Note de l'Auteur _ Tadam ! La rapidité est de mise ces temps ci. Mon neurone s'est reconnecté vendredi toute la journée & m'a fait pondre dix pages. Les quatre dernières ont mis un peu plus de temps à venir. x) Quoi qu'il en soit, l'épilogue est écrit également, ainsi que la moitié -plus ou moins- du dernier chapitre. x) J'espère que la fin vous plaira...

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 22

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« Les gens ne savent pas aimer : ils mordent au lieu d'embrasser, ils giflent au lieu de caresser. C'est peut être parce qu'ils ont conscience que l'amour tourne mal très facilement, ça devient souvent impossible, irréalisable, un exercice vain. Alors ils l'évitent et se réfugient dans l'angoisse et l'agressivité qui sont des sentiments toujours disponibles. »

Les Bienfaits de la Colère.

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« Toutes les guerres sont enfantines et livrées par des enfants. »

Herman Melville.

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Hermione tapotait instinctivement le bois de la table de la cuisine en un rythme ensorcelant et erratique significatif de son agacement. Ron, assis en face d'elle, arborait une mine renfrognée qu'il ne quittait plus depuis quelques heures déjà et dont - malgré leurs discussions et les nombreuses réprimandes d'Hermione- il ne semblait pas vouloir s'en débarrasser. Elle ne comprenait pas réellement les raisons de sa colère et de cette crise de jalousie qui n'avait pas lieu d'être en vue de la situation qu'était la leur, mais espérait vraiment qu'il se calmerait très vite. Elle ne supportait guère l'état dans lequel il pouvait se mettre, déjà à l'époque de Poudlard et moins encore durant leur mariage… Désormais, alors qu'ils étaient séparés depuis si longtemps et qu'ils avaient dépassé tous leurs problèmes, ça l'agaçait encore plus.

Timothy jaugeait ses parents par-dessus la bouteille de bièraubeurre et le plat de pommes de terre, avec l'air de se poser pas mal de questions. Evidemment, il les avait déjà vus renfrognés… Mais là, il ne parvenait pas à définir les raisons de cette chamaillerie. A cinq ans déjà, il était persuadé que ses parents ne s'aimaient pas comme devaient s'aimer un couple. Il voyait son oncle Harry et sa tante Ginny vivre ensemble, fou d'amour, et comprenait aisément qu'eux étaient différents. Contrairement aux autres enfants, il ne voulait même pas les voir ensemble, puisque cela ne leur conviendrait ni à l'un ni à l'autre. Néanmoins, il savait que cette fois, la rupture ne plaisait pas à son père, probablement parce qu'il n'avait jamais vu sa mère avec un autre homme.

Hermione lâcha sa fourchette, qui tinta désagréablement contre son assiette et regarda Ron en fronçant les sourcils, comme pour le pousser à rompre ce silence alarmant. Ron grogna, mais ne dit mot et Timothy gonfla ses joues en louchant, tel un poisson bulle, espérant ainsi les faire rire. Aucun de ses parents n'eut la réaction escomptée et il laissa tomber avec une moue penaude. L'atmosphère austère qui s'instaurait dans la demeure habituellement joviale pesait sur tous, et Ron –principal responsable- ne cherchait pas à cesser cette nouvelle guerre froide.

« Je peux aller dans ma chambre ? s'enquit finalement Timothy d'une petite voix afin d'échapper à cette ambiance.

- Non ! » répondirent ses parents en chœur, prouvant qu'ils étaient encore d'accord sur certains points.

L'enfant poussa un profond soupir, de plus en plus exaspéré. Qu'ils se disputent, d'accord. Qu'ils veuillent qu'il soit là pour assister au spectacle, ça, c'était beaucoup moins drôle. Il se remit à manger donc, sans apprécier une seule bouchée, sans regarder ses parents qui bouillaient intérieurement, chacun de leur côté de la table, chacun impuissant face à l'incompréhension de l'autre. Parfois, il aurait voulu être plus grand, plus fort, avoir une voix plus grave et une stature plus imposante… Juste pour leur demander d'enfin se parler et admettre que quelque chose clochait dans leur relation. Mais ils étaient –comme tous les adultes- beaucoup plus habiles à fermer les yeux.

Puis, brusquement, comme si elle avait saisi la moindre bribe de pensée de son fils, Hermione se redressa sur sa chaise. Ils crurent même qu'elle allait cogner du poing sur la table. Mais c'est d'une voix aussi calme et posée que celle qu'elle employait d'ordinaire pour convaincre Timothy de ranger sa chambre, qu'elle s'adressa à Ron :

« Tu as passé les derniers jours à me pousser à fréquenter Théodore et à mettre le passé de côté. Alors pourquoi te montres-tu si possessif brusquement ? Tu as soudainement réalisé que notre relation à lui et moi pourrait aller plus loin ? Tu as peur que je lui fasse du mal ? Parce que si c'est ça, je ne peux rien te promettre, mais tu n'as aucune raison de te montrer si désagréable. Au fond, cela ne te concerne pas ! Il aura de toute façon une place prépondérante dans nos vies à partir de maintenant, ne serait-ce qu'à cause de l'existence d'Ella… Timothy et Scott seront amenés à le voir de temps à autres… Et toi aussi. Alors, je ne vois franchement pas en quoi cela a le moindre rapport avec nous.

- Vous avez couché ensemble ! articula Ron en se pencha vers elle, comme pour lui apprendre une information qu'elle détenait pourtant bien avant lui.

- Timothy, monte dans ta chambre, mon cœur… »

Le garçonnet ne chercha pas même pas à dissimuler son soulagement. Il fila de la table à une telle vitesse qu'Hermione soupçonna qu'il casserait quelque chose à un moment ou à un autre. En effet, elle entendit un bruit de verre brisé, suivit d'une exclamation de surprise et d'un gros mot qu'elle regretta de l'entendre employer. Elle attendit qu'il revienne tout penaud, mais considéra qu'il était bien trop heureux d'échapper au vis-à-vis parental pour pointer le bout de son nez. Elle revient donc à sa discussion avec Ron qui semblait au bord de l'apoplexie.

« Oui, on a couché ensemble. Plus d'une fois même si tu veux tout savoir. Et c'est en partie ta faute puisque tu l'as poussé à rester hier soir ! Mais ça n'explique pas ton comportement ! Pourquoi es-tu si jaloux d'un seul coup ?

- Parce que ! bouda Ron en croisant ses bras contre son torse en un geste d'une immaturité déconcertante.

- Ce n'est pas une réponse ! Arrête de te montrer si gamin !

- Parce que je… Je n'arrivais pas à vous imaginer avant ! explosa-t-il finalement en se levant d'un bond. L'existence d'Ella était la seule preuve de votre relation, et ce malaise aussi entre vous. Mais je ne parvenais pas à vous imaginer ensemble, tous les deux, lorsque vous… Alors, le fait que tu m'ais trompé était un fait avéré, mais mon esprit ne le voyait que comme une idée. Maintenant, j'ai tout plein d'images répugnantes dans la tête et… Nom d'un dragon, Hermione ! Tu m'as trompé ! »

Hermione esquissa un sourire, presque troublée de le voir si emporté dans un maelström d'émotions fébriles. Elle se leva calmement avant de se hisser sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue, maternelle.

« Oui. Et tu le sais depuis des semaines. Je suis désolée que tu nous ais surpris ce matin… Et pas seulement parce que tu as interrompu un réveil qui aurait pu être mémorable et que tu m'as évité une discussion complexe et un casse-tête irrésoluble. Je le suis aussi parce que j'aurai voulu t'en parler, et évoquer avec toi les conséquences éventuelles. Vraiment, Ron, je ne voulais pas te blesser ou te rappeler à de mauvais souvenirs que tu n'avais pourtant pas vraiment. Excuses-moi. »

Il se dandina d'un pied sur l'autre un instant, avec cette moue d'enfant qu'elle adorait tant et qui le rendait irrésistible. Il haussa finalement les épaules et s'autorisa un mini-sourire auquel elle répondit sans réfléchir. Puis il blêmit très légèrement et eut apparemment une sorte de révélation car il écarquilla les yeux et ouvrit la bouche bêtement.

« Mince… Théo doit me prendre pour un dingue !

- Sans vouloir t'offenser, Ron, tu as totalement perdu l'esprit ce matin, donc c'est très probable. Mais tu devrais d'avantage t'inquiéter pour Timothy qui a dû par ta faute prendre un air traumatisé juste pour te donner raison ! »

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Autour de la table de cuisine des Potter, une nouvelle aventure s'organisait, malgré les demandes expresses d'Eingil qui aurait souhaité voir les sorciers s'agiter un peu plus. Mais Théodore connaissait son père et savait parfaitement qu'il devait avoir une idée derrière la tête. Jamais il ne relâcherait les elfes simplement pour obtenir son fils en échange. Malgré ses connaissances sur le cerveau torturé de son paternel, Théo ne parvenait pourtant à pas se démêler du plan qui se resserrait à chaque seconde un peu plus autour de lui, tel un étau morbide bloquant sa gorge. Car il ne pouvait pas laisser les elfes seuls au milieu des flammes, comme il ne souhaitait pas donner satisfaction à Théophile.

Son regard se porta un instant sur sa fille qui –les yeux rougies par ses larmes naissantes- ne disait plus un mot. D'ordinaire, son silence enflait avant la colère et la rancœur. Cette fois, il y lisait juste une déception certaine, des regrets aussi. Il aurait voulu la prendre à part, l'interroger sur les raisons de sa tristesse et s'excuser aussi de ne pas être arrivé à temps le matin même. Mais il n'en avait pas le temps.

Il croisa les regards sombres de Drago et Blaise dont la présence serait probablement inévitable à la Baie. L'air résolu qui crispait leurs visages prouvait en effet qu'ils ne le laisseraient jamais partir tout seul. Il entendait déjà leurs réflexions, voyait déjà leurs grimaces… Il jeta un coup d'œil à Ginny et se demanda s'il aurait le temps de partir avant qu'elle prévienne les membres de l'Ordre. Il se doutait qu'elle serait aussi rapide qu'autrefois. Peut-être même que la pièce, inventée par Hermione plus de vingt années auparavant, bouillonnait déjà dans sa poche, impatiente qu'elle la touche. Et alors Harry, Ron, et tous les autres s'engageraient encore à ses côtés et prendraient des risques inconsidérés. Il passa sa main sur sa barbe naissante et marmonna à l'adresse d'Eingil :

« Il faut que tu interrompes les protections qui entourent la Baie pendant quelques secondes. »

Le jeune elfe écarquilla les yeux, stupéfait, puis fronça les sourcils, s'interrogeant apparemment sur l'effet qu'avait eu sa captivité sur le cerveau du sorcier.

« Seule la Reine a le droit d'agir en ce sens, rétorqua-t-il froidement après avoir réalisé que Théodore ne plaisantait pas. Et au cas où tu n'en étais pas rendu compte, je ne suis pas la Reine !

