Note de l'Auteur _ Uhm... *Entre sur scène en faisant des tous pitits pas pour faire style que j'suis invisible* Je sais, ça fait des siècles que je n'ai pas posté ! (d'autres auteurs font pire, mais je crois que je vous avais habitués à plus de rapidité.) En fait, je n'ai toujours pas fini mon chapitre 18. Entre la fin de mon chaotique été familial et le début d'année où j'me suis enfin mise à rebosser -donc recherches & maintenant travail- j'ai été complètement coupée dans mon élan... J'espère pouvoir m'y remettre rapidement & finir mon chapitre 18 ce week-end avec un peu de chance... Mais pour ça, faudrait que l'envie vienne & en ce moment ma seule passion se résume à m'écrouler sur mon lit pour dormir ou regarder des séries (ralala, le mois de septembre et le retour de nos chers émissions télé d'amour !) tellement j'suis creuvée.

Enfin bref, en plus de ça, ce chapitre là que j'vous poste est une sorte de transition plus qu'un réel chapitre d'action -les retrouvailles & tout se feront au prochain chapitre (d'ailleurs, j'suis toujours bloquée sur Hermione ! Elle refuse d'avancer vers Théo ! Faudrait que j'la traine par les cheveux... Uhm... xD) Donc, pas franchement de quoi rassasier votre curiosité & vos envies de suite -quoi que ça avance un peu côté Poudlard ! ^^' Enfin, je vous laisse voir ça...

Juste un dernier ptit mot de remerciement pour tous vos reviews ! =D ils me faisaient culpabiliser de ne pas écrire... xD Alors continuez ! =P & puis à Snapou & LaRevolte qui pensaient que j'étais morte... xD

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 17

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« La haine peut être perspicace, mais jamais au sens le plus grand. Seul l'amour possède un horizon.»

Wilhelm Ekelund

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Masra passa son bras sous les aisselles de Théodore qui, éreinté, ne parvenait pas à ouvrir les yeux malgré les quelques sortilèges lancés par les membres de l'Ordre épuisés par leur combat. Harry proposa inutilement son aide à l'Elfe qui la refusa avec un sourire de gratitude avant de soulever son vieil ami sans plier une seule seconde sous ce poids supplémentaire pourtant assez conséquent. Il demanda à Hermione –la seule avec qui il avait de réels liens et une vraie envie de communiquer- si Luna et Fred avaient besoin de soins dans l'immédiat ou s'ils pouvaient attendre d'atteindre la Baie pour être guéris. Il imaginait bien que l'implosion du Dôme attirerait les curieux, le bruit de la déflagration n'ayant pas dû passer inaperçu, surtout si d'autres gens avaient connaissance de l'existence de cet endroit.

Neville souleva Luna, la hissant sur ses épaules en prenant garde à ne pas retirer le garrot de fortune qu'avait fabriqué Severus à l'aide de sa baguette. Il avait réparé la peau blessée de la femme, mais craignait que la plaie ne s'ouvre à nouveau sous ses déplacements. De plus, elle avait perdu pas mal de sang et semblait trop sonnée pour avancer seule. Fred lui, était soutenu par son jumeau, mais paraissait en état de marcher. Il avait juste reçu un mauvais coup à la tête et devrait sans doute supporter une sacrée bosse accompagnée de quelques heures d'une migraine insoutenable.

Masra tenta de retrouver son fils et fut soulagé de le voir venir vers eux avec un air béat qui ne convenait guère à son apparence si solide. Ella marchait à ses côtés, en bien meilleur état que quelques dizaines de minutes auparavant grâce aux soins prodigués par son ami d'enfance. Des cernes marquaient néanmoins son regard déjà sombre, creusant ses yeux qui semblaient identiques à deux puits sans fonds. Elle les écarquilla en découvrant l'état comateux de son père et revint vers lui en courant, évitant avec une grâce mécanique les embuches dressées sur sa route, vestiges du Dôme. Elle glissa tendrement sa main sur le front moite de Théodore avant d'adresser à Masra une œillade inquiète, l'interrogeant silencieusement des événements à venir.

« Il est simplement épuisé, Ella. Mais sa force vitale est bien assez élevée pour qu'il supporte le trajet retour… Ne t'angoisse pas trop pour lui, mais plutôt pour toi ! (L'adolescente arqua un sourcil, étonnée et il poursuivit.) La Reine t'avait donné l'ordre de rester auprès d'elle et tu lui as sciemment désobéi sans te soucier des risques que tu encourrais… Et plus encore de ceux auxquels nous avons dû nous exposer Eingil et moi afin de te protéger alors que nous n'avions pas à intervenir.

- Pardonne-moi, Masra… »

Ella baissa légèrement les yeux en signe de respect, ce qui lui couta bien plus que ce qu'elle aurait pu admettre. Elle leur avait sauvé la mise une heure plus tôt alors que les soldats du Dôme avaient repéré des signes d'activités anormales… Sans elle, jamais ils n'auraient pu parvenir à pénétrer le lieu de captivité de son père, et ils la traitaient comme une fillette mal-élevée qui accumulait les erreurs. Masra n'avait pas besoin d'être le plus puissant des elfes pour percevoir l'amertume de sa jeune protégée, et il passa lentement sa main libre dans sa tignasse entremêlée avant d'ajouter :

« Néanmoins… je dois admettre que ta présence nous a permis d'accéder à la porte sans nous faire repérer. J'en ferais part à la Reine lorsque viendra l'heure de ta punition ! (Elle se raidit ostensiblement et il éclata de rire, suivi de peu par son fils.) Ou plutôt quand ton père apprendra ce que tu as fait… Parce que Mekele ne punira jamais sa petite sorcière préférée. »

Le soulagement d'Ella l'engourdit presque et il fit signe aux membres de l'Ordre en resserrant son étreinte autour de Théo, prêt à partir au moment même. Son fils lui emboita le pas sans se soucier des sorciers et adressa un clin d'œil à Ella en passant près d'elle. La jeune fille resta en arrière, rejoignant Harry qui la scrutait, ses bras musculeux croisés sur son torse, un petit filet de sang du à une blessure coulant depuis son épaule. Elle mordilla légèrement sa lèvre inférieure, attendant qu'il agisse, consciente qu'il mourait probablement d'envie de l'étriper pour la frayeur qu'elle lui avait faite. Elle ne se doutait pas qu'Harry n'était pas franchement le genre d'homme à punir un enfant… Et surtout pas quand ce n'était pas le sien.

Au lieu de la leçon de morale qu'elle attendait, Harry la serra dans ses bras, lui broyant presque la colonne vertébrale. Elle se laissa aller à son étreinte, réconfortée par la présence masculine et quasi-paternelle de l'homme qui s'occupait d'elle depuis de longues semaines. Il soupira à son oreille, aussi apaisé qu'elle de toute évidence :

« Ne refais plus jamais ça ! »

Elle murmura un « promis » ému, puis se détacha de lui avec un sourire. Elle croisa le regard de Ron auprès d'Harry, et le rouquin vint tranquillement déposer un baiser aussi léger qu'une plume sur son front, un peu gêné d'oser agir ainsi avec la jeune fille mais trop heureux de la retrouver dans un si bon état pour ne rien laisser passer. Hermione observa son ex-mari avec l'air de s'être fait piétiner par un Sombral. Qu'Harry se montre aussi tendre avec sa fille la laissait presque de marbre. Elle connaissait le caractère accommodant de son meilleur ami. Mais Ron avait toujours été le plus têtu et rancunier de tous, et elle ne s'était pas attendu à une telle réaction de sa part. Elle devait reconnaitre malgré elle que tout son corps désirait serrer Ella. En la voyant apparaitre un peu plus tôt, chacun de ses muscles s'était décrispé jusqu'à ce qu'elle les sente à nouveau normalement.

Néanmoins, c'était la présence de Théo qui la troublait le plus. Un étau enserrait désormais son cœur qui battait à tout rompre dans sa poitrine, résonnant si fort qu'elle craignait que d'autres l'entendent. S'il continuait ainsi, elle était bonne pour un infarctus ! Masra coupa court à ses réflexions en leur ordonnant d'avancer, chef nommé d'office et respecté qui faisait passer Harry pour un sous-fifre –ce dont l'Elu ne se plaignait pas. Il n'appréciait guère les responsabilités qu'impliquaient ce genre de rôle, et se sentait soulagé de ne pas tenir la vie de tant d'hommes entre ses mains pour une fois.

Ils se remirent donc à marcher dans la forêt, remarquant que l'explosion avait heurté quelques arbres et que des morceaux de métaux constellaient désormais leur route. Les sorciers durent à plusieurs reprises éteindre des feux qui s'engageaient lentement et auraient pu transformer en cimetière tout ce qui les entourait. Finalement, Masra se stoppa près de certaines cimes plus larges et Harry jeta un coup d'œil alentour afin de percevoir les raisons de ce soudain changement de rythme. Hermione, seule avec des Elfes à le savoir, murmura simplement pour explication :

« On est arrivé à leur réelle frontière… C'est là que je dois vous quitter, je crois. »

Masra acquiesça en se retournant, l'air sincèrement désolé de devoir agir ainsi. Lui interdire l'accès à la baie était à ses yeux une punition un peu trop extrême, surtout en vue de la situation : elle était venue soutenir Théo et le sauver après tout, elle méritait bien une ou deux heures de pause avant de retourner chez elle. Néanmoins, Masra –bien qu'il entretienne une relation assez spéciale avec sa Reine- ne se sentait pas l'âme d'un rebelle et craignait le courroux de son amante. Ella ne sembla pas comprendre les raisons de cette mise à l'écart, mais n'eut pas le temps de poser la moindre question.

En effet, l'investigatrice même de cette mesure d'éloignement apparut entre les arbres, suivis de quelques Elfes Mâles à l'allure de guerriers qui devaient sans doute la défendre. Eingil et Masra s'abaissèrent en une courbette avant que les Sorciers aient le temps de réagir et –comprenant de qui il s'agissait- s'agenouillèrent à leur tour. Hermione le fit également, malgré son ressentiment à l'égard de cette femme qui la rejetait après avoir joué le rôle d'amie durant des mois. Seule Ella resta debout. Le regard de la Reine défila sur chaque membre de leur petite troupe, s'arrêtant une nanoseconde de plus sur Hermione, passant sur Théo –dont elle fut rassurée de l'état par un simple mouvement de Masra- pour finir par se figer sur sa petite protégée.

