Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...

Genre _ Romance / Famille / Suspens.

Rating _ M ... :P

Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...

Note de l'Auteure _ TADAAAM. Pour me faire pardonner ! :) Je m'en veux vraiment de ne pas réussir à poster plus rapidement depuis le début, donc on va dire que c'est pour m'excuser... même si la fin du précédent chapitre était moins frustrante que celle qui vous attend là donc, c'est peut-être pas un cadeau que je vous fais xD

Bonne lecture à tous ! J'espère que ce chapitre vous plaira !


Ellarosa - Vermelha

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Chapitre 7

« Je ne vous ai pas brisé le coeur. C'est vous même qui l'avez brisé ; et en le brisant vous avez brisé le mien. »

Emily Brontë.

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Il pleuvait des cordes, d'une eau presque chaude qui paraissait froide en comparaison de la brûlure de l'air sur sa peau moite. Hermione avait transplané à la lisière de la forêt tropicale qui entourait la Baia Vermelha, au Brésil, depuis à peine une dizaine de minutes, mais déjà elle n'en pouvait plus. Jamais elle n'était parvenue à s'habituer à cette météo si différente de celle qu'elle connaissait. En Angleterre, même l'humidité n'avait rien à voir avec la lourdeur fiévreuse qui imprégnait tout ce qui l'entourait.

D'une main, elle essuya son front déjà trempé de sueur avant de repousser une branche qui lui barrait le passage. Elle n'avait pas traversé cette jungle depuis des années, et la dernière fois qu'elle s'y était aventurée, elle n'était pas seule mais en compagnie de tous ses amis. Déjà à l'époque néanmoins, cela avait été pour retrouver Théodore qui avait la mauvaise habitude d'atterrir auprès des Elfes quelle que soit la situation.

Elle soupira en sentant une brindille écorcher sa joue. Elle aurait préféré être en Australie, dans la jolie maison qu'il avait bâtie pour Ella et lui. Ça ne tenait pas réellement en l'atmosphère des lieux ou à ceux qui habitaient non loin de là. Non, tout ce qu'elle regrettait, c'était qu'ils ne se seraient pas seuls.

Les Elfes avaient été un élément constant dans leur relation, et ce depuis le début. Cet endroit même avait été le berceau de leur liaison, l'endroit où elle avait pris conscience de l'existence de Théodore et où leur amitié s'était développée jusqu'à devenir quelque chose de bien plus dévastateur. Malheureusement, les Elfes s'étaient impliqués à chaque étape, d'abord pour les soutenir puis plus tard pour la condamner. Elle se doutait qu'une fois encore, elle écoperait du mauvais rôle et ne pourrait pas compter sur leur soutien.

Y songer l'amena à penser à Masra Stratòs, la seule personne qui avait continué à l'apprécier même après ce qu'elle avait fait subir à Théo. Son ami décédé en tentant de le protéger qui ne serait plus là cette fois pour la rassurer et se faire porte-parole de la Raison.

Elle se cogna subitement à la souche d'un arbre et perdit l'équilibre. Elle se rattrapa in-extremis avant de se remettre en route et essaya de se focaliser sur ses mouvements plutôt que sur ses souvenirs trop pesants. Masra allait lui manquer, plus encore en ses lieux que durant ces dix dernières années, mais elle ne pouvait se préoccuper de lui en cet instant précis.

Le chemin était long jusqu'aux Elfes, mais ses pas la guidaient sans qu'elle eut besoin d'y réfléchir. La Reine Meleke lui avait un jour expliqué que c'était la principale raison pour laquelle nombres d'hommes disparaissaient dans la forêt. Si des humains tombaient accidentellement sur cet endroit et que les Elfes ne les estimaient pas digne de confiance, leur vie ne tenait plus qu'à un fil. Un fil que les Elfes s'empressait de couper avant qu'ils ne puissent trahir le secret de leur existence. À ce qu'elle en savait, Théo et elle avaient été les premiers humains à obtenir la bénédiction des Elfes depuis plusieurs siècles, et elle ne connaissait qu'un seul Sorcier à en avoir été digne auparavant : Merlin.

Elle s'arrêta tout à coup, l'oreille tendue. Elle avait perçu un bruissement dans les fourrés non loin d'elle, et d'un mouvement, elle saisit sa baguette. De nombreux animaux qui pouvaient être dangereux se cachaient là, dont certaines créatures sorcières que peu de gens pouvaient se vanter d'avoir déjà rencontrées. Prête à lancer un sortilège pour se défendre, elle ne prit conscience que trop tard que le danger ne venait pas d'où elle l'avait cru.

À sa gauche, elle entendit un sifflement qui transperça l'air dans sa direction. Elle se tourna d'un geste, et vit une flèche à la pointe acérée qui fonçait vers elle.

« Arresto Momentum ! » cria-t-elle en se baissant malgré tout, craignant que le sortilège ne soit pas suffisant à assurer sa protection.

La flèche se figea dans les airs avant de reprendre sa course à une vitesse de Noueux pour finir par tomber au sol, à quelques centimètres des pieds d'Hermione qui se redressa en pointant sa baguette devant elle. Elle ramassa néanmoins la flèche pour l'examiner et constata qu'il s'agissait clairement d'une création des Elfes. À moins qu'elle soit devenue Persona non grata sans le savoir - elle était presque certaine que Meleke avait fini par ne plus lui en vouloir tant que ça - son agresseur ne devait pas l'avoir reconnue, alors elle s'empressa de ranger sa baguette pour ne pas avoir l'air menaçant, et leva les mains en criant :

« Je suis Hermione Granger ! La Reine Meleke m'a donné l'autorisation de circuler sur vos terres il y a vingt-huit ans maintenant ! Je ne vous veux aucun mal ! »

Seul le silence lui répondit, puis un bruissement se fit entendre au-dessus d'elle et elle faillit bondir en arrière en croisant un regard perçant d'une couleur semblable à l'or. Perché à une branche, un elfe la scrutait, à moitié dissimulé derrière les branches et les feuilles. Un elfe minuscule. Un enfant qui devait avoir quatre ou cinq ans, même s'il était difficile de lui donner un âge - les elfes étaient généralement plus grands que les humains, mais ses traits encore ronds prouvaient sa jeunesse.

