette petite et leurs liens comme aucune mère ne devrait pouvoir le faire. Je refuse de connaitre ses excuses. Quoi qu'elle puisse dire, cela n'a plus d'importance…

- Elle n'est qu'humaine, l'excusa Masra, plus apte que quiconque à saisir les sentiments d'Hermione.

- C'est leur faculté à aimer jalousement qui détruit tous les hommes. C'est ce qui a détruit l'amour d'Hermione pour Théodore. N'est-ce pas pour cette raison que nous n'en sommes pas capables ? »

Le guerrier esquissa un sourire avant d'approuver ces paroles d'un hochement de tête. Puis son sourire devint plus moqueur et il se pencha vers elle, complice, omettant volontairement la distance qui devait les séparer. Le Guérisseur ne fit aucun commentaire, mais les traits de son visage se crispèrent, prouvant qu'il n'appréciait pas ce détournement des règles. La Reine, elle, ne s'éloigna pas et attendit que son ami parle :

« Peut-être en sommes nous capables… Nous ne nous permettons simplement pas de nous épancher afin de nous préserver. »

La Reine s'esclaffa avant de le repousser avec une certaine tendresse. Elle déposa un baiser sur sa joue, comme pour lui porter bonheur et soupira :

« Les Sages deviennent fous. Ne pense plus à ça. Je veux que tu sois revenu dans deux jours. Autrement… Je promets de venir te chercher par les oreilles et de te punir pour non-allégeance !

- Cela existe vraiment ?

- Je suis Reine, polémiqua-t-elle en le poussant vers la sortie. J'invente toute les lois que je veux ! »

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Eingil se faufila dans la salle de bain en s'étirant, épuisé par sa longue nuit qui n'en finissait pas. Les muscles endoloris, il n'osait pourtant pas demander aux Guérisseurs de le masser. Peut-être pourrait-il rejoindre une femme qui se ferait un plaisir de lui en procurer et détendre tout son corps. Il passa sa main dans ses boucles noires en s'avançant vers Saoirse qui baignait une Ella à demi-assoupie. La servante parut s'offusquer de sa présence et –malgré le fait qu'il soit bien plus élevé qu'elle dans la hiérarchie sociale de son peuple- lui accorda un regard noir. Eingil s'approcha encore avant de s'asseoir au bord du bain d'eau froide. Il glissa sa main parmi la mousse et grelotta :

« Elle est gelée !

- Ce sont les ordres du Guérisseur Raki, Eingil. Pensez-vous pouvoir les suppléer ? Vous devriez sortir désormais. C'est une dame. Vous n'avez pas le droit de la voir dénudée sans son autorisation, et vous le savez pertinemment ! »

Eingil arqua un sourcil. Ella ? Une dame ? L'idée ne lui avait qu'à peine frôlé l'esprit. Elle était belle bien entendue, mais pas assez soumise, trop têtue, trop impétueuse et incontrôlable ! L'avoir dans son lit serait comme se faire mordre par un serpent : dangereux. Il se leva néanmoins tout en songeant au parfum qui se dégageait encore de son amie d'enfance : celui du garçon. Perturbé, il s'arrêta pour revenir sur ses pas et jeter un nouveau coup d'œil à Ella. Peut-être était-elle une dame finalement, puisqu'un homme s'était permis de la considérer comme tel. Une bien jolie dame qu'il pourrait ajoutée à la longue liste des femelles ayant parcouru son corps. Il caressa doucement son front humide avant de rire, se moquant de lui-même.

« Ella n'est pas une dame, Saoirse. C'est une tigresse. Fais donc attention à ce qu'elle ne boive pas la tasse… Ces petites bêtes humaines sont particulièrement fragiles. »

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Toby revint à lui quelques heures plus tard alors que le soleil se levait sur la Baie. Engourdi, son corps tout entier le faisait souffrir comme si des milliers de Doloris lui étaient encore lancés. Il ouvrit les yeux en grognant de douleur et fut émerveillé malgré son état par les lieux l'entourant. Pendant quelques secondes, il songea qu'il se retrouvait au paradis –bien qu'il n'y ait jamais cru, mais ses souvenirs lui revinrent par saccades et il réalisa qu'il se trouvait probablement chez les elfes. Aucun lieu dans le monde sorcier ou moldu n'aurait pu dégager une telle aura de pureté. L'air même lui parut beau. Il inspira à fond et toussota en scrutant la chambre.

Au bout d'une longue minute, il prit conscience de la présence d'Ella et entreprit de s'approcher d'elle. L'élancement fugace à sa jambe l'immobilisa et il lui fallut se concentrer pour ne pas hurler. Il serra les dents en soulevant le drap et les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'il ne puisse les retenir. Son cœur battait à tout rompre dans son buste alors qu'il suppliait l'univers tout entier. Faites que je puisse encore marcher. Faites que je puisse encore marcher. Faites…

Ella se retourna dans son sommeil et il la contempla un instant. Elle était simplement recouverte d'une longue tunique blanche et ses cheveux relâchés tombant sur ses épaules lui donnaient l'air d'un ange. Il tendit la main vers elle, comme s'il s'attendait à ce qu'elle disparaisse, et caressa doucement ses boucles brunes. Elle gémit dans son sommeil et il soupira en se rappelant de la veille. Brusquement, marcher fut sa seconde priorité et il se demanda dans quelle position il pourrait lui faire l'amour sans se faire mal. Ella parut saisir ses pensées au moment même où elles lui traversèrent l'esprit et elle ouvrit les yeux.

Elle le scruta pendant de longues secondes avant de sursauter, réalisant qu'il était réveillé. Elle lui sauta littéralement dessus, oubliant complètement qu'il souffrait toujours. Elle s'en rappela instantanément lorsqu'il cria et se recula rapidement en bredouillant des excuses. Il les chassa d'un signe de la main en tentant de calmer sa douleur –ou du moins, de penser à autre chose.

« Qu'est ce que c'était que… cette chose ? l'interrogea-t-il finalement.

- Je ne sais pas exactement. Je n'ai jamais été très intéressée par les créatures magiques.

- Alors… Comment as-tu fait pour la tuer ? Comment…

- Ce n'est pas moi, c'est Eingil. Il l'a embrochée ! Puis il nous a ramené jusqu'ici…

- Eingil… répéta Toby en fronçant les sourcils tout en essayant de se souvenir des raisons qui le poussaient à croire qu'il connaissait ce prénom.