Elle s'avança vers Ella d'une démarche voluptueuse. Elle semblait flotter à quelques centimètres du sol, telle une déesse descendue tout droit du ciel pour saluer ses sujets humains. Elle s'arrêta devant Ella après avoir adressé un signe aux autres afin qu'ils se redressent. Elle glissa le bout de ses doigts sur la joue rose de l'adolescente, soulagée de la voir en si bon état alors qu'elle s'était imaginée qu'on la lui ramènerait avec quelques membres en moins.

« Je présume que te faire la morale ne servirait absolument à rien ? chuchota-t-elle en dodelinant de la tête avec un air désespéré.

- J'en doute, majesté…

- Alors je me contenterais de parler à ton père dès qu'il ouvrira les yeux, en espérant qu'il soit capable de te faire prendre la mesure de tes actes… Si quelqu'un en est capable, bien évidemment ! »

Ella grimaça pour seule réponse, n'osant admettre qu'elle regrettait simplement de les avoir tous angoissés, mais qu'elle n'aurait jamais agi différemment. Elle n'avait pas franchement envie d'énerver la reine qui plus est, soucieuse de continuer à entretenir de bonnes relations avec elle surtout dans une telle situation. Elle savait parfaitement à quel point la souveraine pouvait se montrer odieuse avec les gens qu'elle n'appréciait pas. Le regard de Meleke sur Hermione acheva de convaincre Ella : mieux valait ne jamais s'attirer les foudres de cette Elfe là !

Elle s'avança finalement vers Hermione qui croisa mécaniquement ses bras sur sa poitrine, comme si elle espérait ainsi se protéger de la haine de la Reine… En vain, bien évidemment, car la colère et la rancœur de Meleke envers l'ancienne Gryffondor aurait probablement pu enflammer la forêt entière. Au lieu de ça, elle portait un malaise grandissant sur la petite troupe. Le regard d'Harry oscilla entre sa meilleure amie et la nouvelle venue à l'allure princière qui demeurerait probablement la plus belle femme de l'univers. Il ne savait pas exactement s'il devait prendre partie et défendre Hermione afin qu'elle puisse les suivre sur le territoire des elfes, ou s'il valait mieux qu'il se taise et n'intervienne qu'en cas qu'extrême urgence.

« Votre majesté… murmura Hermione avec simplicité, un léger sourire satirique digne d'une Serpentard courbant ses lèvres, son orgueil prenant le pas sur le reste de ses émotions –proches de la peur. Enchantée de vous revoir. »

Meleke se contenta d'un sourire hypocrite avant de tourner les talons, démontrant par ce simple refus à accorder une réponse à Hermione qu'elle ne lui pardonnait pas ses actions passées. Elle jaugea rapidement toutes les personnes présentes avant de souffler, difficilement, peu encline à accepter des étrangers en ordre général :

« Suivez-moi. »

Le regard qu'elle accorda à Hermione suffit à faire comprendre à cette dernière que l'invitation ne la concernait pas. Néanmoins, Masra se refusa à la laisser en arrière et glissa sa main dans celle de sa Reine pour l'arrêter. Il l'éloigna légèrement des membres de l'Ordre pour chuchoter :

« Nous devrions l'accepter, malgré tout le respect que je…

- Masra… coupa Meleke avec une grimace contrite, exaspérée par la sollicitude qu'Hermione inspirait à son amant de nombreuses nuits.

- S'il te plait ! Ce serait dangereux de la laisser partir seule alors que nous n'avons aucune certitude concernant les hommes ayant enlevés Théodore. Imagine qu'il lui arrive quelque chose ! Théo nous maudirait jusqu'à la fin des temps…

- Théo n'a jamais été des plus logiques dès lors que cela concerne cette femme.

- Oui, Meleke. Mais c'est ce que ces gens appellent « l'amour »… Il n'y a aucune logique à cela. Mais j'estime qu'ils devraient se retrouver. Et que leurs retrouvailles à la Baie ne rendraient ce moment que plus intense. N'es-tu pas de mon avis ?

- Non, je ne partagerais probablement jamais tes idées à propos d'Hermione, alors cesse donc de chercher à m'influencer et obéis-moi comme un bon soldat se doit de le faire… C'est la hiérarchie qui veut ça, non ?

- En effet… Mais nos coutumes prônent également l'abstinence des Reines, et je me ferais un plaisir de t'aider à suivre cette loi si je ne pouvais plus constamment contrer tes idées. »

Un sourire marqua sa bouche et Meleke sentit ses défenses faillir. Comment pouvait-elle résister à un tel chantage ? Généralement, hors de sa chambre à coucher, Masra restait sur ses gardes, se complaisant à la perfection dans le rôle de chef et n'osant que peu mettre sa parole en doute. En clair, il se comportait comme n'importe qui. Seul l'espace de leur lit la rendait alors soumise, malléable. Elle aimait se sentir faible entre ses bras… Et il suffisait qu'il emploie ces drôles de petits sourires tordus emplis de promesses indécentes pour qu'elle se sente prête à aller au bout du monde. Elle se tourna donc vers Hermione avec l'impression d'être la plus idiote des Reines n'ayant jamais existé et articula sèchement, pas accueillante malgré ses mots :

« Tu peux venir. »

Elle tourna les talons avec un regard noir à l'adresse de son amant qui paraissait relativement fier de lui. Ses soldats disparurent en même temps qu'elle entre les arbres d'un vert étonnant, comme si chaque feuille était alimentée par magie. Hermione ne put s'empêcher de s'esclaffer :

« Tu es si doué que ça ?

- J'ai toujours possédé un pouvoir de persuasion très efficace, comme tu en as toi-même fais les frais… rétorqua Masra en un rire, ajoutant un clin d'œil pour lui rappeler l'importance de son rôle dans la relation qu'elle avait entretenue avec Théo.

- Je ne parlais pas de ça, persifla Hermione en s'avança vers lui, évitant de porter son regard sur l'homme qu'il transportait. J'évoquai plutôt… ce que tu n'as jamais pu me persuader de faire avec toi. »

Masra la fusilla d'une simple œillade, apparemment toujours vexé au fond de lui qu'elle ait constamment repoussé ses avances durant les mois passés à la Baie. La plupart des membres de l'Ordre saisirent parfaitement le sujet évoqué et certains furent secoués par des rires. Ron lui fronça les sourcils en se demandant combien d'hommes avaient tenté de lui ravir sa femme à l'époque. Ella grimaça en imaginant un instant ce qu'il se serait passé si sa « mère » avait fini par coucher avec Masra… Elle aurait peut-être été le premier hybride d'Elfe et de Sorcier. Ou –plus probable- elle n'aurait jamais existé.

Elle n'eut pas l'occasion d'imaginer sa non-existence que les autres se remirent en marche en direction de la Baie. Etrangement, son cœur se serra dans sa poitrine. Comme sa Chaumière aux Mille Couleurs, la Baie n'avait toujours appartenu qu'à son esprit. Elle y vivait constamment un rêve éveillé. Cet endroit hors de tout, hors du monde, hors des peines et de la douleur, féérique et enchanteur, était resté l'un de ces lieux où elle se sentait en sécurité, quoi qu'il puisse se passer. Elle réalisait amplement que cela tenait aux secrets qui entouraient chaque brindille…

Et alors qu'Harry et les autres s'avançaient aux abords de la clairière, elle frémit, de plus en plus mal à l'aise. Elle haïssait la simple idée que d'autres puissent partager le secret de l'existence de cet endroit. Il lui sembla clair que cela faisait de la Baie un lieu plus commun, accessible… Ennuyeux et passablement dangereux.

Sa seconde bulle implosa dès qu'Hermione y mit un pied.

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Samya s'échappa de la salle de cours en rejetant sensuellement sa chevelure sombre derrière ses épaules dénudées, ne prêtant pas plus d'attention que cela aux regards concupiscant de ses condisciples. Elle réalisa qu'en dehors de Tobias, elle n'adressait jamais la parole à personne, excepté pour critiquer leurs tenues, leurs coiffures et presque tout ce qu'ils représentaient. En clair, elle était désormais seule, mais cela ne la dérangeait pas plus que ça. Elle avait juste l'impression d'être une reine à la solitude ensorcelante qui ne pouvait se laisser approcher par personne.

Elle croisa Scarlett dans un couloir et lui accorda un sourire franc qui laissa la jeune Serdaigle pantoise. Sam quitta finalement Poudlard les murs du château, n'ayant guère envie de s'installer pour déjeuner au milieu d'une bande d'idiots se demandant où était Toby. Elle se dirigea mécaniquement vers la cour, et son instinct –celui qui la poussait à accumuler les erreurs- l'entraina vers le lieu où Charlie Weasley donnait des cours.

L'homme à l'allure sauvage était occupé à nourrir un sombral encore tout jeune qui tenait difficilement sur ses jambes et elle s'en approcha sans aucune crainte, habituée à voir ces animaux morbides depuis l'enfance. Elle s'arrêta à quelques mètres derrière lui pour admirer son corps à la fermeté qui lui donnait des idées de plus en plus fantasmagoriques. Un seul mot résonnait à son esprit dès qu'elle se retrouvait face à lui : « Mâle ». Jamais un homme ne lui avait donné cette impression… Celle qui la poussait à imaginer mille scénarios à la bestialité contrôlé et où les mots n'auraient aucune utilité. Il semblait si fort, si viril, qu'elle frissonnait rien qu'à imaginer qu'il puisse la toucher.

Il finit par se retourner en percevant son regard –qui glissait sur ses fesses- et le sourire de Samya passa de franc à franchement provocant. Charlie n'y répondit pas et poussa un bref soupir désabusé, n'appréciant de toute évidence pas de la voir. Elle s'avança de quelques pas alors que le petit sombral s'en allait en direction de la forêt.

