Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...

Genre _ Romance / Famille / Suspens.

Rating _ M ... :P

Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...

Note de l'Auteure _ Uhm uhm... On ne dira rien sur le temps que je mets à poster - j'étais tellement plus organisée à une autre époque, je me fatigue... Mais le chapitre est enfin là, le suivant est prêt également donc... ça devrait aller mieux au moins pour cette fois. (On y croit !)

Bonne lecture à tous ! :P


Ellarosa - Vermelha

.

Chapitre 6

« Les choses les plus difficiles à confesser ne sont pas les crimes, mais les actes ridicules et honteux. »

Jean-Jacques Rousseau.

.

Hermione posa une tasse de thé sur la table de la cuisine, juste devant Ella qui ne la quittait pas des yeux. Si elle n'avait pas eu l'air aussi perturbée, sans doute Hermione lui aurait-elle servi du café, mais à en croire les tremblements intempestifs des mains de la jeune femme, elle était déjà suffisamment nerveuse. Du thé donc, qu'Ella fixa une seconde avant de reporter son attention sur le visage de sa mère.

Hermione avait cru qu'elle était là pour parler de l'article. Évidemment, cela ne la concernait pas vraiment, mais après tout, Ella aurait pu avoir besoin de conseils pour savoir comment gérer la situation. Puis, elle avait proclamé d'une voix tendue qu'elles devaient aborder le « Sujet Tabou ».

Théo.

Hermione avait compris dès leur première rencontre au Ministère, deux semaines auparavant, qu'Ella ne souhaitait pas qu'elles parlent de son père. Cela s'était confirmé à leur premier déjeuner ensemble, puis lorsqu'elles s'étaient vues au Terrier. Dès qu'Harry avait demandé des nouvelles de Théo, Ella lui avait jeté un regard réfrigérant et avait attendu qu'elle s'éloigne pour répondre à la question.

Ella s'était peu à peu ouverte à elle, mais son père restait hors limite. Hermione pouvait le comprendre. Elle se souvenait encore du jour où, en plein dîner, Ella lui avait jeté d'affreuses vérités au visage. Ses mots tournaient encore dans son esprit à chaque fois qu'elle les laissait faire. Ella lui avait dit qu'elle se fichait bien d'avoir été abandonnée - Hermione se doutait que c'était en partie faux, elle ne pouvait pas simplement l'ignorer. Puis, elle avait assuré qu'elle lui en voulait parce qu'elle avait abandonné Théo. Théo qui l'avait aimée et l'aimait encore - à l'époque, du moins..

Ella avait toujours été étonnamment plus perturbée par la situation de son père que par la sienne, et Hermione se doutait que c'était l'unique raison qui l'empêchait d'en parler normalement. Elles pouvaient plaisanter ensemble au sujet de leurs petits tics communs, ou même de leur tignasse. Mais Théo n'était tout simplement pas un sujet prêtant à l'amusement.

Au fond, Hermione aurait sérieusement préférer l'éviter encore un peu plus longtemps. Sa relation avec Ella lui semblait encore bien trop récente et fragile pour qu'elles crèvent l'abcès aussi tôt, et elle avait espéré que sa fille soit du même avis qu'elle. En fait, elle était presque certaine que ça avait été le cas… Jusqu'à ce que quelque chose la fasse changer d'avis.

« Tu as dit que tu voulais qu'on parle de ton père, rappela-t-elle donc à Ella qui tripotait la anse de sa tasse, l'air résolument terrifiée. De quoi souhaites-tu discuter exactement ? »

Ella prit une profonde inspiration, puis se pencha vers la sacoche qu'elle avait posée par terre après qu'Hermione l'ait invitée à s'installer. Elle fouilla à l'intérieur avant d'en sortir un parchemin parfaitement plié qu'elle lui tendit par-dessus la table, non sans trembler.

Hermione prit quelques secondes à le saisir, et il lui fallut autant de temps pour comprendre ce dont il s'agissait. Elle déplia le papier, ses sourcils se fronçant à mesure qu'elle lisait les mots qu'elle avait tracés là des années auparavant - non sans difficultés.

« Je ne comprends pas, bredouilla-t-elle finalement en levant la tête. Comment as-tu…

- C'est moi qui a récupéré le courrier ce jour-là, avoua Ella sans parvenir à la regarder dans les yeux. Et je… Je n'ai pas donné ta lettre à papa. »

Hermione cilla, estomaquée. Son coeur se serra violemment dans sa poitrine alors qu'elle se rappelait de ce qu'elle avait ressenti dix ans plus tôt en ne recevant aucune réponse.

Une petite part d'elle, très optimiste, avait cru que Théo surgirait sur le seuil de sa maison dès qu'il aurait lu la lettre. C'était bien son genre après tout, et elle était alors sûre qu'il était toujours amoureux d'elle malgré ce qu'elle lui avait fait subir.

Quand il n'avait pas donné de signe de vie après plus d'une semaine, elle s'était mise à inventer plusieurs scénarios pour l'expliquer. Au début, elle s'était imaginée qu'il s'acharnait à convaincre Ella et que ça devait être bien difficile tant l'adolescente était têtue. Ou que s'organiser lui prenait plus de temps que ce qu'elle avait escompté. Ou alors, qu'il essayait simplement de se venger d'elle, même si la cruauté ne faisait pas partie de son caractère.

L'espoir avait disparu peu à peu alors que les semaines passaient, puis les mois… Et elle avait fait une croix sur tout ce qu'elle avait imaginé. Que Théo reviendrait en Angleterre avec Ella, qu'ils pourraient tous prendre le temps de discuter et qu'elle trouverait un moyen de se faire pardonner, même si elle devait y passer tout le reste de sa vie. Qu'ils pourraient peut-être finir par vivre ensemble aussi.

Elle se souvenait très bien de la façon dont elle avait fini par s'effondrer ensuite. Ça lui avait pris du temps, elle avait gardé espoir un long moment puis s'était obligée à rester forte plus longtemps encore. Mais quand elle avait craqué, ç'avait été avec fracas.

Elle ne se souvenait pas de grand chose en vérité. Elle se rappelait juste d'avoir bu quelques verres de plus un soir où Timothy dormait chez Ron. Elle s'était réveillée, le visage de son ex-mari paniqué penché au-dessus d'elle, et une fois certaine qu'elle allait bien - du moins physiquement - il s'était mis à lui crier dessus. Il l'avait traitée d'irresponsable, l'avait accusée de ne pas faire suffisamment attention à elle, puis l'avait consolée quand elle avait fondu en larmes.

Elle s'était retrouvée dans le bureau d'un psychomage connu pour sa discrétion trois jours plus tard. Elle n'avait plus bu une goutte depuis, et s'était rabattue sur une façon bien plus saine de gérer ses émotions : de très longues et quasi-quotidiennes conversations.

Elle avait vite compris qu'elle aurait dû le faire bien tôt. Après la guerre, elle avait brièvement été suivie comme la plupart de ses amis, mais elle avait évité le sujet d'Ella et de Théo sans envisager une seule seconde de l'aborder. À l'époque, c'était son secret ultime. Cette fois, elle n'avait parlé que de ça, d'eux, et de tout ce qu'elle avait enfoui si profondément en elle que le déterrer avait été à la fois cathartique et douloureux.

Elle avait analysé chacune de ses réactions avec l'aide du psychomage qui, sans la juger puisque ce n'était pas son rôle, était parvenu à lui faire comprendre le pourquoi au lieu du comment.

Elle le voyait encore, même si les séances s'étaient peu à peu espacées. Elle avait ressenti le besoin de lui parler lorsqu'Ella était revenue, mais il lui avait assuré qu'elle saurait gérer la situation. Et elle l'avait cru, jusque-là.

Jusqu'à ce que cette lettre dont elle avait essayé d'oublier l'existence atterrisse dans ses mains et remette tout en question.

« Papa l'a découverte hier… expliqua Ella d'une voix qui lui parut lointaine tant l'écho de ses pensées l'assourdissait. Il est venu chez moi et… Il était furieux. Et… »

Ella mordilla ses lèvres, comme si les mots les écorchaient, et Hermione lâcha la lettre avant de saisir la main de la jeune femme dans la sienne, par-dessus la table. Ella eut un bref et viscéral mouvement de recul, mais elle n'essaya pas d'éviter ce rapprochement qui était nouveau, autant pour l'une que pour l'autre.

Hermione elle-même était surprise d'avoir osé. Ça n'était pas la première fois qu'elle éprouvait l'envie de toucher sa fille. Après tout, elle avait réellement ressenti le besoin de l'étreindre lorsqu'elle avait surgi au Ministère, mais d'ordinaire elle parvenait à se retenir. Elle n'avait cédé qu'une fois dix ans plus tôt, et Ella était alors plongée dans le sommeil. Ça n'avait donc eu aucune conséquence.

Ella déglutit, les yeux fixés sur cette main posée sur la sienne, et Hermione craignit qu'elle ne finisse par la repousser. Au lieu de quoi, la jeune femme prit une profonde inspiration et parvint à poursuivre, d'une voix un peu plus déterminée, comme si ce simple contact lui donnait quelque chose à quoi se raccrocher.

« Je n'avais jamais osé la lui donner, parce que j'avais peur des changements que ça occasionnerait. Pour vous deux… Et pour moi. Papa m'a traitée d'égoïste, et je sais très bien que c'est vrai, mais je me suis dit que peut-être… Peut-être que si je te disais la vérité à toi, et que j'essayais de tout réparer, il pourrait éventuellement…

- Te pardonner ? Conclut Hermione en serrant sa main plus fort.

- Oui… Bien sûr, pour ça, il faudrait sans doute déjà que tu me pardonnes ! »

Ella conclut sa phrase avec un petit rire nerveux et Hermione ne put s'empêcher de sourire. Elle était presque sûre qu'il s'agissait d'excuses, même si ça n'en avait pas l'air. Et elle était aussi certaine qu'Ella ne pourrait pas faire mieux avec elle, ce qu'elle comprenait sincèrement.

