Note de l'Auteur _ Coucou les gens ! x) Moins de retard que la dernière fois n'est-ce pas ? J'avoue que là, j'me force vraiment à poster -parce que Snapou me menace à coups de messages & que Loufoca-Granger a évoqué un taser [les auteurs de feufeupointnet ne sont pas en sécurité ! xD]... Bref, j'étais plutôt en mode feignasse ce soir, mais j'ai pris mon courage à 2 mains -ajoutez à cela mes pieds au moins !- & j'ai corrigé -à l'arrache mais chut !- ce chapitre... M'vOilà donc en train de note-d'auteuriser [uiui, ça existe =P] des idioties... Bref, j'dirais juste un gros merci à tous les revieweurs [à Vivi entre autres qui n'est pas inscrite et qui m'a laissé un super review ! & Miss Malefoy qui doit être en L sans doute xD] & puis un "j'espère que c'chapitre vous plaira" & puis...
Bonne lecture !
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Ellarosa - Chapitre 18
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« Même l'amour n'est peut-être que mensonge, illusion… »
Louis Gauthier.
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La pluie recouvrit rapidement l'herbe d'un vert pouvant paraitre surnaturel de la cours de Poudlard, la bruine emplissant l'air glacial. Quelques couches de verglas prenaient même place sur le parvis du château et les vitres se givraient durant l'apparition progressive de la lune. Assise dans la salle commune des Serdaigle, Scarlett regardait la bulle ronde emplissant le ciel et autour de laquelle se diffusait une lueur blafarde. Les murmures dans son dos l'intriguaient à peine étant donné qu'ils la concernaient tous. Les piaillements de Lisa couvraient tous les autres et les rires gras et cruels heurtaient l'adolescente visée comme s'ils s'agissaient de coups. Elle les ignorait de plus en plus difficilement malgré l'habitude.
Elle avait quitté la cuisine de Poudlard une heure auparavant et Scott la suivait de peu. Il s'était néanmoins installé avec ses compagnons, ne participant pas aux discussions et ne riant pas de leurs blagues, mais présent tout de même à leurs cotés. Son regard glissait parfois imperceptiblement vers Scarlett et celle-ci –bien qu'elle le sente sur sa nuque- ne se retournait pas, espérant naïvement qu'il ait le cran de s'approcher d'elle. Plus minuit approchait, plus ses espoirs s'amenuisaient.
La salle se vida de plus en plus, les premières années rejoignant leurs dortoirs pour dormir alors que les grands discutaient, jouaient aux échecs version Sorcier ou –pour les couples- se pelotaient avidement à la recherche de sensations nouvelles. Scarlett, elle, ne bougea pas. Elle avait terminé ses devoirs pour les trois semaines suivantes, lu tous les livres optionnels de chaque cours et écouté tous les ragots ne la concernant pas avec une satisfaction amère. Néanmoins, Ella, après quatre jours, lui manquait. La jeune Nott avait été sa toute première réelle amie et elle s'impatientait, attendant de la voir débarquer à tout moment. Elle en vint même à prier pour que son père soit mort, afin qu'Ella revienne à Poudlard pour toujours. Elle savait que c'était cruel de penser ainsi, surtout en tant qu'amie, mais ne pouvait s'en empêcher. Elle se doutait en effet qu'Ella repartirait pour l'Australie dans les prochains jours dans le cas contraire… Et qu'elles ne se reverraient plus jamais.
Elle soupira bruyamment, de la buée se dessinant sur la vitre. Elle y inscrit un S, mécaniquement. Une main se posa sur son épaule et elle sursauta, électrisée par ce contact peu habituel qui l'effraya étonnamment. Scott fut lui-même surpris par son mouvement de recul et s'inquiéta de l'avoir apeurée. Pourtant, quand elle tourna son regard noir vers lui, il comprit qu'elle savait qui la touchait ainsi… -Après tout, qui d'autre aurait osé un tel geste ? Mais, malgré tout, malgré le calme qui les entourait désormais, cette sorte de début d'amitié guindée et maladroite qui remplaçait une ignorance inutile, elle avait sursauté à son contact. Simplement parce qu'elle ne supportait pas le moindre effleurement sans y avoir été préparée au préalable. Il s'excusa d'un sourire timide avant de pencher la tête sur le côté, interrogateur. Cette mine lui donna un air un peu idiot qui la fit sourire.
« Maintenant que tous ont déserté, tu t'approches de la bête ?
- Je crains, je sais, grimaça-t-il en haussant les épaules avec un air penaud. Tu n'as pas sommeil toi non plus ?
- Non… Je m'inquiète pour Ella. Inutilement sans doute.
- Moi, ce sont plutôt mes parents qui me posent problème. Et puis, le père d'Ella. Si ce type insiste pour que je l'appelle « Papa », je t'assure que ça se finira en un bain de sang ! Enfin, pour ça, il faudrait qu'il soit vivant, en bonne santé et toujours amoureux de ma mère. Et qu'en plus de ça, elle l'aime aussi. Ça fait beaucoup de « si » alors il y a vraiment peu de chances que ça se produise…
- Tu t'inquiètes pour rien. Ella n'espère pas plus que toi que ses parents se remettent ensemble… Et j'ai bien l'impression que Théodore Nott vendrait son âme pour le bonheur de sa fille. Renoncer à l'amour de sa vie n'est qu'une petite plaisanterie en comparaison de tous ses sacrifices, tu ne crois pas ? De plus, ta mère aurait avoué leur relation si elle l'avait aimé… Du moins, je le présume. Donc il n'y a absolument aucun problème !
- Aucun ! » approuva le rouquin avec un air sérieux de Mage tout en hochant la tête.
Elle se retourna complètement afin de lui faire face et ramena ses genoux contre sa poitrine. Il réalisa qu'elle se blottissait ainsi souvent, comme pour se serrer dans ses propres bras en un geste qui la rassurait, mais qui dressait surtout une barrière autour d'elle. Il résista à l'envie de plaquer ses mains contre les siennes pour les décrisper et enfin franchir cette distance qu'elle instaurait soigneusement. Que ce soit à l'aide d'une table, d'une chaise ou de son corps, elle formait une aura destructrice autour d'elle, presque monstrueuse. Il aurait voulu l'interroger à ce sujet, mais sentit qu'il ne le pouvait pas, que cela lui était encore interdit. Un jour, peut-être… En attendant, il prit une chaise à son tour et s'y assis pour lui faire face et être à sa hauteur. Elle déposa soigneusement son menton dans le creux formé par ses bras joints et l'observa sans ciller.
« Tu sais… commença-t-il en plissant le front. Je crois que c'est pour ça qu'on dit que tu es une sorte de Basilic version humaine. Quand tu regardes intensément les gens, tu fais super peur… »
Elle éclata de rire et, ridicule, il baissa les yeux pour reluquer ses mains –apparemment très intéressantes. Narquoise, elle répliqua avec une ironie très perceptible :
« Tu sais… Je crois que c'est pour ça qu'on dit que tu es idiot. Quand tu parles, on se demande si tu réfléchis ! »
Il lui tira bêtement la langue ce qui n'eut que le don de renforcer l'éclat de rire de l'adolescente. Il la scruta alors qu'elle riait, réalisant qu'il ne l'avait jamais vu sourire avant ces quelques derniers jours. Il avait pu lire la colère, la rancœur, la tristesse, la douleur sur ses traits à de multiples reprises, mais jamais une quelconque preuve de bonheur. En fait, il eut l'impression de la voir réellement pour la première fois. Elle était drôlement plus jolie ainsi, avec l'halo de la lune dans son dos qui l'entourait d'une étrange lueur mystique que dans son uniforme avec son allure renfrognée de curiosité. Nimbée de lumière, elle paraissait toujours aussi effrayante néanmoins, surnaturelle. Bien sûr, ils étaient tous –aux yeux moldus- des créatures censés exister uniquement dans les contes… Mais elle dépassait largement le stade de la sorcellerie.
Il ne réfléchit pas franchement non plus cette fois ci. Il parlait sans y penser. Et agissait sans y penser. Il était fait ainsi. Il se pencha vers elle avec une brusquerie momentanée qui se transforma en tendresse dès que ses lèvres se plaquèrent à celles de Scarlett. Elle se raidit ostensiblement, mais ne le repoussa pas. Il détendit sa lèvre inférieure, comme Samya l'avait conseillé, et plongea avidement dans ce baiser qui sembla durer mille ans… Ou une seconde. Etonnement long car son cerveau s'agitait à rythme frénétique, comme si tous ses neurones s'alarmaient. Mais court car il aurait voulu ne jamais avoir à se séparer de cette bouche.
Scarlett rompit leur étreinte, essoufflée, son regard noir emplis de larmes qu'il ne sut comment chasser –simplement parce qu'elles ne trouvaient pas de place en cet instant. Il attendit un mot et elle finit par haleter :
« C'était un second entrainement avant le grand plongeon avec Maïa, c'est bien ça ? »
Il resta silencieux et paralysé pendant une seconde interminable, puis acquiesça avec un demi-sourire très tordu, plus proche de la grimace.
« Bien sûr… Alors… Tu as trouvé ça bien ? »
Une larme dégoulinant sur sa joue, elle approuva d'un signe sec de la tête, puis se leva, le laissant à nouveau seul. Et totalement perdu.
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A l'autre bout du monde, Théodore ouvrit les yeux pour la seconde fois, plus alerte. Son regard d'ombre parcourut la pièce qu'il reconnut facilement, sans doute parce qu'il s'y était réveillé des dizaines et des dizaines de fois au moins durant sa vie. Il battit des paupières à de multiples reprises, s'appuya sur ses avant-bras et se redressa très légèrement pour observer davantage les lieux afin de comprendre comment il s'y était retrouvé et l'heure approximative. Seule la lune éclairait les lieux déjà d'un blanc lumineux –habituel chez les elfes qui n'appréciaient que les couleurs pâles.
Avec une lenteur démesurée censée jauger de la force de ses muscles, il passa ses doigts contre son visage endolori puis dans ses cheveux trop longs qui tombaient sur sa nuque. Il devait avoir l'air d'un vagabond ainsi coiffé –ou plutôt décoiffé, mais s'en moquait un peu vu la situation. Il se leva tranquillement, ses pieds se déposant sur le marbre froid de la chambre, lui envoyant une vague de frissons incontrôlables. Le drap qui le recouvrait tomba au sol, dévoilant sa complète nudité, et il ne prit pas la peine de le ramasser.
Flageolant sur ses jambes, il rejoignit l'une des nombreuses armoires dans lesquels attendaient toujours des vêtements propres à sa taille. Il enfila tranquillement une tunique bleue roi par-dessus un pantalon de toile sortant tout droit d'une autre époque. En effet, les elfes n'avaient aucune connaissance des tissus actuels et portaient uniquement de cette toile fine et aussi douce que de la soie qui semblait ne jamais vieillir. Théodore grimaça dès en refermant quelques boutons du devant du haut et remarqua quelques sombres bleus sur son torse amaigri. Il aurait franchement besoin de faire un peu d'exercice s'il ne voulait pas ressembler à un sac d'os.
Il s'avança finalement vers un mur recouvert de miroirs aussi hauts que le plafond et jaugea son reflet avec un certain malaise. D'un coup d'œil, il repéra sa baguette magique et s'en empara afin de se raser et se couper les cheveux. Seul effet encore flagrant de la maison de Poudlard dans laquelle il avait vécu durant l'adolescence, il accordait une importance essentielle à l'apparence qu'il renvoyait aux autres. Cette fois, sans en être forcément conscient, il se préparait davantage à l'idée des retrouvailles avec une certaine personne…
Une fois en meilleur état, il glissa hors de la pièce avec un soupir de satisfaction. Malgré l'épuisement enserrant son corps tout entier, il avança, la tête haute dans les nombreux couloirs. Il s'y repérait avec facilité, comme s'il y avait toujours vécu, et parcourut le palais tout entier sans jamais hésiter. Il sortit de la Montagne en voyant les nombreux feux allumés dans la clairière et se douta qu'une fête s'y jouait. Une fête probablement organisée en l'honneur des membres de l'Ordre l'ayant sauvé un peu plus tôt.
Il s'arrêta afin d'observer la scène d'en haut, à la recherche d'une tignasse brune appartenant à la personne qu'il aimait le plus au monde. Il la vit, installée au coin d'un des feux auprès d'Harry et de Ron, comme si telle était la place parfaite pour elle. Il se remit en marche, évitant soigneusement les elfes qu'il croisait, trop empressée à l'idée de la retrouver pour réellement saluer d'autres gens.