« Bonjour Miss Zabini, marmonna Charlie en essayant de retenir toutes les idées qui lui venaient à l'esprit. Que puis-je faire pour vous ?

- Des tas de choses, minauda la jeune femme en mordillant sensuellement sa lèvre inférieure. Et appelez-moi Sam… C'est plus…

- Indécent, coupa l'enseignant sans prêter garde aux signaux libidineux qui lui lançait Sam avec un acharnement proche de l'exhortation. Cessez de jouer à cela, Miss Zabini. Je perdrais beaucoup plus que vous à cette petite plaisanterie…

- Qui vous dit que c'est un jeu ? rétorqua Samya en haussant les épaules avant de s'approcher davantage. Peut-être que vous me plaisez vraiment.

- J'ai comme l'impression que beaucoup d'hommes t'ont plu, Samya, souffla-t-il en passant naturellement au tutoiement. Que beaucoup d'autres te plaisent. Et qu'il y en aura encore des dizaines et des dizaines d'autres qui te plairont dans le futur ! Tu as dix-huit ans. Tu t'amuses. Mais… J'adore mon travail, et je n'ai plus l'âge de plaisanter comme ça. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. »

Un sourire plus fier marqua les lèvres de la jeune femme. Les raisons de Charlie de la repousser n'étaient dues qu'aux risques qu'ils encourraient et à leur différence d'âge –et ce que les gens pourraient en penser. Mais pas une seule fois, pas un seul mot, ne poussait à croire qu'elle ne lui plaisait pas. En vue du regard qu'il portait sur elle, c'était même plutôt le contraire. Il lui suffirait donc de repousser toutes les barrières mentales qu'il dresserait entre eux. Samya avait toujours obtenu ce qu'elle désirait et elle ne le laisserait pas en plan comme ça. Elle voulait goûter à ses lèvres, sentir ses doigts rugueux tâtonner sa peau… Elle le voulait ! Et qu'importait au fond ce qu'il en pensait.

Elle s'avança donc vers lui plus encore, jusqu'à pouvoir le toucher. Il ne recula pas, mais l'air qu'il arborait en disait assez long. Il s'impatientait. Contrairement à leur rencontre impromptue dans le couloir quelques nuits auparavant, Charlie était cette fois prêt à la repousser. Il ne se laisserait pas faire par ce petit bout de femme agaçante qui titillait son désir avec un savoir-faire relativement frustrant. Jamais aucune femme de son âge n'avait ainsi attisé son plaisir.

« En êtes-vous certain, professeur ? s'enquit-elle en le jaugeant, à la recherche d'une minuscule réaction qu'elle pourrait renforcer. Parce que je suis personnellement persuadée que cela en vaudrait la peine… »

Ses doigts frôlèrent le col du pull en V rouge –comme toujours- de Charlie qui faillit faire un bond en arrière, mais se retint afin de ne pas passer pour un type effarouché. Il devait rester de marbre. Il n'avait pas le choix. Il ingurgita sa salive avec difficulté, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, prêt à subir un infarctus. Il s'éloigna d'un pas en ayant l'impression de faire l'erreur de sa vie.

« Samya…

- Oui ?

- Deux heures de retenue samedi. »

Il n'attendit pas qu'elle exerce une fois de plus ses qualités de séductrice sur le pauvre homme sans aucune conscience qu'il était et tourna les talons pour retourner au château. Il eut cependant le temps d'entendre une réflexion qui lui fit regretter sa soudaine prise d'autorité dès que Samya souffla d'une voix pleine de promesses :

« Je suis impatiente d'y être, professeur. »

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Scarlett repoussa soigneusement les quelques manuels recouvrant la table qu'elle venait d'envahir à la bibliothèque. Elle essaya tant bien que mal de mimer l'indifférence sous les œillades pesantes de tous ses condisciples qui semblaient plus intéressés par la gamine violée qu'elle était que par leurs études. Néanmoins, Lisa n'était pas présente et cela la soulageait grandement. Les autres s'apitoyaient sur son sort, alors que Lisa la méprisait et se plaisait à la rabaisser de la seule force de son regard. Scarlett avait désormais bien du mal à s'en moquer. Tout ça, c'était trop d'un coup pour elle.

A dire vrai, Lisa n'était que son second problème. Le premier tenait en un seul prénom : Scott. Ce dernier passait désormais son temps à la scruter, ses sourcils roux formant une barrière au dessus de ses yeux, son nez plissé dévoilant une concentration illimité. Il ne la quittait pas du regard, comme en l'attente d'une catastrophe qu'il se devrait d'empêcher. Et Scarlett ne supportait pas ça. Elle était habituée à être ignorée. La protection que souhaitait lui apporter le jeune Weasley la pesait, simplement parce qu'elle ne s'était jamais sentie autant en sureté.

Le garçon entra justement dans la bibliothèque, seul pour une fois alors qu'ordinairement Maïa le suivait comme un chien à trois têtes. Il la repéra, apparemment doté d'un nouveau super pouvoir de localisation et s'avança vers elle en jetant des coups d'œil alentour, soucieux malgré lui des on-dit pouvant être énoncés par les autres étudiants. Finalement, il prit une profonde inspiration et se dirigea vers sa table sans plus ciller –effrayant, elle devait l'admettre. Il ressemblait presque à une statue. Il s'assit face à elle, guindé et grogna quelque chose qui ressemblait presque à un « Salut » auquel elle répondit d'un haussement de sourcil.

Il sortit des devoirs de son sac en bandoulière et se mit tranquillement à étudier, comme s'ils avaient agi ainsi toute leur vie. Elle ne se permit aucun commentaire et commença à travailler à son tour. Le silence les rassembla durant une bonne demi-heure, puis Scott lui demanda de l'encre noire pour conclure un devoir, brisant un instant leur mutisme commun avant de s'y replonger. Elle finit sa dissertation un peu avant lui, mais ne quitta pas sa place, attendant elle ne savait quoi venant de lui.

Néanmoins, elle changea vite d'avis en réalisant que Lisa pénétrait dans la bibliothèque en compagnie de sa clique –dont Maïa faisait partie. Scott leva les yeux vers les portes et ronchonna quelque chose, manifestement inquiet de se montrer en compagnie de Scarlett. Il n'eut pas à s'angoisser pourtant. La jeune fille se levait déjà pour s'éloigner de lui. Il se maudit intérieurement, s'en voulant terriblement d'être aussi faible. Mais ces camarades de dortoirs avaient passé la nuit à le chicaner la veille et il ne désirait guère survivre à une autre tempête de ce style.

Scarlett s'échappa rapidement alors que Lisa s'approchait du rouquin. Elle ricana méchamment et railla :

« Alors Scotty, tu fais mumuse avec la pauvre petite Serpentard ?

- En quoi ça peut te concerner exactement ? rétorqua Scott en rougissant jusqu'à la naissance de ses cheveux.

- Enfin, je te comprends… Elle a de l'expérience parait-il. C'est comme coucher avec une vieille, je présume. Et puis, il faut bien un certain entrainement avant de te lancer dans les bras de Maïa. »

Cette fois, ce fut au tour de Maïa de s'empourprer alors que Scott se redressait, posant ses mains à plat sur la table avec la forte envie d'envoyer son poing à travers le visage de cette imbécile de brunasse.

« Arrête de plaisanter sur le sujet ! Ce n'est franchement pas amusant du tout ! Tu rigolerais moins si ça t'étais arrivée à toi, idiote ! »

Il réalisa qu'il avait crié en remarquant qu'une multitude de visages s'étaient tournés vers lui et que tous les étudiants et quelques professeurs présents le fixaient. Il ramassa ses affaires à la hâte puis s'en alla en courant presque, agacé par lui-même et ce foutu courage qui se manifestait toujours au moment le plus inopportun. Il eut l'impression de s'être ridiculisé, mais le fut plus encore en s'emmêlant les pieds dans le bas de sa robe de sorcier. Il s'écroula au sol en lâchant toutes ses affaires et espéra un instant qu'il allait mourir.

Hélas pour lui, il survécu. Il leva les yeux en percevant les claquements de talons sur le parquet et croisa une paire de jambes à la longueur vertigineuse. Il n'eut pas franchement besoin de reluquer le visage de l'inconnue pour découvrir que c'était Samya. Elle était la seule fille au monde à avoir un corps aussi parfait. Elle récupéra les parchemins, livres et plumes du jeune homme avant de le redresser d'un coup de baguette magique avec une mine passablement ennuyée.

« Salut, Weasmoche.

- Euh… Salut, bégaya bêtement le rouquin en regardant autour de lui pour être sûr qu'il n'y avait aucun autre Weasley alentour parce que cette fille là ne lui avait jamais dit un seul mot.

- Ne pense pas que je veuille te parler, mais… (Elle hésita une seconde avant d'hausser les épaules.) J'ai besoin de toi. Et tu as sérieusement besoin de moi également.

- Je te demande pardon ?

- J'aimerais savoir ce qui attire ton oncle. Charlie. Et toi, tu devrais apprendre à… Contenir davantage tes émotions, répliquer plus durement, parler en articulant, te coiffer, t'habiller, marcher… Enfin bref ! »

Elle roula des yeux dans ses orbites, de toute évidence exaspérée par tout le travail qu'il représentait. Mais sa retenue du samedi arriverait rapidement et elle devrait alors jouer toutes ses cartes possibles. Tous les hommes étaient différents. Chacun avait des désirs différents. Samya se devrait d'être aussi parfaite que d'ordinaire, proche de l'excellence afin d'enivrer Charlie de toutes les façons possibles et inimaginables. Et pour ça, elle avait besoin d'en savoir un peu plus. Scott Weasley –pitoyable à ses yeux- pourrait lui servir… Et elle pouvait le conseiller à son tour.

« Je… n'ai besoin de rien, rétorqua Scott avec un regard assassin.

- Je suis persuadée que si. »

Elle le saisit par le coude et l'entraina vers l'extérieur avant de le plaquer durement contre un mur avec un sourire d'un charme déroutant. Scott, adolescent influençable et définitivement dirigé par son second cerveau oublia momentanément Maïa, l'amour de sa vie d'enfant. Sam s'en rendit compte et éclata de rire, galvanisée par l'attirance qu'éprouvaient tous les hommes à son égard.