- Eingil… le premier garçon qui m'a embrassée. Tu verras, il est gentil… Un peu méfiant, carrément libidineux, mais très amical. Veux-tu que je demande à un Guérisseur de venir t'ausculter à nouveau ? »

Toby secoua la tête avant de lui demander de se rapprocher. Elle le fit en douceur et se cala contre son torse en prenant soin de rester éloignée de sa jambe. Il embrassa tendrement ses lèvres, soulagée de la voir à ses côtés alors que pendant quelques minutes avant de sombrer dans l'inconscience, il avait cru la perdre à jamais. Elle scruta ses yeux, y découvrant bien plus d'amour qu'elle n'aurait jamais su en démontrer, et elle préféra détourner les siens avant de se noyer. Elle se détacha finalement de lui, et quitta le lit.

Il l'admira alors que le soleil parait les murs d'éclats orangés et illuminait son corps. Le tissu de sa large tunique blanche était si fin qu'il put apprécier chaque courbe de corps aussi bien que si elle n'avait rien porté. Elle se pencha vers lui, déposa un minuscule baiser sur son nez et lança avec un franc sourire :

« Alors, Monsieur Malefoy, que désiriez-vous manger ce matin ? »

Il parut ne pas comprendre, soupçonnant qu'Ella n'était pas le genre de femme à apporter le petit déjeuner au lit, même à un mourant. Une étincelle de malice brilla au fond de son regard et elle tira sur une fine cordelette proche du lit. Toby fut étonné de percevoir le son d'une cloche au loin et elle sautilla sur le lit en s'esclaffant :

« Mon père m'a toujours donné l'impression d'être une princesse… Mais tu sais ce qui est génial ici ? C'est que je suis traitée comme une reine. »

Il éclata de rire en découvrant cette toute nouvelle part de sa personnalité : un petit côté quasi Serpentesque plein d'audace et d'orgueil. Elle se plaisait à être considérée comme une personne supérieure et cela rassura plus encore le jeune homme. Elle était absolument parfaite pour lui. Il s'empêcha de le lui annoncer afin de ne pas trahir la promesse qu'il lui avait faite la veille…

La porte de la chambre s'ouvrit, le tirant de cette situation délicate et une jeune fille d'une beauté quasi surnaturelle apparut. Il ne parvint pas à maitriser son regard qui s'assombri de désir. Ella ne s'en offusqua pas et éclata de rire en faisant signe à Saoirse d'approcher. La jeune fille âgée d'une quinzaine d'année possédait en effet une trop grande grâce pour qu'un simple homme n'y prête pas attention. Elle se promit néanmoins de surveiller Toby qui pourrait trop facilement se laisser charmer par les nombreuses femmes de la Baie.

Saoirse déposa le plateau au pied du lit en leur souriant, s'interrogeant apparemment sur les liens unissant les deux jeunes gens. D'ordinaire, elle parvenait à tout comprendre des rapports entre les hommes et les femmes autour d'elle, et elle avait rencontré quelques humains qui ne lui posaient pas non plus problème. Après tout, les sorciers n'étaient pas complexes à comprendre : ils étaient amis, en couple, ou se haïssaient. Chez les Elfes, les liaisons posaient davantage de problème puisque personne n'appartenait à personne.

Cette fois, en fermant les yeux pour laisser son esprit analyser cette relation, l'image qui lui apparut n'eut aucun sens pour elle. Il ne s'agissait pas vraiment d'un amour à sens unique, mais il lui sembla évident que le garçon ne bridait pas ses sentiments alors qu'Ella les enfermait en elle dans une barrière étanche. Elle se concentra davantage afin de mieux saisir cette subtilité inhabituelle, mais ne parvint pas à obtenir plus d'informations. Elle se promit d'en parler à sa Reine, bien plus douée qu'elle, et rouvrit les yeux.

Son analyse n'avait duré qu'une seconde et les deux sorciers ne s'étaient aperçus de rien, lui trop préoccupé par la beauté des Elfes et elle par le petit déjeuner. Saoirse leur adressa un sourire amical avant de s'enquérir de leurs désirs pour la journée. Ella lui demanda le faire venir un Guérisseur et la jeune Elfe acquiesça. Quelques secondes plus tard, elle quittait les lieux et Ella se réinstallait sur le lit pour manger. Elle aida Toby –lequel avait même du mal à s'asseoir- et fut ravie de constater qu'il ne perdait pas l'appétit. Il fallait admettre que le repas constitué de fruits extrêmement sucrés et de petites brioches brûlantes auraient pu redonner envie de manger au plus fatigué des hommes.

Le Guérisseur Raki pénétra les lieux alors qu'Ella embrassait Toby à pleine bouche, tenant toujours un étrange fruit à l'apparence de pomme entre ses mains. Elle ne se soucia guère de la présence de l'Elfe et ne débarrassa le jeune homme de son étreinte que lorsque le souffle vint à lui manquer. Raki roula des yeux dans ses orbites avant de s'approcher du lit, marmonnant quelque chose sur les jeunes humains trop gouvernés par les hormones.

« Comment vous-sentez vous, jeune homme ?

- Je ne sens pas vraiment ma jambe, admit Toby en s'attirant un regard tourmenté de la part d'Ella. Et tout mon corps me semble engourdi… Vais-je pouvoir remarcher rapidement ?

- Cela ne dépendra que de vous. J'appliquerais certaines de mes concoctions médicinales sur votre chair arrachée pendant la journée afin de la faire repousser. Mais les muscles endommagés que j'ai tenté de réparer hier… Ce n'est qu'en réapprenant à vous en servir convenablement que vous retrouverez l'usage de votre jambe. Enfin, je ne m'inquiète pas pour vous. Un garçon capable de traverser la moitié du monde Terrestre sans savoir ce qui l'attend est soit très courageux, soit très stupide. Je penche pour la stupidité, mais notre Majesté pour le courage. Quoi qu'il en soit, l'un comme l'autre aident les hommes à traverser les épreuves de ce genre… »

Toby ne parut pas blessé par les paroles assez sèches du vieux sage et Ella soupira de soulagement en comprenant qu'il ne répliquerait pas –ce qui lui aurait attiré bien des problèmes. Raki se tourna vers elle et lui ordonna de quitter les lieux afin qu'il puisse s'occuper de son patient.

« Elle peut rester, rétorqua Toby.

- Elle vous verra nu. Cela est interdit tant que vous n'en ferez pas la demande à notre Majesté Meleke.

- Vous… plaisantez, n'est ce pas ? s'esclaffa le jeune sorcier sans prêter attention au regard d'Ella qui le sermonnait. Nous devons demander à une inconnue d'accepter qu'on se voit nu ? C'est complètement idiot ! »

Ella se redressa sèchement avant de baisser les yeux vers le sol en signe de clémence.