Elle lui sourit avant de lui adresser un petit signe de la main, et le garçonnet pointa son arc vers elle avec une expression agressive qui aurait été comique dans d'autres circonstances. Malheureusement, Hermione savait que les enfants Elfes apprenaient à se défendre avant même de savoir marcher et qu'il la tuerait sans hésiter s'il la considérait comme un danger.

« Je suis Hermione, répéta-t-elle d'une voix douce.

- Vous êtes une humaine, cracha-t-il dans sa propre langue.

- Une gentille humaine, précisa-t-elle de la même façon, et l'enfant écarquilla les yeux. Tu es un Stratós, pas vrai ? »

L'enfant cilla et son arc s'abaissa légèrement. Elle ne sut ce qui l'avait surpris : qu'elle sache parler, sommairement, la langue de son peuple ou qu'elle connaisse son nom de famille. Ou du moins, celui qu'elle supposait qu'il portait. Il ressemblait à une petite version de Masra : les mêmes yeux lumineux, la même peau suffisamment blanche pour qu'elle distingue ses veines translucides. Et surtout les mêmes cheveux d'un noir si intense qu'elle ne connaissait aucun humain pouvant obtenir une telle couleur naturellement.

« Vous connaissez mon père ? » Demanda-t-il, suspicieux.

Il avait parlé anglais cette fois, et elle l'en remercia silencieusement. Contrairement à lui, elle n'était pas capable de converser en n'importe quelle langue -humaine ou non- et ses connaissances en leur dialecte étaient bien trop limitées pour qu'elle puisse tenir une discussion entière. Puis, elle hésita une seconde avant de proposer :

« Eingil ? »

Masra étant décédé depuis dix longues années, il ne pouvait pas être le père de ce petit. Eingil, le fils de son ami, avait néanmoins bien l'âge d'avoir eu un enfant à son tour. Elle ne se trompait pas et l'arc se détendit entièrement avant que le garçonnet ne l'accroche à son dos.

Il sauta ensuite à terre avant de lever les yeux vers elle, l'air de toujours douter de sa sincérité, mais pas suffisamment pour la tuer, et carra les épaules pour se donner l'air plus grand.

« Avancez, je vous suivrais. Au moindre mouvement brusque, je vous donnerai la chasse, déclara-t-il d'une voix qu'il rendit volontairement plus grave.

- Ça ne sera pas nécessaire, assura Hermione en ravalant le rire qui la guettait, l'enfant étant bien trop sérieux pour son âge.

- Ça, c'est à moi d'en décider ! »

Hermione hocha la tête avec un semblant de respect, puis se remit en route. Il ne lui fallut qu'une seconde pour réaliser qu'il ne la suivait pas. Les yeux rivés vers l'endroit d'où elle venait, il semblait perplexe, et elle attendit qu'il ait fini d'analyser les lieux, comme s'il y décelait quelque chose d'invisible pour elle. Au bout d'un moment, il revint vers elle et l'interrogea d'une voix soupçonneuse :

« Vous êtes seule ? »

Elle acquiesça sans hésiter. Jamais elle n'aurait osé conduire quiconque jusqu'aux Elfes sans leur permission. L'enfant parut lire en elle et constatant qu'elle ne mentait pas, jeta un dernier coup d'oeil en arrière avant de lui faire signe d'avancer. Hermione repartit donc, ne manquant pas de remarquer que le petit elfe ne cessait pas de scruter la forêt comme s'il craignait de voir surgir une armée de monstres.

Ils venaient de parcourir à peine quelques dizaines de mètres qu'une nouvelle voix surgit non loin de là. Un cri retentit, un prénom qu'Hermione ne reconnut pas, et l'enfant l'abandonna en courant avant de se ruer sur l'inconnu. Il s'agrippa à l'Elfe adulte qui venait d'apparaître et eut enfin l'air d'un vrai petit garçon, et non pas d'un soldat version miniature.

L'Elfe souleva le garçonnet au-dessus de sa tête avant de le balancer par-dessus son épaule, provoquant un éclat de rire. Puis, il repoussa ses cheveux en arrière et leva la tête dans sa direction. Hermione en eut le souffle coupé.

Jeune, Eingil ressemblait déjà énormément à son père. Ils arboraient la même carrure solide qui faisait d'eux de somptueux guerriers, mais Eingil possédait encore cet éclat d'immaturité qui le poussait à provoquer tous ceux qui l'entouraient. Il flirtait avec Ella dans le seul but de mettre Toby en colère, désobéissait souvent aux règles et passait son temps à taquiner les autres sans se soucier de la hiérarchie.

L'être qui lui faisait face semblait mille fois plus redoutable. Il avait encore gagné en muscles - elle ne pouvait que le constater puisqu'il était à demi-nu - et arborait nombre de cicatrices. Un guerrier, en somme. Un guerrier qui lui décrocha un sourire étincelant dès qu'il la reconnut.

« Hermione !

- Oui, c'est comme ça qu'elle a dit qu'elle s'appelait, intervint l'enfant sans lui laisser le temps de dire un seul mot. Elle avait dépassé la frontière de notre territoire d'un seul pied quand j'ai décroché ma première flèche. J'étais à ça de lui faire un trou dans la tête. »

Par-dessus l'épaule de son père, il rapprocha deux de ses doigts, apparemment tout fier d'avoir failli la tuer. Eingil s'excusa d'une grimace avant de remettre son fils sur ses pieds, puis s'agenouilla pour se mettre à la hauteur du petit chasseur.

« Et que faisais-tu donc aussi loin de la Baie ? Questionna-t-il sévèrement. Tu as dépassé le périmètre autorisé…

- Maman avait dit que tu devais ramener les graines pour la tisane, mais tu as dit que tu étais occupé, alors je suis allé les chercher à ta place, répliqua sagement l'enfant avant de fourrer les mains dans les poches de son short pour en sortir des poignées pleines de petits pois bleutés. Sinon, tu te serais encore fait gronder !

- Merci, Din. »

Eingil ébouriffa tendrement les cheveux de son fils avant d'accepter son offrande, et le garçonnet arbora un sourire fier. Hermione avait reconnu les graines que les femmes croquaient ou faisaient infuser avant de laisser les mâles les approcher, et elle se demanda si Din savait qu'il venait de cueillir le moyen de contraception de sa mère.