« C'est déjà fait. »

Ella releva la tête, les yeux écarquillés en deux billes rondes qui lui donnèrent l'air d'être un personnage de bande-dessinée. Puis elle bredouilla un « Vraiment ? » effaré auquel Hermione répondit d'un sourire. Délicatement, elle tapota la main de sa fille comme pour l'apaiser, et expliqua d'une voix douce :

« J'ai fait des tas d'erreurs te concernant, Ella, et ce pendant un tas d'années. Il y a tant de choses que tu pourrais encore me reprocher… Que tu m'as reprochées, s'esclaffa-t-elle avec une petite grimace conciliante. Ce serait hypocrite de ma part de te juger parce que tu en as commise une seule, tu ne crois pas ?

- Alors… Alors, tu ne m'en veux pas ?

- Si, un peu, avoua Hermione en haussant les épaules comme pour chasser cette pensée. Mais au fond, je comprends pourquoi tu l'as fait. Comme toutes tes autres décisions, elle était motivée par l'envie de protéger ton père de moi. Et si tu estimais devoir le faire, c'était entièrement de ma faute après tout. Disons donc que si tu as trouvé le courage de venir me voir et de passer du temps avec moi malgré tout ce que j'ai pu te faire… Je pense pouvoir te pardonner d'avoir caché cette lettre à ton père. »

Une larme s'échappa des yeux d'Ella qui l'essuya furtivement avant de se redresser sur sa chaise, comme pour se donner l'air de celle qui s'en fichait alors même qu'il était évident qu'elle était touchée. Hermione la laissa digérer ce qu'elle venait de dire, se doutant que cela avait de quoi surprendre.

Elle-même se demandait comment elle pouvait juste passer l'éponge, mais elle n'était pas en colère. Pas du tout. Un peu triste, et perturbée, mais pas furieuse. Ella avait fait une bêtise sur le coup de l'émotion alors qu'elle avait seulement dix-sept ans. Comment aurait-elle pu lui en vouloir alors qu'elle-même avait accumulé les mauvais choix à une époque et qu'elle en subissait encore les effets ?

De plus, elle se doutait que Théo n'avait pas dû être tendre avec sa fille. Cela était si évident dans la manière dont Ella parlait de lui, comme du bout des lèvres, pétrie d'angoisses et de regrets, qu'elle n'avait simplement pas envie d'en rajouter.

L'espace d'une seconde, elle se demanda pourquoi il n'était pas venu la voir lui-même. Après tout, maintenant qu'il avait lu sa lettre, il aurait pu ressentir le besoin de lui parler. Dix ans plus tôt, il avait dû croire qu'elle s'en fichait et qu'une fois de plus, ses sentiments avaient disparu aussitôt qu'ils ne s'étaient plus trouvés dans la même pièce. Il avait dû se sentir blessé et trahi, encore davantage qu'à l'époque de la naissance d'Ella. Mais maintenant qu'il avait découvert qu'elle avait essayé de le faire revenir…

Elle baissa les yeux vers la lettre qu'elle avait tenté de rendre aussi explicite que possible. Elle n'avait pas voulu lui faire de grandes déclarations, trop terrifiée à l'idée d'être repoussée - elle était courageuse peut-être, mais pas téméraire. Elle s'était donc montrée un peu circonspecte, souhaitant juste lui faire comprendre que la vie leur ayant offert une nouvelle chance, ils pouvaient essayer de la tenter. Maintenant qu'elle se relisait, elle se demandait si elle n'avait pas été un peu trop détachée, trop littéraire, alors que tout ce qu'elle aurait dû lui dire tenait en un seul mot : « Reviens ».

« Je sais qu'il est trop tard, soupira Ella, l'incitant à abandonner le parchemin des yeux. Mais… Peut-être… Peut-être que tu pourrais… Si tu en as envie évidemment… »

Ella retira subitement sa main de sous la sienne pour se prendre la tête entre les mains, l'air désespérée, et Hermione comprit illico pourquoi. Elle savait ce qu'Ella attendait d'elle, et elle savait très bien quelle en était vraiment la raison. Elle n'était pas assez naïve pour croire que sa fille espérait subitement qu'elle et Théo forment un couple.

« Tu voudrais que j'aille retrouver ton père et que je lui dise que tu m'as tout raconté ? Et comme ça, il verrait que tu es réellement repentante et il te pardonnerait, c'est ça ?

- Ça parait encore plus égoïste maintenant que tu le dis… »

Hermione s'esclaffa en hochant la tête. En effet, ça l'était, tout en étant étonnamment généreux. Jamais la Ella de dix-sept ans n'aurait fait l'effort d'admettre ses torts, surtout pas devant elle. Jamais elle n'aurait non plus tenté de réparer les choses si cela lui faisait courir l'énorme risque de voir ses parents de nouveau réunis.

Réunis

Ce mot fit enfler une bulle de félicité dans sa poitrine, et elle essaya tant bien que mal de réfréner son enthousiasme. Elle ne pouvait pas se faire d'illusions. Dix années avaient passé depuis cette lettre, depuis leur dernière nuit ensemble aussi, depuis leur dernière conversation même. Et dix années, c'était long. Une petite voix lui suggéra que cela faisait quand même moins que dix-sept et que cela ne les avait pas empêchés de se retrouver la première fois, et elle la fit taire. Elle devait garder la tête froide.

« A-t-il dit quelque chose à mon sujet ? Demanda-t-elle donc posément.

- Il… Il m'a juste crié dessus, constata Ella en faisant la moue. Mais je suis sûre qu'il pensait à toi. Et je ne dis pas ça juste pour que tu ailles le voir, c'est juste… C'est juste qu'il pense toujours à toi de toute façon. »

Ella marmonna cette phrase avec l'air de le regretter un peu et Hermione sentit ses joues s'enflammer. Elle aurait voulu pouvoir paraitre détachée à ce sujet, mais cela lui faisait bien trop plaisir. Savoir qu'après tout ce temps, Théodore Nott était toujours sincèrement entiché d'elle paraissait miraculeux. Et pesant. Elle n'avait jamais su quoi faire du pouvoir qu'elle avait sur lui, et comme le disait ce comics Moldu dont son père était fan : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Responsabilités auxquelles elle avait mille fois failli.

Cette fois, elle devait faire mieux.

« D'accord, alors je pense pouvoir faire ce que tu attends de moi.

- Vraiment ?! S'écria Ella en se relevant d'un bond, renversant la chaise derrière elle sans même s'en rendre compte. Tu veux bien ?!

- Oui. Pas pour toi, d'ailleurs. Mais parce que… Parce que j'en ai envie, tu comprends ? »

Ella parut perplexe une seconde, puis émit un « Oh » un peu incrédule, et Hermione s'empressa de poursuivre, sans lui laisser le temps d'ajouter quelque bêtise.

« Je ne sais pas ce que notre conversation donnera, Ella. Après tout, dix années ont passées, en plus de celles durant lesquelles nous ne nous étions pas vus auparavant encore… Ton père et moi avons passé plus de la moitié de nos vies sans même nous parler, après tout. Et c'est très long. Tant de choses ont pu changer que ça pourrait très bien ne déboucher sur rien d'autre que ce que tu espères : qu'il te pardonne. Mais…

- Mais ça pourrait aussi aller plus loin, conclut Ella avec une expression qui oscillait entre résignation et dépit.

- Oui. Et avant de faire quoi que ce soit, je veux savoir si tu l'accepterais. »

Ella resta muette, mais Hermione pouvait presque voir la tempête qui se jouait dans sa tête. Une tempête qui pourrait bien finir par les emporter toutes les deux. Elle aurait pu se passer de ce qui ressemblait à une bénédiction dont elle n'avait pas réellement besoin. Théodore et elle approchaient du demi-siècle et n'auraient pas dû se préoccuper de l'avis de leur fille quant à la manière dont ils géraient leur relation - ou son absence à l'heure actuelle.

Pourtant, c'était bien le cas. Comme à l'époque, Hermione savait pertinemment que jamais Théodore n'entamerait une quelconque liaison avec elle sans l'accord d'Ella. Même s'il était furieux contre sa fille, il ne la blesserait pas volontairement, ou s'il osait, la culpabilité qu'il en éprouverait finirait nécessairement par menacer leur propre relation.

De plus, elle n'avait elle-même aucune intention d'aller contre l'opinion d'Ella. Plus maintenant qu'elle arrivait à se rapprocher d'elle et à tisser un lien qui pourrait s'effilocher au premier accroc. Elle tenait à ce que cette fois, tout se passe bien, et n'avait aucune intention de tout briser. Même pas pour Théo, quoi que cela puisse lui coûter.

« D'accord. »

Ella avait murmuré ce mot en un souffle, l'air troublé, et Hermione haussa un sourcil interrogateur. La jeune femme n'avait pas l'air sûre de sa décision, comme si elle donnait sa bénédiction contre son gré, et Hermione redouta qu'elle ne finisse par changer d'avis. Elle attendit donc quelques secondes de plus, espérant qu'Ella ajoute quelque chose pour la rassurer, et cela ne tarda pas.

« Je… Je crois que je pourrais m'y faire. Je suis une adulte, après tout. Et je… Je ne te déteste plus. »

Elle avait prononcé cette phrase comme une petite fille un peu boudeuse, et Hermione sentit un sourire tordre ses lèvres, presque malgré elle. Ce n'était pas une déclaration d'affection franche et massive, mais c'était déjà un grand pas. Elle n'osait même pas espérer qu'un jour sa fille puisse lui dire qu'elle l'aimait, ou même qu'elle l'appréciait un peu. Qu'elles aient dépassés le stade de la détestation avait déjà tout l'air d'un petit miracle.

Comme consciente qu'elle en avait trop dit, ou tout simplement trop mal à l'aise pour s'appesantir sur le sujet, Ella s'empressa de glisser une boutade en plus :

« Par contre, je suis un peu trop vieille pour être la grande soeur d'un nouveau-né, donc…

- Merlin ! S'écria Hermione avant d'éclater de rire. Rassure-toi, je suis moi-même bien trop vieille pour être de nouveau mère. J'ai plutôt l'âge d'être une grand-mère, désormais…

- J'y travaille ! »

Hermione perdit aussitôt son sourire, effarée par ce qu'Ella venait de dire. Elle y travaillait ? Mais avec qui ? À ce qu'Ella lui avait dit, elle n'avait même pas de petit-ami, et voilà qu'elle lui annonçait tranquillement qu'elle travaillait à la création de son premier petit-enfant. Elle savait bien que les femmes n'avaient désormais plus vraiment besoin d'hommes pour devenir mères, mais Ella n'avait pas réellement l'air portée sur les bébés.

« Ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, se récria Ella en agitant les mains, l'air du dire « non, non, surtout pas ! ». Je parlais de Scott et de Scarlett ! Pas de moi !

- De Scott et de Scarlett ?

- Oui… C'est là-dessus que je travaille en ce moment, une potion pour qu'ils puissent avoir un bébé. Mais je ne leur en parlerai pas pour l'instant... »

Hermione fit mine de sceller ses lèvres d'un tour de clé imaginaire et Ella esquissa un sourire rassuré avant de revenir à leur première préoccupation. Elle paraissait fébrile quand elle demanda finalement :

« Alors… Qu'est-ce que tu vas faire ? »

Hermione n'eut pas réellement à y réfléchir. Sa décision était déjà prise, peut-être même à la minute où elle avait découvert que Théo n'avait pas lu sa lettre dix ans plus tôt. Elle n'avait jamais été naïve, mais elle pouvait malgré tout être suffisamment romantique pour avoir encore un peu d'espoir. Et puisqu'elle ne voulait pas se laisser le temps de paniquer ou même d'envenimer la situation en impliquant des tiers, elle n'hésita pas plus longtemps avant de répondre :

« Ce que j'aurais dû faire il y a dix ans je suppose… Je vais aller retrouver ton père. »


Lorsqu'elle atteignit les Laboratoires d'Howler & Powder, Ella était nettement moins nerveuse qu'en se réveillant ce matin-là. Elle avait beau être en retard, rien n'aurait pu faire disparaitre le soulagement teinté d'une pincée de bonheur qu'elle éprouvait. Alors qu'elle avait passé une soirée si atroce qu'il lui avait paru évident qu'elle perdrait la tête, la matinée lui avait redonné un peu d'espoir.

Tout avait commencé quand elle s'était réveillée, le visage plaqué contre le torse ferme de Toby qui dormait du sommeil du juste. Elle avait essayé de se dépêtrer de son étreinte, prise d'une pressante envie d'uriner, mais il n'avait pas voulu la lâcher avant qu'elle ne finisse par le pincer. Là il avait grogné qu'elle était « trop méchante » avant de s'écrouler de nouveau, apparemment peu traumatisé.

Elle avait eu le temps de prendre une douche, de s'habiller et de déjeuner avant qu'il ne trouve le courage d'émerger. Elle avait tenté de ne pas trop admirer sa quasi-nudité - en vain, ce qui lui avait valu un clin d'oeil coquin, lequel avait manqué de lui faire perdre son objectif de vue.

Finalement, elle lui avait demandé de l'accompagner chez Hermione, et il l'avait laissée devant la porte en lui promettant de la rejoindre au moindre problème. Et il n'avait même pas eu besoin d'intervenir. Sa mère avait réagi si calmement qu'elle se demandait si elle n'avait rêvé cette rencontre. Le torse de Toby était trop beau, et sa mère avait été bien trop tendre avec elle, ça ne pouvait donc qu'être un fantasme. À sa place, elle se serait plutôt donné des gifles.

Elle sourit en y pensant, et passa sa carte magique contre la machine qui lui céda l'entrée dans un bruissement mécanique.

Si quiconque lui avait dit un jour qu'elle se disputerait avec son père et admettrait à sa mère qu'elle ne la détestait plus, tout cela en l'espace d'une douzaine d'heures, elle aurait probablement cru à une farce. Et elle s'attendait presque à ce qu'un sorcier déguisé en clown surgisse en criant « C'était une blague ! », mais elle traversa les couloirs menant à son labo sans croiser personne.

Perdue dans ses pensées, elle se demanda comment Hermione s'en sortirait. Sa mère lui avait expliqué qu'elle devait passer au Ministère pour prendre sa journée, mais elle devait désormais être en route pour l'Australie. Ou du moins l'espérait-elle.

Il lui fallut quelque secondes pour constater qu'elle n'était plus seule. D'ordinaire, elle pouvait aller d'un bout à l'autre de l'enceinte sans croiser personne. C'était presque comme si elle était la seule à utiliser les couloirs et qu'ils transplanaient tous directement dans leurs laboratoires personnels.

Elle ne sut réellement ce qui la poussa à s'arrêter au lieu de continuer à avancer. Peut-être la Gazette dont sa mère lui avait fait lire l'article avant qu'elle parte, ou tout simplement le fait que les deux hommes qui se tenaient à quelques mètres d'elle étaient clairement en train de se disputer.

Elle en connaissait un. Elle avait reconnu la voix de Rhys, malgré le ton féroce qu'il employait et qu'elle ne l'avait jamais entendu utiliser auparavant. L'autre homme, par contre, lui était totalement étranger ce qui n'aurait pas dû la surprendre : elle n'avait pas rencontré grand monde.

Il devait avoir une quarantaine d'années, même si elle avait parfois du mal à deviner l'âge des gens. De petite taille, il arborait une bedaine qui tendait la robe de sorcier blanche que portaient tous les employés du labo.

Ella ne se préoccupa pas davantage de son apparence et se faufila derrière un mur pour observer la scène sans se faire voir. Elle espérait secrètement comprendre comment le Rhys qu'elle avait récemment appris à connaitre pouvait être du genre à voler le gagne-pain de pauvres gens -selon la Gazette. L'expression assassine qu'il arborait lui donnait l'impression d'appartenir à un autre, et attisa sa curiosité.

« Comment ça vous l'avez perdu ?! Cria soudain Rhys en s'approchant de l'inconnu, l'air menaçant. Je vous l'ai servi sur un plateau d'argent, vous n'aviez qu'à demander à vos larbins de le suivre !

- Il a transplané quelques minutes après notre arrivée ! On a pu s'accrocher à lui, mais ensuite…

- Je ne veux pas d'excuses, Bletchley. Je veux des résultats. Ce foutu torchon a déjà causé suffisamment de problèmes pour aujourd'hui.

- Je peux faire renvoyer Jones si vous le souhaitez, proposa le fameux Bletchley avec une mine pathétique de soumission.

- La fuite ne venait de pas lui. Il n'a été qu'un messager.

- Alors qui ?

- Je m'en occuperais personnellement. Vous, vous avez déjà suffisamment à faire, et j'espère que vous saurez vous montrer à la hauteur. Suis-je assez clair ? »

Bletchley acquiesça en un risible simulacre de révérence, et Ella fronça les sourcils. Mais qu'est-ce que c'était que ce cirque ? Elle avait peut-être trouvé son clown finalement, même si ce dernier ne prêtait pas à rire.

Elle ne comprenait absolument rien à ce qu'elle venait d'entendre, à l'exception du « torchon » qu'elle supposait être la Gazette. Elle ne connaissait personne du nom de Jones. Et qui, par Merlin, avait put-il faire suivre ? Et pour quelle raison ?

« Nous pourrions toujours nous servir d'elle, pas vrai ? Rechigna Bletchley avec un air piteux. Si… Si nous ne pouvions pas retrouver sa trace.

- En dernier recours. J'ai d'autres projets en ce qui la concerne. »

Ella fronça les sourcils. D'accord, ça devenait vraiment louche, et elle n'était pas certaine de pouvoir trouver une explication à tout ce qu'elle venait d'entendre. Rien ne lui paraissait clair, à l'exception d'une chose : Rhys n'était peut-être pas aussi gentil que ce qu'elle avait cru.

Elle n'eut pas le temps de s'attarder davantage sur cette pensée bien déprimante. Derrière elle, une porte s'ouvrit brusquement et elle glapit en sentant la poignée lui entrer dans le bas du dos. Ce bruit provoqua une réaction en chaîne qui aurait pu être digne d'un spectacle : la personne qui quittait la pièce lui rentra dedans en s'excusant et elle s'étala de tout son long dans le couloir en lâchant un « humpf ! » risible. Rhys et Bletchley se tournèrent vers elle comme un seul homme.

Le silence pesa une courte seconde avant que Bletchley ne tourne les talons et disparaisse, tout comme l'inconnu qui l'avait renversée. Ils s'étaient comme évanouis, si vites qu'Ella se demanda si elle ne les avait pas tout simplement imaginés.

Puis Rhys se précipita vers elle et l'aida à se relever, l'air si sincèrement inquiet qu'elle crut rêver. Comment l'homme qui avait traité son employé avec tant d'agressivité pouvait-il être aussi tendre avec elle ? Il glissa sa main sur sa joue avant de la recoiffer, et elle sentit les battements de son coeur s'emballer. Traitre, l'accusa-t-elle silencieusement.

« Vous vous êtes fait mal ? L'interrogea Rhys en l'observant des pieds à la tête, comme prêt à lui enlever sa cape pour vérifier qu'elle n'était pas blessée.

- Non, tout va bien, lui assura-t-elle d'une voix nettement plus distante que d'ordinaire. Vous… Qui était cet homme ?

- Qui donc ?

- Celui avec qui vous discutiez… »

Elle n'avait pas pu s'empêcher de poser la question. Elle avait besoin de savoir qu'elle pouvait faire confiance à son patron, à celui qu'elle considérait même avec une certaine affection - elle préféra mettre son désir de côté.

Rhys lui sourit avant d'agiter la main en l'air, comme pour dire « Personne », mais Ella ne s'y laissa pas prendre. Elle ne changea pas de sujet, ni ne bougea, et il resta là avec les mains sur ses épaules, jusqu'à finir par céder en un soupir.

« Un Maître des Potions, comme vous. Il travaille à un autre étage et a commis une erreur qui pourrait nous coûter très cher…

- Il a perdu quelqu'un, c'est ça ? »

Les sourcils de Rhys se froncèrent imperceptiblement avant qu'il ne s'esclaffe, et elle crut qu'il n'allait pas lui répondre. Finalement, il lui prit la main et lui intima d'un geste de le suivre. Elle ne tenta pas même pas de résister, trop curieuse d'obtenir des réponses pour jouer les mijaurées. Il la conduisit à son bureau personnel et referma la porte derrière eux avant de l'inviter à s'asseoir. Puis, sans plus attendre, il expliqua succinctement.

