Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...

Genre _ Romance / Famille / Suspens.

Rating _ M ... :P

Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...

Note de l'Auteure _ Avouez que ça vous avait manqué que je parle d'une date de post pour ensuite prendre 10 ans de retard ?... ah ah ! non ? c'est trop tôt pour en rire ? ...

Bon, désolée 1000X. Il s'est avéré que la reprise du boulot était un peu plus assommante que prévu & que se remettre dans le rythme après six mois de confinement-pas-de-boulot-et-co... Pffft. Mais promis, je vais me rattraper ! :D

BREF, voilà donc le chapitre 1. Pour être honnête, un certain nombre de scènes ont été reprises du... euh... épilogue? prologue ? truc que j'avais posté pour vous proposer une fin plus ouverte ? J'avais pensé à le supprimer avant de poster la suite, mais l'ai finalement laissé au cas où certains lecteurs préféreraient s'arrêter à la "première partie" de la fic. :) Je pourrais vous dire de ne pas la lire, mais y'a quand même des choses en plus (il fait un peu 2 fois la taille du truc de base xD) & pose les bases de l'histoire, donc si vous avez lu Ellarosa y'a 10 ans, autant vous dire qu'un peu de rappel ne fera pas de mal ! - et puis y'a Scarlett & Scott ! (mes bébés.)

Du coup, pour me rattraper de mon temps de post interminable + de ce chapitre qui ne va pas être super "nouveau" pour vous - même s'il l'est... mais bref. Je posterai le chapitre 2 dans quelques jours - il est déjà tout prêt !

Sur ce, je vous laisse à votre lecture qui j'espère vous plaira malgré tout...


Ellarosa - Vermelha

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Chapitre 1

« Aussi tout peut reprendre, l'histoire recommencer à l'endroit précis où elle s'est défaite, je rembobine à la hâte et je retisse tout, mot après mot, corps contre corps. »

Gilles Leroy

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Il est peu de chose que les moldus puissent remarquer. D'ordinaire, leur aveuglement quant à tout ce qui avait attrait à la magie était prodigieux, confinant presque à la bêtise. Mais si quiconque avait posé la question à un habitant de Dingle, petite ville côtière d'Irlande, sans doute aurait-il eu une réponse bien étonnante.

Bien sûr que la magie existait, la preuve en était de cette étrange maison qui avait atterri là une nuit, quelques années auparavant. Une tempête s'était abattue sur le village, forte, imprévisible, et le lendemain elle était là, perchée au-dessus d'une falaise escarpée où aucune personne saine d'esprit n'aurait voulu aménager. Avec son toit écarlate, cette étrange tour qui n'était pas sans rappeler celle d'un célèbre conte et ses hautes barrières qui n'abritaient pourtant aucun animal pour autant qu'ils puissent en juger, l'endroit détonnait de par son originalité déplacée en ces lieux peu adeptes de nouveautés.

Cela ne pouvait être l'oeuvre que d'une sorcière, comme celle du magicien d'Oz. Et la tempête, au lieu d'emporter une petite fille, avait déposé là une maison magique dont personne n'osait s'approcher. Les plus téméraires avaient parfois fait un détour pour l'observer de loin, et nombreux étaient ceux qui racontaient d'étranges histoires sur cette demeure sortie de nulle part. La plus courante concernait les explosions qui s'en échappaient si souvent, explosions suffisamment fortes pour faire trembler la terre sur ses fondations. Et plus d'une fois avait-on entendu des cris, presque des rugissements qu'aucune créature connue des hommes ait pu émettre.

Ce fut le cas cette fois encore. Heureusement, le bruit fut couvert par ceux de la nature qui - comme de concert avec la bête - avait décidé de se déchainer. La pluie et le tonnerre étaient suffisants puissants pour qu'aucun moldu ne s'intéresse à l'étonnant spectacle qui se déroulait dans la cours de la « maison magique » comme ils l'appelaient. Spectacle qui, pourtant, aurait mérité bien des curieux.

Campé sur ses jambes, un homme désormais trempé jusqu'aux os affrontait du regard une créature bien plus grande que lui, laquelle n'avait pourtant pas atteint sa taille adulte, loin de là. Le dragon, car c'était bel et bien de cela qu'il s'agissait, gronda une fois de plus en montrant ses crocs qui auraient fait pâlir n'importe qui.

N'importe qui sauf Scott Weasley qui soupira bruyamment avant de secouer la tête, l'air réprobateur.

« Qu'ai-je dis à propos de l'emploi des grognements pour t'exprimer, Krokmou ?! »

Le dénommé Krokmou - qui aurait sans doute pu arracher la tête d'un éléphant d'un coup de dents et dont le prénom paraissait donc bien ironique- fouetta l'air de sa longue queue, projetant une gerbe d'eau sur Scott qui ferma les yeux juste à temps. Il jura, s'essuya le visage, et fusilla l'animal peu repentant du regard.

« Sérieusement ?! Où sont passés tes bonnes manières ? »

Le dragon lui tourna résolument le dos, et Scott sentit un sourire lui tordre les lèvres. Il avait l'habitude des dragons, et les Suédois à museau court ne faisaient pas exception à la règle. La seule différence en était qu'ils avaient la très mauvaise habitude de faire ce que Scott appelait leur « crise d'adolescence » avant d'atteindre leur taille adulte -et l'âge auquel il les remettait habituellement en liberté. Il avait parfois l'impression de devoir gérer un enfant qui grandissait à la vitesse de l'éclair. Un enfant qui sortait d'un oeuf, brûlait tout ce qui passait à moins de dix centimètres de sa gueule et pouvait le tuer à la moindre seconde d'inattention, mais un enfant quand même. Il devait le nourrir, prendre soin de lui, et - à son grand désespoir en cet instant - le distraire.

« Ok, d'accord, t'as gagné ! » abdiqua-t-il en un soupir dépité.

L'oreille pointue de Krokmou se redressa, aiguisée comme un couperet, et sa queue d'un bleue argenté se balança deux fois avant de s'arrêter de nouveau. Attentif, il écoutait, attendant la suite avec une impatience que Scott décelait sans aucune difficulté : il aurait presque pu lire dans les pensées de l'animal tant il le connaissait désormais.

« Mais c'est la dernière fois. Et ensuite, tu rentres sagement dans ton enclos ! C'est bien clair ? »

Il s'efforça à paraitre sûr de lui et autoritaire, comme il était souvent nécessaire de l'être lorsque vous aviez sous votre garde l'une des créatures les plus mortelles du monde magique, et compta mentalement jusqu'à trois.

Un - Krokmou se déplaça légèrement sur la droite et Scott tendit la main vers son balai.

Deux - Krokmou s'appuya lourdement au sol comme pour prendre de l'élan et Scott grimpa à califourchon sur son Astre 400, sans plus respirer.

Trois.

D'un bond, le dragon se retrouva à vingt mètres du sol alors que Scott s'élevait dans les airs, un objet reconnaissable entre mille dans une main, sa baguette dans l'autre. Krokmou baissa les yeux vers lui, les plissa avec un intérêt évident, et attendit, comme la bête féroce qu'il était, prêt à fondre sur sa proie. Alors seulement, Scott pointa sa baguette sur l'objet et l'ensorcela avant de l'envoyer haut dans le ciel. Si haut que la balle d'un noir d'encre se perdit dans les nuages jusqu'à devenir invisible.

Pour des yeux humains du moins. Car Krokmou n'hésita pas à voltiger à sa suite, Scott le suivant de près comme pour faire la course. Il n'avait aucune chance de gagner. Aucune chance de rattraper la balle avant le dragon qui semblait presque sourire ou qui du moins, s'amusait clairement. Mais il le pourchassa malgré tout, parce que c'était ce que son gigantesque enfant recouvert d'écailles attendait de lui : une partie de jeux de balles.

Et alors que la pluie lui fouettait le visage, plus férocement encore par la faute de l'animal qui le précédait dans le ciel, Scott ne put s'empêcher de rire. D'un rire un peu sombre, sans humour.

Il jouait au ballon avec un dragon. Chose que personne sur cette Terre n'avait sans doute fait de toute l'Histoire.

Et il n'aurait jamais l'occasion de jouer de la même façon avec un enfant qui soit le sien, alors que la plupart des gens le faisaient tout naturellement un jour ou l'autre.

La vie se fichait de lui. Et l'eau qui coulait sur son visage n'avait désormais plus rien à voir avec la pluie.


D'un geste expert, le jeune homme plaqua sa compagne contre la porte close de la chambre d'hôtel qu'ils venaient de prendre pour la nuit. Il ne décolla pas sa bouche de la sienne en insérant la clé dans la serrure, pas plus qu'il n'enleva sa main libre du postérieur enserré par une robe trop courte quand il la poussa à l'intérieur. Elle gloussa contre ses lèvres, amusée par son empressement, et il la mordilla comme pour jouer.

Sans prendre la peine d'allumer la lumière, il l'entraina vers le lit avant de l'y faire basculer et lui décrocha un sourire de canaille qui aurait pu faire fondre plus d'un coeur. Seul l'éclat de la lune qui traversait les baies-vitrées de la chambre illuminait les lieux, mais cette faible luminosité était bien suffisante. Ou du moins l'était-elle au regard acéré de Tobias Malefoy qui, d'un seul coup d'oeil, engloba la parfaite scène qu'il avait sous les yeux.

Elle était… Exactement comme il voulait qu'elle soit. Sous lui. Surexcitée. Impatiente. À sa merci.

Il lui adressa un clin d'oeil en s'asseyant au dessus d'elle, une jambe de chaque côté des siennes, avant de défaire le noeud de sa cravate. Aussitôt, il respira un peu mieux, malgré l'adrénaline qui courait dans ses veines depuis de longues minutes alors que le point culminant de cette soirée approchait. Il fit glisser sa cravate sur le côté avant de l'entortiller autour de son poignet.

« Tu aimes jouer ? Demanda-t-il en un murmure tendu, l'air de rien.

