Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...
Genre _ Romance / Famille / Suspens.
Rating _ M ... :P
Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...
Note de l'Auteure _ Vous avez vu comme je suis rapide, franchement ? :P (Oui bon, je promets rien pour la suite, je me connais trop bien...)
Merci à ceux qui ont pris le temps de reviewer (les manchots, je vous vois ! * fais les gros yeux *) & à ceux aussi qui l'auraient fait ( ou le feront ) si je n'avais pas posté si vite qu'ils n'ont même pas eu le temps de lire le 1 avant que le 2 débarque comme ça...
Quoi qu'il en soit, enfin du NEUF dans ce chapitre & j'espère qu'il vous plaira :D
Bonne lecture !
Ellarosa - Vermelha
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Chapitre 2
« Si j'avais le pouvoir d'oublier, j'oublierais.
Toute mémoire humaine est chargée de chagrins et de troubles. »
Charles Dickens
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Ella n'avait jamais été du genre à être en retard. Son père lui avait appris l'importance de la ponctualité, et le respect qu'elle devait avoir pour les gens qui risquaient de l'attendre. Arriver en retard, disait-il, était un signe d'indifférence et de mépris. Alors lorsqu'elle atteignit les bureaux des Ressources Humaines d'Howler & Powder, basés au 3ème étage du Ministère de la Magie avec plus de quinze minutes de retard, elle se maudissait un peu.
Elle était arrivée sur les lieux en avance pourtant. Et puis, elle avait croisé Toby et tout son plan savamment orchestré s'était écroulé d'un seul coup.
Ella avait débarqué en Grande-Bretagne deux jours plus tôt, et s'était installée en Irlande, dans la chambre d'amis que Scarlett et Scott avaient mis à sa disposition en attendant son rendez-vous. Elle n'avait vu qu'eux et leur avait fait promettre de ne mettre personne au courant de sa présence. Scott avait ronchonné, évidemment, mais Ella avait été claire : elle voulait faire les choses à sa façon. Elle comptait voir Hermione en privé avant de l'affronter face à tous les Weasley, les Potter, et les autres. Quant à Toby…
Elle grimaça en accélérant le pas. Elle aurait tant voulu éviter cette scène. Elle avait espéré le revoir le lendemain, à la soirée de Samya, en terrain neutre. Ils auraient dû se contenter d'échanger des banalités telles que « Et le travail te plait ? », « Comment vont tes parents ? »… Et ça lui aurait bien suffit pour une première rencontre après dix ans. De plus, elle n'avait pas eu le temps de demander des détails à Scarlett. Alors qu'elle avait sciemment évité le sujet jusque là, elle souhaitait désormais en savoir davantage sur la vie qu'avait menée Toby ces dernières années. À ce qu'elle en savait, il pouvait être marié, avoir trois enfants et une maison de vacances aux Caraïbes.
Une petite voix lui rappela ce qui s'était déroulé un peu plus tôt et elle ne put s'empêcher de sourire. Non, jamais il ne lui aurait demandé si elle était célibataire s'il avait été en couple. N'est-ce pas ? Elle sentit ses joues s'enflammer au souvenir de leur brève rencontre. Déjà bien trop intense. Merlin, elle avait l'impression que seules quelques semaines avaient passé, pas des années.
Il avait changé, évidemment. Il était plus grand et - elle n'avait pu que le remarquer - bien plus musclé qu'autrefois. Il devait être deux fois plus large qu'elle désormais, et elle se demanda brièvement à quoi il ressemblait sous la robe de sorcier dont il était affublé. Elle se morigéna en frappant à la porte, exaspérée.
Elle s'apprêtait à accepter de chambouler toute son existence pour un travail, et elle n'avait même pas l'esprit à cela. Toutes ses pensées étaient tournées vers Toby et sa nouvelle musculature. Elle était pitoyable !
« Entrez. »
Ella s'efforça de mobiliser tous ses neurones disponibles et inspira à fond avant de pousser la porte. Elle devait se concentrer, et faire une première bonne impression. Même si la lettre qu'elle avait reçue la poussait à croire que le poste était déjà à elle, rien n'était signé, et il suffirait d'une erreur de sa part pour que tout s'écroule. Elle songea brièvement que ça n'aurait peut-être pas été une mauvaise chose, étant donné que cinq minutes passées avec Toby l'avaient déjà bien trop chamboulée, mais elle s'empêcha d'aller plus loin avant de tout saccager volontairement.
En entrant, elle recomposa le masque d'assurance qui était le sien dès lors que cela concernait les potions. Elle était peut-être maladroite en amour, et peu douée avec la plupart des humains de sa connaissance, mais elle connaissait son travail sur le bout des doigts. Elle était faite pour cela. Elle afficha donc son sourire le plus professionnelle, prête à s'excuser pour son retard, mais les mots s'évanouirent avant même de passer sa gorge.
Un « Oh Merlin » traversa l'esprit d'Ella alors qu'une paire d'yeux d'un bleu envoutant croisait les siens. Ils appartenaient à l'un des hommes les plus beaux qu'elle ait vu de sa vie. Et pourtant, elle connaissait des Elfes qui, bien qu'ils ne se considèrent pas réellement comme des hommes, en avaient tous les attributs. Elle cilla, et essaya tant bien que mal de ne pas le reluquer.
Peine perdue.
Il était un peu plus grand qu'elle et sa carrure n'avait rien à envier à celle d'un joueur de Quidditch - ou d'un Auror, la railla une petite voix. Ses cheveux d'un blond doré partaient dans tous les sens, comme s'il avait passé ses mains dedans à de multiples reprises, ce qui lui donnait l'air de sortir du lit. Un lit où il aurait fait bien plus que dormir. Et quand il lui sourit en redressant ses lunettes rectangulaires sur son nez, une fossette creusa sa joue droite.
« Bonjour, la salua-t-il poliment sans paraître réaliser qu'elle le dévorait des yeux, à moins qu'il en ait trop l'habitude pour s'en soucier. Miss Nott, je présume ? Je vous attendais. »
Ella secoua la tête en espérant chasser les pensées toutes sauf professionnelles qui lui traversaient l'esprit, et répondit à son sourire en acquiesçant.
« Désolée pour mon retard, j'ai fait une… Une rencontre imprévue sur le trajet.
- Agréable, j'espère. »
Il semblait réellement s'en soucier, et Ella se refusa donc à lui répondre par une banalité.
« Disons… Surprenante. »
Douloureuse aurait été un terme plus juste, mais elle ne le connaissait pas et n'avait pas l'intention de lui déballer toute sa vie. Elle prit alors conscience qu'elle ne lui avait même pas demandé son nom, et espéra avoir un moyen de revenir en arrière. Ainsi, elle aurait évité de le regarder comme un poisson qu'on sort de l'eau, et aurait-elle pu faire une meilleure première impression en se comportant de manière conventionnelle. Puisqu'elle n'avait pas de tels pouvoirs, elle se contenta de lui sourire plus largement.
« Pardonnez-moi, c'était… Peut-on recommencer ?
- Bien entendu, assura-t-il avec un petit rire, conciliant. Voulez-vous que je me rasseye, et que je vous réinvite à rentrer, ou peut-on se contenter des présentations ?
- Les présentations suffiront, s'esclaffa-t-elle avant de se racler la gorge. Je m'appelle Ella Nott, et j'ai rendez-vous pour un entretien avec le Directeur des Ressources Humaines de Howler & Powder. »
Il hocha la tête avant de contourner son bureau pour se rapprocher d'elle. Merlin. Contrairement à bon nombre de sorciers du Ministère, il ne portait pas la robe réglementaire et son costume moldu lui allait parfaitement. De ses cuisses fermes à son large torse, tout était mis en valeur, et Ella sentit sa gorge devenir sèche.
Il s'arrêta à une distance très respectable et lui tendit la main. Ella leva la sienne, et il s'empressa de la saisir. Sa paume était douce, et si chaude qu'il la réchauffa instantanément. Et ce fut avec un sourire qu'elle aurait qualifié de gourmand qu'il se présenta enfin :
« Rhys De Montmorency, Miss Nott. Je suis sincèrement ravi de faire enfin votre connaissance. »
Hermione avait depuis longtemps pris l'habitude de fuir aussi vite que possible la salle d'audience après les jugements du Magenmagot, dont elle faisait partie. Il ne lui avait suffi que de sept années à ce poste pour comprendre que, quel que soit le résultat, il y aurait des mécontents, et le dernier procès ne faisait pas exception à la règle. Bien trop médiatisé, il avait attiré les journalistes avides ainsi que quelques curieux…
Et un Auror trop consciencieux.
Elle se surprit à sourire en songeant à Toby qui, une fois de plus, avait risqué de s'attirer des ennuis en assistant au procès de l'une des criminelles qu'il avait arrêtée. Hermione se doutait qu'elle aurait dû décourager son comportement, Kingsley Shacklebolt lui-même essayant généralement de surveiller le jeune Auror. Mais elle trouvait encourageant qu'un fonctionnaire se sente aussi impliqué dans son travail, contrairement à bien d'autres qui ne voyaient là qu'un moyen sûr d'obtenir un salaire régulier. Avec sa nièce -de coeur du moins- Winifred en plus, le Département de la Justice Magique pouvait être rassuré… Ou craindre d'être mis sans dessus dessous.
Elle jeta un coup d'oeil en arrière, là où ses collègues se congratulaient d'avoir si bien géré la situation, et pinça les lèvres en se souvenant qu'elle avait une autre raison de fuir. Elle ne faisait pas confiance à la plupart des gens présents dans cette pièce. Elle avait plus d'une fois eu vent d'informations qui lui faisaient douter de leur fiabilité et de leur sens moral, et savait que nombre d'entre eux avaient déjà reçu quelques pots-de-vin.
Cette pensée la ramena à Toby, et elle songea qu'il serait sûrement soulagé de lire le verdict lorsqu'il paraitrait dans la Gazette. Cette fois au moins, le Magenmagot avait rendu un jugement impartial.
Chassant Tobias Malefoy de son esprit, elle s'échappa par la porte de derrière, celle que seuls les membres du célèbre tribunal sorcier pouvaient emprunter. Pas question de supporter les vautours qui avaient pour habitude de se jeter sur elle : être la plus célèbre de l'institution faisaient d'elle une porte-parole à leurs yeux. Mais elle n'avait aucune intention de leur adresser un seul mot.
D'un pas pressé, sans faire attention aux sorciers qui tentaient de l'arrêter, elle se dirigea vers son bureau, ses dossiers serrés contre sa poitrine, mimant d'être surbookée. En toute franchise, elle ne l'était pas. Il s'agissait de son dernier procès de la journée, et elle avait bien l'intention de rentrer chez elle avant midi, une fois n'était pas coutume. Elle avait rendez-vous avec Harry et Ron à Pré-au-Lard pour le déjeuner. Elle ne se souvenait même plus de la dernière fois où elles les avaient vus tous les deux en même temps, et se refusait à annuler sous prétexte de travail.