« Bletchley travaille actuellement à une potion dont je ne peux pas réellement parler avec vous. Connaissez-vous l'expression moldue qui dit qu'il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ?

- Oui.

- Et bien, c'est ce que je fais avec vous tous. J'estime qu'il est préférable de ne pas vous faire travailler sur les mêmes potions ou vous faire vous rencontrer constamment, parce qu'il me semble évident qu'alors, cela pourrait perturber votre travail. Altérer vos idées et la façon dont vous fonctionnez, résuma-t-il avant de soupirer. Quoi qu'il en soit, Bletchley avait pour mission de trouver un ingrédient extrêmement rare que je dois malheureusement tenir secret… Je lui avais indiqué le meilleur moyen de l'obtenir, et il n'a pas été capable de suivre mes ordres. Je suis sincèrement désolé si la façon dont je me suis adressé à lui a pu vous troubler.

- Vous aviez l'air particulièrement furieux, admit Ella en grimaçant.

- Je l'étais. Je… Je suis un patron sévère, Ella. J'accorde une confiance et une liberté infinie aux gens avec lesquels je travaille, mais ma patience a des limites. J'espère que vous ne me jugerez pas sur ce défaut. Je ne tiens pas à ce que vous ayez une mauvaise image de moi. »

Il lui sourit, l'air si tendre qu'elle sentit ses joues s'enflammer. Mais une petite part d'elle n'était pas encore convaincue par ses explications, et elle ne put se retenir de l'interroger davantage. Elle n'était simplement pas du genre à se contenter de demi-réponses, et elle se rendit compte une fois de plus qu'elle avait hérité d'un trait de caractère de sa mère.

« Et cette personne dont Bletchley a parlé ? Celle dont vous ne voulez vous servir qu'en dernier recours ? »

Ella crut voir, l'espace d'une seconde, une étincelle de colère briller dans les yeux bleus de Rhys. Mais ce fut si rapide que lorsqu'il sourit en haussant les épaules, l'air un peu penaud, elle fut convaincue de l'avoir rêvée.

« Une amie. Elle travaille dans le même milieu que nous, et pourrait m'aider à obtenir cet ingrédient…

- Celui dont vous ne pouvez pas me parler ?

- Précisément, admit-il avec un rictus désolé, comme s'il regrettait sincèrement de ne pas pouvoir donner de détails.

- Pourquoi ne pas le lui demander ?

- Et bien disons qu'elle pourrait mal le prendre, ou douter des bienfaits de ce que je prévois de faire de cet ingrédient. Même si je vous assure que cela ne causerait de mal à personne, bien entendu ! Mon seul intérêt est d'aider les sorciers grâces aux potions que nous créons ici ! Mais… Je ne crois pas qu'elle pourrait le comprendre. »

Ella, elle, le pouvait. Lorsque vous créiez une potion, vous passiez nécessairement par des étapes transitoires qui pouvaient sembler un peu douteuses aux yeux des autres. Mille fois, elle avait découvert en faisant ses expériences que certains mélanges pouvaient provoquer des catastrophes. Aucun ingrédient n'était facile à manipuler. Ils comportaient tous des risques placés en de mauvaises mains.

« Je ne voulais pas vous faire peur, Ella, confia Rhys du bout des lèvres. J'espère que vous me croyez… »

Il posa sa main sur la sienne par-dessus son bureau, et lui sourit, une supplication dans les yeux. Alors elle répondit à son sourire, parce qu'il semblait honnête et qu'elle était habituellement plutôt bon juge de la nature humaine. À l'exception de la sienne.

Elle s'empourpra en songeant qu'elle venait de se montrer particulièrement impertinente avec son employeur, et réalisa qu'elle l'avait jugé trop vite. Tout cela à cause de l'article de la Gazette qui l'avait chamboulée bien plus qu'elle n'aurait pu l'admettre. Elle avait eu l'impression d'avoir été trahie, quand bien même savait-elle que les histoires de ce genre étaient monnaies courantes dans le monde sorcier. Après tout, une entreprise telle qu'Howler & Powder ne pouvait pas arriver au sommet sans piétiner quelques personnes sur le passage.

« Vous vouliez me dire autre chose ? S'enquit Rhys en lui décrochant un nouveau sourire complice.

- Et bien… J'ai lu l'article de la Gazette.

- Des calomnies ! Il faudra vous y faire si vous espérez gravir les échelons dans cette entreprise, Ella. Les gens sont jaloux de ceux qui réussissent comme vous et moi, ils essaient toujours de nous traîner à leur niveau en nous estimant responsables de tous leurs maux. Croyez-moi, il n'y a aucune raison de vous inquiéter.

- Vraiment ? »

Elle en doutait. Même si la Gazette avait autrefois pu être manipulée par les mauvaises personnes, elle avait depuis longtemps retrouvé son intégrité journalistique, et Ella n'imaginait pas qu'ils aient pu publier un tel pamphlet sans preuves. Sans quoi pourraient-ils craindre un procès.

La main de Rhys caressa la sienne, et elle cessa de s'inquiéter. Après tout, il avait l'air confiant, et un coupable n'aurait jamais arboré une mine aussi resplendissante. Elle jeta un coup d'oeil à ses doigts qui frôlaient les siens, et ressentit un bref élan de culpabilité qui l'obligea à ramener sa main vers elle et à se lever.

« Je ferais mieux d'aller travailler, j'ai déjà pris assez de retard pour aujourd'hui, rappela-t-elle avec une moue d'excuse.

- Bien entendu. Nous nous verrons au déjeuner ? »

Elle s'apprêtait à accepter quand elle se souvint de la courte missive que Scarlett lui avait envoyée la veille et qu'elle avait découverte au réveil dans la Chouette-aux-Lettres accrochée à sa fenêtre.

« Je déjeune avec une amie à l'extérieur, aujourd'hui…

- Ce soir, alors. »

Ces quelques mots paraissaient contenir tout une promesse à laquelle Ella redoutait de finir par céder. Pourtant, une nuance de suspicion ternit le désir qu'elle ne parvenait pas à réfréner, et elle réussit à quitter la pièce sans rien lui promettre.


Installée dans un confortable fauteuil rembourré, Scarlett sirotait son jus de citrouille en observant les nombreux travailleurs qui se bousculaient pour atteindre les petits restaurants et cafés du quartier, profitant de leur pause déjeuner. Elle-même n'avait que faire de l'heure qu'il était, l'avantage de travailler depuis chez elle et de n'être dépendante de personne d'autre qu'elle.

Elle frotta ses yeux fatigués de ses doigts couverts de tâches d'encre, et grimaça en se demandant quelle allure elle devait bien avoir. Elle n'avait jeté qu'un bref coup d'oeil au miroir de sa Tour avant de partir, profitant que Scott soit en pleine partie de jeux avec ses dragons surexcités par le beau temps. Elle le regrettait un peu désormais : elle devait avoir l'air particulièrement débraillée.

Ce fut d'ailleurs sans doute son apparence qui poussa Ella à oublier de lui dire « Bonjour » lorsqu'elle arriva dans le café où elle l'attendait. Au lieu de ça, sa meilleure amie pressée - et en retard de quelques minutes - s'écria d'un : « Mais qu'est-ce qui t'es arrivé ? » un peu vexant.

Scarlett sentit ses yeux lui piquer, mais elle avait un talent certain pour refouler ses émotions. Sans quoi n'aurait-elle pas survécu à son enfance.. Elle s'obligea donc à sourire alors qu'Ella s'asseyait face à elle, les yeux ternis par une inquiétude dont elle se savait responsable, et répondit sans ciller :

« Rien de spécial… J'ai passé la nuit à écrire, je n'ai pas beaucoup dormi. »

Ella la dévisagea et Scarlett se demanda ce qu'elle voyait. Ses cheveux qu'elle n'avait pas lavés depuis presque une semaine, ses traits tirés, sa chemise couverte de tâches d'encre sous laquelle elle s'était contentée d'enfiler un vieux jean pour avoir l'air un peu plus habillée. Puis sa meilleure amie claqua sa langue contre son palais, signe d'agacement, et fit un geste en direction du serveur qui - comme s'il avait pressenti son impatience - s'empressa de venir prendre leur commande.

« Deux Biéraubeurres s'il vous plait. Avec beaucoup de bière ! Et beaucoup de beurre. Et apportez-vous l'encas le plus gras dont vous disposez… »

Scarlett fronça les sourcils. Contrairement à Ella, elle n'avait pas pour habitude de se goinfrer lorsqu'elle était malheureuse, quand bien même sa meilleure amie lui assurait-elle continuellement qu'il n'y avait rien de mieux que la mal-bouffe pour guérir de toutes les blessures.

Ella attendit que le serveur ait apporté leur commande pour attaquer son interrogatoire, et même si Scarlett ne lui cachait habituellement rien, les mots eurent du mal à passer ses lèvres. Elle était consciente qu'Ella savait tout de ses problèmes, même de ceux qu'elle taisait. Il lui semblait parfois que seules deux personnes au monde pouvaient la comprendre. L'une d'elles était son mari, raison sans doute pour laquelle elle s'acharnait à le fuir, redoutant qu'il ne lise ses intentions et soit prêt à tout pour l'arrêter. L'autre…

« J'envisage de quitter Scott. »

L'autre la fixa avec une expression à la fois effarée et furibonde, et Scarlett comprit qu'elle allait passer un mauvais quart d'heure. Et même si elle sentait qu'elle agissait de la meilleure façon qui soit pour que la personne qu'elle aimait le plus au monde soit heureuse, elle éprouva un certain soulagement à voir qu'Ella n'envisageait pas les choses ainsi.

« Est-ce que tu as perdu la tête ? Cria Ella, attirant nombre de regards sur elle.

- J'y ai beaucoup réfléchi.

- Pas suffisamment. Scarlett, je sais que tu y penses depuis un moment, mais… Ne fais pas ça, d'accord ? Ce n'est pas comme si les choses allaient mal entre vous ou que tu ne l'aimais plus, pas vrai ? Tu l'aimes encore, je le sais. Et il t'aime, ça aussi, je le sais, alors…

- Je ne suis pas certaine que ça suffise.