- Merci, Eingil, j'avais remarqué. Mais tu n'as pas le choix. Traverser la forêt nous prendra du temps et débarquer en plein milieu de ce groupe de sorciers créera un mouvement de panique, une diversion… Ils n'auront pas le temps de réagir à temps, j'en suis persuadée. »

En réalité, ce n'était pas la vraie raison de cette demande. Il voulait juste pouvoir transplaner pendant qu'Eingil s'occuperait de ses satanées protections, et ainsi, laisser les membres de l'Ordre en plan. Le temps qu'ils interviennent, la bataille –si bataille il y avait- serait finie. Il jeta un coup d'œil rapide à Blaise et Drago et décida qu'ils l'accompagneraient. Ils connaissaient son père eux aussi et les hommes de son espèce. Ils sauraient se battre et se défendre en conséquence, sans se laisser envahir par la moindre notion d'humanité –contrairement à Harry et Compagnie qui hésiteraient avant de lancer le moindre « Avada ».

Il songea à son plan, le dessinant dans sa tête avec une précision à faire pâlir d'envie de plus fin des architectes et ouvrit son esprit à Eingil qui s'y faufila instinctivement. Un coin de sa bouche tressaillit un instant alors qu'il questionnait Théodore :

« Trois Sorciers contre une bonne dizaine ? Tu te moques de moi ?

- Trois Sorciers puissants et préparés contre mon père et ses larbins. Et nous aurons un Elfe de notre côté, n'est ce pas ? »

Eingil acquiesça d'un signe quasi imperceptible pour l'œil humain avant de scruter Ella, une seconde, juste assez pour s'inquiéter.

« Et Ella ? Elle s'est déjà trop tracassée pour toi ces derniers temps… »

Théodore referma son esprit avec affabilité, refusant de répondre à cette question car lui-même n'aurait su quoi dire. Sa fille s'angoisserait sans doute et lui en voudrait encore bien davantage d'avoir mis sa vie en péril, mais elle finirait par comprendre qu'il n'avait pas eu le choix. Les Elfes l'avaient recueilli lorsqu'il en avait eu le plus besoin et jamais il ne le serait assez reconnaissant. Ils étaient ses amis, sa famille même en quelque sorte. Il ne pouvait les laisser mourir, et surtout pas à cause de son psychopathe de paternel.

« Combien de temps te faudra-t-il pour annuler votre Magie ? s'enquit-il à l'adresse d'Eingil, à voix haute cette fois, si bien que personne ne se douta qu'ils avaient communiqué autrement.

- Une demi-heure environ probablement. Il ne faut que quelques secondes à la Reine, mais c'est elle qui les a dressés autour de la Baie donc… Mais tu es certain que ce soit une bonne idée ? C'est risqué. Mon peuple sera encore plus vulnérable.

- Peut-il vraiment l'être davantage qu'en ce moment ? »

Eingil ne trouva rien à répondre. Il jeta un rapide coup d'œil vers Ginny et Ella, comme pour faire comprendre à Théodore que c'était le moment pour les faire partir. Ce dernier se tourna donc vers elles avec la ferme intention de trouver une raison valable de les faire quitter la cuisine –et même la maison. Il tenta de se montrer persuasif –sans trop de difficultés car ce trait de caractère était l'essence même de la maison à laquelle il avait appartenue- et un sourire en coin tordit ses lèvres lorsqu'il prononça d'une voix trop douce pour être honnête :

« Ginny, tu devrais aller chercher Harry, Ron, Hermione et tous les membres de l'Ordre dont nous pourrions avoir besoin. Et même Pansy ! Il faudra que vous nous rejoigniez ici. On ne bouge pas. On prépare davantage le plan. D'accord ? »

La rouquine hésita un instant, lisant dans ses yeux une détermination différente de d'habitude, plus semblable à celle qui envahissait ses iris durant la guerre. Pourtant, elle obéit, malgré son scepticisme. Elle lui adressa néanmoins ce rictus qui lui rappela Molly, celui qui le faisait culpabiliser, même lorsqu'il n'y avait aucune raison. Elle faillit demander pourquoi Drago et Blaise ne l'aidaient pas, mais au lieu de perdre du temps, préféra prévenir les autres au plus vite. Quel que soit le plan véritable de Théodore, il valait mieux qu'elle soit accompagnée pour le soutenir –qu'il le veuille ou non !

Une fois Ginny sortie, Théo se retourna vers Ella qui attendait des ordres, n'importe lesquels. Elle voulait juste se sentir utile, bouger, faire quelque chose d'important pour son père et Eingil. Ce dernier n'osait étrangement plus la regarder dans les yeux, comme s'il avait fait une bêtise –ou s'apprêtait à en faire une, mais Ella, trop perdue, ne le réalisa pas immédiatement. Théo se pencha devant elle et lui adressa l'un de ses sourires réservés aux occasions spéciales, ces sourires qui lui faisaient toujours monter les larmes aux yeux. Elle l'interrogea sans même ouvrit la bouche, simplement en une grimace, et il lui parla d'une voix plus grave, exigée par la situation.

« Toi, tu montes dans ta chambre et tu commences à préparer ton sac.

- Quoi ? bégaya-t-elle.

- Tu veux rentrer, non ? Alors…

- Je pensais que tu refuserais. A cause de… d'elle.

- On en reparlera à mon retour. Mais nous ne resterons pas là pour toujours, n'est-ce pas ? »

Il se sentit honteux de la duper si ouvertement, sans se soucier du moment où elle découvrirait son mensonge ou de l'amertume qu'elle ressentirait alors. Mais il se devait de l'éloigner assez longtemps pour partir. Et pour ne surtout pas lui laisser l'occasion de le rattraper. Pourtant, malgré la joie inspirée par cette demande, Ella pencha la tête sur le côté, des questions plein les yeux. Il serra les poings, en colère contre lui-même. Pourquoi avait-il appris à sa fille à réfléchir ? Il laissa tomber sa baguette de l'intérieur de sa manque à sa main et attendit quelques secondes, préférant s'assurer d'être forcé à agir ainsi.

« Alors… Tu n'as pas besoin de moi pour la Baie ?

- Non. Je veux te savoir en sécurité. Et contrairement à la dernière fois… commença-t-il en invoquant un sortilège sans même le prononcer. N'interviens pas. Je serais extrêmement déçu si tu le faisais. Maintenant, monte à l'étage et ne redescend que dans une vingtaine de minutes. »

Elle acquiesça, tel un zombi et se leva mécaniquement. Lorsqu'elle disparut par la porte de la cuisine, Drago se leva, les joues rouges de colère, des éclairs presque matériels s'échappant de ses yeux gris. Il haussa le ton sans même sans apercevoir, et Blaise ne chercha même pas à le faire taire, trop furieux lui aussi.

« J'hallucine ! Tu viens de jeter un sortilège Impero à ta propre fille ? Non, mais tu es un grand malade ! s'exhorta le blondinet sans laisser à Théo l'occasion de s'expliquer. Même moi je n'aurai pas osé ! Est-ce que tu te rends compte que ça pourrait t'envoyer en prison ?

- Drago, la ferme ! coupa l'incriminé d'une voix plus forte.

- Et en plus tu me dis de…

- C'était juste un sortilège de confusion. Et il fait effet moins longtemps, alors si tu veux bien repousser ta thèse sur « Education & Magie ne font pas bon ménage » à plus tard, je t'en serai extrêmement reconnaissant ! »

Blaise retint en rire en voyant le visage de Drago se décomposer. Il acquiesça d'un geste saccadé et ne trouva rien d'autre à faire que suivre le mouvement dès que Théo le lui ordonna. Parfois, l'Impero n'était pas réellement nécessaire… Même si cette fois, il l'avait malheureusement été !

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Samya se mit à rire, l'éclat tintant de sa voix résonnant sur chaque mur et parvenant aux oreilles de Charlie, lui faisant perdre la tête. Il goûta à sa peau, encore une fois, ne se rassasiant pas de l'arôme qu'elle dégageait, du sucré au bout de sa langue fouineuse, de sa curiosité à découvrir son corps encore et encore. Il ferma les yeux un instant, juste pour reprendre le contrôle, et sentit les cheveux de Samya caresser son torse dès qu'elle se pencha, à cheval sur ses hanches. Il la regarda à nouveau, admira les courbes voluptueuses qui –associées à cette position lascive- avaient tout pour plaire. Il reluqua sans interruption son déshabillé –qui portait si bien son nom- et se retint de le lui arracher. Il avait joué avec la veille et un fil s'était étiré. Elle lui avait fait la tête, boudeuse, charmante polissonne prête à tout pour le rendre fou.

« On t'a déjà dit que tu atteignais sans peine le summum de la beauté ? s'enquit-il en se sentant naïf et trop jeune.

- Uhm… Oui. Mais j'aime bien le réentendre. Surtout de cette bouche ! ajouta-t-elle en glissant son majeur au bord de ses lèvres, taquine. Cette si jolie bouche capable de merveilles d'insanité ! »

Il éclata de rire, charmé pour de bon. Il contempla la lumière, encore différente de la veille, qui animait ses orbes et se sentit tomber un instant. Une chute douloureuse et cruelle. Il se releva, habitué, et posa sa main à l'intérieur de la cuisse de sa belle. Ses doigts remontèrent d'eux-mêmes jusqu'au creux entre ses deux muscles étirés, et il la sentit se crisper d'impatience. Sa poitrine remonta lorsqu'elle cessa de respirer et il lui accorda un sourire complice. Complice, mot parfait pour définir ce crime qu'il s'apprêtait à commettre encore une fois. Sa main retrouva le chemin brûlant sans avoir besoin d'un guide et se plaqua entre ses jambes, un doigt plus intrépide se dressant pour coloniser une terre pourtant acquise d'avance.

Samya balança la tête en arrière avec un sourire extatique avant de susurrer :

« C'est la meilleure pause déjeunée de mon existence ! »

Il plaqua sa main libre sur la nuque de la jeune créature et l'attira vers lui afin qu'elle l'embrasse. Elle ne se fit pas prier et se colla davantage contre son torse, profitant de ce mouvement pour baisser ses hanches, jusqu'à dissimuler un peu plus le petit doigt intrépide. Charlie renforça son baiser et accéléra sournoisement le va-et-vient plaisant qu'il lui procurait, juste pour la frustrer davantage dès qu'il s'arrêterait pour qu'elle attise son désir à lui.

Néanmoins, il n'eut pas réellement le temps d'attaquer ce petit jeu là. La porte de sa chambre s'ouvrit brusquement pour laisser apparaitre une tornade rousse qui calma immédiatement sa virilité. Samya poussa un cri strident de surprise en basculant sur le côté, remontant le drap sur son corps à demi-nu avec une rapidité détonante alors que son amant restait stupéfait. Ginny, elle, s'immobilisa, sous le choc. Charlie espéra naïvement qu'elle se montre raisonnable et quitte la chambre sans poser la moindre question, mais elle n'était pas la fille de sa mère pour rien. Elle claqua violemment la porte derrière elle et s'avança à grandes enjambées vers le lit.

« Charlie Septimus Weasley ! Puis-je savoir ce que cette jeune… (Elle s'arrêta pour contempler Samya, et secoua la tête, dépitée avant de corriger :) Très jeune fille fiche dans ton lit exactement ?

- Je suppose qu'une excuse médicale serait plus valable si tu étais l'infirmier ? marmonna Samya à son oreille, presque amusée par cette situation surréaliste, maintenant le choc passé.