« Pardonnez-le. Il ne connait pas vos règles. Je comprends parfaitement ce que vous nous dites… Et je vais m'en aller. De toute manière, je dois parler à la Reine. Est-elle occupée ?

- Jamais pour vous, répondit Raki en paraissant agacé par ses propres mots. Elle est dans ses appartements. »

Ella le remercia d'un signe de tête avant de se pencher vers Toby pour l'embrasser, lui ordonnant d'être sage et de ne surtout pas parler. Il leva les yeux au ciel, consterné par le peu de confiance qu'elle lui portait, mais Raki ne put que comprendre ses craintes. Tenir de tels propos devant la Reine lui attirerait beaucoup de problèmes.

Ella quitta la chambre après un dernier baiser et saisit un foulard en passant près de la porte. Elle le noua autour de sa taille afin de garnir un peu la tunique aux allures de chemise de nuit et parcourut les couloirs blancs, pieds nus. Elle croisa quelques elfes, qui lui adressèrent des sourires ou tentèrent d'engager la conversation. Les jeunes hommes semblaient encore plus pressants qu'avant et elle se demanda comment les femmes pouvaient les supporter. Ils maniaient l'art de la séduction avec un aplomb considérable et –contrairement à la plupart des humains- ne semblaient pas craindre le ridicule.

Ella dut repousser plusieurs invitations trop loquasses et avança plus vite pour s'éloigner de ces mâles en rut. Elle s'heurta à Eingil devant les portes des quartiers de la Reine et il lui adressa un sourire avant de baiser son front.

« Souhaites-tu que je leur ordonne de ne pas te faire d'avances ? s'enquit-il en jetant de brefs coups d'œil menaçant aux adolescents qui la surveillaient encore.

- Aurais-tu le pouvoir de le faire ?

- Assurément ! Ces gosses me craignent… Les hommes de mon âge, cependant, ne pourront être contrôlés par qui que ce soit. »

Elle haussa les épaules, heureuse qu'il puisse lui offrir un peu de liberté, même s'il ne parvenait pas à éloigner tous les elfes. Elle finit par remarquer son regard sur elle et arqua les sourcils. Finalement, croisant ses bras sur sa poitrine, elle comprit qu'il l'analysait, comme pour fouiller son âme à la recherche d'une information qu'elle aurait préféré lui offrir de vive voix. Elle se laissa faire néanmoins et il esquissa un sourire fier tout en bombant le torse. Elle ne parvint pas à comprendre ce qui l'enhardissait à ce point, mais ne tarda pas à le découvrir. Il passa un bras au dessus de ses épaules et murmura avec un sourire charmeur :

« Alors comme ça, tu trouves que je suis devenu beau ? »

Ella resta figée, puis ne put s'empêcher d'éclater de rire en le repoussant, amicale.

« Bien évidemment, gros bêta ! Tu es probablement le plus séduisant des elfes… Mais tu es aussi Eingil. Et si tu deviens collant, je t'enverrais paître comme quand on était petit ! Que dirais-tu d'une baignade forcée dans la Baie ?

- Si tu viens avec moi… aucun problème ! minauda l'Elfe sans faire attention à sa menace.

- Imbécile… »

Eingil éclata de rire, ne se souciant apparemment pas du regard noir qu'elle lui décocha. Elle finit par lui donner un coup d'épaule, mais se fit plus mal qu'autre chose. Petite, elle le dépassait d'une bonne tête et pouvait lui faire faire ses quatre volontés. Désormais, il semblait être devenu un mur face à une minuscule fleur. Cette pensée inquiéta presque Ella, qui se doutait amplement qu'elle ne pourrait plus le repousser avec autant de force qu'avant. Elle grimaça mécaniquement avant de l'interroger :

« Je peux voir la Reine alors ?

- Oui… Mais il faut payer d'un baiser pour passer !

- Un coup de genou entre les jambes, ça suffira ? »

Il se rembrunit et se déplaça pour la laisser entrer. Elle déposa un baiser sur sa joue et il lui donna une légère tape sur les fesses avant de percevoir le regard sombre de sa Reine. Il baissa les yeux en signe de respect et referma la porte. Ella s'avança dans la pièce, un salon privé sobrement décoré. En dehors de Meleke, seuls quelques elfes trainaient dans les lieux, s'occupant de plier les draps ou de nettoyer.

Ella s'inclina légèrement avant de s'asseoir sur l'un des fauteuils face à la Reine. Celle-ci fit signe aux autres de sortir et elles obéirent toutes, sauf une : une fillette de quatre ans à peine qui adressa un immense sourire à l'humaine. Ella reconnut la fillette qui la veille s'était permis une réflexion alors qu'elle rougissait. Meleke esquissa un sourire en voyant le regard que portait Ella sur l'enfant, comme si elle tentait de comprendre pourquoi ses traits lui semblaient si familiers. Elle se tourna finalement vers la reine, ouvrit la bouche, la referma.

« Oui, c'est bien ma fille, acquiesça Meleke en souriant, amusée de voir qu'Ella n'osait poser la question. Elle se nomme Hatïa.

- Je croyais que vous… Vous n'étiez pas censée avoir d'enfants. Enfin, vous n'êtes pas… vous…

- Les Reines ne sont pas censées offrir leur corps aux hommes, en effet. J'ai modifié cette loi en apprenant que j'étais enceinte. Mes conseillers ont approuvés, même s'ils refuseront qu'elle devienne Reine à son tour…

- C'est la sœur d'Eingil, n'est ce pas ?

- En effet. Mais ça… c'est un secret qu'il vaut mieux garder pour nous ! »

Ella acquiesça avec foi, promettant ainsi de tenir sa langue quoi qu'il advienne. Elle attendit quelques secondes avant d'engager la conversation qui l'avait conduite jusqu'au Brésil, hésitante, craignant d'obtenir des réponses dont elle ne voulait pas. La Reine posa sa main sur celle de la jeune fille avec un sourire tendre, et Ella se lança :

« Alors… vous avez des informations à propos de mon père ? »

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Masra Stratós n'appréciait pas vraiment de quitter son village, surtout en traversant la forêt des Ombres qui était envahie depuis des mois par des humains peu scrupuleux. Le voyage qui prenait normalement une demi-journée ne lui prit que cinq heures, car il courut à travers les arbres, comme pourchassé par un démon que lui seul pouvait voir. Mais il ne tenait simplement pas à s'attarder. Quitter son village lui faisait physiquement mal, comme à un plant auquel on arracherait les racines. Pourtant, il lui apparaissait clairement que prévenir Hermione était de son devoir.

