Note de l'Auteur _ Coucou les gens ! Maudissez-moi, je vous le permets amplement ! Je le mérite carrément sur ce coup là... Surtout que je n'ai pas répondu à certains review [au bout d'un mois, je me suis sentie un peu ridicule à l'idée seule d'y répondre avant tant de retard...] donc vous pouvez me haïr éternellement. J'avoue que je ne m'attendais pas à ce que ma reconnection de neurone fanfictionnel prenne tant de temps, mais j'étais pas mal préoccupée par pleins de choses dernièrement & écrire a été relégué derrière des activités hélas obligatoires. J'en viendrais presque à regretter l'année du bac ! J'avais au moins les heures de cours pour écrire xD En tout cas, j'ai écrit ce chapitre en entier en deux jours la semaine dernière & j'ai eu le courage de le corriger qu'aujourd'hui -complètement à l'arrache en fait, j'sais pas si c'est la flemme ou la fièvre mais trouver les fautes était une expérience quasi traumatisante !
En fait, après ce chapitre, il en reste deux [J'ai changé les coupures & il s'est passé des trucs en avance dans la fic en fait... -Toby s'est excité trop tôt xD]& l'épilogue. J'ai pas mal avancé le dernier chapitre, mais pas le prochain -ouais, je recommence à ne pas écrire dans l'ordre... vous pouvez me tuez ! Quoi qu'il en soit, je pars à la Réunion à la fin du mois & je compte donc finir Ellarosa avant mon départ -un mois sans internet, je ne vais pas vous abandonnez à quelques lignes de la fin quand même. Donc... J'm'y remets vite !
Bonne lecture !
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Ellarosa - Chapitre 21
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« On reste impuissant face à certains aspects de sa propre personne. »
Paolo Giordano ; La solitude des nombres premiers.
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Hatïa observa le feu qui se déclarait dans les arbres qu'elle chérissait tant, brûlant leur écorce, enflammant leurs feuillages. Les yeux écarquillés par la terreur, de nombreuses minutes lui furent nécessaires pour qu'elle sorte de sa torpeur et –qu'à l'allure d'une enfant- elle courre jusqu'aux quartiers de sa mère pour la prévenir de ce qu'elle croyait être la fin du monde. Jamais elle n'avait été aussi apeurée. Jamais elle n'aurait pu penser qu'un tel crime puisse être commis dans un lieu sacré.
Et ces arbres… Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'elle courait parmi les couloirs sombres vu l'heure. La lumière rougeoyante des flammes grimpant sur les arbres éclairait désormais les murs du palais, peignant le blanc de rouge, menaçant le fragile équilibre de la nature qui ne parvenait pas à se débattre contre l'Homme. Combien de fois son père avait-il raconté que sans les arbres, l'être humain n'était rien ? Elle se souvenait de chaque moment passé auprès de lui et jamais il n'avait changé de discours.
Brusquement, elle se cogna à une carrure et poussa un hurlement strident avant que l'homme ne posa sa main sur sa bouche et ne murmure :
« Hatïa, titta onórë, calme-toi ! Qu'y a-t-il ?
- Du feu, partout ! sanglota la fillette en se réfugiant dans les bras d'Eingil, son grand-frère.
- Tu as fait un cauchemar sans doute… »
Pourtant il s'arrêta avant même de conclure la phrase visant à la rassurer un peu et leva les yeux vers les grandes fenêtres, remarquant que les sombres nuages gris qu'il avait remarqué un peu plus tôt se déplaçaient beaucoup trop vite. Il inspira profondément et sentit la fumée. La douleur qui l'agressa à l'instant même où il comprit ce qu'il se passait le fit vaciller alors qu'il prenait conscience de la disparition des arbres centenaires dans lesquels il avait joué si souvent. Il ne prit pas davantage le temps de s'apitoyer et son cerveau de soldat prit le pas sur celui d'amoureux de la nature.
« Hatïa va immédiatement prévenir ta mère ! Je fais sonner l'alarme !
- Mais je croyais que l'alarme était réservée aux annonces de mort… »
Il ne prit pas la peine d'expliquer que s'ils n'agissaient pas très vite, les morts seraient nombreux et que personne ne serait là pour les compter. A la place, il se mit à courir à en perdre haleine, priant chacun des dieux en lesquels il n'avait jamais réellement crû de leur venir en aide avant qu'ils ne se retrouvent enfermés dans un cercle de feu.
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Théodore contemplait le corps nu d'Hermione, à demi dissimulé sous les draps froissés et humides de leurs étreintes –nombreuses- des dernières heures. Epuisé, il ne parvenait pas à dormir cette fois encore, car si son corps était las, son cerveau se tourmentait toujours, ressassant chaque instant de cette soirée, à la recherche d'une explication. Comment en étaient-ils arrivés là déjà ? Il se demanda si ça avait une réelle importance. Après tout, ils avaient couché ensemble, voilà tout. Il ne devait pas se mettre à rêver de plus. Il accepterait tout ce qu'elle proposerait, mais garderait son cœur à distance…
A l'instant même où cette idée germa dans son esprit, Hermione ronronna dans son sommeil tout en se collant contre son torse, câline. Il se gifla mentalement. Il ne parviendrait jamais à repousser les sentiments que chaque expression d'Hermione lui faisait ressentir. Surtout en partageant ainsi sa couche…
« Tu ne dors pas ? s'enquit-elle brusquement d'une petite voix enrouée, à peine perceptible sous les rouages de son cerveau bruyant de pensées indistinctes.
- Non… C'est un peu dur avec tout ce qu'il se passe. »
Elle ouvrit un œil, juste un, et le regarda dans la pénombre, sourcils froncés. Elle chercha à deviner ce qu'il voulait dire par là, puis se résigna, consciente de la difficulté de cet exercice, surtout après toutes ces cabrioles et à une heure aussi tardive. Elle parvint néanmoins à se redresser un peu jusqu'à l'observer réellement par-dessous ses cils –qu'il trouva plus long que dans ses souvenirs- et finit par déposer un baiser sur ses lèvres, comme pour effacer les rides qui se dessinaient sur le front de son amant. Une ébauche de sourire apparut et un nœud se forma dans son bas ventre. Elle sourit plus franchement avant de rire :
« Un peu dur, en effet… »
Son regard glissa sensuellement sur le torse de Théodore, nu, puis sur la légère bosse qui déformait le drap. Il la suivit dans son rire avant de s'installer au dessus d'elle, prenant garde à ne pas l'écraser de son poids en s'appuyant sur ses avant-bras. Elle glissa une main dans ses cheveux, l'autre taquinant tendrement l'os de sa hanche avant de se perdre dans le creux de ses reins. Il ferma les yeux sous l'effet de cette caresse, puis l'embrassa, aussi fougueusement que possible pour lui faire sentir l'intensité de son désir. Elle n'avait pas besoin de plus pour comprendre et –alors qu'il tâtonnait à la recherche de sa baguette magique posée sur la table de chevet- elle ne put s'empêcher de constater avec un certain amusement :
« Aussi endurant qu'autrefois… »
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Depuis toujours, les Elfes des Montagnes craignaient le feu, sans doute parce que lui seul pouvait ravager les forêts dans lesquelles ils vivaient en liberté, cachés du monde. L'Eau, la Terre, l'Air… Ces éléments étaient leurs alliés, leur permettait de survivre, de se cacher, de se soustraire à la folie des Hommes. Ils pouvaient tout maîtriser, possédaient des dons dont les sorciers n'osaient que rêver… Et pourtant, face à une flamme, ils se sentaient diminués. Tout ça à cause de vieilles légendes contant que les premiers elfes périssaient toujours dans le feu.
Désormais, aucun d'eux n'aurait réellement osé utiliser ses pouvoirs sur ces vagues rouges qui s'abattaient peu à peu sur eux. La chaleur étouffante leur coupait le souffle à mesure qu'ils se rapprochaient de l'eau de la Baie. Certains étaient déjà à demi-immergés dedans alors que d'autres tentaient maladroitement de maintenir leurs enfants à la surface à l'aide de leurs pouvoirs.
Les plus forts repoussaient le feu pour un temps à l'aide de leur magie, l'éloignant au lieu de l'éteindre, figés, dominés par leur peur irrationnelle et stupide qu'on leur avait inculquée depuis leur enfance. D'autres pleuraient déjà, s'apitoyant sur leurs morts n'ayant pu quitter les cabanes à temps et sur eux-mêmes.
Meleke, protégée par les plus puissants de ses guerriers, cherchait à apaiser son peuple grâce à ses pouvoirs, mais les flux d'énergie positive qu'elle leur envoyait à intervalles réguliers s'amenuisaient à mesure que la fatigue s'emparait de son corps. Masra se tenait près d'elle, devinant qu'elle finirait par avoir besoin de lui pour ne pas finir piétinée dans la Baie lors d'un bain de foule. Il embrassa tendrement son épaule, oubliant qu'il n'avait pas le droit de lui administrer pareil réconfort en public, mais personne –ni même Raki, le guérisseur grognon- n'osa faire la moindre réflexion.
La Reine vacilla légèrement sur elle-même après avoir fait parvenir une nouvelle vague d'apaisement à son peuple et Masra glissa son bras autour d'elle pour la maintenir contre son torse, craignant qu'elle ne s'écroule. Il croisa le regard terrifié de son fils, qui n'avait jamais eu l'air aussi jeune et perdu de toute sa vie et sentit les larmes lui monter aux yeux. Jamais il n'avait imaginé que sa vie se finirait ainsi, à cause de simples sorciers qu'il dépassait en bien des points.
Alors qu'il songeait déjà à l'Après, à ce qui l'attendrait lorsqu'il mourrait, aux plaines de lumières dont parlait son père lorsqu'il était enfant, le feu sembla s'éteindre un peu. Il crut que c'était un simple effet de son imagination mais –entendant les hoquets de surprise et soupirs de soulagement des autres- réalisa qu'il n'en était rien. Les Hommes qu'il n'avait qu'entraperçus un peu plus tôt, pendant qu'il réunissait tout le peuple aux abords de l'eau, se matérialisèrent face à eux, seulement séparés par une fine ligne de flammes ondulantes sous chaque souffle de vent.
Certains elfes reculèrent de peur, perdant peu à peu le courage qu'ils possédaient habituellement, mais Masra s'avança, protégeant sa Reine, son Amour, prêt à mourir pour elle comme il en avait fait le serment avant même d'en comprendre le sens. Pas seulement à cause du serment d'ailleurs.
Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il découvrit l'homme au premier rang, l'investigateur de ce massacre. Un instant, il crut voir Théodore sous la fumée et les brindilles brûlées qui voletaient autour d'eux. Puis il remarqua les cheveux blancs, les rides, le dos un peu vouté par l'âge… Théodore avec trente ans de plus. Car cet homme et son ami partageaient le même visage aux traits aquilins, le même sourire un peu moqueur –bien que celui de l'inconnu soit bien plus cruel- et les mêmes yeux d'un brun si sombre qu'ils en paraissaient noirs. A la seule différence que dans les iris de Théodore brillaient toujours cette petite étincelle qui avait apparemment quitté ceux de l'homme depuis bien longtemps.
Théophile eut un petit rire en voyant l'air stupéfié des elfes. Sa femme même haïssait cette ressemblance qui la poussait un peu plus chaque jour à détester son fils, rejetant sur lui la faute de l'échec de leur mariage au lieu de s'en prendre au réel problème. Combien de coups Théodore s'était-il prit après les disputes de ses parents ? Théophile avait même cessé de compter au bout d'un moment… Il humiliait son épouse. Elle humiliait leur fils. Juste retour des choses.
Il chassa ses souvenirs, habile, refusant à y penser encore. Du jour où Théodore avait quitté leur maison jusqu'au moment où il avait retracé le parcourt de son fils pour le retrouver en Australie, ces souvenirs l'avaient hanté. Désormais, il ne souhaitait plus les avoir à l'esprit. Il avait mille fois mieux à faire.
Il observa ces êtres tremblant qu'il avait capturé facilement, comme ces Géants trouvés au Nord de la Russie, ces rares Harpies de Tasmanie, ces Vampires de Transylvanie, ces sirènes d'Australie… Tant de créatures qu'il s'était fait un plaisir de capturer, d'analyser, de torturer aussi. Un fin sourire d'un sadisme déroutant tordit ses lèvres, comme si cette situation de domination l'amusait. Il aurait bien l'occasion de jouer avec cette toute nouvelle découverte, ces Elfes dont il ne connaissait rien de plus que ce qu'il avait lu dans certains livres.
Son regard s'arrêta brusquement sur Eingil qui serra les poings, impétueux, peut-être même trop. Il lui fit signe d'avancer et le jeune Elfe ne cilla même pas, redoutant le moment où le sorcier pointerait sa baguette sur lui. Il savait que ces gens là pouvaient forcer n'importe qui à faire n'importe quoi… Et il craignait de se voir obligé à suivre des ordres regrettables.
« Va-t-en ! demanda simplement Théophile en le regardant dans les yeux afin qu'il n'y ait aucun doute sur la personne à laquelle il s'adressait.
- Quoi ? articula Eingil, la voix rendue rauque par la fumée qu'il avalait depuis des heures.
- Va donc en Angleterre. Retrouve mon fils. Ramène-le ici. »
Le regard d'Eingil passa sur son père qui secoua la tête en signe de négation, l'esprit soudainement beaucoup plus clair. Il comprenait enfin, après des mois de flou, tout ce qu'il s'était passé dernièrement. L'enlèvement de Théo, la création du Dogme… Et cet incendie qui venait de ravager leur monde avec autant de force qu'un ouragan imprévu. Tout était de la faute de cet homme dont Théo parlait avec amertume à quiconque oser poser une question sur le sujet. Et jamais il ne conduirait son ami à une confrontation avec son père, volontairement ou non.
Théophile perçut le regard partagé entre Eingil et Masra et mima la résignation avec une faculté de comédie très élevée, encore Serpentard malgré toutes ces années de fuites, loin de l'Angleterre.
« Je ne me suis peut-être pas montré assez clair. L'un de vous conduit mon fils jusqu'ici… Ou vous ne serez bientôt plus qu'un tas de cendres. Par qui pourrai-je commencer ? Votre Altesse, peut-être… »
Masra se dressa instinctivement plus en avant, en une position d'attaque manifeste qui fit rire Théophile. Cet elfe pensait donc pouvoir défendre cette faible créature vacillante ? La moue railleuse qui fendit ses lèvres donna à Masra une envie de le tuer très puissante. Cependant, il la contient, réaliste quant à ses chances de vaincre. Eingil observa son père, l'interrogeant encore une fois du regard dans l'attente d'un ordre, n'importe lequel, qu'il s'empresserait de suivre. Il aurait voulu se sentir plus puissant, mais il était coincé. Il ne souhaitait pas partir, s'éloigner des siens… Mais si son père le lui demandait, il obéirait sans hésiter, comme il l'avait toujours fait auparavant –ou presque.
Meleke serra la main de Masra dans la sienne, comme pour lui faire saisir une pensée. Voyant qu'il faisait semblant de ne pas comprendre, elle employa un moyen plus magique, tout en craignant que son message soit intercepté par d'autres elfes ou même pas les sorciers à cause de sa fatigue.
« Obéis ! »
Il broya presque ses doigts en un refus catégorique. Jamais il n'accepterait de conduire son meilleur ami dans un piège. Meleke insista, hurlant à son esprit avec le peu de force qui lui restait :
« Je te le demande ! Théodore a toujours haïs son père et je suis persuadé qu'il sera ravi d'en finir lui-même…
- Tant que son père n'en finit pas avec lui avant ! rétorqua mentalement Masra avec hargne.
- Il viendra avec du renfort. Je ne veux pas mourir maintenant, bêtement, et voir tout mon peuple mourir avec moi. Théo pourra nous aider. Je t'en pris… Demande à Eingil d'accepter. »
Masra soupira, exaspéré par ce côté « dominatrice » qu'utilisait Meleke de temps à autres, dès lors que son peuple se trouvait en danger et que l'angoisse prenait le pas sur son intelligence. Car il savait que c'était une très mauvaise idée… Ces mauvais sorciers ne plaisantaient pas et il ne décelait pas chez eux la moindre humanité –pourtant présente chez Théo et ses amis. Ces sorciers n'hésiteraient pas une seule seconde en employer la torture pour obtenir ce qu'ils souhaitaient… Et ce Mr Nott senior voulait son fils.
Meleke lui balança à nouveau un ordre à l'esprit, faiblement cette fois et il courba ostensiblement l'échine avant de jeter un coup d'œil à son fils. Sa tête s'abaissa légèrement et Eingil comprit le message. Il hésita une courte seconde avant de s'avancer vers Théophile dont les lèvres se fendirent en un sourire vainqueur qui rendit le jeune homme presque malade. Un mauvais pressentiment tordit ses entrailles, lui rendant momentanément nauséeux. Mais il s'efforça à rester fort et chassa toutes ses intuitions afin de parvenir à faire quelques pas de plus.
Théophile se poussa légèrement en une révérence moqueuse et certains de ses acolytes s'éclaffèrent cruellement. Eingil se tint droit, sans chercher une seule seconde à leur envoyer un coup –bien qu'il en rêvait complètement en cet instant.
« Tu as vingt-quatre heures pour me le ramener, murmura Théophile à l'oreille du jeune Elfe dès qu'il passa près de lui. Alors je te conseille de faire très très vite… »
Son ton menaçant eut le don de faire accélérer le pas à Eingil dont les jambes flageolaient imperceptiblement jusque là. La voix de son père résonna à son esprit en un encouragement faiblard, comme s'il se doutait lui aussi que les prochaines vingt-quatre heures seraient les plus longues de leur existence. Il se décida donc à faire vite, très vite, comme le lui avait conseillé son tout nouveau bourreau, et se mit à courir sans s'arrêter une seule seconde. Ce n'est qu'en arrivant à la délimitation de la clairière qui n'existait plus –les arbres étant tous tombés ou presque- qu'il se retourna, juste une seconde. Il contempla le spectacle pitoyable de son peuple affaibli et un goût amer mélangé à celui du sang envahi sa gorge. Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, il eut l'impression de les abandonner à leur sort. Sans raison particulière, une idée sournoise se glissa à son esprit, tel un serpent désirant le rendre fou : il venait de les condamner.
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Ella tapotait le coin de la table de la cuisine avec un air mauvais, comme si ce bout de bois était la cause de tous ses soucis. Ginny et Harry déjeunaient en un silence de plomb presque angoissant tout en observant à intervalles réguliers l'âtre vide de la cheminée d'où Théodore aurait dû revenir depuis longtemps déjà. Winifred picorait les restes de la veille en se récitant mentalement ses cours –afin d'éviter de songer à ce qui avait pu se passer pour que Théodore soit absent. Hypérion tentait de se faire tout petit –sans succès- pour parvenir à se taire. Il savait qu'ouvrir la bouche sans prononcer le prénom tabou du père d'Ella qui flottait pourtant dans l'air depuis le matin même serait une mission impossible –surtout pour lui qui gaffait constamment.
« Il avait promis de m'accompagner à Poudlard, grommela finalement Ella en jetant un énième coup d'œil à l'horloge sur le mur de la cuisine –cadran accroché au dessous de la formidable horloge Weasley.
- Il s'est peut-être fait enlever à nouveau, répondit maladroitement Hypérion avant d'apercevoir le regard assassin de sa mère. Enfin, par Messieurs Malefoy et Zabini cette fois ci… Ils ont l'air assez tordus pour organiser ce genre de choses, vous ne croyez pas ? »
Ella dut admettre qu'il avait bien raison, même si elle doutait complètement de cette possibilité. Dans son esprit s'était formée une autre idée bien moins amusante et même particulièrement affreuse à ses yeux. Son père était parti près de douze heures auparavant pour parler à sa mère et il n'était pas encore revenu… La discussion avait dû se transformer en autre chose de plus physique, elle en avait parfaitement conscience, comme les autres, même si personne ne voulait d'admettre.
« Je crois que je vais aller à Poudlard… J'ai des tas de cours à rattraper et il y a un examen de potions demain…
- Tu veux que je vienne avec toi ? s'enquit Winifred avec un sourire amical.
- Non, ça va… Je dois voir Toby en plus donc… »
Elle haussa les épaules en signe d'une explication relativement vague avant de saisir son sac sur le dossier de sa chaise. Elle embrassa rapidement Hypérion et Ginny avant de saluer Harry et Winifred qu'elle verrait plus tard dans la journée. Elle se faufila dans la cheminée, la mine basse, et faillit demander à réapparaitre chez Hermione. L'image de ses parents nus ensemble apparut brièvement dans son esprit et elle secoua la tête pour chasser cette idée répugnante. Elle prit de la poudre de Cheminette et la lança dans l'âtre en énonçant clairement sa destination.