- Toi, sors d'ici ! hurla Ginny en la montrant du doigt.

- Je vous demande pardon ? » répliqua la jeune fille en haussant un sourcil menaçant, presque à frapper la mère de famille sans hésiter si elle osait encore s'adresser à elle sur ce ton là.

Charlie intervint avant qu'un infirmier soit réellement nécessaire et posa une main tranquille sur la hanche de sa jeune amie qui se redressa furieusement. Elle récupéra sa jupe d'écolière au sol sans lâcher Ginny des yeux, chacune foudroyant l'autre depuis son côté du lit. Charlie se leva également, soulagé de n'être pas entièrement dénudé et récupéra son t-shirt -qui se balançait sur la lampe de chevet. Il ne s'était jamais senti aussi minable et petit, sauf peut-être le jour où sa mère l'avait surpris en pleine activité solitaire avec des magasines automobiles moldus. Il songea brièvement que ça n'aurait pas pu être pire, mais –comme toujours lorsque quelqu'un osait penser une telle chose- le pire se produisit. La porte s'ouvrit en effet sur Harry qui repéra d'abord son épouse et lança :

« On m'a dit que tu étais à Poudlard et que tu me… »

Il s'arrêta sur sa lancée en découvrant un Charlie rouge vif –qui le conforta dans cette vision des Weasley rougissant facilement- et Samya qui lui accorda un sourire railleur. Son regard se glissa instinctivement sur sa chemise entrouverte et il regarda à nouveau son beau-frère, partagé entre l'envie de le féliciter et celle de l'insulter. Apparemment, son épouse avait déjà choisi la seconde possibilité et il décida de se ranger de son côté afin de ne pas devenir fautif à son tour. Pour la forme, il fronça donc les sourcils avec un air qui se voulait menaçant. Il apostropha Samya en la voyant reboutonner tranquillement sa chemise, pas pressée de toute évidence.

« Plus vite, Miss Zabini. Vous ne voudriez pas manquer votre prochain cours !

- Ciel, non ! s'exclama la jeune fille, totalement moqueuse.

- Sam, sors… ordonna Charlie avant de laisser la situation dégénérer. S'il te plait. »

Elle haussa les épaules, regrettant néanmoins qu'il ne la considère pas comme assez adulte pour participer à cette discussion. Elle rattrapa ses chaussures et les enfila en se tenant sur une seule jambe avant de s'approcher de Charlie. Sans se soucier une seule seconde des deux autres personnes présentes sur les lieux, elle l'embrassa à pleine bouche, désirant plus que tout lui rappeler ce qu'il perdrait s'il laissait Ginny et Harry lui bourrer le crâne. Etrangement, il se laissa faire, appréciant cette étreinte imprévue et cette chaleur qu'elle dégageait encore, chaleur qui le rassura. Elle s'échappa d'entre ses bras, tel un songe éphémère et le laissa seul, après avoir adressé une mimique agressive aux Potter. Une fois la porte close, Ginny explosa :

« Tu es devenu dingue ? Elle a l'âge d'être ta fille ! Certaines de tes nièces sont même plus âgées ! Qu'est ce qui t'es passé par la tête, hein ? Ne me dis pas que tu t'es simplement laissé avoir par son décolleté vertigineux et ses longues jambes, je sais bien que ce n'est pas du tout de ton genre…

- Et puis, continua Harry sans réelle motivation, Tu l'avais collée à cause de son comportement aguicheur. Tu avais même fait part de tes inquiétudes à Minerva. Il s'est passé quoi pour qu'elle te fasse passer du « pauvre type harcelé » au « futur chômeur prisonnier » ?

- N'exagère pas ! répliqua Charlie bien qu'il sache pertinemment qu'Harry avait en partie raison et qu'à défaut d'aller en prison –Samya était majeure- il aurait pu néanmoins perdre son travail. Et elle a dix-huit ans ! Enfin presque dix-huit ans. Dans sept mois… (Il avala difficilement sa salive.) Bon, elle est jeune ! Mais… Elle est gentille.

- Gentille ? répéta Ginny en le regardant comme s'il était un parfait imbécile. Et alors ? Je trouve le type chez qui j'achète mes citrouilles très gentil ! Et tu sais quoi ? Je ne couche pas avec lui ! En même temps, il a plus de vingt ans, c'est peut-être pour ça…

- Gin… Je suis un grand garçon. Je fais ce que je veux !

- Faire ce que tu veux ne signifie pas que tu peux impunément tuer quelqu'un ou fricoter avec une fille qui a presque trente ans de moins que toi ! C'est mal et tu le sais parfaitement ! Et par Merlin, elle suit tes cours !

- Non, pas vraiment… Elle a abandonné le Soin au Créatures Magiques depuis pas mal de temps, expliqua-t-il en une excuse pitoyable.

- Tu sais très bien ce que je veux dire. Si Minerva l'apprenait… »

Charlie blêmit ostensiblement. Il tenait à son travail. C'était la chose qui lui donnait envie de se lever le matin, puisqu'il n'avait ni femme ni enfants. S'il le perdait, il ne saurait plus quoi faire du tout. Il tenta de se réconforter en pensant qu'il lui resterait Samya. Mais pour combien de temps ? Elle était jeune et séduisante. Il savait qu'elle se lasserait de lui au bout de quelques semaines –peut-être moins même. Cela valait-il vraiment la peine de tout risquer ? Néanmoins, il réalisa qu'il ne s'était plus senti aussi euphorique depuis longtemps, aussi vivant, et se doutait qu'il devait ces sentiments à Samya.

Harry parut sentir son trouble, car il arrêta Ginny alors qu'elle s'apprêtait à embrayer, comme pour abattre un homme déjà à terre. Il lui murmura quelques mots à l'oreille, la poussant à s'en aller afin qu'il puisse discuter tranquillement avec Charlie, qu'il considérait comme un ami. Ginny resta figée un instant, trop têtue pour obéir, puis –voyant l'air déprimé de son frère- quitta la pièce en claquant la porte pour bien marquer son désaccord avec cette situation. Harry attendit quelques secondes avant de déclarer :

« On ne dira rien. Enfin… Je ne dirais rien et je suis persuadé que Ginny n'osera pas mettre ton emploi en péril, malgré sa colère. Et puis, en même temps, qui pourrait te reprocher ce que tu as fait ? Cette gosse est une bombe ! (Charlie laissa échapper un rire.) Ne répète pas à Gin' ce que je viens de dire. Enfin… Reste à savoir si tu es assez sûr de l'avenir de cette relation pour prendre le risque d'être découvert par quelqu'un d'autre ?

- L'avenir de quoi ? s'esclaffa Charlie en secouant la tête. Harry, écoute… Je sais que tu es marié, heureux, que tu as aimé seulement deux femmes dans ta vie –et encore, je ne suis pas sûr qu'un smack humide avec Cho Chang puisse compter, mais tout le monde n'est pas comme toi ! Certains hommes se plaisent à s'amuser. Je jouis de la vie, voilà tout ! Et, soyons réalistes, qui pourrait mieux remplir ce rôle que Samya Zabini ? Elle est charmante et indéniablement débauchée. Elle m'a séduite. Je me suis laissé faire. Et maintenant, je profite ! Je ne pense pas à l'avenir. Je n'ai jamais été du genre à organiser le lendemain. Je ne ferais pas maintenant non plus.

- Okay… Dans ce cas, Gin a raison, tu es stupide. Cette fille a dix-sept ans, elle est naïve et innocente…

- Il n'y a pas moins naïve et innocente que Samya.

- Et si elle tombait amoureuse ? Je veux dire, elle est jeune, tu es son professeur… C'est une situation dont parlent nombres de romans à l'eau de rose, il parait. L'éducateur qui apprend à la jeunette les joies de l'amour et blablabla. Elle est peut-être une Zabini et j'ai eu vent de sa réputation sulfureuse. Y n'empêche que derrière cette mine pimpante et ses grands airs d'adulte qu'elle se donne, c'est une gamine. Malgré son expérience, elle reste une fille qui rêvera peut-être de plus à un moment ou à un autre. Tu ne peux pas risquer toute ta réputation alors que tu ne lui offriras rien d'autre que quelques parties de jambes en l'air entre deux cours. »

Charlie resta silencieux, ne trouvant rien de valable à répondre à ça. Harry comprit facilement que ses mots avaient atteins leur but et n'ajouta rien de plus afin de ne pas tout gâcher. Au bout de quelques secondes, le rouquin marmonna en un murmure, comme s'il venait de réaliser quelque chose :

« Mais elle est vraiment géniale…

- Ouais, je n'en doute pas ! ricana Harry en ébouriffant ses cheveux, gêné d'avance par la tournure que pourrait prendre la discussion.

- Pas juste pour ça, Harry ! Elle… Elle est ouverte d'esprit, communique facilement, fait de jolies phrases quand elle parle –sauf quand elle jure comme un vendeur de balais de courses- et parvient à me donner l'impression de me liquéfier rien qu'en m'adressant un regard. Et je pense avoir perdu mon cerveau en acceptant de coucher avec elle la première fois. Sauf qu'elle ne me laissera pas abandonner comme ça. Elle arrivera encore une fois à m'ensorceler et… Je n'y peux rien. »

Harry réfléchit un instant une réponse convenable, mais n'eut pas l'occasion de l'énoncer à haute voix que Ginny revenait déjà, les joues roses. Il craint un instant qu'elle n'attaque à nouveau son frère, mais elle paraissait trop déboussolée pour ça.

« J'avais complètement oublié à cause de cette histoire…

- Oublié quoi ? interrogea Charlie en fronçant les sourcils car il avait remarqué son air angoissé et qu'elle n'était pas du genre à s'emballer pour rien.

- Théo à besoin de nous. »

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L'odeur de la fumée vint heurter l'odorat sensible de Drago qui expira bruyamment pour y échapper, en vain. Blaise fit tournoyer sa baguette, résistant péniblement à son envie de jeter un sort à l'air même, mais Eingil, ayant prévu leur réaction les arrêta d'un seul mouvement. Même au-delà des arbres encore vivants, à des kilomètres de la scène où se jouait un drame, la mort semblait pouvoir surgir de partout. Ou du moins, c'est ce qu'il semblait aux yeux de Théodore qui scrutait le sol, découvrant les insectes et petites créatures qui fuyaient et piétinaient les corps ce qui étaient parvenus à l'orée des bois, mais dont les poumons remplis de monoxyde de carbone avaient faillis. Malgré la distance, il pouvait voir l'énorme nuage de fumée noire qui avait envahi le ciel et ne semblait pas prêt à le quitter. Il craignait les conséquences de cette catastrophe sur les elfes, même s'ils parvenaient à les sauver.

Il soupira et adressa un signe de tête à Eingil qui s'avança vers les bois. Le jeune elfe leva les mains en direction des arbres et ferma les yeux sous les regards insatiables de curiosité des trois hommes. Inspirant à fond, il chercha à faire fit de sa peur et de la situation qui le conduisait à agir ainsi. Il ralentit inexorablement son rythme cardiaque, cherchant à communier avec la forêt, comme il l'avait fait si souvent. Puis, d'une voix rauque semblant sortir des profondeurs du monde, il se lança dans la déclamation intense et attractive d'un chant elfique.

