Note de l'Auteur _ Ams tram Gram Pic pic & pic & colegram, toi t'es trop défoncé & tu cours après ta cam... [Téléphone, Ploum Ploum] xD Désolée, je cherchais quelque chose à écrire & c'est la première chose qui me soit venue ! [Ui, bon, il est minuit ! -Remarquez, ça pourrait aussi bien m'arriver à midi.] Uhm... & vu qu'apparemment, je vais juste dire des idioties... Ah, si ça y est je me souviens de ce que je devais dire ! Alors, 1, en fait pour le sortilège lancé par Théophile à Théodore, j'ai pensé que vu qu'il l'avait atteins après sa mort, Théodore ne pouvait pas être désensorcelé ... *Réfléchis trop* ; 2 : Non, Charlie ne fantasme pas sur les voitures ! xD Suis-je la seule à avoir un grand frère [enfin, c'était y'a longtemps, il a 26 ans maintenant alors je ne pense pas qu'il en soit encore là -je n'espère pas xD.] ? Dans les magazines auto moldus [me voilà qui parle comme une sorcière !], il ya des filles ! Vous savez, genre blondes grosse poitrine en maillots de bain qui ont l'air de s'envoyer en l'air avec les voitures ! [D'ailleurs, ça s'appelerait comment ça comme pratique ? l'Autophilie ? xD]... & y'avait autre chose je crois... bon, ça va me revenir !

[ah & les filles, vous qui êtes d'incorrigibles romantiques -ou pas xD- 2nd citation, si vous aimez les histoires de Namoûr, bah, lisez du Federico Moccia... C'est niais, c'est "Putain mais quelle conne ! Elle a le mec parfait devant elle & voilà comment elle réagis ?", du "J'vais balancer ce bouquin", du "Bon allez, j'arrête au prochain chapitre... ah ouais, mais là j'peux pas, encore un autre !", du larmichette au n'Oeil, du sourire débile, de l'estomac qui est envahi d'papillon... xD J'en avais déjà parlé parce qu'une fille s'appelle Ginny dans un de ces romans, & puis là dans celui que je cite, une fille de 17 ans tombe amoureuse d'un type qui en a 38, & c'est en le lisant que j'ai décidé que Sam-Charlie, ça ne serait pas que pour rigoler entre quelques scenes plus graves =P Bon "3mètres au dessus du ciel" pour commencer parce qu'il est juste cultissime ! =D]

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 23

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« Un départ, ça ressemble toujours à une désertion…»

Berthe Hamelin-Rousseau.

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« Il y a un moment dans la vie où on sait que c'est exactement le moment de franchir le pas. Maintenant, ou jamais. Maintenant, ou plus rien ne sera comme avant. Et ce moment, c'est maintenant ! »

Federico Moccia ; J'ai failli te dire Oui.

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Dans son lit, Théodore ruminait, lassé par ces longues journées, épuisé par la puissance de la magie dont il devait faire preuve et surtout par la force qu'il devait entourer autour de son cœur pour ne pas laisser les larmes monter à ses yeux. Il avait l'impression de faiblir à chaque minute, tant par la faute des Elfes qui mimaient facilement l'indifférence, ou plutôt qui considéraient la mort comme le début d'une autre vie. Pour eux, la disparition de Masra n'était pas un cruel tour que leur jouait leurs dieux, mais simplement la fin de quelque chose.

Théo, lui, culpabilisait, emprunt d'une certaine colère vis-à-vis de lui-même. Il aurait pu arriver plus tôt, il aurait pu oublier Hermione, fuir Ron et ses interrogations jalouses, parvenir à la Baie en courant, volant ou n'importe quoi d'autres. Mais non, il n'avait pas été aussi fougueux qu'autrefois. Il avait trop réfléchi et la mort de son meilleur ami était le prix à payer.

Autour de lui, le palais dans la montagne s'éveillait, aussi péniblement que lui. Les ordres donnés par ceux qui étaient les plus doués en architecture et en bricolage aux autres résonnèrent en peu de temps jusqu'à sa chambre. Il aurait dû les rejoindre, les aider de ses simples ressources magiques –bien faibles comparées aux leurs. Son rôle tenait d'ailleurs bien plus à la botanique qu'à la fabrication des nouvelles maisons. Il devait faire pousser de nouveaux arbres à une vitesse quasi-cosmique afin de reformer la barrière autour de la Baie. De plus, les Elfes avaient désespérément besoin de bois pour assurer leur survie.

Il resta pourtant sous les draps cette fois ci, conscient de la fatigue enserrant son corps qui n'avait pas été habitué à temps d'activités physiques depuis bien longtemps. Il ferma les yeux, refusant de voir encore la lumière éclairant la pièce et se mit à penser à Hermione et aux derniers mots échangés avec elle. Il aurait voulu avoir plus de temps à partager avec ses amis d'Angleterre et avec son ancienne amante surtout. Mais au lieu de ça, il était au Brésil, avec sa fille qui tentait maladroitement de le faire sourire et ces Elfes qui le remerciaient de les avoir sauvés alors que tout semblait perdu.

Il aurait donné n'importe quoi pour s'échapper de cette bulle aseptisée qu'Ella se plaisait à former autour d'eux. Il pensait sérieusement à lui demander de redevenir la fille qu'il avait élevée, mais son séjour au pays des tasses de thé s'était chargé de la rendre différente. Et malgré tous leurs efforts pour mimer la normalité, aucun d'eux ne pouvait mentir réellement. Ces derniers mois avaient bouleversés leurs vies et il leur faudrait du temps avant de retrouver leur complicité… Et étrangement, Théo se demanda si ce serait indispensable.

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Ella balança un caillou dans l'eau, troublant ainsi la surface plane de la Baie, quelques ronds s'y dessinant. Elle sortit ainsi Eingil de sa torpeur. Le jeune homme était resté assis à ses côtés au lieu de rejoindre ses amis pour reconstruire leurs demeures et il ne semblait pas franchement intéressé par ce qu'il se passait autour de lui, trop perdu dans ses propres pensées. Pourtant, le « plouf » produit par le caillou fracassant l'image lisse de l'eau lui fit lever les yeux, effaçant l'air nébuleux qu'il arborait en toutes circonstances depuis plusieurs jours.

Elle décida de ne pas lui poser la moindre question, habituée au silence qui pesait entre eux. Contrairement aux autres Elfes, il était difficile pour Eingil de faire comme si rien ne s'était passé. Chaque brindille brulée lui rappelait la mort de son père et la découverte de son corps mutilé lorsque les Membres de l'Ordre l'avaient ramené. Son regard semblait revivre la scène en boucle et Ella ne cherchait même plus à le détourner de ses souvenirs morbides.

Le silence les unissant l'un à l'autre leur suffisait amplement. Ils pouvaient ainsi se plonger dans leurs esprits respectifs et n'avaient pas besoin de communiquer réellement. Les voyant tous les deux, la plupart des Elfes ne tentaient pas de les déranger. Ils étaient ainsi protégés des questions et demandes.

Pourtant, ce matin là, Eingil ouvrit la bouche pour parler, prononçant une réelle phrase alors qu'il n'avait discuté qu'avec la Reine –puisqu'il avait hérité du poste de Chef des Armées de son père- ou avec sa petite sœur pour la consoler.

« Tobias te manque ou tu es obnubilée par autre chose que le souvenir de ce premier amour ? Par celui de ton père pour ta mère peut-être ? »

Ella resta silencieuse, troublée par la franchise perçant sous cette interrogation, consciente qu'il avait dû y songer longuement avant d'oser l'énoncer à voix haute. Mais depuis la mort de son père, Eingil était ainsi : trop réfléchi et d'un sérieux presque néfaste. Ella aurait voulu trouver une réponse toute faite, une réponse permettant de changer de sujet très rapidement. Mais elle se contenta d'hausser les épaules et ramena ses genoux contre sa poitrine en s'enfermant à nouveau dans son mutisme habituel.

Eingil poussa un bref soupir, puis passa son bras autour des épaules de la jeune fille, la ramenant tendrement vers lui comme pour la protéger de sentiments qui venaient pourtant de l'intérieur. Elle enfouit tranquillement son visage dans le creux de son cou et chercha à oublier une fois encore l'existence de Toby qui –malgré les milliers de kilomètres les séparant- emplissait toujours chacun de ses songes et chaque seconde passée à ne rien faire. Alors elle se redressa un peu et observa les alentours à la quête de n'importe quelle activité pouvant lui permettre de ne plus penser à Toby. Un minuscule sourire transcenda son visage lorsqu'elle remarqua le petit groupe construisant la nouvelle estrade permettant aux couronnements et conseils importants.

« Je vais mettre les mains à la pâte !