« Par contre, la prochaine fois, n'essaie pas de tuer qui que ce soit, d'accord ? Hermione que tu vois là, est la maman d'Ella. »

Din fit volte-face, les yeux agrandis par la surprise, et la contempla avec l'air de ne pas y croire. Puisqu'elles se ressemblaient tant, Hermione ne voyait pas en quoi cela pouvait l'étonner, mais le plus jeune des Stratòs la scruta longuement, dubitatif. Puis, une fois sûr qu'il l'avait bien observée, il se tourna vers son père et chuchota à la manière des enfants - et donc avec un volume sonore bien trop élevé :

« C'est à cause d'elle que Théo pleure ?! J'vois pas pourquoi ! Elle est même pas si jolie que ça ! Il pourrait avoir tout un tas de filles plus belles, hein, c'est maman qui l'a dit. Parce qu'il est beau, lui ! Pour un humain, je veux dire… »

Hermione ne sut quelle information elle devait reconsidérer en priorité. Qu'elle n'était apparemment « pas si jolie que ça » ou que Théo soit beau « pour un humain ». Finalement, elle se focalisa sur sa première phrase qui fit naître un mélange d'espoir et de douleur en elle.

« Théo est bien ici, alors ? S'empressa-t-elle de demander sans prêter attention à Eingil qui faisait les gros yeux à son fils. Il est là, pas vrai ?! »

Eingil se redressa en hochant la tête, un peu circonspect, et elle se demanda à quoi il pensait. Sans doute ne comprenait-il pas pourquoi elle avait fait le trajet jusqu'à la Baie pour la première fois depuis des années, ou même son subit interêt pour Théo qu'elle avait si savamment fui autrefois.

Elle ne prit pas la peine de formuler quoi que ce soit. Les elfes ressentaient les émotions sans qu'aucun mot ne soit nécessaire, et elle s'efforça d'abaisser toutes ses barrières mentales pour offrir à Eingil le large panel de ses sentiments. La peur, le doute, la culpabilité. L'espoir et l'amour.

Din se prit la tête entre les mains en fermant les yeux, comme s'il venait de recevoir un choc et Eingil l'entoura de ses bras avant d'expliquer :

« Les émotions humaines sont encore trop intenses pour qu'il sache les accepter telles qu'elles sont… Surtout avec une telle force. Mais ça ira, il s'y fera. Celles de Théodore sont bien pires. »

Hermione sentit sa gorge se nouer en songeant qu'apparemment, Théo pleurait. Par sa faute ou par celle d'Ella, il ne lui restait plus qu'à le découvrir. Elle prit une profonde inspiration avant de se remettre à suivre le chemin en direction de la Baie, sans plus attendre personne.

Eingil hissa Din sur ses épaules avant de se ruer à sa suite et ils atteignirent la lisière de la forêt en quelques minutes. Comme toujours, Hermione eut l'étrange sensation de revenir chez elle, ce qui n'avait absolument aucun sens puisqu'elle n'avait vécu là que quelques semaines.

Elle détestait la chaleur qui régnait dans la jungle, la nourriture trop épicée et l'aisance avec laquelle les Elfes abordaient sans filtre les sujets personnels. Mais elle n'y pouvait rien : une petite part d'elle appartenait à cet endroit où elle avait de si bons souvenirs, où elle avait créé des liens indéfectibles et où elle avait appris à découvrir une Hermione qu'elle ne connaissait pas. Pour le pire et pour le meilleur.

« Elle est heureuse d'être là, c'est ça papa ? Demanda Din avec une expression solennelle. Pourquoi elle a peur, aussi ?

- Les humains sont compliqués, Din, résuma Eingil en haussant les épaules, comme s'il n'y pouvait rien. Trop compliqués pour qu'on les comprenne réellement… »

Hermione ne les écoutait même plus, toute son attention tournée vers les Elfes qui s'arrêtaient pour l'observer. La plupart la connaissaient ou se souvenaient d'elle, mais les plus jeunes paraissaient se demander pourquoi une humaine inconnue venait troubler leur quiétude.

Elle aurait voulu immédiatement partir en quête de Théo, mais se retint en se tournant vers Eingil. Elle avait une chose à faire avant de se lancer dans le projet le plus ambitieux qu'elle ait envisagé de sa vie, même si ça ne lui plaisait pas réellement. Elle connaissait les règles des Elfes et devait s'y plier, sans quoi n'aurait-elle même pas l'occasion de dire un mot à Théo.

« Je dois me présenter à Meleke, n'est-ce pas ? Où est-elle ? »

Eingil se figea avant de fermer les yeux, une expression douloureuse crispant ses traits. Les Elfes ressentaient des émotions eux aussi, même si elles étaient à la fois plus intenses et plus précises que celles des hommes. Hermione n'eut donc aucun mal à comprendre pourquoi sa question venait de provoquer un silence morbide tout autour d'elle.

Meleke n'était plus.

Puis Eingil inspira profondément, se forçant à dévoiler davantage de bravoure, et annonça d'une voix sans timbre :

« Meleke a rejoint la Baie. Nous avons une nouvelle reine, désormais. »

Il l'incita d'un sourire à ne pas réagir trop humainement, conscient que ses larmes pourraient perturber les Elfes autour d'eux. Et Hermione ravala courageusement sa peine. Son deuil pouvait attendre qu'elle se retrouve seule, quand bien même n'était-elle pas sûre de savoir exactement comme le faire. Les Elfes n'avaient pas le même rapport à la mort qu'eux, et elle était certaine de ne trouver aucun lieu de recueillement où dire adieu à son ancienne amie - et moralisatrice à ses heures perdues.

« Je vais te conduire à la Reine Saoirse. »

Eingil reposa Din à ses pieds avant de l'inciter à rejoindre les autres enfants qui s'amusaient non loin de là. Le garçon parut irrité, mais un regard sévère de son père l'obligea à obéir, ce qu'il fit en trainant les pieds. Il se posta finalement près des autres jeunes qui s'amusaient à se renvoyer une sorte de balle, et il les jaugea avec un air de mépris significatif.

« Quel âge a-t-il ? ne put s'empêcher de demander Hermione.

- Il aura cinq ans dans quelques semaines… Mais son âme est certainement plus vieille que la mienne. », s'esclaffa Eingil avant de lui indiquer le chemin qu'elle connaissait pourtant déjà.

Hermione se dirigea donc vers la montagne où les Elfes avaient creusé - aidée par la nature qui était toujours généreuse avec eux - leur royaume. Elle ne l'atteignit même pas.