Il dépassa la barrière imperceptible, quittant l'espace protégé des Elfes pour la seconde fois en quarante-cinq années de vie. Il eut l'impression que son cœur cessait de battre dans sa poitrine, que ses poumons refusaient de jouer leur rôle et que ses narines même se bloquaient pour l'empêcher de respirer. Il appuya sa paume humide contre la surface rugueuse d'un arbre, s'y appuyant pour ne pas basculer. Son corps prit quelques minutes avant de s'adapter et il s'interrogea : son fils avait-il autant souffert ou était-il trop jeune pour être à ce point torturé à l'idée de laisser son peuple derrière lui ?

Il passa sa main sur son front humide de sueur –transpirer n'était pas habituel pour un Elfe- et s'éloigna davantage de la barrière de protection, ne désirant pas s'y heurter en partant. Les Elfes ne transplanaient pas comme les sorciers. Ces derniers devaient se concentrer sur un lieu alors que les créatures de la Baie ne pensaient qu'à une personne. Ainsi, ils pouvaient la retrouver où qu'elle soit. Les protections sorcières ne les affectaient pas vraiment, leur magie étant bien plus puissante et Masra espéra qu'il n'aurait aucun problème en cherchant Hermione.

Il ferma les yeux en serrant ses bras contre lui, comme pour se faire le plus petit possible lorsqu'il traverserait l'espace. Il inspira profondément, tentant de ressentir la présence d'Hermione à ses côtés. La vue d'abord : il se souvint d'elle, dans la rougeoyante couleur du soleil couchant… L'ouïe : elle lui parlait du monde qu'elle voulait visiter et dont elle espérait rencontrer chaque créature… L'odorat : son parfum de fleur lorsqu'elle secouait ses cheveux en sortant de la chambre qu'elle partageait avec Théo, un sourire de plaisir pur accroché à ses lèvres… Le toucher : la douceur de sa peau lorsqu'il la prenait par les épaules en l'éloignant de la Reine quand elles se disputaient, et la rudesse de ses doigts après des heures d'entrainement à serrer sa baguette…

Il se sentit disparaitre dans le néant, emporté dans un tourbillon de couleurs et de saveurs inconnues de son monde et heurté par la dure réalité des autres vies. Il n'était plus solide. Il n'existait plus vraiment. Il n'était qu'un nuage de poussière traversant l'univers… Seul son esprit demeurait intact et ce dernier attendait patiemment de redevenir entièrement Masra Stratós.

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La petite « dispute » opposant Drago à Blaise n'avait duré qu'une ou deux minutes avant qu'Harry n'interviennent en prenant garde à ne pas casser ses lunettes. Le poing de Blaise avait heurté le nez de Drago –ensanglanté, le pied du blond s'était presque envolé jusqu'au menton du métissé –craquement de mâchoire dégoûtant… Puis ils en étaient venus à se tirer par les cheveux, telles deux femmes qui –selon l'expression moldu utilisée par Hermione- « se crêpaient le chignon ». S'apercevant du ridicule vers lequel ils s'entrainaient l'un et l'autre, les deux hommes s'étaient finalement éloignés, dominés par un Remus Lupin presque amusé.

Depuis, les deux hommes bougonnant n'avaient plus décroché un seul mot à leurs anciens ennemis. Hermione s'était bornée à expliquer la situation à Blaise –qui acquiesçait simplement, ce pendant que Pansy guérissait son mari et son ex-meilleur-ami. Le ridicule ne tuait peut-être pas, mais elle se promit de s'en charger s'ils recommençaient.

Sam s'était assoupie sur le canapé au bout d'une petite heure, et ils attendaient tous désormais le moindre signe provenant d'Ella ou de Toby, sans pour autant y croire réellement. Ron apparut aux alentours de six heures du matin, le petit Timothy encore somnolant dans ses bras, et il expliqua qu'il avait renvoyé Scott et Maïa à Poudlard avant de s'installer. Il semblait aussi inquiet qu'eux et Harry s'interrogea sur les pensées de son meilleur ami. Il s'imagina un instant que Ginny ait eu un enfant avec un autre homme et sa rage présumée picota jusqu'à sa cicatrice en forme d'éclair. Comment Ron pouvait-il tenir le coup ? Il regretta de ne pas avoir passé davantage de temps avec lui et se promit de se rattraper dès qu'ils en sauraient plus sur l'état de la situation.

Alors qu'ils s'ancraient tous dans un certain état léthargique, un coup de vent ouvrit la fenêtre dont le battant alla s'abattre sur le mur avec une violence étrange. Harry, de loin le plus réactif dans ce genre de situation, se leva d'un coup, baguette en main, en comprenant que cet événement n'avait rien de naturel. En effet, le vent qui tourbillonnait dans la pièce semblait chercher un espace libre, et se rassembla sous les yeux écarquillés de tous les témoins présents. Tous sortirent leurs baguettes magiques de leurs fourreaux, près à se défendre contre une attaque. Tous, sauf Hermione qui articula brutalement :

« Rangez vos baguettes ! »

Harry la crut folle un instant, puis s'imagina le devenir lui-même lorsqu'un homme à l'allure sauvage se matérialisa devant lui. Torse-nu, la peau aussi blanche et lisse que la glace, ses cheveux noirs ondulés tombant jusqu'à ses épaules, l'inconnu les observa tour à tour de son regard azurin étincelant. Il se demanda pourquoi il apparaissait dans ce lieu inconnu avec tous ces gens encore plus mystérieux quand Hermione se dégagea du mur de chair que Ron avait instinctivement dressé devant elle.

Elle resta une seconde sans bouger. Harry s'apprêtait à lancer un sortilège quelconque afin de ligoter l'individu quand Hermione se retrouva enfermée dans l'étreinte des bras muscles de l'Elfe qui la souleva de terre, lui arrachant un rire à travers ses larmes. Il baisa son front en la reposant au sol et les membres de l'Ordre échangèrent des regards soupçonneux, jusqu'à ce que Blaise marmonne :

« C'est qui ce zigoto ? »

Le regard de Masra passa sur lui et il recula d'un pas, comme poussé par une force qu'il ne pouvait vaincre. Hermione réalisa que ses amis la jaugeaient en l'attente d'une explication et elle annonça :

« Je vous présente Masra Stratós, Chef des Armées de Protection de la Reine Meleke. Et… un vieil ami. »

Un court silence alourdit l'atmosphère, qu'Hermione interrompit en prenant réellement conscience de la présence de l'Elfe parmi eux. Elle savait qu'il ne pouvait être là que pour discuter d'Ella ou de Toby, et elle l'interrogea d'un regard. Masra esquissa un sourire avant de la rassurer :

« Elle est en sécurité. Tu n'as rien à craindre…

- Et mon fils ? hurla Drago en se précipitant sur Masra, attendant une réponse qu'il refuserait d'entendre.