- Ella, sans vouloir me montrer désobligeant, tu n'as jamais été douée en travaux manuels. Et puisque des gens monteront sur cette estrade, mieux vaudrait qu'elle tienne debout…

- J'obéirai simplement aux ordres ! Allez, viens m'aider ! »

Elle se releva, épousseta sa tunique blanche sur laquelle quelques morceaux de bois s'étaient accrochés, puis lui tendit la main. Il hésita une seconde, puis –voyant son air réjouis et motivé- il se laissa prendre au jeu. Il prit sa main, mêla ses doigts aux siens –glacés- et la suivit. Il accepta que son optimisme déteigne sur lui, le contaminant aussi sûrement qu'une épidémie, et se mêla aux autres, heureux finalement de se perdre dans l'atmosphère conviviale de la Baie.

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Toby scrutait les étoiles, acceptant avec plaisir qu'elles l'absorbent tout entier, qu'elle l'engloutisse dans ce parfait néant sombre. Dehors, le soleil brillait encore, mais il pouvait prolonger ses nuits en passant davantage de temps dans la pièce aux étoiles. Après quelques jours passés à éviter cette salle car elle était emplie de souvenirs concernant Ella, il avait fini par y revenir et y passait presque tout son temps. Les vacances de noël étaient presque finies et il devrait alors sortir et revoir le soleil, initiative qui ne l'emballait pas du tout.

Il passa ses mains contre son menton, sa barbe de trois jours irritant sa peau, et fit craquer sa mâchoire en un bâillement. Il se redressa un peu, quittant la galaxie dans laquelle il aurait voulu se noyer éternellement. A tâtons, il parvint à récupérer un paquet de chocoballes et une bouteille de bière au beurre –qui se renversa un peu sur le matelas. Il avala goulument le peu de nourriture comestible qui lui restait puis se laissa à nouveau choir sur le matelas moisi par l'humidité de la pièce.

Il poussa un profond sourire, lequel se répercuta contre les murs qui émirent des échos. Il esquissa un sourire, jeta un dernier coup d'œil aux étoiles et se mit debout. Il extirpa sa baguette magique de sa poche et éclaira la pièce pour la première fois depuis longtemps. La lumière lui brûla les yeux et il dut les clore afin de ne pas souffrir.

Il lui fallut une bonne dizaine de minute avant d'être prêt à quitter les lieux qu'il avait habités durant presque deux semaines. Une fois au dehors, il paniqua presque, heurté par un changement trop brusque bien que les couloirs soient vides. Il se mit tout naturellement à courir après avoir fait quelques pas sans se presser, comprenant qu'il avait besoin de ressentir à nouveau l'adrénaline et ses muscles s'étirant afin de se détendre. Pourtant, il eut bien du mal à retrouver son ancien rythme, ses jambes le faisant souffrir en une centaine de mètres à peine, car il était tout ankylosé.

Lentement, alors qu'il se dirigeait vers les quartiers des Serpentard, sa force revint et sa rapidité également. Il parvint aux portes aussi vite que possible et se faufila à l'intérieur, ne laissant pas l'occasion à quiconque de le voir dans l'état de dépravation qui était le sien. De toute manière, les élèves profitaient de la neige au dehors, tels des gamins émerveillés, et la salle commune était vide. Toby se réfugia finalement dans son dortoir et rattrapa quelques vêtements dans sa malle avant de foncer à la salle de bain pour se débarrasser de son air crasseux.

Le reflet que lui renvoya le miroir l'effraya un instant et il eut du mal à se reconnaitre. Il se rasa soigneusement et passa plus de temps sous la douche que jamais. Une fois habillé, il osa enfin le regarder à nouveau et fut soulagé de constater que malgré son air dépressif, il était toujours aussi séduisant.

Il retourna au dortoir et s'empara de tous ses parchemins de cours où il avait noté les devoirs de vacances. Il s'installa sur son lit et mordilla un instant le bout de sa plume avant de fermer son esprit à toutes les distractions –et surtout à en extirper Ella- et de se mettre à travailler. Etrangement, il ne s'était pas senti aussi bien depuis le départ d'Ella qu'au moment où son cerveau tout entier se concentra sur l'Histoire du peuple Gobelin. Un fin sourire se posa même sur ses lèvres lorsqu'il prit conscience du plaisir qu'il prenait encore à étudier et décida de ne pas faire autre chose que ça de l'année.

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Hermione nota quelques mots au coin du dossier qui aurait dû la préoccuper, mais dont elle se fichait royalement. D'ordinaire, elle se plaisait à régler les milliers de problèmes posés dans le monde sorcier et cette fois ci, le dossier aurait dû lui tenir personnellement à cœur. En effet, il s'agissait de la libération possible d'un ancien Mangemort nommé Jugson dont le comportement s'était apparemment amélioré. Mais il n'était certainement pas le premier à mentir pour quitter Azkaban. Hermione adorait s'occuper de ce genre d'affaires et éprouvait un plaisir presque malsain à les renvoyer dans leurs cellules.

Ce jour là néanmoins, elle se contentait de diriger l'assemblée du Magenmagot sans réelle passion, écoutant à peine les vaines excuses du Mangemort. En réalité, elle s'en moquait complètement. Son esprit voguait à des milliers de kilomètres de là et derrière ses iris se dessinaient les contours d'un paysage féérique. Un visage se rajouta assez rapidement à l'équation et elle sentit un nœud se former dans son bas-ventre, associé à une chaleur qu'elle connaissait bien pour l'éprouver à chaque fois qu'elle y songeait. Ses joues se teintèrent sans qu'elle ne puisse rien y faire et le regard du greffier se posa sur elle, comme s'il parvenait à lire dans son esprit.

Elle se remit à griffonner dans la marge et réalisa en hoquetant qu'elle n'avait écrit que le prénom de Théodore, comme une gamine pensant à son premier béguin. Elle se morigéna avec une certaine violence en mordant sa lèvre inférieure jusqu'au sang. Tiberius Ogden, membre le plus âgé du Magenmagot et vieil ami de l'Ordre, glissa un mouchoir brodé sur sa table avec un sourire amical –et édenté. Elle le remercia en un murmure avant de se concentrer un peu plus sur le prévenu.

Il déblatérait un flot continu d'idioties abjectes, d'excuses pitoyables, de mensonges faussement avenants et Hermione se racla la gorge, trop fort pour qu'il fasse semblant de ne pas l'avoir entendu. Elle épongea tranquillement sa lèvre alors que tous se tournaient vers elle, certains jusqu'à s'en tordre le cou, impatients d'écouter ce qu'elle avait à dire. Elle hésita quelques secondes avant de se pencher en avant, jaugeant Jugson de haut, comme s'il n'était qu'un minable ne méritant pas son attention.

« Savez-vous combien de vos amis de l'époque s'en sont sortis à ce genre de procès ? Aucun. Et vous savez pourquoi ? Parce que les gens de votre espèce méritent de passer leur existence dans une minuscule cellule poisseuse afin de ne plus jamais avoir les moyens de faire du mal aux gens bien… Alors, Mr Jugson, nous n'allons pas perdre plus de temps à vous écouter émettre mille mensonges ! Vous avez tué des dizaines de personnes, torturé des centaines d'autres et brisé de nombreuses familles. Alors ne cherchez pas à mimer les remords. Vous ne pourriez que vous rendre ridicule. »

Elle se rendit compte qu'elle y était allée en un peu fort pour une personne censée être totalement objective. Elle secoua la tête, espérant retrouver ses esprits très rapidement, puis se résolut à laisser tomber et se releva de son siège.

« Excusez-moi… Continuez sans moi. »

Elle sortit de la pièce en courant presque sous les regards médusés de ses collègues. Elle finit par se réfugier dans son bureau, derrière une pile interminable de paperasse qui la dissimulait presque entièrement. Il lui suffit de s'écrouler sur la table, le visage entre ses mains, pour que quiconque passant devant la porte ne puisse l'apercevoir. Cette idée la rassura. Elle aurait pu se laisser mourir, dans cette position, et personne ne chercherait à venir la tirer d'affaire. Ron pourrait s'occuper de Scott et Timothy, et Théo viendrait à son enterrement et… Elle cessa de songer à de telles inepties et s'écroula davantage.

L'horloge sonna dix-huit heures et elle se promit de quitter les lieux très bientôt afin de retrouver sa famille pour fêter la nouvelle année. Ses parents seraient présents et lui demanderaient des nouvelles d'Ella, comme à chaque fois qu'ils se voyaient depuis le départ de la jeune fille. Elle leur répondait toujours qu'elle n'avait reçu aucune lettre, mais qu'à la Baie, ils ne pouvaient pas trouver de chouettes. Cela ne suffisait pas à Mr et Mme Granger qui semblaient penser qu'Hermione ne faisait pas assez d'efforts. Pourtant, cette dernière aurait donné n'importe quoi pour savoir où Théo et Ella se trouvaient, ce qu'ils voyaient, ce qu'ils se disaient…

Elle renifla bruyamment en essuyant son nez dans la manche de sa robe de sorcière flamboyante, puis réalisa qu'elle était pathétique. Ses parents avaient raison. Elle ne faisait pas d'efforts. Elle obéissait simplement à Théodore qui lui avait implicitement demandé de ne pas chercher à le joindre tant qu'il ne le ferait pas lui-même. Il menait le jeu et cela l'exaspéra d'un seul coup. Elle voulait des nouvelles. Elle allait en demander.