Ella leva les yeux en percevant les murmures plus urgents dans la foule, des acclamations de surprise et de joie. Elle se leva du tronc sur lequel elle s'était assise, d'un seul bond, ses yeux identiques à ceux de son père se nimbant de larmes impossibles à retenir. En quelques pas –ou plutôt sauts- elle se retrouva figée dans ses bras, à virevolter comme lorsqu'elle était toute petite alors qu'il la serrait à lui couper le souffle. Elle ferma les yeux très fort, enfonçant ses doigts dans la tunique de son père comme pour s'assurer de sa présence si réconfortante. Sous l'arôme floral des produits qu'avaient appliqués les Guérisseurs sur Théo, Ella parvint à sentir l'effluve musqué habituel… Celle qu'elle sentait depuis sa naissance. Elle eut l'impression immédiate d'être chez elle, enfin.
Théo se détacha finalement de son étreinte et déposa un baiser sur son front avec la douceur paternelle qu'elle connaissait si bien. Il caressa sa joue, y séchant une larme et plissa les sourcils en l'examinant, remarquant des différences subtiles qui marquaient son visage, signe qu'elle avait vécu mille aventures durant sa captivité. Il se rappela de ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt et marmonna avec un sourire menaçant :
« Dois-je te tuer d'avoir pris tant de risques ou devrais-je plutôt m'en prendre à tes « surveillants » qui auraient eu l'idée particulièrement stupide de te prendre pour appât ? »
Ella baissa un instant les yeux avant de soupirer en s'empourprant, peu désireuse de se faire réprimander en public :
« Non, j'ai été stupide toute seule, comme une grande… »
Un rictus consterné apparut momentanément sur les lèvres de l'homme, mais il décida de voir ça avec elle plus tard et passa son bras autour de ses épaules pour l'attirer à nouveau vers lui en un nouveau câlin. Toby, à quelques pas de là, ne put contenir la petite pique de jalousie qui brouilla ses pensées alors qu'il comprenait que désormais, il ne tiendrait plus que la seconde place dans le cœur d'Ella. Eingil lui adressa alors un clin d'œil complice, compatissant apparemment à ses idées et les approuvant ainsi, agaçant plus encore le jeune sorcier.
Théodore desserra son étreinte en croisant le regard d'Harry qui s'avançait vers lui, accompagné de plusieurs membres de son escouade habituelle et de personnes… Qui ne trouvaient franchement pas leur place dans cette bande de valeureux compagnons, mais qu'il considérait toujours comme de grands amis. Ella laissa la place un instant. Pourtant, elle imaginait déjà ce que serait le retour à leur ancienne vie et était impatiente d'y replonger, n'imaginant pas à quel point tout serait différent pour toujours malgré tout.
Harry commença par serrer la main de Théo, puis l'attira finalement contre lui en une étreinte un peu trop masculine qui fit sourire Pansy, laquelle fut la seconde à passer entre les bras du revenant. Ce dernier ne put s'empêcher de marmonner à son oreille :
« Alors, pas trop dur de supporter le Balafré, Weasmoche et la Sang-de-Bourbe ? »
Drago derrière son épouse perçut cette réflexion et éclata de rire, heureux de voir que son ami n'avait pas vraiment changé –du moins pas autant qu'il le craignait, et qu'il n'avait pas oublié leurs souvenirs communs, ceux qui les unissaient encore. Tous accueillirent Théo comme une sorte d'enfant prodige et Ella réalisa que malgré leurs paroles rassurantes, ils avaient tous pensé au moins un instant que son père pourrait mourir. Désormais rassurés, ils dévoilaient tous leurs dents à coups d'immenses sourires.
Ron finit par remarquer l'absence d'Hermione, mais comprit qu'elle n'avait pas forcément envie de retrouver Théo devant tous. Leurs retrouvailles ne pouvaient pas être exposées, quel qu'elles fussent. Masra vint rapidement prendre Théo dans ses bras à son tour et l'entraina vers le feu où il le fit asseoir avant de lui offrir une assiette pleine. Le sorcier, affamé et surtout ahuri par la présence de viande, se mit à manger assez rapidement. Tous s'installèrent en cercle autour du feu, près de lui, attendant qu'il ait fini pour qu'il puisse leur raconter sa version de l'histoire et ce qu'il avait vécu.
Il frémit lorsque les mains de la Reine passèrent sur son cou et il se retourna pour lui accorder un sourire, l'ayant reconnu par la froideur de sa peau. Elle déposa un baiser sur sa joue, douce et quasi-maternelle bien qu'elle ait son âge ce qui troubla les sorciers. Ils ne savaient pas que Meleke avait passé des mois à le réconforter, berçante, après la naissance d'Ella. Elle avait joué les mamans autant avec le petit bébé qu'il avait rapporté qu'avec lui seul.
Ella ne détachait pas son regard de son père, ne cillant même pas comme si elle craignait qu'il puisse disparaisse en un seul battement de cils. Le clin d'œil qu'il lui décocha la rassura malgré tout, ce pendant qu'elle tapait du pied contre le sol terreux en attendant qu'il raconte ces dernières semaines de son point de vue. Une fois rassasié, il réalisa que tous s'impatientaient et un sourire marqua son visage tiré de fatigue. Il but quelques gorgées d'un liquide tiède et amer que lui offrit Masra avant de se lancer dans son récit, qu'il ne souhaitait pas détailler afin de ne pas troubler sa fille :
« Quand j'ai été enlevé, ils m'ont endormi et je me suis réveillé dans une cellule homogène. Il m'a fallu quelques semaines pour comprendre que je me trouvais dans les laboratoires que j'avais passés des mois à surveiller… A vrai dire, je n'avais pas la moindre idée de ce qui s'y tramait. Je me doutais simplement que cela concernait les Elfes. Je pensais qu'ils souhaitaient les disséquer et les étudier, comme des milliers de scientifiques l'ont fait auparavant avec d'autres espèces.
- Ce n'était pas le cas ? s'étonna la Reine en plissant le front, apparemment toujours soucieuse de la sécurité de son peuple.
- Pas selon moi, non. Ils voulaient probablement s'emparer de vos connaissances sur les plantes… Après tout, sans vous, je n'aurai pu fabriquer qu'un tiers à peine de mes créations. Vous êtes mille fois plus doués que les sorciers à propos de la botanique…
- Et de beaucoup d'autres choses ! ajouta un elfe en un éclat de rire railleur.
- Oui, sans doute, acquiesça Théodore en adressant un clin d'œil au dit-elfe qu'il connaissait depuis longtemps. Enfin, ils s'intéressaient aux fleurs et non aux êtres humains, donc ils devaient probablement être davantage occupés à espionner vos habitudes. Peut-être auraient-ils fini par enlever l'un de vous…
- Et comment ont-ils su pour l'Ellarosa ? » s'enquit Ella en frissonnant malgré elle.
Théodore se tourna vers elle avec une grimace contrite et elle baissa les yeux. Elle venait d'admettre par cette seule question qu'elle avait parlée de cette fleur aux membres de l'Ordre et apprenait son existence aux autres. Il secoua la tête comme si ça n'avait pas d'importance, puis répondit :
« Ils devaient nous surveiller depuis quelques temps déjà… Du moins, depuis ton anniversaire puisque Nedrig –celui qui dirigeait les opérations- m'a demandé de recréer ce merveilleux cadeau que je t'avais fait car lui seul pourrait réellement en profiter.
- Et tu as obéit, conclut Drago en hochant la tête, comme pour répondre à sa propre question.
- Oui. Je savais qu'il ne pourrait jamais la voir… sauf si Ella débarquait bien évidemment. C'était le grand secret de cette fleur ! Son mystère tout particulier. La seule chose qui la rendait si formidable finalement.
- Comment ça fonctionne ? bredouilla Neville en s'empourprant, gêné d'oser poser la question si abruptement alors qu'il se doutait que Théodore n'aurait jamais dû en parler sans toute cette histoire. L'Ellarosa qu'avait emportée Ella n'est pas morte, malgré ses absences le week-end et…
- La fleur sent la présence d'Ella grâce à un sortilège. Elle a forcément besoin d'un sort qui la fait… « naître » si je puis dire et qui la lie à une personne. J'ai choisi Ella à chaque fois sans qu'ils en aient conscience. Pour l'Ellarosa, la présence d'Ella est aussi indispensable que l'eau. La fleur garde une certaine… quantité d'eau afin d'assurer un maximum sa survie. Dans le cas de la seule –et désormais unique- Ellarosa, tant que le temps passé en présence d'Ella est supérieur à celui de son absence… Tout va bien.
- C'est incroyable… articula le professeur de Botaniques avec toute la galaxie dans les yeux, éberlué par la magie qui avait provoqué la création d'un tel mystère de la botanique et par la subtilité intellectuelle de son créateur.
- Merci, sourit Théodore. Enfin, quoi qu'il en soit, j'ai l'impression que vos aventures ont été bien plus passionnantes que les miennes… »
Il se tourna vers sa fille en prononçant cette phrase et cette dernière haussa les épaules. Le regard de Théo passa imperceptiblement sur Toby, comme s'il avait déjà tout compris –les œillades échangées entre les deux tourtereaux lui avaient mis la puce à l'oreille, et les joues de sa fille se teintèrent d'un rose délicat. Elle finit par prononcer, pour éviter le sujet que son père se plairait à torturer :
« Je suis à Serdaigle !
- Sérieusement ? s'exclama Théo avec un grand sourire, oubliant momentanément le Serpentard qui poussa un soupir de soulagement. Bizarre… Je t'avais imaginée à Serpentard, vu tes dons de manipulatrice. Enfin, c'est une bonne nouvelle je suppose…
- Ce n'est pas si important. Ce n'est pas comme si j'allais y passer encore beaucoup de temps. »
Théodore plissa le front à cette réflexion, n'y ayant pas réfléchi pour l'instant. Il avait envie de passer du temps auprès de ses anciens amis d'enfance et compagnons de guerre, de rattraper un peu le temps perdu, de savoir ce qu'ils étaient devenus… La seule chose qui l'avait retenu durant tout ce temps était le secret de l'existence de sa fille et sa peur de revenir au pays pour y être traité comme un lâche. Apparemment, ses amis n'avaient aucune intention néfaste à son égard. Mais Ella semblait impatiente de s'en aller, malgré la présence du jeune homme qui –Théo le sentait- entretenait une relation avec sa fille.
Il comprit en découvrant la peur dans ses yeux d'où venait le problème. Hermione. Ce prénom résonna à son esprit alors qu'il se souvenait –nébuleusement- de l'avoir vue au pied de son lit dans son sommeil bien qu'il n'en soit pas certain. Il se rappelait aussi qu'elle avait combattu au Dogme. Pourtant, elle n'était pas là autour du feu et –en un mélange de déception et de soulagement- il réalisa qu'elle l'évitait. Cela rendrait sans doute les choses plus faciles après tout.
Ella se racla brusquement la gorge, en attente d'une réponse qu'il s'efforça de lui offrir sans lui demander pourquoi elle paraissait si empressée. Cela l'aurait embarrassée, et il préférait qu'ils aient cette discussion en privé.
« En fait… J'ai envie de passer encore quelques jours ici ou peut-être en Angleterre, retrouver ces idiots (Il désigna Blaise et Drago d'un signe de la tête avec un ricanement caustique) et me reposer un peu.
- Oh… émit Ella, simplement, désapprouvant cette idée de ce son assez négatif.
- Juste quelques temps, Ella ! Et puis, j'ai comme l'impression que quelqu'un n'a pas envie de te voir partir. »
Toby fut absorbé par le feu et son père lui balança un coup dans le dos –accolade assez violente qui arracha un grondement de douleur à l'adolescent.
« Mon fils, précisa Drago en riant, la fierté brillant dans ses orbes anthracites.
- C'est bien ce que je craignais…
- Ce qui veut dire ? rétorqua Pansy avec une voix menaçante.
- Il a été élevé par vous deux. C'est suffisant pour me faire peur !
- Ils ne m'ont pas franchement élevé si ça peut vous rassurer. » murmura Toby, provoquant quelques rires dans leur groupe.
Théodore se contenta d'un sourire, saisissant parfaitement ce que cette remarque signifiait et qu'elle sous-entendait une réflexion assez désagréable que Drago et Pansy ignorèrent méthodiquement. Les esclandres publics n'étaient pas leur fort. Surtout lorsque le public était constitué de membres de l'Ordre du Phoenix, anciens ennemis qui désormais comportaient quelques liens minimes avec eux mais qui n'étaient néanmoins pas devenus des amis. Théodore décida de ne pas envenimer la situation en poursuivant la discussion de cette pente très glissante et se tourna vers sa fille qui le scrutait en attente d'une réplique moqueuse et paternaliste dont il avait le secret. Il ne dit mot et lui adressa un sourire tendre, heureux de la revoir en si bonne santé alors que durant chaque seconde de sa captivité, son cerveau s'était plu à le harceler d'images atroces la concernant. Apparemment, elle s'était fait des amis, avait rencontré des gens auxquels il accordait encore une confiance sans bornes… En clair, elle allait mille fois mieux que ce qu'il avait cru pendant tout ce temps. Elle répondit à son sourire, comprenant facilement toutes les pensées qui lui traversaient l'esprit. Car elles avaient aussi traversé le sien.