Elle apparut dans le bureau du professeur McGonagall quelques secondes plus tard et cette dernière lui adressa un grand sourire avant de froncer les sourcils en remarquant l'absence de Théodore.
« Miss Nott, votre père devait vous accompagner normalement… Le Professeur Londubat était tout excité à l'idée de le voir intervenir durant son cours. Etait-il trop fatigué ou…
- Je ne sais pas où il est, mentit-elle, refusant d'attaquer une telle discussion à une heure si matinale. Il a la fâcheuse habitude de disparaitre ces temps ci…
- Oh… Et bien, espérons qu'il réapparaisse très vite dans ce cas ! Je ne me vois pas interrompre encore les cours pour partir à sa recherche. Autrement, tous les élèves finiront par se faire expédier à Durmstrang ou à Beauxbâtons.
- Ne vous inquiétez pas. La seule chose qui ait réellement disparu, c'est son cerveau », rétorqua Ella avec une nouvelle sécheresse que Minerva ne l'avait jamais vue employer.
L'enseignante resta muette un instant, puis, liant une à une les informations qu'elle détenait, comprit ce qu'il se passait. Un fin sourire apparut sur sa bouche, mais elle s'efforça à le contenir afin de ne pas blesser l'adolescente déjà à vif qui se dressait au milieu de son bureau. Elle comprenait parfaitement les raisons de la colère de la jeune fille et ne chercherait même à pas à la dissuader de se montrer si amère. Pourtant, elle ne put s'empêcher de répondre avec une moue amusée :
« Quelle perte regrettable ! Il ne nous sera donc plus d'aucune utilité. »
Ella ne prit pas la peine de répondre, mais sourit pour la forme, bien qu'agacée par cette manie qu'avaient les gens de prendre tout à la rigolade, même lorsqu'ils se doutaient que personne ne sortirait indemne d'une telle relation entre ses parents. Peut-être risquaient-ils moins qu'autrefois… Peut-être que plus de gens l'accepteraient… Mais Ella n'existait alors pas à l'époque, et elle pouvait être bien plus dangereuse et rancunière que tous les membres de l'Ordre réunis si elle le désirait. Et hélas pour eux, elle n'avait pas franchement l'intention d'enterrer la hache de guerre.
Elle salua rapidement sa directrice, ne lui laissant pas l'occasion d'entamer la discussion et s'échappa du bureau austère. Elle marcha dans les couloirs, sans aucun but précis, si ce n'est celui de conduire son père à redevenir l'homme réfléchi qu'elle aimait tant. Elle espérait qu'il aurait une excuse concernant son retard, qu'il chercherait au moins à démentir les allégations qui couraient sans doute déjà sur son compte. Mais non, son père n'était pas du genre à fuir ses responsabilités et à mentir pour faire taire les ragots. Même pas pour rassurer sa fille.
Elle réalisa tardivement que ses pas l'avaient conduite à se retrouver dans le couloir menant à la salle aux étoiles. Elle n'hésita pas longtemps avant de se retrouver face à la porte qu'elle ouvrit lentement en espérant secrètement retrouver Toby. Et en effet, il était présent, allongé sur son vieux matelas, les yeux clos, encore protégé par ses rêves.
Elle referma tranquillement la porte avant de s'allonger auprès de lui. Il dût sentir sa présence car l'un de ses bras se souleva avant de retomber sur son ventre en une étreinte très bizarre. Elle sourit en se collant à lui, surprise par la froideur de sa peau malgré les vêtements le recouvrant. Elle faillit sortir sa baguette pour le réchauffer avant de se rappeler qu'il détestait avoir chaud. Malgré elle, Ella songea qu'il ne se plairait jamais à vivre en Australie.
Elle enfouit tranquillement son visage dans le creux du cou de Toby, son nez taquinant sa pomme d'Adam. Il ronchonna légèrement, mais ne se réveilla pas malgré les mouvements tendres d'Ella contre lui. Elle huma son parfum, une odeur étrange et mentholée qui lui donnait toujours envie de rire et la rassurait en même temps. Elle aurait voulu lui parler de cette nuit, de l'angoisse qui lui brûlait le ventre depuis que son père était entré dans la cheminée des Potter. Mais pour ça, il fallait déjà qu'il ouvre les yeux… Et perdu dans ses songes, il ne semblait pas apte à agir en ce sens. Elle bougea un peu plus, s'agita sans parler afin de pouvoir dire innocemment « Oh, je t'ai réveillé ? » avec une moue désolée dès qu'il ouvrirait les yeux.
« Ella, arrête ! »
Elle sursauta sur le matelas, maintenu par le bras de Toby qui reposait toujours sur son ventre. Les battements de son cœur s'étaient ostensiblement accélérés sous le coup de la surprise et le jeune homme –un œil ouvert- la contempla avec un petit sourire moqueur.
« Oh désolé, je t'ai fait peur ? minauda-t-il en se redressant légèrement.
- Bien sûr que oui ! Tu ne dormais pas ?
- La porte a grincé quand tu es entrée. Et sache que tu n'aurais pas agi autrement si tu avais voulu me réveiller… Tu gigotais un peu trop pour être honnête…
- Désolée. »
Il haussa les épaules avant de l'embrasser, heureux d'enfin l'avoir pour lui tout seul. Il oublia instantanément toutes les raisons qu'il avait de lui en vouloir sous l'effet du désir et s'appuya contre elle, soulagé par sa présence auprès de lui. Elle renforça son baiser, renonçant un instant à parler de son père ou de sa mère –ou de toute autre sujet qu'elle savait prohibé dans ce genre de situations. Les mains de Toby trouvèrent instinctivement leurs places, repoussant sa jupe pour caresser ses cuisses par-dessus des collants bien gênants. Les doigts d'Ella glissèrent dans ses cheveux échevelés qu'elle peigna vers l'arrière en l'embrassant avec une fougue déconcertante. Elle réalisa à quel point il lui avait manqué uniquement en se retrouvant si proche de lui.
Pourtant, elle ne parvenait pas à chasser toutes ses pensées néfastes qui obscurcissaient son plaisir. Toby finit par s'en rendre compte et se détacha d'elle en soupirant, la gorge noué, de plus en plus blessé par les états d'âme d'Ella. Apparemment, il passerait toujours en dernier, après Théodore, après les mille problèmes familiaux qu'elle voulait absolument résoudre même si ses parents étaient en âge de s'en sortir seuls… Il aurait voulu lui hurler « Oh, je suis là ! » mais n'osa pas le faire. Silencieux, il attendit qu'elle parle, conscient qu'elle finirait forcément par prononcer des noms qu'il ne souhaitait entendre. Elle le fit bien plus rapidement qu'il ne l'avait imaginé, se moquant apparemment du froid glacial qui venait de s'imposer entre eux deux.
« Mon père n'est pas rentré cette nuit. Il est allé voir Hermione et… il n'est pas revenu.
- Tu crains qu'ils se soient entretués ? rétorqua-t-il avec un sourire mauvais –et un espoir fou pour que ce soit le cas !
- Mais non… Juste qu'ils aient… Tu sais…
- Fait ce qu'on ne fera manifestement plus jamais ? »
Ella haussa un sourcil interrogateur, étonnée par les marmonnements de Toby qui se plaisant pourtant depuis leur première rencontre à la soutenir. Elle était habituée à sa douceur et au côté « réconfortant » qu'il représentait à ses yeux, et voilà qu'il ne se plaisait plus dans ce rôle. Elle attendit qu'il énonce autre chose, qu'il dévoile enfin ce qu'il ressentait, mais en bon Malefoy qu'il était, il demeura muet, trop agacé pour manifester les raisons de sa colère. Elle croisa ses bras sur sa poitrine en se redressant, lui adressa un regard emprunt d'inquiétudes et de questionnements, puis demanda d'une voix glaciale :
« Il y a un problème ?
- Des milliers à vrai dire. »
Il avait prononcé ces mots avec tant d'amertume qu'elle en fut dépitée. Elle avait compris depuis la veille que quelque chose clochait entre eux. Il s'était montré si distant qu'elle s'était doutée des problèmes que traversaient leur pseudo-couple –ou du moins, c'est ce qu'ils formaient à ses yeux. Elle se doutait que pour Toby, leur relation valait bien plus que ça. Mais peut-être pas en cet instant. Il se redressa sur le matelas, mâchoire serrée et sourit –forcé et railleur, pas aussi tendre que d'habitude- puis débita calmement :
« La faim dans le monde, les guerres, le fait que des crétins comme Mulciber existent encore actuellement, que les politiciens mentent comme ils respirent, que les gobelins soient encore réprimés malgré leur puissance, que les membres de l'Ordre n'aient jamais été punis pour leurs actes durant la guerre… Ou encore que je sois bêtement tombé amoureux d'une fille extraordinaire et extraordinairement obsédée par son père et son petit confort familial ! Une fille simplement incapable de passer quelques minutes en ma compagnie sans prononcer le nom de Théodore Nott ou d'Hermione Granger tout simplement parce qu'elle a l'habitude de certaines choses et qu'elle ne réalise pas que tout change constamment. Une fille qui refuse la moindre modification de son train de vie et qui pense encore vivre uniquement avec celui qui l'a élevée. Une fille qui se préoccupe seulement de son bien-être et de celui de son père. Une fille qui se retrouve dans l'incapacité de comprendre que désormais, d'autres gens entrent en compte… et que je fais partie de ces gens ! »
Ella ouvrit la bouche, un instant, puis la referma, ne sachant quoi répondre à cela, justement parce qu'elle réalisait bien qu'il était là et qu'elle le faisait souffrir en agissant ainsi. Mais elle n'avait pas le choix, pas vraiment. Elle aimait bien trop son père pour le laisser tomber, pour le voir plonger entre les griffes acérées d'Hermione Granger et observer le spectacle sans rien dire. Pourtant, dans le discours de Toby, autre chose la choqua bien plus que le reste, et bêtement, c'est sur cela qu'elle s'appesantie. Elle répondit donc simplement :
« Je t'avais dit de ne pas tomber amoureux de moi…
- Et tu crois que c'est facile ? répliqua-t-il en se levant, définitivement de mauvaise humeur. Par Dumbledore, Ella, on ne peut pas s'empêcher d'aimer ! Les gens aiment ou n'aiment pas, c'est simple ! Ce n'est pas un sentiment qu'on peut contrôler à sa guise, même si l'amour peut nous faire mal… Ce n'est ni logique, ni quoi que ce soit ! Ton père n'a hélas jamais inventé de plantes qui puisse effacer toutes nos émotions, sinon ça se saurait ! Alors, je suis vraiment désolé de te le dire, Ella, mais je t'aime ! Et ça m'énerve sans doute plus que toi puisque tu te montres si égoïste et imbue de toi-même.