Son regard s'accrocha à une silhouette à quelques pas de là. Elle n'eut pas besoin de voir son visage pour savoir de qui il s'agissait, et ce n'était même pas dû à son évidente humanité. C'était tout simplement lui.

Assis dos à elle, les pieds dans l'eau limpide de la Baia Vermelha, Théodore Nott fixait l'horizon. Ses bras croisés derrière sa nuque, il semblait tendu, même à cette distance, et elle fut prise de l'envie viscérale d'aller vers lui. Elle n'y résista pas.

Elle n'entendit qu'à peine Eingil lui rappeler qu'elle devait d'abord demander à la Reine la permission de rester, ne prêta pas attention aux nombreux murmures qui enflèrent sur sa route, et courut presque en direction de la Baie.

Elle se stupéfia à quelques centimètres derrière lui en l'entendant respirer, si fort qu'il était évident qu'il peinait à retrouver son souffle, et elle s'abandonna.

Elle tendit la main vers lui et la posa doucement sur ses cheveux dans lesquels elle glissa ses doigts. Elle l'entendit hoqueter de surprise à son contact, mais il n'eut aucun mouvement de recul, alors elle s'agenouilla près de lui. Ses vêtements furent aussitôt mouillés sans qu'elle s'y intéresse, toute concentrée qu'elle était sur lui.

Le profil du visage de Théo lui semblait si indubitablement changé qu'elle eut un coup au coeur. Il paraissait plus vieux qu'autrefois, tout comme elle évidemment, mais chez lui cela n'avait pas l'air naturel. Il semblait juste las, tel un homme ayant survécu à mille vies. Une barbe dévorait la moitié de ses traits, l'autre étant assombri par la fatigue, et elle prit sa décision, sans même y réfléchir.

« Quoi qu'il se passe entre nous, il doit aller mieux, se promit-elle dans le secret de son esprit, avant de chuchoter : Théo ? »

Enfin il ouvrit les yeux et tourna la tête vers elle sans paraitre réellement la voir. Il avait le regard vide, dans le vague, et elle s'en inquiéta d'office. Il n'avait pas l'air dans son état normal, tout simplement. Il paraissait…

Elle écarquilla les yeux, sous le choc, et bascula sur le côté avant d'adresser une oeillade assassine à Eingil qui s'était rapproché. L'Elfe se dandinait d'un pied à un autre, l'air embarrassé, et elle siffla entre ses dents serrées :

« Vous l'avez drogué ?!

- Il n'avait pas l'air bien, alors on a voulu…

- Vous avez perdu la tête ?! hurla-t-elle, si fort que tous les elfes se rapprochèrent peu à peu, l'air curieux. Comment avez-vous pu…

- Il nous l'a demandé ! Il avait besoin de repos ! Se défendit Eingil sans paraitre tout à fait certain de son innocence.

- Alors il fallait le faire dormir !

- Il ne voulait pas dormir, ce qu'il voulait c'était oublier. Mais ce sont simplement des plantes, elles ne font effet que quelques heures. Ensuite il dormira un moment, et quand il se réveillera, il sera dans son état normal… C'est à dire larmoyant et dépressif. »

Il n'avait pas l'air sûr que ce soit une bonne chose, mais Hermione n'eut pas le temps de lui expliquer en quoi les plantes elfiques pouvaient être risquées pour les humains. Une main douce et chaude se posa subitement sur la courbe de sa joue, et elle tourna la tête vers Théo qui la regardait droit dans les yeux. Ou à travers, elle n'était sûr de rien tant il planait.

Il battit des cils plusieurs fois, l'air perdu, puis fit glisser ses doigts le long de sa mâchoire avant de caler sa main dans le creux de sa nuque.

« Lionne… susurra-t-il avant d'esquisser un sourire un peu vague. Ma Lionne… »

Alors, sans qu'elle puisse rien y faire, sans qu'elle puisse même songer à l'en empêcher, il l'attira vers lui.

Et happa ses lèvres des siennes.


« Scott,

Tu as six mois pour prouver à Scarlett que tu n'imagines pas ta vie sans elle, bébé ou pas.

Je me charge de la partie « Bébé ». Tu te charges du « Ou pas ».

Ella. »

Scott lisait ces mots pour la quinzième fois au moins, essayant de leur donner un sens sans y parvenir réellement. Il voyait bien qu'Ella souhaitait les aider, mais il craignait bien trop de réaliser ce que cela signifiait.

Il savait que Scarlett avait rendu visite à sa meilleure amie ce jour-là. La lettre était arrivée par chouette à peine quelques heures après qu'il l'ait vue revenir - elle avait fui dans sa Tour sans lui adresser un seul mot. Ce qui le poussait à croire que sa femme et sa demi-soeur avaient dû avoir une discussion le concernant. Discussion qui avait dû ne pas jouer en sa faveur.

« Je me charge de la partie « Bébé ». Il relut cette phrase bien mystérieuse, et essaya d'imaginer un scénario où Ella pouvait leur offrir un bébé. Allait-elle en voler un ? Demander à son père d'en faire pousser un dans un pot de fleur ? Ou bien comptait-elle en fabriquer un grâce à des ingrédients de potions ? Il grimaça : pas question de devoir élever une créature ressemblant à une mandragore, il avait des limites en ce qui concernait les bestioles acceptées chez lui.

En soupirant, il jeta un coup d'oeil à ses dragons endormis, et comprit qu'ils n'avaient plus besoin de lui. Bientôt, il pourrait libérer Krokmou qui commençait à savoir se défendre tout seul et qui serait aussi capable de vivre sans aide. Cette idée l'emplissait de satisfaction. Il faisait ce travail pour ça, après tout. Pour que des dragonneaux sans chance de survie, dépendant des bons vouloirs de sorciers malfaisants, finissent par retrouver leur habitat naturel. Néanmoins, comme toujours, il était un peu triste aussi : l'un de ses bébés couverts d'écailles quittait le nid.

Il finit par sortir non sans un dernier regard, et referma soigneusement les portes de l'enclos derrière lui. Il ensorcela les lieux afin d'être alerté si l'un de ses protégés décidait de faire des bêtises - comme attaquer ses compagnons ou s'enfuir pour dévorer des moutons - puis s'éloigna en direction de la maison.

Au sommet de la Tour de Scarlett, de la lumière passait à travers une fenêtre. Il était tard, mais elle ne dormait pas encore, et Scott s'arrêta là, les yeux fixés sur cette petite lumière, se demandant comment se charger du « ou pas », comme Ella le disait si bien.