- L'amour devrait toujours être suffisant. »

Venant d'Ella, cette réplique avant de quoi faire rire, et Scarlett ne sut ce qui de sa fatigue ou de son mauvais caractère habituellement bien dissimulé l'exprima en premier :

« C'est la fille qui a laissé tomber le seul homme dont elle ait jamais été amoureuse qui dit ça ? »

Elle le regretta d'office en voyant Ella blêmir légèrement. Elles étaient toujours honnêtes l'une envers l'autre, mais ça ne lui donnait en aucun cas le droit d'être cruelle. D'ordinaire, elle englobait la vérité sous une fine couche de douceur afin de ne pas vexer Ella qui, elle le savait, était bien plus sensible qu'elle ne le laissait voir.

« Excuse-moi, bredouilla-t-elle donc avant d'ajouter du bout des lèvres. Je n'ai pas dormi depuis des jours, j'ai l'impression d'être sur le point d'exploser…

- Je sais, ça va, ne t'inquiète pas. »

Ella posa sa main sur la sienne par-dessus la table et la serra brièvement avant de poursuivre, apparemment peu décidée à la laisser faire ses propres choix tant elle les trouvait idiots.

« Je sais que tu penses que c'est ce qu'il y a de mieux pour lui, mais Scott ne l'acceptera pas. Vous êtes ensemble depuis dix ans, tu t'en rends compte pas vrai ? Vous avez construit une maison, vous êtes mariés, vous êtes… Scarlett, ça me fait presque mal de le dire, mais Scott et toi, vous êtes l'idéal auquel j'aspire !

- On est quoi ? S'esclaffa Scarlett.

- Tu crois que je peux me baser sur l'image de mes parents pour avoir l'idée de ce qu'est un couple sain ? Certainement pas ! Les Elfes n'ont aucune notion de fidélité. Et les seuls autres personnes que je connaisse sont soit divorcés comme Ron, soit mariés depuis tellement longtemps qu'ils en paraissent ennuyeux, comme Harry et Ginny ! Scott et toi, vous êtes le seul couple de mon âge que je connaisse.

- Et Samya ?

- Elle sort avec Charlie, ça ne compte pas. Je t'assure que vous êtes les seuls. Si vous vous séparez, je n'aurai plus aucun espoir… »

Ella exagérait, Scarlett en était persuadée. Sans compter que sa meilleure amie n'avait jamais paru soucieuse de se caser. Elle voguait d'une liaison à une autre sans s'attacher, et évitait les risques en ne s'approchant pas trop de Toby, le seul qui était parvenu à faire naître plus qu'un désir limité en elle.

« Et puis, c'est toi qui m'a dit que tu étais la preuve qu'on pouvait survivre à tout, pas vrai ? Rappela Ella avec un rictus railleur particulièrement fier. Alors comment peux-tu me faire ça, maintenant ? Aujourd'hui en plus ! »

Scarlett plissa le front sans comprendre. À ce qu'elle en savait, cette date n'avait rien de particulier. Elle interrogea Ella d'un regard surpris, et sa meilleure amie parut un peu embarrassée avant d'avouer :

« J'ai passé la nuit avec Toby.

- Tu as quoi ?

- On a rien fait. Il m'a juste caressé les cheveux.

- Il a quoi ?!

- Mais on a dormi ensemble, et on a discuté…

- Vous avez quoi ?! »

D'accord, elle avait perdu son vocabulaire sous le choc - ce qui n'était pas peu dire, elle était auteure après tout. Mais elle avait attendu dix ans avant d'entendre cette phrase, plus encore ces deux dernières semaines, et elle n'arrivait pas à croire qu'Ella ait pu garder le silence pendant plus d'une demi-heure avant d'aborder le sujet. Certes, elle avait monopolisé la conversation avec ses problèmes, mais il lui semblait primordial de parler de ça, plus que de toute autre chose. À moins qu'elle n'espère juste secrètement qu'Ella en oublie ce qu'elle avait admis concernant ses projets.

Ella hésita une courte seconde et Scarlett se mit aussitôt à craindre le pire. Ella n'avait jamais honte de rien, du moins pas avec elle. Il lui semblait parfois qu'elles se connaissaient depuis toujours, puis elle se rappelait que leur rencontre avait simplement marqué le tournant de sa toute nouvelle vie.

Avant Ella, elle n'avait été que la Serdaigle invisible qui ne parlait à personne et passait ses étés dans une maison de fous - elle y avait vécu, elle était autorisée à l'appeler ainsi. Avant Ella, elle n'avait même eu aucun ami, ne pouvait se confier à personne.

Puis Ella était arrivée et avait tout chamboulé. D'abord en lui adressant la parole, puis en la défendant face à ceux que cela dérangeait. Et grâce à elle, Scott et elle s'étaient retrouvés à discuter, eux aussi. Elle avait trouvé une amie, puis un petit-ami - et quelques ennemis en prime, mais elle pouvait l'encaisser.

Mieux que ça, elle avait retrouvé une famille.

Les Weasley, les Potter, Hermione aussi, avaient été là pour elle dès l'instant où elle avait passé le pas de leur porte. Et si elle avait cru au début qu'ils étaient gentils avec elle uniquement par pitié, elle avait vite compris qu'il n'en était rien. Ils étaient comme ça, tout simplement, prêts à accueillir quiconque en avait besoin et se montrait digne de leur affection. C'était grâce à eux qu'elle n'avait pas eu à retourner à la clinique où elle passait généralement tout l'été avant sa dernière année. Au lieu de ça, elle s'était retrouvée à dormir dans la chambre d'amis des Potter, à dîner avec les Weasley presque tous les jours… Puis, elle avait rejoint Ella en Australie, et avait rencontré les Elfes au Brésil, et tout son monde s'en était retrouvé agrandi.

Tout cela parce qu'Ella lui avait adressé la parole en cours de Soins aux Créatures Magiques le jour même de son arrivée à Poudlard.

Depuis, elles avaient tout partagé.

« Je t'ai caché quelque chose et tu vas me détester. »

Ou presque tout, apparemment. Scarlett s'obligea à sourire, un peu angoissée à l'idée d'apprendre quel secret pouvait être si grave pour qu'Ella ait décidé de le lui cacher. Elle ne réagit pas pourtant, quand Ella lui raconta tout ce qu'elle avait fait et la façon dont son père avait réagi ensuite. Elle attendit qu'Ella ait fini, expliqué comment Toby l'avait réconfortée, et qu'elle avait discuté avec sa mère ensuite. Puis enfin, elle grommela, désespérée :

« Mais qu'est-ce qui t'as pris ?!

- Oui, je sais, je suis une personne affreuse, bougonna Ella en levant imperceptiblement les yeux au ciel, comme si elle en avait déjà marre de l'entendre.

- Je peux comprendre pourquoi tu ne lui as pas donné la lettre directement. À ta place, je ne l'aurais pas fait non plus ! Avoua-t-elle, à regrets. Mais après ?

- J'ai eu peur de sa réaction… Et vu ce qu'il s'est passé hier soir, j'avais bien raison. »

Scarlett secoua la tête, dépitée, et Ella s'enfonça plus profondément dans son siège, l'air boudeur.

« Tu réalises que ça aurait été totalement différent si tu lui avais donné cette lettre, pas vrai ? Même des années après ! Ton père doit être mille fois plus peiné que tu lui aies caché quelque chose d'aussi important que par l'existence de cette lettre… Il doit se sentir atrocement trahi ! Tu es sûrement la personne en qui il a toujours eu le plus confiance, ça doit être affreux pour lui de savoir que tu lui as menti pendant dix ans ! »

Scarlett se tut en voyant Ella baisser les yeux, l'air peinée, et regretta d'avoir enfoncé le clou. D'un geste, elle souleva son siège pour se rapprocher de sa meilleur amie, espérant ainsi prouver qu'elle la soutenait malgré tout. Ella avait peut-être agi bêtement, mais elle n'avait aucune intention de l'accuser de tous les maux pour cela. Elle se sentait suffisamment coupable comme ça, c'était évident.

« Tu comprends mieux pourquoi tu ne peux pas quitter Scott, pas vrai ? Soupira Ella en une vaine tentative de corruption émotionnelle. Je ne peux pas pas perdre l'affection de mon père et mon idéal de couple dans la même journée !

- Est-ce que tu essaies vraiment de me manipuler en te servant de ta dispute avec ton père ?

- Ça dépend… Est-ce que ça fonctionne ? »

Ella lui décrocha un sourire suppliant et Scarlett roula des yeux dans ses orbites, amusée malgré elle. Puis elle songea à ce que son accord signifierait et sentit sa gorge se nouer. Elle savait au fond d'elle que la situation était devenue bien trop tendue pour qu'elle l'accepte, comme elle savait qu'elle en était entièrement responsable.

Non pas parce qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfants, elle n'était pas folle au point de s'accuser d'une chose sur laquelle elle n'avait aucun contrôle. Mais parce qu'elle ne parvenait plus à songer à autre chose. Tout ce à quoi elle pensait en observant Scott tenait en quelques mots : « Il pourrait être plus heureux avec une autre ». Même quand elle le voyait avec ses dragons, jouer avec eux et s'occuper de répondre à tous leurs besoins, elle se sentait coupable. Elle privait des enfants hypothétiques d'avoir Scott Weasley pour père, et elle n'arrivait tout simplement pas faire abstraction.

« Je ne sais pas… », bredouilla-t-elle donc après un trop long silence.

Ella se crispa à ses côtés, et Scarlett se demanda si elle ne pouvait tout simplement pas changer de sujet. Ella semblait bien trop inquiète à l'idée de ce qu'elle s'apprêtait à faire, et toute autre discussion aurait mieux valu. Elle était aussi réellement curieuse de savoir si Ella était prête à tenter le coup avec Toby cette fois, après ce qu'ils avaient partagé la veille. Mais elle n'eut pas le temps de se lancer qu'Ella lui saisissait brusquement la main, attirant son attention, l'air subitement un peu plus émotive encore, comme si elle doutait de ce qu'elle s'apprêtait à faire.