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Maïa observa la silhouette de Scarlett à la lueur pâlichonne que la lune envoyait dans leur dortoir commun. Elle percevait les bribes de conversations puériles entre ses condisciples, Lisa gloussant environ trois fois la minute en un son suraigu particulièrement déplaisant à l'oreille. Scarlett se glissa sous ses draps sans faire de bruit, réalisant amplement que les autres élèves lui lanceraient quelques piques si elles s'apercevaient de sa présence. Maïa seule avait remarqué son existence et elle comprit aussi assez facilement que quelque chose clochait.
Instantanément, elle se souvient que Scott était resté à la salle commune auprès de Scarlett afin de ne pas la laisser seule. Depuis quelques jours, il se rapprochait ostensiblement de la fille qu'il considérait autrefois comme une lépreuse, et Maïa ne pouvait s'empêcher d'être inquiète à l'idée d'être remplacée. Elle resta figée sur son matelas durant quelques secondes puis se leva doucement, prenant garce à ne pas faire grincer le sommier qui reposait là depuis des siècles. Elle parvint à sortir de la pièce sans se faire voir par Lisa qui lui aurait posé mille questions.
Elle arriva dans la salle commune plongée dans la quasi-pénombre et repéra facilement Scott étant donné qu'il était seul. Assis sur un fauteuil près de la cheminée éteinte, il semblait absorbé par ses pensées et ne la vit pas arriver –ce qui arrangea Maïa, laquelle eut tout le loisir d'observer son visage. Il lui parut inquiet et perdu, plus que jamais, et elle s'angoissa avec lui comme toujours. C'était une mauvaise habitude qui perdurait entre eux : lorsqu'il était heureux, elle était heureuse, lorsqu'il souffrait, elle souffrait avec lui…
Elle s'assit à ses côtés sur le bras du fauteuil, et il releva un regard encerclé de noir vers elle avec un petit sourire penaud. Pour la première fois depuis longtemps, il ne lui expliquerait pas ce qui le tracassait. Il ne pouvait simplement évoquer les sentiments qui lui brouillaient les entrailles lorsqu'il était à ses côtés et cet étrange pressentiment pourtant qui l'avait envahi un peu plus tôt au contact des lèvres de Scarlett sur les siennes. Le sentiment était différent, troublant, inhabituel… Pas vraiment plaisant s'il y réfléchissait bien et surtout complètement effrayant. Mais Maïa étant l'une des principales concernées, il ne pouvait pas vraiment en parler avec elle… Il regretta un instant d'être en froid avec Winifred, la seule personne à Poudlard qui aurait pu l'aider.
« Tu sais… commença Maïa d'une petite voix, mal à l'aise, J'ai appris que Samya Zabini t'avait embrassé. Lisa me l'a dit. Elle a des oreilles et des yeux partout…
- Ouais, grogna Scott pour réponse en se crispant de colère à la seule évocation du prénom de cette petite peste. Et elle a franchement une trop grande gueule qu'elle devrait apprendre à fermer.
- Je crois que c'est elle qui a parlé de ce qui est arrivé à Scarlett aux élèves de Poudlard. Elle a dû entendre Ella et Scarlett en parler ou… le découvrir grâce à ses supers pouvoirs de fouine insensible ! »
Scott esquissa un sourire un peu forcé avant d'hausser les épaules avec un air désintéressé. Selon lui, ça n'avait plus d'importance désormais. Le mal était fait et Lisa avait déjà assez de choses à se reprocher pour en ajouter d'avantage sans la faire ployer. De plus, il n'appréciait franchement pas que Maïa parle de Scarlett. Il avait l'impression de l'avoir trompée… alors qu'il n'avait fondamentalement rien à se reprocher. Ils n'étaient pas un couple après tout. Ils étaient simplement amis.
« Scott ? Est-ce que tu vas bien ? murmura Maïa avec une grimace désolée.
- Ouais… Tout va bien. »
Il fuit soigneusement son regard, n'appréciant pas de lui mentir. Généralement, ils se disaient tout l'un et l'autre, partageaient chaque secret de leurs vies… Cette fois, c'était différent. Il passa sa main contre ses yeux en grognant quelque chose qu'elle ne comprit pas vraiment. Mais aurait-elle pu le soutenir sur ce coup là ou était-elle trop concernée pour l'aider ?
La culpabilité tordit l'estomac de l'adolescent. Finalement, il était comme sa mère. Il jurait d'être amoureux d'une personne depuis toujours, et avait osé tenter quelque chose avec une autre… Bien évidemment, ce n'était qu'un baiser, contrairement à Hermione qui avait agi bien plus gravement, mais aux yeux du rouquin, cela revenait au même. Il suffisait simplement d'oublier le baiser qu'il venait de partager avec Scarlett, de l'effacer, de l'ignorer. Et contrairement à la relation extraconjugale de sa mère, personne n'en avait été témoin et jamais rien ne le lui rappellerait : sauf Scarlett bien sûr, mais elle n'en parlerait sans doute pas.
Il devait juste effacer ce moment de son propre crâne. Il croisa le regard consterné de Maïa, laquelle attendait impatiemment qu'il s'ouvre un peu plus à elle. Il se leva de son siège, agacé par ce trouble qui s'était emparé de lui. Il fit le tour du fauteuil à grands pas en marmonnant des gros mots zoologiques, cherchant une solution infaillible à son problème de conscience.
Maïa finit par en avoir assez de le voir s'agiter et agrippa son poignet avec une force insoupçonnable, l'obligeant à la regarder en face. Il cessa de gigoter sous la seule puissance du regard de Maïa qui l'interrogeait, empli d'inquiétude. Sans réfléchir, il s'abaissa légèrement afin de planter son regard à la hauteur du sien. Sa respiration heurtée fouetta la bouche de la jeune fille qui ne cillait désormais plus, consciente de l'importance des secondes se jouant en cet instant.
« Maïa… balbutia-t-il contre sa bouche.
- Quoi ? répondit-elle d'une voix enrouée par un mélange de crainte et de désir.
- Je… »
Il ne prit pas la peine de conclure sa phrase. Elle savait très bien ce qu'il souhaitait dire. Elle le ressentait depuis des années elle aussi. Les lèvres de Scott se posèrent sur les siennes et il l'embrassa tendrement, obéissant aux conseils de Samya et à ce que sa seconde expérience avec Scarlett lui avait appris. Les bras de Maïa s'enroulèrent autour du cou du jeune homme qui encerclait sa taille de ses mains, l'incitant à se rapprocher de lui. Leur baiser se renforça de lui-même et il cessa de réfléchir, oubliant les raisons de son inquiétude quant à ce baiser qui avait été porteur de cauchemars durant des mois. Il n'avait même pas espéré dans ses rêves les plus fous que tout se déroule aussi bien.
Pourtant, il se remémora inconsciemment la douceur de la bouche de Scarlett sur la sienne. Et malgré lui, il réalisa que la spontanéité de son étreinte avec Scarlett lui manquait et que ce baiser avait été –bien qu'éphémère- beaucoup plus ardent.
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Hermione s'adossa tranquillement à un arbre, à la lisière de la forêt entourant la clairière, son regard se portant au cercle que formait la troupe de ses amis –et anciens ennemis. Elle parvenait à distinguer Théodore parmi eux, ou peut-être imaginait-elle simplement les traits de son visage car elle désirait plus que tout les percevoir. Néanmoins, elle n'osait s'approcher d'eux –et surtout de lui, angoissée à la seule idée de le retrouver. Elle se devrait alors d'affronter son regard –qu'elle savait meurtrier lorsque la situation l'exigeait- et de subir les mines pitoyables des autres qui se refuseraient à prendre partie.
Elle aurait voulu que leurs retrouvailles se déroulent dans une pièce neutre, à l'abri des regards, afin qu'ils puissent discuter de leur passé ensemble sans être écoutés par des oreilles indiscrètes. Elle soupira en se laissant aller en arrière, glissant au sol jusqu'à sentir la mousse recouvrant la cime des arbres sous elle. Elle apposa l'arrière de son crâne sur le tronc en s'insultant mentalement, agacée par son propre manque de courage. A se demander pourquoi le choixpeau l'avait envoyée à Gryffondor…
« Dis donc, je me souviens encore d'une jeune lionne fougueuse qui n'avait pas sa langue dans sa poche et allait au devant des ennuis… Où est-elle passée ? »
La voix de Masra la fit sursauter malgré elle, alors qu'elle espérait justement ne pas avoir à se coltiner l'une de ses nombreuses remarques sibyllines habituelles. Mais l'elfe possédait apparemment une sorte de radar permettant de la retrouver pour l'enfoncer dès qu'elle espérait être un peu seule. Il lui accorda un sourire narquois et elle répliqua :
« Mon courage s'est rompu en même temps que ma poche des eaux il y a seize ans… »
Il éclata d'un rire semblable aux cris d'une hyène, étrangement aigu et spasmodique, lequel la fit sourire à son tour car elle ne l'avait pas entendu depuis une époque qui lui paraissait bien éloignée désormais.
« Comptes-tu lui parler ce soir ?
- Aurai-je vraiment le choix ? rétorqua-t-elle simplement en baissant les yeux sur ses mains.
- Probablement pas. Mais tu peux prendre un peu de temps si cela te permets d'avoir le cran de l'approcher ensuite… L'important ce n'est pas quand tu le fais, c'est comment ! Et ne t'inquiètes pas trop, Théodore n'est franchement pas du genre à te balancer une pierre en pleine face pour une histoire vieille de seize ans.
- Tu te moquerais si je te disais que ce n'est pas ce qui m'angoisse ? »
Masra fronça les sourcils avant de s'agenouiller auprès d'elle afin de la regarder.
« Quel est le problème dans ce cas ?
- Qu'il… qu'il soit toujours aussi doux, gentil, attentionné… Et amoureux. »
Elle secoua la tête comme si cette idée lui semblait particulièrement farfelue. Et il fallait avouer qu'aux yeux de n'importe qui d'autre, cela aurait pu paraitre incroyablement anormal vu la situation et le passé que Théo et elle avaient partagé. Néanmoins, Masra connaissait assez bien l'homme concerné pour comprendre que les craintes d'Hermione étaient fondées. Théodore avait toujours été fidèle à ses sentiments qui ne faiblissaient et ne s'altéraient jamais. La rancune et l'amertume ne faisaient pas partie de son vocabulaire. Malgré les années passées, ses sentiments pour Hermione n'avaient guère dû changer…
« Laisse donc ses émotions à Théodore, qu'il en fasse ce qu'il souhaite ! En quoi cela doit-il t'angoisser outre-mesure puisque –tu l'as dit toi-même – tu ne ressens rien pour lui. Tu n'es maître que de ton cœur et non du sien. Tu ne peux changer ce qu'il ressent, alors pourquoi y songer et éprouver prématurément de la crainte ?
- Parce que si ses sentiments sont aussi ardents qu'autrefois, aucune femme saine d'esprit ne serait capable d'y résister. Je n'ai pas peur de ses sentiments… J'ai peur de ce que je vais en faire. »
Elle se redressa, flageolante sur ses genoux qui claquaient l'un contre l'autre comme ses dents. Son regard passa imperceptiblement sur les portes grandes ouvertes du palais dans lequel elle rêvait de se réfugier. Elle s'arma de tout son courage –insufflé par Masra qui saisit sa main avec tendresse- puis se mit en route vers le feu et les nombreux elfes qui festoyaient joyeusement sans se soucier du remue-ménage dans sa tête.
Autour du feu, Théodore avait remarqué Hermione depuis longtemps déjà. Il devait s'avouer qu'il l'avait cherché instinctivement du regard tout en entretenant la discussion avec sa fille et ses amis. L'esprit ailleurs, son attention s'était rapidement portée sur la silhouette voluptueuse abordée par Masra dans l'ombre d'un arbre. Il fut étrangement soulagé qu'elle ose enfin l'approcher, bien que sa présence pose de nombreux problèmes. Il éprouvait une intense envie d'aller jusqu'à elle pour la serrer dans ses bras à l'en étouffer… Et opposé à cela un désir de rester bien assis sur son tronc avec une mine renfrognée de gamin. Il ne pencha pour aucune de ces deux solutions et se contenta de baisser les yeux, fixant son regard aux flammes vacillantes d'où s'échappaient quelques éclats d'or au moindre coup de vent.
Hermione s'arrêta à quelques pas du feu, sentant des dizaines de paires d'yeux exagérément investigateurs se figer sur elle. Tous l'observaient. Tous, sauf Théo, dont les orbes restaient figés, comme sous le coup d'un sortilège de stupéfaction. Ella planta son regard dans celui de sa mère avec une certaine violence, comme pour la forcer à disparaitre pour toujours, telle une gardienne censée protéger son père qui était pourtant assez grand pour se défendre tout seul.