- Jouer ? »

Son accent de l'Est rendit ce terme encore plus licencieux qu'il ne l'avait été de la bouche de Toby qui saisit un bout de sa cravate avant de le faire glisser sur le décolleté de la jeune femme, juste entre ses seins. Elle se tortilla sous lui et il se demanda brièvement si ça avait toujours été aussi facile. Sans doute.

Parfaitement conscient de son pouvoir, il se pencha vers elle et l'embrassa férocement, mordillant ses lèvres comme il savait qu'elle aimait. Elle gémit contre lui, se tendant davantage, prête à tout pour apaiser le monstre de désir qu'il avait fait naître au bar, quelques heures auparavant, quand ils s'étaient rencontrés. Et quand il susurra sa demande à son oreille, il sut qu'elle accepterait tout ce qu'il entreprendrait.

« Et si… Et si j'attachais cette cravate autour de ses poignets ? Est-ce que ça te plairait ? »

Elle acquiesça en geignant, et un sourire de conquérant éclaira le visage de Toby qui ne se précipita pourtant pas. Joueur, il embrassa d'abord la courbure de sa gorge avant de s'emparer tendrement de ses mains. Il les dressa au-dessus de sa tête, suffisamment haut pour qu'elle soit étendue de tout son long sous lui. Puis, lentement, il enroula avec une expertise que certifiait l'entraînement sa cravate autour de ses poignets qu'il lia l'un à l'autre sans laisser le moindre jeu entre eux afin qu'elle ne puisse pas se libérer.

Elle gloussa une nouvelle fois en se trémoussant joyeusement, inconsciente de la précarité à laquelle elle s'exposait désormais. Toby songea brièvement que s'il avait eu une femme dans sa vie, une petite soeur ou une amie plus jeune, il ne lui aurait donné qu'un seul conseil : ne laisse jamais quiconque t'attacher le premier soir. Malheureusement pour la jeune femme qui lui souriait, sensuelle, prête à tous les délices, personne n'avait pris le temps de lui donner cette leçon pourtant rudimentaire.

« Tu aimes ça, pas vrai ? S'enquit-il en la dévorant des yeux, conscient du plaisir qu'il prenait là, rien qu'à l'observer alors qu'elle attendait qu'il poursuive. Tu aimes être attachée, comme ça ?

- Oui, approuva-t-elle en riant.

- C'est… Pratique. »

Le ton avait changé. Si drastiquement qu'elle tiqua un peu. Elle ne sembla pourtant pas inquiète, et Toby esquissa un sourire. Merlin, qu'elle paraissait stupide. Il savait néanmoins qu'elle ne l'était pas, sans quoi n'aurait-il pas eu besoin d'en arriver là.

« Les moldus appellent ce noeud, « noeud de chaise », commenta-t-il en se redressant subitement. Tu veux savoir comment l'appellent les sorciers ?

- Je m'en fiche un peu, pouffa-t-elle en tortillant ses doigts, comme pour lui faire signe de se rapprocher. Je ne suis pas venue dans cette chambre pour prendre un cours sur les noeuds…

- Oh, s'il te plait, fais-moi plaisir, demande-moi comme on l'appelle. »

Il lui décrocha un sourire auquel aucune femme ne résistait jamais, et elle s'esclaffa avant de mordre sa lèvre inférieure. Elle tira dessus et il devina qu'elle saurait faire des merveilles de cette bouche. Il haussa pourtant simplement un sourcil, en l'attente d'une question qui ne tarda pas, qu'elle posa vite comme pour s'en débarrasser afin de passer à la nuit qu'elle projetait délicieuse.

« Comment l'appellent les sorciers ? »

Il n'avait pas les mêmes projets, loin s'en faut. Et lorsqu'il se leva, quittant totalement le lit, il décela une nuance de doute dans ses grands yeux bleus. Nuance qui se transforma en panique lorsqu'il répondit, d'un ton tranchant :

« Le noeud de l'Auror. »

Comme si ce seul mot avait mille pouvoirs, la porte s'ouvrit soudain à la volée derrière lui, claquant contre le mur en un bruit sourd qui réveilla probablement tout l'hôtel. La jeune femme attachée au lit poussa un cri avant de se mettre à gigoter, essayant tant bien que mal de se redresser alors que la cravate se transformait en corde autour de ses poignets.

Deux hommes et une femme s'approchèrent du lit, vêtus du costume bleu nuit dont tous les sorciers connaissaient la signification. Aurors. La jeune femme ne faisait pas exception à cette règle, et elle se débattit plus encore en criant une multitudes d'insultes dont certaines incompréhensibles - Toby avait appris bien des langues lors de ses études, mais le Bulgare n'en faisait pas partie. Il se doutait cependant que la plupart d'entre elles lui étaient adressées, et ne parut pas s'en émouvoir. D'un geste, il indiqua à ses collègues la marche à suivre et les deux hommes redressèrent la captive avant de la hisser sur ses pieds pour qu'elle lui fasse face.

Alors, plus excité qu'il ne l'avait été durant toutes les heures qu'il venait de passer à la séduire, le corps tendu par un mélange de désir et de satisfaction, il énonça avec une franchise dont il n'avait pas fait preuve jusque-là :

« Madame Petrov, vous êtes en état d'arrestation pour utilisation de sortilèges de magie noir sur des moldus, agressions d'un sorcier, et le meurtre d'Anton Petrov. Vous avez le droit de garder le silence. Mais croyez-moi quand je vous dis qu'on a assez de preuves pour vous envoyez à Azkaban jusqu'à la fin de vos jours, que vous parliez ou non…

- Espèce de connard ! »

Elle lui décrocha cette insulte avant de lui cracher au visage, mais Toby ne cilla pas. Ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait… Et certainement pas la dernière. Il fit la moue pourtant, et arbora une mine de chien battue qui fit pouffer la jeune apprentie Auror qu'il avait prise sous son aile. Puis, il se pencha vers la prisonnière qui avait fait de ses dernières semaines un enfer de poursuites et de paperasses - le pire - avant de répliquer :

« Mais ne t'inquiète pas, ça ira… Puisque tu aimes être attachée. »


Sam entortillait ses doigts face au miroir de sa salle de bain, répétant pour la énième fois le petit discours qu'elle avait préparé tout l'après-midi. Le reflet qui lui faisait face ne lui ressemblait pas. Jamais Samya Zabini n'avait été stressée par quoi que ce soit dans sa vie, habituée à obtenir tout ce qu'elle souhaitait, ni plus ni moins. Jusque-là.

Elle inspira plusieurs fois à fond, se coiffa pour la énième fois et quitta la petite pièce en ayant bien du mal à tenir sur ses jambes. Elle y parvint malgré tout jusqu'à atteindre la cuisine où Charlie Weasley, qui était rentré de Poudlard pour le week-end, s'était mis aux fourneaux. Il lui avait ordonné de se détendre, alors même qu'elle avait passé la journée à ne rien faire - être Langue-de-Plomb au Ministère était le plus barbant des emplois du monde.

Elle l'observa alors qu'il portait la cuillère de sauce à ses lèvres, et sentit le noeud d'angoisse qui lui broyait la gorge perdre un peu de sa force alors qu'il souriait fièrement.

Lorsqu'ils avaient pris cet appartement –car elle ronchonnait constamment de devoir aller à Poudlard pour le voir- elle avait découvert une toute autre facette de lui… Sans doute parce qu'ils ne se voyaient habituellement que dans un lit. Et elle avait été étonnamment comblée de constater qu'il était capable d'autant de prodiges dans une cuisine que dans la chambre à coucher.

Elle croisa son regard alors qu'il jetait un coup d'oeil en arrière, et hocha la tête lorsqu'il lui promit que le repas était presque prêt. Ce rappel lui tira un léger haut le coeur qu'elle dissimula sans grande réussite, alors même qu'elle avait toujours été si habile à mentir. Il fronça les sourcils, l'air inquiet, et engagea la conversation comme pour la tirer de ses pensées - qui lui paraissaient bien trop compliquées pour un vendredi soir.

« Qu'as-tu fait aujourd'hui ? »

Samya hésita une seconde. Elle était censée disposer d'encore quelques minutes de réflexion - les répétitions devant le miroir ne lui avaient pas été d'une grande aide finalement. Elle avait prévu d'attendre qu'ils soient tous les deux assis à table. Mais puisqu'elle ne pouvait pas lui dire « je te donnerai ma réponse ultérieurement » sans passer pour une folle furieuse, elle s'empressa de prendre une profonde respiration et résuma :

« J'ai mis en boite une nouvelle prophétie, j'ai déjeuné avec mon père, j'ai fait un test de grossesse qui s'est avéré être positif, j'ai fait un peu le ménage et j'ai mesuré les dimensions de la chambre d'ami qui deviendra rapidement la chambre d'un autre. »

Elle ne se rendit compte qu'elle avait fermé les yeux qu'en entendant un énorme bruit qui l'obligea à les rouvrir, suivi d'un juron. Elle crut brièvement que le gros mot faisait suite à l'information qui - bien qu'un peu dissimulé entre d'autres sans importances - n'avait pu qu'être comprise. Puis, elle réalisa qu'il n'en était rien en le voyant porter sa main à ses lèvres pour souffler dessus, alors même que le contenu de la casserole contenant leur repas se déversait sur le sol. Ce n'était pourtant pas le plus préoccupant.

« Merlin ! Tu t'es brûlé ?! Est-ce que tu as mal ? »

Elle s'approcha de lui, mais n'eut pas le temps de l'atteindre qu'il bondit en avant. Elle sentit ses pieds décoller du sol alors qu'il la soulevait dans ses bras en l'éloignant du lieu de l'incident, pour la déposer un peu plus loin, sur la table de la cuisine.

Il paraissait ahuri, et elle craignit une seconde que la douleur lui ait fait oublier l'essentiel. Puis, la surprise s'évapora pour laisser place à un sourire qui parut capable d'atteindre les oreilles de Charlie tant il était large. Elle n'eut pas le temps de faire un mouvement ou un geste de plus qu'il l'attira plus fermement dans ses bras pour l'embrasser avec tant de ferveur qu'elle aurait pu s'en plaindre. Elle était enceinte après tout.