Drago parut en effet soudain en état de transe et se rapprocha d'Eingil, attiré par la puissance qui se dégageait soudain du jeune garçon. Théo le tira en arrière et espéra que Blaise ne plonge pas lui aussi dans le piège de ces chants. Il se souvenait parfaitement de la première fois qu'il en avait entendu un. Il s'était senti tiré vers l'interprète, vers cette aura de destruction bénéfique qui l'entourait. Il devait admettre que ce chant là –qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'écouter auparavant- était encore plus fascinant. Tout le corps d'Eingil paraissait être enflammé, comme un soleil sous forme humaine qui l'aveuglait. Il plaqua son bras droit autour du cou de Drago pour l'empêcher d'avancer et sa main gauche s'agrippa à Blaise par précaution. Ce dernier avait l'air complètement assommé, et même effrayé, mais ne semblait pas désireux de s'approcher du phénomène responsable de ses sentiments.

Au bout de nombreuses et longues minutes, Eingil vacilla dangereusement, plus stable du tout sur ses pieds, et faillit s'écrouler au sol. Il retrouva sa stabilité par chance et rouvrit les yeux en cessant de chanter, éreinté par la puissance dont il avait dû faire preuve.

« Combien de temps ? interrogea Théodore en lâchant ses amis qui reprirent peu à peu leurs esprits.

- Jusqu'à ce que je le referme… haleta Eingil en plaçant ses mains sur ses genoux, plié sur lui-même, à la recherche de son souffle perdu.

- Alors, attends de te sentir un peu mieux. Il faut que tu sois capable de te défendre. Blaise, Drago, tentez de vous calmer et préparez-vous psychologiquement à tuer ou être tués.

- J'ai toujours adoré tes petits discours d'encouragement, railla Blaise en roulant des yeux. Ça fait plaisir. »

Théo fit semblant de ne pas l'avoir entendu, exaspéré par la façon dont ses amis de Serpentard prenaient toujours tout à la rigolade. Ils n'avaient donc pas muris du tout ? Il serra sa baguette, comme pour se laisser emporter par la puissance de cet instrument qui serait son seul moyen de défense dans quelques minutes. Sa seule chance de survis. Depuis combien de temps n'avait-il pas lancé d'Avada ? Seize ans sans doute, depuis la dernière bataille à laquelle il avait assisté… Pourtant, il se savait prêt, prêt à ne pas fléchir, prêt à se débarrasser de son père, prêt à lui faire subir –enfin !- ce dont il rêvait depuis son adolescence.

Il prit un instant pour se souvenir de chaque humiliation, désireux d'alimenter sa haine. Jusqu'au suicide de sa mère, alors qu'il n'avait que huit ans, il s'était dit que le problème venait d'elle. Il ne voyait alors que ce qu'il voulait voir, fermait les yeux sur les bleues marquant ses poignets et les cicatrices de plus en plus profondes. Il se moquait qu'elle soit malade ou folle, qu'elle soit née dingue ou le soit devenue un peu plus à chaque souffrance infligée par la vie, infligée par lui. Il éludait à chaque question à son sujet et évoquait ce père, symbole même de puissance et de fourberie qu'il admirait tant. Qu'était sa mère arriérée et cruelle qui se défoulait sur lui, lui crachait des insultes au visage, le traitait comme une vermine comparé à lui, celui qui ramenait des cadeaux lors de ses rares apparitions à la maison et qui était si occupé, si important pour le reste du monde ?

Il ne se doutait alors pas qu'elle n'était cruelle que pour ne pas s'attacher, que pour se faire détester, pour lui éviter de souffrir lorsqu'elle abandonnerait. Et ça avait marché. Pendant un temps seulement. Après le départ de sa mère, son père avait trouvé un autre souffre-douleur, une autre personne faible lui permettant de libérer ses frustrations d'avoir à ce point raté sa vie, de n'avoir qu'un emploi minable au ministère et de commencer à faire faillite, d'avoir foutu en l'air son mariage aussi. Contrairement à Drago qui s'était pris quelques doloris à chaque bêtise, Théo n'avait jamais eu à subir la moindre douleur physique. Théophile était bien plus doué pour rabaisser plus bas que terre en utilisant simplement ses mots. Etrangement, malgré la colère que lui inspirait toujours son père, Théodore n'avait jamais réellement cru en ce qu'il disait. Et en grandissant, il s'était rendu compte qu'il n'était ni une erreur de la nature, ni un être inutile, qu'il n'était ni laid, ni stupide, qu'il n'était ni trop bête pour apprendre la magie, ni trop faible pour devenir un homme important. Il avait réalisé que toutes les insultes que lui envoyait son père n'étaient que le reflet de ce qu'il était lui-même.

« Théo ? Prêt ? demanda Drago en posant une main sur son épaule.

- Tu serais prêt à envoyer ton père dans la tombe, toi ? répliqua Théodore avec sérieux, en attente d'une réponse franche.

- Oui. Il me suffirait de penser à Toby et… je me ferais un plaisir de décrocher ce foutu sourire de sa sale face de rat. »

Théo esquissa un sourire face à cette réplique digne du Drago adolescent et bouillonnant. Il adressa ensuite un regard complice avec Blaise qui fit tournoyer sa baguette dans les airs avant de la rattraper, prêt à en découdre avec tous ceux qui se dresseraient sur sa route. Il eut l'impression d'avoir à nouveau dix-sept ans et trouva ce sentiment euphorisant. Il s'approcha donc d'Eingil et mit sa main sur son épaule pour le conduire dans un transplanage sorcier en bonne et due forme. Un clin d'œil à Drago et Blaise, un décompte dans sa tête et ils disparurent.

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Hermione sortit de la cheminée, accompagnée par Ron et un Timothy ronchon qui n'appréciait pas d'avoir été interrompu en pleine partie d'échec sorcier avec lui-même. Il alla s'installer sur le canapé pour bouder ce pendant qu'Hermione regardait autour d'elle, à la recherche d'une preuve de vie dans la maison des Potter. Elle regarda son gallion magique, datant d'une époque très lointaine, et plissa le front, étonnée de ne trouver personne alors que le lieu de rendez-vous avait été fixé à cet endroit même. Ron haussa les épaules à sa question muette puis se mit à bougonner en se dirigeant vers la cuisine. Il faillit sursauter en découvrant Ella –qui aurait dû se trouver en classe selon lui- et allait s'adresser à elle lorsqu'il remarqua son air perdu.

« Ella ? Eh ? Ma puce ? »

Il secoua la tête en se traitant d'idiot. « Ma puce » ? Et pourquoi pas « Ma fille d'amour » pendant qu'il y était ? Il s'avança davantage vers elle et réalisa que ses iris étaient étrangement dilatés, comme lors de l'utilisation de certains sortilèges. Il chercha dans ses souvenirs ce qui pouvait causer un état de semi-inconscience semblable et ouvrit la bouche, béat, avant d'appeler Hermione d'une voix si stridente qu'elle accourut.

Elle remarqua la présence d'Ella et pria pour que sa fille ne lui fasse pas de scènes avant de se rendre compte qu'elle n'avait pas franchement l'air en état de le faire. Ron et elle échangèrent un regard, puis tentèrent d'un commun accord de la faire sortir de sa torpeur.

« Tu crois qu'on lui a lancé un sortilège de confusion ?

- Je pencherai plutôt pour un Impero, marmonna Hermione en touchant les traits figés de sa fille. Et je crois que la personne responsable y est allée un peu fort. »

Elle réfléchit à toute allure, désirant sortir Ella de son état léthargique afin de comprendre ce qu'il se passait. Des bruits lui parvinrent depuis le salon et rapidement, d'autres membres de l'Ordre débarquèrent, tous inquiets. Severus –en voyant Ella- leva les yeux au ciel et retourna à la cheminée afin de trouver un remède miracle dont Hermione n'aurait pas eu connaissance, ce pendant que Minerva interrogeait Ron sur les raisons de leur présence et sur l'état de la jeune fille. Personne ne trouva de réponse avant l'arrivée de Ginny, Harry et Charlie.

« Où sont Théo et les deux Serpents Pervers ? s'étonna Ginny en regardant autour d'elle.

- Partis apparemment, répondit Hermione en comprenant brusquement pourquoi Ella avait été ensorcelée. Et il ne voulait pas qu'elle vienne avec lui… N'empêche, un Impero ! Il va m'entendre…

- J'ai loupé un épisode ? demanda Neville, surpris par le ton d'Hermione qui sous-entendait qu'elle reparlait à Théo et qu'elle pouvait en plus lui faire des réflexions au sujet de l'éducation de leur fille.

- Pas mal, en réalité… Hermione et Théo ont couché ensemble !

- Ron ! hurla Hermione en le fustigeant du regard. Merci pour la discrétion !

- Et Eingil, le fils de Masra, est venu nous prévenir d'une attaque, continua Ginny pour remplir les blancs et éviter qu'ils ne s'attardent sur un sujet secondaire. Le père de Théo est arrivé là-bas, a tout brûlé et il veut voir son fils…

- Il n'aurait pas pu simplement venir frapper à la porte au lieu de s'enflammer ? songea Luna sur un ton moralisateur.

- On ne va pas chercher à entrer dans l'esprit de ce malade ! rétorqua Hermione en croisant les bras sur sa poitrine, prête à dévoiler le côté professoral de son caractère. Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?

- Je vous ai prévenu et il en a profité pour fuir, soupira Ginny. Je savais qu'il tenterait de faire une idiotie de ce genre… Il faut qu'on y aille !

- Sans plan ? bégaya Neville, inquiet. La dernière fois, on avait un plan !

- La dernière fois, on avait le temps ! s'impatienta Hermione avant de prendre les choses en main. Charlie, tu restes ici. Tu n'es pas venu la dernière fois et mieux vaut ne pas conduire d'autres personnes à la Baie, sans quoi le sortilège lancée par la Reine sur nous pourrait faire effet… Préviens Severus à son retour et essayez de maintenir Ella ici. Et Ginny, si tu pouvais t'occuper de Timothy, je te serais extrêmement reconnaissante ! »

Elle ne leur laissa pas le temps de répliquer et entraina ses amis à sa suite en leur exposant la suite de son plan d'urgence.

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La fumée les étourdit en un instant et ils eurent bien du mal à se repérer, aveuglés par les épais nuages noirs et indisposés par la chaleur qui menaçait de les étouffer. Pourtant, l'eau sembla exercer une attraction sur eux, comme si la Baie elle-même cherchait une solution afin de les sauver. Ils s'avancèrent donc en direction de l'eau, collés les uns aux autres afin de ne pas se perdre de vue et finirent par pouvoir mettre un pied devant l'autre sans hésitation. Eingil leur fit signe de s'agenouiller afin de rester hors de la vue des sorciers –qu'il percevait déjà grâce à sa vision perçante. Théodore reprit ensuite le contrôle de la situation et fit signe à Blaise et Drago, ordonnant à l'un d'aller à gauche et l'autre à droite, afin d'encercler les sorciers comme ils le pouvaient malgré leur nombre restreins.