« Lisa est une garce, tout le monde le sait… Je me suis même toujours demandé pourquoi elle n'était pas allée chez les Serpentard. Enfin, bref, quoi qu'il en soit, elle n'est pas stupide. Tu n'es pas doué. Tu as l'air d'un petit animal tout penaud à la recherche d'une compagne pour perdre sa virginité… Enfin, je ne vais rien faire pour toi sur ce sujet. Coucher avec deux membres de la même famille, ce serait dégradant, même pour moi. Mais, je peux t'aider à quelque chose.

- Ah… Et… Quoi ? »

Elle ne répondit pas à sa question sous forme de mots, mais d'un geste. Elle se baissa vers lui et l'embrassa à pleine bouche. Les yeux écarquillés, Scott cessa de respirer, son cœur s'emballa et une petite voix dans sa tête hurla : « C'est ton premier baiser ! » à de multiples reprises. Samya s'éloigna finalement de lui avec un petit sourire appréciateur.

« Rend ta lèvre inférieure un peu plus molle. C'était trop rigide. Sinon… tu ne t'en sors pas trop mal. Tu ne salives pas, c'est parfait.

- Hein ? bredouilla simplement Scott, trop sous le choc pour émettre un autre son plus évolué.

- Bref, passons ! Qu'est ce que Charlie aime exactement ? »

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La clairière était encore illuminée par le soleil, lequel se reflétait sur la surface d'or de la Baie, parant de mille éclats chaque objet de métal dressant les constructions elfiques. La magnificence des lieux féériques émerveillèrent les membres de l'Ordre du Phoenix et Neville parut proche de l'évanouissement. Drago, Pansy et Blaise, ordinairement placides, furent eux-mêmes surpris par la beauté de la vue qui se dressait sous leurs yeux écarquillés. Ella retint un éclat de rire. Enfant, elle se mettait toujours à sautiller d'impatience en pépiant : « C'est trop beau ! » dès qu'elle arrivait. Désormais, elle s'y était faite.

Les elfes se tournèrent vers leur petit groupe, certains en fronçant les sourcils, d'autres en paraissant choqués, d'autres apparemment enthousiasmés par l'arrivée d'êtres humains. Quelques rares vieillards s'en moquaient complètement et retournèrent à leurs basses besognes sans plus se soucier d'eux. Les enfants, eux, s'approchèrent vaillamment pour les scruter. Théodore et Ella étaient en effet les seuls humains à avoir franchis leurs frontières depuis bien longtemps.

Ella repéra rapidement un garçon dans la foule d'elfes, le seul humain, lequel leva la tête vers elle, un immense sourire marqua ses lèvres. Toby. Étrangement, son sourire disparut dès qu'il croisa le regard de son père qui croisa ses bras sur son torse avec un air menaçant. Ella n'hésita pas une seule seconde et alla se réfugier dans son étreinte, remarquant qu'il se tenait sur une béquille afin de ne pas s'écrouler. Elle prit garde à ne pas trop l'étrangler et chuchota un bref :

« Merci de n'avoir rien dit… »

Il déposa un baiser dans son cou sans oser admettre qu'il l'avait en effet vendue à Eingil afin de la protéger. Le regard assassin de son père l'obligea à lâcher Ella, avec une tendresse naturelle qui fit comprendre aux plus perspicaces –les femmes donc- que les deux adolescents avaient sauté le pas. Drago s'approcha de son fils avec une mine renfrognée.

« Hey papa ! Ça va ? »

Toby tenta ainsi maladroitement d'éviter une dispute, la leçon de moral qu'il méritait malgré tout et les mille questions concernant sa santé psychologique qui iraient avec. Drago ne se laissa pas prendre au sourire charmeur de son fiston –étant donné qu'il le lui avait inculqué dès l'instant où ses zygomatiques s'étaient mises à fonctionner. Pansy, elle, se moquait cruellement des idioties de son fils, tant qu'il allait bien. Elle s'avança vers lui et le serra contre elle à l'en étouffer, preuve qu'au fond, elle était bien une maman… Et que contrairement à Hermione, elle n'avait aucun problème à le montrer. Toby retint un rire alors que sa mère embrassait tendrement son front en le fixant, comme pour être certaine qu'il allait bien.

« Ta jambe ? s'enquit-elle simplement.

- Tout va bien, maman… C'est juste une égratignure un peu trop profonde et un peu trop large. »

Ella roula des yeux dans ses orbites, mais fut distraite des retrouvailles –et mensonges de son petit ami- par le Guérisseur Raki qui auscultait son père. Elle s'avança vers lui et écouta avec sérieux son diagnostique qui dévoilait simplement une grande fatigue et une certaine carence en nourriture. Ses kidnappeurs le nourrissaient apparemment avec des fruits et des légumes, mais étant humain, la viande et les féculents lui manquaient cruellement. Il aurait besoin de repos et de quelques rites elfiques permettant d'apaiser son cœur et son cerveau qui s'agitait encore.

« Nous allons le conduire à une chambre, murmura Meleke d'une voix chantante avant de désigner Luna et Fred à un autre guérisseur plus jeune. Je présume que vous souhaitez vous reposer un peu et avaler un morceau ou deux… Suivez-moi. »

D'un geste de la main, Raki fit apparaitre une planche de bois peint de blanc recouverte de quelques draps et y déposa Théodore par magie. Ils se dirigèrent tous vers la montagne –et par conséquent, vers le palais, Ella se tournant vers Toby toutes les deux secondes afin de vérifier s'il s'en sortait sous les milliers de questions de ses parents. Drago les grognait. Pansy les soupirait avec des sourires extatiques, heureuse de retrouver son fils. Ella réalisa que Toby était aimé, plus qu'il ne le pensait. Elle se promit de le lui faire comprendre dès qu'ils se retrouveraient un peu seuls tous les deux… Elle était hélas parfaitement consciente du fait que cela ne se produirait pas avant très longtemps !

Elle écouta avec un sourire concupiscent les exclamations de surprises des membres de l'Ordre qui découvraient les prodiges de constructions elfiques, les yeux écarquillés. Elle regrettait presque de ne plus avoir s'étonner de la beauté des lieux. Elle observa leurs mines réjouis, mais épuisées, et se demanda comment elle pourrait les remercier d'avoir tout fait pour sauver son père, et pour la sauver elle. Sa reconnaissance pour Ron dépassait largement celle qu'elle ressentait pour les autres. Quel homme normalement constitué risquerait sa vie pour celle de l'ancien amant de son ex-femme ?

Ils se retrouvèrent rapidement dans les appartements qu'Ella partageait avec Toby, et ils transportèrent Théo dans la chambre suivante –la seule autre pièce servant aux invités. Meleke fit apparaitre de nombreux sièges et tous s'installèrent sans se poser plus de questions, leurs corps courbaturés les torturant un peu trop. Toby se laissa tomber sur le matelas où il dormait depuis quelques jours en grognant. De toute évidence, il souffrait toujours mais se refusait à l'admettre officiellement. Ella passa tendrement sa main dans ses épis châtains clairs et il se laissa aller à sa caresse avec un soupir d'apaisement. Meleke esquissa un sourire et énonça calmement :

« Des salles de bain sont disponibles et certaines de nos masseuses se feront un plaisir de délier vos muscles. Nos guérisseurs viendront vous voir dans quelques instants et nous nous chargerons également de vous apporter à manger.

- Et… commença Ella en s'avançant vers elle avec un air penaud.

- Nous viendrons te prévenir lorsque ton père ouvrira les yeux. Cela ne devrait pas prendre tant de temps… Raki va simplement augmenter sa force vitale avant de le réveiller. Reste donc ici et repose-toi avec tes amis. »

Elle déposa un bref baiser sur la peau chaude et moite d'Ella, la rafraichissant de ce simple contact aérien, puis quitta les lieux, ordonnant d'un geste de la tête à Eingil et Masra de la suivre. Le jeune elfe accorda un rictus luxurieux à Ella qui roula des yeux dans ses orbites alors que Toby grognait quelque chose d'incompréhensible mais de surement peu sympathique à l'adresse de l'homme qui s'évertuait avec plaisir à le rendre fou de jalousie. Dès que les elfes furent sortis, Ella s'installa auprès de Toby sur le lit en le jaugeant sévèrement, ce qui amusa simplement le jeune homme. Hermione apparut soulagée de constater que sa « fille » contrôlait son petit ami.

« Bon, j'aimerais bien avoir quelques explications… » commença Harry avant d'être interrompu par l'ouverture de la porte principale.

Saoirse apparut avec un plateau couvert de victuailles, et le déposa sur une table basse avant de chercher quelque chose du regard. Quelque chose, ou plutôt quelqu'un : Hermione.

« La Reine souhaiterait s'entretenir avec vous. »

Hermione, qui avait senti le coup venir, ne sembla pas étonnée outre-mesure et se mit debout. Ron l'interrogea du regard, lui demandant simplement si ça irait. Elle acquiesça avant de grommeler, ironique au possible :

« Tout va bien… ça va être… Génial. »

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.

Le soleil se couchait déjà sur Poudlard alors que tous les élèves rejoignaient la Grande Salle pour le diner, toujours aussi bruyants et excités par ce qu'il se passait depuis quelques jours dans leur vie d'écoliers. Vie ordinairement monotone qui devenait de plus en plus complexe grâce aux mille ragots parcourant les couloirs. Entre le départ d'Ella et celui de Toby, ainsi que l'absence de nombreux professeurs, les journées étaient allégées et cela permettait à tous de se concentrer sur la résolution des problèmes essentiels à leur survie : Pourquoi Ella Nott était-elle partie ? Bien sûr, le sujet « Scarlett et son institut » plaisait tout autant.

L'adolescente ne pouvait plus faire un pas sans être harcelée par des regards d'apitoiement. Elle arrivait dans le hall et s'apprêtait à franchir le seuil de la Grande Salle quand elle fut tirée en arrière. Elle se retrouva face à Scott qui souriait de son sourire timide habituel lorsqu'il lui était adressé, et elle l'interrogea du regard. La main de Scott était toujours plaquée contre son poignet et se contact l'embarrassait étrangement. Venant de quelqu'un d'autre, cela aurait précédé à un sortilège d'attaque flambant… Là, elle n'osa pas intervenir.