Brusquement, elle tira une liasse de feuilles de sous une pile de dossier qui s'écroula au sol sans qu'elle ne s'y intéresse. Quelques personnes s'arrêtèrent à l'entrée du bureau, mais aucune n'osa intervenir. Hermione saisit sa plume et la trempa dans l'encrier dissimulant la couleur la plus sombre à sa disposition. Durant un instant, elle réfléchit à ce qu'elle souhaitait dire à Théodore en détails, afin de ne pas se retrouver envahie sous une centaine de boulettes de papiers contenant des mots qu'elle ne pensait pas. Mais étrangement, lorsque sa plume toucha le parchemin, ce fut un autre nom qu'elle marqua.

Ella.

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Une fraise entre les doigts, Samya reluquait Charlie qui –assoupi sur son lit- reposait entièrement nu. Le voir ainsi lui causait d'étranges maux d'estomac et creusait toutefois son appétit. En réalité, c'était lui qu'elle aurait voulu croquer tout cru, mais elle comprenait qu'il n'ait pas vingt ans et ne puisse rempiler quatre fois d'affilé sans un peu de repos bien mérité. Pourtant, Samya, fille capricieuse qu'elle était, refusa de lui offrir trop de temps et finit par quitter sa chaise. Ses hanches se balançant à un rythme extatique auraient donné des idées plus que sardanapalesques à n'importe qui –femmes hétérosexuelles comprises.

Nue, elle vint se coller à son amant et glissa ses doigts contre son torse, traçant les contours imaginaires de formes complexes sur sa peau. Il finit par ouvrir un œil pour regarder ce qu'elle faisait, puis le referma en ronchonnant quelques termes inintelligibles qu'elle analysa comme des demandes de repos. Elle n'obéit pas.

Ses lèvres vinrent englober le lobe de Charlie qui grogna plus puissamment avant de la faire basculer sous lui. Lorsqu'elle agissait ainsi et en demandait trop pour lui –et pour tous les hommes exceptés ceux ayant ingurgité quelques potions ou pilules bleues- il se montrait plus fougueux, comme pour la punir. Et Samya ne s'en plaignait pas. Il posa sa bouche sur la sienne et elle releva son bassin en un frotti-frotta à se damner. Il ne la fit pas attendre, plus empressé que jamais, et se glissa en elle sans pour autant cesser de l'embrasser, comme pour conserver de cette intimité qui les différenciait des animaux.

Depuis des semaines, ils ne faisaient que ça, éperdument amoureux non pas de l'autre mais de ce que leur relation procurait de plaisir charnel. La personne qui leur offrait ne comptait peut-être pas vraiment… Ou du moins, c'est ce qu'ils se faisaient croire.

Après l'intervention de Ginny, Charlie avait vainement tenté d'expliquer à Samya les raisons qui le poussait à l'éviter. Elle n'en avait trouvé aucune valable et s'était contentée de se glisser dans son lit, chaque soir, malgré les sortilèges qu'il lançait à sa porte –rien de bien puissant, il devait l'admettre. Depuis, ils évitaient simplement de parler de sujets qui fâchent tels que la famille, la différence d'âge ou même les mots tout court. Pourtant, il mourait d'envie d'en prononcer des tas, de discuter de ce qu'il se passerait en juin, lorsqu'elle passerait ses ASPICS et quitterait Poudlard. Cela marquerait la fin de leur relation ou le début d'une acceptation publique ? Il se posait pas mal de questions auxquelles –il le savait- elle seule pouvait apporter des réponses. Et malgré cela, il restait silencieux.

Alors qu'elle remontait la couverture sur elle en frissonnant, Charlie réalisa qu'il craignait d'entendre une réponse honnête. Et Samya le serait probablement. Elle ne s'embarrassait que très rarement de préambules et de termes doucereux permettant de causer moins de dommages à l'autre. Elle vint rapidement se blottir contre lui, câline, et il caressa tendrement ses cheveux, définitivement absorbé par la peur de l'avenir. Habituellement, il n'y songeait même pas, mais avec elle, les questions venaient sans prévenir. Elle était jeune et avait la vie devant elle. Peut-être rêvait-elle de mariages et de bébés ? Un nœud se forma dans sa gorge et il se sentit brusquement nauséeux.

« Charlie, ça va ? demanda-t-elle en se redressant pour le regarder, surprise par la soudaine rigidité de son corps –et pas de la partie habituelle qui plus est.

- Tu veux des bébés ?

- Hein ? émit-elle simplement, choquée qu'il pose une telle question. Non, mais t'es malade ? Tu trouves que j'ai la tronche type de la mère de famille ou de la poule pondeuse ? Si tu réponds oui, je te mords… à un endroit en particulier si tu vois ce que je veux dire.

- Je vois, acquiesça-t-il en un sourire franc, ne relevant pas la menace. Mais, tu es jeune, tu vas probablement changer d'avis… Et… Mince, je parle comme si on avait prévu de passer notre vie ensemble, excuse-moi !

- Pourquoi ? murmura-t-elle en se penchant au dessus de lui, taquinant un instant son nez du bout du sien. Moi, ça me plait bien cette idée de passer ma vie auprès de toi. Ne prend pas cet air étonné ! J'aime être là, je ne le cache pas. Je ne pense pas que ça durera éternellement, qu'on s'aime, qu'on se mariera et qu'on aura des tas d'enfants… Je pense juste que j'aime être avec toi et que si ça continu comme ça pendant dix ans, vingt ans, ou même trente, je n'en serai pas malheureuse.

- Tu veux dire que… tu y as pensé ?

- Bien évidemment. C'est la première fois que je passe autant de temps avec quelqu'un. En général, les ados flippent à cause de ma légère nymphomanie et les hommes matures à cause de mon âge. Toi, tu es toujours là. Tu me combles plus que je ne l'aurais imaginé au départ, ça se passe bien entre nous… Il n'y a aucun problème !

- Mais, l'avenir ne te fait pas peur ?

- Tu parles du moment où tu commenceras à devenir un vieux ronchon à qui je devrais donner des pilules pour parvenir à pourvoir à mes besoins ? Ou tu pensais juste à l'année prochaine ?

- Uhm… les deux, balbutia-t-il en essayant de chasser cette image de lui en vieux gâteux qu'elle venait de lui dépeindre.

- Et bien, pour les pilules, c'était de l'humour ! Pour l'an prochain, je suppose que passer quelques nuits à Poudlard ne me tuera pas. Sans compter que je pourrais probablement convaincre ma mère de l'effet bénéfique que tu as sur moi, et que mon père n'aura rien à dire puisqu'il plane toujours à mille lieux de là. Toby pense que tu as réussi à me maîtriser ce qui n'était pas une mince affaire au départ, et que je suis plus calme depuis quelques temps… Les autres, on s'en moque. Ta famille par exemple. Soyons réalistes, il y a de trop nombreux membres pour que je puisse plaire à tout le monde. L'important qui plus est, c'est ce que je plaise à toi, non ? »

Il la contempla soigneusement, détaillant sans ciller le rose de ses joues qui ne devaient rien au sexe mais plutôt à la gêne. Et ses yeux étaient remplis de questions et d'angoisses de toutes sortes. Pour la première fois, il parvint à voir la femme derrière l'amante, et fut soulagé d'apprendre qu'elle n'était pas que cette sauvageonne indomptable qui ne semblait pas prêter la moindre attention aux lois régentant l'univers. Il leva les doigts jusqu'à frôler sa joue et elle esquissa un sourire, tendre.

« Oui. Et tu me plais beaucoup.

- Je le sais, voyons ! persifla-t-elle en roulant des yeux, comme si c'était parfaitement normal.

- Samya…

- Je plaisantais. Tu me plais aussi. Et tu me plairas peut-être encore même quand tu auras besoin de petites pilules bleues ! »

Elle éclata de rire et s'échappa, redevenant la délurée Samya qui lui causait tant de soucis. Il la rattrapa alors qu'elle atteignait la porte de son bureau et la fit basculer en arrière, l'écrasant de tout son poids sur la moquette. Elle gloussa en cherchant –sans conviction- à le repousser puis se laissa embrasser en cessant de se débattre. Dans sa tête, elle entama une petite comptine idiote qui ne contenait qu'une phrase : « Il me plait beaucoup beaucoup, il me plait beaucoup beaucoup ! ».

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« Scott

Je t'aime beaucoup. Je t'aime bien. Peut-être même que je t'aime tout court sans le savoir parce que c'est un sentiment complexe et inconnu pour moi, l'Amour.