Lorsqu'il ne parvint plus à les distinguer à travers la brume, il serra sa baguette et s'élança, prêt à en découdre et à enfin obtenir une vengeance dont il n'avait que rêvé durant les trente dernières années. Suivi par Eingil, il arriva derrière les quelques gardiens surveillant les arrières de son père et les stupéfixa. Eingil préféra les vider de toutes leurs forces et ils s'écroulèrent, provoquant un mouvement de foule. Les elfes reculèrent jusqu'à être presque entièrement immergés dans l'eau de la Baie alors que les sorciers encore –Théodore en compta six- se tournaient vers les nouveaux arrivants.

Contrairement à ce qu'il avait espéré, la rage ne l'anima pas et il se retrouva là, les bras ballants, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes. Son père était là, stupéfiante statue faite de chair, encore plus grande que dans ses souvenirs, encore plus effrayante aussi. Ses muscles s'ankylosèrent brusquement, ce pendant que les combats s'engageaient, Blaise et Drago se défendant avec une fascinante dextérité alors qu'Eingil se ruait sur les siens pour les secourir.

Le feu s'éteignaient doucement désormais, puisque plus personne ne se préoccupait de l'alimenter, et quelques elfes qui tenaient encore sur leurs jambes tentèrent de soutenir les autres, ceux qui faiblissaient à vue d'œil.

Théophile ne prêta pas la moindre attention au vacarme qui s'emportait tout autour de lui et se mit à avancer vers son fils qui était toujours figé. Drago lui hurla quelque chose, essayant tant bien que mal de le pousser à agir, mais Théo ne sembla pas l'entendre. Il ne voyait plus rien d'autre que cet homme qui avait mainte et mainte fois failli le tuer sur les champs de batailles sans se soucier de leur lien de parenté, qui avait lancé un Doloris à Hermione une fois, qui avait même torturé Neville. Il recula d'un pas, cherchant vainement à dominer sa peur, à oublier ses souvenirs d'une époque où il ne parvenait pas encore à se défendre. Pourtant, il se sentait comme un gamin, ce gosse de douze ans redoutant les vacances scolaires car elles le conduisaient à des semaines d'humiliation aux allures de leçons de conduite. Il tenta de retrouver son courage, celui qui l'avait poussé à éclater le nez de son père en public le soir de son seizième anniversaire, celui qui l'avait conduit à rejoindre l'Ordre… Mais rien ne vint.

Un sourire d'un sadisme pur tordit les lèvres de Théophile qui s'arrêta à quelques pas de son fils, dédaigneux et cruel, fidèle à sa réputation.

« Bonjour, Théodore, lança-t-il posément, comme si leur rencontre et la situation étaient normales. Tu as grandi… »

Théodore faillit reculer davantage, mais se retint. Il n'avait pas à avoir peur. La peur démontrait la faiblesse. La faiblesse conduisait à la ruine. La ruine à la mort. Mots mille fois répétés. Il eut presque envie de remercier son père pour ce bourrage de crâne. Il ne le fit pas et se contenta de serrer sa baguette plus fort tout en fixant son père. Ce dernier s'aperçut du changement opéré et leva sa baguette magique à la vitesse de l'éclair, vite arrêté par Théodore qui était aussi rapide.

Dès l'instant où le premier sortilège toucha Théophile, son fils le vit rapetisser et rabougri, vieux, exactement comme il était en réalité, sans le miroir déformant de la peur. Les deux hommes, identiques à bien des égards, se lancèrent dans un combat acharné dont la seule issue ne pouvait être que la mort.

Autour d'eux, Drago et Blaise s'étaient chargés des autres sorciers et maintenaient désormais les elfes les plus faibles en vie, Meleke utilisant sa magie pour éloigner la fumée noirâtre qui menaçait de tous les étouffer. Même les plus vaillants des Elfes n'osèrent interrompre le combat pour soutenir Théodore, comprenant amplement qu'il s'agissait là d'un problème dont ils n'étaient pas les acteurs principaux.

Néanmoins, un mouvement d'angoisse fut perçut par tous dès qu'un sortilège Doloris heurta leur ami qui s'effondra au sol en hurlant. Masra se précipita sur lui pour l'aider, mais Théodore se redressait déjà, prêt à se remettre à combattre, quoi qu'il lui coute. Théophile réalisa que la situation dans laquelle il se trouvait était bien trop périlleuse et changea ses plans.

En quelques secondes, il accourut vers son fils et le stupéfia lâchement. Drago et Blaise levèrent leurs baguettes en un même mouvement alors que Masra s'accrochait au sol de chemise de son ami sans prendre conscience de ce qu'il encourait. Il ne le réalisa qu'en sentant ses pieds décoller du sol et son nombril qui –il eut cette impression- fut harponné par un épais croché. Ce n'est qu'en fermant les yeux pour éviter la nausée qu'il comprit le sens du mot « Transplaner ».

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Hermione faillit fondre en larmes en découvrant la scène. Chaque arbre, chaque fleur, chaque pousse… Tout était calciné, brûlé par un feu destructeur et invincible qui s'était finalement éteins. Elle observa les alentours, remarquant –malgré la fumée- que tous étaient installés près de la Baie. Elle saisit sa baguette et jeta un coup d'œil en arrière pour être sûre que ses amis la suivaient toujours. Elle leur fit signe de se taire avant de se diriger vers l'eau qui semblait soudain moins magique au centre de l'herbe noire. Elle leva sa baguette en avant, prête à se protéger, mais fut arrêté par une voix qui lui ordonna de la baisser. Elle reconnut Blaise dès qu'il s'avança et obéit en poussant un soupir de soulagement.

« Par Merlin… J'ai cru que nous n'arriverions jamais à temps. Tout le monde va bien ?

- Il y a eu pas mal de perte parmi les elfes. Certains ont péris dans les flammes, d'autres sont morts noyés… Des enfants surtout. Et certains auraient besoin de soins, mais leurs mages sont tous très âgés et ne semblent pas en état de soigner qui que ce soit.

- On va s'en charger, murmura Hermione en le contournant pour commencer à agir immédiatement. Préviens les autres. »

Il l'arrêta violemment en saisissant son poignet et elle le fusilla du regard, n'appréciant pas qu'il la touche, quelles que soient les liens qu'il entretienne avec Théodore. Il s'excusa d'un regard en la lâchant avant de marmonner :

« Et Théo a disparu… Son père a transplané avec lui après l'avoir stupéfixer. Masra s'est accroché… On ne sait pas où ils sont. »

Hermione sentit sa tête lui tourner, comme si elle avait enfoncé son crâne dans le tambour d'une machine à laver haute vitesse. Elle vacilla étrangement et tenta de mettre ça sur le compte de la fatigue et du stress, mais fut forcée d'admettre qu'elle avait simplement peur pour Théo. Masra pourrait peut-être le protéger, mais à quel point ? Une dizaine de scénarios plus invraisemblables les uns que les autres se dessinèrent dans son esprit alors qu'elle s'angoissait un peu plus à chaque seconde. Elle entendit Blaise lui parler, mais ne comprit pas réellement ce qu'il disait.

Il répéta aux autres ce qu'il s'était passé, donnant plus de détails, déclenchant la fureur d'Harry qui culpabilisait de ne pas être arrivé plus vite et qui –pour une raison qu'ils ignoraient tous- fustigea Charlie. Chacun alla de son pronostique, à la recherche d'une solution rapide, mais Hermione ne participa pas. Le monde ne tournait plus vraiment autour d'elle, ou elle ne tournait plus au même rythme que lui. Ron passa son bras autour de ses épaules en voyant la mine abattue qu'elle arborait.

Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Il avait disparu une fois et était réapparut, grâce à un miracle ou grâce à sa fille. Et voilà qu'il disparaissait encore, comme un enfant jouant à cache-cache sans le vouloir. Cette fois, ils n'avaient plus le temps d'organiser un plan parfait, Théophile étant assez fou pour tuer Théodore sans la moindre hésitation assez rapidement. Elle tenta de reconnecter ses neurones entre eux, à la recherche d'une solution qu'elle touchait du bout des doigts. Dans son esprit, elle recréa chaque instant passé à rechercher Théo durant les semaines précédentes, de l'apparition d'Ella à sa fuite vers la Baie. Et soudainement illuminée par sa sottise et son temps record pour parvenir à trouver une solution, elle haleta :

« La Potion du Pendu ! »

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Théo se mit à tousser, crachant la fumée qui brûlait encore sa gorge, le manque d'air lui faisant tourner la tête. Il tenta de discerner quelque chose autour de lui, mais n'était entouré que d'ombre. Il se souvient d'Hermione qui lui répétait constamment qu'il n'y avait pas d'ombre sans lumière, comme pour expliquer sa présence en ce monde et réalisa qu'elle avait eu tort sur ce point –une fois de plus. Il se releva avec difficultés, ses mains moites glissantes sur le sol glacé. Du marbre. Il le devina pour avoir passé son enfance à s'heurter à ce matériau à chaque cavalcade. Une idée s'insinua en son esprit et il se demanda si son père pouvait être tordu à ce point… Sans doute oui.

Une fois debout, il chercha sa baguette, espérant ainsi parvenir à se défendre même s'il imaginait facilement que son père avait dû la lui arracher. Le courage n'était pas l'une de ses plus grandes qualités. A tâtons, il tenta de deviner où il se trouver, bouscula plusieurs objets et conclut qu'il en aurait des bleus le lendemain… Si lendemain il y avait. Il se morigéna en songeant à l'inquiétude qu'il devait actuellement provoquer chez ses amis et réalisa qu'il avait été aussi stupide que sa fille en voulant les épargner. Il se cogna une fois encore à un meuble et essaya de savoir ce que c'était.

Un frisson parcourut son échine lorsqu'il s'empara d'une brosse. Ses doigts se refermèrent sur le manche et il le caressa doucement, appréciant la texture de l'ivoire contre sa peau. Son majeur traça le contour presque effacé par le temps d'un « N » gravé, encerclé par quelques motifs floraux. Un instant, il eut l'impression de plonger dans le passé, se souvenant des milliers de fois où il avait prit cet objet en main pour se rendre présentable.

Il sursauta en sentant un regard se poser sur sa nuque malgré la pénombre et lâcha la brosse, refusant d'accepter de jouer à ce jeu malsain que lui imposait son père. D'une voix hargneuse, il cracha en direction de ces yeux qu'il ne voyait pas :

« Allumez la lumière ! Je sais que vous êtes là ! »

Un rire lui parvint depuis l'ombre, puis, brusquement, les volets condamnés depuis presque vingt ans éclatèrent en dizaines de morceaux de bois. Théodore se baissa en dressant ses mains contre son visage pour éviter de se blesser et d'être aveuglé par la lumière du soleil. Théophile se remit à rire, amusé par cette situation surréaliste.

« Père et fils, réunis pour la toute dernière fois ! »

Théodore releva la tête et son regard s'imprégna de la pièce en une nanoseconde. Rien n'avait changé. Les posters et les photos qu'il avait accroché aux murs de sa chambre pendant l'adolescence étaient toujours là, comme son mur de journaux où il avait collé tous les articles évoquant Voldemort, Harry, ou la guerre qui se profilait à l'époque. Il remarqua même que son lit n'avait jamais été refait. Tout était resté dans le même état que le jour où il avait plié bagage avant de sauter par la fenêtre pour éviter la foule qui se pressait au rez-de-chaussée. La fête organisée pour son dix-huitième anniversaire avait dû être un fiasco… Cette idée le fit sourire.