- Pourquoi tu m'aimes si je te suis si désagréable ? s'emporta Ella en le fusillant du regard, tentant de toutes ses forces d'effacer cette déclaration –certes spéciale- qu'il venait de lui faire.
- Je ne crois pas que ça ait encore la moindre importance. »
Elle recula d'un pas, consciente de ce qu'il s'apprêtait à faire alors que lui-même doutait encore de sa décision. Pourtant il lui sembla que c'était la seule chose à faire. Cherchant à s'accorder encore un peu de temps –et à lui offrir une toute dernière chance- il murmura :
« Tu ne resterais pas en Angleterre, n'est-ce pas, même si je te le demandai ? »
Elle secoua la tête, ne souhaitant pas lui mentir. La haine qu'elle éprouvait pour sa mère, le dégoût que lui inspirait la possible relation entre elle et son père… Tout ça dépassait largement tout ce qu'il y avait de positif, tout ce qu'elle aurait pu vivre en Angleterre : Poudlard, Scarlett, Toby… Rien ne pouvait vraiment la pousser à rester. Toby le savait pertinemment, avant même de poser la question, alors il haussa les épaules, mimant très mal d'indifférence puisqu'il se sentit lui-même sur le point de perdre la tête.
« Ok… Alors je crois qu'il vaudrait mieux qu'on arrête tout de suite de se voir toi et moi… Ça ne sert à rien de continuer. Tout ce que j'y gagnerai, c'est d'avoir encore un peu plus mal lorsque tu partiras. »
Ella ne chercha même pas à répondre, trop secouée pour ouvrir la bouche, trop choquée pour répliquer et tenter de trouver une solution. Elle aurait pu lui promettre de revenir en Angleterre tous les week-ends, lui démontrer à l'aide de mille exemples que les couples pouvaient tenir malgré la distance, le supplier même de lui laisser encore un peu de temps pour régler les problèmes que lui posaient ses parents… Mais elle ne fit rien et acquiesça simplement, comme pour approuver cette résignation alors qu'elle ne l'acceptait pas du tout. Elle aurait voulu le détester, ne pas ressentir ce qu'elle ressentait pour lui, être capable de lui répondre « Je t'aime aussi » ce qui aurait simplifié bien des choses.
Elle tourna les talons, suppliant son cœur d'arrêter de battre si intensément car il l'assourdissait. Il ne put hélas empêcher Toby de l'atteindre dès qu'il prononça, comme pour ne pas la laisser fuir avec l'image d'un faible homme au cœur brisé :
« En fait, Ella… Que tu le veuilles ou non, tu ressembles énormément à ta mère. »
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Timothy balança son sac dans un coin de la pièce en un vacarme assourdissant, heurtant malencontreusement un guéridon. Le vase posé dessus vacilla, rattrapé in-extremis par un sortilège lancé par Ron qui soupira, exaspéré par la maladresse de son fils. L'enfant lui adressa un sourire adorable et Ron oublia instantanément de le gronder. Il jeta un coup d'œil alentour, étonné qu'Hermione ne vienne pas les accueillir et que l'odeur habituelle du café ne titille pas chaleureusement ses narines. Timothy fronça les sourcils, déçu à son tour, comprenant que s'il n'y avait pas de café, il n'y aurait pas non plus de son jus de citrouille préféré.
« Peut-être qu'elle a travaillé toute la nuit et qu'elle dort encore, fit remarquer Ron. Je vais préparer le petit-déjeuner pendant que tu la réveilles… »
Voyant Timothy partir en courant vers la porte, il ajouta inutilement :
« En douceur, Timy ! »
Il secoua la tête, résigné, puis se rendit à la cuisine, regrettant de ne pas avoir grignoté quelque chose avant de venir puisqu'il était affamé. Son regard se figea sur la bouteille de vin entamée qui était restée ouverte et il craint momentanément que Timothy retrouve sa mère dans un état de léthargie alcoolisée qu'il aurait du mal à oublier. Il insulta mentalement Théodore qui avait dû la mettre dans un état lamentable pour qu'elle se soule et néglige d'effacer les preuves de sa soirée beuverie. Puis il remarqua autre chose qui lui fit perdre le cours de ses pensées. Un pull –celui qu'Hermione portait la veille- trainait par terre et une chemise –qu'il reconnut comme appartenant à Harry- reposait étrangement sur un dossier de chaise, froissée et apparemment déchirée. Sous l'effet du choc, son cerveau mit dix longues secondes avant d'analyser les preuves se dressant sous ses yeux. Théodore avait emprunté les vêtements d'Harry. Et il n'avait probablement pas dû quitter la maison sans chemise.
« Merde ! » grogna-t-il avant de courir vers les escaliers.
Il se cogna aux chaussures qui parsemaient le sol, puis à un débardeur –son pied se coinça dans la manche et il faillit s'écrouler. Il parvint finalement à l'étage sans tomber et grommela une nouvelle insulte à l'adresse d'il-ne-savait-qui en remarquant que Timothy était déjà sur le pas de la porte. Les yeux écarquillés, l'enfant regardait ce qu'il se passait à l'intérieur avec l'air idiot réservé habituellement à son père. En entendant ce dernier, il se retourna vers lui. Ron s'apprêtait à balbutier n'importe quelle imbécilité sur les raisons pouvant pousser deux personnes à se retrouver nues ensemble dans le même lit, mais n'eut pas le temps de dire un mot. Timothy lui adressa en effet un minuscule sourire très franc et murmura sur un ton de conspirateur :
« Je crois que le papa d'Ella et maman ont refait des choses ensemble, papa… »
Ron resta bouche bée, cherchant quelque chose à répondre, mais ne parvenant pas à trouver quoi que ce soit de convenable –la seule idée lui venant étant « Hein ? »- il se tut. Timothy plissa le front puis ajouta avec un air intelligent :
« Des choses de grandes personnes ! »
Ron acquiesça bêtement sans savoir quoi faire d'autre puis passa sa main dans ses cheveux, très nerveux. Finalement, il balbutia :
« Tu devrais aller à la cuisine, Timy… Je vais réveiller maman à ta place ce matin. »
Timothy dodelina de la tête avant de repartir en sautillant, comme si de rien n'était. Ron se promit de parler à Scott dès qu'il le reverrait, conscient que seul son fils aîné ait pu parler de sexe avec l'enfant alors qu'il aurait franchement préféré lui apprendre ce genre de choses –ou que sa mère s'en charge ! Il attendit que Timothy ait disparu dans les escaliers avant de se tourner vers la porte.
Le spectacle qu'il découvrit lui tordit étrangement l'estomac. Hermione était allongée, nue sous les draps fins qui la recouvraient, sa tête reposant sur le torse de Théodore. Ses cheveux éparpillés caressaient le corps de son ancien –et manifestement nouvel- amant et ses joues rougeoyantes dévoilaient à qui savait le voir le plaisir qu'elle avait pris cette nuit là. Ron avala difficilement sa salive tout en tentant désespérément de garder son calme. Les voir ensemble, nus, dans son lit –enfin ancien lit, mais cela revenait au même à l'instant- lui insuffla une bouffée de jalousie telle qu'il n'en avait pas ressenti depuis des lustres. Après la guerre, ils avaient tous vu des Psychomages, et le sien l'avait fait travailler sur ce défaut qu'il croyait entièrement disparu. Apparemment, il n'avait jamais eu à s'exercer ainsi !
Pourtant, il aurait dû être content. La veille, il avait souhaité que tout ce passe bien entre Hermione et Théodore, qu'ils puissent renouer et supporter d'être dans la même pièce. Harry et lui avaient même discuté d'une possible relation malgré les réticences évidentes d'Hermione à ce sujet. Et il n'aimait plus Hermione, plus comme avant, plus comme une possible amante et femme. Mais malgré ses raisons qui le poussaient à se raisonner, son cœur battait à tout rompre, se refusant à accepter cette abominable réalité qui s'étalait pourtant –dans une nudité complète- sous ses yeux.
Mélangé à la jalousie, la colère prit tranquillement sa place, sournoise comme toujours, et il s'emporta, se dirigeant à grands pas vers le lit, prêt à les jeter au sol tous les deux. Mais déjà Théodore ouvrait les yeux, réveillé par les chaussures de Ron qui s'abattaient violemment sur le parquet. Un instant, il parut surpris, puis ses joues se teintèrent légèrement de rose alors qu'il prenait conscience de la position dans laquelle il se trouvait. Cela aurait sans doute été pire dix-huit années plus tôt, mais sur une échelle de honte, ce moment dépassait déjà le seuil du raisonnable. Il secoua Hermione, un peu trop tendrement ce qui exaspéra Ron –qui était rouge de colère- et celle-ci gémit légèrement, puis grogna son refus de se réveiller.
« Hermione… Ron est là, murmura Théo en se redressant légèrement avant d'adresser un sourire presque complice à Ron.
- Quoi ? »
Elle crut apparemment à une farce, mais –ouvrant les yeux- réalisa que c'était l'entière vérité et sursauta, découvrant un sein pendant une nanoseconde avant que Théo ne le recouvre jalousement.
« Nom d'un dragon ! Ron, qu'est ce que tu fais là ? s'écria Hermione en s'empourprant, gênée d'être retrouvée en pareille position et consciente que nombre de ses amis seraient au courant de cette mésaventure dans la journée.
- Moi ? rétorqua sèchement Ron en croisant ses bras sur son torse, une moue frondeuse tordant ses lèvres. C'est plutôt à lui (Il désigna Théodore d'un bref signe agacé du menton.) qu'il faudrait poser cette question ! Ou même à toi ! Mais j'ai ramené notre fils si tu tiens tant à le savoir ! Notre fils, Hermione ! Le notre, que nous avons eu ensemble ! Et il vous a vu ! Et il est… traumatisé ! »
Hermione haussa un sourcil interrogateur, percevant très facilement le mensonge de Ron puisque celui-ci n'avait jamais été habilité à mentir. Elle soupira :
« On pourrait en parler quand je serai habillée, s'il te plait…
- Ce n'est pas de ma faute si tu es nue ! s'emporta Ron en un rugissement de fureur. C'est de sa faute à lui !
- Je plaide coupable, s'esclaffa Théo avant de réaliser que ce n'était pas franchement un moment pour rire. Désolé… Ron… Tu devrais sortir le temps qu'on se change.
- Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire dans ma propre maison !
- Ex-maison ! répliqua Hermione en tentant de crier plus fort que lui –elle parvenait habituellement à le faire taire ainsi lorsqu'ils étaient encore mariés. Ron, sors !
- Non ! »
L'air bougon, Ron releva le menton pour bien montrer son désaccord et Hermione poussa un long soupir avant d'adresser un bref regard à Théo qui haussa les épaules. Apparemment, lui non plus ne comprenait pas bien ce qui prenait à Ron tout à coup. Mais au moins, sa réaction avait le mérite d'éviter qu'ils se retrouvent seuls et qu'ils doivent faire face à leurs décisions de la nuit précédente et des conséquences…
« Ron, si tu ne sors pas, on va se rhabiller devant toi ! Nous n'hésiterons pas ! » mentit-elle, amusée par Théo qui roula des yeux, peu convaincu.
Ron serra les poings, prêt à cogner sur quelque chose ou quelqu'un –Théo se douta qu'il était la principale cible de Ron d'ailleurs bien qu'il s'interroge sur les raisons de cette brusque crise de jalousie. Le rouquin se détourna finalement et sortit avant de claquer la porte en hurlant :
« Je vous attends juste là ! »
En effet, ils ne perçurent aucun pas dévoilant que Ron s'éloignait de la porte. Ils soupirèrent en même temps avant de rire, trop étonnés l'un comme l'autre par la réaction de leur ami commun. Ils sortirent finalement du lit, conscient que Ron ne les attendrait pas longtemps avant de rentrer à nouveau quitte à les surprendre.
« Ma chemise est au rez-de-chaussée, marmonna Théo avec une grimace.
- J'en ai quelques unes dans le placard. Troisième tiroir de gauche en parlant du haut, lui indiqua-t-elle en s'habillant.
- Elles appartiennent à Ron ? Parce que si c'est le cas, mieux vaudrait que je sorte nu vu l'état dans lequel il est…
- Non, ne t'inquiète pas.
- C'est trop demandé de chercher à savoir à qui elles appartiennent ?
- J'ai toujours des vêtements en plus… Vieille habitude datant de la guerre. Tu sais, il y avait toujours des gens qui débarquaient sans prévenir et qui avaient besoin de vêtements… Et après la guerre, Harry passait pas mal de temps ici. Ginny et lui étaient presque au bord du divorce. Enfin, je préfère prévoir ! Et ça sert bien dans ce genre de situation, non ? »
Il acquiesça en ouvrant le placard, y choisissant une chemise blanche toute simple. Il l'enfila rapidement, craignant un peu de sortir au fond. Ron semblait furieux bien qu'il ne comprenne pas vraiment pourquoi. La veille, il avait eu l'impression que le rouquin cherchait à les jeter dans les bras l'un de l'autre, et désormais il boudait. Il n'avait jamais été logique, mais à ce point, cela dépassait toute mesure !
Il cessa de cogiter en sentant les mains d'Hermione contre son ventre et sourit dès qu'elle posa un baiser sur sa nuque, son souffle brûlant dressant ses cheveux sur sa peau. Il se retourna pour lui faire face et la regarda de haut en bas, regrettant qu'elle soit autant vêtue. Il l'embrassa avec une tendresse toute neuve et elle se laissa aller contre lui sans hésiter une seconde, heureuse d'être si bien entre ses bras.
« On ferait mieux de sortir avant de se faire gronder, murmura-t-il finalement contre sa bouche, mêlant encore son souffle au sien en résistant difficilement à l'envie de l'embrasser à nouveau.
- En effet… On ne risque pas de beaucoup s'amuser. Mais, je vais le faire partir assez vite et on pourra parler ensuite, d'accord ? »
Il acquiesça lentement, soulagé qu'elle le propose sans qu'il ne doive la forcer. Elle boutonna les boutons de sa chemise avec un air sérieux avant de se tourner vers la porte, comme si elle s'apprêtait à rejoindre son destin. Il lui saisit la main pour lui offrir un peu de courage et ils s'avancèrent vers la porte. Il l'ouvrit et lâcha la main d'Hermione afin de ne pas s'attirer davantage les foudres de Ron. Ce dernier les attendait, bras toujours croisés, mine toujours renfrognée et –malgré lui- toujours risible. Hermione leva les yeux au ciel puis chercha à saisir les subtilités étranges de son esprit.
« Ron… Qu'est ce qu'il te prend ?
- Timothy vous a vu ! Et… Tu paieras ses consultations psy ! Je ne participerais pas !
- Tu n'exagères pas un peu ? s'enquit Théodore en tentant de ne pas rire.
- C'est notre fils, pas le tien ! Tu n'as pas à intervenir ! »
Théodore secoua la tête avant d'adresser un coup d'œil encourageant à l'adresse d'Hermione. Il décida de quitter l'étage afin de laisser Hermione et Ron régler leur problème –puisque Mr Ronchon ne supportait pas sa présence. Mais Ron en avait décidé autrement. Il l'arrêta d'un seul regard noir.
« Quoi ? lança Théo en levant les mains, commençant à perdre patience.
- Je ne t'ai pas permis de partir !
- Et depuis quand ai-je besoin de ta permission pour quoi que ce soit ?
- C'est sûr… Après tout, tu as même couché avec ma femme quand on était encore mariés, preuve que tu ne respectes rien. Et maintenant, tu te trimbales nu devant mon fils.
- Premièrement, je ne me suis jamais trimbalé nu devant qui que ce soit ! réfuta l'ancien Serpentard en haussant le ton. Deuxièmement, tu es en train de perdre les pédales. Tu m'as dit il n'y a pas trois jours que c'était de l'histoire ancienne et qu'il y avait prescription. Tu m'as même envoyé ton poing au visage pour vraiment enterrer la hache de guerre. Et voilà que tu reviens là-dessus sans raison valable !
- Tu couches avec Hermione ! Ce n'est pas une raison assez valable selon toi ? »
Hermione se dressa entre eux en voyant Ron s'avança vers Théo alors que ce dernier portait sa main à sa poche pour se saisir de sa baguette. Elle posa une main à plat sur le torse de Théo, une autre sur celui de Ron, puis les fusilla du regard, chacun leur tour pour qu'il n'y ait pas de jaloux –et parce qu'ils le méritaient autant l'un que l'autre.
« Ron, tu n'as pas à être jaloux. Nous sommes divorcés, tu as fêté notre séparation dans les bras de nombreuses femmes depuis et je ne m'en suis jamais mêlée. Ta petite crise prend des proportions démesurées ! Et si j'avais déjà du mal à supporter ta jalousie il y a dix ans, là c'est franchement ridicule. Tu es ridicule. Et Théo, je te demanderai de ne pas entrer dans son jeu. Autrement, allez-vous battre dehors tous les deux. Si vous casser le moindre bibelot dans cette maison, je vous tuerai de mes mains ! Vous décidez d'être matures ou de vous comportez comme des imbéciles ?
- Je…
- Ron, si c'est pour dire que tu veux te battre, reste muet ! »
Il répondit d'un ronchonnement désagréable et infantile, ce qui donna à Hermione des envies de meurtres –qu'elle maitrisa tant bien que mal. Théodore s'éloigna légèrement jusqu'à s'adosser au mur, trop nonchalant apparemment puisque Ron grogna une nouvelle insulte. Hermione retint les mille réflexions qui lui vinrent à l'esprit, préférant se concentrer sur autre chose de plus léger.
« Où est Timothy ? »
Ron répondit à moitié, ravalant la plupart de ses mots alors que Théodore jetait un coup d'œil à la vieille montre qui trônait à son poignet. Il interrompit malencontreusement Ron en jurant et Hermione lui jeta un regard signifiant sans doute « Tu le fais exprès ou tu es juste stupide ? » ce à quoi il s'empressa de répondre :
« J'avais promis à Ella de l'accompagner à Poudlard ! Et vu l'heure, elle doit déjà y être… Elle va m'en vouloir. Surtout qu'elle n'est pas idiote, elle a dû comprendre ce qu'on avait fait…
- Génial… Il ne manquait plus que ça pour qu'elle me haïsse davantage. »
Ron sourit à cette réflexion et Théodore parut sur le point de lui envoyer un coup. Il embrassa rapidement Hermione –sur la joue, ce qui étonna grandement cette dernière malgré la présence de son ex-mari à nouveau jaloux. Il partit sans laisser à Ron la moindre chance de le rattraper et Hermione se tourna vers son ex-mari avec un air mauvais.
« Il va falloir qu'on ait une sérieuse discussion toi et moi ! »
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Ella s'installa au dernier rang, malgré son habitude de s'assoir tout devant depuis son arrivée à Poudlard. Elle déplia son rouleau de parchemin sur la table et saisit sa plume, bien qu'elle soit la première en classe et que le cours de Potions ne commence pas avant un bon quart d'heure. Elle se mit à griffonner mécaniquement, sans même remarquer que sa main tremblait et que l'encre parsemait le papier écru d'une multitude de tâches noires. Elle renifla avant même de réaliser qu'elle pleurait, et les larmes vinrent rejoindre l'encre, élargissant les marques qui abimait déjà le parchemin.
Percevant le grincement de la porte, elle essuya ses joues avec les manches de sa chemise, essayant de cacher ses larmes –sans y parvenir réellement. Le raclement d'une chaise sur le sol lui indiqua que la personne se trouvait à sa gauche et elle se tourna donc de sorte à dissimuler son visage.
« Sans vouloir jouer les trouble-fêtes, certains élèves s'installeront à ta droite. »
La voix de Scott l'obligea à se retourner. Etrangement, elle fut rassurée que ce soit lui. Elle aurait bien plus apprécié que Scarlett rentre en premier et la cache aux yeux des autres, mais Scott ne se moquerait pas au moins –contrairement à Lisa ou Annabeth qui partageaient aussi ce cours avec elle. Il lui adressa un rictus –probablement pour montrer qu'il compatissait même s'il n'était franchement pas doué- puis lui lança un paquet de mouchoirs.
« T'as le nez qui coule, remarqua-t-il avec une sorte de grimace de dégoût implacable.
- Merci. Pour les mouchoirs, je veux dire.
- De rien. »
Il commença à sortir ses affaires afin de combler d'avance le silence qu'il ne saurait comment rompre et elle sécha ses larmes avant de se moucher bruyamment. Elle se sentait franchement stupide de pleurer à cause d'un garçon. Pourtant, elle savait parfaitement que des dizaines de filles se faisaient plaquer tous les jours et elle s'était promis de toujours être forte. Il n'était pas question de pleurnicher pour une raison si futile. Et voilà qu'elle craquait en public –devant un demi-frère normalement désagréable qui semblait s'être calmé pour une raison qu'elle ne parvenait pas encore à saisir. Elle se tourna un peu plus vers lui, les yeux rouges –comme son nez- et balbutia :
« Mon père couche avec ta mère.