Enceinte.

Pour la première fois depuis qu'elle l'avait appris, quelques heures seulement auparavant, elle prit conscience de tout ce que cela signifiait, mais son angoisse ne ressurgit pas pour autant. Elle s'était évanouie à l'instant même où elle avait compris qu'elle ne serait pas seule. Elle n'en avait pas vraiment douté, néanmoins leur relation au départ n'était pas censée mener à ce genre de complication.

Elle avait juste voulu s'amuser… Toby lui avait dit quelques semaines plutôt, lorsqu'elle avait évoqué Charlie comme un « amant », que vivre en couple depuis quatre ans avec le dit-amant dont elle profitait déjà dix années auparavant aurait dû la pousser à changer d'avis sur la question. Mais Samya trouvait sa relation avec Charlie bien trop intense pour être qualifiée de « relation de couple ». Même après Poudlard, ils avaient continué à se voir secrètement, afin d'éviter de possibles problèmes –tant pour le travail de Charlie que pour son avenir à elle qui aurait pu être assombri par les ragots d'une liaison avec un professeur. Elle l'avait représenté à son père en tant que « petit-ami » quelques mois avant qu'ils aménagent ensemble et Blaise s'était contenté d'un sourire entendu, comme s'il s'en doutait depuis longtemps.

Et désormais…

« Tu es heureuse, n'est ce pas ? s'enquit Charlie d'une petite voix, tout contre ses lèvres, inquiet de la voir si passive même s'il avait pris l'habitude d'être le plus expansif de leur couple lors des bouleversements. Je sais que tu es encore jeune contrairement à moi… Je suis le seul Weasley à ne pas avoir d'enfants, même mon neveu s'y est mis avant moi !

- Ouais, cette histoire va foutre en l'air votre arbre généalogique ! plaisanta-t-elle en l'observant soigneusement, satisfaite de ce qu'elle lisait dans ses yeux : une assurance qu'elle était loin de posséder.

- Sûrement… Mais… Je veux être sûr que ça te convienne. Je ne veux pas que ça « foute en l'air » -comme tu dis- notre couple. »

Il paraissait réellement angoissé à cette idée et Samya ne put réfréner le sourire idiot qui se colla à ses lèvres. Pourtant, manipulatrice hors-pair, elle décida de profiter un peu de la situation et se pencha vers lui jusqu'à frôler ses lèvres des siennes.

« Uhm… tu changeras les couches et quand il ou elle pleurera au beau milieu de la nuit, tu te lèveras ?

- Tout ce que tu voudras, répondit-il sans la moindre hésitation.

- Très bien, Monsieur Weasley, alors… commença-t-elle avant de s'interrompre pour l'embrasser avec une nouvelle fougue plus apaisée. Vous allez être papa ! »


Lorsqu'elle était encore une petite fille comme les autres, bien avant qu'un homme monstrueux ne chamboule sa vie à jamais, Scarlett avait eu une histoire préférée. Un conte moldu qu'un sorcier sans grande imagination avait transformé pour le faire découvrir à leur monde, et où une jeune fille vivait dans une tour sans pouvoir en échapper.

Avant Mulciber, Scarlett adorait la partie où le séduisant prince sorcier volait en balai jusqu'au sommet de la Tour pour libérer la princesse et lui faire découvrir la vraie vie.

Après Mulciber, elle avait décidé que vivre dans une tour coupée du monde, sans rien pour vous faire du mal à l'exception d'une vieille dame souhaitant vous brosser les cheveux pour rajeunir, était la meilleure chose qui aurait pu lui arriver.

Elle se rappelait encore très exactement du jour où elle avait raconté cette histoire à Scott Weasley, bien avant qu'il ne la demande en mariage, bien avant qu'ils fassent l'amour pour la première fois, bien avant même qu'elle réalise que grâce à lui, elle serait capable de faire tout ça. De vivre normalement. Et il s'en était rappelé aussi.

Scott lui avait offert sa Tour de conte de fée comme cadeau de mariage, conscient qu'elle en aurait besoin lorsque, malgré tout, il lui faudrait prendre ses distances pour respirer.

Elle détonnait dans leur maison basse, dépassant de trois étages par rapport au reste comme si un pan de mur avait eu une subite poussée de croissance ; mais Scarlett l'adorait. Scott avait sa cabane au fond du jardin, là où il s'occupait des oeufs de Dragons dont il avait la garde. Et elle avait sa Tour. Il avait interdiction d'y monter, interdiction même de demander ce qu'elle y faisait - même si elle n'avait rien à lui cacher en vérité. C'était son petit endroit à elle, là où personne n'avait sa place, pas même ses mauvais souvenirs.

Ce qui ne l'empêchait pas d'admirer son mari depuis la haute fenêtre qu'il avait rajouté à son sommet. Appuyée contre la vitre glacée, elle l'observait alors qu'il essayait d'apprendre à un petit dragon à voler. Elle n'était pas sûre de reconnaitre l'espèce à cette distance, mais se doutait qu'il devait être dangereux : Scott avait enfilé un casque, ce qu'il ne faisait pratiquement jamais. Elle détourna la tête lorsque l'animal tenta de mordre Scott qui para l'attaque d'un seul geste, et les battements de son coeur mirent quelques minutes à s'apaiser.

Elle avait beau avoir l'habitude de tout ça - les dragons dans son jardin, son mari qui revenait avec un morceau de chair en moins ou une brûlure jusqu'à l'os dans la maison - elle s'inquiétait encore. Et au fond, elle savait pertinemment que ce serait toujours le cas. En soupirant, consciente que rester le nez collé à la vitre ne pourrait rien y changer, elle retourna à son bureau qu'elle avait abandonné un peu plus tôt.

Elle relut rapidement la lettre qu'elle avait écrite à l'intention de sa meilleure amie avant de la poser au-dessus de la pile de courrier qu'il lui faudrait envoyer un peu plus tard - lorsqu'elle pourrait libérer sa chouette sans craindre de la voir dévorée ou rôtie par un dragon. Puis, elle reporta son attention sur sa machine à écrire qui la narguait depuis la veille.

La veille où Samya Zabini, son ancienne condisciple en couple avec l'oncle de Scott, avait annoncé sa grossesse à la famille Weasley au grand complet. Il était étonnant de constater à quel point une nouvelle de cette envergure pouvait bouleverser une vie, même lorsqu'il ne s'agissait pas de la vôtre. Elle aurait dû être heureuse pour Samya et Charlie, ne serait-ce que parce qu'ils l'étaient eux, et que Scarlett estimait être une bonne personne. Le genre de personne à féliciter sincèrement ses amis au lieu de les envier.

Et pourtant, c'était exactement ce sentiment qui l'avait heurté la veille. L'envie. La jalousie, même. Elle avait observé Samya dont le ventre semblait déjà un peu plus rond qu'auparavant, puis le sien si résolument plat. Vide. Inutile. Elle avait failli fondre en larmes, et seule la main de Scott qui serrait la sienne l'avait empêchée de craquer. Comme toujours, il était ce qui la retenait lorsqu'elle menaçait de sombrer.

Elle se souvenait encore du jour où, presque neuf ans auparavant, elle lui avait tout raconté. Ce que Mulciber lui avait fait, sans rien édulcorer ni omettre. Et les effets que cela avait encore sur elle à l'époque, ainsi que ce qu'il avait irrémédiablement brisé. Elle, peut-être pas, malgré le traumatisme qui ferait toujours partie intégrante de ce qu'elle était. Son corps, lui, par contre…

Elle se rappelait qu'il avait pleuré avec elle, en lui jurant que cela ne changeait rien. Désormais, neuf ans plus tard, elle se demandait s'il aurait eu la même réaction. S'il aurait pu lui dire, sans ciller, que tout ce qui leur était inaccessible ne lui manquait pas. S'il n'avait tout simplement aucun regret. Elle était certaine qu'il en avait, quoi qu'il en dise.

Ils n'avaient plus seize ans, n'étaient tout bonnement plus ces adolescents dont la seule préoccupation était d'échapper aux ragots que les autres étudiants colportaient à leur sujet tout en réussissant leurs études. Et elle savait qu'elle aurait pu se contenter de ce qu'ils avaient. Peu de gens de leur âge pouvaient se vanter de gagner leur vie en faisant ce qu'ils avaient toujours désiré. Ils avaient suffisamment d'argent, un toit sur la tête, une famille sur qui compter… Elle aurait dû s'en satisfaire. Parce qu'elle n'avait pas le choix. Scott, lui, l'avait encore.

Alors lorsqu'elle tapota les touches de sa machine à écrire, ce fut sous le coup d'une inspiration soudaine qui n'avait rien à voir avec le roman qu'elle était supposée écrire.

« Raisons pour lesquelles Scott serait plus heureux sans moi. »


Au sommet d'une balustrade haute d'environ sept mètres, une jeune fille à la chevelure aussi rougeoyante que sa tenue était sombre s'entrainait à un numéro d'équilibriste qui aurait pu avoir une place dans un cirque. D'un mouvement gracieux, elle s'accrocha à une barre de métal suspendue au-dessus du vide, sans rien pour amortir sa chute si la force venait à lui manquer.

Elle jeta un rapide coup d'oeil vers le sol, croisa le regard de son instructeur et ami, et ne lisant rien de plus que de la fierté dans son regard argenté, décida de crâner un peu. Elle n'était pas une Potter pour rien. L'insouciance et les effets dramatiques étaient dans son ADN.

Alors, elle lâcha la barre.

Deux mètres plus bas, elle se raccrocha in-extrémis à une balustrade. Elle s'y hissa à la force de ses bras, juste comme pour faire des tractions, disposa ses pieds contre le plus proche appui. Puis sauta en arrière. Elle ferma les yeux en virevoltant, avant d'atterrir en un bond. Elle sentit ses dents claquer sous la force de l'impact, mais fit mine de rien et se redressa en écarta les bras.

« Tada ! » s'écria alors Winifred avant de mimer une révérence sous le regard un peu blasé de Toby.