Sa femme n'avait beau être qu'à quelques mètres de lui, elle lui semblant inaccessible. Loin, trop loin pour qu'il parvienne à la ramener.

Elle passa devant la fenêtre, puis - en le découvrant là - s'empressa de s'éloigner. Il ferma les yeux.

Au début de sa relation avec Scarlett, il s'était mille fois demandé si ce serait possible pour eux. Ils étaient amoureux, comme nombre d'adolescents, mais il se doutait que ça ne serait pas simple de transformer ce béguin d'écoliers en relation sincère. Il y avait cru pourtant, et quand elle commençait à s'inquiéter, il la rassurait toujours.

Il espérait en être capable cette fois encore.

Il prit une profonde inspiration, puis fonça vers la maison sans plus hésiter. D'un coup de baguette magique, il fit apparaitre tout ce dont il avait besoin. Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes pour tout préparer, envoyer un hibou à son oncle Charlie, et fermer la maison. Quand il fut enfin prêt, il se dirigea vers le seul endroit de leur chaumière où il n'avait jamais mis les pieds.

Les escaliers menant à la Tour étaient dissimulés derrière une porte qu'il avait, pour plaisanter, peinte d'un rouge écarlate. Il la tira pour la première fois de sa vie, avant de grimper les marches escarpées, le coeur tambourinant si fort qu'il crut qu'elle allait l'entendre.

Il ne frappa même pas. Il entra en poussant la porte de bois, dernier rempart de sa tanière, qui alla se heurter aux murs de pierres en un bruit sourd.

Il ne savait pas à quoi il s'était attendu, mais fut émerveillé dès qu'il découvrit les lieux. La pièce ronde était remplie de livres, ils envahissaient tous les coins et les recoins en des piles chancelantes. Il y avait un large canapé d'allure confortable aussi, aussi rouge que la porte. Et un bureau sur lequel une machine à écrire sorcière prenait une grande place, pourtant peu vaste en comparaison de l'espace occupé par les bocaux remplis d'encre et les dizaines de plumes multicolores.

Il contempla tout ça en se demandant comment cette simple pièce avait pu se transformer en un tel cocon, et regretta presque de devoir l'envahir. Pourtant, il ne douta pas en faisant un pas en avant.

Scarlett, un livre à la main, était enfoncée dans un fauteuil près de la porte, et il ne la vit qu'au moment où elle lui lança le pavé en pleine tête. Il parvint à l'éviter alors qu'elle se relevait d'un bond, l'air si surpris qu'il comprit qu'elle n'avait pas voulu lui faire de mal. Elle avait juste eu peur et avait utilisé le premier objet à sa disposition pour se défendre.

« Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?! Hurla-t-elle, l'air éberluée. Tu… Tu n'as pas le droit d'être là. »

Scott ne lui répondit même pas. Il se contenta d'aller vers le canapé où il abandonna toutes ses trouvailles, et se tourna vers elle avant de lui prendre la main. Trop choquée par sa présence - ou par son expression déterminée - Scarlett se laissa entrainer en direction du meuble, et il l'incita à s'asseoir avant de s'éloigner.

D'un coup de baguette, il ensorcela la porte à l'aide de plusieurs formules qu'il ne prononça pas à voix-haute afin qu'elle n'ait aucun soupçon sur ce qu'il s'apprêtait à faire. Une fois certain que c'était suffisant, il s'accroupit et fit glisser sa baguette magique sous la porte sous son regard épouvanté.

« Mais qu'est ce que tu… »

Scott entendit sa baguette tomber l'autre côté, se cognant à chaque marche, et esquissa un sourire satisfait en entendant un dernier bruit plus fort. Sa baguette avait atteint le bas de l'escalier, elle ne pourrait pas tomber plus bas.

Finalement, il se releva et, prenant enfin son courage à deux mains, lui exprima clairement ses projets.

« J'ai jeté plusieurs sorts qui nous empêcherons de sortir d'ici avant que nous le fassions ensemble. Et je n'ai aucune intention de sortir d'ici tant que tu ne m'auras pas expliqué ce qui ne va pas. Tu peux essayer de lancer des contre-sorts, mais je doute que ce soit efficace. J'ai été précis.

- Tu… Tu as fait quoi ? S'écria-t-elle avant de se lever d'un bond pour se diriger vers la porte. Mais Scott, qu'est-ce qui te prend ?! »

Elle abaissa la poignée en marmonnant il-ne-savait-quoi, puis sortit sa baguette de la poche de sa tunique avant d'essayer de parer à ses sorts. Elle tenta nombre de formules avant de se tourner vers lui, l'air paniquée. Elle ne semblait pas croire qu'il ait osé agir ainsi, alors même qu'il avait toujours été si respectueux de sa vie privée et de son espace personnel, et lui même devait admettre qu'il se surprenait un peu.

Mais pour la première fois depuis qu'il était tombé amoureux d'elle, il sentait qu'elle s'éloignait réellement de lui. Il préférait prendre des risques en essayant de se rapprocher d'elle plutôt que de la voir disparaitre pour toujours simplement parce qu'il craignait de la brusquer.

Il savait qu'elle serait en colère, il se doutait aussi qu'elle risquait de lui en vouloir, mais tout cela valait sans doute mieux que la distance qu'elle imposait entre eux. Ella n'avait peut-être pas été tout à fait claire dans sa lettre, mais elle lui en avait fait comprendre bien assez. S'il lisait entre les lignes, le message était évident : il allait perdre Scarlett s'il n'y prenait pas garde. Et il n'avait aucune intention de laisser une telle chose arriver.

Alors il n'hésita pas, prêt à rester là pour des jours s'il le fallait, et proclama d'un ton qui donnait à lui seule une idée précise de sa résolution :

« J'en ai eu assez d'être enfermé de l'autre côté de cette maudite porte. Alors puisque tu tiens tant à te cacher ici… J'y resterai avec toi, désormais. »


Ella ouvrit les yeux lorsque le soleil perça à travers les rideaux, réveillée par cette stupide lumière dont elle aurait préféré se passer. Il était trop tôt, bien trop tôt pour qu'elle ait envie de quitter son lit, et elle grogna en recouvrant sa tête à l'aide de la couette. Tout naturellement, elle partit à la recherche de la source de chaleur qu'elle sentait sous les draps et finit par se coller à la peau chaude de l'homme qui partageait son lit.