- Il… Ils ont été attaqués par un animal, confia l'elfe en plongeant son regard dans celui de Drago afin de mesurer son angoisse. Il s'est fait… arraché un morceau de chair, au niveau de la cuisse. Mais il va bien. Nos guérisseurs s'occupent de lui, et pensent qu'il pourra rapidement remarcher. »

Pansy s'avança de quelques pas, frissonnante malgré la chaleur étouffante régnant dans le salon depuis l'arrivée de l'étranger. Elle mit le doigt sur une précision qui changeait beaucoup de choses à ses yeux :

« Ils pensent ? Mais… Ils n'en sont pas sûrs ? C'est… c'est juste de la chair, n'est-ce pas ?

- La bête n'a pas vraiment pris le temps de soigner le travail. Certains nerfs et muscles ont été touchés. Cela aurait pu être bien pire : une morsure au visage, la traversée d'un organe vital… Et Ella aurait pu être blessée également. Ils vont bien, tous les deux. »

L'angoisse disparut brusquement du visage de Drago à l'énonciation du prénom d'Ella et il rétorqua avec hargne :

« Cela aurait été bien plus normal que ce soit elle ! C'est elle qui l'a entrainée dans cette histoire telle une gamine gâtée qui refuse d'écouter les conseils d'adultes ! Si Toby ne marche plus, je jure sur tout ce que j'ai que je transforme cette gamine en… »

Il ne put finir sa phrase. Il se retrouva plaqué contre le plafond par une poigne invisible contrôlée à distance par Masra. Hermione posa sa main sur son épaule pour le raisonner mais l'Elfe ne l'écouta pas. Il articula à l'adresse de Drago –qui se débattait inutilement :

« Si vous osez faire la moindre réflexion à cette enfant sur ce qui s'est passé, je promets de vous arracher à la vie sans me soucier de votre famille ! Elle était malade de culpabilité ! N'en rajoutez pas ! »

Sur cette dernière phrase, il interrompu le sortilège et Drago s'écroula en un bruit sourd sur le tapis –lequel amorti heureusement sa chute. Hermione s'excusa d'un regard auprès de Pansy qui s'agenouillait avant de se tourner vers Masra dont le regard noir ne lâchait pas Drago. Elle posa ses mains sur son torse, le repoussant légèrement pour qu'il s'éloigne des autres et elle murmura :

« Est-ce vous qui avaient appelé Ella ? Ou a-t-elle entrepris ce voyage pour rien ? »

Tous les yeux se fixèrent sur lui, attendant qu'il parle.

« Théo est en vie. Et oui, nous savons où il se trouve… »

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Scott entra dans la salle de classe où se déroulerait son cours de Métamorphose avec l'impression que la journée de la veille avait été la plus longue de toute son existence. Il se laissa tomber sur une chaise tout au fond de la classe, pressentant que pour une fois suivre le cours ne lui serait pas mentalement possible. Epuisé, il enfouit son visage entre ses mains avant d'émettre un bayement sonore. Il lui restait une bonne demi-heure à patienter et il regretta momentanément de ne pas s'être joint à Maïa pour le petit-déjeuner dans la grande salle. Mais après toute une nuit à parler avec elle, son corps tout près du sien sur le matelas, il désirait se retrouver un peu seul afin de contrôler davantage ses émotions.

A chaque fois qu'il passait trop de temps auprès d'elle, il était tenté d'engager un tout autre genre de relation en un geste irréparable. Il se demanda si la jeune fille le repousserait ou le laisserait faire. Et si elle le laissait, ne serait-ce pas simplement pour préserver leur amitié ? Il ferma les yeux un instant pour effacer les images de plus en plus fantasmagoriques qui emplissaient son esprit.

La porte de la salle de classe s'ouvrit derrière lui et il se retourna, plein d'espoir. Mais ce fut Scarlett qui pénétra dans les lieux sans lui accorder un regard et qui s'installa au premier rang en sortant ses manuels et un morceau de parchemin vierge. Il la scruta quelques instants, se demandant ce qu'il aurait ressenti à sa place en étant rejeté par ses amis d'enfance simplement à cause de leur honte et des mauvais souvenirs qu'elle leur inspirait. Elle se tourna légèrement en sentant son regard et il lui adressa un sourire, mécaniquement. Il réalisa qu'il agissait ainsi par pitié et cessa instantanément de se montrer plus gentil que d'ordinaire. Un rire secoua la jeune fille qui se détourna à nouveau de lui. Ses lèvres formèrent une grimace quand il réalisa qu'il devrait passer la prochaine demi-heure dans la même pièce qu'elle seule.

Pourtant, sortir le rendrait lâche, et il se refusa à l'être. Il surveilla la jeune fille du coin de l'œil en se demandant s'il devrait se forcer à lui parler. Peut-être qu'elle était gentille au fond ? Il ne s'était jamais réellement posé la question. En première année, quand le choixpeau avait décidé de l'envoyer à Serdaigle, les élèves s'étaient presque tous figés et aucun n'avait applaudi lorsqu'elle avait rejoint la table. Agé de onze ans et heureux d'être apprécié, il l'avait évité comme la peste dès le départ. Puis les rumeurs disant qu'elle était une méchante sorcière qui pouvait tuer des gens en les regardant avaient fini de le convaincre : Scarlett Higgs n'était pas fréquentable. Il devait admettre que sans l'apparition d'Ella dans leur vie, il n'aurait pas prêté plus d'attention que ça à la jeune fille.