- Quoi ? s'écria Scott en laissant tomber un encrier qui s'éclata au sol en mille morceaux de verres, l'encre bleu avec laquelle il écrivait d'ordinaire souillant le sol.
- Mon père est allé la voir hier soir et il n'est pas rentré de la nuit…
- Waouh ! Euh… Tu es sûre qu'il n'est pas… parti voir quelqu'un d'autre ? Ou qu'il… Je ne sais pas mais… baragouina-t-il avec un air perdu avant de cesser de s'agiter pour énoncer : Attends, c'est pour ça que tu pleures ?
- Non. Toby m'a plaquée. »
Scott ouvrit la bouche pour répondre bêtement un « désolé », mais se refusa à dire quoi que ce soit. Après tout, Tobias Malefoy était connu pour ses relations brèves et son habitude à briser des cœurs. Néanmoins, il devait avouer être relativement étonné. Toby avait paru fou amoureux d'elle dès son apparition et s'était risqué à nombre de punitions pour la soutenir durant les semaines passées. Lisant l'interrogation dans ses yeux, Ella ajouta :
« Mais il m'aime. Il pense juste que je suis une gamine égoïste et… Mais par le gland de Merlin, pourquoi est-ce que je te raconte ça ?
- Sans doute parce que je suis le premier à être entré dans cette salle de cours et que tu avais besoin de le dire à voix haute.
- Comment ça ?
- Et bien… Ma mère m'a fait hériter de quelques qualités et défauts et de nombreuses manies. Et il y a celle là ! Je dois toujours énoncer les choses importantes à voix haute. Par exemple, après que Maïa m'ait embrassé, je me suis enfermé dans la salle de bain commune aux Serdaigles et j'ai prononcé « Elle m'a embrassé » environ dix fois face à un miroir. Pour rendre la chose plus réelle, tu vois… Et maman fait pareil. Elle a hurlé : « Je suis divorcée et célibataire ! » dès que les papiers de divorce d'avec mon père ont été signés. C'est un moyen comme un autre de réaliser ce qu'il nous arrive.
- Donc… encore une manie gênante offerte par ma charmante mère ! marmonna Ella en feignant l'enthousiasme.
- Ouais, comme l'habitude de tout analyser, l'impression que tout le monde se moque toujours de nous et qu'on n'est jamais assez bien pour personne –même si ça, ça vient aussi de mon père en ce qui me concerne !- et cette façon de dévisager les gens comme s'ils étaient des abrutis complets ! J'ai remarqué que tu le fais aussi.
- En effet… surtout quand les gens se comportent comme tels. »
Comprenant qu'elle parlait de lui, il ricana en rougissant, ébouriffant ses épis roux tout en se dandinant maladroitement.
« Ah et ça, ça vient de ton père ! lança-t-elle en riant.
- Ouais… Les manies de mon père sont beaucoup plus gênantes ! »
Elle acquiesça, compatissante avant de saisir sa baguette. Elle nettoya le sort d'un sortilège avant de prendre un autre encrier dans son propre sac. Elle le posa sur le bureau de Scott et il la remercia d'un sourire. Ils restèrent à nouveau silencieux durant quelques secondes, puis Ella revint vers lui :
« Et… Tu as dû énoncer quelque chose à voix haute concernant Scarlett aussi ?
- Quoi ?
- J'ai remarqué la façon dont vous vous regardiez samedi, alors… Elle n'a rien voulu dire, mais je suppose qu'elle est gênée par l'éventualité qu'on finisse par vivre sous le même toit après le mariage de nos parents.
- Argh ! Ne parle pas de ça ! Tu vas nous porter la poisse !
- Alors ?
- Alors… Rien. Elle était seule après ton départ. Les élèves n'étaient pas franchement sympas avec elle. Donc… on a communiqué.
- Communiqué ? répéta-t-elle en relevant un sourcil, comme si ce dernier venait de se faire harponner.
- En tout bien, tout honneur !
- Pourquoi est-ce que quand tu dis ça, j'ai l'impression que ça dissimule quelque chose de sexuel ?
- Quoi ? s'exclama-t-il, ahuri. Non ! On ne… On s'est juste embrassé !
- J'en étais sûre ! »
Il réalisait qu'elle venait juste de s'arranger pour lui tirer les vers du nez et ronchonna en appuyant son front contre la table tout en se traitant d'imbécile. Elle regretta de s'être ainsi joué de lui durant quelques secondes, puis sa conscience joua aux abonnés absents –ce qui la soulagea grandement. De plus, cette petite distraction lui avait momentanément fait oublier Toby et cette rupture particulière. Pas assez longtemps hélas.
« Et… je pensais à quelque chose, lança-t-elle soudainement. On pourrait faire comme dans cette émission sorcière qui passe sur « Reality Witch TV » où des gens tentent de faire comprendre à leurs parents qu'ils doivent se séparer ! »
Scott la regarda bizarrement, la prenant apparemment pour une folle –c'était d'ailleurs la première fois qu'elle subissait le regard « Tu es un abruti complet » hérité de sa mère. Puis il secoua la tête avant de répliquer :
« Ne t'inquiète pas. Ma mère est généralement assez douée pour faire fuir ton père toute seule comme une grande…
- Espérons juste que ça ne leur prendra pas trop de temps.
- Et qu'ils n'auront pas le temps de faire un autre enfant. »
Ils échangèrent un dernier regard, presque complice, juste avant que la porte ne s'ouvre sur Maïa qui se précipita sur Scott pour l'étouffer de baisers.
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Théo s'échappa de la cheminée en tentant de faire le moins de bruits possibles. Il se doutait cependant que son absence n'avait pas dû passer inaperçu le matin même et constata qu'en effet, il n'était pas franchement discret. Ginny était assise sur le canapé, ensevelie –ou presque- sous une pile de dossiers et d'invitations de toutes sortes. Elle le contempla une seconde, puis lui accorda un sourire presque moqueur comme si les mots « J'ai couché avec Hermione » étaient marqués sur son front. Il enfonça ses mains dans les poches de son pantalon sans prononcer un seul mot et se dandina d'un pied sur l'autre pendant quelques secondes avant que Ginny –ayant pitié de lui- annonce :
« J'ai pris du retard dans mon travail et noël arrive à une vitesse… Tu sais qu'à cette période, les événements sportifs se multiplient ? A croire que les gens le font exprès pour me torturer. Les stars de Quidditch adorent fêter Noël comme des princes en plus de ça, et c'est à moi d'organiser leurs orgies.
- Vas-y, Gin'…
- Quoi ?
- Tu meurs d'envie de me poser une question, alors au lieu de bavasser au sujet des Strip-Noël-Party de certains de tes clients, demande ! »
Un immense sourire pourfendit les lèvres de Ginny qui sautilla presque sur le canapé avant de poser tous les papiers qu'elle avait à la main et qui lui servaient uniquement de couverture apparemment.
« Génial ! Merci, tu sauves ma santé mentale. Sans ça, j'aurai perdu l'esprit dans la journée et j'en serai venue à te supplier. Alors, tu n'es pas rentré cette nuit. Et tu étais avec Hermione pendant tout ce temps ?
- En effet.
- Et vous avez discuté ?
- J'ai crié, elle a crié, j'ai crié plus fort, elle m'a giflé… Et on a fait l'amour.
- Ouah… s'extasia Ginny en écarquillant les yeux. « Faire l'amour » ? Même Harry n'utilise plus cette expression ! Et pourtant, Merlin seul sait à quel point il peut se montrer romantique lorsqu'il veut obtenir quelque chose de moi. Quoi qu'il en soit, je suis contente pour vous. Enfin… Si c'est une bonne raison pour l'être ?
- Ron est arrivé et s'est montré très bizarre. J'ai même cru qu'il allait me cogner… Enfin, Hermione et moi, nous n'avons pas franchement eu le temps de discuter. Et je suppose qu'Ella est très fâchée, donc je me suis pressé.
- Avec une heure d'avance, tu aurais peut-être pu t'en sortir. »
Théo soupira et se laissa tomber sur le fauteuil le plus proche, sa tête entre les mains, désemparé. Il regretta de ne pas avoir mis un réveil en marche afin de tenir sa promesse faite à sa fille la veille. Malheureusement, comme toujours lorsqu'il se retrouvait avec Hermione, toutes ses obligations et les règles imposées par sa conscience paraissaient bien futiles. Il ne respectait généralement plus rien et oubliait toutes les choses vraiment importantes… En clair, il laissait ton cœur –ou un organe situé plus au sud- diriger sa vie toute entière.
« Ella va me tuer…
- Généralement, ce sont les enfants qui craignent leurs parents et non le contraire, fit remarquer Ginny avec un petit sourire.
- Oui, enfin, Ella et moi n'avons pas franchement la relation parent-enfant la plus logique du monde ! Tu as sans doute dû le remarquer. On est sur un pied d'égalité et chacun a le droit d'en vouloir à l'autre pour des raisons parfois franchement stupides. C'est un truc entre nous, même si généralement, je lui en veux parce qu'elle ne mets pas de beurre dans les pâtes pour que je ne prenne pas de poids. Là, la crise risque de durer davantage de temps…
- Probablement. Et promis, je mettrais du beurre dans tous les repas jusqu'à ton départ, même si Harry commence à avoir du ventre ! »
Théodore s'esclaffa en imaginant un Harry gras –image très difficile à concevoir malgré sa créativité- et se redressa légèrement. Il n'eut pas l'occasion de répondre que la cheminée crépitait, de la lumière s'en échappant en préparation de l'arrivée imminente d'un invité. Il espéra qu'il s'agirait d'Hermione, bien qu'il sache pertinemment qu'elle ne pouvait se débarrasser de Ron aussi rapidement. Il craint que ce soit ce dernier justement. Et c'est avec un certain soulagement qu'il vit Blaise apparaitre. Le métis sortit de l'âtre avec un immense sourire et un « Ta-dam ! » signifiant probablement qu'il se prenait pour une merveille du monde.
« Qu'est-ce que tu fais là ? s'enquit Théo en remarquant l'air exaspéré de Ginny qui ne s'habituait pas aux manies des amis Serpentard de son invité.