« Est-ce que tu me fais confiance ? »

Scarlett faillit répondre un « Oui » franc et massif, sans même y réfléchir, parce que c'était ce que son instinct lui hurlait. Mais quelque chose dans l'expression d'Ella qui n'avait pas l'air de poser cette question juste comme ça, comme des paroles en l'air, l'obligea à méditer à ce sujet. Pourtant, elle dut vite se rendre à l'évidence : où que sa réponse puisse la mener, elle ne pouvait pas mentir.

« Évidemment que je te fais confiance.

- Alors donne-moi six mois.

- Quoi ?

- Donne-moi six mois, Scarlett. Si dans six mois, tu estimes toujours que rompre avec Scott est ce qu'il y a de mieux pour vous deux, je te laisserais faire. Je t'aiderai à trouver un appartement, on pourra même vivre ensemble comme deux vieilles filles si tu veux… Je ferai tout pour te rendre la vie plus facile, sans te dire une seule fois que tu commets une erreur. Donne-moi juste six mois. »

Scarlett ne voyait tout simplement pas en quoi six mois pouvaient changer quoi que ce soit à la situation. Dans six mois, elle serait toujours stérile. Dans six mois, Scott mériterait toujours bien plus que ce qu'elle pouvait lui offrir. Dans six mois, rien n'aurait été résolu miraculeusement. Et ce fut pleine de cette certitude, consciente pourtant que six mois pouvaient paraitre bien long à fuir son mari pour ne pas craquer, qu'elle accepta cette étrange demande qui n'avait aucun autre sens que celui de repousser ce qui lui paraissait inévitable.

« D'accord. Six mois. »


Adossé contre un mur, Toby comptait les secondes. Elle était en retard. Ou du moins l'espérait-il. Il était arrivé devant les Laboratoires d'Howler & Powder bien plus tard que ce qu'il avait escompté, retenu par ses collègues impatients de repartir en mission. Dawlish leur avait imposé une affaire ennuyeuse à mourir qui appelait plus de paperasse que d'action, et il sentait que son équipe trépignait à l'idée de passer à autre chose.

Et il y avait Winifred qui l'avait suivi toute la journée avec une expression parfois enragée, parfois irritée, oscillant entre ses deux nouveaux sujets de conversation préférés : la Gazette et son examen. Elle lui avait crié « C'est toi, pas vrai ?! » dès qu'il était entré dans son bureau où elle l'attendait ce matin-là, et il s'était contenté d'un regard blasé pour réponse.

Car oui, évidemment, c'était lui qui avait parlé de Rhys Demontmorency à la Gazette du Sorcier. Indirectement, du moins. Il avait simplement transmis quelques informations à Buster, leur gardien d'immeuble, qui s'était empressé d'en parler à sa petite-fille journaliste. Toby devait admettre qu'il avait été surpris que l'article paraisse le jour même, mais apparemment, Betty Jones était vive. Il aurait dû s'en douter, il la connaissait. Intimement.

Malheureusement, il n'avait pas prévu de devoir gérer cette situation aussi vite, et il avait dû composer avec une Winifred suspicieuse toute la journée. Puisqu'elle était aussi particulièrement angoissée par son examen du lendemain, elle en était devenue invivable. Il était parvenu à l'entraîner tant bien que mal malgré ses millions de questions, et il croisait les doigts pour qu'elle réussisse à se concentrer. Au fond, il avait bien envie de lui enseigner la métamorphose en animagus. Elle le méritait.

En soupirant, il jeta un nouveau coup d'oeil à sa montre. Dix-huit heures passées de presque quinze minutes. Il était pourtant sûre qu'elle quittait le travail à dix-huit heures : il lui fallait environ quatre minutes pour rejoindre son appartement, et la veille, lorsqu'il l'avait croisée dans le hall de l'immeuble, il était à peine dix-huit heures cinq. Il espérait qu'elle n'était pas sortie plus tôt cette fois, sans quoi serait-il en train de perdre du temps qu'ils auraient pu passer à toute autre chose.

Il s'apprêtait à filer à l'appartement pour la rejoindre quand, enfin, les portes du Laboratoire s'ouvrirent devant lui. Il sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine alors qu'elle apparaissait, puis l'agacement prit le dessus quand il réalisa qu'elle n'était pas seule. Rhys la suivait de bien trop près à son goût, et ils étaient plongés dans une discussion qui semblait la passionner.

Un pincement de jalousie excessif le fit bondir en avant, et il s'approcha avant de se faufiler entre eux. Puis, d'un geste, il passa son bras par-dessus les épaules d'Ella qui se crispa vivement avant de le reconnaître. Elle leva alors les yeux vers lui et son regard s'illumina illico alors qu'un sourire courbait ses lèvres. Sourire qu'il aurait pu qualifier de menaçant et qui, en d'autres circonstances, l'aurait incité à retirer son bras de ses épaules. Au lieu de quoi, probablement suicidaire, il caressa sa courbe de sa nuque du bout des doigts avant de susurrer :

« Tu en as mis du temps, dis donc… Je t'attendais. »

Ella haussa un sourcil, railleuse au possible, et il se demanda combien lui couterait la comédie qu'il était en train de lui jouer. Puis Rhys se rappela à leur bon souvenir en un bruyant raclement de gorge et Toby se tourna vers lui avant d'arborer une expression faussement surprise.

« Rhys ! Je ne vous avais pas vu ! »

Ella glissa sa main contre son dos avant de lui pincer brutalement la hanche, et il s'obligea à conserver une expression impassible malgré la douleur. Il n'avait aucune intention de dévoiler quoi que ce soit à Rhys qui le fixait avec un mépris dont Toby n'affublait d'ordinaire que les criminels.

« Ella et moi-même étions plongés dans une conversation de travail, annonça Rhys en lui tendant la main pour le saluer - Toby ne la serra même pas, et il finit par la remettre dans sa poche. Je suis désolé de l'avoir retenue, mais elle n'avait pas l'air pressée par le temps… Vous aviez rendez-vous ? »

Toby acquiesça en un mensonge éhonté qui lui fit récolter une nouvelle piqûre. Cette fois, Ella se servit de ses ongles et il dût serrer les dents pour ne pas glapir. Il ne se souvenait pas qu'elle ait été si violence un jour, mais ça ne lui déplaisait pas foncièrement.

Il s'attendait presque à ce qu'elle intervienne pour avouer la vérité à Rhys qui les contemplait avec l'air circonspect d'un homme ne croyant pas une seconde à ce qu'il avait sous les yeux. Au lieu de quoi, Ella lui adressa un autre regard assassin avant de se tourner vers son patron.

« J'avais oublié, mais j'ai des projets pour ce soir. Nous pourrons discuter de tout ça demain, je suppose ?

- Bien entendu, accepta Rhys en baissant légèrement la tête. N'hésitez pas à venir frapper à ma porte si vous souhaitez partager d'autres idées avec moi… Je serais chez moi toute la nuit. »

Toby se crispa. L'invitation était claire, et elle lui donna envie de cogner. Ella, comme si elle l'avait pressenti, enroula subitement son bras autour de sa taille. Il aurait pu lui échapper, bien entendu, mais il aimait trop ce contact qui méritait bien qu'il s'assagisse.

« Merci, Rhys, répondit Ella d'une voix détachée. Bonne soirée. »

Sans attendre, elle l'entraîna à quelques pas sans lui laisser le temps de dire « au revoir ». Elle manquait clairement de confiance en lui puisqu'elle paraissait persuadée qu'il se montrerait impoli - ce n'était pas entièrement faux. Il jeta un bref regard en arrière d'où Rhys les jaugeait, l'air furieux, et il lui fit un clin d'oeil avant d'entendre Ella siffler un « Avance ! » entre ses dents.

Ils n'avaient pas traversé et dévié de route, se mettant hors de vue de Rhys, qu'Ella s'éloignait. Elle le repoussa d'un coup de coude en plein ventre avant de se poster devant lui, les bras croisés sur sa poitrine, une expression assassine sur le visage.

« C'était quoi, ça ?

- Tu as toujours été une adepte de la violence physique ?

- Toby ! Hurla-t-elle, et de nombreux passants s'arrêtèrent pour les reluquer, impatients d'assister à une dispute.

- Quoi ? »

Ella leva les yeux au ciel en poussant un soupir tel qu'elle aurait probablement pu se dégonfler - si elle n'avait pas été si indubitablement humaine. Et sur un énième regard noir, elle fit volte-face et s'éloigna sans paraitre réellement savoir où elle allait. Il n'hésita même pas à la suivre, mais eu le bon sens d'attendre quelques minutes avant de se rappeler à sa présence.

« Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Je pensais t'emmener dîner si tu…

- J'ai déjà des projets, je l'ai dit.

- Oui, avec moi. »

Elle ne prit même pas la peine de répondre et il fit la moue. Peut-être était-il allé trop loin en intervenant d'une façon aussi cavalière, mais il n'avait pas pu se contenir, quand bien même savait-il pertinemment qu'il n'avait aucun droit la concernant.

Après tout, ils n'étaient rien d'autres que deux voisins ayant brièvement vécu une relation dix ans plus tôt et qui avaient passé la nuit ensemble. Une nuit purement platonique qui aurait mérité un rappel, à son humble avis. Et il savait, pour avoir été élevé par Pansy Parkinson-Malefoy, qu'il n'aurait pas davantage eu le droit d'agir ainsi s'ils avaient été mariés depuis deux décennies. Il prit une profonde inspiration, prêt à s'excuser même si cette idée le répugnait un peu, quand elle répliqua :

« Non, pas avec toi.

- Avec qui alors ?

- Un homme qui, contrairement à toi, sait exactement ce que je veux ! »

Toby se figea sur place. Il avait déjà à éloigner Rhys Demontmorency auquel il ne faisait absolument pas confiance - et ce n'était pas uniquement du fait de leur rivalité. Allait-elle sérieusement ajouter un autre concurrent à la bataille féroce qui risquait bien de s'engager ? Il n'avait pas peur, il savait que leur plus gros soucis ne concernait personne d'autre qu'eux deux, mais il aurait préféré qu'elle s'abstienne malgré tout.

« Qui est-ce ? Gronda-t-il donc en la rejoignant à grands pas.

- Un homme extraordinaire qui me donne toujours ce que je demande. Pas plus, ni moins. Je lui explique ce que j'attends de lui, et il se contente d'obéir. En échange, je lui donne des gallions, et tout le monde est content.