Il prit finalement son courage à deux mains, se répétant mentalement qu'il était le fils de Ronald Weasley et d'Hermione Granger, deux grands héros, et se leva. Il fit quelques pas en direction de Scarlett et s'installa au bureau juste derrière elle. L'adolescente se retourna pour l'observer et plissa le front, surprise par ce rapprochement. Il rougit légèrement et bégaya :

« Je suis désolé que tout le monde sache pour ce qui t'es arrivé. Je sais qu'il y a des choses qu'on préfère oublier et que quand les gens nous le rappellent constamment, c'est plus dur… Enfin, les gens finiront par se lasser de ce sujet. Par exemple, quand ils comprendront qu'Ella et Toby sont partis. »

Elle resta silencieuse, de toute évidence toujours sous le choc. Scott Weasley, après cinq ans d'un silence pesant, lui adressait la parole ! La situation lui sembla surréaliste. Voyant qu'elle ne savait pas quoi dire, il embraya, essayant bêtement de la faire sourire, comme pour se faire racheter de tout ce qu'il avait fait les années précédentes :

« Peut-être qu'on pourrait inventer une histoire à dormir debout pour qu'ils t'oublient ? Par exemple… Ella est tombée enceinte et Mr Malefoy a voulu la tuer parce que sa mère n'est pas une Sang-Pur. Toby, en voulant la sauver et parce qu'il est fou d'amour pour elle, a fui en emportant tout l'or des Malefoy. Ils vont s'installer en France et Toby construira de ses propres mains un chalet dans les montagnes où ils élèveront Tobya et Elio Junior, leurs faux-jumeaux. »

Un minuscule sourire pourfendit les lèvres de Scarlett et il en fut rassuré. Il continua donc de plus belle en tentant de rendre ses plans encore plus abracadabrants :

« Ou mieux, ils ont décidés de fuir tous les deux afin de se marier dans le plus grand secret. Ils vont vivre en Australie où ils s'offriront un parc à Kangourous qu'ils élèveront comme leurs enfants… Mr et Madame Malefoy les rejoindront et ils vivront ensemble au Pays des Koalas pour tout le reste de leur vie –qui sera longue parce que Théodore Nott, libéré, aura fabriqué une plante qui offre la vie éternelle à qui la mange ! »

Scarlett s'esclaffa, retenant difficilement un éclat de rire. Elle avait déjà entendu certaines de ses blagues lors des repas en tendant l'oreille… Mais cette fois, il les lui racontait à elle ! Pas besoin de s'incruster en mimant l'indifférence. Elle pouvait même rire de ses idioties pour une fois. Il parut fier de lui et ses joues s'étaient empourprées pendant son petit discours. Il passa nerveusement sa main dans ses épis roux éclatant avec un air de petit garçon et elle le scruta en se demandant ce qui pouvait bien se passer dans sa tête brusquement. Elle demanda donc d'une petite voix, une fois son envie de rire passée :

« Tu me parles parce que tu as pitié de moi ? »

Scott leva les yeux elle, plantant son regard dans le sien afin d'être sûr de lui offrir la réponse qu'elle attendait : vérité ou mensonge ?

« Oui, confessa-t-il en une grimace. Enfin… C'est aussi parce que c'est sûrement un peu de ma faute. (Elle fronça les sourcils et il se rattrapa :) Okay, c'est complètement de ma faute ! Mais pour ma défense, je ne savais pas que vos vies –à toi et aux autres enfants de Mangemorts- avaient été si dures. Je pensais que… Vous viviez comme des rois dans vos somptueux manoirs. Dans mon esprit, vous n'aviez pas été touchés par la guerre. Dans les histoires pour enfants, les méchants s'en sortent toujours mieux au départ, ils ont l'argent, le pouvoir… Jusqu'à ce que le peuple se rebelle. J'avais cette vision un peu gamine du combat. Je n'ai pas réfléchi plus que ça. »

Scarlett l'excusa d'un simple sourire, estimant que les gens qui reconnaissaient leurs torts permettaient plus ou moins d'être pardonnés la plupart du temps. Elle le rassura en précisant le fond de sa propre pensée :

« C'est aussi de la faute de Toby. Il n'avait pas à raconter ça devant vous… Il a des secrets lui aussi. Ce sont les siens qu'il aurait dû révéler, pas ceux des autres. Et puis… On nous racontait des choses sur vous. On nous racontait que les Membres de l'Ordre étaient payés par le Ministère de la Magie et qu'ils étaient riches, mangeaient à leur faim et étaient couverts d'or à chaque assassinat de Mangemort. Nous étions des enfants. Nous n'avions pas de raisons de ne pas croire nos parents… »

Il acquiesça avec un sourire, heureux qu'elle accepte de lui pardonner et de ne pas l'enfoncer davantage –ce que tous faisaient depuis quelques temps. Même son petit-frère n'était plus aussi à l'aise avec lui, ou du moins, ne le traitait plus en héro. En un sens, il comprenait parfaitement que son comportement ait pu agacer ses parents, les décevoir… Mais il trouvait ça drôlement hypocrite que tous continuent à soutenir sa mère, à éviter les sujets sensibles avec elle et le traitent comme si détester Ella était un crime. Que sa mère l'ignore paraissait normal à tous… Que lui ose dire ce qu'il pense le faisait passer pour un monstre.

Il réalisa qu'il s'était perdu dans ses pensées depuis trop longtemps dès que Scarlett cessa de sourire pour le fixer intensément. Il se sentit troublé, comme si elle fouillait dans son esprit pour saisir des bribes de ses idées. Il détourna les yeux et elle secoua la tête avec une grimace. La porte de la classe s'ouvrit brusquement et Scott se redressa sur son siège, piqué par il ne savait quoi. Scarlett esquissa un sourire avant de persifler :

« Tu devrais retourner à ta place. Ils vont tous croire que tu as osé me parler autrement… »

Il faillit répliquer, mais déjà elle lui tournait le dos, son regard fixé sur le tableau noir. Il hésita une seconde, puis se leva jusqu'à s'approcher de la table qu'il occupait un peu plus tôt. Il s'installa, une boule au ventre et –alors que les autres élèves s'asseyaient autour de lui- s'insulta mentalement. Maïa prit la chaise à ses côtés et lui adressa un sourire en lui demandant si ça allait. Il acquiesça bêtement avant de s'avouer :

« Je suis juste le plus trouillard des Weasley… »

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Meleke Tsaritsa fit signe à la fillette, lui ordonnant d'un simple sourire accompagné d'un geste à quitter les lieux. L'enfant obéit en souriant et s'abaissa légèrement en signe de respect en passant près d'Ella qui ne comprit pas vraiment les raisons de cette révérence. La reine attendit que la petite soit sortie pour répondre à Ella :

« En effet.

- Et vous saviez que j'étais sur le point d'arriver ?

- Oui. Je vous surveillais toi et ton ami depuis votre arrivée dans la forêt. Hélas, avec ces hommes qui veulent on-ne-sait-quoi, je craignais d'envoyer Eingil ou Masra pour vous conduire jusqu'ici. Mais selon Eingil, ces soldats souhaitaient s'en prendre à vous. Je peux donc conclure qu'ils n'en ont pas après mon peuple. Je suis sincèrement désolée de ne pas m'en être rendue compte auparavant, cela aurait évité bien des blessures à ce garçon…

- Et ces hommes… vous pensez qu'ils ont un rapport avec mon père ? »

Meleke approuva d'un léger hochement de tête et Ella attendit qu'elle continu. Au bout d'une longue minute, elle s'impatienta et insista d'un regard pour obtenir davantage d'informations. La reine ne sembla pas vraiment enthousiaste à l'idée de lui en donner et avança son fauteuil vers celui de la jeune fille, jusqu'à saisir ses mains dans les siennes.