En effet, il était de plus en plus délicat d'organiser la moindre rencontre. Depuis l'adoption de sa petite-fille, Harry passait davantage de temps à jouer au baby-sitter qu'à travailler lui semblait-il, même si son emploi à Poudlard lui dévorait encore la plupart de ses journées.
Et Ron… Lorsque Timothy était entré à Poudlard, sept années auparavant, ils avaient perdu l'habitude de se voir quotidiennement. Après tout, ils n'avaient plus besoin de faire des allées et venues pour partager le temps qu'ils passaient avec leur fils. Leurs rencontres s'étaient encore espacées quelques mois auparavant, et elle n'en avait compris la raison que lors des festivités habituelles célébrant la fin de la Guerre avec l'Ordre du Phénix.
Ron Weasley, son ex-mari, l'homme dont elle avait été plus proche hors-mariage que pendant sa courte durée avait retrouvé l'amour. Ou du moins, puisqu'il avait présenté Gemma Allen comme « sa petite amie, c'est sérieux », il semblait avoir rencontré une personne qui comptait sincèrement pour lui.
Elle aurait menti si elle avait dit que cette histoire n'avait pas provoqué un bref élan de jalousie chez elle. Pas par rapport à Ron. Elle ne l'aimait plus ainsi depuis bien longtemps. Non, c'était la situation qui l'avait troublée. Ron refaisait sa vie… Et elle ne savait plus vraiment quoi faire de la sienne.
Elle atteignit son service et adressa un bref signe de la tête à sa secrétaire qui lui passa un rouleau de parchemin listant tout ce qu'elle avait raté durant le procès - demandes en appel comme notes de ses collègues.
Finalement, elle se réfugia dans son bureau en essayant de penser à autre chose. Au déjeuner avec Ron et Harry qui l'enthousiasmait réellement, ou à la soirée de tranquillité qui l'attendait ensuite - avoir la maison pour elle seule, sans les bougonnements de Scott le ronchon, ou les catastrophes que pouvaient provoquer Timothy avaient quelques avantages. Elle espérait pouvoir s'installer au coin du feu avec L'Histoire de Poudlard, nouvelle édition qui été sorti quelques semaines auparavant et qu'elle n'avait pas encore pris le temps de lire.
En s'asseyant, elle grimaça pour elle-même. Depuis quand sa vie était-elle devenue si monotone ? Elle avait désormais quarante-neuf ans, ses enfants étaient suffisamment grands pour vivre sans qu'elle eut besoin d'intervenir - du moins la plupart du temps - et elle se sentait vieille. Et seule.
Elle jeta un coup d'oeil à la photo de famille qui trônait sur son bureau. Elle datait de quelques années déjà et avait été prise lors du mariage de Scott et Scarlett. L'heureux couple se tenait là, avec un Timothy de douze ans en pleine poussée de croissance, Ron qui souriait de toutes ses dents, elle qui n'en revenait pas que son fils soit assez grand pour se marier et… Ella.
Scott et Scarlett s'étaient unis en petit comité, et la cérémonie - au lieu d'être organisée au Terrier comme la plupart des mariages Weasley - avait été célébrée en Roumanie. Même si son fils avait prétexté vouloir s'y marier puisqu'il y étudiait à l'époque - apprenant à s'occuper de dragons suffisamment bien pour ne pas se faire dévorer - Hermione savait que la vraie raison était toute autre. Ella aurait refusé de revenir en Grande-Bretagne, et jamais Scarlett ne se serait mariée sans la présence de sa meilleure amie.
L'ambiance avait été un peu tendue, mais Hermione adorait la photo qui en avait résulté. Il s'agissait de la seule image d'Ella et elle. Mêmes si elles se tenaient chacune à un bout de leur petit groupe, même si elles ne s'étaient pas adressées plus de deux fois ce jour-là, le cliché avait quelque chose d'un peu miraculeux aux yeux d'Hermione. Et comme toujours lorsqu'elle le regardait, elle sourit.
Son sourire se fana aussitôt que la porte de son bureau s'ouvrit, brutalement. Sa secrétaire apparut, les yeux écarquillés, et Hermione craignit aussitôt le pire : la fuite d'un prisonnier d'Azkaban, une attaque du Ministère, n'importe quoi qui puisse signifier l'abandon de ses projets pour la journée.
« Que se passe-t-il ? Interrogea-t-elle en se relevant d'un bond, prête à gérer la situation quelle qu'elle soit.
- Il y a… balbutia sa secrétaire en agitant son bras vers l'arrière, totalement perturbée. Une jeune femme qui veut vous voir !
- Une jeune femme ?
- Oui ! Elle dit qu'elle est votre… Votre fille ? »
Hermione se stupéfia. Reportant son attention sur la photographie, elle se demanda si elle possédait soudain la capacité de faire apparaitre les gens par sa seule pensée. Puis, consciente qu'elle n'était pas l'héroïne d'un roman fantastique, elle se mit à imaginer quel genre de catastrophes aurait pu conduire Ella jusqu'ici. Elle se précipita en dehors de son bureau, bousculant presque sa secrétaire qui glapit - jamais au grand jamais elle n'avait vu la célèbre Hermione Granger courir !
Hermione s'arrêta brusquement en découvrant Ella. La jeune femme observait les tableaux accrochés aux murs avec un air de profonde consternation et Hermione eut envie de se défendre : non, elle ne les avait pas choisis, ces affreuses peintures étaient là depuis des décennies. Au lieu de ça, elle murmura le prénom de sa fille qui se retourna pour lui faire face, un peu blême.
Si elle n'avait pas été aussi inquiète, Hermione aurait sans doute pris le temps de remarquer les changements qui s'étaient opérés au cours des dernières années, ces différences qu'il y avait entre la jeune femme de la photo et celle qui lui faisait face. Ses cheveux coupés à hauteur des épaules qui paraissaient plus bouclés que jamais, la pâleur de sa peau alors qu'elle vivait dans un pays où il faisait presque toujours soleil… Mais Hermione ne vit rien de tout ça.
« Est-ce que Théo va bien ? »
Ella cilla, clairement abasourdie. Puis, un petit ricanement lui échappa et elle leva les yeux au ciel, comme une adolescente qu'elle n'était plus depuis longtemps mais que sa mère parvenait étonnamment à éveiller en elle.
« Oui, papa va bien. Et moi aussi, au cas où ça t'intéresserait… »
Hermione fut partagée entre le soulagement - elle avait eu le temps d'imaginer mille scénarios plus sombres les uns que les autres - et la honte. Derrière elle, sa secrétaire lâcha un petit « Oh zut ! » bien à propos et l'embarras prit le dessus. Hermione n'avait eu aucune intention de blesser Ella, mais sa maladresse semblait avoir agacé la jeune femme qui souriait désormais nerveusement. Et elle s'en voulut aussitôt.
« Tu… Evidemment que ça m'intéresse, assura-t-elle en s'efforçant à sourire. Je… Je suis vraiment heureuse de te voir. »
Elle ne réalisa qu'elle était honnête qu'en prononçant ses mots, avec une facilité déconcertante, et Ella s'empourpra légèrement. Elle savait qu'elle disait vrai. S'il y avait bien une chose qu'elles n'avaient jamais su faire, c'était bien se mentir : la politesse et les bonnes manières n'avaient jamais eu la moindre place dans leur relation conflictuelles.
Hermione se souvenait encore parfaitement de toutes les horreurs - véridiques, mais affreuses malgré tout - qu'Ella lui avait dites des années auparavant. Parfois, lorsqu'elle ne parvenait pas à dormir, elle se les répétait encore et encore, comme pour se punir. Et même si elle avait analysé plus d'une fois tous ces discours avec sa psychomage, ils continuaient à la faire souffrir. Elle estimait mériter cette douleur. Bien plus que n'importe qui.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? Il y a un problème ou…
- Non, l'interrompit Ella en secouant la tête. Je… Tu as un moment ? Je peux repasser plus tard, si… »
Ella ne termina pas sa phrase, mal à l'aise. Elles n'avaient jamais eu de banales conversations, et il semblait de plus en plus évident qu'elles n'étaient pas très douées pour ça. Hermione se rappela qu'elle était supposée être la plus adulte, bien qu'Ella soit devenue une femme depuis longtemps, et elle prit son courage à deux mains.
« J'ai tout mon temps devant moi. Entre donc ! Proposa-t-elle avant de se tourner vers sa secrétaire qui, bouche bée, les fixait avec un tel intérêt qu'Hermione sut instantanément que la nouvelle de l'arrivée d'Ella aurait fait le tour du Ministère avant la pause déjeuner. Miss Bones, pourriez-vous nous apporter du thé, s'il vous plait ? »
Hermione n'attendit même pas de réponse et fit signe à Ella de s'approcher avant de la conduire dans son bureau. Lorsqu'Ella passa près d'elle, son corps se tendit. Une part d'elle était tentée de s'avancer pour l'enlacer. Au fond, après des années, il était plutôt habituel de célébrer des retrouvailles par un contact physique. Mais elle pressentait qu'Ella la repousserait, elle en était même persuadée. Elle garda donc ses distances, et suivit la jeune femme à l'intérieur.
Durant quelques secondes, Ella se contenta d'observer les lieux et son regard s'éclaira lorsqu'elle passa sur les bibliothèques qui encombraient tout un pan de mur. Hermione sentit un sourire tordre sa bouche. Elles n'avaient peut-être jamais su quoi se dire, mais elles partageaient au moins une passion.
Miss Bones revint si vite qu'Hermione faillit le lui faire remarquer. Elle qui prenait d'habitude tant de temps pour faire la moindre petite chose qu'elle lui demandait paraissait tout à coup bien efficace. Mais quand sa secrétaire se remit à traîner, comme pour obtenir des ragots de plus, Hermione la jeta dehors d'une oeillade assassine.
« La fille illégitime d'Hermione Granger est de retour ! S'esclaffa Ella quand la porte se referma enfin derrière Miss Bones. Ça fera la Une des journaux demain, pas vrai ?
- Sans doute, admit Hermione en une grimace d'excuse, désolée même si elle n'était en rien responsable de sa popularité chez les sorciers. Du thé ? »
Ella accepta et elles s'installèrent, chacune d'un côté de l'énorme bureau de chêne d'Hermione. Elle regrettait presque cette distance imposée, tout en la savourant un peu. Bizarrement, cela lui paraissait plus sûr. Le silence qui suivit fut aussi pesant qu'embarrassant, et Ella fut cette fois la première à l'interrompre.