Les bras croisés sur le torse, la fierté avait disparu pour laisser place à ce qu'elle appelait « sa tête de Malefoy ». Il avait l'air de la juger, de l'estimer totalement dingue… Et d'avoir envie de l'écrabouiller. Un Malefoy donc. Elle savait qu'il ne ferait rien de tout ça, pourtant. Elle était presque sûre qu'il l'adorait, et sachant qu'il n'appréciait pas grand monde, c'était quelque chose !

En effet, sa tête de Malefoy finit par s'évanouir pour laisser place à un micro-sourire relativement rare, et elle s'esclaffa en se dirigeant vers lui.

Toby secoua la tête, un peu dépité par son comportement de casse-cou, mais Winifred représentait à elle seule sa bouffée d'air frais dans ce zoo de dingues. La jeune femme, âgée de tout juste vingt-deux ans, était l'une des plus prometteuses future-Auror du Ministère de la Magie. Et c'était à lui qu'on l'avait confiée - et lui, qui avait accepté de la prendre sous son aile alors qu'il refusait habituellement tout apprenti. Il observait ses progrès, heureux de constater que le potentiel qui avait fait d'elle une recrue de choix ne s'évanouissait pas sous la pression collective. Nombre de gens en attendaient beaucoup d'elle. Le nom « Potter » n'était peut-être pas un aussi lourd fardeau que celui des « Malefoy » à porter, mais il créait des attentes.

Heureusement aussi, elle ne se laissait pas emporter par ses activités extérieures, contrairement à bon nombre de recrues qu'il avait vues disparaitre au fil des mois, craquant sous la demande constante de travail et de résultats.

Winifred s'était fiancée quelques mois auparavant à Seth Finnigan, un autre apprenti-Auror bien plus sage qu'elle. Ou du moins ne s'amusait-il pas à faire d'improbables cascades à l'entrainement. Et malgré l'amour évident qu'elle lui portait - et qui permettait à Toby de se moquer d'elle au moins une ou deux fois par jour - elle restait concentrée sur son but.

En souriant, il se demanda si ce n'était pas à elle qu'il aurait dû offrir la leçon du « pas attachée le premier soir ». Après tout, s'il y avait bien une femme dont il se sentait proche, il s'agissait sans nul doute de Winifred. Et son caractère trop passionné et confiant aurait bien mérité d'être bridé par quelques leçons qui n'avaient rien à voir avec l'entrainement d'Auror.

Il réfléchissait au meilleur moyen de lui demander si elle avait besoin de conseils lorsque la jeune rouquine l'atteignit, le visage moite de sueur. Elle adorait l'entraînement magique et l'adrénaline qui s'emparait de son corps. Néanmoins, devoir courir, sauter et éviter toute sorte d'obstacles n'était pas vraiment sa tasse de thé, malgré le spectacle qu'elle en faisait. La crispation de ses muscles ankylosés lui apporta une grimace d'inconfort alors que Toby lui tendait une serviette de bain humide afin qu'elle puisse se rafraichir un peu.

« Tu as été plus rapide que les fois précédentes, même si le dernier mouvement pourrait être considéré comme un raccourci peu fair-play, remarqua-t-il avec un rictus d'orgueil. Je pense que tu pourrais battre mon record si tu t'employais d'avantage à cet entrainement au lieu de faire des signes à ton amoureux toutes les heures…

- Merci de ton conseil, mais si j'avais besoin d'aide en amour, tu serais certainement la dernière personne que je contacterais, rétorqua Winifred en une moue taquine, son regard brillant de malice. N'est-ce pas, Auror As ? »

Toby leva les yeux au ciel, agacé. Tous les Aurors de sa faction lui avaient trouvé ce ridicule nom de code après qu'il ait refusé pour la énième fois leur invitation à prendre un verre en sortant d'une longue mission. Ils avaient tous des surnoms, évidemment, mais d'ordinaire ils les choisissaient eux-mêmes. Toby n'avait pas eu cette chance. Il avait bêtement espéré que la relève et les futurs Aurors ne prendraient pas l'habitude de l'appeler ainsi, mais c'était peine perdue. Et Winifred s'amusait beaucoup trop à l'employer même hors des situations où il était nécessaire de le faire.

« Et puis, je n'aime pas autant le sport que toi, il va falloir t'y faire. Si j'avais voulu transpirer toute la journée, je serais devenue joueuse de Quidditch. Ce qui me fait d'ailleurs penser que si j'avais un balai lors de ces sessions, je serais mille fois plus rapide !

- Et avec un balai, ce serait beaucoup trop facile, lui répéta-t-il pour la énième fois en secouant la tête. L'important, c'est de te muscler un peu ! Imagine donc que tu doives poursuivre des malfrats et que tu n'aies aucun moyen de transport immédiat…

- Tes jambes se devront de jouer leur rôle ! conclut-elle avec une grosse voix en une imitation risible de son mentor. Je sais, je sais, je sais, monsieur le perroquet ! Mais je préfère la magie, je suis une sorcière après tout, pas une fichue moldue ! D'ailleurs, j'aimerais te parler d'une idée que j'ai eue… »

Il passa son bras par-dessus ses épaules, l'attirant vers l'un des bancs qui bordait la salle d'entrainement afin qu'ils puissent discuter plus posément. De plus, une petite voix lui suggérait qu'être assis devait être préférable : les idées de Winifred étaient d'ordinaire très mauvaise pour son coeur. Elle avait les projets les plus inconscients qui soient.

Il se doutait d'ailleurs que ses patrons l'avaient choisi pour s'occuper de Winifred pour cette raison uniquement : rare étaient ceux capables de gérer la jeune femme, ou même ceux prêts à essayer. Elle était un tourbillon auquel il était difficile de s'adapter. Il l'observa donc du coin de l'oeil alors qu'elle essuyait son visage rendu rouge par l'effort, en l'attente de sa prochaine mauvaise idée.

« J'ai bien réfléchis ! Commença-t-elle et Toby ne put s'empêcher de grimacer. Et j'ai réalisé que si je voulais atteindre ton niveau, il fallait que je m'écarte des sentiers battus !

- Comme en sautant de l'équivalent d'un petit immeuble sans rien pour amortir ta chute ? Railla-t-il en lui rappelant sciemment qu'elle n'avait choisi la voix de facilité à aucune reprise.

- Ah ah, très drôle, Monsieur le Rabat-joie ! Et non, en fait je parlais de quelque chose d'un peu plus… Impressionnant !

- Sauter du haut de la Tour Eiffel sans parachute ? »

Elle soupira bruyamment, et Toby éclata de rire avant de lui faire signe de poursuivre, se promettant mentalement de ne pas l'interrompre cette fois ci. Les yeux plissés afin de se rendre menaçante - sans trop de crédibilité - Winifred se lança :

« Je veux apprendre à devenir un animagus, comme toi ! »

Toby haussa un sourcil, effaré. Il avait achevé l'apprentissage de sa transformation seulement un an auparavant, après trois années à se débattre avec sa nature profonde jusqu'à se transformer en caracal sur commande. Il avait alors vingt-sept ans, et cinq années comme Auror derrière lui. Il n'avait plus rien à prouver, et s'était lancé dans ce projet par ennui… Et parce qu'il ne disait pas non à l'augmentation qui allait de paire avec cette note de plus sur sa liste de compétences. Winifred, elle, venait à peine d'obtenir la qualification nécessaire de Sorcière d'Elite, avait encore six examens à passer avant de devenir Auror et peinait déjà à tout concilier. Elle n'avait même pas le droit d'enquêter toute seule.

« Comment est-ce que tu pourrais avoir le temps d'apprendre à te métamorphoser en quoi que ce soit ? bougonna-t-il. Tu n'as même plus le temps de manger deux repas par jour, ni de dormir, et ton prochain examen est dans trois semaines !

- Tu as bien appris, toi ! Et tu sais très bien que ça pourrait m'aider à obtenir un poste intéressant bien plus vite…

- Tu feras comme tout le monde, Win', tu rempliras la paperasse de ton chef -moi- et tu feras les basses besognes jusqu'à ce qu'un petit nouveau arrive et souffre à ta place. C'est le cycle de la vie. »

Il ne mentait pas. La hiérarchie avait son importance, surtout au bureau des Aurors, et même s'il se plaisait à désobéir continuellement, il comptait bien faire de Winifred une employée modèle. Ils avaient besoin de gens comme elle. Leur Directeur de Bureau avait déjà bien assez à faire avec lui.

Il espéra que la discussion était close, mais il la connaissait par coeur : elle n'était pas du genre à abandonner quand elle voulait quelque chose… Et ce qui faisait d'elle une excellente apprentie faisait aussi d'elle une vraie casse-bonbons !

« S'il te plait ! »

Elle se rapprocha de lui, une moue suppliante sur les lèvres, et il réalisa que c'était sans doute exactement cela que l'on devait ressentir lorsqu'on avait une petite soeur enquiquinante. Merlin, jamais il n'avait été aussi heureux d'être fils unique ! Parce qu'il était incapable de résister à cette petite mine. Il n'en était pas capable à l'époque de Poudlard, quand il la voyait se balader de nuit dans les couloirs et qu'elle évitait les punitions. Et il n'en était pas d'avantage capable dix années plus tard, alors qu'il devait la guider sur le bon chemin et qu'elle tentait de suivre ses pas avec un peu trop de précipitation.

Dépité, il soupira et un sourire éclaira le visage de Winifred qui savait déjà qu'elle avait gagné.

« Si tu arrives dans les trois premiers au prochain examen physique, on pourra commencer à étudier tous les deux…

- Youpi ! S'écria Winifred en sautillant sur le banc, comme une petite fille qu'elle n'était plus mais dont elle conservait toujours la maturité - ou son absence.