Il revint au présent avec quelques difficultés et rétorqua :

« Pourquoi ? Vous avez l'intention d'enfin mettre fin à vos jours… Je vous encourage grandement dans cette initiative, père. Pour une fois que vous feriez quelque chose d'utile au commun des mortels.

- Toujours aussi naïf, Théodore.

- Uhm, non… Juste ironique. J'avais bien compris que vous parliez de ma mort, mais je voulais faire de l'humour ! Histoire de rendre ce moment un peu plus plaisant à vivre. »

Théophile lui adressa un regard méprisant et Théodore sentit un élan de fierté gonfler dans sa poitrine sans savoir pourquoi. Apparemment, être capable de rendre son père fou de rage appartenait encore aux petits plaisirs de sa vie. Il allait continuer sur sa lancée quand son père l'arrêta :

« En fait, ton ami t'attends dehors, au cas où tu te posais la question.

- Mon ami ? répéta Théo en sentant son souffle s'arrêter. Quel ami ?

- Masra quelque chose… tu ne trouves pas ça étrange que ces elfes n'aient pas de noms de famille ? »

Théodore ne l'écoutait déjà plus. Il se rua vers l'extérieur en courant, sans prêter attention au rire de son père qui résonnait dans son dos. Il fonça dans le couloir, ouvrant chaque fenêtre avec violence, se meurtrissant les doigts dès qu'elles se bloquaient à cause du temps. Théophile arriva derrière lui et lui lança sa baguette avec un sourire railleur :

« Ce sera plus simple avec ceci, tu ne crois pas ? »

Il ne prit même pas la peine de répondre et se remit à avancer, redécouvrant chaque pièce de la maison avec un pincement au cœur et une crainte de plus à chaque fois qu'il les découvrait vides. A bout de souffle, il s'arrêta finalement au beau milieu du salon, son sang battant contre ses tempes, le corps tendu et endoloris par l'effort. Théophile se laissa tomber sur un canapé d'où s'envolèrent des volutes de poussières et fit mine de l'applaudir, comme s'il venait de participer à un spectacle particulièrement hilarant.

« Félicitation. J'aurai pris des heures à tout ouvrir sans toi… Merci pour ton aide.

- Qu'est ce qu'on fout ici ? hurla Théodore, sa voix déformée par la rage, tout comme les traits habituellement paisibles de son visage.

- Voyons, Théodore, surveille ton langage, répondit simplement son père avec un mouvement d'impatience, dédaigneux.

- Je n'ai plus quinze ans ! Vous n'avez plus à me donner d'ordre, père… Ce n'est pas un jeu !

- Tu ne t'amuses donc pas ? »

La ton employé causa à Théodore un électrochoc. Toute trace d'humour avait disparu de la voix de son père qui se dévoila bien plus dangereux encore. Lentement, il se releva, ses iris sombres fixés sur son fils comme s'il s'apprêtait à l'attaquer.

« Qu'est-ce que tu voulais, Théo ? Un beau balai pour noël ? Des livres ? Un nécessaire à potions ? Des câlins ? (Il se mit à rire, seul, tel un fou avant de continuer :) Parce que tu as eu tout ce que tu méritais ! C'est-à-dire : rien !

- J'ai grandi, je ne suis plus le gamin qui avalait toutes ces sornettes et en était influencé. Vous n'avez plus aucun impact sur moi.

- Tu as tué ta mère ! »

Théodore recula d'un pas avant de rétorquer d'une voix dénuée d'émotions :

« Non. Elle s'est ôtée la vie. Et le seul responsable dans l'histoire, c'est vous. Vous êtes pitoyable. Vous être faible. Vous êtes idiot. Vous êtes un incapable. Vous êtes vieux et laid ! Vous êtes dispensable au monde ! Vous m'êtes inutile. Vous n'avez toujours été qu'un fardeau à porter et encore aujourd'hui, vous montrez que vous êtes simplement un grand malade impuissant… Sauf que je ne suis plus le seul à m'en rendre compte.

- Tu es mon fils, tu n'es pas mieux que moi !

- Si. J'ai une fille formidable qui m'aime même lorsque je commets des erreurs. J'aime une femme splendide qui –j'en suis presque sûr- m'aime également. J'ai des amis prêts à tout pour moi, malgré le temps qui nous a éloignés les uns des autres. Et j'ai achevé l'œuvre d'une vie en créant la plus splendide des fleurs à seulement trente-huit ans. Alors si, père… Je vous dépasse en bien des points. J'ai toujours été meilleur que vous. »

Il savait très bien ce que cette déclaration déclencherait et baissa la tête avec promptitude afin d'éviter le sortilège de mort qui le frôla. Il se défendit d'un « Doloris », pressé d'en finir. Défiguré par la haine, son père se défoulait sur lui avec une force insoupçonnable pour un homme si âgé et Théo eut du mal à tenir le rythme. Pourtant, il ne se laissa pas abattre. Il avait encore bien trop de choses à vivre pour voir son père gagner. Il était bien trop fort pour ça. Et il devait encore s'excuser auprès de sa fille, pour son retard du matin –qui lui semblait étrangement lointain- et pour le sortilège Imperium. Il tenait à s'expliquer avec Hermione et à enfin mettre les choses au clair. Il se demandait aussi si Ron lui en voulait vraiment et si Blaise et Drago parviendraient à éviter toute remarque libidineuse pendant plus d'une heure.

Alors c'est avec l'énergie qu'accorde généralement l'espoir qu'il hurla un « Avada Kedavra », une nanoseconde avant que le sortilège de stupéfaction n'atteigne son torse et ne le fige. Il se sentit tomber en arrière car il n'avait pas assez d'équilibre et songea qu'il allait mourir plus tôt que prévu.

Pourtant, les yeux écarquillés, le corps figé au sol, il ne vit pas son père réapparaitre.

Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'il comprit que son sort avait atteins sa cible et –malgré le sortilège- quelques larmes quittèrent ses yeux.

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Meleke ingurgita quelques gorgées du thé qu'Harry lui offrit avec un petit sourire timide, comme si –malgré son âge- il se sentait enfant face à ses grands yeux pleins de sagesse. Elle le remercia d'un dodelinement de la tête et il retourna vers ses amis qui soignaient les Elfes blessées en attendant des nouvelles de Drago. L'ancien Serpentard était parti depuis une bonne demi-heure à la recherche de la potion du pendu préparée depuis des semaines et qui aurait dû servir sans l'intervention d'Ella. Harry trouva cela étrange en fin de compte et crut bon de remercier le destin qui semblait dresser des obstacles sur leur route mais les aidait néanmoins. Car sans l'erreur d'Ella, la potion aurait été utilisée sans raison valable –puisque que les Elfes savaient où se trouvait Théo- et ils n'auraient pas pu le retrouver cette fois ci.

Epuisé, il passa ses mains contre son visage. Il avait l'impression de porter un masque, la poussière et la cendre ayant formée une couche épaisse par-dessus sa peau. Il résistait difficilement à son envie de foncer tout habillé dans la Baie pour se sentir à nouveau propre. Cette idée farfelue –et qui lui aurait attiré pas mal de problèmes- quitta son esprit dès la réapparition de Drago qui tenait à sa main une petite fiole et courait vers eux en sautillant presque. Hermione faillit éclater de rire. Les gens oubliaient trop facilement les talents de comédiens des Serpentards et leur faculté à jouer de toutes les situations pour ne voir que la lâcheté et l'avidité.

Drago se retourna rapidement auprès d'eux et Meleke se rapprocha, inquiète au sujet de son ami et amant autant que pour Théodore. Ron jeta un coup d'œil suspicieux à la fiole où reposait une mélasse jaunâtre et plaisanta :

« Tu t'es mouché dedans, Malefoy ?

- La ferme, Weasmoche. Ce n'est peut-être pas aussi beau que du Felix Felicis, mais c'est utile…

- Du Felix Felicis… répéta le rouquin, comme illuminé par un éclat céleste. Faudra penser à en donner à Théo dès qu'on l'aura récupérer, histoire de lui éviter tout risque d'enlèvement, ou de père revenant pour le tuer, ou… Un peu de chance ne lui fera pas le mal ! »

Hermione lui ordonna d'arrêter de dire autant d'âneries d'un seul coup d'œil et il se tassa sur lui-même en reculant. Harry s'empara de la potion, l'arrachant presque des mains de Drago et observa longuement ses amis. Tous comprirent qu'il se demandait lequel d'entre eux prononcerait la formule nécessaire à l'accomplissement du sort. Hermione s'avança sans hésiter avant de murmurer :

« Je peux le faire !

- Non, réfuta Blaise sans la moindre hésitation.

- Si quelqu'un doit le faire, c'est moi !

- Vraiment ? Toi qui ne lui as jamais déclaré ton amour ? Toi qui refusais même de lui parler il y a quelques jours ? Toi qui l'as largué il y a dix-sept ans ? Avoir couché avec Théodore la nuit dernière ne te rend certainement pas plus proche de lui. Il faut réellement avoir envie que la personne soit retrouvée. Il n'y a pas de place pour l'hésitation ou les drames. Et soyons clairs, hésitations et drames sont le ciment même de votre pseudo-relation. Alors, il va falloir que quelqu'un d'autre s'en charge. »

Ils firent tous semblant de n'avoir rien entendu, effarés que Blaise ose s'adresser ainsi à Hermione –et surtout parce qu'il ne laissait filtrer aucune ironie et qu'il pensait réellement à ce qu'il disait. Drago dodelina de la tête en signe d'assentiment au discours de son ami et Hermione croisa ses bras sur sa poitrine, apparemment pas d'accord du tout.

« Alors qui devrait le faire d'après toi ? La plupart d'entre vous le connaissent moins que moi, et si quelqu'un a envie qu'il soit là…

- Ce n'est certaine pas toi, coupa Blaise en s'avançant d'un pas, prêt à lui faire rentrer ses idées dans la crâne à force de coups. Sérieusement, n'as-tu pas le moindre doute sur ton désir de le revoir ici et maintenant ? Ne vas-tu pas penser à Ron, à tes fils, à Ella qui te déteste ou à toute autre chose capable de vous séparer ? Ne vas-tu pas douter au dernier moment en repensant au passé et en cherchant à analyser ce que tu ressens pour lui ?

- Je…

- Bien sûr que si, ne cherche pas à le cacher. Et Théodore est bien trop important pour nous pour qu'on te laisse tout gâcher ! Alors, il faut qu'un autre le fasse. »

Son regard défila sur les autres sorciers présents, à la recherche de quelqu'un ayant des capacités magiques nécessaires et surtout l'envie d'agir. Il raya immédiatement Ron qui devait éprouver un peu de ressentiment au fond, puis Drago qui était bien trop sensible pour ça, puis Harry qui –il le savait- avait douté de Théodore à une époque…

« Je vais le faire. »

Ils se retournèrent tous d'un même mouvement pour finalement se retrouver face à Meleke qui les observait depuis de longues minutes sans intervenir. Elle les couva tous des yeux un instant, petite bande de gamins au fond qui avaient trop d'inquiétudes pour agir correctement puis ajouta paisiblement :

« Si cela convient aussi aux Elfes, j'apprécierai réellement de vous aider. Je pourrais me concentrer sur Masra puisque notre relation est… intime. Nous avons toujours été liés et je parviendrais aisément à le retrouver grâce à votre potion. Puisqu'il est avec Théo, nous ferons d'une pierre deux coups et tout le monde sera sain et sauf…

- Mais… Il faut être en bonne forme, murmura Drago avec une grimace contrite. Et, je sais que vous êtes une Reine elfique super douée et puissante et tout ça, mais vous êtes épuisée !