« J'ai un travail. Ici, chuchota-t-elle en gardant les yeux résolument fixés sur sa tasse de thé fumante. Je… J'ai été engagée par Howler & Powder… Tu sais, c'est la…
- Les Laboratoires, je sais qui ils sont, assura Hermione en souriant, impressionnée. C'est incroyable ! Ils engagent rarement des personnes aussi jeunes. Habituellement, il faut avoir le statut de Maître des Potions au moins, ou…
- Je l'ai.
- Quoi ?
- J'ai obtenu la qualification de Maître des Potions l'année dernière. »
Hermione sentit son coeur se serrer alors qu'Ella, enfin, prenait la peine de la regarder dans les yeux, l'air plus blessée qu'elle n'aurait dû. Aussitôt, Hermione fut prise d'une fulgurante envie de pleurer ou de s'excuser, alors même qu'elle prenait une fois de plus conscience de ce qui la séparait toujours d'Ella. Non plus la distance physique, ni même ce maudit bureau, mais la vie tout simplement, et tout ce temps qu'elles ne rattraperaient jamais.
Elle se considérait comme une bonne mère, du moins pour ses fils. Elle savait tout de leur vie, avait guéri leurs blessures, les avait rassurés lorsqu'ils avaient peur et était capable de soigner même leurs plus gros chagrins. Elle les connaissait par coeur.
Et elle ne savait rien d'Ella.
Evidemment, elle en était responsable, ou du moins acceptait-elle de porter la charge pleine et entière des dix-sept premières années de la vie de sa fille où elle avait été volontairement absente. Mais elle avait fait un pas, dix ans plus tôt, en lui envoyant une lettre. Puis une autre. Elle avait fini par abandonner, découragée par l'absence de réponses qui la noyait plus encore dans un océan de culpabilité et de tourment.
Elle n'en voulait pas à Ella. Jamais elle n'aurait pu lui en vouloir. Après tout ce qu'elle lui avait fait, sa fille avait toutes les raisons de la détester et de l'ignorer. Et c'était sans doute le pire. Ça, et le fait qu'à chaque mot qu'elle prononce, elle s'enfonce un peu plus.
« Je… bredouilla-t-elle, sans même savoir ce qu'elle pouvait bien dire pour s'excuser.
- C'est rien ! Ce n'est pas comme si je l'avais crié sur tous les toits de toute façon, s'empressa d'ajouter Ella en haussant les épaules, comme si ça n'avait aucune importance pour elle. Quoi qu'il en soit, je voulais que tu le saches. Je ne travaillerai pas dans le Ministère, mais les bureaux de mon patron sont ici, et le labo est à deux pas, donc… J'ai pensé qu'il fallait que je te prévienne. Tu sais, histoire de ne pas… Te faire peur si on finissait par se croiser par hasard. Ou… Bref ! »
Ella reposa bruyamment sa tasse sur le bureau, sans même en avoir bu une gorgée, et se releva d'un bond.
« Peut-être que je ferais mieux d'y aller. Je voulais juste… Te prévenir. Et c'est fait donc… »
Hermione regarda Ella récupérer son sac à main sur la chaise où elle l'avait posé. La lanière s'accrocha au bras du siège qui manqua de basculer, et Ella jura en s'empourprant, clairement mal à l'aise. Hermione aurait presque pu en venir à regretter l'époque où elles se haïssaient et n'avaient que des horreurs à se dire. Au moins étaient-elles alors capables d'échanger quelques phrases sans qu'un malaise s'installe et que l'une d'elles décide de fuir - ce qu'Ella tentait clairement de faire même si son sac l'en empêchait.
Elle finit par réussir à détacher la lanière, et Hermione bondit hors de son siège en comprenant que si elle ne faisait rien, cela s'arrêterait là. Ella sortirait de son bureau, et elles ne feraient que se croiser parfois au Ministère, parfois chez les Potter ou chez son fils, et ce serait tout. Et même si ce serait bien plus facile ainsi, elle savait qu'elle le déplorerait tôt ou tard. Elle avait déjà bien assez de regrets à son actif.
« Ella, attends ! »
La jeune femme s'arrêta, la main déjà sur la poignée et se retourna si lentement qu'il fut évident qu'elle redoutait ce qui l'attendait. Hermione n'hésita pas davantage. Cette fois, elle devait faire quelque chose de plus. Cette fois au moins, elle s'en sentait capable.
« Voudrais-tu qu'on dîne ensemble demain soir ? »
Ella écarquilla les yeux et sa mâchoire se décrocha, ce qui aurait pu être drôle en temps normal mais fit comprendre à Hermione une fois de plus que les choses ne seraient peut-être jamais aisées entre elles. Puis Ella bredouilla un « Je ne peux pas » qui lui donna l'impression de se prendre un coup en plein coeur. Elle aurait voulu ne pas mal le prendre, ou au moins ne pas le montrer, mais ce fut d'une voix clairement penaude qu'elle rétorqua :
« Oh… Je… Je comprends tout à fait. Merci d'être passée en tout cas.
- Non ! S'écria Ella, si fort qu'elle en fut elle-même surprise. Ce n'est pas que je ne veux pas. C'est que je ne peux pas. Scarlett et Scott sont invités à la baby-shower de Samya, et je comptais y aller avec eux… Revoir Samya, Winifred et… Et Toby. »
Ella rougit si vivement en énonçant le nom de son ex petit-ami qu'Hermione dut mordre sa lèvre pour ne pas laisser échapper un rire. Le poids qui s'était posé sur ses épaules disparut, remplacé par un soulagement mêlé d'une pointe d'enthousiasme. Ella voulait bien qu'elles se revoient. Et rien que cela lui donnait un peu d'espoir. Alors ce fut d'une voix nettement plus assurée qu'elle proposa :
« Ce week-end, peut-être ? »
Assise sur son tout nouveau canapé très inconfortable, Ella suivait Scarlett des yeux, un rictus circonspect aux lèvres. Sa meilleure amie paraissait pleine d'à-priori, comme prête à faire des remarques désagréables dès qu'elle ouvrirait la bouche.
Ella savait pourtant qu'il n'y avait rien à redire du logement de fonction qui allait de paire avec son tout nouvel emploi. L'immeuble se dressait là, invisible aux yeux des moldus, à quelques rues seulement du Ministère de la Magie et des Laboratoires où elle commencerait à travailler le lundi suivant. Il était suffisamment récent pour disposer d'un ascenseur, un concierge gérait les allers-venues pour leur sécurité et l'appartement en lui-même était parfait pour une personne seule.
Tout le mobilier était flambant neuf et si moderne qu'elle se croyait dans un catalogue de décoration moldue. La chambre était à part et déjà prête à l'accueillir le soir même, et elle venait de remplir les placards des biens de première nécessité - des Bièraubeurres, des biscuits apéritifs et un stock de chocolat pour ses nuits d'insomnie. Elle était parée.
« C'est hideux… », déclara Scarlett après son examen des lieux.
Ella éclata de rire, avant de répliquer, consciente que l'appartement ne posait qu'un seul problème à sa meilleure amie boudeuse.
« Tu veux juste que j'aménage chez toi !
- Je ne comprends juste pas pourquoi tu veux vivre ici, alors que notre chambre d'ami est à ta disposition ! Grommela Scarlett pour la énième fois. Franchement, cet endroit est si triste. On dirait un appartement témoin, ou le décor d'une pub pour… »
Scarlett se tut en réfléchissant, puis elle se dirigea vers la petite cuisine. Elle sortit sa baguette de la poche avant de son sac, et la pointa vers l'évier avant de se tourner vers Ella avec un sourire commercial à faire peur.
« Avec les éviers NettoiTout, plus besoin de magie ! Ils nettoient tout ! Pour vous ! Récita-t-elle d'une voix chantante et à la fois crispante qui poussa Ella à rire davantage.
- C'est une vraie pub, ça ?
- Oui, malheureusement. Scott fait écouter la radio à ses dragons toute la journée… Il pense que ça les détends ! Mais moi, ça me rend folle. Je les entends encore quand je vais me coucher le soir, elles hantent même mes rêves. Et arrête de rire !
- Désolée, pouffa Ella en secouant la tête. Mais tu essaies de m'inciter à venir vivre chez vous, alors que je devrais supporter ça ? Je me mettrais à réciter des publicités, moi aussi ?
- Seulement si tu as de la chance. Autrement, tu chanteras « Tu es la baguette de ma vie » en boucle jusqu'à la fin des temps… Cette chanson est l'équivalent d'un Doloris pour les oreilles, je t'assure, jura Scarlett avant de redevenir plus sérieuse. Tu ne veux pas y réfléchir, au moins ? »
Ella secoua la tête, désolée. Elle savait bien que Scarlett rêvait qu'elles cohabitent après tout ce temps passées si loin l'une de l'autre, et dans une autre situation, sans doute aurait-elle accepté. Elles auraient pu discuter des heures, comme lorsque Scarlett venait passer l'été en Australie, à colporter des ragots sur tout le monde et analyser la moindre petite chose de leurs vies.
D'ailleurs, elles y avaient passé la soirée de la veille, et Ella s'était sentie si bien, à sa place, qu'elle avait été tentée d'accepter. Tout en sachant que ç'aurait été totalement idiot. Elle ne voulait simplement pas servir de tampon entre Scarlett et Scott. Ils avaient déjà bien assez de choses en tête pour qu'elle les envahisse au quotidien. Et elle n'était pas non plus certaine de vouloir cohabiter avec son petit frère, même s'ils s'entendaient désormais bien mieux.
De plus, elle n'avait jamais vécu seule. Pas une seule fois dans sa vie. Et à vingt-sept ans, il lui semblait que c'était une expérience à faire. Elle avait toujours vécu avec son père, ou brièvement avec les Potter et à Poudlard, et se demandait, curieuse, ce que cela lui ferait. Elle n'aurait plus à préparer le dîner pour deux, ou à s'inquiéter que son père manque un repas. Elle pourrait écouter de la musique sans l'entendre rouspéter sur ses goûts musicaux, laisser trainer ses vêtements dans sa salle de bain, manger à n'importe quelle heure et recevoir des invités sans lui demander la permission avant.
Et même si il commençait déjà à lui manquer, même si cette idée lui faisait aussi un peu peur, elle voulait savourer cette liberté nouvellement acquise.
« J'ai vraiment envie de vivre ici, assura-t-elle donc avec un sourire d'excuse à l'adresse de sa meilleure amie qui soupira, déçue. Et puis, on se verra quand même constamment, promis ! Ce soir, déjà !
- Avec Samya et son gros ventre… », bouda Scarlett à qui Scott donnait clairement de très mauvaises habitudes.