Masra se racla la gorge plusieurs fois, apparemment gêné par un grattement imaginaire et Meleke roula des yeux dans ses orbites, amusée par cette manie de bonne femme qu'il avait. Il adorait jouer les marieuses ! À l'époque du premier séjour d'Hermione et Théodore à la baie, il s'était déjà franchement mêlé de leur histoire, et elle réalisa qu'il agirait de même cette fois ci. Elle se devrait de réfréner ses pulsions afin de préserver la santé mentale déjà fragile des protagonistes principaux de cette terrible farce. Elle se doutait qu'Ella n'apprécierait pas une intrusion dans sa chaotique vie « familiale », surtout venant d'une personne qui rêvait de voir ses parents réunis alors qu'elle-même se refusait à l'imaginer ne serait-ce qu'une seconde.
« Alors, Hermione, engagea brusquement Masra avec un enthousiasme débordant qui tranchait avec l'atmosphère lourde régnant dans leur cercle, Je paris que tu meurs de faim !
- Pas vraiment non… »
L'elfe –qui tentait ainsi désespérément de l'inclure parmi leur petit groupe fraichement installé- la fusilla du regard, lui reprochant ainsi son attitude défaitiste. Hermione secoua la tête, agacée, avant de s'avancer un peu plus, passant auprès de Ron qui lui saisit la main avec un petit sourire complice. Il l'attira vers le tronc, la forçant à s'assoir, et elle obéit, heureuse qu'il prenne l'initiative malgré la gêne que cela causait autour d'eux. Masra s'installa à son tour, souriant de toutes ses dents malgré le regard d'un noir d'encre que lui décrocha Ella avec une force serpentesque.
Théo releva finalement la tête, bien forcé de le faire à un moment ou à un autre, mais s'obligea mécaniquement à ne pas regarder Hermione dans les yeux. Longtemps, il avait été naïf. Il s'était cru plus fort que tout et avait pensé que rien ne pouvait l'atteindre. Il se disait que la fin de leur liaison serait surmontable, qu'il en ressortirait indemne. Il avait eu tort. Désormais réaliste, il avait parfaitement conscience qu'elle représentait son ultime faiblesse. La regarder le replongerait dans les méandres douloureux de son passé. Son cœur, déjà fragilisé par les semaines passées, ne supporterait pas une nouvelle attaque frontale. Qu'elle l'évite le soulageait en fin de compte. Ainsi, il n'avait pas besoin de jouer les indifférents ou –au contraire- les amoureux transis alors qu'il n'appartenait plus à aucune de ces deux catégories.
Il recommença à boire –plus que de raison- ce pendant que les discussions reprenaient leur cours avec un engouement un peu forcé. Tous s'attendaient apparemment à ce que Théodore ou Hermione se regarde, au moins une fois, même discrètement, mais tous deux s'exerçaient à la patience et s'évertuaient à se rendre invisible l'un à l'autre. Ella suivait le combat mental acharné de son père qui tapotait avec une nervosité extrême le rebord du tronc servant de siège. Ayant vécue auprès de lui –et de lui seul !- durant plus de seize années, elle avait appris à connaitre chaque expression faciale et chaque mouvement de son corps et se doutait qu'à l'instant même, il bouillait intérieurement.
Elle aurait voulu lui prendre la main et l'attirer ailleurs afin d'être seule avec lui, comme avant… Mais autour d'eux, le monde tournait encore et –contrairement à autrefois- elle ne pouvait plus l'ignorer. Le monde réel pesait désormais dans leur propre monde qui s'était dès lors effrité et Ella le regrettait de plus en plus maintenant que les deux univers se confrontaient. Son regard oscilla entre les deux représentants essentiels à ces deux mondes : son père et sa mère, et elle comprit qu'elle aurait bien du mal à se faire à la présence de ces deux là dans la même pièce… Ou plutôt, qu'elle n'avait aucune envie de s'y faire !
Toby lui adressa un petit clin d'œil visant à un peu attirer l'attention sur lui, mais elle eut du mal à le remarquer et surtout à s'intéresser à lui. Tous ces neurones s'étaient connectés vers un seul et unique but : vérifier que ses parents ne se regardaient pas. Finalement, lorsque Toby se racla la gorge, elle lui décocha un petit sourire crispé. Les adultes autour d'eux s'enivraient de l'alcool elfique –si sucré qu'il se faisait facilement oublier- et Ella quitta sa place sur le tronc sans qu'aucun d'eux ne lui demande où elle comptait aller. Elle contourna le feu jusqu'à poser sa main sur l'épaule de Toby et il se releva –avec tant de difficultés qu'elle finit par le soutenir. Ils firent quelques pas dans un silence de plomb en direction de la surface plane à la pâleur lunaire de la Baie, lui boitillant sur une seule jambe et sa béquille de bois. Ce ne fut que lorsqu'elle fut certaine de ne pas pouvoir être entendue par les elfes ou les sorciers présents qu'elle marmonna :
« Je sens que je vais devoir le surveiller de près !
- Surveiller qui ? l'interrogea Toby en ayant déjà la réponse –absurde !- en tête.
- Mon père…
- Tu sais que la plupart du temps, ce sont les parents qui surveillent leurs enfants et non le contraire ? »
Elle leva les yeux au ciel, peu désireuse de répondre à cette question de pure rhétorique. Néanmoins, elle ne souhaitait pas expliquer à Toby les nuances de sa relation avec son père –qui étaient bien éloignées des frontières d'une relation logique père-fille. Il n'aurait pas compris. Il n'était pas aussi proche de ses parents qu'elle l'était de son père et ne le serait probablement jamais. Théo l'avait toujours protégé de tout… Et elle s'efforçait d'agir dans le bon sens afin qu'il ne souffre pas lui non plus. Sa mère le ferait souffrir, elle en demeurait persuadée… Et en tant que fille, elle se devrait absolument de le protéger et donc d'éloigner Hermione de lui.
Un plan se formait déjà dans son esprit à mesure que les secondes passaient et Toby demeura silencieux, la laissant se perdre dans ses pensées dont il imaginait sans peine le scénario tortueux. Il se rendait compte qu'à force de passer du temps auprès d'elle, il comprenait parfaitement les subtilités de son cerveau. Il savait donc qu'elle ne pensait pas à quoi que ce soit de romantique –contrairement à lui. Il glissa sa main dans la sienne, mêlant leurs doigts, puis la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser, interrompant ses sombres plans visant à éloigner ses parents l'un de l'autre.
« Je meurs d'envie de me baigner maintenant… susurra-t-il contre ses doigts, remarquant facilement les frissons se formant sur la peau pâle de sa petite amie.
- Tu peines déjà à marcher.
- Tu m'aideras à ne pas me noyer en me maintenant serré contre toi.
- Est-ce une proposition, Monsieur Malefoy ? rétorqua Ella avec un rire charmeur.
- Devine… »
Il se pencha légèrement vers elle en plaçant ses doigts sous son menton, l'attirant vers lui pour l'embrasser avec une tendresse réconfortante. Elle oublia momentanément sa famille complexe et les problèmes qu'elle aurait à résoudre très prochainement et renforça leur baiser, plongeant dans cette chaleureuse étreinte. Elle se sentait si bien dans ses bras qu'elle profita de cet instant et négligea sa blessure en s'appuyant davantage contre lui. Le grondement de douleur qui s'échappa du torse de Toby la lui remémora et elle s'éloigna avec un sourire d'excuse.
Pour se faire pardonner, elle l'attira vers la Baie et –voyant l'étincelle lubrique illuminant ses orbes bleus- se sentit obligée de préciser :
« Juste une petite baignade pour nos orteils ! Ne comptes pas sur moi pour y entrer entièrement ! »
Elle retira ses chaussures en un mouvement mécanique et il fit de même avec une grimace lorsqu'il tendit sa jambe devant lui. En quelques pas de plus, l'eau leur chatouilla les pieds, glaciale, mordant leur peau et les faisant frissonner l'un contre l'autre. Ella claqua des dents et Toby enroula son bras autour des épaules dénudées de la jeune fille, étonnamment romantique pour un adolescent –bien qu'Ella finisse par s'y habituer désormais.
« Je m'attendais à un phénomène miraculeux ! chuchota-t-il contre son oreille sur un ton plein de mystère comme s'il ne voulait pas offenser la Baie.
- Tais-toi… Autrement, avec la chance qu'on a, je tomberais enceinte même si on ne fait pas l'amour. Et je te préviens que si ça arrive, je partirais en te refilant le bébé et tu en feras ce que tu voudras ! »
Il haussa un sourcil, étonné, et elle lui tira bêtement la langue avant d'éclater de rire devant sa mine défaite. Soulagé de constater qu'elle plaisantait –n'est-ce pas ?- il secoua la tête pour s'enlever les images de lui avec un bébé pleurnichard et baveux dans les bras.
« T'as un sens de l'humour franchement douteux, Ella…
- Merci. »
Il ricana amèrement en comprenant qu'elle ne se laissait jamais démonter et l'attira davantage contre son torse pour une étreinte de dernière minute. Il se doutait bien qu'un elfe –Eingil par exemple- viendrait les embêter, ou que son père –malgré le taux d'alcool ingurgité- se plairait à le torturer et à lui faire honte comme seuls les parents peuvent le faire. Il se devait de profiter un peu de ces instants de solitude qui se feraient rares désormais.
« Tu sens le brûlé… remarqua-t-il en humant son parfum, sourcils froncés.
- C'est à cause de l'explosion. »
Elle releva les yeux vers lui, ses iris brillants d'une toute nouvelle lueur luxurieuse particulièrement appétissante pour Toby.
« A défaut de nous baigner dans la baie… la salle de bain proche de notre chambre pourrait suffire n'est-ce pas ? »
Toby éclata de rire et acquiesça, son regard s'illuminant à son tour alors que l'idée d'Ella s'infiltrait dans son esprit. Il l'embrassa à nouveau, apparemment impatient du programme de leur soirée désormais plus défini et très alléchant.
Ils furent interrompus comme Toby l'avait prévu alors qu'ils renforçaient leur baiser et que leurs mains se la jouaient baladeuses. Un raclement de gorge les obligea à s'écarter l'un de l'autre et le jeune Malefoy grimaça en reconnaissant Théodore dans la semi-pénombre. Il n'était pas franchement préparé à une confrontation avec le père de sa petite amie. Il s'éloigna donc d'Ella, marquant un gouffre entre eux comme pour faire oublier à Théodore que sa langue était dans la bouche de sa fille trois secondes plus tôt. L'ancien Serpentard ne sembla pourtant pas se formaliser de ce qu'il venait d'apercevoir et esquissa simplement un sourire, ravi de découvrir que sa fille s'était un peu sociabilisée durant son séjour en enfer.
« Nous allons tous nous coucher. Il commence à se faire tard et il va falloir s'organiser afin de partir à l'aube demain matin. Ella, tu devrais rejoindre les autres. J'aimerais discuter un peu avec ton nouvel… ami.
- Papa…
- Ne t'inquiète donc pas. Je me montrerai aussi tendre que possible. »
Ella le fusilla du regard avant d'accorder un mini-sourire à son petit-ami, souhaitant lui insuffler un peu de courage dont il n'avait guère besoin. Toby se doutait bien que Théodore n'était pas du genre à le menacer de quoi que ce soit, du moins pas dès le départ. Il souhaitait sans doute le connaitre et savoir si il était aussi joueur que son paternel… Il aurait eu à s'inquiéter si tel avait été le cas. En quelques secondes, Ella fut bien loin de lui et il regretta qu'elle ne participe pas à l'entrevu. Théodore attendit qu'elle soit loin avant de grommeler à toute vitesse :
« Combien de petites amies as-tu eu ?
- Une dizaine.
- Tu avais quel âge lors de ta première relation amoureuse ?
- Treize ans.
- Avec combien de filles as-tu couché ?
- Une… trentaine, bredouilla Toby avec une grimace après une vague hésitation.
- Tu as déjà été amoureux ?
- Peut-être… Je… Je n'en sais rien. Sûrement pas. Mais avec Ella…
- Tu es amoureux d'elle ?
- Aucune idée. Sûrement.
- Si tu ne le sais pas c'est que tu ne l'es pas, rétorqua Théodore en un soupir comme s'il énonçait là une vérité d'une simplicité déconcertante et qu'il l'apprenait à un imbécile.
- Vous avez raison, monsieur. Mais… je…
- Tu ressens pour elle des choses que tu n'as jamais ressenties pour personne, blablabla… J'ai déjà tenté de charmer les parents des filles pour les mettre dans mon lit moi aussi, et ce bien avant toi !