Et je sais que tu as fait un plan sur le long terme avec Maïa, que tu as des projets et des rêves et que dans ton esprit, sa présence seule te suffit, mais je ne pouvais laisser passer l'opportunité de te dévoiler ce que je ressens. Je passerais peut-être les deux prochaines années à me fondre dans les murs de Poudlard pour éviter ton regard et ceux de tes amis avec lesquels tu te moqueras de moi. Ou peut-être que ce risque que je prends désormais servira à quelque chose et trouvera un sens dès que tu poseras à nouveau le regard sur moi.

J'ai toujours peur, constamment, de tout le monde ou presque. Je sais que je parais insouciante et que je ne semble pas prêter la moindre attention au monde qui m'entoure, mais ce n'est qu'une façade fraichement étudiée. J'ai mon espace vital et je ne supporte pas que quiconque le pénètre. C'est un simple calcul. Il me suffirait de tourner sur moi-même les bras tendus et que je ne m'heurte à personne. Je le fais mentalement uniquement, afin de ne pas passer pour une folle. Ceux qui entreraient dans ce cercle que je forme virtuellement devraient prendre leurs jambes à leur cou. Mais les gens semblent percevoir cette limite invisible et je m'y suis habituée.

Lorsque quelqu'un franchit cette limite, j'ai peur, je me braque, je saisis ma baguette et… j'attends. Neuf fois sur dix, la personne s'éloigne de moi sans plus me prêter attention. Je dois dégager une sorte de messager chimique auquel tous les êtres humains seraient sensibles –comme l'endorphine. Mais tu as fini par ne plus être touché par ce messager puisque tu as franchi la limite. Et étrangement, je n'ai pas eu peur. Peut-être parce que tu es Scott Weasley et que ton nom même inspire la confiance. Ou peut-être est-ce plus que ça.

Quand tu m'as embrassée, j'ai été secouée par des milliers de sentiments contradictoires dont la peur faisait partie –mais une part minuscule et qui est apparut uniquement pendant les deux premières secondes. Ensuite, j'ai simplement pensé qu'il s'agissait de mon premier vrai baiser. Un baiser volé, certes, mais un baiser que j'ai pu apprécier pleinement, un baiser à la saveur toute particulière, simplement parce que c'était toi.

Un baiser que j'aurai voulu effacer, parce que je sais pertinemment qu'il n'a pas eu le même sens pour toi. Tu as probablement dû l'oublier, le caser dans un coin de ton cerveau où tes neurones ne vont jamais… Mais moi, j'y pense inlassablement. J'en viendrai presque à me jeter un Oubliette pour enfin être en paix, mais je n'ai jamais été très douée pour lancer ce genre de sortilèges.

Quoi qu'il en soit, je tenais à te dire que ça avait compté pour moi, ces quelques secondes volées un soir de novembre, et que jamais je n'avais ressenti ça. Jamais je n'avais pu frôler un garçon sans que l'image de Mulciber ne vienne se plaquer à ma rétine pour y rester trop longtemps. Sauf toi.

Tu auras été le Vrai Premier garçon important dans ma vie, même si ça n'aura duré que trop peu de temps.

J'espère que tes plans d'avenir déjà si concrets se réaliseront.

Scarlett. »

Elle relisait cette lettre pour la énième fois, son cœur battant plus fort à cause de l'adrénaline parcourant ses veines. Si un jour quelqu'un lui avait dit qu'écrire une lettre pouvait provoquer une telle excitation, elle s'en serait gaussée probablement. Mais maintenant que c'était à son tour de dévoiler en une tirade de mots plein de sens ses sentiments, Scarlett trouvait cela beaucoup moins amusant. Elle venait de passer prêt d'une heure à chercher à coucher ses sentiments sur papier, sans pourtant parvenir à trouver une réponse à une question essentielle. Ferait-elle lire ces mots à Scott ou non ?

Elle l'observa alors qu'il lisait un livre, assis sur le canapé devant la cheminée de la salle commune, Maïa plantée sur ses genoux. Elle se demanda comment il pouvait lire avec un tel vacarme puisque sa petite amie et Lisa papotaient sans songer une seule seconde à la fermer une bonne fois pour toute. L'amertume étouffa momentanément Scarlett qui comprit qu'elle ne pourrait pas accepter de voir le charmant couple se peloter sans même tenter quelque chose. Alors, sans plus hésiter, elle plia le parchemin et le glissa dans une enveloppe avant s'avancer vers Scott.

Ce dernier leva les yeux vers elle, plein d'une espérance que –trop aveuglée par la résolution- elle ne parvint pas à voir. Il reporta donc son attention sur son livre, sans réelle motivation et ne remarqua même pas qu'elle laissait tomber un papier dans son sac grand ouvert. Lorsqu'elle remonta au dortoir, elle sautillait presque. Si ce genre de boulot l'avait intéressée, elle serait devenue Auror !

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Comment avaient-ils pu en arriver là ? C'était la question qu'Eingil faisait tourner en boucle dans sa tête alors que ses lèvres meurtrissaient celles d'Ella. Il réalisa qu'il y allait un peu fort et calma le jeu en se souvenant qu'elle n'était qu'une humaine fragile. En réalité, il se demandait s'il ne ferait pas mieux de tout arrêter. En y songeant, il revient à sa principale question. Il se souvenait de cette soirée fêtant la fin des rénovations de la Baie qui retrouvait peu à peu son état naturel. Il se rappelait aussi avoir dansé avec Ella. Puis elle avait insisté pour qu'il la raccompagne jusqu'à sa chambre. Et une fois la porte close, elle s'était comportée différemment. Et puisqu'il avait toujours eu envie d'elle, il s'était laissé faire.

Mais maintenant, alors que les doigts d'Ella papillonnaient sur son torse et que lui cherchait à se débarrasser de son pantalon, il s'interrogea. A quoi cela rimait-il sérieusement ? Il était malheureux, obsédé par son nouvel emploi car il espérait arriver à la cheville au moins de son défunt père et passait son temps avec une fille paumée qui avait une relation étrange avec son paternel… Ils étaient aussi pathétiques l'un que l'autre. Et peut-être était-ce la raison les poussant à chercher consolation ensemble.

Il cessa de réfléchir et reprit son œuvre en retirant son pantalon ce pendant qu'Ella soulevait son t-shirt. Elle était mignonne en plus comme ça, ses yeux pétillants de désirs et ses joues marquées de rose. Leurs mouvements semblaient trop brutaux pourtant, comme s'ils voulaient en finir le plus rapidement possible, et, alors qu'il recommençait à l'embrasser, il se remit à douter.

Pourtant, il continua afin de ne pas passer pour un fou. Puis, brusquement, sans qu'il n'ait eu le temps de sentir la détresse retentissante qui empli le cœur d'Ella, il la sentit se raidir. Un sanglot monta dans sa poitrine, et –pour la première fois- elle ne le retint pas. Il se redressa au dessus d'elle pour voir son visage et fut surpris de constater qu'elle pleurait. Il se rallongea à ses côtés sans hésiter et la ramena contre son torse pour un câlin beaucoup plus platonique que prévu.

« Je t'ai fait mal ? s'enquit-il tout en sachant pertinemment que ce n'était pas le cas.

- Non… gémit-elle en enfouissant son visage dans son cou. Je-Je suis désolée… »

Il embrassa le sommet de son crâne tout en la berçant et ne fut même pas étonnée lorsqu'elle ajouta un « Je veux Toby » clair et précis. Ça, il l'avait bien compris qu'elle voulait Toby. Il la serra plus fort pour la consoler et attendit qu'elle se calme sans oser lui suggérer de dire ce qu'elle ressentait au principal concerné. De toute manière, elle n'aurait jamais obéis.

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Le cœur battant à tout rompre, Scott tenta de former une phrase correcte, mais –pour la énième fois- une boulette de papier alla rejoindre les autres au fond de son chaudron rempli d'eau. Il était venu dans la salle de Potions afin de nettoyer un peu tout son nécessaire de cours mais avait trouvé un parchemin froissé sous des livres dans son sac. Il l'avait lu, les yeux écarquillés par la stupeur. Puis, mécaniquement, comme poussé par une force plus haut-placée que lui, il s'était mis à gribouiller des phrases sur un morceau de parchemin, puis sur un autre lorsqu'il s'estima insatisfait, puis sur un autre encore… Pour finalement arriver –au bout d'un heure- à rien du tout.

Il inspira à fond, à la recherche de cette chose étrange que les écrivains, peintes et artistes en tout genre appelaient l'Inspiration. Il aurait bien voulu qu'une fée vienne lui souffler une solution, mais apparemment il n'y en avait plus aucune de disponible. Alors même qu'il y songeait, il retrempa sa plume dans l'encre et se remit à noter avec son écriture de pattes de mouches.

Scarlett,

Bon, c'était déjà ça de prit. Il connaissait son prénom et savait l'écrire. Il aurait presque pu entendre les cornes de brume fêter sa victoire dans un coin de sa tête. Il se concentra à nouveau et apposa sa plume sur le parchemin, résolu à la finir cette maudite lettre.