- Tu vois un gigolo ?! »

Il réalisa qu'il avait crié un peu trop fort en voyant une femme s'arrêter près d'eux, l'air offusqué. Il constata qu'une bande d'adolescents moldus pouffaient en les observant, et crut voir un des employés du Ministère qui rentrait chez lui secouer la tête avec dégoût. Il jura mentalement avant de reporter son attention sur Ella.

Elle le scrutait comme s'il était l'être le plus idiot auquel elle ait jamais fait face - et puisqu'elle avait dû affronter le Scott de seize ans, ce n'était pas peu dire. Pourtant, son explication ne pouvait désigner qu'un seul type d'homme, et même s'il peinait à croire qu'elle puisse payer pour avoir des relations sexuelles, il ne voyait pas vraiment ce que ça pouvait bien signifier d'autre. Merlin, elle avait à sa disposition un voisin tout prêt à la satisfaire, et… Non, quelque chose ne collait pas.

Ella pouffa finalement, sa colère s'évanouissant comme elle paraissait le trouver ridicule, et tendit la main vers lui. Il la regarda sans comprendre, et elle proposa, comme un test auquel il n'était pas certain de vouloir se confronter :

« Tu veux que je te le présente ? »


Ella ne savait pas ce qui lui faisait le plus plaisir. La mine penaude de Toby qui maugréait depuis dix bonnes minutes qu'elle s'était bien fichue de lui - alors même qu'il s'était imaginé n'importe quoi sans elle. L'air tiède des dernières minutes de jour qui, après la chaleur de cette journée d'été, paraissait lui caresser la peau. Ou, et après réflexion ce qui gagnait haut la main ses faveurs, le parfum de glace à la vanille qu'elle sentait sur sa langue.

« Florian Fortarôme, répéta Toby pour la trentième fois au moins en plantant sa petite cuillère dans son pot de glace. Florian… Par le gland de Merlin !

- Ne parle pas de gland quand je mange de la glace, le taquina-t-elle, jouissant sciemment de son malaise. Elle est bonne, d'ailleurs ? »

Il plissa les yeux, menaçant, avant d'engloutir une énième bouchée. Quand ils étaient arrivés sur le Chemin de Traverse et qu'elle l'avait entrainé devant le glacier, il avait eu l'air presque déçu. Puis le soulagement avait pris le dessus et il avait commandé la plus grosse glace de la carte en lui disant qu'elle n'avait qu'à payer. Depuis, il se vengeait sur la nourriture.

Elle n'avait pas pu s'empêcher de le taquiner. Ç'avait été plus fort qu'elle quand il avait surgi tel un ange vengeur pour empêcher Rhys de la raccompagner. Au fond, elle avait été un peu soulagée. Elle ne voulait pas revivre une autre invitation dans l'ascenseur avant d'avoir discuté avec Toby qui paraissait déjà suffisamment jaloux pour qu'elle en rajoute. Elle avait eu droit à une proposition pleine de sous-entendus malgré tout, mais au moins avait-elle pu éviter d'y répondre. Grâce à lui.

Elle releva la tête en sentant son regard sur elle. Il ne mangeait plus, son attention toute entière fixée sur ses lèvres, et elle constata que la façon dont elle s'était mise à lécher son cône paraissait l'absorber. Il s'imaginait si clairement autre chose qu'elle en joua en sortant le bout de sa langue pour s'emparer du bout de sa glace. Il déglutit.

Et elle mordit dans son cornet.

Toby recula dans son siège avant de lui adresser un regard peu amène et elle y répondit en traçant une auréole invisible au-dessus de sa tête. Amusé malgré lui, il secoua la tête avant de lui expliquer :

« Florian Fortarôme est mort depuis des lustres d'ailleurs, ce n'est plus que le nom du glacier…

- C'est toi qui t'es imaginé des choses, je te signale. Alors que je parlais innocemment de ce serveur non-identifié, précisa-t-elle en indiquant le serveur en question, un gamin de vingt ans à peine qui n'aurait pas attiré son attention même s'il avait le dernier homme sur Terre. Et toi, tu m'as accusé de recourir à la prostitution, je suis vexée !

- Non, ça t'amuse, c'est évident ! Rétorqua-t-il en pointant le bout de sa cuillère sur elle, comme il aurait pu le faire d'une baguette. J'ai cru que tu étais réellement en colère contre moi.

- Je le suis. Ton comportement envers Rhys est ridicule. C'est un homme très gentil.

- Et un voleur. »

Elle sut qu'il évoquait l'article parut dans la Gazette et refusa d'aborder le sujet avec lui. Elle se doutait qu'il se servirait de ce prétexte pour enfoncer Rhys, et n'avait aucune intention de le laisser faire. Elle le lui fit comprendre d'un seul regard et Toby soupira avant d'ajouter :

« Tu l'intéresses, Ella. Désolé, mais je ne compte pas juste le regarder tenter de te séduire en souriant bêtement si c'est ce que tu attends de moi ! C'est peut-être un comportement machiste et archaïque, et j'en suis conscient, mais je ne pourrais pas me contenter de rester planté là, bras ballants, à attendre qu'il parvienne à ses fins. »

Ella eut l'impression qu'il venait de faire un saut dans le vide, et elle n'était pas certaine qu'il le réalise lui-même. S'ils s'étaient jusque-là contenté de quelques discussions et de beaucoup de taquineries, Toby avait clairement dépassé cette limite en avouant les raisons de son comportement envers Rhys. Et même si elle savait qu'elle allait trop loin et qu'elle risquait de le pousser à se confier davantage, elle ne parvint pas à apaiser sa curiosité.

« Tu réalises que ça n'a rien à voir avec toi, n'est-ce pas ? Qu'il arrive à ses fins ou non ne te concerne même plus et tu n'as pas ton mot à dire ! Et tu as encore moins le droit de débarquer comme un sauvage, ou de…

- Rien à voir avec moi ? Répéta Toby avec une expression ulcéré, et elle sut aussitôt qu'elle avait réveillé quelque chose en lui qu'elle aurait peut-être mieux fait de ne pas toucher. J'étais là bien avant lui, évidemment que ça a à voir avec moi !

- Non, mais tu t'entends ?! J'étais là bien avant lui, imita-t-elle avec une grosse voix masculine qui ne ressemblait en rien à la sienne. Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? Que tu as la priorité quand il s'agit de me passer dessus ?!

- Je n'ai pas dit ça.

- Vraiment ? Alors explique-toi, parce que m'avait tout l'air d'un discours digne d'un homme vivant à l'époque de Merlin, et qu'au cas où tu ne t'en serais pas rendu compte, on est au 21ème siècle ! »

Toby reposa son pot de place d'un mouvement furieux et la petite cuillère vola jusqu'à tomber par terre. Le serveur s'approcha en courant pour la ramasser, assura qu'il en apportait une propre, puis s'arrêta net en réalisant qu'ils étaient en train de se disputer. Alors il partit en courant presque en direction des autres clients dont certains paraissaient un peu trop intéressés par ce qui se déroulait à leur table.

Ella appuya le dos à son siège et haussa les sourcils, signifiant qu'elle attendait de lui une explication raisonnable. Si elle l'entendait dire de nouveau des choses comme « j'étais là avant lui », elle en viendrait probablement à douter de ce qui lui avait pourtant toujours semblé évident. Qu'il était quelqu'un de bien et de sensé. Il pouvait être jaloux, elle admettait sincèrement qu'elle souffrait elle aussi de ce petit défaut, mais ça ne pouvait quand même pas le rendre stupide à ce point.

« Quand j'ai dit que j'étais là avant Rhys, c'était juste une façon d'expliquer que j'avais la priorité non pas en ce qui concerne ton corps, mais en ce qui compte réellement. Tu es partie il y a dix ans, Ella. Et une petite part de moi a attendu pendant tout ce temps. »

Ella oublia tout bonnement comme fonctionnaient ses poumons. Elle savait qu'il disait vrai, au fond elle l'avait même toujours su.

Son histoire avec Toby avait commencé si vite qu'il lui semblait parfois qu'elle n'avait pas réellement eu le temps d'y penser.

Ils s'étaient rencontrés et elle avait su, dès que leurs regards s'étaient croisés, qu'il compterait. Elle ne parlait pas d'un coup de foudre, ça, elle en avait vécu des tas - les premiers pour des stars du Quidditch qu'elle reluquait dans les magazines, le dernier en date concernant l'homme qu'il semblait considérer comme un ennemi. Non, avec Toby, ça avait toujours été autre chose. Un savant mélange de tension physique et d'affinité intellectuelle et émotionnelle qu'elle n'avait jamais retrouvé avec quiconque d'autre.

L'histoire s'était finalement terminée aussi vite qu'elle avait commencé, et Ella se doutait qu'ils n'avaient ni l'un ni l'autre, put la clôturer comme ils le souhaitaient.

« Désolé de ne pas vouloir céder la place à un type que tu connais depuis deux semaines ! Ça fait peut-être de moi un imbécile vieux-jeu, mais j'estime qu'à défaut d'être avec toi, je mérite au moins… Une petite chance. Avant que tu passes à Rhys ou à… Florian ! » Ricana Toby en indiquant la devanture du glacier sorcier.

Ella ne put s'empêcher de sourire. Elle savait très bien ce qu'il attendait d'elle et contrairement à nombre d'hommes qu'elle avait croisés dans sa vie après lui, ça tenait à bien plus qu'à quelques parties de jambes en l'air.

« A quoi est-ce que tu penses ? Demanda-t-elle donc en essayant de faire taire les tambourinements de son coeur qui bondissait joyeusement dans sa poitrine, tout enthousiaste.

- Hum… Trois semaines.

- Quoi ? »

Comment, par Merlin, pouvait-il donner un chiffre aussi précis ? Trois semaines, ça pouvait passer tellement vite. Elle était déjà en Angleterre depuis presque autant de temps, et il avait passé dix jours elle-ne-savait-où. S'il repartait en mission, elle ne le verrait peut-être qu'une fois ou deux, et cela lui paraissait étrangement court, quoi qu'il ait l'intention de faire.