- On vient te chercher pour notre mémorable balade entre fils de bonne famille vieillissant ! Drago arrive dans quelques secondes… Il voulait suivre encore un peu la dispute entre Weasmoche et la femme de tes rêves.
- Ils se disputaient ?
- Oui, parce qu'elle a couché avec toi et que leur fils va passer son existence à Saint-Mangouste vu qu'il vous a surpris en train coucher ensemble !
- Ouah… Ron a vraiment perdu la tête ! On dormait quand Timothy est arrivé et… Ils vous ont vu ?
- On s'est montré aussi discret que possible.
- Pas très rassurant, marmonna Ginny pour elle-même.
- Bonjour, Femme Potter ! s'exclama Blaise en s'abaissant en une courbette ridicule dès qu'il prit conscience de sa présence. Toujours aussi charmante. Alors, Théo… Il va falloir nous raconter tout dans les moindres détails. Du plus soft au plus salace ! En examinant davantage la partie « salace » si tu veux bien…
- Blaise, comporte-toi comme quelqu'un de distingué au moins jusqu'à ce qu'on soit seul, s'il te plait !
- J'ai été élevée avec six frères, rien ne me choque, le rassura Ginny en récupérant ses dossiers pour s'y plonger afin de ne pas en entendre plus. Faites comme si je n'étais pas là ! »
Théo secoua la tête avant de se retourner vers la cheminée qui crépitait une fois encore. Drago en sortit quelques secondes plus tard, hilare. Blaise se précipita sur lui en lui posant environ cinq questions à la seconde sur la suite de la dispute qu'il avait manqué –et qui devait probablement être épique vu l'état de Drago. Théo adressa un regard d'excuse à Ginny qui le chassa d'une main. Il interrompu les balbutiements de ses deux anciens condisciples en tonnant :
« On sort ! Et aucune réflexion à propos de sexe tant que nous ne sommes pas seuls dans un bar avec de l'alcool fort, clair ? (Ils acquiescèrent d'un même mouvement et Théo conclut d'un sourire :) Sauf si on croise une coincée du Ministère de la Magie, auquel cas vous pourrez vous permettre n'importe quoi…
- Et si on croise Granger ? sourit Blaise en feignant de réfléchir. Elle bosse au Ministère et… Ah, non, oublie ce que j'ai dit, elle n'est pas coincée !
- Dehors ! »
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Ella suivait le cours d'une oreille attentive, heureuse de constater que son cerveau fonctionnait toujours et qu'elle parvenait encore à comprendre les cours de Potions du Professeur Rogue malgré ses absences. Scarlett, à ses côtés, prenait quelques notes et dessinait sur son parchemin dès que Severus interrompait son cours pour traiter certains élèves de « cafards sans cervelles » ou de « Scroutt à pétard décérébrés » -ce qui arrivait plus souvent avec lui que chez tous les autres enseignants réunis. Elles échangèrent un court regard avant de sourire dès qu'il s'emporta contre Maïa qui préférait les papouilles de Scott aux sangsues de la potion de ratatinage. Ella en prit une entre ses doigts et l'agita devant le visage de Scarlett.
« Une cravate bleue et argent suffirait pour qu'elle soit très semblable à tu-sais-qui, tu ne crois pas ? »
Scarlett jeta un rapide coup d'œil en arrière où Maïa battait des cils face à Scott et revint vers son parchemin dès qu'il croisa son regard. Ses joues rougirent imperceptiblement et Ella laissa retomber la sangsue dans leur potion qui devait encore bouillir durant une bonne demi-heure avant d'être prête. Elle nota quelques informations de plus en écoutant les conseils de Rogue qui passait parmi les élèves. Lorsqu'il se réinstalla à son bureau avec l'air renfrogné habituel de celui qui dispense des cours à des imbéciles, Ella lâcha sa plume.
« Tu craques pour Scott, articula-t-elle à voix basse.
- Quoi ?
- Ne joue pas à l'innocente, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. C'est un mystère pour moi, je l'admets, mais même si je refuse de le dire, Scott est mon demi-frère donc ça doit probablement effacer tout son sex-appeal à mes yeux.
- Ne parle pas du sex-appeal de Scott ! siffla Scarlett entre ses dents. Et puis, ça se voit tant que ça ? Maïa a pu s'en rendre compte, tu crois ?
- Euh… émit Ella en se retournant pour jauger la « Sangsue » -nouveau surnom qu'elle décida d'utiliser mentalement. En fait, non, sûrement pas. Elle plane complètement ! L'amour rend certaines personnes très stupides. Et aveugles en plus ! Donc, je ne pense pas qu'elle soit prête à t'arracher les cheveux pour une raison bizarre. Et je présume que dans ce cas, Scott te défendrait.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'il passe son temps à te jeter des petits coups d'œil… Tu sais, ce genre de regards qui font passer des messages comme « Miam, appétissante » ou « J'en mangerai bien un morceau ».
- Il est cannibale ?
- Non, mais c'est un Weasley, ils ont du mal à différencier l'amour des femmes à celui pour la nourriture ! Donc, je pense sérieusement qu'il pourrait ressentir la même chose… Tu deviendrais ma belle-demi-sœur !
- Tu as conscience que ça fait de nous des quasi-inconnues ? Et puis, mieux vaut ne pas s'emballer. Il a fait un plan pour les dix prochaines années au moins avec Maïa. Je suis certaine qu'il a déjà les prénoms de leurs enfants. Alors…
- Les projets peuvent changer. »
Ella tentait vainement de lui faire comprendre qu'elle devait absolument faire part de ses sentiments à Scott afin de ne pas passer à côté d'une possible relation. Après tout, Scott avait prit quinze années avant de sortir avec Maïa… Il lui faudrait sans doute le double pour réaliser qu'elle n'était pas faite pour lui. Et Ella ne pouvait s'imaginer quittant l'Angleterre en laissant Scarlett toute seule. Elle voulait s'assurer que quelqu'un continuerait à lui parler et qu'elle ne retournerait pas dans cette bulle d'anonymat et de mépris. De plus, elle ne supportait pas Maïa et sa manie de constamment suivre Lisa comme un petit chien. Elle n'était peut-être pas la plus fervente admiratrice de Scott, mais le fait que Scarlett le trouve intéressant lui apportait quelques qualités.
« Tu veux que je t'aide à te débarrasser de Maïa ? Une pelle et un carré de terre près de la cabane de l'ancien garde-chasse devrait suffire…
- Journée humour noir ? repartit Scarlett en retenant un rire.
- Avoue que je suis une marrante ! »
Scarlett lui tira la langue pour seule réponse et Ella étouffa son rire dans sa chemise, percevant le regard suspicieux de Severus qui ne fit pourtant aucune réflexion. Scarlett jeta un coup d'œil à la potion qui bouillonnait toujours avant de se tourner vers la table que partageaient Scott et Maïa. La jeune blonde ricanait stupidement –ou du moins, c'est ainsi qu'elle le perçut- en battant des cils. Elle se pencha un peu vers Scott, prête à l'embrasser et Scarlett se leva d'un bond sans pouvoir se contrôler. Ella écarquilla les yeux et faillit lui demander si elle comptait faire sa déclaration à Scott devant toute la classe.
« Vous pourriez quand même respecter un minimum vos condisciples et notre professeur ! Évitez d'échanger vos microbes devant nous. C'est dégoûtant ! » hurla-t-elle sous les regards stupéfaits de tous les étudiants.
Maïa s'empourpra si violemment qu'Ella imagina une seconde qu'elle prendrait bientôt feu, et Scott baissa les yeux après avoir plissé les sourcils comme pour analyser cette remarque. Des rires résonnèrent rapidement dans la salle alors que Scarlett se réinstallait, l'air choqué par sa propre initiative et Severus –abasourdi- mit quelques secondes avant d'articuler sur le ton lancinant habituel :
« Merci pour votre intervention, Miss Higgs. Nous sommes ravis d'avoir votre avis sur les démonstrations d'affections en public. Retournez-tous à vos potions, maintenant. »
Ella se tourna vers Scarlett et l'interrogea d'une seule œillade circonspecte à laquelle Scarlett répondit simplement :
« J'ai été ridicule, hein ?
- Et bien, si Maïa ne savait pas ce que tu pensais de sa relation avec Scott, maintenant elle est au courant… Mais, jolie remarque malgré tout. La prochaine fois, préviens-moi, histoire que j'évite l'infarctus. »
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Théo se saisit tranquillement de la chope de bière moldue que le barman lui servit, le remerciant d'un simple sourire avant de se retourner vers Blaise et Drago. Ces deux derniers papotaient, aussi portés sur les ragots que deux copines, ce qui amusait Théo autant que ça l'irritait. Surtout que leur sujet de conversation n'avait pas changé depuis une heure. Ils ricanaient toujours bêtement au sujet de la dispute entre Hermione et Ron tout en cherchant à définir l'implication de leur ami dans cette histoire. Le principal concerné s'installa avec eux et ingurgita quelques gorgées de sa boisson. Il écoutait distraitement les blagues –de plus en plus perverses- de ses amis, souriant parfois face à leur manque évident de maturité.
« Et encore une fois, j'ose admettre qu'Hermione Granger est sexy ! s'exclama Blaise en picorant quelques cacahouètes. Enfin, je crois que c'est surtout dû à ce qu'elle dégageait ce matin… On sentait qu'elle avait pris son pied cette nuit !
- Merlin, faite-le taire ! lança Théo en levant les yeux au ciel, comme pour supplier un dieu ou un mage se trouvant là-haut.
- Je suis juste réaliste… Les femmes sont comme ça. Lorsqu'elles ont fait l'amour, elles deviennent mille fois plus belles, charmantes et… excitantes.
- Merci de cette information, Blaise, mais j'aimerais vraiment qu'on change de sujet maintenant. »
Le métis s'apprêtait à continuer, mais Drago fronça légèrement les sourcils pour avertissement, comprenant que Théo commençait à s'ennuyer et qu'il ne tarderait pas à fuir. Blaise s'empara donc d'une poignée d'apéritifs qu'il avala sans même prendre la peine de mâcher, ce pendant que Drago et Théo buvaient leurs alcools respectifs. Ne supportant manifestement pas le silence, Blaise finit par marmonner :
« On pourrait parler de vos enfants… Vous serez peut-être les grand-pères des mêmes marmots dans quelques mois.
- Ma fille a seize ans, alors mieux vaut pour Toby qu'elle ne soit pas enceinte avant cinq ans au moins ! Autrement, cet enfant n'aura pas de père…
- Eh ! s'écria Drago, choqué. Tu parles de mon fils ! Je ne te laisserai jamais le tuer !