- Je ne tente pas de…
- Oui, c'est déjà fait donc tu n'en as plus rien à faire d'Ella à présent. »
Toby se figea, la bouche entrouverte, incapable d'énoncer un seul mot de plus alors que les commissures des lèvres de Théodore se soulevaient en un sourire moqueur. Toby resta immobile une seconde, comprenant qu'il s'agissait simplement d'un test et qu'il échouait un peu plus à mesure que les secondes passaient. Alors il inspira à fond et se lança :
« Je n'ai que dix-huit ans alors je ne sais sûrement rien de l'amour, mais ce que je ressens pour Ella est très proche de ce que j'ai eu comme définitions… Que ce soit celles des dictionnaires ou celles qu'on m'en a faites d'expériences ! Alors, je ne suis pas en train de jouer avec elle. C'est sérieux. Je ne vais pas la laisser tomber simplement parce qu'on a déjà… fait l'amour ! »
Le sourire de Théodore devint plus sincère et il tapa amicalement l'épaule du jeune homme rougissant qui en resta bouche bée.
« Bien joué.
- Qu'est ce que j'ai dit ?
- Tu as utilisé l'expression « faire l'amour »… Si tu t'amusais, tu aurais dit « coucher », « baiser », « faire des galipettes » ou d'autres termes plus vulgaires qui t'aurais envoyé dans la baie, laquelle se serait fait un plaisir de t'avaler tout cru !
- Vous blaguez, n'est ce pas ?
- Non. Mon poing t'aurait fracassé le nez, l'os se serait enfoncé dans ton crâne et tu serais mort. »
Le peu de couleurs restantes sur le visage du jeune Serpentard disparurent instantanément alors qu'il découvrait un homme aussi doué que lui pour être monstrueux. Il comprenait facilement pourquoi Théodore et son père avaient été amis durant l'enfance… Ils étaient aussi fêlés l'un que l'autre. Et hélas –il s'en rendait compte- Ella et lui avaient hérité de toutes leurs qualités… Et défauts !
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Ron quitta la salle de bain à l'immense baignoire que lui avait indiquée une jeune elfe particulièrement attrayante quelques dizaines de minutes auparavant. Les couloirs bruyants et emplis de monde étaient désormais vidés de toute vie et il regretta de ne pas avoir proposé à la créature de partager la baignoire avec lui tout simplement par crainte de se faire prendre. Encore gamin en bien des points, Ron n'appréciait que moyennement l'idée d'être surpris à faire des cabrioles… avec qui que ce soit ! Le souvenir de sa mère ouvrant la porte de sa chambre alors qu'il était en pleins ébats amoureux avec Hermione avant leur mariage était encore bien trop vif dans son esprit. Ce moment gênant au-delà de toute mesure lui avait au moins appris à soigneusement fermer les portes et à ne pas faire l'amour dans des lieux publics… C'était surtout la facilité d'accès aux salles de bains qui l'avaient incité à la prudence cette fois ci.
Il croisa une elfe d'une trentaine d'années sans doute qui sortait d'une pièce et avala difficilement sa salive alors qu'elle passait auprès de lui sans un regard. Cet endroit était un véritable repère de plaisirs pour les yeux : les paysages y étaient sensationnels et les femmes faisaient trembler de désir tout homme normalement constitué. Il se promit d'y revenir pour son quarantième anniversaire afin de s'organiser une petite orgie auprès de ces femmes que Masra qualifiaient d'ouvertes –d'esprit, bien entendu.
Il s'arrêta en entendant des bruits de pas –plus lourds que ceux des elfes ce qui lui fit comprendre qu'il s'agissait forcément d'un sorcier. Il avait vu tous ses compagnons prendre la route des chambres mises à leurs dispositions une heure plus tôt à l'exception de Théodore qui avait apparemment espéré un peu de solitude dans la Baie. Ron se prépara donc à rencontrer son ancien ami, qui –bien qu'il ne souhaite pas jouer les rancuniers- l'avait trahi de la pire façon qui soit. Il inspira à fond en remarquant une ombre au détour d'un couloir puis la silhouette sombre de Théodore qui le dépassait toujours de quelques bons centimètres. Il distingua les traits de son visage, assombri par la fatigue et les épreuves, lorsque ce dernier fit quelques pas de plus.
Théodore s'arrêta en remarquant enfin Ron et un bref sourire éclaira son visage avant que l'hésitation n'y prenne place. Il s'avança pourtant encore, de la même démarche gracile constitué de larges pas d'autrefois. Ron s'esclaffait toujours, énonçant que dans un pas de Théodore, il y en avait deux d'un homme normal et que cela était dû à sa double-maisonnée. Puisqu'il était à la fois Serpentard et Gryffondor, il semblait normal qu'il soit deux hommes à la fois !
« Je pensais que tout le monde dormait déjà, soupira Théodore en essayant d'engager une conversation qu'il savait inévitable. J'espérais éviter les discussions ce soir… »
Il n'eut pas le temps d'exprimer les raisons le poussant à s'isoler que le poing de Ron s'abattait contre son visage, l'envoyant en arrière pour finalement le faire tomber au sol. Théo s'était attendu à ce genre de coup. A dire vrai, il l'avait même attendu bien plus tôt, mais la présence des autres autour d'eux avait probablement bloqué le rouquin, étouffant cette pulsion de colère qu'il avait réfréné sans lui-même s'en rendre compte.
Théodore se massa le nez en restant écroulé sur le marbre blanc du sol, tâtonnant afin de vérifier s'il ne s'était rien cassé, puis finalement releva la tête vers Ron qui tripotait son poing avec une mine défaite. Cet air abasourdi lui arracha un éclat de rire et Ron lui-même réprima un sourire avant de s'excuser maladroitement en lui tendant la main afin de l'aider à se redresser :
« Désolé… C'était pour sauver mon honneur, je crois… »
Le sourire de Théodore lui fit comprendre qu'il ne lui en voulait pas du tout et Ron secoua la tête avec une grimace nerveuse, apparemment choqué par la violence qui avait émané de son propre corps. Théo posa sa main sur son épaule et marmonna avec un clin d'œil complice :
« Si j'avais été à ta place, tu serais mort à l'heure qu'il est…
- Si je l'avais découvert il y a seize ans, ça aurait probablement été le cas, rétorqua sagement Ron en haussant les épaules. Mais… c'était il y a longtemps et tout est différent désormais. De plus, j'ai eu quelques semaines pour m'habituer à la situation alors…
- Je suppose qu'Ella est pour beaucoup dans ta décision de ne pas m'étriper ? »
Ron acquiesça avec un ricanement gêné, troublé à l'idée que Théo puisse comprendre ce qu'il ressentait pour Ella, curieux aussi de savoir comment il pouvait le comprendre. Après tout, il n'avait pas encore passé assez de temps auprès de sa fille pour que cette dernière lui ait expliqué tous les détails de leurs aventures… Pourtant, Théodore semblait avoir parfaitement saisi la situation désagréable dans laquelle Ron se trouvait, installé entre la colère et le bonheur, la rancune et le soulagement. L'ancien Serpentard lui accorda l'un de ces sourires parfaitement hautains dont il avait le secret, celui clamant haut et fort « Je sais tout mieux que tout le monde » et lança :
« J'ai cru perdre Hermione pendant neuf mois… Et l'arrivée d'Ella dans ma vie m'a offert une autre chance, une petite part d'Hermione… Je comprends que tu vois Ella comme cette seconde chance toi aussi, même si elle remplace quelqu'un qui n'a jamais vraiment existé. »
Ron haussa les épaules pour seule réponse, peu amène à aller sur ce terrain là, dangereux, glissant, vers cet abîme de souvenirs qu'il avait déjà ouvert quelques jours auparavant avec Ella et qu'il préférait désormais refermer, même si l'arrivé de Théo l'amenait au contraire à s'y replonger. Le brun comprit facilement que Ron n'était pas prêt à discuter réellement avec lui. Après tout, pouvait-il réellement lui en vouloir ? Il était celui qui lui avait volé la femme qu'il aimait, qui lui avait fait perdre –inconsciemment certes- un enfant qu'il aurait pu choyer éternellement, qui avait fracassé ce reste de famille qui lui restait… Il était celui qui au fond avait bousillé sa vie, ce bonheur enivrant si rarissime durant la guerre.
Théodore s'en voulait encore parfois en y repensant. Mais il voyait toujours Harry auprès de Ginny, Ron avec Hermione, ce rêve tout éveillé qu'ils semblaient tous vivre au jour le jour alors que tout autour d'eux, le monde sombrait. Hermione représentait ça aussi, ce bonheur, cette joie… Il avait voulu y goûter, avait choisi la cible la plus plaisante, la plus proche, la plus attirante, son fantasme d'adolescent. Il avait prié pour atteindre le rêve qu'elle vivait auprès de Ron et s'était finalement contenté de le frôler du bout des doigts tout en fracassant celui qu'elle aurait pu vivre auprès d'un autre.
Perdu dans ses pensées, il ne perçut pas les bruits de pas se rapprochant, contrairement à Ron qui remarqua Hermione et se sentit soudainement de trop. Théo finit par revenir au présent en voyant l'air embarrassé du rouquin –qui se colorait de rouge- et suivit son regard pour apercevoir la femme qu'il avait évité durant les dernières heures tout en mourant d'envie de relâcher sa vigilance.
Hermione blêmit très légèrement et tourna les talons en une nanoseconde, avec l'espoir vain et surtout irréaliste qu'ils ne l'aient pas vue. Le regard de Théodore oscilla entre Ron et la silhouette de la femme qui s'éloignait. Son hésitation fut perceptible, mais le dodelinement de la tête de Ron l'encouragea et il se détourna pour suivre Hermione, laissant son ancien ami seul dans le couloir. Celui-ci resta sans bouger quelques secondes puis se dirigea, décidé cette fois, vers les salles de bain, espérant encore y trouver une elfe capable de faire évacuer toutes les tensions de son corps.
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Ella s'immergea dans la baignoire –semblable à une mini piscine- en réprimant un claquement de dents sous l'effet de l'eau glacée contre son corps. Toby suivit chacun de ses mouvements sans même ciller une seule seconde comme pour savourer chaque instant de son installation auprès de lui. Autour d'eux, le silence s'était établi au fur et à mesure que le temps passait et la lune –désormais haute dans le ciel- éclairait la pièce par une simple lucarne placée juste au dessus de leurs têtes. Ella s'enfonça jusqu'aux épaules dans l'eau avant de faire quelques brasses, savourant le plaisir de nager en direction du jeune homme savamment assis dans une nudité complète de l'autre côté du bassin.
Elle se glissa au dessus de lui tout naturellement, frôlant sa peau de la sienne en souriant, presque sadique d'offrir ainsi à ses yeux des plaisirs qu'il ne pourrait savourer que lorsqu'elle le lui permettrait. En effet, depuis qu'il était blessé, le contrôle revenait entièrement à Ella qui se plaisait bien évidemment à ce nouveau rôle de commandante. Sa poitrine se plaqua contre le torse de Toby et ce dernier ferma les yeux en l'attente d'un baiser qui arriva plus rapidement qu'il ne l'avait imaginé. La bouche d'Ella taquina la sienne avec un savoir faire déroutant qui lui donna envie de plus… Encore et toujours plus ! Il passa sa main contre la nuque de la jeune femme pour la forcer à accélérer un peu le rythme, mais cette dernière se dégagea avec la célérité d'un chat avant de lui tirer la langue, telle une enfant qu'elle était toujours au fond.
Il balança la tête en arrière, la laissant reposer contre le rebord du bassin, en l'attente d'autres caresses qui ne tarderaient pas à venir l'échauffer. Ella n'était jamais assez patiente alors que lui –tant qu'il était certain d'arriver à ses fins- pouvait se montrer impassible durant des heures. Il ne fallut en effet pas plus de trente-six secondes –il compta- pour que la bouche d'Ella se retrouve tout contre la sienne. Il sentit avec un plaisir incommensurable la main de la jeune fille passer prêt de sa blessure avant d'aller se caler entre ses cuisses. Il enserra la taille d'Ella de ses bras, l'embrassant languissamment alors qu'elle cherchait à lui procurer du plaisir –chose plutôt rare car en général c'était lui qui en offrait- de ses mains.
Il aurait tant voulu être plus valide, la faire basculer dans l'eau, la prendre dans ses bras à l'en étouffer… Au lieu de ça, il dégustait chacun de ses baisers comme s'ils s'agissaient de rarissimes friandises. Il sentait déjà qu'elle s'éloignait de lui et resserra son étreinte avant de réaliser qu'elle était toujours là, tout contre son torse, sa main seul se mouvant entre leurs deux corps alors qu'elle se redressait très légèrement afin qu'il puisse se glisser en elle. Il la sentit se détendre brusquement, comme si elle avait attendu ce moment toute la journée et un rire lui échappa alors qu'il descendait vers son cou pour y déposer quelques baisers. Elle se laissa basculer en arrière, espérant de nouvelles caresses, des étreintes plus brûlantes encore… La bouche de Toby engloba l'un de ses tétons, mordillant tendrement sa peau alors qu'un gémissement s'échappait de la gorge offerte d'Ella, haletante.