« Quoi ? articula-t-elle finalement.

- Je paris que tu vendrais ton âme pour ne pas avoir à tous les supporter durant le repas ?

- Tu comptes faire intervenir de la magie noire ou c'était juste une expression ? rétorqua Scarlett pour seule réponse, n'ayant guère envie de réellement avouer à quel point la situation la pesait.

- Viens. Suis-moi. »

Il glissa sa main jusqu'à la sienne et l'attira vers un couloir. Elle le suivit sans dire un mot, trop abasourdie par les gestes du jeune rouquin pour réellement prendre conscience de ce qui se jouait sous ses yeux. Habituellement, elle ne supportait simplement pas que quiconque la touche. Et encore moins les garçons. Celui-ci la conduisait vers des lieux vides à une telle heure et pourtant, elle ne craignait rien. Elle se sentait en sécurité avec lui. Peut-être était-ce son nom qui lui inspirait une telle confiance, car elle savait que les Weasley étaient des gens bien. Ou peut-être qu'elle croyait en lui car il était le premier garçon au monde qui lui prêtait une certaine attention sans se moquer d'elle.

Ils se retrouvèrent face à un tableau représentant une coupe de fruits pleine, et Scarlett haussa un sourcil, lui demandant silencieusement pourquoi ils étaient face à tableau relativement laid. Scott s'avança vers l'œuvre et chatouilla la poire avec un sourire arrogant, tout fier de lui faire découvrir un lieu qu'elle ne connaissait pas. Elle écarquilla les yeux dès que le passage vers les cuisines se dévoila et il éclata de rire.

« Tu vois… maintenant tu pourras éviter tous ces abrutis pour te nourrir. Et puis, demande Dobby, il t'offrira tout ce que tu veux. Je viens ici quand j'ai un petit creux… Ce qui arrive souvent, je l'avoue. »

Il haussa les épaules, puis la fit entrer en posant ses mains sur ses épaules afin de la pousser à l'intérieur. Ils débarquèrent au beau milieu d'un chaos innommable de piles d'assiettes bringuebalantes, de plats de nourriture remplis à ras-bord, et de vaisselle sale à faire pleurer un maniaco-dépressif. Bref, rien de bien réjouissant selon Scarlett qui préférait l'organisation –vivre dans un hôpital passé à l'eau de javel et autres produits décapants n'avait pas arrangé ses petites obsessions. Scott parut s'en rendre compte car il adressa rapidement un geste à Dobby qui transplana auprès de lui avec une assiette pleine de gâteaux appétissants.

« T'as faim ? » s'enquit-il auprès de Scarlett en s'empiffrant déjà lui-même.

Elle le regarda enfourner un gâteau au chocolat et l'avaler sans même avoir mâché et faillit éclater de rire, plus pour se moquer ce qui aurait probablement été cruel. Elle se retint donc et saisit une pâtisserie à son tour, cassa un coin dans sa main et le porta tranquillement à sa bouche sans quitter Scott des yeux, espérant ainsi qu'il comprendrait comment il devait se nourrir. Le garçon n'y prit pas garde et elle roula des yeux.

« Dis… Tu continus à me parler parce que tu as toujours pitié de moi ? demanda-t-elle finalement en s'emparant d'un autre gâteau.

- Bah… entreprit-il avant de décider de ne pas mentir. Y a un peu de ça ! Mais c'est aussi et surtout que je n'ai plus personne à qui parler. Enfin si, il y a Maïa sauf qu'elle est toujours gênée de ce que Lisa a dit après ton départ de la bibliothèque. Elle m'évite. Les autres Serdaigle me traitent comme… comme si j'étais toi.

- Sympa. Merci, persifla-t-elle.

- De rien. Et… J'ai tenté de me rapprocher de Winifred, mais elle m'a clairement annoncé qu'elle n'accepterait de redevenir officiellement ma cousine que lorsque j'aurais embrassé les pieds d'Ella en quémandant son pardon.

- En clair, je suis ton dernier espoir d'avoir une vie sociale ?

- Ouais… » acquiesça-t-il en une grimace.

Elle haussa les épaules, se moquant apparemment de l'aptitude de Scott à dire la vérité d'une manière si virulente. D'ailleurs, c'était même la seule qualité qu'elle lui trouvait. Les gens avaient l'habitude de mentir, constamment, mécaniquement… La fraicheur de Scott la réanimait un peu, distendait un peu l'avis si négatif qu'elle avait de l'Homme en général. Elle s'installa tranquillement à une chaise libre devant des dizaines de plats, Scott s'assit face à elle, et elle prit conscience de la réalité de sa présence en ce lieu, avec le garçon qu'elle avait maudit dès ses onze ans. Il ne s'était jamais montré violent, mais le mépris qu'elle lisait dans ses yeux lui faisait mal autrefois. Elle avait l'idée puérile qu'il se comporterait différemment, en digne fils de l'Ordre, enfant né de parents différents, Sang-mêlé… Mais il s'était montré décevant.

En clair, la situation qu'elle vivait était complètement surréaliste. Scott aussi le réalisait amplement. Il cessa de dévorer tout ce qui passait sous ses yeux pour la scruter. Ils se jaugèrent un instant, puis il murmura, la voix tremblotante de gêne :

« Je crois qu'on devrait… trouver un sujet de conversation ! Pour briser la glace. Comme le Quidditch.

- Je déteste ça, coupa-t-elle avec un rictus de dégoût très frustrant pour lui. Des abrutis sur un balai qui volent pour taper ou attraper des balles… Franchement, quel est l'intérêt de tout ça ? En dehors de prouver qu'on est meilleur que l'autre équipe et… Se faire mal à l'entre-jambe. »

Scott la regarda bouche-bée avant d'éclater de rire.

« Okay… tu es dingue, c'est clair !

- C'est pour ça qu'on m'enferme deux mois par an… »

Il cessa immédiatement de rire et elle réalisa que sa seconde blague était tombée à plat. Ses joues s'empourprèrent violemment, si bien qu'il s'imagina un instant qu'elle puisse prendre feu, et elle baissa les yeux en mordillant sa lèvre inférieure.

« Excuses-moi… C'est sorti tout seul. Je n'ai pas réfléchi au côté glauque et flippant de la situation.

- Non, c'était drôle ! rectifia-t-il en s'efforçant à sourire. Juste… Je suis un Weasley. Mon cerveau travaille plus lentement que les autres. »

Une ébauche de sourire se dessina sur la bouche de la jeune fille alors qu'il se moquait de lui-même pour sauver la face. Un silence pesa entre eux quelques minutes alors qu'il réfléchissait à sa plaisanterie, se demandant si c'était pour Scarlett un moyen d'engager la conversation sur ce sujet ou si c'était simplement son désir d'en savoir plus qui le poussait à penser ainsi. Comme tous les étudiants, il s'interrogeait, une curiosité mal placée pesant sur lui dès qu'il croisait le regard sombre de Scarlett. Elle perçut facilement ce à quoi il pensait et chuchota :

« Pose-moi toutes les questions que tu veux…

- Quoi ? bégaya-t-il bêtement.

- Vas-y. Tu en meurs d'envie. Alors au lieu de faire semblant de vouloir blablater sur le Quidditch ou sur Maïa, tu devrais te lancer. Je répondrai autant que possible. Ça ne me gêne pas.

- Franchement ?

- Je t'assure. Et puis… Tout ce qu'on dit sur moi est tellement plus affreux que la réalité des faits ! Les élèves de Poudlard ont une sacrée imagination pour les horreurs selon moi. Alors que… »

Elle dodelina de la tête au lieu de conclure sa phrase et il avala quelques gorgées de son jus de citrouilles avant de réfléchir à ce qu'il souhaitait apprendre et surtout à la meilleure manière de formuler ce qu'il désirait savoir. Il ne voulait pas être trop cru dans ses propos et s'évertua à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, comme sa mère le lui demandait quand il était enfant.

« Tu es bien dans un hôpital ? (Elle acquiesça avec une certaine tenue qui le fit sourire.) Pourtant, tu m'as l'air relativement… normale.

- Qu'est ce que tu veux dire ? Je ne bave pas ? Je ne me mets pas nue avant de courir en criant ? La folie ne se dévoile pas toujours de la manière la plus… extravagante. La plupart des gens malades psychologiquement sont même assez invisibles aux yeux des autres. Mais en effet, je ne suis pas folle. C'est simplement… Je ne parlais plus du tout quand j'étais petite. Pas juste à cause de Mulciber d'ailleurs, comme tout le monde le pense. Mais aussi parce que… Vivre au manoir Malefoy, c'était angoissant, terrifiant… Je n'avais pas peur que de Mulciber. J'avais peur de tout, constamment. Chaque minuscule seconde de mon existence était un combat acharnée contre cette partie de moi qui voulait en finir.

- Tu étais toute petite… Les enfants ne pensent pas ça ! s'exclama-t-il en fronçant les sourcils.

- Les enfants normaux, non. Ceux qui vivent une existence heureuse ou banale… Quand on côtoie la mort tous les jours, on finit par envier ceux qui nous quittent. C'est tellement plus facile… Cesser de se battre, cesser de respirer, cesser d'exister tout simplement. J'étais bizarre quand j'étais petite. Enfin… quoi qu'il en soit… Après l'enfermement de mes parents à Azkaban, je n'avais plus personne et… Je ne disais pas un mot… Le Ministère ne savait pas trop quoi faire de moi, alors ils m'ont internée d'office. J'ai été gavée de médicaments, de potions de toutes sortes… J'ai vu un psychomage tous les jours…

- Tu y es allée pour rien ? Mais… Tu n'avais pas de grands-parents ou n'importe qui pouvant prendre soin de toi ?