Ecrire m'est difficile. En réalité, m'adresser à toi face à face le serait bien davantage. Mille fois plus sans doute. Je balbutierai, tremblerai et transpirerai et tu penserais probablement « Qu'est ce que je lui trouve en fait ? » et tu m'enverrais balader. Mieux vaut ne pas prendre le risque.

J'ai beaucoup pensé à ce baiser moi aussi. J'y pense encore en fait. C'était important et je ne l'ai pas oublié. Comment le pourrai-je ? C'est bizarre, parce que je te voyais juste comme cette fille singulière et lunatique dont le regard pouvait me donner sérieusement envie de fuir –oui, tu fais peur parfois ! Et puis, Ella est arrivée dans nos vies et tu es devenue « La copine space de ma demi-sœur inconnue au bataillon » ce qui ne signifiait rien de bien fabuleux. Après, tu es devenue cette fille a qui il est arrivé des trucs horribles, ce qui explique pas mal ce côté intouchable qui t'épargnes les regards des autres. Et puis… Tu es devenue LA fille.

Maïa était la fille. Je ne sais pas si elle a cessé de l'être lorsqu'on s'est embrassé toi et moi, ou lorsqu'elle m'a embrassé, mais elle ne l'est plus vraiment je crois. Parce que je n'arrête pas de penser à toi et que le rêve dont j'avais tenté de te parler te concernait et pas elle. Et non, ce n'était pas le genre de rêve que tu crois –enfin, presque pas ! Excuse-moi, je suis un garçon, après tout…

Alors, je ne sais pas exactement ce que je ressens pour toi, parce qu'il y a toujours Maïa, qu'elle reste ma meilleure amie et que je l'aime. Mais je crois que je t'aime différemment. Et j'aimerai bien savoir ce que ça pourrait donner. D'accord, ça fait expérience dont tu serais le cobaye mais, j'en ai vraiment envie.

Je devrai probablement parler à Maïa, mais je ne suis pas très doué pour ça…

Laisse-moi un peu de temps.

Scott.

Il hésita quelques, regrettant de ne pas avoir la même plume qu'elle, puis plia le parchemin au lieu de le froisser. Il ne lui restait plus qu'à trouver un moyen de lui transmettre la lettre sans se faire repérer.

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Toby se laissa retomber sur le siège, face au bureau d'Harry qui haussa un sourcil en digne d'interrogation face à cette nonchalance insolente. Les cernes assombrissant les traits du jeune homme lui firent perdre un instant contenance et il se sentit particulièrement stupide d'avoir osé convoquer l'étudiant. Après tout, ses notes dépassaient toujours l'excellence, il paraissait plus concentré que jamais… En vérité, Harry n'avait aucune raison en temps que professeur de s'inquiéter. C'était plutôt en tant qu'homme tenant à certains de ses élèves –stade que Toby avait quelque peu dépassé en entrant dans leur demeure quelques mois auparavant- qu'il s'angoissait. En effet, l'état d'inertie constante dans laquelle Toby se vautrait indécemment le troublait plus qu'il ne l'agaçait.

« Vous vouliez me voir ? marmonna Toby sans lever les yeux de ses ongles qu'il analysait méthodiquement comme s'ils étaient plus intéressants à chaque seconde.

- Oui, en effet.

- Mon devoir sur les Vampires vous a posé un problème ? »

Harry se sentit attaqué momentanément. Apparemment, répondre « oui » à cette question lui vaudrait quelques maléfices. Mais il n'avait rien à redire concernant l'essai du jeune homme qui avait tout de même osé écrire pas mal d'obscénités. Il sortit le document de sous la pile d'autres devoirs des autres élèves et feuilleta les quelques feuillets avant de lire à haute voix :

« Les vampires sont avant tout des êtres qui –à défaut d'avoir du sang pour leur permettre de bander- contentent leur appétit sexuel en pénétrant de leurs canines le cou blanc de leurs amantes sous hypnose. Uhm… Bander, Toby ? Sans parler de ce jeu de mots douteux au sujet de la pénétration.

- Peut-être êtes-vous le seul à avoir vu ce jeu de mots non voulu, rétorqua Toby toujours sans le regarder. Et pour le fameux mot, désolé de vous le dire, mais c'est le seul que j'ai trouvé sur le moment…

- Le terme « érection » ne t'a pas frôlé l'esprit ? Franchement, Toby, je suis censé envoyer certains de tes derniers devoirs aux examinateurs qui décideront ou non de t'accepter pour la formation d'Auror. Ce n'est pas le moment de t'amuser à écrire des choses de ce genre !

- C'est vous qui voulez que je devienne Auror. Je n'en ai jamais parlé, moi. »

Harry poussa un long soupir, exaspéré par l'air boudeur qu'arborait le Serpentard. Il avait bien trop de potentiel pour être rejeté à cause d'une simple erreur de parcourt.

« Quoi qu'il en soit, tu as eu un Efforts Exceptionnels. Ton passage sur les mœurs et coutumes des Vampires du temps de Dracula est bien plus fourni que celui des autres étudiants. Sans parler de cette page entière concernant leur manière de… « contenter leur appétit sexuel » qui –malgré son caractère licencieux- est très détaillé. Donc… Reparlons plutôt de ce job que je te force à faire apparemment. Tu as d'autres projets pour les années à venir ? »

Toby resta silencieux quelques secondes et Harry ne le pressa pas. Pourtant, quand l'adolescent releva la tête avec un sourire moqueur au possible, il le regretta un peu.

« Bosser et baiser. Pas nécessairement dans cet ordre d'ailleurs. »

L'enseignant refusa de se laisser prendre à ce jeu du « Tu joues au malin, je vais te punir » qui semblait beaucoup plaire au garçon ces derniers temps. Il ne se laissa donc pas démonter et répondit sur un ton calme et avenant :

« Très bon programme. Bosser dans quoi ? Et baiser qui ? »

Le sourire de Toby s'évanouit instantanément et Harry savoura cette nouvelle victoire en s'esclaffant avant de continuer sur sa lancée :

« Sérieusement, Toby, tu continues à t'acharner au travail, tu obtiens toujours d'excellentes notes… Tu pourrais faire de grandes choses. Tu m'as toi-même dit que tu voulais devenir quelqu'un d'important. Alors quoi ? Tu vas abandonner tous ces rêves –quels qu'ils soient- juste parce qu'une fille t'a brisé le cœur ?

- Je…

- Oui, Ella a arraché le cœur de ta poitrine, l'a estropié, puis l'a remis à sa place. Tout le monde le sait. Et alors ? C'était juste une fille, la première qui ait commencé à te faire du mal parce que –crois-moi- il y en aura bien d'autres. Sauf qu'en dehors de ça, il y a quand même de bonnes choses qui peuvent t'arriver si tu acceptes d'avancer. Alors voilà, tu as deux solutions. Un, tu continues à te comporter comme un petit con arrogant et tu finis réparateur de balais ou vendeur de breloques sur le chemin de Traverse. Deux, tu te défonces pour parvenir à être le premier sur la liste des Aurors potentiels –ce qui n'est pas gagné si j'envoie ce devoir car ils n'acceptent pas les pédants au nom de Malefoy. Qu'est ce que tu choisis ? »

Toby le fixa durant quelques secondes, avec un air quelque peu dépité. Il hésita quelques secondes, puis ravala sa fierté puisqu'il n'avait pas réellement le choix.

« Je veux devenir Auror.

- Très bien, sourit Harry avant de laisser glisser le devoir sur les vampires jusqu'à Toby. Alors, réécris-moi ça. Je veux pouvoir te mettre un Optimal. Rencontre des vampires, lis tous les livres de la bibliothèque à ce sujet, ne prend ni le temps de manger ni celui de dormir, et… je serai ravi d'envoyer cette lettre de recommandation qui te fera grappiller quelques places. Tu peux sortir. »

Toby acquiesça, toujours secoué, puis s'empara du dossier sur lequel il avait passé plusieurs jours, prêt à le retravailler s'il le fait après tout. Il gratifia Harry d'un semblant de sourire avant de se diriger vers la porte de sortie. Le professeur l'arrêta alors qu'il apposait sa main sur la porte et ajouta :

« De plus, Ella deviendra sans nul doute adulte un jour, assez mature pour se rendre compte que tu vaux la peine qu'elle mette sa fierté de côté. Et ce jour là, mieux vaudrait qu'elle découvre un Auror, tu ne crois pas ? »

Toby esquissa un sourire en se retournant et dodelina de la tête une seconde fois avant d'oser murmurer en baissant légèrement les yeux :

« Merci, professeur. »

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Ella jeta un dernier coup d'œil à la chambre dans laquelle elle venait de passer plusieurs semaines et en referma la porte avec un sourire de mélancolie parfaitement définissable. En quelques pas, elle se retrouva dans celle de son père et fut surprise de constater qu'il n'était pas seul. En effet, la jeune Saoirse –qui semblait toute désignée pour être Reine après la mort de Meleke- l'aidait à ranger ses affaires, parfaite hôtesse qui s'amusait toujours à poser mille questions comme pour apprendre à mieux connaitre le monde en dehors de sa crypte. Ella, sans savoir exactement pourquoi, resta en retrait, allant même jusqu'à se cacher derrière l'immense armoire qui la dissimula parfaitement.