- S'il fout sa vie en l'air en ayant un enfant avant même l'obtention de ses ASPIC, je suis persuadé que tu seras le premier à l'étriper. »
Drago hésita une seconde puis acquiesça gravement, avouant qu'en effet, il ne serait pas forcément enthousiaste à l'idée d'être grand père. De plus, il était heureux de voir son fils évoluer aussi bien, malgré ce qu'il avait vécu pendant l'enfance. Il était très sérieux, étudiait constamment –alors que lui payait des élèves plus intelligents pour qu'ils fassent ses devoirs à sa place… En clair, Toby avait choisi une voie plus complexe en décidant de travailler pour obtenir ce dont il rêvait et Drago devait admettre qu'il était très fier. Le fait que son fils sèche les cours pour suivre sa petite-amie à l'autre bout du monde l'avait déjà déçu… Alors une petite-amie de seize ans enceinte… Il secoua la tête avec une grimace et Théo éclata de rire.
« Ne t'inquiète pas. Ella ne veut pas d'enfants. Elle a prit cette décision à huit ans après avoir lu un livre décrivant un accouchement… Je ne l'ai jamais revue aussi pâle que ce jour là. Je crois que pendant quelques jours, elle a même compris sa mère. Elle estimait qu'une femme ne pouvait que détester l'être lui faisant subir une telle souffrance.
- Et en huit ans, tu ne penses pas qu'elle ait pu changer d'avis ? ricana Blaise en lui piquant de sa boisson.
- Uhm… Non ! Elle est têtue. Peut-être même plus que sa mère.
- Et tu as survécu à sa présence ? » s'étonna Drago, moqueur.
Théo se contenta d'un rictus pour réponse, ne voulant admettre que ce petit côté entêté de sa fille lui avait causé de nombreuses crises de nerfs. Il songea à demander à Drago si son fils était du genre « futur papa conduisant un balai cinq places » mais n'eut pas l'occasion de le faire. En effet, un étrange tourbillon d'air se matérialisa au milieu du bar, créant un excès de panique chez les autres clients, tous moldus. Les trois sorciers, habitués à ce genre de phénomènes sortirent leurs baguettes de leur poche, discrètement et Drago la fit tourbillonner plusieurs fois, prêt à lancer un sortilège –probablement un Oubliette aux moldus.
Les volutes d'air se matérialisèrent en une forme de plus en plus compacte pour finalement laisser apparaitre un Eingil essoufflé et tremblant. Les moldus se mirent à hurler et les trois sorciers pointèrent leurs baguettes sur ces rares personnes portées sur l'alcool avant midi. Ils les stupéfixèrent, gardant le sortilège d'oubli pour plus tard. Théo fut le premier à se diriger vers Eingil qui s'appuyait à une chaise, trop vacillant pour tenir debout.
« Qu'est ce que tu fais là ? Qu'est ce qu'il se passe ? le pressa-t-il avant de faire un signe à Blaise : Apporte-lui un verre d'eau s'il te plait ! »
Eingil tenta de retrouver son souffle, et lorsqu'il y parvint, il haleta :
« Ton père est à la Baie… »
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Ella se mit à prendre quelques pommes de terre afin de combler le creux torturant son estomac depuis une bonne demi-heure. Elle croisa le regard de Winifred à la table des Gryffondor et cette dernière lui accorda un sourire gêné, encore un peu inquiète de la possible réaction d'Ella concernant son père. La Serdaigle haussa les épaules, comme pour signifier que cela n'avait plus vraiment d'importance. En effet, elle avait beaucoup de mal à penser à autre chose qu'à sa dispute avec Toby et aux nombreuses réflexions plutôt violentes qu'il lui avait balancé en plein visage. Étrangement, plus elle y songeait, plus ces mots trouvaient un sens dans son esprit. Elle aurait voulu les extirper de son cerveau, tels des souvenirs placés dans une pensine. Hélas, son esprit la tourmentait avec un malsain plaisir de toute évidence.
Elle reporta son attention sur la table des Serdaigle, remarquant avec un sourire que Scott surveillait Scarlett du coin de l'œil avec un air concupiscent assez comique. Scarlett mimait très mal l'indifférence et Maïa planait toujours à mille lieux du sol. Ella se remit à manger en écoutant les discussions, des ragots pour la plupart –elle fut rassurée de constater que personne ne savait qu'elle avait rompu avec Toby. Scarlett sortit des fiches de cours de la poche de sa robe et commença à les lire avec sérieux. Ella se demandait toujours comment elle pouvait étudier dans un tel vacarme.
Il lui fallut quelques minutes avant de réellement sentir le regard de Toby sur sa nuque. Elle se retourna un peu pour le voir, un nœud se formant dans son bas-ventre alors qu'elle réalisait qu'il agissait de la même façon qu'au début de leur relation. Pourtant, quelque chose avait changé. Les questions, le mystère qu'elle représentait, tout avait trouvé une réponse. Et vu que cette réponse lui déplaisait, il n'y avait plus grand-chose de positif à découvrir. Elle baissa les yeux sur son repas lorsqu'elle comprit qu'il ne s'arrêterait pas de la fixer et eut à nouveau envie de pleurer. Scarlett le remarqua et fronça les sourcils :
« Un problème ?
- Non, aucun… »
Elle ne parvenait pas à admettre les raisons la poussant à perdre la tête. Scarlett trouverait sans doute sa réaction exagérée, lui dirait de relativiser et lui adresserait un regard signifiant « Je t'avais bien dit que c'était un imbécile ! ». Ou pire, elle approuverait les remarques de Toby et tenterait d'expliquer à Ella qu'elle devait simplement changer pour le récupérer. Aucune de ses possibilités ne lui plaisait franchement alors elle resta silencieuse. Elle dût s'efforcer à sortir de sa torpeur en remarquant l'air choquée de Scarlett qui grommela une insulte en regardant la table des Serpentard. Elle se tourna donc et son corps se raidit violemment, comme pour repousser une attaque pourtant invisible.
Annabeth Flint tentait une nouvelle fois de draguer Toby qui –contrairement à d'habitude- ne la repoussait pas. Il ne l'encourageait pas non plus, mais se laissait faire, apparemment insouciant, indifférent aux regards de la plupart des étudiants –lesquels s'étaient fait à l'idée de la relation Malefoy-Nott. Certains reluquèrent Ella en l'attente d'une réaction, mais elle ne leur fit pas ce plaisir. Stoïque, elle se remit à manger, mâchouillant la nourriture soudainement très fade et inconsistante qu'elle appréciait d'ordinaire. Scarlett mordilla sa lèvre inférieure avec malaise, entrapercevant l'humidité des yeux de son amie.
« Vous avez rompu ou il se la joue infidèle ?
- On n'est plus ensemble, répondit-elle simplement, assez fort pour que d'autres l'entendent et que la rumeur se propage au plus vite. Il fait ce qu'il veut par conséquent. Ça n'a aucune importance. »
L'air résolu qu'elle se donnait ne convainc pas tout le monde puisque sa voix tremblait légèrement. Elle s'en rendit compte et se leva, refusant de redevenir la cible des regards et réflexions. Et surtout, elle voulait craquer, pouvoir pleurer tranquillement sans avoir à se retenir. Elle marmonna un bref « On se voit plus tard » à l'adresse de Scarlett avant de quitter la Grande Salle. Pourtant, elle savait parfaitement qu'elle ne verrait pas Scarlett. Elle avait besoin de fuir le plus loin possible, et pas seule, surtout pas seule !
Elle traversa les nombreux couloirs, grimpa chaque escalier quatre à quatre, jusqu'à s'essouffler, ses larmes brouillant sa vue, jusqu'au bureau de la directrice. Elle balbutia le mot de passe en tremblotant avant de pouvoir entrer dans la pièce, puis se dirigea vers la cheminée sans même prendre la peine de vérifier si Minerva était présente. Elle articula –malgré ses sanglots- le nom de la maison des Potter et disparu dans un nuage de fumée.
Elle réapparut dans le salon quelques secondes plus tard en reniflant, et partit à la recherche de son père, priant tous les dieux qu'elle connaissait pour qu'il soit là. Elle se retrouva dans la cuisine où Théodore était installé en pleine discussion avec des gens qu'elle connaissait mais qu'elle ne chercha pas à reconnaitre à travers ses larmes. Théo cessa de parler en la voyant et se redressa brusquement, quittant son siège pour la serrer dans ses bras.
Il lui caressa les cheveux un instant, embrassa son front, et adressa une grimace d'excuse à Drago, Blaise, Ginny et Eingil qui cherchaient à prévenir les membres de l'Ordre pour intervenir à la Baie.
« Ella, ma puce, qu'est ce qu'il t'arrive ?
- Je veux rentrer… sanglota-t-elle contre son torse alors que Ginny se levait pour lui préparer du thé, Drago baissant les yeux sur ses mains en réalisant que ce désir soudain devait avoir un lien avec son fils. Maintenant ! Je veux qu'on soit à la maison, juste toi et moi… »
Théo l'éloigna tendrement, sans lâcher ses épaules afin de ne pas lui donner l'impression de l'abandonner. Il passa un doigt sous ses yeux, essuyant ainsi une larme, et secoua la tête avant de désigner la table d'un signe du menton, obligeant ainsi Ella à regarder les autres personnes présentes. Elle cessa de pleurer à l'instant même où elle aperçut Eingil et ouvrit la bouche sans qu'aucun mot ne s'en échappe. Théo répondit alors à la question qu'elle n'avait pas posée :
« Il faut qu'on retourne au Brésil. »
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Note de l'auteur _ Parait-il que je suis méchante de couper pile quand ça devient intéressant [d'après ma première lectrice... =P] mais bon, pô grave ! Z'assume ! La suite devrait arriver dans le courant de la semaine prochaine...
[Manque d'inspiration totale pour les délires & idioties habituelles, excusez-moi...]
Questions = Comment va tourner la relation Hermione / Théo ? [Faut dire que là, ils auront d'autres chats à fouetter !] Et celle Toby / Ella ? Et celle Scarlett / Scott ? Harry deviendra-t-il obèse ? [xD J'étais obligée de la sortir celle là...] Et que va-t-il donc se passer à la Baie [qu'une chose à dire, le prochain chapitre est pleins d'actions, de sang & de larmes. Snif !] ?
A bientôt !
Bisous bisous... -& je ne dirais pas "reviews reviews", z'le mérite pas -_-"
*¤ Bewitch_Tales ¤*