- Scott, j'étais muette, ma peau était marquée de bleues et de cicatrices et l'intérieur de… (Elle s'interrompit, grimaça, et reformula sa phrase :) J'étais bousillée. Je ne regrette pas d'y être allée. La seule grand-mère qui me restait à cette époque est morte quelques mois après la guerre… L'institut est un endroit sain. Enfin, il y a des gamins complètement fous –de ceux qui bavent et courent sans vêtements- mais c'est… Comme être dans une bulle. Là bas, rien ne peut m'atteindre. Les vacances ont vraiment un sens particulier. »

Il plissa le front, surpris par ces mots dont il ne saisissait pas franchement le sens. Ou du moins, ce qu'il comprenait lui semblait vraiment très étrange.

« Tu es en train de me dire que tu aimes être là-bas ?

- Non ! Enfin… Si, en quelque sorte. Tu sais, Poudlard… C'est épuisant d'être ici, de devoir supporter les mines défaites des Serpentard, de mes anciens amis, et puis le mépris des autres, les réflexions constantes. Je dois toujours me battre pour garder la tête hors de l'eau. A l'institut, on me donne assez de médicaments pour que je flotte sans y penser, pour que mes soucis s'évaporent… C'est une solution de facilité, certes, mais après dix mois où je dois absolument vaincre toutes mes peurs, tous mes problèmes, ça fait du bien de ne plus avoir à penser. Disons que… Il y a des gens qui se droguent, d'autres qui compensent par le sexe… Moi, ce sont ces deux mois de bonheur artificiel qui me font tenir. »

Il resta bouche bée, silencieux, et elle craint de l'avoir choqué. Elle avait parlé sans y penser, consciente que pour la première fois de sa vie, elle pouvait parler sans craindre un jugement… Parce qu'au fond, elle se moquait de ce qu'il pensait. Et surtout, elle savait qu'il ne s'amuserait pas à répéter cette conversation à qui que ce soit. De plus, elle n'avait pas de liens avec lui, et si elle se sentait gênée désormais en sa présence, elle pourrait tout aussi bien ne plus l'approcher : il ne lui manquerait pas. Il finit par bredouiller, passant sa main dans ses cheveux avec un air presque risible :

« T'aurais franchement dû aller à Gryffondor… T'es la fille la plus courageuse que j'ai rencontrée de ma vie.

- Non, je suis trop intelligente pour cette maison ! rétorqua-t-elle en haussant les épaules avec un sourire narquois très Serpentesque. Mais… Merci. Je crois que c'était un compliment.

- C'en était un, assurément. »

Il planta son regard dans le sien avec une certaine déférence qui étonna l'adolescente et la fit rougir malgré elle. Il remarqua qu'il l'observait peut-être un peu trop intensément et secoua nerveusement la tête pour échapper à l'étrange pensée qui lui avait traversé l'esprit durant à peine une nanoseconde.

« Uhm… Samya Zabini compte harceler mon oncle Charlie ! déclara-t-il soudainement pour ne pas laisser de place au silence –qui aurait permis à son esprit de délirer. Je pense même qu'il est possible qu'elle tente de le violer… Je n'aurais peut-être pas dû dire ça !

- Arrête de constamment faire attention aux mots que tu emplois. Et… Personne ne résiste à Samya. Alors, ton oncle sera sûrement ravi de cet harcèlement si tu veux mon avis.

- Donc… Je ne dois pas le prévenir ?

- Non, s'esclaffa Scarlett en se remettant à manger. Franchement, quel homme saint d'esprit refuserait quoi que ce soit à cette fille ?

- Un homme qui tient à son travail ?

- C'est un homme. Il a donc une libido ! Et elle est majeure. Samya s'arrange toujours pour ne pas être découverte… Alors, cesse de t'angoisser et sois plutôt content pour notre cher professeur. C'est un grand garçon après tout… Mais comment tu sais ce qu'elle a l'intention de faire ?

- Je l'ai… aidée, marmotta-t-il en plongeant son regard dans son assiette tout en se grattant nerveusement la nuque.

- Pourquoi ?

- Parce qu'elle a aussi tenté de me violer ! Enfin, elle m'a juste embrassé… Mais… J'ai quand même eu la trouille ! »

Scarlett éclata de rire et il faillit faire de même en réalisant qu'il était ridicule.

« Et c'était comment pour un premier baiser ? demanda-t-elle avec un rictus plein de soupçons.

- Disons que… J'espérais mieux. Je m'attendais à quelque chose de plus… romantique.

- Okay… Jouons cartes sur table : Tu es gay ? »

Il lui tira la langue en un excès de gaminerie et elle se leva de son siège, ayant fini de manger depuis quelques secondes déjà.

« T'inquiètes. C'est… chou.

- Chou ?

- Oui. Adorable. »

Elle le salua d'un geste de la main avant de disparaitre, consciente qu'elle commençait à se rapprocher un peu trop de lui. Se moquer, d'accord… Rire ensemble, non. Elle le planta donc là, ne réalisant pas qu'il répétait le mot « Chou » en se demandant pourquoi il était si content qu'elle le qualifie ainsi.

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Hermione gravit nerveusement les marches des escaliers menant à la tour royale, se rappelant des dizaines de fois où elle les avait montées, une à une, espérant des réponses à ses questions, priant pour que Meleke puisse expliquer ses actes qu'elle croyait impardonnables. La Reine lui saisissait alors les mains, murmurait mille paroles rassurantes et annonçait toujours avec un calme offensant : « Tout prend toujours un sens un jour. Rien n'arrive jamais par hasard. ».

Autrefois, elle aurait pu qualifier la Reine d'amie. Cette dernière prenait plaisir à discuter avec elle, de tout et de rien, évoquant la magie elfique ou sorcière, gracieuse dans chaque mot, aimable quoi qu'il puisse se produire autour d'elle. Meleke gouvernait alors le monde à sa façon. Elle était encore jeune –à peine une vingtaine d'années- et apprenait tout juste à exercer ses royales fonctions. Hermione appréciait sa compagnie si apaisante et l'effet d'antistress que la jeune Elfe conditionnait chez elle. Oui, Hermione aurait pu l'appeler « mon amie »…

Désormais, tout était si différent. Elle sentit un frisson dresser ses cheveux sur sa nuque. Elle tenta de se détendre en se remémorant les bons moments qu'elle avait passés dans ces lieux féériques, mais rien n'y faisait. La boule d'angoisse de sa gorge se plaisait à la torturer et à l'étouffer. Lorsqu'elle se retrouva face aux grandes portes des appartements royaux, elle s'asphyxiait presque. Pour une fois, personne ne faisait barrage et elle dut donc frapper à la porte, craignant de déranger. La voix glaciale de la Reine lui parvint, proférant l'ordre menaçant d'entrer, ce qu'elle fit sans tarder alors qu'elle aurait tout donné pour disparaitre.

Meleke était seule. Assise sur un petit fauteuil à l'apparence confortable, une tasse de thé fumante à la main, une pile de grimoires vieux comme le monde à ses côtés, elle accorda à Hermione un regard assombri de colère. L'ancienne Gryffondor se souvint de la peur que cette femme avait déclenchée chez elle à leur première rencontre. Peut-être se faisait-elle simplement des idées… Peut-être que leur discussion ne serait qu'un amas de bons souvenirs à évoquer autour d'une théière.

« Je ne suis pas heureuse que tu sois là. »

Ou peut-être pas. La déclaration brutale de Meleke tordit l'estomac d'Hermione qui trembla à nouveau. La Reine s'en rendit compte, percevant les battements du cœur de l'humaine avec un sourire impertinent. Elle était fière de provoquer une telle peur chez son ancienne amie. La déception qu'elle ressentait à son égard était telle qu'elle l'étouffait, et rien de ce qu'elle aurait pu dire ou faire n'atténuerait sans doute jamais ce ressentiment, mais Meleke se devait d'exprimer ses sentiments. Les Elfes étaient faits ainsi. Ils parlaient. Ils agissaient. Qu'importait les convenances. Qu'importait la douleur occasionnée. L'important était de ne jamais mentir ou tromper.

« Assieds-toi. »

Hermione obéit sans réfléchir, consciente que Meleke aurait pu l'y forcer si elle n'agissait pas comme il convenait de le faire. Elle s'installa donc face à la Reine et attendit que cette dernière s'adresse franchement à elle. Le silence ne perdura pas.

« Sais-tu ce que nous faisons aux nôtres lorsqu'ils se font souffrir entre eux ? On leur envoie un flux de colère et de haine si puissant qu'ils en deviennent parfois fous… Tu aurais mérité un tel sort, Hermione.

- Je…

- Je n'ai pas fini, s'emporta Meleke, sa voix d'ordinaire si posée devenant d'un coup plus grave. Masra me dit que tu as simplement commis une erreur d'appréciation, que tu t'es perdue dans tes sentiments et que tu finiras forcément par prendre conscience de tout ce que tu as raté. Je pense qu'il se trompe. Je sais que le cœur des humains est mille fois plus tortueux et insaisissable que celui des miens, mais… Je savais ce que tu ressentais pour Théodore. Je percevais chaque fibre de votre relation qui se dessinait au fils des jours et des nuits, chaque modification. Tu as choisi de les ignorer ces sentiments, voilà tout. Et à cause de ton égoïsme et de ta lâcheté, tu as fait souffrir un homme au cœur plus grand que tous ceux que j'ai croisés… »

Elle cessa de parler, apparemment trop en colère pour continuer, et Hermione profita de cette interruption pour demander, la voix tremblante :

« Pourquoi m'as-tu demandée ? Pour me répéter que j'ai été un monstre, comme tout le monde ? Je n'ai plus besoin de ces milliers de reproches… Nous ne pouvons rien changer au passé.