« Votre fille ressemble beaucoup à sa mère, vous savez… commenta Saoirse en glissant les vêtements de Théodore dans un sac.

- Oui, quelques manies et le physique, approuva-t-il sans même chercher à refuser cette idée qui –aux yeux d'Ella- était très péjorative. Elle cherche à effacer ses ressemblances depuis qu'elle a apprit à marcher, mais elle n'y parviendra jamais tout à fait.

- En fait, je parlais davantage de son esprit. »

Ella fronça les sourcils. Qu'elle ressemble physiquement à sa mère ne suffisait même plus ? Il fallait en plus de ça qu'elle se retrouve avec le même mental détraqué. Elle faillit s'échapper de sa cachette pour attaquer Saoirse à coups de pieds, mais résista afin de voir la réaction de son père. Celui-ci parut quelque peu étonné, malgré le fait qu'il connaisse la manie des Elfes à pénétrer l'esprit des gens.

« Comment ça ?

- Et bien… Ella aime ce garçon, celui qui l'accompagnait lors de son périple, avant que vous soyez libéré.

- Tobias ? s'exclama Théo en écarquillant les yeux, Ella sentant un coup atteindre son thorax avec une force olympique.

- Oui. Au départ, je pensais qu'elle l'appréciait ou qu'elle l'aimait différemment, pas d'Amour, expliqua la jeune elfe en baissant les yeux, comme si elle comprenait son erreur en évoquant un tel sujet. Mais en fait, je me suis trompée. Elle bride ses sentiments pour lui, mais ça ne les rend pas moins forts ou moins concrets. Peut-être même sont-ils encore plus importants. Puisqu'elle prend garde à les dissimuler, ils doivent probablement être conséquents…

- Sans doute, bougonna Théo en s'asseyant sur son lit, de toute évidence choqué par ces révélations. Mais quel rapport avec Hermione ? »

Ella tendit l'oreille, son cœur battant à toute allure, si bien qu'elle imagina ce petit organe en train de galoper dans sa poitrine.

« Dans l'esprit de sa mère, j'ai vu exactement la même chose. Elle vous aime, mais toutes ses émotions sont enfermées. Je ne comprends pas réellement pourquoi d'ailleurs, puisque tous vos amis semblaient au courant… Mais quoi qu'il en soit, Tobias et vous révéliez sans aucune restriction votre amour respectif, mais Hermione et Ella le cachaient habilement. »

Ella vacilla un instant sur ses jambes. Hermione et amour dans la même phrase. Elle s'adossa au mur en cherchant à retrouver son calme. Pas question de croire à de telles sornettes, que ce soit ou non une elfe incroyablement douée dans l'art de la légimencie –non sorcière bien évidemment. Théo se racla la gorge, émit un bruit qui ressembla à un rire –très coincé- puis balbutia :

« Hermione… Elle ne m'aime pas. Elle n'en a pas conscience du moins. Elle ne veut plus rien savoir me concernant, ni avoir à faire quoi que ce soit avec moi…

- Peut-être ne s'en rendait-elle pas compte avant que vous vous disiez adieux, mais lorsqu'elle vous a embrassé pour vous dire au revoir, elle l'a forcément réalisé ! s'extasia la jeune fille qui paraissait avide de romantisme –Ella eut d'ailleurs encore plus envie de l'étrangler.

- Qu'est ce qui vous fait dire ça exactement ?

- Son amour a explosé avec autant de violence qu'une bombe nucléaire ! J'ai même été étonnée qu'elle ne s'accroche pas à vous pour vous convaincre de la demander en mariage, puisqu'il est de coutume d'agir ainsi lorsqu'on s'aime chez les humains. »

Théo se crispa ostensiblement, affamé d'y croire vraiment. Ella lut aisément cette appétit sur son visage et s'extirpa brutalement de sa cachette en souriant, comme si de rien n'était.

« T'es prêt ? »

Saoirse se retourna vers elle avec un petit rictus entendu et Ella n'y répondit pas, trop furieuse contre l'Elfe. Théo secoua la tête, espérant ainsi voir ces idées lourdes de conséquences s'échapper par ses oreilles, puis acquiesça. Oui, il était prêt. Prêt à rentrer chez eux, à recommencer leurs vies, à effacer le passé… Ou prêt à faire semblant.

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Maïa se faufila secrètement dans le dortoir des garçons de cinquième année, en un silence qui en aurait étonné plus d'une venant de la plus extravagante des Serdaigles. Un sourire marqua ses lèvres lorsqu'elle comprit que la pièce était vide et elle rejoint le lit qui –elle le savait- appartenait à son petit ami. Ils sortaient ensemble depuis déjà trois mois et elle s'apprêtait à lui offrir un cadeau d'anniversaire dont il se souviendrait très longtemps.

Elle se laissa tomber sur le matelas en une position qui lui semblait lascive –et donc excitante pour un adolescent sans expérience- et se mit à tapoter le coin du lit de son pied, impatiente. Elle aurait voulu que sa première fois se déroule dans un lieu un peu plus romantique, mais elle faisait ce qu'elle pouvait avec ce qui était disponible.

Il lui semblait que Scott s'éloignait d'elle depuis quelques temps et Lisa –en bonne amie- s'était plu à lui raconter qu'un garçon voudrait voir évoluer une relation à un certain rythme. Et malgré le refus catégorique de Scott quelques semaines auparavant, juste après leur premier baiser, Maïa songeait qu'il avait peut-être changé d'avis. Cela aurait expliqué bien des choses.

Elle poussa un bref soupir en observant la porte d'entrée, laquelle restait désespérément close. Il leur faudrait faire vite s'ils ne souhaitaient pas se faire prendre par les autres élèves. Bien évidemment, tous seraient rapidement au courant puisque rien ne restait jamais secret très longtemps dans cette école. Angoissée, Maïa se mit à ronger ses ongles tout en s'enfonçant plus encore dans le lit.

Un bruit de papier froissé attira soudainement son attention et elle craint de s'être allongée sur un devoir de Scott. Elle l'avait si souvent vu mettre les draps sur des objets de toute sorte par fainéantise que cela aurait été plus que probable. Elle souleva les couvertures sans rien trouver, puis l'oreiller sans résultat notoire. Un papier tout froissé à force d'être lu tomba de la couture entre la housse et le coussin qu'elle contenait et glissa sous le lit. Maïa, intriguée, se pencha pour le ramasser.

Un froncement de sourcil vint accueillir cette découverte et elle déplia soigneusement le parchemin sans se redresser. Assise au sol, elle parcourut du regard la lettre écrite plusieurs semaines plus tôt, et se sentit soudain nauséeuse. Les mots tournaient devant ses yeux alors qu'ils s'emplissaient de larmes.

La porte s'ouvrit sur ce spectacle alors que Scott et ses amis rentraient de l'entraînement de Quidditch. Le regard du principal concerné passa furtivement de la lettre de Scarlett au regard de Maïa et il ravala un gros mot. Les autres joueurs de l'équipe –sentant qu'ils étaient de trop- quittèrent la pièce alors que Maïa levait les yeux vers son petit-ami.

« Vous vous êtes embrassés ? articula-t-elle en un sanglot.

- Euh… Oui. Mais, c'était avant qu'on s'embrasse nous. Et…

- Tu m'as dit que tu lui parlais juste par pitié ! hurla Maïa en se levant, froissant le parchemin dans sa main. Elle se prend pour qui cette lépreuse ? Franchement, comment est-ce qu'elle a pu se faire un film à ce point là ? (Scott baissa les yeux vers le bout de ses pieds et Maïa ajouta d'une toute petite voix :) Qu'est ce que tu lui as répondu ?

- Je… J'allais t'en parler. »

Maïa haussa un sourcil tout en chassant ses larmes d'un mouvement rageur. Scott enfonça ses poings dans ses poches et se mit à se dandiner d'un pied sur l'autre avec l'air d'un type très coupable.

« Me parler de quoi exactement ? De cette lettre ou de ta réponse ?