Elle avait presque oublié que Toby était là.

Contrairement à la nuit précédente, il était resté loin d'elle. Ils avaient longuement discuté la veille, en grignotant des bêtises pour combler leur appétit. Elle lui avait raconté comment s'était déroulé sa rencontre avec Hermione et la raison pour laquelle cette dernière avait surgi sur le seuil de son appartement, et il lui avait demandé des nouvelles des Elfes. Ils avaient échangés les dernières informations concernant leurs familles respectives - il s'était montré étonnamment vague au sujet de son père - puis ils s'étaient glissés sous les draps.

Elle avait cru que la situation serait différente. Après tout, il lui avait demandé une nouvelle chance et elle était toute prête à sceller leur accord sous la couette. Mais il avait ramené quelques dossiers qu'il souhaitait relire concernant ses missions d'Auror, et il s'était mis à les feuilleter d'une main, l'autre étant posé sur sa tête.

Elle avait sombré alors qu'il travaillait encore, adossé aux oreillers, l'air trop concentré. Elle avait bien tenté de lui demander de quoi il s'agissait et de le distraire, mais il s'était contenté de lui caresser les cheveux, et elle s'était laissée avoir. Le mouvement de ses doigts contre son cuir chevelu avait suffi à l'entraîner au pays des songes.

Sous la couette qui ne laissait passer aucune lumière, elle ne résista pas à la tentation d'approcher son corps du sien. Il ronchonna quand elle passa ses doigts contre ses côtes, et elle suivit du bout des ongles les muscles tendus de son torse en essayant de deviner ce qu'elle touchait précisément. Il aspira de l'air entre ses dents serrées quand elle griffa la pointe d'un téton dressé par le froid, et Ella pouffa, tout à coup bien plus réveillée.

Elle abandonna cette partie là de son corps. Maintenant qu'elle savait où elle en était, il devenait bien plus facile pour elle de se repérer, et elle partit à la découverte du reste. Elle suivit de l'index la courbe de ses clavicules, glissa son doigt contre sa pomme d'Adam, puis redescendit net. Seule la tête de Toby dépassait de sous la couette et elle n'avait aucune intention d'en sortir.

Elle fit courir ses doigts le long de son sternum, fit le tour de son nombril, puis tira doucement sur les poils qui conduisaient plus bas.

Une main se posa alors sur la sienne, l'aplatissant là. Son pouce effleura l'élastique du caleçon, mais elle n'eut pas temps de s'amuser davantage. D'un mouvement, Toby souleva la couette, détruisant sa petite cachette, et elle releva la tête vers lui avec un sourire qu'elle espérait innocent. Vu qu'elle avait posé sa main à quelques centimètres de son anatomie, elle doutait d'être crédible.

« Qu'est-ce que tu crois faire, exactement ?

- Un câlin.

- C'est comme ça que tu appelles ça, toi ? »

Il paraissait se moquer un peu d'elle, et elle ne put répliquer quoi que ce soit qu'il la souleva jusqu'à mettre son visage à la hauteur du sien. La main d'Ella se retrouva écrasée entre le ventre de Toby et le sien, mais elle n'y prêta pas attention, son regard rivé à celui de l'homme qui lui souriait, l'air détendu.

Elle devait aller travailler, et elle se doutait qu'il lui faudrait bientôt quitter le lit - et Toby aussi d'ailleurs, qui devait bien avoir tout un tas de gens à sauver. Mais elle n'essaya même pas de s'éloigner, savourant pleinement la sensation de son torse solide contre sa poitrine, de son souffle qui se mêlait au sien à chaque respiration.

Elle ne résista pas longtemps à la tentation d'avoir ses lèvres si près des siennes et le taquina en rapprochant son visage jusqu'à ce que le bout de leurs nez se frôlent. Quand elle finit par l'embrasser, ce fut sa joue qu'elle baisa. Il avait tourné la tête au dernier moment et elle fronça les sourcils.

« Je croyais qu'on n'avait que trois semaines… rappela-t-elle, un peu agacée de par sa frustration.

- Et bien, ce n'est pas tout à fait ce que j'ai dis. On a minimum trois semaines. Tu ne peux pas demander à raccourcir cet essai, mais il peut très bien être prolongé ! Expliqua-t-il avec une expression collet-monté ridicule. Quoi qu'il en soit, je ne vois pas le rapport avec cette situation.

- Et bien… Peut-être simplement qu'avec si peu de temps minimum devant nous, on pourrait ne pas trop laisser trainer les choses. »

Toby plissa le nez, apparemment dubitatif alors qu'elle ne voyait absolument aucune raison d'être sage. Ils étaient deux adultes responsables, ils avaient déjà couché ensemble des années auparavant, et elle savait qu'il en avait autant envie qu'elle - la preuve, si elle était nécessaire, se dressait sous la couette. Elle fronça les sourcils en sa direction, en l'attente d'une explication quelconque pouvant lui donner une raison de ne pas lui sauter dessus illico. Après tout, quel intérêt y'avait-il à attendre encore ?

« Demande-moi d'abord, chuchota-t-il après quelques secondes, déterminé.

- Te demander quoi ?

- Je suis sûr que tu le sais… »

Elle n'en avait aucune idée en vérité, et elle resta là, la bouche entrouverte comme un stupide poisson, à attendre qu'il veuille bien lui expliquer de quoi il parlait.

L'air un peu déçu, il finit par hausser les épaules et la repoussa sur le lit avant de se redresser. Il balança ses jambes en dehors du matelas en s'étirant, les muscles de ses omoplates se mouvant avec langueur. Il fit craquer sa nuque, passa ses mains dans ses cheveux ébouriffés, gratta son semblant de barbe dans un silence qui faisait à Ella l'effet d'un compte à rebours.

Demander quelque chose à Toby… Elle songea à ce qu'elle aurait pu dire ou faire, puis fouina dans ses souvenirs de leurs premiers baisers, de leurs premières étreintes. Elle se redressa dans un sursaut, rebondit sur le matelas, et l'arrêta avant même qu'il puisse se mettre debout. Enroulant ses bras autour de sa nuque et ses jambes autour de sa taille, elle lui arracha un grognement surpris avant de susurrer à son oreille les mots qu'il attendait :

« Permission accordée ? »

Elle ne comptait pas le nombre de fois où il avait prononcé ces deux petits mots. Elle n'avait pas assez de doigts - même en comptant ses orteils - pour aller jusque-là.