Il s'évertua à lui donner du plaisir alors qu'il sentait qu'elle lui échappait sans pour autant comprendre d'où lui venait cette impression néfaste. Il tenta tant bien que mal de fuir ses sombres pensées qui obscurcissaient son plaisir et sa patience à attiser son désir. Il eut le sentiment d'être pitoyable alors qu'elle-même s'envolait vers un paradis momentané qu'il ne parvint pas à atteindre à son tour.
Lorsqu'elle posa sa tête contre son torse, à l'écoute des battements de son cœur, il réalisa qu'il avait passé tout leur rapport à penser à ses ressentiments au lieu de profiter de l'instant. Ce ne fut que lorsqu'elle murmura : « Il faut vraiment que j'éloigne très vite mon père de ma mère ! » qu'il comprit d'où venait le problème. Ella avait déjà la moitié de son esprit à l'autre bout du monde, dans un pays où Hermione n'aurait pas de place… Et où lui non plus –bien qu'elle semble l'avoir oublié- ne pourrait plus la voir.
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Hermione entendait les pas de Théodore dans son dos depuis une bonne dizaine de minutes déjà alors qu'elle cherchait à le fuir sans pour autant avoir la moindre idée du lieu où elle pourrait se cacher. Lui-même aurait pu la rattraper réellement, mais se contentait de sagement la suivre, à quelques mètres de distance –un écart sans nul doute désiré qu'il ne souhaitait franchir. Il ne semblait prêt à lui adresser la parole et elle ne désirait pas se retourner pour le voir en face et ainsi accepter sa présence. Elle aurait dû se mettre à courir peut-être, cela aurait sans doute suffit à démontrer son refus de communiquer à Théodore… qui ne l'aurait probablement pas accepté de toute façon.
Elle inspira profondément tout en franchissant les portes toujours grandes ouvertes menant à la salle principale du royaume elfique, là où ils avaient fait la rencontre de Meleke pour la toute première fois. Le regard de l'ancienne Gryffondor se porta mécaniquement à l'estrade sur laquelle était disposée –depuis une éternité- un siège taillé dans du bois aux courbures exceptionnelles et elle cessa d'avancer. Derrière elle, Théo aussi s'immobilisa, conscient qu'elle n'avait pas choisi ce lieu là par hasard. Après tout, leur aventure avait démarré dans cette même pièce, des années lumières auparavant… Il avait suffit à Meleke de prononcer quelques mots concernant les lignes d'une main pour qu'il se mette à espérer et qu'Hermione commence à douter, pour que chacun de leur côté, pour des raisons distinctes, s'imaginent une relation qui était devenue réelle finalement.
Théodore s'avança de quelques pas encore afin de se retrouver auprès d'une Hermione aussi effrayée qu'autrefois, même si les causes de son trouble étaient totalement différentes. La gorge sèche, il s'efforça à trouver quelque chose à dire, une phrase pouvant résumer tout ce que son esprit tourmentait, mais le passé se mêlait au présent alors qu'il souhaitait simplement discuter du futur, de ces quelques jours où ils devraient cohabiter. Il voulait juste simplifier les choses ! Néanmoins, sa mémoire lui envoyait mille signaux, mille bribes de souvenirs qu'il se ressassait nerveusement alors que d'ordinaire, seuls ses rêves impliquaient Hermione. Il frotta son pouce et son majeur l'un contre l'autre, en proie à des souvenirs peu recommandables qui faisaient naitre de nouvelles envies.
Hermione tourna légèrement la tête vers lui, attendant qu'il parle –puisqu'il l'avait suivi, il devait bien avoir quelque chose à lui dire !- et le contempla soigneusement, comme lorsqu'elle tentait désespérément de percer à jour le masque de tendresse qu'il lui renvoyait alors qu'il était épuisé par leurs recherches et leurs nuits. Elle remarqua que son bas de pantalon était humide et ne put s'empêcher de l'énoncer à haute voix :
« Ton pantalon est mouillé… »
Il tourna la tête vers elle à son tour, croisant un instant son regard avant qu'elle ne fuit le sien. Il eut le temps d'y lire une gêne certaine mêlé à un soupçon de regret et haussa les épaules en répondant simplement, tout en ayant l'impression d'être un parfait imbécile :
« J'ai marché dans la Baie, comme… Comme on le faisait toujours toi et moi avant d'aller nous coucher juste parce que les cailloux qu'il y a au fond sont tous ronds, qu'ils roulent et qu'on a…
- L'impression de pouvoir glisser à chaque pas, conclut-elle avec amertume. Je me souviens. »
Une ébauche de sourire marqua les lèvres de Théo qui s'enhardit de découvrir qu'elle acceptait désormais de partager ses souvenirs avec lui, alors qu'à une époque, elle jouait à l'amnésique. Il enfonça ses mains dans ses poches, et pivota pour lui faire face. Hermione éprouva le désir quasi irrésistible de le repousser, de le frapper même… Une colère vaine et irraisonnable qu'elle n'attendait pas. Elle comprit en découvrant son expression placide qu'elle aurait voulu l'étriper d'apparaitre aussi calme alors qu'elle était au bord de l'implosion. Elle regrettait aussi qu'il n'ait pas su davantage protéger leur secret commun, Ella, alors que sa séquestration n'était pas un choix vicieux de sa part pour faire entrer Ella dans sa vie et la briser un peu plus.
« C'est impensable d'avoir tant de choses à se dire et de rester muets… marmonna Théo dans sa barbe.
- Tu m'as suivie, non ? répliqua-t-elle avec une sécheresse imprévisible. C'est donc toi qui as des choses à dire ! »
Son ton déplut fortement à Théo qui se rappela de toutes leurs disputes, dix-sept années plus tôt, de ces embrouilles qui les menaient toujours à une réconciliation sur l'oreiller, de leurs petits sourires partagés dès qu'ils sentaient leur rage commune s'effriter pour laisser place à un désir implacable. Pourtant, il acquiesça avec un haussement d'épaules nonchalant :
« Oui, j'ai des milliers de choses à te raconter... C'est long, seize ans, persifla-t-il en la fusillant du regard. Ella a fait ces premiers pas sur ces petits cailloux ronds dont on parlait il y a deux minutes. Son premier mot a été « maman », sans doute parce que je passais mon temps à parler de toi et que j'en étais encore à espérer naïvement que tu changerais d'avis et que tu reviendrais vers nous. Je lui ai raconté notre histoire pour la première fois quand elle avait quatre ans, parce qu'un garçon en ville l'avait traitée d'enfant « batarde » et qu'elle avait demandé où tu étais.
- Théo… »
Elle aurait sérieusement voulu qu'il se taise finalement, qu'il la ferme une bonne fois pour toutes afin de ne pas avoir à entendre tout ça, choses dont elle aurait voulu se moquer mais qui la blessaient malgré elle. Il continua comme si elle ne l'avait pas interrompu.
« J'ai simplifié l'histoire au départ, mais elle était assez intelligente pour comprendre ce que je taisais. Elle m'a boudé pendant des semaines parce que, selon ses propres termes, j'avais tenté de « voler l'amoureuse d'un autre » et que c'était mal… Puis sa colère s'est déplacée vers celle qui était absente, toi, puisque tu l'avais abandonnée. Et je suppose qu'elle ressasse sa haine envers toi depuis cette époque et qu'elle a dépassé le stade du rationnel désormais puisqu'il suffit que je t'évoque pour qu'elle se ferme.
- Théo, arrête ! coupa-t-elle en plantant son regard dans le sien dans l'espoir que cela le ferait taire.
- Donc, je présume qu'elle a été une vraie peste avec toi durant ces semaines, ce serait logique. Ella m'a toujours été très fidèle et à ses yeux, tout est toujours blanc ou noir… Je suis le bon côté et toi le mauvais. On sait tous les deux qu'elle a tort sur ce point, qu'on est autant responsable l'un que l'autre, mais à ce sujet, je crois qu'elle est toujours la fillette de quatre ans qui rêvait d'avoir une maman comme tout le monde et qui continuait à espérer secrètement –alors que j'avais moi-même abandonné cette idée- que tu reviendrais. »
Hermione tourna les talons avec la rapidité d'un éclair, souhaitant le fuir une fois encore avant de se mettre à lui hurler dessus comme elle voulait tant le faire. La main de Théodore s'enroula autour de son poignet, tel un serpent qui coupa sa circulation, et d'un mouvement brusque, il la força à se retourner, l'empêchant de se défiler une fois de plus. Il lui infligea inconsciemment une certaine douleur et elle ferma les yeux, des larmes perlant aux coins de ses paupières.
« On ne va pas passer les prochains jours à s'éviter ! grommela-t-il avec colère. Nous sommes des adultes. Nous ne pouvons nous comporter comme deux idiots d'ados ayant flirté un soir et ne souhaitant assumer leurs actes… On a déjà joué à ça après notre relation. Ne compte pas sur moi pour recommencer ! »
Elle se dégagea de sa poigne avec violence et il recula d'un pas en apercevant la noirceur de ses iris et la fureur non feinte qu'elle dégageait désormais, si vive qu'elle aurait pu le brûler.
« Pourtant, je pense que ce serait beaucoup mieux !
- Pour toi, ajouta-t-il avec un rictus railleur. Ce serait plus facile pour toi et le reste de ta vie… Ce ne serait pas juste pour autant et sans doute pas mature de notre part.
- Alors quoi ? cracha Hermione en s'éloignant de lui, visiblement de plus en plus agacée par la présence de Théodore auprès d'elle, échauffée par elle-ne-savait-quoi qui lui taraudait l'esprit et la rendait folle de rage. On va jouer à être des amis ? On va se parler comme si rien ne s'était jamais passé ?
- C'est ce qu'on a fait il y a dix-sept ans…
- J'étais différente il y a dix-sept ans. J'avais des choses à cacher. Nous… nous avions des choses à cacher ! Maintenant, un simulacre de relation pseudo-amicale ne servirait à rien.
- Alors parlons simplement… comme… d'anciens amants qui se détestent, comme d'anciens amis qui ont couché dans le même lit, comme deux anciens compagnons de guerre. Mais nous ignorer de résoudra rien.
- Rien ne pourrait résoudre quoi que ce soit, Théo. »
Il baissa les yeux, ses poings se crispant dans ses poches alors qu'il mourrait d'envie de cogner dans quelque chose. Il avait si souvent imaginé ces retrouvailles… Parfois chaudes et suaves, charnelles. Parfois violentes, pleines de regrets et d'amertumes. Jamais vides de sens. Et pourtant, maintenant qu'il se retrouvait face à elle en réalité, il se sentait incapable d'agir en conséquence. Il aurait souhaité lui hurler dessus, lui faire mal autant qu'elle lui avait fait mal. Ou l'embrasser, poser sa bouche sur la sienne pour goûter encore l'arôme sucré de sa peau, taquiner sa langue de la sienne… Il avait tant à faire qu'il se retrouvait à ne pas savoir vers quoi pencher. Quel sentiment devait dominer ? Tiraillé, il s'éloigna un peu plus d'elle, comme pour reprendre ses esprits.
Elle se contenta de croisa ses bras sur sa poitrine, faible barrière de protection qu'elle dressait entre eux comme pour l'empêcher de l'atteindre plus encore. La boule de nerfs obscurcissant sa gorge avait retrouvé sa place et désormais, elle aurait vendu son âme pour un verre d'alcool fort, pour se perdre et plonger dans l'oubli rassurant d'un liquide nacré.
« On doit juste… prendre du recul par rapport à tout ça pour l'instant, chuchota-t-elle finalement, le cœur au bord de l'explosion tant il battait fort dans sa poitrine. Je ne suis pas prête à…
- Tu n'as jamais été prête. Tu ne le seras jamais. Mais tu dois comprendre que tu n'es pas seule dans cette histoire. »
Il revint vers elle à grandes enjambées et elle recula d'un pas effarouchée par l'ambition trônant dans le regard sombre de son ancien amant, ce désir de possession qui la faisait frémir de désir autrefois et qui l'effrayait tant désormais. Il s'immobilisa face à elle, si proche qu'elle aurait pu le toucher. Pendant un instant suspendu dans le néant de ses souvenirs, elle imagina qu'elle pouvait le faire, se rapprocher encore et… Et quoi au juste ? Replonger ? Elle ricana intérieurement, se moquant de ses propres idées. Il continua sans se soucier de comprendre ou non le sourire qui avait brièvement illuminé ses traits si tirés.
« Je suis là moi aussi. Et Ella…
- Ta fille sera heureuse de nous voir nous éviter.
- Ma ? répéta-t-il, narquois. Je ne savais pas que je l'avais faite tout seul ! Notre. Ella est notre fille. Et il n'y a pas qu'elle. Tes fils, nos amis… Nous avons un passé commun, Hermione. Ella en est la preuve. Nous ne pouvons faire comme si de rien n'était ! Tu… Tu continues à être la même Hermione finalement.
- Je suis censée savoir ce que ça veut dire ? Tu vas me traiter de monstre comme les autres ?