- Mais seulement si tu y arrives ! Et pour ça, tu vas devoir bosser et…

- Mais tu promets ?! »

Elle lui tendit la main, son auriculaire formant un crochet auquel il mêla le sien en riant. Peu de gens étaient capable de le faire rire ainsi. Winifred n'arriverait peut-être pas à atteindre le podium lors du prochain examen, mais au moins faisait-elle partie du sien. De ces rares personnes qui, à défaut de passer dans sa vie sans qu'il s'en soucie, comptaient sincèrement pour lui, la rendant un peu plus vivable. Alors il promit…

« Juré. »


Les doigts serrant un flacon de poudre de pieuvre au-dessus d'un chaudron fumant, prête à en verser l'exacte quantité nécessaire, Ella Nott faillit bondir en entendant la chouette cogner à sa fenêtre. Elle était si concentrée sur sa potion qu'elle se crispa momentanément, perturbée d'être ainsi interrompue dans la conception qui lui demandait tant de minutie. Exaspérée, elle fusilla du regard le volatile qui s'acharnait contre la vitre avant de soupirer.

Elle reprendrait le travail plus tard. Elle se redressa en étirant ses membres ankylosés du temps qu'elle avait passé assise, courbée sur les potions qui dévoraient chaque minute de son temps depuis huit ans déjà. Ses cheveux coupés au carré frisotaient tant par la faute de l'humidité présente dans sa petite cabane personnelle qu'ils formaient un nuage brun autour de sa tête, et si quiconque l'avait vue ainsi, débraillée, échevelée, sans doute aurait-elle pu se liquéfier de honte. Heureusement, à l'exception de son père qui travaillait à l'autre bout du jardin et devait sans doute être dans un état pire que le sien, personne ne la verrait jamais ainsi.

Elle claudiqua jusqu'à la fenêtre en rouspétant sur son postérieur engourdi par la position assise, et l'entrouvrit afin de décrocher la lettre de la patte de la chouette qui s'envola aussi sec. Apparemment, l'animal était pressé - ou agacé d'avoir dû attendre. Les chouettes avaient parfois mauvais caractère. Secouant la tête, Ella referma derrière elle en jetant un coup d'oeil à l'enveloppe et sourit en reconnaissant l'écriture si artistique de sa meilleure amie.

Scarlett et elle n'avaient jamais perdu contact, contrairement à ce qu'elle avait longtemps craint. En vérité, son ancienne et de très courte durée condisciple était le seul lien constant qu'elle avait encore avec l'Angleterre. Elle n'y avait plus jamais remis les pieds, pas même une fois depuis qu'elle en était partie, presque dix années auparavant. Même si elle avait eu l'occasion de revoir les gens qu'elle y avait rencontrés, ç'avait été sur son territoire.

Les Potter leur avaient rendu visite en Australie plus d'une fois, Timothy et Ron passaient de nombreux week-end chez eux tous les ans, et même les Londubat étaient venus - Neville s'intéressant bien plus aux plantes de son père qu'à eux. Quant à Scarlett, elle s'installait dans sa chambre tous les étés, entraînant un Scott un peu embarrassé dans son sillage. Même si les années avaient passés, il ne semblait pas se pardonner toutes les piques qu'il avait décrochées à Ella qui, elle, était passé à autre chose depuis longtemps.

Du moins, en ce qui le concernait.

Elle chassa cette pensée de son esprit en dépliant le courrier, impatiente d'avoir des nouvelles de ce qu'il se passait à l'autre bout du monde, malgré son inaptitude à l'admettre.

« Ella,

Comment vas-tu depuis ta dernière lettre ? Je sais que j'ai pris plus de temps que d'ordinaire à répondre, mais j'étais en pleine écriture de mon dernier roman –qui parle de toi selon Scott car l'héroïne te ressemble beaucoup. Et de ta vie aussi. Je sens que je vais devoir te donner des droits avant de publier. J'ai parfois l'impression de t'abandonner au profit de la vie et cela me désole sans doute autant que toi. Peut-être que tu pourrais venir nous voir un jour ? Il me semble que ça fait des siècles qu'on ne s'est pas croisé… Mais c'était juste à ton dernier anniversaire qui me parait déjà bien loin.

Quoi qu'il en soit, j'ai entendu parler –dans un magazine- de ta nouvelle création et je mentionne l'article à tout le monde autour de moi depuis. Scott n'arrête pas de répéter : « Arrête, c'est une biologiste, pas une rock-star ! »… Tu sais à quel point il peut se montrer rabat-joie ! Enfin, je l'ai tout de même surpris à lire l'article à la petite Alixe, ce qui était à la fois risible et touchant. Autant te dire que du haut de ses deux ans, elle n'a pas compris grand-chose.

Si tu voyais Scott avec elle, tu n'en reviendrais pas. Je sais que tu penses comme lui, que notre relation peut survivre sans nouvelle possibilité de changement et d'évolution, mais j'y crois de moins en moins. Tu vas encore me dire de partir en voyage avec lui, de faire plein de choses nouvelles pour ne pas nous enfoncer dans une routine qui nous détruirait, mais je me lasse moi-même des raids et des activités futiles… On s'y force l'un comme l'autre sans éprouver le moindre plaisir à cela et nous arrêtons de sourire à l'approche de chaque enfant qui croise notre route. Il n'est plus vraiment le seul à en rêver. Je donnerais n'importe quoi pour être capable de lui offrir ce qu'il veut. Après tout, qu'est-ce qu'un Weasley sans enfant ? Un Charlie sans doute.

Enfin non, je rectifie : un Ancien Charlie ! C'est partie pour le paragraphe potins –je rattrape mes années ragots ratés de Poudlard. On a surpris Timothy et Nyx en train de s'embrasser à pleine bouche –avec la langue et tout le tintouin !- durant la fête annuelle de l'Ordre. J'ai cru qu'Hermione allait s'évanouir. Ron a d'ailleurs profité de l'occasion pour venir accompagné d'une charmante trentenaire, vendeuse dans une boutique des Weasley en écosse. Elle s'appelle Gemma. J'ai l'impression que c'est sérieux entre eux. Ça m'a fait plaisir de le voir comme ça… Je suis sûre qu'elle te plaira lorsqu'il finira par venir de ta présenter ! Winifred est toujours en admiration devant Toby et je crois que son petit-ami en est presque jaloux, comme s'il ne comprenait pas que ça n'avait rien de sensuel et que Toby représente simplement le but d'excellence qu'elle s'est fixée.

Et pour en revenir à Charlie… Devine donc qui est enceinte ? Non, pas Charlie, Samya ! Elle a lâché cette information comme une bombe. Blaise s'est étranglé, Toby a balbutié « Enceinte » en ayant apparemment oublié le sens de ce mot, et Fred et George ont hurlé « Enfin ! » avant de frapper violemment le dos de leur frère. Et tu aurais vu l'expression du professeur McGonagall ! Je suis presque certaine qu'elle a pensé à se tuer –ou à tuer quelqu'un d'autre- pendant un bref instant. Le mot « félicitation » a eu bien du mal à franchir ses lèvres.

Remarque, il a aussi eu du mal à franchir les miennes…

Quoi qu'il en soit, tu manques beaucoup à tout le monde ici et j'espère te revoir très bientôt. Embrasse ton père pour moi, ainsi que toutes ses fleurs… Celles qui ne risquent pas de t'empoisonner !

Scarlett. »

Ella se laissa retomber sur son tabouret en grimaçant, non pas à cause de la douleur, mais par la faute de l'inquiétude qui venait subitement de l'étreindre. Une partie d'elle était heureuse, évidemment. Elle n'avait jamais été particulièrement proche de Samya, mais la nouvelle était joyeuse, qui qu'elle concerne. Une autre regrettait que Scarlett ait écrit au sujet de Toby, même s'il ne s'agissait que de quelques informations sans importance. La seule évocation de son nom lui faisait l'impression d'un coup en plein coeur, et elle préférait ne pas s'attarder sur cette sensation désagréable.

Mais plus que tout, elle s'inquiétait pour sa meilleure amie. D'ordinaire, les lettres de Scarlett étaient pleines des potins qu'elles se plaisaient à échanger - même si Ella avait bien moins de choses à raconter. Elles étaient vivantes, enthousiasmantes, remplies d'anecdotes concernant les dragons que Scott sauvait et élevait jusqu'à ce qu'ils soient capables de vivre seuls. L'amour transparaissait derrière chaque lettre, éclatante dans la façon dont Scarlett écrivait le prénom de son mari, un peu plus gros que tous les mots autour.

Pas cette fois. Sa stérilité était devenue une sujet courant les dernières années durant, et Ella se doutait pertinemment qu'il avait pris une place énorme dans l'esprit de son amie. L'annonce de la grossesse de Samya n'avait fait que réveiller les sentiments de Scarlett, et Ella craignait les effets que cela aurait sur le couple qu'elle formait avec son demi-frère. Elle savait, sans que Scarlett eut besoin de le lui dire, que cette dernière n'hésiterait pas à rompre si elle estimait que Scott puisse être plus heureux sans elle. Tout comme elle savait que ce ne serait pas le cas.

Rongée par l'angoisse, Ella se mit à mordiller ses lèvres en relisant la lettre, se demandant quoi faire. Elle aurait pu jouer les fouines et écrire à Scott, mais elle se refusait à agir dans le dos de sa meilleure amie. Elle pouvait essayer de rassurer Scarlett en lui répondant aussi vite que possible, en trouvant les mots qu'il fallait, mais il lui semblait que ce serait vain. Aucun mot ne suffirait, aucune promesse d'espoir.

De l'espoir…

Ella lâcha la lettre qui voltigea jusqu'au sol avant de se mêler à une pile d'autres parchemins, et se redressa d'un bond. De l'espoir. C'était de ça dont Scarlett avait besoin. Pas d'une promesse superficielle, ou d'une lettre de soutien. Non, elle avait besoin de pouvoir se raccrocher à quelque chose avant de faire une bêtise - comme de se séparer de l'homme dont elle était amoureuse, du seul qui pouvait la toucher sans provoquer une crise de panique.

Ella débarrassa sa table d'étude d'un seul sortilège et tous les cahiers contenant les recettes des potions sur lesquelles elle travaillait depuis des mois s'écroulèrent en un bruit sourd. Elle n'y prêta pas la moindre attention. Son esprit était déjà passé à autre chose. Une chose bien plus importante que tout ce qu'elle avait pu concevoir jusque-là. Alors elle s'empressa de saisir un carnet tout neuf, et l'ouvrit à la première page avant de griffonner mille mots. Des ingrédients. Les effets désirés. Le but à poursuivre.