- Des deux, murmura Scott. Je suis désolé, Maïa. Je… T'es ma meilleure amie… Je crois qu'on n'aurait peut-être pas dû dépasser ce stade. Ou plutôt, si, parce que ça m'a fait comprendre que je ne t'aime pas. Enfin si, je t'aime ! Mais pas comme ça. Merlin, je m'embrouille…

- Je vais t'aider, imbécile. C'est fini ! »

Sur ces mots, elle déchira la lettre –ce qui donna à Scott une étrange impression parce qu'il avait prévu de la garder éternellement- et lui balança les morceaux à la figure. Sans lui laisser l'occasion d'ajouter quoi que ce soit, elle quitta le dortoir en courant. Scott resta un instant les bras ballants avant de la suivre, inquiet. Elle restait sa meilleure amie au fond, et il n'avait aucune envie de la voir disparaitre de sa vie juste à cause d'une histoire aussi stupide. Ils arrivèrent dans la salle commune pleine de monde et Scott chercha à la rattraper avant de constater avec effarement qu'elle se dirigeait vers Scarlett.

La brunette était assise avec un roman policier sorcier et ne leva les yeux qu'en prenant conscience du silence qui s'était installé autour d'elle. Son regard défila de Scott –perdu et figé- à Maïa –bouillonnante de colère- plusieurs fois avant qu'elle puisse analyser convenablement la situation. Elle eut brusquement la sensation d'être plongée au beau milieu d'un misérable roman à l'eau de rose pour adolescentes trop romantiques et préféra rester muette afin de ne pas rendre la situation plus lourde encore. Apparemment, Maïa avait d'autres projets.

« Stupide et folle, ça on savait que tu l'étais. Voleuse de copains, par contre…

- Maïa ! tenta d'intervenir Scott en s'avançant, essayant d'oublier les murmures qui enflaient dans la salle alors que les étudiants avides de ragots s'excitaient.

- Quoi ? Je dis juste la vérité. Alors, Scarlett, qu'est ce que ça fait d'enfin passer de l'ombre à la lumière des projecteurs ?

- Rien de très agréable en vérité, marmonna la jeune fille en posant son livre, refusant de se laisser marcher sur les pieds pour contenter tous ceux qui attendaient qu'elle s'écroule.

- Oui, bah pour moi non plus. »

Scott s'interposa naturellement entre les deux filles, redoutant de plus en plus une possible bagarre. Il savait d'avance que Maïa en sortirait avec quelques bleus pour avoir admiré Scarlett durant les cours de Défense Contre les Forces du Mal.

« On pourrait aller régler ça ailleurs, les filles. C'est n'importe quoi là…

- Pourquoi ? rétorqua Maïa avec sècheresse. Ça pose problème que tout le monde sache que toi et Miss Mulciber vous êtes amoureux ? »

Miss Mulciber. Scarlett sera les poings, si violemment qu'elle sentit ses ongles s'enfoncer dans sa chair, lui provoquant une douleur pourtant bien appréciable en cet instant. En effet, elle n'aura autrement pas pu résister à son envie de gifler Maïa qu'elle croyait plus intelligente que ça. Scott parut aussi choqué qu'elle et adressa à sa meilleure amie un regard si noir qu'elle recula un instant. Lisa –qui jusque là s'était montrée extraordinaire maligne- vint bien évidemment s'en mêler et se dressa aux côtés de Maïa avec un sourire mauvais.

« Amoureux ? Ouah… L'éclopée et le joueur de Quidditch Weasley. On se croirait dans une version moderne de la Belle et la Bête. Enfin, version « Le beau et la bête » mais…

- Lisa, ça ne te concerne pas, cracha Scott en se dressant mécaniquement face à Scarlett, comme pour la protéger des mots pourtant bien perceptibles des autres élèves.

- Bien sûr que si. On va sûrement vous voir vous peloter jusqu'à la fin de l'année alors, nous avons tous notre mot à dire. Sans compter que l'expérience de Scarlett en matière de pelotage étant plus élevée que celle de Maïa, nous ne voudrions pas ternir l'image de notre maison. Enfin, en matière d'image ternie, Scott, tu viens d'atteindre les bas-fonds. Adieu réputation, adieu amis, adieu vie normale… »

Scarlett vit les muscles du dos de Scott se crisper et elle craint intensément qu'il abandonne, qu'il la laisse en pâture aux monstrueuses garces emplissant la pièce. Il ne le fit pas. Il se contenta de tourner le dos aux autres, lui accorda un sourire resplendissant de franchise et de détermination, prit sa main dans la sienne et l'attira vers lui. Elle crut qu'il allait l'embrasser, mais il la conduisit simplement vers la porte de sortie de la salle commune, sous les regards atterrés de ses condisciples. Scarlett le laissa faire, un sourire ravi se posant sur sa bouche alors qu'elle comprenait enfin qu'il avait du cran et que le courage Gryffondor hérité de ses parents existait bel et bien. Juste avant de franchir le seuil, Scott se retourna, prêt à faire une sortie remarquée et remarquable.

« Et adieu salopes superficielles et sans cervelles. »

Il claqua la porte et –après un instant d'incertitude- éclata de rire sous le regard de Scarlett qui sentait son cœur s'emballait à une allure indéfinissable. Une fois calmé, il serra sa main plus fort dans la sienne et la tira avant de se mettre à avancer sans but précis dans les couloirs réchauffés par le début du printemps. Elle frissonna pourtant, ne parvenant toujours pas à croire à ce qu'il venait de faire.

« Scott…

- Oui ? »

Il s'arrêta brusquement de marcher pour la regarder, ce qui surprit un peu la jeune fille. Il avait l'air étrangement avide de l'entendre parler et elle se demanda s'il attendait quelque chose de particulier de sa part. Elle ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt et un sourire tendre vint courber les lèvres du rouquin.

« Qu'est-ce que tu voulais dire ?

- Que Maïa…

- Elle se calmera, j'en suis persuadé, mentit-il pour se convaincre lui-même avant d'ajouter : Et dans le cas contraire, c'est qu'elle n'est pas ma Maïa et qu'elle peut aller se faire voir. J'aurai juste voulu que ça se passe dans le calme et que tu ne sois pas mêlée à tout ça. Elle s'en est pris à toi alors que je suis le seul à ne pas avoir joué franc-jeu. C'était lâche. Et Lisa… Elle mériterait…

- Qu'on lui greffe un cerveau ? » conclut-elle avec une petite voix.

Scott y songea une seconde puis s'imagina qu'un cerveau ne resterait pas très longtemps dans ce crâne là et partirait en courant. Il haussa donc les épaules sans se prononcer et se souvint d'autre chose.

« Mince… Maïa a déchiré ta lettre.

- Oh… Et alors ? Je veux dire, ce n'était qu'une lettre. Et… elle était assez pathétique…

- Tu plaisantes ? Je voulais la garder.

- Scott, l'arrêta-t-elle en fronçant les sourcils.

- Oui ?

- Ne parle pas de ton idée de l'encadrer dans notre futur salon où nos six enfants joueront dans une parfaite harmonie ! S'il te plait. Premièrement, ça va nous porter la poisse. Et deuxièmement… On a le temps de voir venir. On devrait plutôt se concentrer sur le moment présent, d'accord ? »

Il hésita une petite seconde, puis dodelina de la tête avec un air penaud qui fit naitre de petits tourbillons de plaisir coupable au creux de son estomac. Elle s'empourpra légèrement et il s'en rendit compte avec un grand sourire fier avant de réaliser qu'il avait tout de même oublié quelque chose de très important pour fêter cette journée. Une chose essentielle même. Il l'attira contre son torse avec une douceur contrôlée, comme pour ne pas l'effrayer et –comprenant où il voulait en venir- elle se sentit euphorique. Il posa ses lèvres sur les siennes, tendrement, prêt à aller au même rythme qu'elle.

Il crut rêver lorsqu'elle renforça d'elle-même leur baiser en se blottissant contre son torse avec un naturel déconcertant pour quelqu'un n'en ayant pas l'habitude. Ils s'interrompirent, à la recherche de leur souffle, et savourèrent en silence les quelques secondes suivant leur premier baiser en temps que couple. Puis, Scott, flottant apparemment sur un nuage rose à mille lieux de là, émit un « Waouh ! » révélateur. Scarlett s'esclaffa, puis murmura :

« Encore mieux que la première fois… »

Il ne put qu'acquiescer avec un air béat.

.

.

Ella balança son sac à dos sur la chaise de la cuisine alors que son père parcourait les pièces en maugréant au sujet de la poussière. Elle réalisa avec un nœud au ventre qu'ils n'avaient pas vécu seuls tous les deux depuis prêt de six mois. En y réfléchissant bien, elle ne se souvenait même pas de leurs habitudes passées. Elle mordilla sa lèvre inférieure, de plus en plus mal à l'aise, étouffée par cette solitude et ce silence. Elle chercha de quoi se distraire pendant que Théodore nettoyait tout à l'aide de sa baguette, et repéra quelques lettres sur le rebord d'une fenêtre.