- Un elfe épuisé équivaut toujours à trois sorciers au moins ! rétorqua Meleke en un sourire sardonique. Je peux le faire. »

Etrangement, personne n'osa la détromper et Harry lui tendit la potion après s'être concerté d'un regard avec ses compagnons.

« Que dois-je faire ?

- La boire. Je sais que ça pas bonne allure, mais le goût n'est pas exécrable… Il ne faut pas que vous pensiez à autre chose qu'à Masra, à ce que vous ressentez pour lui et à toutes les raisons qui vous poussent à le vouloir à vos côtés. Et puis ce que vous n'êtes pas une sorcière, je m'occuperai d'énoncer la formule. »

Elle acquiesça gravement tout en débouchant le flacon et le leva au ciel comme pour trinquer avec un ami imaginaire. Alors seulement elle le porta à ses lèvres, sans observer le liquide répugnant afin de ne pas changer d'avis. Un goût amer reposa sur sa langue, et son odorat affuté ressentit un étrange parfum floral. Fermant les yeux, elle se souvint de chaque seconde passée auprès de Masra alors que la potion glissait sur sa langue, envahissait sa gorge et troublait son esprit. À travers la brume de ses souvenirs, elle perçut l'énonciation d'une formule magique. Mais elle était trop éloignée pour l'entendre réellement.

Les lèvres de Masra étaient tout contre sa bouche. Pourtant, elle crut écouter les mille poèmes qu'il lui récitait tout bas, en un souffle brûlant contre son oreille. Ses doigts voyageaient contre ses seins. Son membre fusionnait avec le sien en un mouvement lascif qui la faisait gémir. Il était partout à la fois et tout à la fois. Il était le Masra enfant qui s'agenouillait dans la boue pendant les tempêtes et protégeaient les fourmis de la pluie. Il était l'adolescent à l'allure sauvageonne qui lui parlait d'un monde d'aventures et de découvertes. Il grandissait dans son esprit et lui faisait entrevoir ce monde à l'allure d'une bougie, dans une cabane perchée au sommet d'un pin. Il devenait plus fort encore et prêtait serment face à elle, jurant d'être là à chaque seconde de leur vie et pour l'éternité de leur mort, de la protéger contre l'adversité et de l'aimer, comme on aime une Reine. Il lui apprenait l'amour, le vrai, le pur. Il lui faisait l'amour aussi. Et il devenait un homme en faisant d'elle une femme. Et il parlait, encore et toujours trop, analysait et réfléchissait, déployait des trésors d'ingéniosité pour améliorer son monde –leur monde.

Meleke s'écroula sur l'herbe calcinée, brutalement, en un mouvement trop imprévu pour que quiconque ne songe à la rattraper. Et elle vît à travers ses yeux, ce plafond qu'elle ne connaissait pas et ce marbre qui se refusait à s'imprégner du sang rougeoyant qui s'échappait de cette plaie béante. Une petite voix lui souffla un nom qu'elle n'avait jamais entendu et elle se cambra, comme foudroyée.

Elle ne reprit conscience qu'assez longtemps pour prononcer ce nom et sombra alors qu'autour d'elle, tous s'animaient, y comprit les Guérisseurs pourtant dans des états aussi lamentables les uns que les autres.

« Qu'a-t-elle dit ? bredouilla Eingil en s'avançant, les yeux étrangement rouges –ce qui ne devait pas grand-chose à la fumée.

- L'Embarcadère.

- Et… C'est censé vouloir dire quelque chose ? bredouilla Harry avec un air un peu perdu.

- C'est comme ça que Théo appelait le Manoir Nott. A cause des allées et venues de son père qui prenait l'endroit pour un port sans attache. Ils doivent être là bas. »

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Théo se demanda si son corps pouvait être davantage crispé ou si il avait atteins le maximum de la contraction de ses muscles. C'était la première fois de sa vie qu'il restait aussi longtemps stupéfixé, puisqu'en général, les sorciers lançaient ce sort pour faire diversion. D'ailleurs, il s'interrogea : n'aurait-il pas dû être libéré, une fois son père mort ? Sans doute que non, mais les questions s'entremêlaient dans son esprit afin de lui offrir une distraction. En effet, être fixé au sol sans possibilité de ne serait-ce que ciller n'était sans doute pas la chose la plus intéressante au monde.

Peut-être finirait-il sa vie là, allongé sur ce marbre glacé, à attendre la mort qui finirait par l'emporter après de longues journées d'ennuis à dépérir. Un craquement sonore lui fit réviser son emploi du temps des prochains jours. Peut-être serait-il sauvé finalement ? Des bruits de pas le tirèrent de sa contemplation des murs et il chercha à repérer d'où ils venaient, ses iris s'affolant dans leur orbites puisqu'il ne pouvait bouger la tête. Il reconnut Blaise en premier, sans doute parce qu'il détonnait toujours autant avec sa peau et ses vêtements sombres sur la blancheur nacrée de chaque meuble vieilli. Puis il vu Hermione et les battements irascibles de son cœur affolés se firent plus mesurés.

Elle s'agenouilla auprès de lui et désensorcela son corps avec un sourire ravi, sincèrement heureuse de le retrouver là. L'air empli les poumons de Théo et il chercha à s'asseoir convenablement, ses muscles endoloris ne lui permettant pas une grande marge de manœuvre. Hermione glissa ses doigts contre sa nuque pour le soutenir et demanda de l'eau à Harry qui s'empressa de la lui tendre avec un rictus à l'adresse de Théo. Ron ne put s'empêcher de lancer joyeusement :

« Même sans Felix Felicis, il s'en sort toujours vachement mieux que ce qu'on pensait au départ ! »

L'œillade assassine de Drago suffit à le faire taire et il rejoint rapidement Théo pour l'aider à se mettre debout. Malgré quelques nausées qui lui montèrent à la gorge, il se sentait en effet étrangement bien. Hermione ne lui laissa pas une seconde pour se remettre et l'enlaça, risquant de lui broyer la colonne vertébrale sans s'en soucier ce qui provoqua quelques moues. Ron préféra se taire, l'humour ne pouvait peut-être pas passer dans son cas –vu le réveil qu'il leur avait accordé.

Mais Théodore se fichait un peu des regards des autres et enfouit son visage dans les ondulations brunes d'Hermione. Remarquant qu'elle sentait le souffre, il se souvint que Masra devait être quelque part et s'angoissa immédiatement. Hermione le sentit et se détacha de lui avec un air soucieux.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

- Masra. Il… Mon père m'a dit qu'il était ici.

- Oui. Tu ne l'as pas vu ? »

Théo secoua la tête et Hermione mordilla nerveusement sa lèvre inférieure avant de se tourner vers ses compagnons d'infortune. Elle ordonna froidement de le rechercher, un mauvais pressentiment s'insinuant dans son esprit pessimiste. Théo suivit le mouvement, sans accorder un seul regard au corps étendu au sol. Drago et Blaise n'osèrent prononcer le moindre mot et restèrent au salon pour –dirent-ils- « s'en charger ». Hermione les gratifia d'un « Merci » poli avant de suivre Théodore.

Au bout d'un quart d'heures de recherche, ce dernier monta à l'étage, fouillant les moindres recoins du grenier pour retrouver son ami sans pour autant y croire vraiment. Mais quand Ron arriva finalement dans la pièce avec les yeux légèrement humides, il comprit qu'il n'avait plus rien à espérer.

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Théo glissa sa main contre le front glacé de Meleke qui n'avait toujours pas ouvert les yeux, encore perdue entre deux mondes, celui du rêve et celui bien réel. Il l'enviait au fond. Ce fameux monde dans lequel ils vivaient tous ne s'arrangeait pas. Chaque minute qui passait semblait le transformer en un cauchemar dont il ne pouvait se réveiller. Masra, son ami, avait perdu la vie par sa faute. Ou plutôt à cause de son père, mais il était tout de même en grande partie responsable.

En un soupir, il enfouit son visage entre ses paumes moites striées de marques noires. Sa peau était écorchée par endroit également à cause des embuches qui consternaient désormais la clairière tout entière. Faire un pas sans s'écrouler relevait de l'impossible. Tous les autres s'occupaient de vider l'endroit et cherchaient à transformer un coin de terre en cimetière convenable. Il aurait voulu les aider, mais s'en sentait simplement incapable. Son corps tout entier semblait mou, sans vie, et il ne tenait pas nécessairement à être réanimer. Patient, il attendait pourtant la douleur, celle qu'il aurait due ressentit en apprenant la mort de Masra, mais qui ne venait pas.

Relevant les yeux vers Meleke, il se demanda ce qu'elle ressentirait, elle, et si elle parviendrait à y survivre. L'amour n'existait peut-être pas officiellement chez les Elfes, mais Théo savait pertinemment que Masra et Meleke avaient toujours été liés, quel que soit la façon dont ils définissaient leurs sentiments.

Les doigts de l'Elfe bougèrent dans son sommeil et Théo l'observa si intensément, comme pour lui envoyer le peu de forces qui maintenaient son corps, qu'elle finit par ouvrir les yeux. Il se leva pour prévenir quelqu'un, un guérisseur pouvant l'aider si elle souffrait, mais elle l'arrêta en posant sa main sur la sienne. Il caressa ses cheveux un instant, attendant qu'elle dise quelque chose, mais elle n'eut apparemment pas la force d'ouvrir la bouche. Au lieu de ça, elle glissa dans son esprit et même ses pensées semblèrent brisées.

« Il est mort, n'est ce pas ? »

Théo ne prit même pas la peine de répondre à voix haute, son regard assombri dévoilant la vérité sans qu'il n'ait besoin de l'énoncer. Elle comprit et se referma sur elle-même, fermant les yeux pour qu'il ne voie pas les larmes qui menaçaient de venir brouiller sa vue. Lentement, elle se tourna sur le côté, dos à lui, et il saisit le message. La discussion était close. Il embrassa tendrement le sommet de son crâne et murmura :

« Je suis toujours là si tu en as besoin… »

Sur ces mots, il quitta les lieux afin de retrouver les membres de l'Ordre et ses amis. Hermione était assise à l'entrée des murs de pierre, un enfant elfe assoupi dans les bras. Il sentit un sourire monter à ses lèvres, mais le refoula, et s'avança vers elle. Il ne put lui dire un mot que déjà Ella apparaissait, accompagné de Drago qui était reparti la chercher dès que Théo le lui avait demandé. Hermione fronça les sourcils en la voyant débarquer et interrogea Théo du regard, brusquement soucieuse. Il ne lui adressa pas un mot et se dirigea vers sa fille qui vint se réfugier dans l'étreinte qu'il lui offrit. Il caressa tranquillement ses cheveux, jusqu'à ce qu'elle s'apaise et remercia Drago par-dessus son épaule.