- Non, en effet, approuva la Reine avant de rétorquer : Mais nous pouvons changer le futur. Si tu le fais encore souffrir, si tu lui fais espérer quelque chose qui ne se produira jamais, si tu touches à un seul de ses cheveux… Je jure de quitter la Baie pour arracher chacun de tes membres un à un. Me suis-je montrée assez claire ? »

Hermione se mit debout, comprenant sans peine que la discussion était close et que Meleke l'avait simplement appelée pour la mettre en garde. Elle acquiesça donc avec un sourire railleur. Elle réalisait qu'elle n'avait pas perdu que Théo et Ella seize années plus tôt, mais aussi les amis de ce peuple des forêts. Elle eut soudainement envie de pleurer, mais ravala ses larmes avant d'émettre d'une voix enrouée :

« Limpide. »

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Le soleil se couchait sur la Baie, enivrante d'une beauté quasi-surnaturelle qui n'émerveillait plus les Elfes, mais qui transportait leurs invités. La clairière avait été aménagée en quelques minutes à peine grâce à une magie à faire frémir d'envie Lord Voldemort lui-même, et Harry se demanda pourquoi les Elfes n'avaient jamais tenté d'asseoir leur pouvoir sur le monde puisqu'ils en possédaient largement la force. Il ne lui avait fallu qu'une seconde pour comprendre que ce peuple là n'était pas à la recherche d'une domination absolue. Ils aspiraient simplement à vivre en paix.

Il observa les enfants à la peau translucides et aux joues rondes qui couraient dans les longues jupes aux couleurs criardes de leurs mères et aidaient parfois à préparer le repas dans ces énormes marmites. Leurs tailles dépassaient même celles des plus gros chaudrons de Severus qui n'appréciait apparemment pas cette concurrence et reluquait leur matériel avec des grognements rudimentaires qui rappela à Harry pourquoi il n'appréciait pas ce sauvage autrefois.

Remus à quelques pas de lui était en grande discussion avec la Reine qui se plaisait à répondre à toutes ses questions avec un sourire de soumission, de toute évidence habituée à la curiosité maladive des humains. En effet, avec Hermione, elle avait dû subir bien pire ! Drago et Pansy encadraient soigneusement leur rejeton, comme craignant qu'il ne leur échappe encore, et Ella avait fini par comprendre que le blondinet la tenait responsable de la blessure de Toby. Elle s'était donc réfugiée auprès de Blaise qui la questionnait, heureux d'enfin faire sa connaissance. Il ne cessait de faire de grands gestes et Ella soupçonna l'alcool elfique d'être responsable de l'enthousiasme débordant de l'ancien meilleur ami de son père.

Neville discutait avec un Herbologiste, fabriquant des médicaments en tout genre. Luna regardait alentour alors l'air d'un poisson qu'on sort de l'eau. Fred et George étaient assis dans un coin et s'assoupissaient apparemment, surtout Fred qui accusait mal le choc et la déception de ne pas avoir vécu les dernières minutes de la bataille.

Ron marchait aux abords de la baie, surveillant la surface plane de l'eau avec un air amer, comme en proie à une torture dont lui seul connaissait la teneur. Hermione, qui l'observait de loin, comprit qu'il s'imaginait sans nul doute la conception d'Ella. Elle-même s'en était malgré elle rappelée en arrivant et ses souvenirs la harcelaient désormais avec le soin constant devant la mener à sa perte. Nymphadora tapota tranquillement son épaule pour attirer son attention et Hermione revint au présent en essayant d'oublier la chaleur des mains de Théodore sur sa peau, chaleur qui lui semblait presque réelle.

« La Reine n'a pas été trop dure avec toi ? s'enquit Tonks avec un sourire complice, prenant conscience du silence lourd de sens de sa jeune amie depuis quelques longues heures.

- Non. Elle a simplement été réaliste et tranchante, ce qui est mille fois pire. Je dois avouer que je suis impatiente de me retrouver dans mon petit chez-moi, avec ma pile de dossiers que je dois finir et… Scott qu'il faut toujours que je bride avant qu'il ne continu ses bêtises.

- C'est un adolescent, ne t'inquiète donc pas pour ça… Et puis, tu as bien d'autres soucis plus importants à régler, tu ne crois pas ? »

Hermione plissa les sourcils, demandant silencieusement plus de précisions à propos de ces « soucis » qu'elle était censée avoir et gérer. Nymph hésita un millième de seconde avant de désigner Ella d'un geste de la tête. La jeune fille s'était enfin débarrassée de Blaise –qui s'endormait sur la souche d'un arbre- et papotait avec Saoirse, la jeune elfe qui semblait tout analyser autour d'elle. Hermione laissa échapper un soupir et pencha sa tête en arrière, l'appuyant contre le tronc qui lui servait presque d'accoudoir depuis le début de la soirée. La métamorphe parut comprendre à quel point Ella posait problème et en rajouta une couche malgré elle :

« Et il y a Théo. Le petit guérisseur qui passe son temps à ronchonner a déclaré qu'il se réveillerait probablement de lui-même au cours de cette nuit. Ne crains-tu pas qu'il puisse se montrer désagréable avec toi ? Aussi dur que la Reine ? »

Hermione éclata d'un rire sombre et sans-joie, faisant sursauter Fred et George. Elle secoua finalement la tête et se pencha un peu en avant afin de ne pas se faire entendre de tous.

« Me prendrais-tu pour une folle si je te disais que je crains davantage qu'il soit heureux de me revoir ? Sa colère serait parfaitement légitime et je suis entourée de hargne depuis de nombreuses semaines. Je suis parfaitement consciente qu'à vos yeux, je mérite tout ça… Mais Théo… S'il se montrait doux, compatissant… Je ne le supporterais pas.

- As-tu sérieusement des raisons de penser qu'il puisse être gentil avec toi ? s'étonna Tonks, abasourdie par cette idée alors que pour elle, Théo était la seule personne –avec Ella- à avoir le droit de désirer la mort d'Hermione de toutes les manières possibles et inimaginables. Franchement, Hermione… Après ce que tu lui as fait… »

Elle s'interrompit alors que Ron et Harry apparaissaient et Hermione la supplia de ne pas répandre la rumeur de cette discussion autour d'elle. Ses deux amis comprirent qu'ils venaient d'interrompre quelque chose, mais ne s'interrogèrent pas plus que ça, tous deux enfiévrés par l'humeur chaude de la Baie. L'ambiance était à la fête et aucun ne souhaitait briser cette bonne soirée en posant trop de questions. Ils engagèrent donc des discussions superficielles afin de combler le silence qui leur pesait.

Toby finit par parvenir à échapper à l'étreinte parentale en grommelant de vagues insultes, agacé par leur présence plus que par ses difficultés à tenir debout. Durant la guerre, ils n'avaient que peu prêté attention à lui, et voilà que désormais, ils jouaient aux parents modèles. Il aurait voulu leur renvoyer leur bonheur familial en pleine tête, mais aperçut Ella et réalisa qu'il devait simplement se calmer. Il se retrouva auprès d'elle en moins de deux et elle se tourna vers lui avec un sourire charmeur.

« Alors… La Baie est-elle aussi belle lorsqu'elle n'est pas vue de derrière une fenêtre ?

- Oui. Tout est parfait. Il ne manque que… nous deux.

- Nous sommes là, persifla-t-elle sans voir où il voulait en venir.

- Toi et moi. Dans la baie. Dans l'eau, Ella. Un bain de minuit… Cela pourrait être intéressant, non ?

- Tu es estropié. Tu te noierais en moins de deux… Ce n'est pas franchement l'idée que je me fais d'une escapade romantique. Mais nous pourrons toujours revenir là un jour. »

Il haussa un sourcil, railleur, et elle prit quelques secondes à comprendre qu'elle venait de parler d'un projet d'avenir à deux alors qu'elle lui avait fait un long discours sur l'amour quelques jours auparavant. Elle chassa ses dernières paroles d'un large geste de la main avant de s'approcher de lui pour quémander un baiser et ainsi lui faire oublier le sujet de leur conversation. Il n'eut aucun mal à comprendre qu'il s'agissait simplement d'un moyen de fuir, mais il se laissa plonger avec délectation dans leur étreinte. Il ne se soucia ni des sifflements d'encouragements des jeunes elfes, ni des rires, trop emporté par leur baiser. Lorsqu'elle se détacha de lui, ses yeux brillants d'une lueur indéfinissable, il crut avoir gagné. Il pensa qu'elle capitulerait et lui proposerait de revenir à la clairière quelques heures plus tard afin de se baigner. Mais elle secoua la tête avec un petit sourire narquois et lança :

« Je ne me baignerais dans cette Baie avec toi que lorsque tu tiendras sur tes deux jambes ! »

Déçu, il haussa les épaules à la recherche d'un réconfort sous forme de câlin qui ne vint pas. Eingil venait en effet d'apparaitre auprès d'eux, interrompant leur petite scène amoureuse pour troubler le jeune sorcier dont le sang battait contre ses tempes. L'elfe était conscient des risques qu'il encourait à provoquer ainsi un homme épris à un tel point, mais cela l'amusait à un point inimaginable. Même les regards assassins d'Ella n'y changeraient rien. Il s'enivrait simplement du désarroi et de la jalousie emplissant le cœur de Toby à chaque approche. Il trouvait ça franchement drôle. Il était bien le seul.

« J'ai malencontreusement perçu quelques bribes de votre conversation… Et étant donné que je tiens sur mes deux jambes, et que la troisième fonctionne également à merveille, je me ferais un plaisir de t'accompagner à l'eau, Ella ! »

La jeune fille remarqua que les poings de Toby se crispaient, ses tendons se dessinant sous sa peau blême, et elle décida de désamorcer la bombe avant que celle-ci n'explose. Toby n'était pas franchement en état de se battre et un conflit inutile n'arrangerait sans doute pas les affaires entre sorciers et elfes. Elle se refusait à accepter leur jeu puéril dont elle semblait être le gros lot. De plus, elle n'imaginait même pas une seule seconde une relation avec Eingil et ce dernier en était parfaitement conscient. Son petit jeu ne lui plaisait guère et elle était impatiente de lui montrer à quel point elle lui en voulait. Elle rétorqua donc simplement, d'un ton cassant et sans appel :

« Eingil, je ne vais pas te le dire plus d'une fois : toi et moi, ça ne se fera jamais ! Même si Toby n'était pas présent, cela ne changerait rien. Tu es un Elfe, tu es un chasseur… Et aux dernières nouvelles, je ne suis pas une elfe, et je serais certainement pas ta proie. Alors, arrête de jouer à l'idiot et tente de paraitre un peu plus normal. Tu peux le faire, non ? »

Toby étouffa un rire, mais le regard sombre d'Ella l'arrêta immédiatement. Il passa nerveusement sa main dans ses cheveux et s'éloigna en boitillant. Elle se retourna vers Eingil qui ne s'était pas départi de son sourire arrogant qui donnait à Ella des envies de meurtres et enfonça son doigt dans son torse musculeux, oubliant momentanément qu'il ne portait pas de t-shirt.