Elle fronça les sourcils. Ses souvenirs du passé avaient beau être nébuleux, elle se rappelait bien qu'ils ne recevaient jamais rien, hormis les propositions de travail qui affluaient pour Théo. Sa surprise s'accentua lorsqu'elle remarqua qu'une enveloppe qui était adressée. Elle s'en empara, tremblante d'appréhension, et jeta un coup d'œil en arrière afin d'être sûr que son père ne la regarde pas. Elle sortit le parchemin de l'enveloppe et déplia la lettre. Son regard se posa directement sur le nom du destinataire et elle frissonna avant de récupérer la liasse de courriers.

« Je monte dans ma chambre ! »

Théo n'eut pas le temps de lui demander pourquoi qu'elle grimpait déjà les marches quatre à quatre. Elle s'enferma dans sa chambre, tirant le verrou pour la première fois de sa vie et éparpilla les lettres sur son lit, à la recherche d'une autre écrite de la même main. Elle reconnut l'écriture d'Hermione sur une enveloppe marquée du prénom de son père et soupira. Elle faillit l'ouvrir pour la lire, mais résista, préférant se reporter sur la sienne. Elle hésita momentanément, angoissée à l'idée de ce que sa mère pourrait bien avoir à lui dire, puis se lança, trop curieuse.

Ella,

Je présume que tu dois être bien plus surprise que moi à la découverte de cette lettre. J'avoue qu'elle était totalement imprévue et que je ne voulais pas l'écrire avant de la commencer… Après tout, je ne t'ai adressé que quelques mots durant les semaines passées en Angleterre, et voilà que je t'écris et que je trouve enfin quoi te dire alors qu'il est trop tard. Tu dois probablement penser qu'en effet, j'ai plus de seize ans de retard et tu n'as pas tout à fait tort. Mais voilà, ma mère me disait toujours lorsque j'étais petite, que certaines personnes ne savaient pas formuler leurs pensées à voix haute et qu'il valait alors mieux les écrire. Elle faisait partie de ces gens et je me suis rapidement rendue compte que j'étais pareille dans certaines situations. Plus encore face à toi, je dois l'admettre.

Je pourrais chercher à trouver des excuses concernant ta naissance, ton existence, et puis ton passage ici alors que tu recherchais ton père… Mais je sais que contrairement aux autres, tu ne les accepterais pas, car rien n'explique ce que j'ai fait. Les excuses que je m'offre à moi-même ne valent rien, je m'en rends compte à mesure que le temps passe. Et puis, cela n'effacerait pas les années perdues, le temps que tu as passé à me haïr.

Quoi qu'il en soit, j'ai réalisé qu'en songeant à ton père qui me manquait ces dernières semaines, je songeais à toi aussi alors que je me ferme habituellement à toutes choses te concernant. Mais tu es là maintenant, tu as creusé sans t'en apercevoir cette petite place dans ma tête et dans mon cœur à mesure que je prenais conscience de nos ressemblances. Et tu manques tant à Timothy, qui parle de toi constamment, que je réalise qu'en quelques semaines, tu as réussi à trouver une place dans la famille.

Cela t'est peut-être égal, mais c'est important à mes yeux de constater que finalement, tout n'est peut-être pas perdu. Entre toi et moi, les choses ne seront jamais très claires, je ne m'attends à ce que tu m'appelles un jour « maman » ou qu'on se parle à cœur ouvert devant une tasse de thé… Mais, tout pourrait être plus simple si nous mettions le passé de côté, juste quelques temps afin de voir si ça pourrait marcher, si nous pourrions avoir une vie normale ensemble.

Je suppose que tu as appris ce qu'il s'est passé entre ton père et moi et peut-être penses-tu que je t'écris juste pour le récupérer. Sache que ce n'est pas le cas. Bien sûr, j'aimerai qu'il revienne, qu'on forme une sorte de famille très recomposée et très bizarre, mais j'aimerai surtout te connaitre toi. J'ai raté pleins de choses, et j'espère ne pas en rater davantage.

Je ne demande pas de me pardonner, juste d'accepter que je sois capable de faire le bonheur de ton père et que ta vie puisse être plus belle ici, avec nous. Réfléchis-y autant de temps qu'il te faudra.

Hermione.

Ella sentit ses yeux picoter sous l'afflue nouveau de quelques larmes, effet de ses émotions qui tiraillaient son cœur. Elle perçut chaque sentiment avec une violence exténuante, que ce soit la colère, la rancœur ou tout simplement la tristesse. Elle était partagée entre son désir de déchirer ce maudit papier en mille morceaux irrécupérables et celui de la relire encore et de tenter d'y croire, juste une seconde, de voir l'avenir se dessinant devant ses yeux. Un avenir où elle aurait pu voir Timothy tous les week-ends, assister aux matchs de Quidditch d'Hypérion, discuter jusque tard le soir avec Scarlett, faire l'amour avec Toby dans la salle étoilée… Et voir ses parents ensemble.

Elle se recroquevilla sur elle, les tambourinements de son cœur battant jusque dans sa tête telle une marche funèbre. Elle ne voulait pas d'Hermione dans sa vie. Elle avait voulu une maman à une époque, surtout au début de la préadolescence quand le besoin d'avoir une femme près d'elle s'était fait sentir. Mais maintenant…

« Ella, ma puce, tout va bien ? » s'enquit son père de l'autre côté de la porte, appuyant sur la poignée qu'il fut surpris de voir bloquée.

Elle se redressa comme sous l'effet d'une décharge électrique et son regard passa furtivement sur les enveloppes. Elle remarqua qu'une portait l'écriture de Scarlett, qu'une autre était marquée du seau de Poudlard, et que la lettre de sa mère à son père était toujours bien là, plus épaisse que les autres, comme si elle contenait réellement tout un avenir.

Elle se laissa guider par son instinct et les rassembla toutes avant de soulever son matelas, un nuage de poussière la faisant éternuer. Elle cacha le tout en éprouvant une nuance de culpabilité avant de courir vers la porte. Elle l'ouvrit violemment et son père recula d'un pas sur le coup de la surprise.

« Tu vas bien ? Pourquoi as-tu fermé à clé ? Tu ne l'avais jamais fait avant…

- Euh… Oui, désolée. Je voulais… J'avais besoin… Non, laisse tomber.

- D'accord, murmura Théo en ayant pas l'air très convaincu par les balbutiements de sa fille. En fait, je m'étonne qu'il n'y ait pas de courriers. Je m'attendais à ce que Ginny nous ait déjà invité un million de fois au moins. Tu n'as vu aucune lettre traîner quelque part ? »

Ella ouvrit la bouche, se retourna imperceptiblement vers son lit, puis revint à son père, beaucoup plus pâle que d'ordinaire. Il la scruta, comme s'il lisait le dilemme qui la troublait sur ses traits, mais n'osa rien dire. Elle haussa finalement les épaules après une pause trop longue et mentit avec un aplomb considérable :

« Non. Non, papa, je n'ai rien vu du tout. »

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Note de l'auteur _ Voili Voulou. Que tout ceux qui détestent Ella lèvent la main ! (tout l'monde hein ? xD) Que tous ceux qui auraient agis comme elle lèvent la main ? (Quoi, je suis toute seule ?) Bon, ok, est-ce qu'une personne parmi vous a été élevée par un seul parent ? xD Non ? ça expliquerait beaucoup de choses... Parce que je dois avouer que mon bopère en a pas mal bavé avec moi. Non, on m'pique pas ma mômôn à moi ! (A) Bah là c'est pareil. Donc, je la comprends parfaitement ! x) Pour le reste... Toby mode Légume [Mais j'adore sa scène avec Harry ô_ô "Bosser quoi & Baiser qui ?" xD RyRy, t'es prof, tu te souviens ?] ; Samya & Charlie tout choupitrognon [-_-" Devrais franchement arrêter d'utiliser ce "mot"] ; Eingil trop blasé ; Saoirse [à l'origine, Meleke devait mourir dans le chapitre d'avant & Saoirse devait devenir reine, alors vu que j'lui ai pas offert la promotion espérée [xD], j'lui ai quand même donné un ptit rôle en plus !] trop intelligente, Scott méga courageux [Merlin qu'est ce que je l'aime !] & Maïa sérieusement garce [J'lui en foutrais des "Miss Mulciber" moi...] & euh voilà...ah oui, une Hermione qui cherche à se rattraper quand même, ce qui est une première ! =P Ecrire sa lettre a été la chose la plus dure à faire de ce chapitre.

Uhm, sinon, bah l'épilogue est déjà écrit donc il devrait arriver ce wikend x) Pour Noyel pitêtre ! =D [Oui, vous serez tous en train de cuver -xD trop cool l'image que j'ai de vous quand même- ou de déballer vos cadeaux ou de chépôkoi, mais bon, c'est pour l'effet Noël !]

Sinon, questions : Ella va-t-elle récupérer son cerveau une seconde ? et... Mince, comment va s'passer cet épilogue tout simplement ! [Bah ui, parce que des questions plus précises vous donnerez des indications & que Chuuuut j'dis rien ! =P]

Bisous bisous, R'views R'views x)

*¤ Bewitch_Tales ¤*