Son coeur battait si fort contre ses tempes qu'elle en avait presque la tête qui tournait. Quant à sa plume, elle crissait contre le papier, mise à rude épreuve sous la rapidité avec laquelle Ella s'empressait de noter tout ce qui lui passait par l'esprit avant d'oublier quoi que ce soit.

Elle n'avait pas été aussi surexcitée depuis des mois, et un sourire barrait ses lèvres lorsqu'elle se redressa, prête à se mettre au travail. Elle n'eut même pas l'occasion de s'emparer d'une seule fiole qu'un courant d'air brûlant venant de l'extérieur l'obligeait à se retourner.

Sur le seuil du cabanon où elle travaillait depuis plusieurs années déjà, Théodore Nott fustigeait sa fille du regard, et Ella sentit son impatience fondre comme neige au soleil alors qu'il la fixait avec une sévérité qu'elle n'avait pas lu sur ses traits depuis bien longtemps. En vérité, les émotions lui manquaient, et si l'évidente colère qu'elle décelait en lui ne lui avait pas été destinée, sans doute aurait-elle été soulagée de le voir aussi vivant.

« Qu'est-ce que tu… »

Il ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et se contenta de tendre le bras vers elle, brandissant un parchemin en papier glacé marqué d'un seau qu'elle connaissait par coeur. Elle jura mentalement en reconnaissant la lettre qu'elle avait jetée la veille, après des journées entière à la relire encore et encore. Elle ouvrit la bouche, prête à trouver un raisonnement, n'importe lequel, mais aucun son n'en sortit et elle se résolut à être muette. Malheureusement, son père ne l'était pas.

« Qu'est ce que c'est que ça, Ella ?! Et pourquoi est-ce que c'était dans la poubelle ? C'est toi qui l'y as mis ? Tu as lu de quoi il s'agissait avant de le faire, au moins ?

- Oui, admit-elle d'une petite voix en fixant le parchemin du regard, là où ces mots qu'elle aurait pu réciter semblaient la narguer.

- Vraiment ?! Parce que si c'était dans la poubelle, je présume que tu n'as pas dû accepter ? S'écria-t-il en l'observant comme si elle avait perdu la tête. Ella, tu… »

D'un geste furieux, il retourna le parchemin pour pouvoir le lire et récita d'un voix trop froide pour être honnête ces mots qui résonnaient dans son esprit dès qu'elle essayait de dormir depuis plus d'une semaine.

« A l'attention de Miss Nott, Suite aux résultats d'exception obtenus grâce à vos plus récentes recherches, ainsi qu'au prix Damoclès reçu lors de la dernière cérémonie de Biomagicolie, le Centre Howler & Powder financé par le Ministère de la Magie serait ravi de vous compter parmi ses membres les plus éminents…

- Papa, je…

- Nous aurions ainsi le plaisir de pouvoir soutenir financièrement et avec tous les moyens nécessaires le développement de toute potion que vous souhaiteriez créer, dans la mesure du possible et selon les règles qui…

- Papa, je sais ce qui est écrit ! L'arrêta-t-elle en un soupir.

- Vraiment ?! Alors tu sais quelle réputation a ce Centre de Biomagicologie ?

- Oui.

- Et tu sais qu'Arsenius Beaulitron lui même l'a fondé ? Le Arsenius ?!

- Celui qui a écrit « Potions Magiques », le livre de référence sur les potions que tu me lisais quand j'étais petite, je sais…

- Alors si tu le sais si bien, qu'est ce tu fiches encore ici, dans cette cabane miteuse, à concocter je-ne-sais-quoi ? »

Ella résista difficilement à l'envie de lui rappeler qu'il avait exactement la même cabane de l'autre côté de leur maison, et qu'il y avait conçu les dizaines de fleurs qui l'avaient rendu célèbre dans son milieu. Et qu'elle-même, dans cette « cabane miteuse » était parvenue à créer de nouvelles potions, et à obtenir le prix Damoclès, devenant ainsi la plus jeune sorcière à recevoir cet honneur.

Mais elle savait que ce n'était pas le sujet. Comme elle savait qu'elle ne pouvait rien répondre, puisqu'elle-même se demandait toujours si elle avait pris la bonne décision… Ou si sa lâcheté s'en était chargée à sa place.

Alors elle haussa les épaules, et son père expira en un feulement furieux, comme navré d'avoir pu élever une enfant aussi bête. Sa fille, véritable prodige de bien des manières, était en train de fiche en l'air des années d'études. Il aurait voulu pouvoir faire entrer la lettre d'embauche dans cette tête de linotte d'un sortilège, mais il n'en connaissait aucun. Il devait lui faire comprendre qu'elle ne pouvait pas se contenter de jeter tout son avenir à la poubelle, et que c'était exactement ce qu'elle avait fait.

Mais Théo n'était pas du genre à crier pour forcer Ella à faire quoi que ce soit, peu importait sa déception. Il était plus psychologue d'ordinaire, et surtout bien trop proche de sa fille pour passer outre sans tenter de la comprendre.

« Est-ce que ta décision a un rapport avec les gens que nous avons laissés en Angleterre ? Je sais que tu n'as plus eu le moindre contact avec Toby ces dernières années, ou même avec ta mère, mais… Ella, ça fait déjà dix ans ! Il y a prescription !

- La première chose que tu as faite après dix-sept ans, ça a été de mettre Hermione dans ton lit, lui rappela-t-elle amèrement avant de le regretter aussi sec en le voyant blêmir. Ça n'a rien à voir avec Toby. Ou avec elle. »

Elle mentait. Au moins un peu. Toby et Hermione faisaient bel et bien partie intégrante de sa liste des « Contres », même s'ils n'en étaient pas le point principal. Elle redoutait un face à face avec Toby, tout en le désirant ardemment. Et sa mère… Elles ne s'étaient croisées qu'une seule fois et s'étaient alors évitées. Il lui semblait que leurs retrouvailles ne pourraient jamais atteindre le niveau d'horreur auquel elles avaient réussi à survivre dix années auparavant. Revivre les douloureux souvenirs qu'elle avait si longtemps cherché à fuir, risquer de faire renaitre de vieux sentiments et de plus anciennes rancoeur lui faisait peur. Mais pas autant que…

« Alors quoi ? Ils t'offrent un appartement proche du Ministère, et un salaire que tu ne peux pas espérer ailleurs, donc je suppose que ce n'est pas une question de gallions. Et Scarlett vit en Irlande, vous pourriez vous voir constamment, je sais à quel point elle te manque. Tu aurais l'occasion d'assister à un match d'Hypérion, tu rencontrerais sa fille, tu… Merlin, Ella, c'est une opportunité telle qu'on en a une seule dans la vie ! Comment diable peux-tu ne serait-ce qu'envisager de…

- Je ne veux pas te quitter ! »

Elle avait crié cette fois et elle ne se rendit compte qu'elle pleurait que lorsqu'elle se mit à voir flou. Le seul « contre » qui comptait, c'était lui. Son père.

Dix années auparavant, elle avait voulu fuir le monde qu'elle apprenait tout juste à connaitre dans l'unique but de le protéger d'Hermione. Et au passage, elle avait fait du mal à des gens qu'elle avait appris à aimer. Elle avait commis des erreurs qu'elle ne pouvait plus réparer… Pas sans tout briser. À l'époque, elle avait eu mille raison de vouloir rester, mais celle qui la poussait à partir avait été plus forte que tout le reste.

Désormais, elle aurait vendu son âme aux Détraqueurs pour quitter l'Australie, pour échapper à cette ambiance déprimante qui entourait leur maison depuis leur retour… Ce qui avait été leur refuge, leur havre de paix, durant les premières années de sa vie lui semblait désormais hanté. Par des souvenirs. Et par son père qui s'y trainait comme un fantôme.

Il resta silencieux, si longtemps que seul le crépitement de sa potion qu'elle savait gâchée semblait rythmer les battements de son coeur. Puis il s'avança vers elle, et Ella fut subitement écrasée contre son torse en une étreinte à laquelle elle n'avait plus eu droit depuis bien longtemps. Il caressa ses cheveux doucement, comme pour l'apaiser avant de l'obliger à affronter son regard. Ils faisaient presque la même taille, mais jamais elle ne s'était sentie aussi petite que lorsqu'il assura, avec une fermeté qui ne lui ressemblait plus :

« Je suis un grand garçon, Ella. Et je suis ton père. Les enfants quittent leurs parents un jour ou l'autre pour vivre leur vie, c'est comme ça… Et il est temps.

- Mais tu… Tu… »

Elle ne parvint pas à le dire, parce qu'elle ne l'avait jamais fait. Elle ne pouvait pas lui répliquer qu'il avait changé au long des années, qu'il n'était plus l'homme qui l'avait élevée, qu'au fond, elle avait fini par prendre davantage soin de lui que lui d'elle, et qui lui semblait évident que sans elle, il se laisserait aller. Il oublierait de manger, s'occuperait davantage de la santé de ses plantes que de la sienne si elle n'était pas là pour lui rappeler qu'il était un être humain. Il se perdrait, encore davantage, sans elle pour le retrouver.

« Je sais, Ella. Je sais, répéta-t-il, d'une voix si triste qu'elle sut qu'il savait bel et bien à quoi elle pensait. Mais je refuse de te laisser passer à côté de ta vie sous-prétexte que j'ai raté une bonne partie de la mienne à cause des mauvais choix que j'ai faits. Je refuse que ma fille de vingt-sept ans décide de mettre son existence en jeu, s'enterre ici comme je l'ai fait bien trop tôt, gâche tout le potentiel que j'ai vu en elle à la seconde même où on l'a mise dans mes bras pour la première fois… Et je refuse que ce soit de ma faute. »

Ella secoua la tête, comme pour nier ses mots qui contenaient une grande part de vérité malgré tout. Même si elle avait bien des torts elle aussi, des torts dont il avait conscience… Et des torts qu'il n'apprendrait sans doute jamais. Elle chuchota un « mais », sans trop savoir ce qu'elle pourrait bien dire de plus, comment elle pourrait contrer ce qui ressemblait bien trop à un verdict ni ce qu'elle devait faire pour arranger les choses alors que le laisser lui paraissait être la pire décision possible. Il ne lui laissa pas le temps de trouver quoi que ce soit.