« Venir seule ici était une erreur, Ella. T'en rends-tu compte ? Je pensais qu'un adulte t'accompagnerait, l'un de ses Anglais amis de ton père… Ton projet de débarquer ainsi sans aucune protection, c'était du suicide pur et simple. Comment ton père aurais-tu pu continuer à vivre si ces hommes étaient parvenus à t'attraper ?

- Alors mon père est vivant ? s'écria Ella en se redressant avec un immense sourire.

- As-tu écouté ce que je viens de te dire, Ella ? rétorqua Meleke. Ton père a tout donné pour toi : chaque seconde de son existence depuis ta naissance, chaque gallion qu'il gagnait… Il n'hésiterait pas une seule seconde à donner sa vie pour la tienne et tu as agi égoïstement en prenant tant de risques.

- Je l'ai fait pour lui… Je… Les Membres de l'Ordre du Phoenix ont refusé de m'écouter ! Ma mère, elle… Elle m'ignore complètement et ne souhaitait pas revenir ici. Mais je savais que vous pourriez m'aider…

- Je le sais parfaitement. Mais tu as été imprudente. Si Eingil n'avait pas insisté pour partir te chercher quand le soleil a commencé à se coucher… Qui sait ce qui aurait pu arriver ? Ton père a déjà beaucoup souffert. Tu devrais faire plus attention la prochaine fois. »

Ella acquiesça, son regard fixé sur ses mains. Elle n'appréciait pas d'être ainsi rabrouée, et aurait voulu que la Reine comprenne davantage qu'elle n'avait pas eu d'autre choix. L'Elfe caressa tendrement sa joue avant de sourire, comme pour s'excuser d'avoir été si franche.

« Quoi qu'il en soit, oui, ton père est en vie. Je peux même dire qu'il va bien… Je perçois encore assez nettement sa présence et un homme blessé s'effacerait de mon esprit.

- Où est-il ? » s'enquit Ella, pleine d'espoir, prête à courir au dehors pour le chercher s'il le fallait.

Meleke parut saisir ses pensées et secoua la tête, comme désespérée par cette enfant qui n'écoutait pas un traitre mot de ce qu'elle disait.

« Promets-moi que tu resteras ici.

- Quoi ? Non ! Je…

- Masra est allé quérir l'Ordre du Phoenix. C'est leur travail. Pas celui d'une adolescente de seize ans. Toi, tu resteras ici, auprès de ton ami en attendant qu'il guérisse et ensuite, vous rentrerez tranquillement chez vous… Ton père s'en sortira Ella. Mais pas si tu n'en fais qu'à ta tête.

- Mais…

- Promets Ella ! ordonna la Reine en la scrutant pour sonder son esprit et son honnêteté.

- Je… Je vous le promets. »

La reine glissa tranquillement son doigt sur une larme qu'elle effaça tranquillement, comprenant à quel point cette promesse serait dure à tenir pour la jeune fille. Pourtant, elle se doutait que l'adolescente deviendrait folle à force de se poser des questions, et expliqua donc tout ce qu'elle savait :

« Il y a un peu plus d'un an, un bâtiment a été construit, de l'autre côté de la montagne. Un endroit complètement clos. Une sorte de Dôme blanc très moderne. Nous ne savions pas vraiment ce que ces gens –des scientifiques apparemment- y faisaient et nous en avons parlé à ton père…

- Il le savait ? Il ne m'en a pas parlé…

- Il craignait que tu t'inquiètes pour nous, que tu penses que ces hommes s'en prendraient à mon peuple… Il n'a pas voulu t'inquiéter. Quoi qu'il en soit, il s'est beaucoup renseigné et… je présume que ces gens ont fini par comprendre qu'il fouinait un peu trop. Je ne sais pas exactement ce qu'ils fabriquaient avant, mais à force d'espionner ton père, je suppose qu'ils ont été attirés par quelque chose… Une chose qui leur a donné envie de s'en prendre à lui.

- L'Ellarosa…

- Probablement, acquiesça Meleke avant de surprendre le regard interrogateur d'Ella. Oui, il m'en a parlé quelques temps avant de se faire enlever. Il en était si fier… Et il me racontait toujours ses avancées en matière de Botaniques, afin que je puisse l'aider lorsque cela était nécessaire, la magie des elfes étant plus puissante que la sienne. Je ne sais pas exactement à quoi elle servait néanmoins, il m'a juste dit que c'était sa plus grande réussite… après toi, bien sûr. »

Ella esquissa un sourire à cette précision et la reine sut qu'elle gagnait du terrain dans l'esprit de la jeune fille. Elle s'efforcerait à la convaincre de ne pas faire de bêtises en tentant de retrouver son père seule. Pourtant, il lui semblait que cette tâche ne serait pas des plus simples. Néanmoins, Théo lui en voudrait tant s'il arrivait quelque chose à Ella que la protéger était primordial. Elle embrassa tendrement le front de la jeune sorcière.

« Les Membres de l'Ordre sauveront ton père. Ton rôle à toi, c'est d'attendre ici, d'accord ? »

Ella acquiesça une fois encore, un nœud dans la gorge. Comment pourrait-elle rester les bras ballants dans un tel endroit pendant que d'autres secouraient son père ? Comment pourrait-elle survivre à l'attente sans s'assurer que tout se passait pour le mieux ? Meleke parut sentir son trouble et la cajola en instant tout en réfléchissant à un moyen de changer de sujet. Evidemment, elle comprit que le seul à pouvoir distraire la jeune fille était celui qu'elle aurait souhaité éviter :

« Alors… Parle-moi donc de ce garçon qui t'accompagne !

- Vraiment ? grimaça Ella.

- Bien sûr ! Un garçon qui a réussi à apaiser un peu ce dégoût que t'inspires généralement l'amour mérite qu'on s'y intéresse… »

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Hermione se laissa tomber sur le canapé dès la fin du discours de Masra qui venait de leur dresser un tableau complet –et particulièrement sombre- de la situation. Harry et Ron échangèrent un regard, comme pour jauger l'état de l'autre et ils acquiescèrent d'un même mouvement à une question silencieuse. Remus s'était déjà emparé d'une feuille et d'un crayon afin d'y noter le maximum d'informations et Ginny ne cessait de taper du pied contre la table basse, signe du stress grandissant qui s'emparait d'elle. Blaise, Drago et Pansy semblaient imperturbables, et Samya –dès lors qu'elle avait compris que son meilleur ami était en sécurité- s'était désintéressée de la conversation pour contempler ses ongles.