Dix ans plus tôt, ç'avait été comme un jeu auquel Toby excellait. Il avait davantage d'expérience, un an de plus, et un charme fou. Il possédait toujours de ce magnétisme sensuel dont tous les Malefoy semblaient affublés, elle aurait toujours un an de moins que lui, mais elle l'avait désormais rattrapé en ce qui concernait l'expérience.

Cependant, il les voulait à égalité encore davantage, et comme pour se venger de la patience dont elle l'avait poussé à faire preuve, il parut prêt à tout rejouer. Avec elle dans le rôle de la soupirante cette fois.

Il glissa ses mains contre les siennes par-dessus ses abdominaux, entremêlant leurs doigts, et elle crut avoir gagné. Ils avaient bien une demi-heure encore devant eux avant de devoir quitter cette chambre, et elle savait pertinemment que ce serait suffisant, au moins pour cette fois. Elle posa un baiser contre sa nuque, impatiente de mettre fin à cette torture.

« Non. »

Elle se figea, se détacha légèrement de lui et répéta un « Non ? » effaré alors qu'il s'esclaffait. Puis il s'arracha à son étreinte afin de lui faire face, l'air bien trop résolu pour qu'elle ne s'inquiète pas un peu au moins, et elle comprit qu'il savait exactement ce qu'elle ressentait.

« Non, confirma-t-il avec un rictus mi-désolé, mi-arrogant.

- Mais… Pourquoi ?! C'est une sorte de revanche parce que je t'ai poussé à être patient à l'époque ? s'écria-t-elle, vexée. Parce que ce serait totalement injuste, on était des adolescents, j'avais eu un seul… Petit-copain n'est pas le mot, mais tu vois ce que je veux dire ! C'était totalement normal d'être prudents, mais là, ça…

- Ça ne voudrait rien dire.

- Quoi ? »

Il caressa doucement sa joue comme pour l'apaiser, apparemment conscient de l'agacement qui menaçait de l'emporter. Il avait l'air bien trop décidé, et elle se demanda si la veille, lorsqu'il lui avait proposé de tenter le coup, ça n'avait pas été avec un plan savamment orchestré en tête. Un plan qu'elle craignait de ne pas apprécier le moins du monde.

« Avec combien d'hommes as-tu couché ces dernières années ? Demanda-t-il tout à coup.

- Et toi, avec combien de femmes ? Rétorqua-t-elle en le repoussant cette fois plus franchement. Je ne vois pas en quoi ça a un rapport avec ce qui pourrait se passer dans ce lit !

- Cinq. »

Elle ne comprit pas immédiatement qu'il venait de répondre à sa première question. Le chiffre lui paraissait étonnamment bas. Elle était presque certaine qu'il avait eu plus de relations avant de la rencontrer dix ans plus tôt, à Poudlard. Qu'il n'ait couché qu'avec cinq femmes après elle…

« C'est tout ? Ne put-elle s'empêcher de remarquer, trop surprise pour s'en cacher.

- Je dois en conclure que tu as dépassé ce nombre ?

- Est-ce que ce serait un problème ? »

Elle ne savait pas exactement où il voulait en venir, mais elle pressentait déjà une dispute dont elle ne saurait que faire. Car oui, elle avait largement dépassé ce nombre, alors même qu'elle passait la moitié de son temps dans sa cabane au fond du jardin, sans rencontrer personne.

« Absolument pas, assura-t-il avec une petite grimace tendue. Enfin… J'ai un peu envie d'aller les cogner, mais comment leur en vouloir ? Et comment t'en vouloir ? Je ne t'ai pas posé cette question pour juger de ce que tu as fait, Ella. Je voulais juste dire que je n'ai pas l'intention de m'ajouter à cette liste, quelle que soit le chiffre que tu m'attribuerais. »

Elle ouvrit la bouche et la referma aussi sec. Elle devait être encore endormie et en plein cauchemar, elle n'avait aucune autre explication. Il ne pouvait pas sérieusement envisager qu'ils se contentent de manger des glaces, de discuter et de s'endormir dans le même lit tous les soirs sans échanger d'autres contacts que cette maudite caresse sur ses cheveux qui avait le don de l'endormir.

« Pour le moment, poursuivit-il, la rassurant un peu.

- Alors quand ? Et pourquoi ?! »

Toby s'adossa de nouveau aux oreillers, l'air pensif, et elle attendit sa réponse en trépignant sur place. Elle était impatiente de contrecarrer ses plans, mais elle avait besoin pour cela de comprendre son raisonnement. Quoi qu'il puisse avoir en tête, elle trouverait une faille pour s'y opposer. Elle n'avait aucune intention de s'imposer une ceinture de chasteté alors même qu'il dormirait à quelques centimètres d'elle pendant trois semaines - ce qu'il semblait avoir décidé, du moins.

« J'ai beaucoup réfléchi après notre rupture, chuchota-t-il tout à coup, et ces mots firent s'évanouir toute notion de rébellion de l'esprit d'Ella qui sentit son coeur se serrer de culpabilité. À ce qu'on avait fait, à ce que je t'avais dit de moi et à… Toi, tout simplement. Et je me suis rendue compte qu'une grande partie de notre relation n'avait reposé que sur notre attirance physique.

- On était jeunes, on était bourré d'hormones, alors évidemment !

- Oui, mais disons que… Et ne le prends pas mal ! »

Aucun compliment ne commençant par « ne le prends pas mal », Ella sut qu'elle allait en prendre pour son grade. Elle se braqua aussitôt, comme toujours : elle n'avait jamais été très douée pour encaisser les critiques. Comme s'il le pressentait, il l'attira contre son torse en souriant et se remit à lui caresser les cheveux en un mouvement traitre qui la poussa à le fustiger du regard. Il profitait bien trop de sa faiblesse et en était particulièrement fier.

« Je ne sais pas si tu en avais conscience à l'époque, mais je crois que tu te servais du sexe pour obtenir certaines choses de moi…

- Je te demande pardon ? Se récria-t-elle, effarée. Mais c'est n'importe quoi !

- Tu m'as fait une fellation environ cinq minutes avant de me demander de venir au Brésil avec toi.

- C'est une coïncidence !