« Je te mettrai dehors s'il le faut, Ella. Je n'hésiterais pas. »


Assis au fond de la salle d'audience, Toby observait le procès qui se jouait sous ses yeux, curieux de voir comment la jeune femme qu'il avait arrêtée quelques semaines auparavant finirait par s'en sortir. Le Magenmagot n'était pas du genre à se laisser avoir par des battements de cils et des moues chagrines, du moins l'espérait-il, sans quoi tout son travail aurait été vain.

Il s'appuya nonchalamment contre le dossier du banc en observant les visages des nombreux membres prêts à donner leur jugement. S'il ne s'y trompait pas, ils paraissaient déterminés à faire payer la désormais célèbre Madame Petrov que les journaux avaient surnommé « La Veuve Noire Bulgare ». Toby trouvait l'emploi de ce surnom hautement exagéré : après tout, elle n'avait tué qu'un seul de ses maris…

Par-dessus les têtes des autres curieux, il croisa le regard d'un des membres du Magenmagot. La seule à laquelle il avait adressé la parole plus d'une fois. D'ordinaire, les Aurors se contentaient d'enquêter et de leur remettre les plus puissants des criminels en priant pour qu'ils prennent la bonne décision ensuite. Ils n'avaient donc aucune raison de discuter. Mais il avait un passé avec celle-ci.

Hermione Granger. Ils se croisaient souvent dans les couloirs du Ministère depuis qu'il était devenu Auror, et contrairement à ce qu'il avait cru, elle ne l'avait pas évité. Peut-être ne se souvenait-elle pas qu'il avait été du côté d'Ella lors de la petite guerre psychologique qu'elles s'étaient acharnées à faire subir à tous quelques années auparavant. Ou peut-être avait-elle estimé lui devoir quelque chose, puisqu'il était une victime collatérale de la dite-guerre. Quoi qu'il en soit, elle s'était montrée polie et curieuse à son égard, et même s'ils n'échangeaient jamais plus que quelques banalités, elle était la seule membre du Magenmagot à laquelle il faisait entièrement confiance.

Hermione lui adressa un sourire, associé à un haussement de sourcil interrogateur et plein de perspicacité. Toby essaya de se faire plus petit sur son siège et rabattit davantage la capuche de son déguisement avant qu'elle ne soit plus la seule à l'avoir repéré. Il n'avait rien à faire là. Les Aurors ne se mêlaient habituellement pas aux procès, et même s'il savait qu'elle ne le dénoncerait pas, elle n'appréciait sans doute pas de le voir fureter.

À raisons…

Quelques mois auparavant, il avait enquêté sur une affaire de corruption dans les plus hautes sphères du Ministère. Il avait rassemblé tant de preuves que le dossier final avait dû être transporté dans deux ascenseurs différents pour ne pas dépasser le poids autorisé. Alors lorsque le Magenmagot avait clôturé l'affaire sans punir les responsables, se contentant de renvoyer quelques larbins sous ses yeux ébahis, il avait un peu craqué. Juste un peu.

D'accord, il avait fait explosé un lustre vieux de plus huit siècles, sauté sur le cerveau de l'affaire en lui promettant mille morts s'ils venaient à se recroiser un jour, et insulté le Président Sorcier en le traitant de « vieux veracrasse corrompu ». Il avait failli être renvoyé. Et avait promis de ne plus jamais mettre un pied dans la salle de jugement du tribunal magique.

Il n'avait jamais été très doué pour respecter les règles, à moins qu'elles ne soient dans son intérêt. D'un discret mouvement de tête, Hermione lui indiqua la porte de sortie, et il poussa un soupir défait. Il aurait pu rester assis. À moins de faire un esclandre, elle ne pourrait pas le forcer à sortir, et une partie de lui était tenté par la prise de risque. L'autre, elle, plus sage, lui rappela qu'il aimait son travail.

Alors il acquiesça avant de quitter le banc, agacé. Il espérait sincèrement que le jugement serait adéquat cette fois ci, mais devrait attendre de le lire dans la Gazette du soir. Il passa devant le Sorcier d'Elite qui gardait la porte, et lui glissa un gallion en guise de pot-de-vin avant de se faufiler en dehors de la pièce.

La tête baissée pour ne croiser le regard de personne qui puisse le reconnaitre, il fila jusqu'à l'ascenseur. S'adossant à l'un des murs, il poussa un grognement de dépit. Il venait de perdre sa matinée pour rien, alors même qu'il s'agissait de son seul jour de congé de la semaine, et il jeta un rapide coup d'oeil à sa montre en se demandant quoi faire du reste de son temps. Comme toujours, il ne parvint pas à déceler en lui la moindre envie qui ne concerne pas son emploi.

Samya était désormais enceinte - et donc passablement agaçante - et Winifred passait son jour de congé avec son fiancé et sa famille. Il aurait pu aller rendre visite à ses parents, mais redoutait que l'un de leur sujet de conversation favori revienne sur le tapis : le premier concernait son absence de vie amoureuse, le second l'état de son compte à Gringotts et la capacité qu'il avait de renflouer le leur.

Dans la cabine, il se mit donc à écouter d'une oreille inattentive les discussions des sorciers qui venaient eux aussi du Département de la Justice et s'enthousiasmaient au sujet d'il-ne-savait quel procès sans intérêt.

Il se souvenait encore du jour où –trois années plus tôt- il avait entendu un homme évoquer son grand-père. Ce dernier avait tenté d'obtenir sa libération. Sa demande avait été rejetée avant même d'atteindre le Magenmagot et Toby se doutait qu'Hermione devait y être pour quelque chose.

Agacé par l'ennui qui menaçait déjà de le submerger, et par son absence de passions qui ne soient pas liées à son emploi, il appuya son crâne contre la surface de miroirs formant la paroi de l'ascenseur et profita longuement de la froideur qu'elle dégageait. Il parvint –non sans difficultés- à mettre son cerveau sur pause le temps de quelques minutes appréciables.

La porte de l'ascenseur s'ouvrit au niveau -1 et fut enseveli sous l'afflux de nouveaux arrivants qui s'entassèrent dans la cabine au lieu d'en chercher une autre de libre. Une insulte lui échappa lorsqu'il comprit que son instant de calme était bel et bien terminé.

Il attendit que l'ascenseur se libère un peu avant de s'avancer vers les portes pour pouvoir sortir sans se faire piétiner. Il s'arrêta en se retrouvant le nez enfoncé dans une épaisse chevelure brune, faite d'ondulations de toutes sortes et eut l'impression de recevoir un coup de poing à l'estomac, un coup de poignard dans le cœur et un autre de pied au niveau du plexus solaire… En clair, rien de très agréable. Il se recula violemment et marcha sur les pieds d'un homme qui le poussa en maugréant des insultes. En temps normal, Toby se serait retourné pour lui adresser une oeillade assassine. Il en fut incapable, et se contenta de balbutier de vagues excuses sans même le regarder, trop obnubilé par cette tignasse qu'il semblait reconnaitre. Sa conscience lui siffla avec un ton sournois qu'il délirait, que jamais elle n'aurait pu se trouver là, dans le même pays que lui, dans la même ville et encore moins dans le même ascenseur.

Il ferma les yeux avec force jusqu'à voir de petites lumières lancinantes derrière ses paupières closes, et serra ses poings dans ses poches. La douleur que lui infligèrent ses ongles s'enfonçant dans la chair de sa paume lui fit comprendre qu'il ne rêvait pas.

Alors il rouvrit les yeux et supplia tous les saints de lui accorder une seule faveur : Faites qu'elle se retourne ! Les portes s'ouvrirent à nouveau avant que quiconque puisse exaucer son souhait et il se retrouva là, les bras ballants, alors qu'elle sortait. Il parvint à réagir juste à temps pour quitter la cabine en vociférant et jouant des coudes. Il se retrouva alors dans des couloirs qu'il ne connaissait même pas, parmi une foule de visages inconnus et se mit presque à paniquer.

Il essaya de se reprendre. Il était un Auror après tout, capable d'un flegme à toute épreuve, résistant à des attaques surprises, à des tentatives d'assassinats, parant tous les sortilèges et les coups et… Il ne pouvait plus respirer. Combien de femmes avait-il suivies dans la rue en pensant qu'il s'agissait d'Ella ?

Des dizaines sans doute. Mais cette fois, il sentait que c'était différent. La vertige annihila toute impatience, toute excitation. La douleur qu'il avait ressentie un peu plus tôt s'accentua au niveau de son torse et il dût se pencher en avant pour faire taire le sifflement perçant qui résonna à ses oreilles. Sa tête lui tourna et il se sentit nauséeux. Une femme s'arrêta à côté de lui et il perçut derrière l'écho des battements de son cœur :

« Vous allez bien ? »

Il aurait voulu répondre que non, mais en était incapable. Il avait appris à gérer son angoisse avec un Psychomage du Ministère censé lui enseigner comment réagir en cas de prise d'otage ou de menace sur sa personne. Il n'avait jamais eu à employer ces techniques jusque-là et il se promit d'aller botter quelques fesses dès qu'il irait mieux : ça ne marchait absolument pas. Il ne parvenait simplement pas respirer. Pas du tout.

Jusqu'à ce que des chaussures apparaissent sous ses yeux. En réalité, il ne reconnut pas vraiment les chaussures qu'il n'avait jamais vues auparavant, mais les chevilles de leur propriétaire. Ses chevilles sur lesquelles il avait glissé ses mains plus d'une fois pour l'attirer vers lui, cette petite tâche de naissance sur la courbe de son péroné qu'il avait embrassée un jour, des années auparavant.