« Tu n'es pas drôle !

- Bien sûr que si… Et je suis persuadé que tu éprouves un peu de fierté d'être à ce point désirée par deux hommes. De plus, la jalousie qu'il ressent est si bouillante qu'elle pourrait faire exploser tout le village s'il ne contrôlait pas sa magie. Tu devrais en être émue, et au lieu de ça, tu t'évertues à me repousser au lieu de te blottir contre lui pour le rassurer.

- Toby n'a pas besoin d'être rassuré, répliqua Ella en secouant la tête comme si Eingil émettait là les pires inepties possibles.

- Bien sûr qu'il en a besoin. C'est un homme. Un homme amoureux qui plus est. Il est complètement aveuglé par conséquent.

- Tu t'intéresses à ce qu'il ressent, maintenant ? railla-t-elle avec une moue suspicieuse.

- Pas vraiment… Plutôt à ce que tu ressens étant donné que ni la Reine, ni Saoirse qui semble être la plus apte à la remplacer, ne parvient à délimiter exactement les sentiments que tu éprouves alors que les siens se voient comme un pendu au bout d'une corde. Je me distraits simplement tout en essayant de te faire remarquer à quel point il est sûr de ce qu'il ressent pour toi. Et… si je parviens à obtenir quelque faveurs de ta part au cas où cela tournerait mal… Le bonus me plaira considérablement. Je n'ai qu'à y gagner… Si tu lui ouvres ton cœur, je serais heureux pour toi, vraiment. Dans le cas contraire, j'apprécierai d'être celui qui te consolera –que ce soit dans la Baie ou ailleurs. »

Elle le fusilla d'un seul regard et tourna les talons, en colère. Eingil était bien trop arrogant. Dans le monde sorcier, il se serait fait estropier en moins de deux. Ici, elle n'avait même pas le droit de lui donner une bonne leçon à coups de poings ou sous la force de quelques sortilèges. Elle le regrettait amèrement. Elle croisa Meleke qui lui accorda un petit sourire amusé et complice, analysant assez facilement les émotions brûlantes de sa jeune protégée qui s'éloigna de la foule. Elle passa devant Hermione et réalisa que tous ses efforts pour ne pas lui ressembler restaient vains. Elle demeurait aussi insensible que sa mère dès lors que cela concernait ses relations amoureuses. Elle s'apprêtait probablement à faire souffrir Toby comme Hermione avec son père. Eingil venait de le lui faire comprendre derrière cette arrogance soigneusement étudiée, et elle se promit naïvement de ne pas se montrer aussi cruelle que sa mère l'avait été.

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Hermione parvint –avec difficultés- à s'échapper de la petite fête organisée par les Elfes. Elle traversa tranquillement la foule, évitant les regards assassins de la plupart de ses anciennes connaissances qui la haïssaient désormais. Elle s'enfonça dans le palais, heureuse d'éviter la rage des Elfes qu'elle n'aurait pu supporter une seule seconde de plus. Elle fureta dans les couloirs enchantés sans même réfléchir au lieu vers lequel conduiraient ses pas, hanté par les remarques sibyllines qu'elle avait perçues tout au long de la soirée et par les craintes que lui inspirait le retour de Théodore parmi eux.

Elle n'avait pas eu le temps de s'expliquer auprès de Nymphadora qui devait sans doute saisir ce à quoi elle pensait. Et si Théodore l'aimait encore ? Elle replaça une mèche de cheveux humide derrière son oreille en se morigénant, agacée par ses pensées tordues. Son esprit la torturait manifestement avec un plaisir malsain. Elle continua à se balader, se remémorant au fur et à mesure tous les moments passés dans ces lieux pleins de ses souvenirs de jeunesse. Elle savait parfaitement que ces quatre mois hors du temps avaient marqué un tournant de sa vie. Un tournant plaisant malgré les chamboulements occasionnés.

Mécaniquement, ses pas la menèrent aux appartements où Théodore avait été installé pour la nuit. Elle hésita une seconde, puis entrouvrit la porte. Seule la lueur de la lune éclairait la pièce d'un éclat blafard, mais aucune lumière n'était allumée, preuve qu'il dormait toujours et surtout qu'il était seul. Elle se glissa dans la chambre et referma doucement la porte, prenant garde à rester parfaitement silencieuse. La force de ses souvenirs l'aveugla. Elle avait passé près de deux mois dans cette chambre en compagnie de Théo, des nuits entières à faire l'amour avec lui sur le lit où il dormait si profondément.

Elle fit quelques pas en direction du matelas, ses pieds nus s'enfonçant dans le moelleux d'une matière semblable à de la moquette en mille fois plus doux et épais. Le tissu atténua les bruissements de ses pas et elle s'avança davantage, jusqu'à se retrouver face à Théodore. Les yeux clos, creux et sombres, sa barbe de quelques jours obscurcissant la peau de son visage si laiteuse, il semblait presque mort. Le drap qui le recouvrait ne cachait rien de son torse, lequel se soulevait au rythme de sa respiration, prouvant qu'il restait simplement assoupi.

Instinctivement, Hermione passa ses doigts contre son buste, traçant du bout de l'ongle le sillon de quelques cicatrices qu'elle avait caressées à de multiples reprises des années auparavant. Malgré son amaigrissement, elle pouvait encore apercevoir ses muscles tendus qui se crispaient alors qu'il semblait en proie à d'affreux cauchemars. Elle passa finalement sa main sur son front bouillant et chassa ses cheveux bruns qui collaient à son épiderme. Il grommela quelque chose dans son sommeil et elle caressa tendrement sa peau pour l'apaiser. Il se détendit ostensiblement, des frissons se formant sous ses doigts.

Elle se pencha au dessus de lui, le fixant comme pour lire dans son esprit… Ou plutôt comme pour saisir les sentiments qu'elle éprouvait et qu'elle ne parvenait pas à qualifier. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'elle l'entendait jusque dans ses tympans. Le nœud dans sa gorge s'était transformé en une énorme boule de la taille d'une balle de golf. En bref, rien de bien agréable…

Elle n'eut pas l'occasion d'analyser plus que cela le bourdonnement assourdissant qui résonnait dans ses oreilles, ni les larmes qui apparaissaient sous ses paupières malgré elle. Théodore ouvrit les yeux, légèrement, battit plusieurs fois des paupières et planta son regard vitreux dans le sien, embué de larmes. Elle recula d'un pas, sa main s'éloignant de lui comme si elle venait de se brûler. Il l'observa, murmura son prénom d'une voix si faible qu'elle ne pu comprendre que le « Mione » de fin. Ou peut-être l'avait-il nommée « Lionne », comme autrefois.

Elle recula davantage, jusqu'à s'évanouir dans la pénombre, effrayée cette fois, tant par ce qu'elle ressentait par ce qu'elle voyait dans les grands yeux d'un bleu abyssale de son ancien amant. Il la regardait de la même façon qu'avant, bien qu'il ait l'air encore endormie, en plein songe. Elle ne parvint pas à conserver son calme et sortit de la pièce en courant presque, apeurée pour de bon.

Lui se rendormit en ayant l'impression d'avoir simplement rêvé. Après tout, ce n'aurait pas été la première fois…

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Note de l'auteur _ Mouhaha, Hermione is so stupid ! [Et pis POv'Théo quand même... -il sera plus réveillé au prochain chapitre.], Toby qui s'fait harceler par son père & sa mômôn [franchement, qui aurait imaginé une Pansy aussi mère poule ? xD]... Enfin, c'est plus intéressant niveau Poudlard tout de même. Niveau "La Baie", c'est d'avantage des débuts de réglements de compte [Qui c'est la Reine qui veut même la tête d'Hermione au bout d'une fourche ? =P] & pis sentiments & réflexions... Après, y'a ma Scarlett -que j'aime de plus en plus- qui s'incruste un peu... [pour ceux qui attendent le retour des enfants Potter, c'est plus au chapitre 19 ! x) Avec répliques cul-tes [=P] d'Hypérion, toujours doué !] Enfin, bref... j'sais pas trop quoi dire & ma cOuz' débarque dans quelques heures & j'voudrais écrire un peu avant [j'ai ajouté 2paragraphes à mon chapitre 18 ! allez, Applause ! nanp' ? Pfff...] donc j'vais vous laisser le soin de commenter ce chapitre vous même au lieu de raconter des bêtises ! x)

Juste quelques questions d'abord, comme toujours [on ne change pas les bonnes vieilles habitudes pas si vieilles que ça !] : Enfait, y'en a une seule... Vous me détestez hein ? (snif !) & pis aussi -the question- Combien de temps j'vais mettre à poster le prochain ? Que celui qui pense "1o ans" quitte la salle ! -_-" Nan' allez, promis j'vais tout faire pour ne pas trop prendre de temps... Uhm, mais vraies questions : Alors, vous aviez imaginé ce premier baiser de Scott ? xD [d'ailleurs... il en connaitre d'autres rapidement =P] ; Hermione va-t-elle cesser de fuir ? ; Lisa va-t-elle avoir un cerveau ? ; Samya va-t-elle parvenir à dévergonder ce cher Charlie ? ... Les réponses à toutes ces questions au prochain épisode... [Auteuse a fait le ménage & a trop sniffé des produits de nettoyage !]

Ah & sinon, j'ai changé des trucs sur mes blogs & sur mon profil [depuis bien un mois... xD Mais j'avais pas posté depuis alors j'vous tiens au courant ! ^^']

Bon, j'm'excuse pour la millième fois au moins ! Et à très bientôt j'espère. [Pour les réponses aux reviews, attendez-vous à un ptit retard... Je suis occupée jusqu'à mardi !]

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! x)

*¤ Bewitch_Tales ¤*