Ella s'apprêtait à lui promettre de la soutenir durant toute la soirée, quitte à murmurer quelques méchancetés au sujet de Samya - elle avait déjà plusieurs idées - mais la sonnette de sa porte l'interrompit. Scarlett lui décrocha un regard surpris.
« Tu as déjà des invités ? »
Ella haussa les épaules, étonnée elle aussi. Elle n'avait même pas encore envoyé sa nouvelle adresse à son père, et à l'exception de Scott et Scarlett, personne ne savait où elle vivait. Lorsqu'elles l'avaient quitté, Scott était occupé à nourrir les trois dragons qu'il avait sous sa garde et venait de se faire mordre - ce qui n'avait pas inquiété Scarlett outre-mesure. Ce ne pouvait donc certainement pas être lui.
Intriguée, elle se leva rapidement et n'eut à faire que quelques pas pour atteindre la porte. Et écarquilla les yeux en découvrant l'homme qui se tenait sur son pallier, un bouquet de fleurs plus large que lui entre les mains.
« Rhys ?! »
La veille, son tout nouveau patron avait insisté pour qu'elle l'appelle par son prénom - « J'espère que vous m'autorisez à faire de même », avait-il dit ensuite avec un sourire engageant. Elle n'avait pas pu refuser, et voilà qu'il se trouvait sur le pas de sa porte, le jour même où elle aménageait dans l'appartement qu'il payait pour elle. Avec des fleurs. Les battements de son coeur s'accélèrent alors qu'il souriait, l'air penaud.
« J'espère que ça ne vous dérange pas, mais je voulais voir si tout allait bien ou si vous aviez besoin d'aide pour… »
Il se tut tout à coup alors que Scarlett s'approchait, les bras croisés sur sa poitrine, aussi suspicieuse que si Rhys avait tenu une bombe au lieu d'un bouquet. D'un coup de coude discret, Ella l'incita à être polie. Scarlett ne faisait peut-être que très rarement confiance aux hommes, mais ce dernier - aussi séduisant soit-il- restait son employeur, celui grâce auquel sa nouvelle vie commençait.
« Rhys, voici Scarlett Weasley, présenta donc Ella, priant pour que son amie ne tente pas d'assassiner son patron sur le seuil. Ma meilleure amie. Scarlett, Rhys est l'homme dont je t'ai parlé hier… »
Elle regretta ses mots aussitôt qu'ils franchirent ses lèvres. Elle aurait pu se contenter d'un « Rhys, le Directeur d'Howler & Powder », au lieu de quoi venait-elle d'admettre avoir parlé de lui. Longuement, si elle devait être parfaitement honnête, ce qui avait certainement un lien avec la mine méfiante de Scarlett. À en croire l'expression extatique qu'arborait désormais Rhys, elle n'avait pas eu besoin d'ajouter de précisons pour comprendre qu'elle n'avait dit que du bien de lui.
« J'espère qu'elle a été gentille, murmura-t-il malgré tout, modeste, avant de faire passer le bouquet à une seule de ses mains pour tendre l'autre vers Scarlett. Ravi de vous rencontrer, Madame Weasley. »
Il ne fallut que quelques secondes à Ella pour savoir que Scarlett ne serrerait pas la main à Rhys. Ce n'était pas par manque de courtoisie, ou même par défiance, mais simplement parce que sa meilleure amie ne touchait presque jamais les gens volontairement. Et certainement pas les hommes. Alors elle se dressa entre eux, bousculant la main tendue de Rhys avant de tendre les siennes.
« C'est pour moi ?
- Pardon ? Bredouilla Rhys qui, même clairement surpris par sa réaction, se remit vite. Oh, oui ! Ces fleurs sont pour vous, j'espère qu'elles vous plairont même si elles ne sont pas à la hauteur de celles de votre père…
- Elles sont parfaites. Merci beaucoup, Rhys. »
En prenant le bouquet, elle éprouva une émotion si brève qu'elle fut bien incapable de mettre un nom dessus. Ce n'était pas désagréable, juste nouveau, et elle réalisa qu'elle recevait des fleurs d'un autre que son père pour la première fois de sa vie.
Un moment, le silence s'imposa entre eux, et elle ne tenta même pas de le comprendre alors que les beaux yeux bleus de Rhys l'examinaient, bien trop longuement.
Derrière elle, Scarlett se racla la gorge, brisant l'instant, et Ella s'efforça à reprendre contenance.
« Merci encore, je vais me dépêcher de les mettre dans un vase ! »
Rhys pencha la tête sur le côté, et elle prit cela pour un acquiescement. Puis, conscient qu'elle venait de le mettre poliment à la porte, il se recula d'un pas avant de lui adresser un sourire, sans plus un regard pour Scarlett, son attention toute entière fixée uniquement sur elle.
« N'hésitez pas à me le dire s'il vous manque quoi que ce soit, d'accord ? J'habite juste en dessous de vous… Enfin, de votre appartement, précisa-t-il avec un petit rire embarrassé, ses pommettes se colorant légèrement. Au numéro 6.
- D'accord, merci.
- Bonne journée à toutes les deux, mesdemoiselles. »
Il s'éloigna alors, non sans lui avoir adressé un dernier regard qui lui donna l'impression de faire une poussée de fièvre, et elle ne put s'empêcher de le reluquer une seconde de plus. Il était aussi beau vu de dos que de face, constata-t-elle. Et comme s'il savait senti son regard sur ses fesses, Rhys lui décrocha un sourire par dessus son épaule avant de disparaitre au bout du couloir.
D'un geste, elle referma la porte et manqua de faire tomber Scarlett qui ne s'était pas départi de son expression digne d'un juge prêt à condamner quelqu'un au baiser du détracqueur. Clairement, Ella était coupable d'un crime, même si elle n'était pas sûre de savoir lequel.
« C'était quoi, ça ? Gronda Scarlett en plissant les yeux.
- Ça quoi ? Répondit Ella sur le même ton, l'air si savamment innocente qu'elle en fut fière. Ça, se sont des fleurs et…
- Tu sais très bien de quoi je parle ! Quand tu m'as dit qu'il était canon hier, je pensais que tu plaisantais !
- Et maintenant, tu sais que c'est vrai ! Non mais vraiment, tu as vu ce spécimen ? On devrait le multiplier et le vendre… Allez, ne me regarde pas comme ça, tu l'as bien vu ! Admets qu'il est sexy. Promis, je ne dirai rien à Scott ! »
Scarlett la fusilla du regard, et Ella soupira, exaspérée, avant de se diriger vers la cuisine. Elle n'avait pas encore ouvert tous les placards, mais elle était presque certaine qu'aucun d'entre eux ne contenait un vase. Il n'y avait après tout que le stricte minimum. Elle lâcha un « Oh ! » ravie en découvrant qu'il y en avait bel et bien un et s'empressa de le remplir, consciente que Scarlett lui transperçait la nuque de son oeil noir.
« Et Toby ? S'écria-t-elle finalement, avant même qu'Ella puisse organiser le bouquet.
- Quoi, Toby ?
- Quoi, Toby ?! Tu… Ella Rose Nott, je t'interdis de ne serait que d'y penser ! »
Le cri de Scarlett se répercuta dans tout l'appartement et Ella sursauta légèrement, sous le choc. C'était la première fois que quelqu'un l'appelait par son prénom complet au cours d'une conversation toute bête, et elle c'était sans doute encore plus perturbant que ce « quelqu'un » soit la personne la plus proche d'elle au monde. À l'exception de son père sans doute. Qui, maintenant qu'elle y songeait, l'avait appelée ainsi quelques jours auparavant avant de plus ou moins la mettre dehors.
Cette fois encore, elle savait pertinemment ce qu'elle avait fait de mal. Et cette fois encore, parce qu'elle était viscéralement incapable d'admettre ses torts - sans savoir du quel de ses deux parents lui venait cette mauvaise habitude - elle demanda d'une voix candide :
« A quoi ne devrais-je pas penser ? »
Malheureusement, Scarlett, comme son père, n'était pas sensible à ses minauderies. Furieuse, sa meilleure amie se dirigea vers elle et l'obligea à lâcher vase et bouquet pour l'affronter. La fixant comme pour lire à travers elle -et Ella espéra sincèrement qu'elle n'avait pas ce pouvoir- Scarlett resta silencieuse, espérant apparemment qu'elle craquerait. Elle ne le fit pas. Et Scarlett secoua la tête, comme dépitée par ce qu'elle avait sous les yeux.
« Tu as vu Toby, hier, lui rappela-t-elle en fronçant les sourcils, clairement perplexe.
- Oui, je me souviens… »
Pour s'en souvenir, elle s'en souvenait. Elle avait passé toute la nuit à se retourner encore et encore dans son lit, incapable de trouver le sommeil, se répétant en boucle leur courte rencontre en essayant de comprendre ce que chacun de ses mots, chacun de ses gestes signifiait. Lorsqu'elle avait fini par s'effondrer, aux premières lueurs de l'aube, ç'avait été pour plonger dans des rêves bien trop réalistes, composés de souvenirs morcelés et de fantasmes brûlants. À son réveil, elle s'était sentie perdue, insatisfaite. Et morte de trouille.
« Tu as vu Toby, répéta Scarlett en lui prenant les mains. Tu as vu Toby, et maintenant tu bats des cils devant ce Rhys qui, non !, n'est absolument pas canon. Il est comme cet appartement ! Neuf et sans âme !
- Il pourrait poser pour le calendriers « Les Apollons du Balais », rétorqua froidement Ella.
- Alors Toby en ferait la couverture, et tu sais très bien que ce n'est pas la question ! »
Ella soupira bruyamment avant d'arracher ses mains de celles de sa meilleure amie. De quelques gestes un peu trop brutaux, elle planta le bouquet dans le vase avant de le poser sur la table basse de son nouvel appartement qui, maintenant que Scarlett l'avait dit, manquait de vie. Elle songea à ce qu'elle pourrait faire pour y remédier, priant pour que son amie abandonne la partie et qu'elles puissent discuter de la soirée de Samya de nouveau, comme si rien ne s'était passé.
Malheureusement, Scarlett n'était pas son amie la plus proche pour rien. Elle n'était pas juste une copine qui aurait pu s'esclaffer avec elle en jaugeant des qualités physiques de Rhys, avant de passer à un autre sujet tout aussi superficiel.
Non, Scarlett la connaissait.
Elle avait connu la Ella de seize ans perdue et constamment en colère. Elle avait été là lorsque son égoïsme avait fini par avoir les effets qu'elle espérait - et d'autres qu'elle ne souhaitait pas. Elle avait été là, après, lorsqu'il avait fallu qu'elle vive avec. Et jamais Ella n'avait jamais tant regretté d'avoir tout partagé avec Scarlett qu'en cet instant où elle se retrouva à devoir l'affronter.