« Donc… Ce Dôme, ce centre, est protégé par des dizaines de sorciers avec des tenues bizarres qui doivent probablement servir à les protéger ? Les portes sont fermées par des machines moldues ? Et… L'endroit où est maintenu Théo se trouve au sous-sol avec une minuscule fenêtre dont on ne pourra pas le sortir ? récapitula Harry avant d'ajouter : Bah, génial… Je sens que ça va être facile ! »

Hermione lui adressa un regard réfrigérant et Masra éclata de rire.

« Ne soyez pas si défaitistes ! Nous avons là une grande optimiste. Je me doutais bien que le sort de Théo ne pouvait t'être à ce point égal…

- Je te demande pardon ? l'arrêta Hermione, le souffle court.

- Et bien… Après ce qu'il s'est passé, nous pensions tous que… Tu sais bien, conclut-il avec un air gêné, se demandant brusquement pourquoi il avait engagé ce sujet.

- Non, justement, je ne sais pas. Mais éclaire-moi ! »

Les autres ne se sentaient plus vraiment à leur place et voyaient facilement que la discussion ne les concernait plus vraiment. Harry aurait voulu les ramener au sujet le plus important –à savoir la libération de Théo- mais Hermione bouillait de rage et attendait que l'Elfe réponde. Il ne pouvait les interrompre de peur de subir les foudres de celle qui lançait des oiseaux sur les gens lorsqu'ils la mettaient en colère.

« Ecoute, on a autre chose de plus important à faire… commença Masra.

- Je crois que ça peut attendre. C'est pour ça que ce n'est pas moi, mais Ella, que vous avez contactés ? Parce qu'à vos yeux, je suis devenue la très méchante Hermione ?

- Non, bien sûr que non ! Mais… Théo est venu chez nous avant de s'installer en Australie, d'accord ? Parce qu'il ne savait pas comment s'occuper d'un bébé, qu'il ne savait pas où aller et qu'il craignait de faire n'importe quoi. Il était complètement perdu. Alors oui, sur le coup, on t'a tous trouvée détestable ! Comment voulais-tu qu'il en soit autrement ? Il a débarqué avec cette petite fille minuscule et fragile que tu n'avais pas hésité à rejeter alors que tu sais très bien à quel point les enfants sont importants pour nous ! Et nous n'avons pas compris ce qui t'avais poussé à faire ça…

- Et tu comprends, maintenant ?

- Oui. A un certain point. Je ne sais pas comment tu as fait, mais je sais pourquoi tu l'as fait. La Reine ne comprend pas, et c'est pour ça qu'elle a refusé de te joindre toi. Elle t'en veut beaucoup, et elle ne cherche même pas à te pardonner… Même si Théo est un vrai saint et qu'il n'a jamais dit quoi que ce soit de négatif sur toi. »

Hermione ne put se retenir de sourire, amusée par cette manière dont tous précisaient constamment que Théo ne lui en voulait apparemment pas. Elle savait que c'était complètement faux, qu'il la haïssait même probablement au fond de lui… Il avait juste voulu garder sa colère pour lui et continuer à l'épargner, comme il l'avait toujours fait. Il la protégeait encore, même après tout ce qu'elle lui avait fait subir. Et elle se sentit redevable. Masra l'observa et attendit qu'elle réplique, ce qu'elle ne fit pas.

« On reprendra cette discussion plus tard… Pour l'instant on a un plan à mettre en place ! Et, soyons réalistes, ça ne va pas être facile ! »

Elle se leva de son fauteuil et s'approcha d'Harry qui lui accorda un sourire éblouissant, heureux de la voir brusquement si forte et prête à se battre.

« Alors, Monsieur l'Elu, quel est votre idée suicidaire et dangereuse d'aujourd'hui ?

- Pourquoi forcément suicidaire et dangereuse ? marmonna Ron avec un air dépité en se tournant vers Harry, presque suppliant.

- Parce que ce sont celles qui marchent le mieux. »

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Note de l'auteur _ Voili Voilou ! J'espère que ce chapitre tant attendu vous a plu ! =D Personnellement -étant fana des Elfes- j'aime les parties qui les concernent... J'aurais pu passer quinze chapitres à parler d'eux & de leurs coutumes, mais mieux valait éviter de vous faire mourir d'ennuie, n'est-ce pas ? Bref, Eingil... Mouahaha xD Alors, que je vous rassure, pas de relation toute horrible, toute ridicule à trois à la Bella/Edward/Jacob -pour citer la plus célèbres des relations à 3 du moment xD Ella n'hésitera même pas une seule seconde... -Bah ouais, Eingil c'est un elfe. En clair, il a un pénis comme tous les hommes, mais pas les émotions qui vont avec le caractère "humain"... [Pourquoi mon cerveau a-t-il dit "Comme tous les hommes humains de toute façon" ? =P] Sinon, j'espère que les elfes vous plaisent... Toby est tout cassé -le pauvre... Hermione qui retrouve un vieil ami [J'adore Masra !].. Uhm... Ah ui, la révélation de ce chapitre c'est quand même que Scott a un cerveau ! il fait une apparition éclair avant de se sauver une fois encore, mais c'est déjà une avancée spectaculaire, non ? xD

Questions _ 1. Comment ça va se passer entre Toby & Eingil ? / 2. Masra va-t-il causer sérieusement à Hermione de ce qu'il pense d'elle ? / 3. Blaise & Drago parviendront-ils à se supporter assez longtemps pour aller sauver Théo ? / 4. Et puis surtout... Comment vont-ils aider Théo ? / 5. Le cerveau de Scott va-t-il revenir nous rendre une petite visite ? / 6. Uhm... A vous d'me le dire ! xD

En fait j'avoue que là de suite, j'ai pas trop l'inspiration pour les bêtises habituelles & tout ce genre de choses. Je voulais juste éviter de vous faire patienter encore trop longtemps... En écriture, j'en suis à 5 pages de mon chapitre 17 -en clair, un tier quoi... & je posterais le 16 dès que je l'aurais fini selon mes activités des prochaines semaines. Enfin bref... J'espère que vous serez plus inspirés que moi !

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! ^^

*¤ Bewitch_Tales ¤*