- Je doute qu'ils te traitent comme un monstre… Mais un monstre d'égoïsme, ça c'est sûr. »
Elle fut surprise par sa propre envie de le gifler et –comme le pressentant- il s'éloigna de sa portée en s'excusant d'un regard, troublé par ses mots qui avaient dépassé sa pensée. Pourtant, une fois encore, il s'étonnait de cette faculté que possédait Hermione : celle d'oublier les autres pour se focaliser sur ses sentiments. Monstre d'égoïsme… C'était son pire défaut. Il l'avait compris en voyant Ella pour la première fois, en découvrant cette toute petite chose presque chauve et toute baveuse qui ressemblait tant à Hermione. Il s'était demandé comment elle avait pu l'ignorer, comment elle avait été capable de repousser une créature aussi adorable. Il avait fini par comprendre qu'Hermione se souciait avant tout de son propre bien-être et qu'Ella avant même de naître avait failli tout gâcher. Egoïste…
Il sentit qu'Hermione l'observait toujours et le dégoût qu'elle lui inspira un instant le rendit presque malade. Malgré tout ce qu'elle avait fait, il s'était évertué à lui trouver des excuses, à chasser tout sentiment négatif car sa rancœur menaçait alors de l'étrangler et de se transformer en regrets. Et puisque sa relation avec Hermione lui avait apporté Ella, pourquoi aurait-il dû la regretter ? Pourtant, cette fois, en réalisant qu'elle était toujours la même et que malgré toutes les années rien n'avait changé, il laissa le négatif prendre un peu plus de place dans son cœur. Il s'en voulu, mais cette mesure de protection lui assurait au moins une chose : il ne pourrait pas être plus déçu qu'il ne l'avait déjà été, elle ne pourrait pas le briser davantage.
Il se tourna vers elle avec un air résolu, son regard empli d'un désappointement légitime et acquiesça à une question qu'elle n'avait pas encore posée.
« Tu as raison finalement. Mieux vaut nous ignorer, ça nous évitera bien des déboires. »
Il passa près d'elle sans un regard de plus et elle dut enfoncer ses ongles dans ses avant-bras pour retenir le désir de lui courir après qui lui entortilla les entrailles. Ce ne fut que lorsque ses pas s'éloignèrent qu'elle respira à nouveau correctement, heureuse d'avoir su l'écarter au fond, soulagée d'avoir évité une confrontation et surtout de s'être ainsi protégée. Il se tenait toujours à ses résolutions. S'il avait décidé de l'ignorer, elle pourrait agir de même et ainsi éviter les tourments que son cerveau lui infligeait depuis des heures.
Elle se devait de cesser de penser à ce qu'elle avait ressenti et ressentait peut-être encore. Elle avait bien d'autres préoccupations après tout… Elle attendrait qu'il retourne en Australie et pourrait à nouveau l'enfermer dans cette petite case au fin fond de son crâne et bloquer la serrure pour qu'elle ne puisse plus jamais s'ouvrir. Mais avant tout ça, elle devrait supporter quelques jours en sa compagnie puisqu'il l'avait décidé ainsi… Elle ne mit que quelques secondes à se décider : il lui fallait de l'alcool et ce de toute urgence.
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Scott se réveilla en sursaut, le corps recouvert de sueur, le souffle court, les battements de son cœur tambourinant jusqu'à ses tempes. Le rêve dont il venait de s'extirper avec toutes les difficultés du monde avait laissé des traces sur son corps –dont une dans son bas de pyjama- et il rugit de mécontentement avant de se laisser retomber sur son matelas, frustré. Quelques flashs de son rêve lui revinrent par bribes et il réalisa que la fille sur laquelle il venait de fantasmer n'avait pas de visage et qu'à mesure qu'il tentait d'appréhender des détails, ceux-ci lui échappaient… Il passa sa langue sur ses lèvres avec l'impression de pouvoir encore goûter aux lèvres qu'il avait mille fois embrassées durant ces songes de cette courte nuit.
Il ferma les yeux en plaquant ses paumes ouvertes contre son visage comme pour se cacher d'il-ne-savait-qui, comprenant le sens d'un tout nouveau mot : culpabilité. En quelques secondes, il se retrouva assis sur son lit et son regard assombri de fatigue parcourut l'espace restreint du dortoir où ses condisciples dormaient encore profondément. Il se leva tranquillement en ébouriffant sa tignasse rousse et ramassa quelques vêtements qui trainaient au sol. Chez lui, sa mère était toujours là à insister pour qu'il se montre un peu plus organisé… A Poudlard, il se sentait dépassé par le bazar que les elfes ne prenaient même plus la peine de ranger.
Il se retrouva dans la salle de bain commune aux garçons de sa maison et se doucha à la va-vite afin de débarrasser son corps de la moiteur lui donnant l'air malade. Il resta sous le jet d'eau un peu plus longtemps que nécessaire, à la recherche d'images plus nettes de son rêve érotique. Il apposa son front contre le mur de carreaux blancs, laissant l'eau dégouliner sur lui en tentant vainement de définir l'objet de ses fantasmes. Il aurait souhaité que la solution lui saute aux yeux, que le nom de Maïa résonne clairement à son esprit… Mais non. Une petite voix sérieusement désagréable lui soufflait un prénom bien différent qu'il ne souhaitait entendre.
Il sortit de la douche, de plus en plus désespéré, et se sécha à moitié avant d'enfiler des vêtements plus ou moins propres –il ne prit même pas la peine de vérifier. D'ordinaire, il était de bien meilleure humeur le samedi matin… Surtout grâce à l'entrainement de Quidditch. Cette fois, il rêvait de rentrer chez lui pour se gaver de cookies au chocolat préparé par sa mère tout en écoutant les babillages de gosse de Timothy. Conscient que cette idée était totalement utopiste, il se convainc que la meilleure attitude à avoir en des temps aussi troublés était de se contenter de ce qu'il pouvait obtenir. En résumé, tous les desserts préparés par les elfes de maison courbant sous le poids d'un travail difficile.
Il se retrouva devant le tableau exposant un panier de fruits en un quart d'heure à peine. Les couloirs encore vides à une heure si matinale eurent le don d'apaiser un peu ses pensées tortueuses et c'est avec un sourire qu'il chatouilla la poire, tout content de pouvoir se réfugier dans un endroit emplis de nourriture. Trop absorbé par ses pensées, il lui fallut quelques secondes de trop pour réaliser qu'il n'y avait pas que des elfes dans les cuisines cette fois ci, mais aussi une jeune fille.
Scarlett, installée avec un grimoire aussi gros que son buste tout entier et une part de tarte à la citrouille, leva les yeux vers le passage secret qu'elle connaissait depuis une douzaine d'heures à peine et rougit jusqu'à la racine de ses cheveux. Scott salua tranquillement les elfes avant de la remarquer et s'empourpra à son tour –et la rougeur de sa peau pouvait largement concurrencer celle de la jeune fille. Il marmonna une insulte qui lui aurait valu une tape sur la tête de son père s'il avait été présent, puis s'avança vers elle, son courage semblant fondre jusqu'au sol. Il craint momentanément de s'emmêler les pieds une fois encore mais tint debout. C'est en tremblant légèrement qu'il s'assit face à Scarlett et lui adressa le sourire le plus forcé qu'elle n'eut jamais vu.
« Hey ! lança-t-il, la gorge nouée d'une appréhension qui sembla suspendre le temps jusqu'à ce qu'elle trouve quelque chose à répondre :
- Hey toi-même. »
Ils partagèrent un sourire –ou plutôt un demi-sourire chacun- et elle replongea dans son manuel d'Histoire de la Magie de niveau supérieur sans plus en comprendre un seul mot. Il demanda quelques parts de plusieurs gâteaux différents à un elfe qui s'empressa de les lui apporter sans oser rompre le silence. Autour d'eux, les elfes de maison s'attelaient à la tâche afin que le petit déjeuner soit prêt lorsque les autres se réveilleraient. Scott et Scarlett, eux, semblaient ne pas franchement entendre le bruit assourdissant qui aurait pourtant dû les troubler.
Il se racla la gorge au bout d'une dizaine de minutes et elle leva les yeux vers lui, le jaugeant par-dessous ses cils –qu'il trouva incroyablement longs. Il ouvrit la bouche, la referma, puis la rouvrit pour enfin laisser des mots –autre que « Hey »- en sortir :
« Tu… Tu as bien dormi ?
- Non, dit-elle simplement, son regard expliquant de lui-même les raisons de son insomnie.
- Ouais… Moi non plus. Enfin, j'ai dormi… Mais j'ai fait des rêves bizarres…
- Pas de détails, s'il te plait, coupa-t-elle avant qu'il ne puisse ajouter un seul mot. Si je dois t'entendre décrire en long et en large la douceur des lèvres de Maïa lors de votre baiser de cette nuit ou les rêves dégoûtants qui s'en sont suivis… je préférerais franchement que cette tarte soit empoisonnée ! »
Il resta muet quelques secondes, sous le choc. Elle savait qu'il avait embrassé Maïa ? Et elle était en colère ?
« J'avais oublié mon livre dans la salle commune, murmura-t-elle doucement en réponse à sa question silencieuse. Et je vous ai vus.
- Oh… Je… Tu… Euh…
- Je ne parlerais pas de ce qu'il s'est passé entre nous quelques minutes avant ce baiser si c'est ce que tu veux savoir, annonça Scarlett froidement avec un haussement d'épaules. Je suis contente pour toi, vraiment. Après tout… tu as toujours attendu ce moment, non ? J'espère que c'était à la hauteur de tes espérances.
- En fait…
- Je dois aller à la bibliothèque pour étudier. »
Elle se leva d'un mouvement gracile qui suspendit le temps momentanément et coupa le souffle du jeune homme. Il eut l'impression d'étouffer sous le poids des mots qui voulaient s'extirper de sa gorge, mais qu'il ne parvenait même plus à formuler. Il posa violemment sa main sur la sienne alors qu'elle s'apprêtait à prendre la dernière bouchée de sa tarte et elle s'éloigna d'un bond, comme brûlée par son contact pourtant simple –et mille fois moins intime que celui de la veille. Il s'excusa d'un regard maussade avant de bredouiller :
« Je suis désolé… J'ai l'impression de m'être comporté comme un imbécile. Hier soir, je n'avais rien planifié de ce genre et… C'est arrivé d'un coup. Samya, puis toi, puis Maïa… C'était une journée complètement hallucinante !
- J'imagine, admit-elle en baissant la tête, manifestement gênée par cette conversation. Mais comme je te l'ai dis… Il ne s'est rien passé entre nous. On est… ami. D'accord ? »
« Non, pas d'accord. Je suis presque certain d'avoir rêvé de toi. Un rêve où tu étais à moitié nue. Un rêve absolument… » Bien évidemment, il s'obligea à taire cette partie de sa nuit et acquiesça avec un petit rictus presque semblable à un sourire. Elle s'efforça à faire de même, avala d'une bouchée le reste de sa tarte et serra son manuel contre sa poitrine avant de s'éloigner. Scott se laissa retomber comme un sac sur sa chaise et claqua son front contre la table en s'injuriant en rythme.
D'un côté, il aurait dû être heureux. Maïa et lui avaient enfin dépassé le stade de l'amitié et de l'attirance réciproque mais cachée. Il avait embrassé un canon qui faisait fantasmer tout l'univers sans que cela ait la moindre conséquence. Et la fille avec laquelle il s'était lié d'amitié en quelques jours ne lui en voulait pas alors qu'il s'était conduit comme un gougeât.
Il aurait dû être heureux… Mais, malgré son envie de faire comme si tout allait bien, il avait perçu le malaise entre Scarlett et lui et la jalousie dans sa voix lorsqu'elle avait énoncé le prénom de Maïa. Et il y avait ce rêve qui ne trouvait pas de sens. Il regretta instantanément de s'être montré si volage la veille et se promit d'être le plus fidèle des petits-amis de tout l'univers. Et pour ça, il devait déjà retrouver Maïa pour s'assurer qu'ils étaient bel et bien en couple tous les deux…
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Lorsqu'Hermione ouvrit enfin les yeux, le plafond s'approcha d'elle plusieurs fois, s'éloigna, le plafonnier se dédoubla et tournoya autour d'elle et elle crut être devenue folle… Avant de se souvenir que l'alcool ingurgité quelques heures auparavant pouvait être responsable de ces hallucinations. Elle se releva, en proie à de violents maux de tête et sursauta en croisant le regard assassin de Ron qui s'était assis au pied de son lit. Elle réalisa qu'elle n'avait aucun souvenir de sa fin de soirée et de la façon dont elle était revenue dans sa chambre et saisit à la menace présente dans les yeux de son ex-mari qu'il avait probablement dû s'occuper d'elle. Ses joues devinrent plus roses que jamais alors qu'elle tentait désespérément de se souvenir de quelque chose. Ron sembla comprendre les raisons de son trouble et marmonna :
« Masra t'a retrouvée dans la cuisine en faisant une ronde il y a une heure. On s'en va bientôt alors je préférerais que tu te dépêches un peu… Et j'espère que tu connais des sortilèges contre la gueule de bois parce que tu as l'air d'avoir passée une sacrée nuit et j'aimerais mieux éviter que tout le monde s'interroge à ce sujet. »
Il se leva avec un air las, comme si elle faisait peser un poids insupportable sur ses épaules. Elle eut l'impression d'être une adolescente prise en faute par un adulte et se promis de boire dans son lit la prochaine fois… Ou peut-être d'éviter l'alcool si elle y parvenait. Elle se leva, quittant l'étau confortable de ses couvertures en vacillant, nauséeuse. Elle réussit à atteindre la salle de bain à temps, percevant le soupir d'exaspération de Ron depuis la chambre. Une fois ses haut-le-cœur passés, elle prit une douche rapide et se lança de nombreux sortilèges afin de paraitre dans un état plus normal. En effet, Ron n'avait pas exagéré à la discréditant quelques minutes plus tôt. Elle avait une tête à faire peur.