« Tu n'as pas le droit de faire ça, déclama froidement la jeune femme au regard d'encre. Ce serait injuste. Pour toi, comme pour Toby. Ne choisis pas la solution de facilité une fois de plus, Ella, sinon ta venue ici n'aura aucun sens !
- Merci, je suis ravie de voir que ma présence te fait plaisir !
- Ne joue pas les victimes avec moi, on se connait depuis trop longtemps pour que ça prenne. Je sais très bien ce que tu veux faire, et je te dis de ne pas le faire. Ça fait déjà dix ans que ça dure, et ça devient long à force ! Tu as eu suffisamment de pis-aller pour que ce Rhys s'ajoute à la liste, peu importe son physique ou son poste. »
Ella baissa les yeux vers la table basse en verre sur laquelle se formait une trace de buée qui lui fit réaliser qu'elle avait rempli le vase d'eau chaude. Elle était une imbécile. Et pas simplement parce qu'elle allait tuer ces pauvres fleurs.
« Promets-moi d'essayer, au moins, demanda Scarlett d'une voix lasse. Promets-moi d'essayer, comme avec ta mère, même si ça te fiche la trouille… »
Ella déglutit douloureusement, la gorge nouée. Scarlett avait compris. Elle savait qu'elle était partagée entre son enthousiasme, son impatience à l'idée de revoir Toby encore et encore… Et tout le reste. Tout ce qui l'avait hantée ces dernières années, qu'importait la force avec laquelle elle tentait de l'oublier.
Elle n'avait pas compté les hommes qui avaient partagés son lit, mais elle savait qu'ils avaient été trop nombreux. Trop, parce qu'aucun n'avait eu la moindre importance, malgré l'acharnement qu'elle mettait à essayer d'y croire au moins un peu. Elle ne se souvenait presque d'aucun nom, leurs visages se mélangeaient…
Seul Toby était resté, et les souvenirs immuables de ce qu'ils avaient partagés l'espace de quelques semaines. Le bon. Et le mauvais. Leur rupture dans la pièce où ils avaient passé des heures à observer les étoiles. Les litres de larmes qu'elle avait versées ensuite. La douleur dans son regard lorsqu'il la regardait depuis l'autre bout de la Grande Salle, douleur telle qu'il n'était pas tout à fait capable de la dissimuler derrière la rage qu'il tentait de lui transmettre. Tant de choses qu'elle aurait voulues pouvoir mettre derrière elle.
« Et si ça ne fonctionne pas, cette fois encore ? Expira-t-elle en un souffle, admettant ce qui lui faisait le plus peur.
- Alors au moins, tu pourras dire que c'est vraiment fini cette fois… »
Vraiment fini. Ella laissa échapper un rire sans joie. Il était fou de constater qu'après dix années sans le voir, dix années à laisser d'autres hommes entrer dans son lit et en ressortir aussi sec, dix années sans même savoir ce qu'il devenait et avec qui il partageait sa vie, ce n'était pas vraiment fini. Et pourtant, Scarlett avait raison. Malgré leur rupture, malgré la distance, elle aurait été incapable de dire qu'elle avait mis le point final à leur histoire. Elle refusait que cela se termine juste comme ça.
« Mais ça fera mal », lui hurla une petite voix qui lui rappelait celle de la Ella de dix-sept ans qui avait préféré partir en courant que d'affronter ce qui menaçait de la blesser ou de chambouler son univers. Elle aurait voulu la faire taire, mais la voix était forte malgré sa douceur. Si forte que Scarlett parut l'entendre et que, comme pour la faire taire, elle trouva les mots justes. Des mots qui, peut-être, auraient le pouvoir de la faire fuir à son tour.
« Regarde-moi, Ella… Je suis la preuve vivante qu'on peut survivre à tout. »
Toby se débarrassa de son t-shirt trempé de sueur, son souffle erratique soulevant son torse à une vitesse qui n'avait rien d'inhabituelle - du moins pour lui. Il sortait de l'entraînement et il lui semblait que tous ses muscles tiraillaient, près à éclater. Quant à la main avec lequel il serrait sa baguette, il ne tenait même pas à la regarder de trop près. Il savait que ça ne devait pas être beau à voir, malgré les protections qu'il portait afin de ne pas finir avec une hernie.
En un panier parfait, il envoya son t-shirt dans la corbeille qui serait vidée un peu plus tard par les Elfes de Maison du Ministère qui, rémunérés, ne laissaient jamais rien trainer bien longtemps. Puis il massa sa nuque douloureuse avant de se diriger vers le casier à son nom.
Il s'arrêta net en entendant un rire qui provenait des douches, un peu plus loin et roula des yeux dans ses orbites en le reconnaissant. Encore. Secouant la tête, désespéré, bien décidé à jouer les troubles-fêtes, il s'avança sans faire de bruit vers l'endroit d'où provenaient des ricanements de plus en plus perturbant. Il ne s'approcha pas trop. Il ne tenait pas à en voir plus que nécessaire, et se fut à distance qu'il coupa l'arrivée d'eau chaude d'un simple sortilège qui glaça les tuyaux.
Une seconde plus tard, les rires se transformèrent en cris, et un rictus satisfait courba les lèvres de Toby. S'adossant nonchalamment à l'entrée des douches, il n'eut le temps que de compter jusqu'à trois avant d'entendre hurler son nom, d'une voix qu'il connaissait par coeur :
« Je vais te tuer !
- Auror Potter, Auror Finnigan, rétorqua Toby sans se départir de son sourire, Merci de respecter le règlement interdisant les douches mixtes et de sortir de là dans les trois minutes. Ne m'obligez pas à venir vous chercher.
- Sinon quoi, espèce de… »
Winnifer ne put finir sa phrase qui se termina en un marmonnement inintelligible. Toby devina que Seth avait dû la bâillonner de sa main pour qu'elle se taise. Au moins était-il un peu malin, à défaut de savoir séparer vie privée et vie professionnelle. Et sérieusement lèche-bottes, puisqu'il répondit sagement :
« Nous sortons tout de suite, Auror A.S. »
Toby secoua la tête en un rire avant de retourner à son casier d'où il extirpa une serviette. Il avait besoin d'une douche, et il escomptait bien la prendre seul. Il croisa une Winnifred furieuse - ou frustrée, sans doute par sa faute - et un Seth rouge de honte ; et leur décrocha le plus critique des regards sans un mot. Gamine, sa protégée lui tira la langue en serrant sa serviette autour d'elle, et il sut qu'elle lui ferait payer cette petite humiliation. Voilà qui risquait d'être amusant…
Toutes ses pensées s'évanouirent aussitôt qu'il fut sous l'eau qu'il ne prit même pas la peine de réchauffer. Le froid faisait du bien à ses muscles engourdis de fatigue, même s'il se doutait qu'une potion serait nécessaire. Il y était allé trop fort ce jour-là, mais son Directeur avait refusé de lui donner une nouvelle mission sur laquelle travailler sous-prétexte qu'il n'avait pas pris de repos depuis trop longtemps. Sa seule distraction avait donc consisté en un entrainement censé le débarrasser de sa frustration. Et de son angoisse.
Plus que quelques heures, songea-t-il, incapable de ne pas y songer plus longtemps. Il n'avait pas pu dormir de la nuit, ni penser à autre chose qu'à la soirée qui l'attendait. Et à la nouvelle invitée qu'il y croiserait après l'avoir mille fois mise en scène dans ses rêves. Lancer des sortilèges à ses coéquipiers et tourner en boucle dans les parcours les plus compliqués de la salle d'entrainement des Aurors lui avait permis de se distraire au moins un peu. Jusque là.
Un soupir lui échappa et il appuya son front contre le marbre glacé. Il aurait subitement voulu redevenir celui qu'il avait été bien des années auparavant, à Poudlard, lorsqu'il avait rencontré Ella pour la première fois. Il était alors sûr de lui, même s'il restait prudent. D'ordinaire, c'était toujours le cas, c'était facile même de séduire les femmes qui lui plaisaient - ou encore celle qu'il devait attacher et arrêter. Il ne doutait jamais d'arriver à ses fins.
Avec Ella, les choses lui paraissaient infiniment plus complexes. Et il redoutait d'y laisser une nouvelle part de lui-même, une part qu'il n'était pas sûr de pouvoir perdre. Il aurait pu se contenter de prendre les choses à la légère, mais là encore, était conscient d'en être incapable. Il était impensable à ses yeux de ne pas se lancer entièrement… C'était tout, ou rien. Comme autrefois. Comme toujours lorsque cela la concernait elle.
Il éclata d'un rire sans joie qui se répercuta en échos contre les murs qui l'entouraient. Il devait être masochiste, il ne voyait pas d'autres explications. Il ne put s'attarder davantage sur cette réalité que l'eau glacée devint brulante et un grognement de douleur associé à un juron quitta ses lèvres.
« Qu'est-ce que… ? »
Un gloussement retentit dans son dos alors qu'il s'éloignait rapidement du jet d'eau en secouant la tête, projetant des gouttelettes tout autour de lui.
Maudite Potter ! La revanche était arrivée bien plus vite qu'il ne l'avait escompté.
« Vengeance ! Cria-t-elle avant de partir en courant, riant comme une gamine alors qu'il énumérait tous les gros mots de sa connaissance.
- T'es morte, Potter ! »
Il se retourna, prêt à l'insulter et se figea net. Et jura encore. Il croisa le regard rempli d'un mélange d'exaspération et de mépris de son patron et comprit qu'il allait se faire taper sur les doigts. Une fois de plus. Cette fois, avec raisons - on ne menaçait pas de mort ses subalternes, même pour rire, même lorsqu'il s'agissait de vos amis… Et encore moins devant le Directeur du Bureau des Aurors.
Toby éteignit l'eau qui coulait encore, et baissa légèrement la tête pour saluer Loyd Dawlish. Il aurait dû lui montrer un peu plus d'égard, mais ne tenait pas trop à faire une révérence entièrement nu. Certainement pas devant cet homme pour lequel il n'avait que peu de respect. Dawlish le lui rendait bien.
Lorsqu'il était arrivé au département de la justice magique à sa sortie de Poudlard, Toby avait su que les choses ne seraient pas simples pour lui. Peu importait qu'Harry Potter lui-même ait écrit une lettre de recommandation à son sujet - seule raison pour laquelle il avait été accepté - il restait un Malefoy. Et ce nom était tout sauf un symbole de justice.
Il s'était accroché, en grande partie par orgueil mais aussi parce qu'il sentait qu'il était doué pour ça. Les autres n'avaient pas tardé à le comprendre également, et de « fils de Mangemort » il était passé à « l'homme à abattre ».