Ce dernier s'effaça, rejoignant Blaise qui tentait maladroitement de séduire une femme elfe car c'était selon lui le seul moyen pour remonter le moral des troupes. Théo finit par lâcher sa fille qui –les yeux humides- semblait avoir du mal à s'arrêter de pleurer. Il pensa bêtement qu'au moins, elle n'enclencherait aucune dispute avec lui au sujet du sortilège lancé un peu plus tôt. En effet, elle n'avait pas la tête à ça.

« Où est Eingil ? »

Théo désigna la Baie d'un geste du menton et Ella embrassa sa joue avant de rejoindre son ami. Assis les pieds dans l'eau, le jeune homme ne paraissait pas impatient d'à nouveau se fondre dans la masse et dans les activités entreprises par son peuple pour effacer les traces de cette tragique journée. Ella s'assit à ses côtés, sans savoir quoi dire car elle n'avait jamais perdu personne. Elle ne trouvait pas les mots, ceux-ci se perdant dans sa gorge ou ne trouvant pas formation dans son esprit même. Alors elle resta muette et se contenta de glisser sa main entre celles –jointes- d'Eingil.

Un instant, il tourna la tête vers elle, dévoilant un regard cerné de noir et une mâchoire crispé de colère. Elle aurait voulu pouvoir dire quelque chose d'apaisant, mais se contenta d'une mimique approchant du sourire sans réellement y ressembler. Aucune réaction ne prouva qu'Eingil ait vu cette expression, puis –après quelques secondes- il murmura un simple :

« Merci. »

Elle ne répondit rien, mais mêla davantage ses doigts aux siens, les entrelaçant comme pour les rendre indémêlables. Elle posa sans un mot son front contre l'épaule moite de sueur d'Eingil et il se replongea dans ses pensées, juste un peu moins seul.

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Hermione remonta les draps sur elle, puis enfouit son visage dans l'oreiller pour étouffer les bruits provenant de l'extérieur et qui l'empêcheraient de dormir. Passer une nuit de plus à la Baie ne l'enchantait pas, mais pour une raison qu'elle ignorait, Théodore avait insisté. Elle aurait préféré rentrer chez elle pour échapper à ce spectacle de désolation qui s'exposerait sous ses yeux dès qu'elle regarderait à l'extérieur le lendemain. Le nombre de morts était effarant pour une si petite communauté et elle se demanda s'ils parviendraient à se remettre. Sans doute… Les Elfes étaient bien plus forts que les autres peuples.

Le crissement de la porte la tira de ses pensées et elle se redressa en plissant les yeux, essayant de distinguer quelque chose dans la pénombre. Elle reconnut Théodore grâce à sa démarche si classieuse –bien différente de celle nonchalante de Ron ou de l'étrange façon dont Harry semblait toujours marcher sur des œufs. Elle sentit ses joues s'enflammer, et ricana pour elle seule en imaginant que de la lumière aurait pu s'en échapper.

Le corps de Théodore pesa soudainement sur le matelas et elle saisit sa baguette pour ajouter davantage de lumière. Elle se pencha immédiatement sur lui et chercha à l'embrasser, mais il l'arrêta d'une simple phrase :

« Il faut qu'on parle. »

Elle se recula comme touchée par un courant électrique, puis se remémora leur réveil du matin même et balbutia naïvement :

« Si c'est à cause de Ron, je comprends parfaitement qu'il t'ait agacé ! Mais on a parlé après ton départ et…

- Rien à voir avec Ron, coupa Théodore en baissant les yeux. C'est à propos de toi, de moi, d'Ella aussi.

- Ella ? Tu lui as parlé…

- Oui. Toby a rompu. A cause de nous. Enfin, à cause du rapport qu'Ella a avec nous. Je… J'ai réalisé qu'elle avait eu besoin d'une mère avant, mais qu'il était un peu trop tard pour te demander de jouer ce rôle. Qu'elle refuserait de toute manière. Et que tu ne te plairais probablement pas à rattraper tout ce temps perdu, car le temps perdu est difficilement rattrapable…

- Tu parles d'Ella ou de nous ?

- L'un ne va pas sans l'autre.

- Je… Tu m'as dit qu'on parlerait de ce qu'on a fait la nuit dernière ce matin, et brusquement tu…

- J'ai eu le temps de penser à ce qu'on a fait. En fait… Ce n'est pas ni toi, ni moi… C'est juste que… »

Il poussa un soupir, ne trouvant pas les mots convenables, comme si tous perdaient brutalement de leur sens et qu'aucun ne pouvait expliquer ce qu'il s'apprêtait à faire. Comment lui dire qu'il avait besoin de temps ? Qu'il avait besoin de calmer le jeu avant tout, de retrouver sa fille, la personne la plus importante de sa vie, de la choyer après tout ce temps car elle avait déboulé dans le monde réel sans y être préparée et qu'elle s'était cassée en mille morceaux ? Qu'il voulait avant tout le bonheur de celle qui lui en avait constamment offert –alors qu'Hermione lui avait fait du mal ? Dans sa tête, tout paraissait logique… Pourtant, le dire à Hermione était au dessus de ses forces.

« Théo ! s'impatienta-t-elle. Quoi ? Tu… C'était génial cette nuit, non ? On était bien. On était… comme avant.

- Oui. Mais… On n'est plus ceux qu'on était avant. J'ai grandi. Je te vois telle que tu es, malgré le fait que je t'aime toujours. Et, contrairement à autrefois, une autre vie dépend de la mienne. Je ne peux pas laisser tomber Ella. Elle ne veut pas de toi dans sa vie. Alors tu ne peux pas y être. »

Il se sentit lâche d'oser mettre tout sur le compte d'Ella, même si c'était en grande partie pour elle qu'il agissait ainsi. Il baissa les yeux pour ne plus voir la mine défaite d'Hermione qui paraissait s'être pris un coup sur la tête. Bêtement, il songea « Bien fait ! » car elle ressentait peut-être enfin la même chose que lui lorsqu'il s'était retrouvé seul avec un bébé dans les bras. Quoi que l'état d'Hermione n'aurait sans doute jamais pu atteindre ce summum de la confusion.

« Je vais rester ici avec Ella quelques temps, pour qu'on se retrouve elle et moi, lui apprit-il en un murmure. Et ensuite, nous verrons.

- En clair, tu me demandes d'attendre ? D'attendre sans même savoir si tu vas revenir à un moment ?

- J'ai attendu ton arrivé en Australie pendant des années, Mione… Tu peux attendre quelques semaines. »

Elle se leva du lit en un accès de fureur et il se redressa à son tour pour l'empêcher de faire les cent pas. Il saisit ses poignets avec une force insoupçonnable et la força à le regarder dans les yeux. Il sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale en voyant qu'elle avait les yeux humides. Il s'abaissa tranquillement jusqu'à déposer un baiser sur ses paupières, et un sanglot monta dans la poitrine d'Hermione.

« Je ne voulais pas te rendre triste…

- Ah oui ? Tu voulais quoi ? Me faire comprendre que c'est ta manière de te venger de ce que je t'ai fait ?

- Bien sûr que non ! rétorqua-t-il, choqué qu'elle ose l'envisager. Je ne suis pas tordu à ce point. Mais, je ne peux pas, pas maintenant… Un jour peut-être ! Tu te souviens, c'est ce que tu m'as dit quand je t'ai demandé si nous serions amis un jour la première fois que je t'ai parlé…

- Oui, je me souviens… Et c'est arrivé vite.

- Oui. Beaucoup plus vite que ce que j'espérais.

- Alors… Un jour peut-être, hein ? »

Les yeux baignés de larmes, elle tenta de lui sourire, comme si cette idée l'amusait. Il posa un baiser sur son front, puis, instinctivement, un autre sur sa bouche. Un instant, le temps sembla se suspendre et ils hésitèrent. Prendre un risque de plus ou non ? Il esquissa un sourire puis l'embrassa à nouveau, plus longuement cette fois. Elle glissa ses doigts dans ses cheveux, ses ongles crissant sur sa peau. Puis, à nouveau une certaine hésitation qui les troubla l'un comme l'autre. Finalement, Théo haussa les épaules et soupira :

« Après tout, même nos adieux d'avant retour en Angleterre ont été plus langoureux…

- Beaucoup plus si mes souvenirs sont exacts, persifla-t-elle, minaude. Beaucoup, beaucoup plus.

- On va tenter de faire mieux. »

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Note de l'auteur _ Voili Voulou. Je déteste la fin. Enfin, les dernières scenes. De la mort de Masra d'abord. Je n'ai pas voulu tomber dans le pathos risible & prévisible du "Oh, Théo, Occupe toi de mon fils..." dit-il en expirant son dernier souffle, son meilleur ami sanglotant contre son torse. [Ok, Ok, je l'admets, j'y ai pensé ! xD] Alors du coup, ça a été coupé au montage. =P & Pov'Meleke déprimée. Enfin, j'ai entendu dire que les elfes acceptaient la mort comme une suite logique de la vie & qu'ils n'avaient pas à pleurer leurs morts car cela les retiendrait dans le monde des vivants... Uhm... xD Donc, elle devrait pas pleurer trop longtemps.

& pis, j'aime pas la fin aussi. Elle est telle que je la voulais, mais en même temps... Arg quoi ! -_-" C'est pas clair c'que j'dis hein ? u_u Ouais, je sais, je sais. Juste envie d'leur mettre un peu de plomb dans la cervelle -au sens propre du terme, avec un fusil de préférence histoire de la jouer bien sanglant !

Sinon, z'aime Charlie & Samya ! =D Au départ, c'était censé rester une franche marrade de l'étudiante ecervelée tentant vainement de séduire un professeur exaspéré. Mais, il a flanché, j'y peux rien ! [Nope, j'suis pas du tout responsable de rien !] &puis, maintenant, j'm'amuse bien avec eux. Et surtout avec le "Petit Doigt Intrépide" [J'écrirais rien que sur lui, un jour prochain...xD] &pis Ginny m'a un peu saoulé, même si elle a raison, c'est pô très bien c'qu'ils font nos deux vicieux... Mais ça la concerne franchement pas. Et puis, entre nous, si elle tient à la vie, elle devrait éviter de donner des ordres à Samya dans l'avenir.

PlOum... Voili Voulou. Prochain chapitre jeudi ou mardi. Oui, y'a une sacrée différence, mais bon... Suis pas chez moi de vendredi à lundi... CQFD.

Questions : Alors, Théo va-t-il faire attendre Hermione éternellement ? Ella va-t-elle accepter que sa mômôn entre un ptit peu dans sa vie ? Charlie va-t-il couper les ponts avec Samya histoire de se préserver [Abruti s'il fait ça soit dit en passant !] ? Scarlett va-t-elle déclarer son amûr à Scott ? Scott va-t-il refuser de se faire léchouiller le visage par le Saint-Bern... Uhm Maïa ? Meleke va-t-elle aller se noyer dans la baie [ça aussi j'y ai pensé !] ? Et la question à un million d'euros, Toby & Ella, ça va donner quoi finalement ? =P

Bisous bisous x)

*¤ Bewitch_Tales ¤*