Il releva la tête très lentement, son sang battant contre ses tempes, un filet de transpiration coulant jusque sa joue. Et même s'il savait à quoi elle ressemblait, même s'il était certain qu'il s'agissait bien d'elle, il eut le souffle coupé. Parce qu'elle était là. Et qu'il ne rêvait pas. Tout était trop intense pour qu'il s'agisse d'un rêve. Il eut envie d'hurler, de joie ou de colère, juste pour libérer cette tension qui meurtrissait tout son corps. Au lieu de ça, il eut l'impression d'être sur le point de fondre en larmes. Il ne le fit pas. Il avait encore un peu de fierté. Ella lui sourit, toujours aussi belle. Plus même, plus mature, plus adulte, plus tout que dans ses souvenirs. Plus réelle aussi. Elle avait les cheveux plus courts qu'autrefois, et il lui semblait qu'elle avait pris quelques centimètres. Déjà grande, elle n'avait désormais même plus besoin de lever les yeux pour le regarder bien en face. Mais c'était bien elle.

Elle ouvrit la bouche avec un mouvement d'épaule, comme si elle s'apprêtait à le saluer, comme si leur rencontre était une chose commune et habituelle. Puis, elle sembla réaliser que ce n'était pas le cas et se tut en mordillant sa lèvre inférieure, ses joues se peignant de rouge. Voyant son air troublé, elle ne resta pas silencieuse très longtemps et s'enquit, légèrement inquiète : « Tu te sens bien ? »

Il aurait voulu lui répondre : « Bien évidemment. Tu es là, en face de moi, comme j'en rêve depuis dix ans. ». Ou mieux : « Devine, pauvre gourde ! ». À la place, il émit un son proche du « Mouais », et peu convainquant, puis baissa les yeux sur ses pieds. Finalement, il eut l'impression d'être le plus stupide des hommes et s'efforça à la regarder, même si ça lui provoquait une étonnante migraine.

« Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je… J'ai un rendez-vous pour un boulot, répondit-elle calmement, tâchant d'ignorer son malaise. Je vais probablement travailler pas loin. Dans les bureaux associés au Ministère. Tu sais, près du chemin de Traverse.

- Je connais. Je vis ici, ajouta-t-il bêtement, conscient qu'elle devait bien le savoir puisque lui, contrairement à elle, n'avait jamais réellement bougé. Je suis… surpris de te voir. »

Elle esquissa un sourire, comprenant parfaitement ce qu'il voulait dire par là. Même elle, qui savait pourtant pertinemment qu'il travaillait au Ministère, n'avait pu s'empêcher de frissonner en l'apercevant. Elle le contempla soigneusement, comme pour analyser ce que ses expressions faciales voulaient signifier, puis laissa tomber. Il avait l'air totalement stupéfié et elle préférait ne pas se demander si c'était de sa faute à elle. Peut-être sortait-il d'une mission particulièrement éprouvante, après tout. Elle ne pouvait pas être seule responsable de l'émotion qu'elle lisait dans ses yeux.

« Surpris ? Surpris dans le sens « Agréablement surpris » ou dans le sens « Par le caleçon de Merlin, faite qu'elle disparaisse de mon chemin ! » ? »

Des milliers d'autres réponses vinrent à l'esprit de Toby, mais il fut incapable de les énoncer. Il savait qu'elles étaient trop intimistes pour être prononcées tout à coup. Il aurait voulu s'avancer vers elle, un peu plus, et la prendre dans ses bras, déposer mille baisers à son cou pour retrouver son parfum et ne pas l'oublier. Son esprit volage perdit un instant contenance et il s'évertua à redevenir sérieux afin de ne rien laisser paraitre. Il avait encore mille questions, sur les raisons de sa présence, sur ce qu'il se passerait maintenant, sur sa situation, sur l'endroit où elle logerait… Au lieu de ça, il lança à une vitesse presque magique :

« Il faut que j'y aille ! »

Il tourna les talons sans dire un mot de plus et se précipita vers l'ascenseur, le souffle court. Il se remémora la souffrance qu'il avait ressenti quelques minutes auparavant et se souvient qu'elle n'était rien comparée à celle à laquelle il avait dû survivre après le départ d'Ella. Par pur instinct de conservation, tout son corps, toute son âme, le poussait à fuir. Car d'autres questions se bousculaient dans son crâne : « Tu as quelqu'un ? Tu es mariée ? Fiancée ? Combien d'hommes t'ont touchée après moi ? J'ai été le premier qui ait compté, n'est ce pas ? D'autres ont-ils eu de l'importance ensuite ? »…

« Toby ! »

Il se retourna alors que les portes menaçaient de se refermer et crut rêver en voyant Ella se dresser entre elles pour les bloquer. Quelques grognements des autres employés se firent entendre, mais il n'y prêta pas la moindre attention. S'il le fallait, il était prêt à sortir son insigne d'Auror pour les faire taire. Les joues rosies, Ella débita :

« J'aurais dû t'écrire… Te prévenir que je viendrais et qu'on allait peut-être se croiser. Mais j'ai eu la trouille, ma venue était incertaine, je… Et j'ai ce projet complètement dingue pour lequel je devrais être financée… Je suis désolée de ne pas t'avoir mis en courant.

- Ce n'est rien, mentit-il, essayant tant bien que mal de paraître sûr de lui, de reprendre contenance tout simplement alors qu'il ne savait plus quoi faire de son propre corps.

- Je… Je serai chez Samya demain soir, tenta-t-elle avec un rictus douteux. Charlie a invité Scarlett et Scott à la fête pour le bébé. Peut-être que tu y seras ? »

Déjà, elle se reculait, prête à prendre le large, comme autrefois. Elle ne semblait pas réellement attendre de réponse de sa part, comme si elle la connaissait déjà, et il devina qu'elle avait tout prévu. Elle savait qu'il serait là, elle savait qu'ils se retrouveraient à la soirée de Samya. Sans doute s'y était-elle préparé avant qu'il ne chamboule tout en furetant au Ministère alors qu'il n'avait aucune raison d'y être. Il aurait suffit qu'il reste chez lui ou qu'il prenne un autre ascenseur pour qu'ils ne se croisent pas encore. Mais au moins étaient-ils à égalité : l'effet de surprise les avait troublés autant l'un que l'autre.

Alors ce fut à son tour de bloquer les portes et des insultes lui meurtrirent les oreilles. Il avait toujours su quoi dire auparavant, et sa capacité à trouver les mots qu'il fallait lui avait servi à gravir bien des échelons. Malheureusement, la revoir semblait avoir mis à mal tout ce qu'il savait de l'art du discours, et la question qui finit par franchir ses lèvres n'était pas du tout celle qu'il avait prévue.

« Tu es célibataire ? »

Un instant, elle resta stupéfiée sur place. Dans l'ascenseur, un gloussement se fit entendre. Toby réalisa subitement qu'ils avaient un public et que si certains n'attendaient que la fermeture des portes, d'autres commençaient sérieusement à s'intéresser au petit spectacle qu'ils offraient malgré eux.

« Pourquoi ? Tu es intéressé ? s'esclaffa-t-elle finalement, aussi moqueuse que troublée.

- Oui. »

Il n'avait pas pris la peine de mentir et retrouva un peu du côté séducteur de sa personne, juste pendant un instant, comme si le fantôme de l'ancien Tobias Malefoy –celui qu'Ella n'avait pas fracassé en mille morceaux irréparables- lui avait insufflé ce simple mot.

Un sourire tordit ses lèvres lorsqu'il aperçut une toute nouvelle expression sur les traits de la jeune femme : l'impatience. Elle acquiesça, d'un mouvement saccadé, trop brutal, comme si elle redoutait presque de lui offrir la moindre information à son sujet.

Alors il lâcha les portes de l'ascenseur et leur permit de se refermer. Il lut l'affolement dans ses yeux durant une nanoseconde et lança, juste à temps avant qu'elle ne disparaisse :

« Je suis invité moi aussi ! »


Note _ TADAM ! Okay, rien de neuf sous le soleil, mais j'espère que ça vous a tout de même plu. Et promis, cette fois, je poste très vite - sûrement mercredi ou jeudi histoire de poster le chapitre 3 dimanche, que mon retard soit rattrapé ! :)

Dooonc... Petites questions.

Est-ce que Scott & Scarlett vous avez manqué ? (à moi, oui ! T_T) (Et oui, je me suis éclatée sur le prénom de son dragon... souvent, je mets des noms improbables quand je n'ai pas d'idée histoire de ne pas passer des heures dessus au lieu d'écrire, puis j'y reviens ensuite... Mais au dernier chapitre, il s'appelait toujours Krokmou, et je n'arrivais plus à changer XD on peut dire que c'est un crossover avec Dragons du coup ?) Est-ce que vous pensez que Scott serait plus heureux sans Scarlett ? :)

La première scène de Toby vous a plu ? (avouez que vous avez cru que j'étais en train d'écrire un lemon entre Toby & une autre femme & que vous m'avez détestée pendant quelques minutes !) Et son amitié avec Winifred ? (ça n'a pas fini de faire rigoler xD)

Content(e)s pour Samya & Charlie ? :P (oui bon vous étiez déjà au courant...)(et en vrai c'est juste un prétexte pour que Scarlett soit encore plus triste parce que je suis une horrible personne.)

Ella... Ella... Ella... Promis, elle sera moins casse bonbons maintenant qu'elle est adulte. Elle essaiera en tout cas ! Elle vous a plu notre petite revenante ?

... Et je me remets au... Dans le prochain épisode : (ça fait trop longtemps, on va rigoler xD) Un nouveau venu très séduisant, du thé qui ne sera pas bu, une invitation surprenante, un catalogue IKEA (oui oui xD), une survivante, une douche cochonne, de la jalousie, et une promesse tenue dans le sang. (Oulà, ça fait peur dit comme ça xD)

Voili voilouu ! Des bisous contre des reviews ! Mais comme on me l'a rappelé, vu qu'on a pas le droit de faire des bisous en ce moment cause COVID, bisous de loin ! :P

Bewitch_Tales