Sa fierté avait empêché Toby de leur céder. Peu lui importait alors que personne ne veuille s'entraîner avec lui ou être dans son équipe lorsqu'ils partaient pour de petites missions de reconnaissance. Peu importait aussi les farces idiotes, la disparition des affaires dans son casier ou les petites piques. Il était le meilleur, et il faisait tout pour rester à sa place de premier. C'était ainsi qu'il avait réussi haut-la-main le concours d'entrée au sein de la Police Magique, puis qu'il s'était qualifié pour l'entraînement d'Auror ensuite. Et c'était en dépit de son nom et des bâtons qu'on lui mettait dans les roues qu'il était devenu l'Auror au plus haut taux de réussite du Ministère.
Ses collègues avaient fini par l'accepter en comprenant qu'il ne craquerait pas, et qu'au lieu de l'affaiblir, leurs blagues le rendaient un peu plus sûr de lui. Il n'était pas proche d'eux, mais au moins le respectaient-ils.
« Je vois que vous vous amusez bien, Auror Malefoy… Même si votre protégée ne semble pas avoir la moindre estime pour votre gallon de capitaine. »
Tous, sauf Dawlish, se corrigea mentalement Toby. Ses coéquipiers respectaient son rôle de chef d'escouade, l'écoutaient sans discuter et auraient été prêts à tout pour lui. Dawlish, lui, n'attendait que sa prochaine erreur pour le renvoyer, quand bien même avait-il des gens influents de son côté - même le Ministre l'appréciait, Toby le savait.
« Monsieur le Directeur, répondit donc simplement Toby, refusant de tomber dans le panneau, ou de se sentir embarrassé - même si sa nudité n'aidait pas.
- Vous alliez partir ?
- Oui, ma journée est finie…
- J'ai une mission pour vous. »
Il se fichait de lui ? Il avait passé la journée à attendre que quelque chose se passe, et voilà qu'alors même qu'il avait terminé et s'apprêtait à rentrer chez lui se préparer pour la soirée, Dawlish décidait subitement de se souvenir de son existence. Toby essaya de ne pas montrer à quel point cela l'agaçait et récupéra sa serviette pour se sécher.
Il devait partir. Pour la première fois depuis des années, il avait fait des projets qui l'enthousiasmaient. Il n'avait aucun intérêt pour les baby-showers - il n'était même pas sûr de savoir en quoi cela consistait et craignait le pire. Mais il avait dit à Ella qu'il serait présent et comptait bien tenir sa promesse. Il voulait absolument la revoir et poursuivre leur conversation. Qu'importait où cela le conduirait ensuite. Il fallait qu'il y soit.
« De quoi s'agit-il ? S'enquit-il néanmoins, autant par curiosité que pour trouver un moyen de se défiler.
- Un travail de routine.
- Je suis persuadé que quelqu'un d'autre pourra s'en charger, dans ce cas. J'ai des projets, Monsieur. »
Il insuffla à ce « Monsieur » autant de mépris que possible sans mériter un blâme - il en avait déjà bien trop à son actif - et attendit une réaction qui ne se fit pas attendre.
« Je suis surpris de savoir que vous avez une vie en dehors du travail, Auror Malefoy. Comment vous appellent vos collègues déjà ? Auror… Ass ?
- C'est A.S., corrigea Toby en épelant les lettres, quand même bien savait-il pertinemment que son directeur tentait juste de le faire sortir de ses gonds. Mais je peux comprendre la méprise… La vision de mes fesses en troublerait plus d'un, ne soyez pas embarrassé. »
Dawlish s'empourpra si violemment que Toby dût faire mine de se sécher le visage pour dissimuler son sourire. Merlin, il était parfois si facile d'être mesquin. Être un Malefoy avait ses avantages, agir aisément en mauvais garçon n'en était pas des moindres.
Il entoura finalement sa serviette autour de ses hanches pour cacher les fameuses fesses qu'il venait d'évoquer et revint à son patron. Ce dernier s'était vite repris. Malgré son absence de partialité, Dawlish était un bon Auror, avec les facultés de récupération que cela supposait. Toby sut instantanément que sa petite moquerie se retournerait contre lui, et il se maudit brièvement. D'accord, il aurait vraiment dû apprendre à se taire. Un jour, peut-être…
« Je me remettrais de cette vision peu impressionnante, Auror Malefoy, soyez-en rassuré. Quoi qu'il en soit, poursuivit-il, un sourire glacial tordant sa bouche, Je vous ai déjà mis sur l'affaire. Alors à moins que vous ne souhaitiez remettre en question mon autorité en passant au-dessus de moi, ce qui vous coûterait votre septième blâme de l'année, je vous demanderais d'aller enfiler votre tenue et de réunir votre équipe. »
Toby serra ses poings derrière son dos, résistant difficilement à son envie de l'envoyer en plein dans la mâchoire carré de ce pitre. Mais il n'avait pas le choix. Il aurait pu aller se plaindre à Kingsley, mais il n'avait plus beaucoup de cartes à jouer de ce côté là, et préférait les garder pour une situation d'urgence vitale. Alors il acquiesça, déjà prêt à tout pour régler cette affaire le plus rapidement possible afin de rejoindre la soirée et Ella. Pas question de se défiler.
« Nous sommes donc d'accord ? » Ajouta Dawlish, tout fier de lui, baignant dans son autorité que Toby envisageait de plus en plus de lui voler un jour.
Et parce qu'il était un Malefoy, et qu'il était dans l'incapacité absolue de partir en laissant son patron avoir le dernier mot, il répondit simplement, d'un ton aussi narquois que possible :
« Tout à fait d'accord, Monsieur. Loin de moi l'envie de vous passer au-dessus… »
Scott se surprenait parfois en observant Ella à penser « ma soeur », bien qu'elle ne l'ait jamais réellement été à ses yeux. Ce n'était pas une question de liens du sang - ils partageaient la moitié de leur A.D.N. après tout - et pas non plus en rapport avec l'affection qu'il lui portait - il l'appréciait désormais, ne serait-ce que pour Scarlett. Non, il s'agissait davantage d'une habitude ancrée en lui depuis l'enfance : il n'avait qu'un petit frère, et il était l'aîné de sa fratrie.
Et pourtant…
« Je vous présente Ella, ma grande soeur », s'entendit-il prononcer alors qu'il la présentait aux gens qu'elle ne connaissait pas à cette soirée qui lui semblait être un concours de celui qui aurait mieux réussi sa vie.
Ella lui décrocha un regard étonné, mais -Merlin merci !- évita tout commentaire alors que Scarlett souriait de toutes ses dents, fière de lui. Il se doutait qu'il entendrait parler de ce lapsus jusqu'à la fin de ses jours, et se contenta d'espérer qu'il n'atteigne pas les oreilles de sa mère.
Timothy évidemment, appelait Ella « ma soeur » depuis toujours, sans que personne ne lui fasse la moindre remarque. Mais il n'était qu'un petit garçon lors de leur rencontre, et il s'était adapté sans efforts, comme seuls les enfants savent le faire. Contrairement à Scott qui n'avait eu de cesse que de faire de la vie d'Ella un enfer, blessant parfois Scarlett sur le passage. Y penser lui donner envie de se filer des claques, comme toujours, envie qui se renforça aussitôt qu'il croisa le regard de Maïa Londubat à travers la pièce.
Dix ans plus tôt, il avait espéré pouvoir rebâtir l'amitié qu'ils avaient partagée durant toute leur enfance, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux de Scarlett. Mais ça ne s'était jamais fait. Peut-être parce que Maïa était têtue, ou peut-être simplement parce qu'il n'avait pas vraiment fait d'efforts en ce sens, mais leur relation était devenue tout juste polie au cours des années. Il se disait parfois qu'elle lui manquait un peu, tout en sachant que leur relation ne pourrait jamais redevenir celle qu'elle avait été.
Il sentit la main de Scarlett se mêler à la sienne, attirant de nouveau son attention alors qu'Ella discutait avec quelques unes de leurs connaissances. Il lui semblait que leur cercle d'amis n'avait pas réellement évoluer depuis Poudlard : leurs proches faisaient partie de leurs condisciples de l'époque, ou étaient les enfants des membres de l'Ordre du Phénix. Mais au long des années, quelques collègues, ainsi que les maris et femmes des autres s'étaient peu à peu ajoutés avec leur groupe. Ella paraissait à son aise, même si elle ne cessait de regarder la porte, en attente de l'arrivée de la seule personne qui l'intéressait, et il faillit la taquiner. Puisqu'il venait de l'appeler publiquement sa soeur, il préféra se taire.
« Ella Rose Nott ! »
Le cri de Samya interrompit toutes les conversations, et tous se tournèrent vers elle alors qu'elle s'approchait, tirant Charlie sans prêter la moindre attention à leurs autres invités. Ella écarquilla les yeux lorsque Samya l'enlaça, si violemment qu'elle émit un petit geignement de douleur en grimaçant. Charlie paraissait aussi désolé qu'amusé, et se pencha vers son neveu pour l'informer :
« Sa grossesse la rend très tactile… Et elle a décidé d'aimer tout le monde.
- En bref, elle est ivre, se moqua Scott alors que Samya broyait Ella dans une étreinte mortelle.
- Si seulement… Je crois qu'elle sera comme ça les six prochains mois. Ça ne me pose pas de problèmes en privé, mais j'aimerais vraiment qu'elle arrête de tripoter tout le monde. »
Scott s'esclaffa avant de grimacer lorsque Samya lâcha Ella pour tenter d'embrasser Scarlett. Sa femme perdit aussitôt toute couleur, mais il fut suffisamment rapide. Il serra sa main plus fort pour l'attirer dans ses bras, et les referma sur elle aussi sec comme pour former une barrière protectrice autour d'elle. Elle s'agrippa tout naturellement à lui alors que Samya embrassait l'espace vide où elle s'était trouvée un peu plus tôt.
« Mais que… s'étonna leur hôtesse avant de froncer les sourcils.
- Tout le monde ne veut pas t'embrasser, chérie, rappela Charlie en secouant la tête, dépité.
- Et pourquoi ça ?! »
Elle paraissait presque offusquée, et Scott craignit le pire en la voyant se tourner vers lui.
« Et toi, Scotty ? Un bisou ? En souvenir du bon vieux temps ?
- Non, ça va aller, merci, répondit Scott sans prêter attention à son oncle qui demandait de quel « bon vieux temps » elle parlait. Bon… On se voit plus tard ! »
Il entraîna aussitôt Ella et Scarlett aussi loin que possible de la potentielle zone de dispute, et lâcha un soupir de soulagement en atteignant un endroit plus sûr. Là où personne ne menaçait de l'embrasser ou d'enlacer sa femme allergique aux contacts physiques de la part des gens dont elle n'était pas proche. Il lui demanda si ça allait d'un seul sourire et elle le remercia d'un baiser. Heureusement, elle supportait son contact à lui. Mieux que ça, elle l'adorait.