Elle revint à la chambre et eut le déplaisir de voir que son ami était toujours là, la surveillant tel un bébé capricieux. Il la suivit du regard alors qu'elle enfilait quelques vêtements par-dessus ses sous-vêtements et –malgré sa pudeur- elle ne lui demanda pas de se détourner. Après tout, il l'avait vu nue plus d'une fois. Elle s'attacha finalement les cheveux, ce qui lui donnait toujours un air sévère. Mais cette fois ci, ils étaient si électriques qu'elle n'aurait rien pu faire de plus.
Elle énonça finalement un « Tadam ! » théâtrale lorsqu'elle fut entièrement prête et il leva les yeux au ciel. Elle faillit l'étriper. C'était son expression à elle ça ! C'était elle l'adulte normalement ! Et lui le gamin idiot qui ne savait ni changer une couche sans faire mine de vomir, ni contrôler un enfant plus de vingt secondes avant de bouder…
« Je suppose que l'état dans lequel tu t'es retrouvée a un rapport avec Théo, soupira le rouquin en ouvrant la porte de la chambre, la laissant passer devant avec galanterie.
- Ne compte pas sur moi pour des ragots. Je n'ai pas envie d'en parler.
- Je présume qu'il s'agit donc d'un « oui »… »
Elle le fusilla du regard et il haussa les épaules tout en observant les lieux dans lesquels ils avançaient. La nuit précédente, il avait trouvé refuge dans les bras d'une elfe sans doute plus expérimentée que toutes les femmes étant passées dans son lit –réunies ! La chaleur d'une étreinte lui avait remonté le moral et il s'était momentanément sentit fanfaron. Ce sentiment avait disparu en découvrant Hermione plongée dans un comac éthylique des plus inquiétants. Masra s'était chargé d'extirper l'alcool de son corps puis s'était éclipsé, le laissant seul avec ce semblant d'Hermione qu'il avait du mal à reconnaitre.
Ils débarquèrent dans la clairière en peu de temps, découvrant les autres membres de leur escouade qui s'organisaient pour un départ imminent. Ron regretta de ne pas pouvoir rester plus longtemps en croisant le regard d'une jolie elfe un peu plus jeune que lui. L'air canaille qu'arborait Blaise lui fit comprendre qu'il n'était pas le seul à avoir profité des plaisirs sensuels de ce lieu de charme. Il jeta un bref coup d'œil aux autres, remarquant qu'Ella semblait perdue dans ses pensées alors que Toby cherchait vainement à attirer son attention, la mâchoire crispée. Harry baillait sans interruption et Neville continuait à parler de botanique avec Théo qui ne savait plus comment échapper à ce tout nouveau fan. Il lui adressa un bref sourire auquel Théo répondit instinctivement avant de regarder Hermione pendant une nanoseconde. Il détourna finalement les yeux comme pour résister à une tentation mortelle.
« Et bien, les prochains jours vont être chargés… » grimaça Ron en baissant les yeux vers le sol pour ne pas voir la réaction d'Hermione.
Celle-ci s'éloigna, rejoignant Tonks et Luna qui ployaient sous les nombreux cadeaux des elfes. Ron secoua la tête, cherchant à se persuader qu'il n'avait pas à se mêler de la relation complexe qui liait encore inéluctablement Hermione à Théo. Masra apparut à ses côtés, si brusquement qu'on eut cru à une œuvre magique et lui accorda un sourire complice.
« Je vais vous conduire jusqu'à la sortie de la forêt, en espérant que rien de mauvais ne nous attend là-bas… Nous avons bien assez de complications à gérer. J'avoue que je suis impatient de connaitre la fin de leur histoire à ces deux là.
- Ne s'est-elle pas déjà finie ? rétorqua Ron avec un air suspect.
- Non, elle vient à peine de commencer… Dans leur couple, ils ne sont encore que deux adolescents perdus qui n'acceptent pas leurs sentiments de crainte que l'autre ne les ressente pas également et qui sont à la fois torturés par l'idée même d'être amoureux l'un de l'autre. Ils en sont au même stade que leur fille à vrai dire.
- C'est encourageant, railla le sorcier avec un ricanement caustique.
- Je dois dire que je suis heureux de ne pas avoir à participer à ce mélodrame. Je te souhaite bonne chance ! Supporter les petites guerres de ces deux idiots risque d'être relativement épuisant… »
Le regard de Ron oscilla entre ses deux amis et il passa nerveusement sa main dans ses épis roux avant de marmonner, désespéré :
« Je suis déjà épuisé ! »
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A l'autre bout du monde, les bureaux du Département des Mystères du Ministère de la Magie Chinois étaient en effervescence. L'un des laboratoires les plus secrets et le mieux gardé du projet 966 avait disparu de leurs écrans radars durant la nuit sans que personne ne s'en rende réellement compte et maintenant que la nouvelle faisait le tour du service, la peur gagnait chaque membre de la petite équipe d'hommes et de femmes responsables. Certains échangeaient des messes-basses en cherchant à joindre l'un des habitants du Dogme Principal placé au Brésil et se désespéraient de ne pas y parvenir.
Au bout d'une bonne demi-heure, ils finirent tous par comprendre qu'ils étaient perdus et qu'aucun d'eux ne reverrait la lumière du soleil avant que le problème ne soit résolu. Un petit bonhomme ne dépassant pas le mètre cinquante fut désigné pour aller prévenir le patron qui –enfermé dans son bureau du matin au soir- se déchainerait probablement sur lui. C'est en faisant de tout petits pas qu'il s'approcha de la porte. Située au bout d'un long couloir sombre seulement décoré de photos morbides d'êtres surnaturels écartelés dont les viscères se répandaient impudemment, elle semblait inatteignable.
Il frappa deux petits coups sur le battant et la porte s'ouvrit d'un enchantement. Il s'avança au centre de la pièce, les yeux baissés sur le tapis en signe de respect bien que son patron Occidental n'ait pas les mêmes notions que lui en la matière.
« Hiro, énonça le vieil homme de derrière son bureau. Que me vaut l'honneur de ta visite ? »
Le petit homme releva la tête en remontant ses lunettes qui menaçaient de tomber et fixa l'homme. Agée de soixante-dix ans au moins et à l'allure pourtant bien portante, il semblait indestructible. Une balafre marquait son visage, défigurant sa bouche qui ne pouvait plus former de réel sourire –mais en avait-il déjà offert un seul à quiconque ? Hiro frémit en le regardant. Malgré ses cheveux blancs et sa peau fripée par endroits, cet homme lui faisait peur. Il avait entendu mille histoires à son sujet.
Ancien mangemort, il avait torturé et tué des centaines de personnes et avait fui l'Angleterre dès que la guerre avait mal tourné pour ceux de son camp. Exilé en Asie, il s'était fait une place parmi ceux qui vénéraient le Seigneur des Ténèbres déchu et régnait désormais sur un petit monde. Ses plans machiavéliques l'avaient rendu célèbres dans ce bureau, même s'il préférait de loin l'ombre à la lumière.
« Le Dogme, Monsieur, articula le petit homme dans un anglais approximatif, le Dogme a disparu.
- Disparu ? répéta son patron dans un calme encore plus effrayant que la moindre colère.
- Nous ne parvenons pas à joindre le professeur Nedrig…
- Essayez encore !
- Monsieur Nott, nous avons tout essayé… »
Théophile Nott se leva de son siège en s'appuyant à son bureau de bois sombre, son regard noir lançant des éclairs. Il était furieux désormais et n'appréciait pas que ses larbins s'imaginent que le mot « impossible » entre dans leur vocabulaire. Sa main se resserra autour de sa baguette magique et il essaya de contrôler l'afflux de fureur qui annihilait toute autre sentiment.
« Essayez encore ! répéta-t-il d'une voix plus forte.
- Mais…
- Et retrouvez mon fils. Autrement, je peux te promettre que ni toi, ni tes petits camarades, n'aurez l'occasion de revoir les vôtres. »
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Note de l'auteur _ Tutututututu [ui bon, encore le générique de Stars Wars pour le suspens -dire le mot Suspens comme Gad Elmaleh dans Moi, Moche & Méchant =P], "Théo, je suis ton père ! - Nan !" [Que ceux qui n'ont pas vu Stars Wars lèvent la main puis le téléchargent sur internet bande d'inculturés xD]... Uhm, c'était franchement pas une bonne idée que je poste ce soir en fait parce que je raconte n'importe quoi alors... *En mode Ecris au rythme où elle pense & raconte donc tout ce qui lui passe par la tête [et en plus parle d'elle à la 3ème personne ce qui démontre un gros souci mental...]* Bref ! J'espère qu'il vous a plus ce chapitre... Ou pas d'ailleurs vu que c'est là où j'ai bloqué pendant deux mois sur le moment où Théo se réveille en fait puis quand Hermione rejoint la troupe au coin du feu... -_-" [bah ui, elle voulait pas avancer cette greluche ! & puis maintenant, elle reboit -enfin, si on peut dire qu'elle avait arrêté... xD] Je préfére les scènes Poudlardienne -parce que j'suis fana de Scarlett & que j'aime bien mon Scotty [pardon Snapou, c'est le tien ! =P] même si dans ce chapitre, il n'est franchement pas malin... [tous des dégénérés des sentiments les momes à Hermione !]
Sinon, côté "Baie", j'ai toujours envie de faire un gros câlin à Théo -même si j'lui en veux en même temps d'être pas sympa comme ça avec Hermione... & puis j'l'adore quand il pose plein de questions à Toby xD [Pov' Toby d'ailleurs... Snif !], ça va me faire trop bizarre d'abandonner Masra -parce que j'aime beaucoup écrire les scènes entre Hermione & lui parce qu'il analyse toujours tout au bon moment alors qu'après y'aura plus personne pour le faire [sauf si Pansy accepte de devenir sa psychomage ? xD Or not(t) !] & puis l'coup de poing de Ron quand même obligé ! [même si j'voulais pas que ça s'passe en public -non pas question de faire honte à Théo mais plutôt que j'avais pas envie que ça se transforme en baston vu que Blaise avait déjà un coup dans l'nez... xD]
Bref, je crois que c'était tout... x) Questions : Scott va-t-il avoir un cerveau ou demander conseil à quelqu'un ? Au retour en Angleterre, Ella va-t-elle se douter de quelque chose au niveau de la relation entre Scarlett & son "frère" ? Hermione & Théo vont-ils réellement s'éviter pour toujours [bien sûr que non ! -ui, je sais, c'est à vous de répondre, mais ça n'aurait aucun intérêt s'ils restaient chacun dans leur coin, autrement j'aurai fait mourir Théo xD] ? Comment Scott & Timothy vont-ils se comporter face à Théo [mouahahaha xD] ? Comment va se passer la retenue Charlie/samya [oui, je sais, elle devait être dans ce chapitre mais il commençait à être trop long alors que le prochain allait être trop court ! dizOlée ! -mais elle est écrite, c'est la 1ère scène du chapitre suivant !] ? Ella va-t-elle devenir aussi stupide que sa mômôn [Telle mère, telle fille !] ? Et... [tadam !] que va donc inventer monsieur Nott number One dans la suite ? =P [Pour indice, on reverra les Elfes ! ^^"]
Sinon, je pense poster la suite dans 2 semaines... -j'ai déjà la moitié du chapitre & j'espère le finir avant la fin de la semaine [selon si je tue ma boss ou non... dans c'cas j'irais en prison donc vous n'aurez jamais la suite xD] & j'crois que jusqu'à la fin, ça sera à ce rythme là -sauf si j'arrive vraiment à beaucoup écrire les week-end... [et puis normalement j'suis en vacances dans 2semaines donc j'écrirais tout le temps ! x)]
Bisous bisous, Reviews, Reviews ! x)
*¤ Bewitch_Tales ¤*