Après tout, proposait-il qu'ils se fassent les adieux qu'ils n'avaient pas pu s'offrir dix ans plus tôt ? Ou espérait-il simplement tout remettre à plat pour qu'ils puissent chacun partir de leur côté sans plus songer l'un à l'autre ? A moins qu'il n'escompte que cela suffirait à ce qu'ils se sautent dessus… Et dans le cas de cette dernière option, il était bien naïf s'il croyait qu'elle pourrait tenir aussi longtemps.

« Trois semaines, c'est le temps qu'il m'a fallu pour tomber amoureux de toi la première fois. »

Ella crut avoir rêvé ces mots, puis il les répéta sans la lâcher des yeux et elle sut qu'il avait gagné malgré la peur qui lui tordit subitement les entrailles. Car non, Toby ne voulait pas des adieux, il s'attendait à tout autre chose.

Une chose qu'elle n'était pas certaine de pouvoir lui offrir, malgré son envie de tenter le coup. Puis elle se souvint qu'elle avait éprouvé la même chose dix ans plus tôt, cet espoir à l'idée d'avoir rencontrer quelqu'un qui puisse la débarrasser de ses doutes et de cette peur absolue que provoquait en elle toute notion d'engagement.

Elle avait beau avoir muri et savoir que la liaison de ses parents n'aurait dû avoir aucune influence sur sa façon de considérer les relations amoureuses, c'était mille fois plus facile à dire qu'à mettre en application. Elle était douée pour les coups d'un soir et les rencontres de quelques jours, mais Toby restait le seul homme avec lequel elle était sortie plus de deux semaines. Elle n'était tout simplement pas sûre de savoir faire, d'être à la hauteur des attentes qu'il semblait prêt à mettre en elle une nouvelle fois.

Une petite voix railleuse lui rappela qu'il aurait dû avoir bien plus peur qu'elle. Après tout, c'était lui qui avait eu le coeur brisé la première fois, et lui qui voulait risquer de souffrir encore davantage en tentant de nouveau l'expérience. Elle se demanda brièvement s'il était masochiste ou simplement fou à lier. Puis elle décida que cela n'avait aucune espèce d'importance.

Son père lui avait dit un jour qu'il ne regrettait pas d'avoir vécu toute son histoire avec Hermione, malgré la douleur qui en avait résulté. Et pas simplement parce qu'il l'avait eue, elle, sa fille adorée, grâce à cela, mais parce qu'il estimait que cela avait valu la peine. Il avait peut-être eu mal à la fin, mais les quelques mois qu'ils avaient passés ensemble lui avait suffi à vivre un amour dont certains ne pouvaient que rêver.

Et au fond d'elle, Ella voulait pouvoir dire la même chose de son histoire avec Toby. Elle ne voulait plus ressentir cette culpabilité et cette honte en songeant à la façon dont elle avait géré la situation, tant par la faute de son jeune âge que de tout ce qui la perturbait à l'époque. Elle voulait avoir tout tenté, et si cela devait mal se terminer… Elle y avait déjà survécu une fois, après tout.

« Alors on considérerait cette sortie comme notre premier rendez-vous ? »

Le visage de Toby, qui avait paru extrêmement tendu jusque-là, s'éclaira subitement. Un immense sourire sembla prêt à le couper en deux, mais il l'effaça bien vite avant d'arborer une expression détachée qui n'aurait jamais pu convaincre personne. Puis, haussant les épaules comme si elle ne venait pas de lui offrir exactement ce qu'il désirait, il rétorqua :

« Non, ça c'était notre premier et dernier plan à trois avec le défunt Fortarôme. »


Hermione faisait les cent pas dans le couloir de l'immeuble où vivait Ella, piétinant le sol avec une telle inquiétude qu'elle aurait pu laisser des marques dedans. Elle avait frappé plusieurs fois, malgré le gardien qui lui avait dit qu'Ella n'était pas encore rentrée, et commençait vraiment à s'impatienter.

Quand enfin, l'ascenseur s'ouvrit au dernier étage, elle sentit le soulagement l'étreindre. Elle n'aurait pas été capable d'attendre davantage sans perdre totalement la tête.

Toute cette journée n'avait été qu'une succession d'incidents qui l'avaient poussée à retarder son but principal. Son manque de sommeil jouait beaucoup sur son incapacité à gérer des situations qu'elle aurait habituellement pu régler les yeux fermés, et elle n'avait pu quitter le Ministère que bien après midi. Finalement, quand elle avait rejoint l'Australie par Portoloin, ç'avait été pour constater le pire.

« Ton père n'était pas là ! »

Hermione ne prit même pas la peine de saluer Ella, ou l'homme qui l'accompagnait. Elle prit d'ailleurs une seconde à réaliser qu'il s'agissait de Toby et que ce dernier avait l'air aussi abasourdi qu'elle de la découvrir là. Puis elle constata qu'ils souriaient, bien trop proches l'un de l'autre pour des ex-petits-amis, juste avant qu'elle ne s'en mêle. Ella avait l'air désormais bien plus inquiète et Hermione se demanda ce qu'elle venait de gâcher.

« Papa n'était pas à la maison ?! S'exclama Ella.

- Il se passe quelque chose entre vous ? Interrogea Hermione au même moment.

- Bonsoir, Hermione, réagit Toby avec un peu de retard avant de se tourner vers Ella. Je vous laisse régler la situation… Je vais prendre quelques affaires, et je te rejoins.

- Comment ça ?

- Je ne compte pas te laisser seule cette nuit non plus. »

Hermione les regarda tour à tour, définitivement perplexe. De toute évidence, Toby vivait là, et le « non plus » prouvait qu'ils avaient passé la nuit ensemble. Hermione avait beau ne pas être du genre à se mêler de ce qui ne la regardait pas, elle aurait quand même bien voulu obtenir une explication. Aucun d'eux ne paraissait prêt à lui en fournir une, et Ella répliqua, l'air charmeuse :

« Te servirais-tu de ma dispute avec mon père pour passer du temps avec moi ?

- Évidemment, admit Toby sans la moindre honte. Je suis un ancien Serpentard, c'est comme ça que nous fonctionnons. Jamais je ne laisserais passer une telle opportunité ! »

Il conclut sa petite tirade avec un clin d'oeil, fit un léger signe de la main à Hermione, puis disparut dans son appartement à quelques portes de là. Hermione le suivit du regard avant de revenir à Ella qui fixait l'endroit où venait d'aller Toby avec une expression un poil rêveuse. Finalement, elle s'empourpra et reporta son attention sur elle.

« Tu es sûre qu'il n'était pas là ? Et dans la cabane ?

- J'ai regardé partout, confirma Hermione en secouant la tête, désespérée. La maison était fermée d'un sortilège puissant, il a dû partir pour plus de quelques heures… As-tu une idée d'où il aurait pu aller ? Peut-être… Chez des amis ? Chez Blaise ou chez Drago ?

- Non, ils sont proches, mais… Mon père était vraiment furieux quand il m'a quittée hier, je suis persuadée qu'il voudra passer du temps tout seul et Drago et Blaise seraient du genre à vouloir l'entraîner à faire la tournée des pubs pour oublier. Ce n'est pas vraiment son genre.

- Alors où est-ce qu'il a bien pu se rendre ? »

Elle commençait à s'inquiéter sincèrement. Que Théodore soit à la fois furieux et triste risquait de le pousser à faire n'importe quoi, et même s'il avait toujours été bien plus sérieux que la plupart des hommes de sa connaissance, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire. S'il avait transplané dans l'état où il était, il avait très bien se désartibuler et être en train de se vider de son sang quelque part. Elle devait absolument le retrouver.

Malheureusement, le Théo qu'elle avait connu n'avait nul part d'autre où aller qu'au 12 Square Grimmaurd. Elle n'avait aucune idée d'où il aurait pu se réfugier pour être au calme et avoir le temps de se remettre de ses émotions.

À la seconde où elle y songea pourtant, une idée lui vint à l'esprit.

Une idée qu'elle n'avait même pas envisagée avant de repenser au jeune Théodore qui, après qu'elle ait abandonné Ella dans ses bras par le biais de Ginny, avait fui à l'autre bout du monde. Il n'était pas allé en Australie dès le départ. Non, il avait d'abord rendu visite aux seuls êtres capables de le soutenir et de l'aider sans l'envahir.

Les seuls êtres auxquels elle redoutait de se confronter.

Et alors même qu'elle s'apprêtait à partager son idée avec Ella, priant de tout coeur pour que cette dernière ne démentisse pour une quelconque raison, la jeune femme fit claquer ses doigts, comme prise d'une illumination, et brisa tous ses espoirs.

« Je sais ! Il doit être à la Baie ! Je suis certaine qu'il est à la Baie ! »


Note _ Si vous m'aviez demandé, je vous l'aurais dit depuis longtemps, pffft ! :P

Petites questions _ 1. Alors, la réaction d'Hermione ? (Elle ne pouvait pas être plus agressive, j'aurai eu envie qu'Ella lui en colle une en mode "tu te fous de moi là ?" xD Si y a bien une personne qui n'a aucun droit d'être en colère, c'est Hermione ah ah) ; 2. P'tite scène un poil étrange avec Rhys ? Que pensez-vous qu'il se passe exactement ? Ses explications vous ont satisfaites ? ; 3. Pensez-vous que Scarlett va tenir 6 mois encore comme ça ? Et surtout, est-ce que 6 mois suffiront ? ; 4. Toby VS Rhys épisode 19173 xD Toby VS Gigolo épisode 1... Toby a trop de concurrents, va-t-il l'emporter ? (oui ok c'est pas ça la vraie question) Toby se jette enfin à l'eau ! comment pensez-vous que ça va se passer entre eux maintenant ? ; 5. Comment imaginez-vous les retrouvailles Hermione / Elfes & Hermione / Théo ? :D 6. Ce chapitre vous a plu ?

Dans le prochain épisode _ une flèche qui atteint presque sa cible, mon nouveau personnage préféré (ah ah ça vous aide pas du tout ça xD), de la drogue, une effraction, un câlin crapuleux, un refus, des confettis, de la barbe à papa et un saut dans la vide.

Voili voilouu ! Des bisous (d'encore plus loin) contre des reviews !

Bewitch_Tales