« Je m'attendais à ce que les Weasley soient présents, commenta Ella en observant les lieux. Au moins Ron et tes oncles.
- Samya a interdit à Charlie d'inviter quiconque de plus de trente ans ! Elle a dit que c'était une baby-shower, pas une papy-shower… (Les filles ne purent s'empêcher de rire.) Il y aurait davantage de monde si les plus jeunes n'étaient pas à Poudlard.
- Mais au moins, on évite le spectacle d'horreur de la dernière fête, précisa Scarlett en frémissant de dégoût.
- De quoi est-ce que tu parles ?
- Timothy et Nyx. Je t'en ai parlé dans ma dernière lettre ! Je te jure que c'est abominable de les voir s'embrasser. Je n'ai jamais vu autant de langues de ma vie… Je sais qu'ils n'en ont que deux, mais elles ont l'air de se multiplier et n'arrêtent pas d'entrer et de sortir et…
- Arrête d'en parler, la supplia aussitôt Scott. Vraiment, ça va me couper l'appétit ! »
Il les vit échanger un regard, de ceux qui prévoyait un bon flot de moqueries. Il les connaissait par coeur, ou du moins savait-il reconnaitre leur expression. Les voir toutes les deux était tout un spectacle, elles semblaient toujours étonnamment se comprendre, et rien que pour cela, il savait qu'Ella ferait partie de sa vie à tout jamais. Pas parce qu'elle était sa soeur d'un point de vue biologique, mais parce qu'elle était si chère au coeur de la femme qu'il aimait. Même quand celle-ci se fichait de lui en l'occurence.
« Si seulement ! »
Ella se demandait laquelle de ses inquiétudes finirait par la submerger, et à laquelle elle devait la priorité.
La première se tenait à côté d'elle et souriait sans que ses yeux soient de la partie. Un sourire de façade qu'elle avait vu à de multiples reprises sur le visage de sa meilleure amie et qui ne la quittait plus vraiment depuis le début de la soirée. À l'exception du câlin-sauvetage de Scott, Scarlett avait l'air de vivre un Enfer.
La seconde n'était pas encore arrivée, malgré l'attention qu'elle prêtait à la porte d'entrée qui restait fermée. La fête avait commencé depuis plus d'une heure, et Toby n'était toujours pas là, ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose : il ne viendrait pas… Et c'était de sa faute.
« Tu crois qu'elle lui manque ? »
La voix sombre de Scarlett l'aida à faire un choix. Sa priorité se tenait à ses côtés, et sans doute n'aurait-elle même pas dû en douter. Elle suivit donc le regard de son amie qui observait Scott un peu plus loin. Il discutait avec un petit groupe constitué presque exclusivement de Weasley. Maïa Londubat était l'exception. Et le problème.
« Pourquoi est-ce qu'elle lui manquerait ?
- Elle a eu des jumeaux l'an dernier, je te l'avais dit ?
- Scarlett… soupira Ella avant de se dresser face à sa meilleure amie, interrompant ainsi sa surveillance malsaine. Tu me demandes si Maïa manque à Scott ou si son utérus manque à Scott ? Parce que ce sont deux choses totalement différentes… Même si dans les deux cas, la réponse est non. Évidemment que non !
- Je crois que tu te trompes.
- Et moi, je suis sûre d'avoir raison. Comme toujours ! »
Ella fut heureuse de voir un petit sourire apparaitre sur les lèvres de Scarlett. Malheureusement, il disparut bien trop vite, alors que la voix de Maïa traversait la pièce. Ella jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule. Maïa riait à gorge déployée, sa main posée sur l'avant-bras de Scott comme pour attirer son attention ou s'accrocher à lui, et Ella envisagea que sortir sa baguette pour ensorceler la jeune blonde pouvait être un bon plan.
« Je crois que l'idée d'elle lui manque, chuchota Scarlett du bout des lèvres, et Ella reporta son attention sur elle, remettant ses projets meurtriers à plus tard. Tu sais, comme quand tu te demandes à quoi aurait ressemblé ta vie si tu avais fait des choix différents… Je me demande souvent comment j'aurais grandi si mes parents avaient fui la guerre au lieu d'y participer, ou si Scott serait tombé amoureux de moi si tu n'avais pas débarqué dans nos vies, ou encore…
- Je le fais moi aussi, avoua Ella en prenant la main de son amie dans la sienne. Je me demande comment je serais si j'avais grandi avec mon père et ma mère, ou où j'en serais maintenant si j'étais restée il y a dix ans… On joue tous à ce petit jeu du « si », Scarlett, et même si Scott le fait aussi, ça ne veut dire rien. C'est juste un réflexe humain totalement idiot.
- Et si je le quittais maintenant, est-ce qu'il serait plus heureux ? »
Ella sentit son coeur se serrer. C'était la première fois que Scarlett prononçait ces mots à haute-voix, et même si Ella s'y était attendue, elle eut l'impression de recevoir un coup. Elle savait que ça n'aurait pas tant dû la toucher. Après tout, Scarlett et Scott étaient des adultes, ils pouvaient bien régler leurs problèmes seuls.
Mais elle ne pouvait pas les laisser tomber. Jamais Scarlett ne retrouverait quelqu'un comme Scott. En fait, elle n'essaierait même pas. Il lui fallait du temps pour faire confiance, pour s'adapter, et plus encore pour laisser quelqu'un la toucher comme il le faisait. Ils avaient pris du temps avant de dépasser le stade des baisers, et Ella redoutait que Scarlett n'ait plus cette patience ou même cette envie avec un autre.
Quant à Scott… Peut-être pourrait-il rencontrer une autre femme. Il lui coûtait de l'admettre, mais il était devenu plutôt séduisant avec l'âge. Il ressemblait à son père, grand, solide, il lui faisait un peu l'impression d'un nounours rassurant. D'autres femmes pourraient bien s'intéresser à lui. Mais Ella se doutait que lui ne leur adresserait pas un regard.
Ils s'aimaient, tout simplement. Et elle refusait qu'ils fassent une croix sur leur relation. Ils pouvaient vivre sans enfants, ou trouver d'autres moyens d'en avoir. Ils ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre. De plus, Ella avait encore un peu d'espoirs, et même si elle s'était promis de ne pas évoquer le sujet trop tôt avec Scarlett, refusant de la décevoir ensuite si tout ne se déroulait pas selon ses plans, elle s'entendit répondre :
« Si c'est cette histoire de bébé, Scarlett, ne baisse pas les bras maintenant, d'accord ?
- Pourquoi ? Rétorqua Scarlett, le regard soudain humide. Sois réaliste, Ella, je ne peux pas avoir d'enfants, alors pourquoi est-ce que je perdrais du temps à y croire encore ?
- Parce que je pourrais… »
La porte d'entrée s'ouvrit brusquement et les paroles d'Ella furent noyées par le volume sonore qui doubla subitement. Scarlett haussa un sourcil curieux, et Ella suivit son regard pour contempler les nouveaux arrivants : un groupe de jeunes d'une vingtaine d'années, tous d'anciens Gryffondor bruyants, menés par une rouquine plus tapageuse que les autres. Rouquine qui, après avoir fouillé la pièce du regard, se dirigea vers le coin où Scarlett et elle s'étaient réfugiées afin de se ressourcer un peu.
« Ella ! Tu m'as manquée ! S'écria Winifred avant de la serrer contre avant d'adresser un petit signe de la main à Scarlett, consciente qu'elle n'aurait pas de câlin ce jour-là. Quand papa m'a dit que tu étais revenue pour de bon, j'ai cru qu'il plaisantait, mais… te voilà ! »
Ella s'esclaffa sous le débit de Winifred qui avait toujours été bien trop bavarde. La jeune fille faisait partie des rares personnes qu'elle avait continué à voir au long des années, mais elle s'étonna malgré tout des changements qui s'étaient opérés depuis leur dernière rencontre. Winifred était toujours plus petite qu'elle d'une bonne tête, mais elle avait perdu de ses formes.
« C'est un muscle que je vois là ? S'écria-t-elle en tapotant le bras de Winnifred qui pouffa avant d'expliquer :
- L'entraînement d'Auror ! J'ai découvert que j'avais des muscles à des endroits où je ne savais même pas que c'était possible ! Et pire, qu'ils peuvent faire mal ! »
Ella partagea son rire sans pouvoir s'empêcher de regarder derrière elle, en l'attente de la seule personne qui lui manquait. Elle savait avant de venir qu'Hypérion ne serait pas présent, et maintenant que Winifred avait rejoint la fête, toutes les personnes - de moins de trente ans comme le désirait Samya - qu'elle connaissait en Angleterre étaient dans la même pièce. Toute sauf…
« Où est Toby ? »
Ella se demanda si la question avait franchi ses lèvres sans qu'elle ne le veuille, puis réalisa que sa meilleure amie avait simplement lu dans ses pensées. Et l'avait sauvée de l'humiliation en prime. Elle la remercia d'un clin d'oeil discret, et reporta son attention sur Winifred qui haussa les épaules.
« Il doit encore être en mission, je suppose !
- En mission ? Tout seul ?
- Non, avec le reste de l'équipe.
- Le reste de l'équipe dont tu es censée faire partie ? » Rétorqua Scott en apparaissant derrière elle.
Scott déposa un baiser rapide sur le front de sa petite cousine qui eut la courtoisie de paraitre embarrassée avant d'avouer :
« Il se peut que j'ai fait mine de ne pas l'entendre quand il m'a interdit de quitter le Ministère. Il se peut aussi que je sois partie en courant quand il m'a demandé d'enfiler mon uniforme…
- Et il se peut que tu reçoives une punition demain, se moqua Scott avant de lui étouffer les cheveux.
- Oh, ça va ! C'est ma première soirée de libre depuis des semaines ! Et puis, ça m'étonne qu'il ne soit pas déjà là… Je pensais qu'il se serait débarrassé du dossier rapidement. J'ai même fait exprès de trainer à l'appart' avec Seth pour lui montrer que je ne m'étais pas trop amusée avant qu'il débarque. »
Winnifred grimaça avant de se mettre sur la pointe des pieds comme pour s'assurer que Toby était bien absent, et Ella sentit une pointe d'angoisse l'étreindre. Elle était au courant que le travail de Toby était dangereux, elle l'avait toujours su, mais elle se rendit tout à coup compte de ce que cela signifiait vraiment. Il pouvait ne pas venir du tout, parce qu'il se retrouverait à Sainte-Mangouste ou…
« Après, ça ne m'étonnerait pas de l'Auror A.S. qu'il ne vienne pas du tout ! Grommela Winnifred sur un ton blasé. Ce rabat-joie…
- A.S. ? répéta Ella au moment même où Scarlett marmonnait :
- Arrête de l'appeler comme ça, Winnifred, il déteste ce surnom.
- C'est un nom de code, pas un surnom. D'ailleurs, j'ai choisi le mien : Auror Winner ! Ça me portera chance. Alors si vous croisez des Aurors à partir de maintenant, appelez-moi comme ça, ils s'y habitueront et ça deviendra officiel…
- A.S. ?! »
Ella s'en voulait un peu d'insister, mais elle était réellement curieuse. Depuis quand Tobias Malefoy était-il rabat-joie, après tout ? Et depuis quand permettait-il à quiconque de lui donner des noms de code qu'il détestait. Cela ne ressemblait en rien au Toby qu'elle connaissait : il aurait envoyé dans le décor le premier imbécile venu qui ose l'appeler « Tob ».
Winnifred ne répondit pas illico, et Ella crut qu'elle ne ferait pas, prise d'une soudaine magnanimité, avant de comprendre que la rouquine souhaitait juste faire monter le suspens. Scarlett leva les yeux au ciel alors que Scott ricanait - à ce qu'Ella en savait, les deux hommes ne s'entendaient toujours pas, et elle se doutait qu'il aimait entendre l'explication du surnom honni.
« Pour la petite histoire, au début de sa formation, tout le monde détestait Toby, commença Winnifred d'une voix calme, comme si elle présentait le bulletin d'information d'une radio sorcière, et Ella devina qu'elle avait raconté cette histoire suffisamment de fois pour en faire un vrai discours bien rodé. Selon la personne à qui vous poseriez la question, l'explication serait différente. Pour tout le monde, la faute en revenait à son nom de famille… Pour Toby, tout le monde était jaloux de son incroyable perfection ! »
Ella faillit s'étouffer en cachant son rire. Voilà, là c'était le Toby qu'elle connaissait. Ou plutôt celui qu'il laissait aux autres le loisir de connaitre, même s'il était bien plus qu'un Malefoy arrogant et trop sûr de lui à ses yeux.
« Quoi qu'il en soit, le temps a passé et les tensions ont fini par s'apaiser. Vous pourriez penser qu'alors, Toby s'est lancé à corps perdu dans le travail d'équipe, heureux d'enfin être accepté… Et non ! Vous vous tromperiez totalement !
- Winnie, abrège, bougonna Scott en passant son bras par-dessus les épaules de Scarlett. Je commence à m'endormir.
- C'est parce que tu ne tiens pas à l'alcool, mon histoire est passionnante ! Bref ! Où en étais-je ? Ah oui, donc, Toby était invité aux fêtes, aux soirées, aux déjeuners, partout ! Et il refusait. Encore et encore et encore… Jusqu'à ce qu'un jour, les autres Aurors comprennent enfin le problème ! »
Winnifred s'arrêta net, s'assurant que son auditoire était captivé. Elle avait perdu Scott et Scarlett qui se chuchotaient des mots doux, confirmant à Ella qu'elle avait bien fait de ne pas accepter de vivre chez eux. Elle était peut-être heureuse qu'ils soient aussi amoureux, mais elle n'avait pas besoin d'entendre les témoignages de leur amour.
« Quel était le problème, alors ? Demanda Ella à Winnifred qui parut un peu déçue de n'avoir qu'un spectateur, et conclut d'une voix atone :
- Toby n'aime pas les gens.
- Il… Attends, quoi ?
- Toby n'aime pas les gens. La plupart du temps, il les méprise. Souvent, ils l'ennuient. Bref, il ne les aime pas. Du coup, il ne répond jamais aux invitations. Tu n'imagines même pas les trésors de manipulation dont je dois faire preuve pour qu'il accepte juste de déjeuner avec notre équipe le midi. Et il lève les yeux au ciel à chaque fois que l'un d'entre nous ouvre la bouche. Sauf moi, évidemment… Mais il m'aime bien, ça aide.
- Et… A.S. ?
- Anti-Social, acheva Winnifred avant de ricaner. Il déteste vraiment qu'on l'appelle comme ça. Mais il faut admettre que ça lui va comme un gant… »
Ella aurait voulu demander des détails, mais déjà Winnifred se faisait alpaguer par ses amis et entrainer à l'autre bout de la pièce. Ella la suivit des yeux, des questions plein la tête, essayant de comprendre comment Toby pouvait être devenu assez individualiste pour mériter un tel surnom.
Si elle devait se montrer honnête, Toby n'avait jamais été du genre sociable. À Poudlard, il n'avait qu'une amie : Samya. Et leur relation tenait plutôt de la complicité malsaine que de la sincère amitié. En dehors d'elle, et de Winnifred avec laquelle il s'entendait déjà bien à l'époque, il ne fréquentait que les filles avec lesquelles il couchait.
Cependant, jamais elle ne l'aurait qualifié d'asocial pour autant, parce qu'alors il tenait le change. Il faisait au moins semblant, échangeait avec les autres étudiants - même si c'était pour les remettre à leur place - et les professeurs - pour les agacer. Et…
« Il ne parlait qu'à moi. »
Ella s'entendit chuchoter cette phrase. Elle avait eu besoin de la formuler à voix haute, comme pour l'imposer, la comprendre et être sûre de ce qu'elle avançait. Elle n'eut pas à la répéter pour savoir qu'elle avait raison.
Elle avait été la première personne à obtenir une explication concernant les cicatrices qui déchiraient son dos. La seule à qui il avait raconté tout ce que Lucius lui avait fait subir, tout ce qui lui avait fait faire. La seule à qui il avait parlé tout simplement, sans maintenir le masque de Malefoy avec lequel il affrontait le reste du monde.
« Ella ? Ella, tu vas bien ? »
Elle sentit la main de Scott se poser sur son épaule, mais ne prit pas la peine de lui répondre. Elle préférait ne pas mentir, et n'avait aucune idée de la meilleure façon de résumer la vérité. Elle n'allait pas mal. Elle se demandait juste si c'était de sa faute. Si Toby était devenu « L'Auror Anti-Social » parce qu'il n'avait plus eu personne avec qui parler. Parler vraiment.
Elle essaya de se dire qu'elle se donnait trop d'importance, qu'elle se prenait une fois de plus pour le centre du monde et que son égocentrisme risquait de la conduire en erreur. Mais une petite voix au fond d'elle lui suggérait également qu'elle avait raison, même si elle n'avait qu'une seule façon de vraiment le savoir.
Elle devait lui poser la question, à lui, le seul à pouvoir lui répondre sincèrement.
Et comme si le destin souhaitait lui offrir une réponse immédiate, la porte s'ouvrit une fois de plus, et elle n'eut même pas besoin de se retourner pour savoir que c'était lui. Ça ne pouvait être que lui, après tout. L'expression de Scarlett le lui confirma, comme celle de Scott qui plissa le nez comme pour affronter une odeur désagréable.
Alors Ella fit volte-face et ouvrit grand les yeux, effarée.
Sur le seuil, dans une tenue d'Auror couverte de terre et de sang, Tobias Malefoy venait de faire son entrée. Une entrée qui ne pouvait qu'être remarquée. Une plaie lui marquait la joue, il arborait un oeil au beurre noir et ses cheveux étaient plus dépeignées que ceux d'Harry Potter lui-même, mais il était bien là.
D'un coup d'oeil, il sembla englober toute la pièce, puis, comme s'il n'avait qu'une seule et unique raison de se trouver là, il arrêta son regard sur elle. Ella eut un léger mouvement de recul, irrépressible, et son corps tout entier lui hurla de courir. C'était maintenant ou jamais.
Elle resta plantée là pourtant, incapable de bouger, et un petit rictus en coin illumina le visage de Toby qui quitta le seuil sans même prendre la peine de refermer derrière lui.
Ella entendit Winnifred marmonner que la mission avait dû être drôlement plus intéressante que prévue, puis Samya cria « Ne marche pas sur le tapis ! », mais elle ne les écouta pas vraiment. Son regard accroché à celui de Toby, elle le vit avancer d'un pas conquérant, fendant la foule de gens qui s'écartèrent sur son passage en lui demandant s'il allait bien, s'il avait besoin d'un Guérisseur. Il ne les écouta pas non plus, et alors même qu'il était évident qu'il souffrait, il ne ralentit pas une seule fois en traversant la pièce.
Jusqu'à elle.
Il lui sembla que le temps s'arrêtait lorsqu'il l'atteignit, bien plus proche que ce que la courtoisie autorisait. Ella entendit Scarlett retenir son souffle derrière elle et Scott marmonner une insulte qui ne paraissait être destinée à personne. Puis Toby lui sourit, malgré la douleur qu'elle lisait sur son visage, et comme si de rien n'était, comme s'il ne semblait pas revenir d'une bagarre avec un chien à trois têtes, il prononça tout naturellement :
« Je t'avais dit que je viendrais. »
Note _ Euuuuh... Alors oui Toby, tu l'avais dit, mais la prochaine fois prend au moins le temps d'avoir l'air normal, steuplé ! xD Ce garçon il débarque tout ensanglanté, il me fatigue...
Petites questions _ 1. Alors euh... Rhys ? Est-ce que vous pensez que ce nouveau personnage va vous plaire ? et plus important, qu'il plait un peu trop à Ella pour que ça ne provoque pas quelques tensions uhmuhm ? ; 2. Avez-vous secoué la tête en mode dépité quand Hermione demande si Théo va bien genre Ella n'a aucune importance ? XD (Je vous jure, même moi j'étais blasée... Les priorités...) Et pensez-vous que ça va bien - ou au moins mieux ? - se passer entre elles ? ; 3. Est-ce que vous aussi vous vous dites que franchement, Winifred exagère ? On ne s'envoie pas en l'air dans les vestiaires quand même ! u_u' Ils sont intenables ces gosses... ; 4. Heureuses de l'évolution de la relation Scott/Ella ? (après tout ce temps quand même...) Moins de la Scarlett/Scott parce que franchement... ça sent pas un peu le roussi tout ça ? ; 5. Alors... Toby ? Est-ce qu'il va bien à votre avis ? (spoiler = quand on arrive en sang à une soirée, on va pas bien xD)
Dans le prochain épisode _ Une baguette cassée, Sainte-Mangouste, une surprise de taille, une poignée de main, de la tension, un t-shirt & des ciseaux, et des courgettes qui forment un lien... (ça n'a aucun sens XD)(enfin, ça en a pour moi mais pour vous... bon courage !)
Voili voilouu ! Des bisous (de loin) contre des reviews !
Bewitch_Tales