- Vraiment ? »

Elle ouvrit la bouche, prête à se défendre de cette accusation injuste, mais ne parvint pas à trouver une seule excuse. Parce qu'au fond, il avait certainement un peu raison. Alors elle jura en cachant son visage dans le creux de son cou, et il se mit à rire avant de déposer un baiser sur le sommet de sa tête.

« Ce n'est pas grave, Ella. Je voulais juste t'expliquer pourquoi je ne voulais pas qu'on couche ensemble aussi vite…

- Mais si c'était toi qui te servait de moi, cette fois ci ? Suggéra-t-elle tout bas.

- Ça ne me parait pas non plus être une bonne idée. Mais merci de cette très tentante proposition. »

Elle soupira bruyamment contre son cou, affligée et il glissa sa main jusqu'à son dos pour la cajoler. Elle avait du mal à croire qu'il s'apprêtait à la frustrer pendant elle-ne-savait combien de temps, tout en comprenant pourquoi il agissait ainsi. Son corps n'était peut-être pas ravi, mais sa tête était capable d'encaisser le choc. Ce câlin l'y aidait un peu : elle saurait se satisfaire de cette étreinte… Au moins pendant quelques jours.

Puis, autant pour changer de sujet afin d'échapper à sa frustration que parce qu'elle était franchement curieuse, elle l'interrogea :

« Cinq, alors ? »

La main de Toby se figea sur l'épaule d'Ella et il se demanda comment lui expliquer ce chiffre qui semblait la rendre perplexe, à raison. Le Toby qu'elle avait connu aurait été capable de mettre cinq femmes différentes dans son lit en l'espace d'une semaine.

Il aurait honnêtement préféré s'abstenir. Il regrettait presque de ne pas avoir menti, finalement, car devoir lui offrir l'origine de ce nombre en dévoilerait bien plus que ce qu'il escomptait.

Malheureusement, il s'était promis de faire en sorte que cela fonctionne cette fois. Même s'il devait pour cela aborder un sujet qu'il aurait préféré éviter.

« Disons simplement que j'ai pris un peu de temps à remonter sur un balai après toi.

- Combien de temps ? S'enquit-elle en relevant la tête pour l'observer.

- Trois ans. »

Ella écarquilla les yeux, et parut tout bonnement cesser de respirer. Il lut dans son regard brun une telle dose de regrets qu'il s'en voulut aussitôt et s'empressa de poursuivre :

« C'est l'adrénaline des missions dangereuses qui m'a donné envie de m'y remettre. Généralement, après avoir frôlé la mort, je finis par avoir envie de me sentir vivant et par sauter sur n'importe quelle fille que je croise dans le premier bar dans lequel je rentre… J'ai eu seulement deux relations de plus d'une nuit, et elles n'ont duré que quelques semaines à chaque fois.

- Trois ans ? Répéta-t-elle, comme si elle n'avait rien écouté de ce qu'il avait dit ensuite. Je… Je n'en reviens pas que tu n'aies pas voulu coucher avec quiconque pendant aussi longtemps !

- Pour tout avouer, c'est surtout que je ne pouvais pas. »

Il sentit une rougeur lui monter aux joues et Ella le fixa comme s'il venait de lui annoncer qu'il avait commis une crime. Puis, elle baissa les yeux vers son caleçon dans lequel - Merlin merci ! - son érection matinale avait fini par se calmer d'elle-même. Ella semblait se demander s'il avait encore des problèmes à ce sujet, et il s'esclaffa avant d'ajouter :

« Je peux maintenant… Encore plus quand tu es dans le coin. »

Elle expira un soupir soulagé avant de lui jeter un coup d'oeil, et il n'eut aucun mal à lire en elle. Comme lorsqu'il avait dit qu'elle s'était servie du sexe pour obtenir certaines choses de lui, elle se sentait coupable. Il aurait aimé pouvoir la rassurer, lui promettre qu'elle n'y était pour rien dans ses difficultés, mais ç'aurait été mentir, et il était bien décidé à ne pas se lancer dans cette voie.

En réalité, elle n'était pas responsable. Elle était juste la cause de ce qu'il avait vécu après son départ. Il avait peu à peu abandonné ce qu'il aimait le plus - le sexe et la bagarre - pour se focaliser sur l'essentiel : ses études. Il s'était désintéressé des plaisirs fugaces de l'existence et avait muri d'un seul coup. Elle l'avait, sans le vouloir, fait devenir adulte.

Il ne le regrettait pas vraiment. Sans elle, il n'aurait pas atteint le poste de capitaine de son escouade d'Auror aussi vite, ni n'aurait appris à se métamorphoser ou même à devenir aussi bon dans son domaine. Sans elle, il aurait continué à agir comme un gamin qui croyait que le monde serait à jamais contre lui et qu'il n'avait donc aucune raison de s'acharner à le changer et à s'y faire une place. Il serait devenu un quelconque bureaucrate du Ministère, aurait épousé une Sang-Pure et serait le père du dernier héritier des Malefoy. Une vie qu'il n'avait jamais désirée, mais qu'il n'aurait pas été capable de rejeter s'il ne l'avait pas connue.

Grâce à elle, il avait pu partager son enfance avec quelqu'un, avait découvert une part du monde qui était caché aux sorciers, avait vécu une véritable aventure… Grâce à elle, il s'était senti réellement vivant. Et cela valait bien toute la souffrance qu'il avait dû traverser par la suite.

Y songer l'amena à se demander s'il avait fait le bon choix la veille. Lorsqu'elle avait parlé de Rhys et de son comportement envers ce dernier, il avait hésité. Il aurait pu le prendre à la rigolade, mais avait choisi d'être sincère. Ce chemin l'avait mené à avouer ce qu'il éprouvait, et ils en étaient là, désormais : à parler du passé, de leurs relations, et de ce qu'elle avait provoqué en lui. Autant de sujets qu'il n'avait jamais pu partager avec quiconque au cours de sa vie.

Comme autrefois, Ella avait tout renversé en surgissant dans son existence. Et il espéra qu'au moins, cette fois, les choses finissent par être différentes. Une petite part de lui craignait ce que son départ pourrait le faire devenir cette fois. Il était passé d'adolescent insolent à adulte intrépide. Il n'avait pas envie de savoir quelle était l'étape suivante dans la souffrance.

« J'ai l'impression de t'avoir brisé, murmura Ella, les yeux un peu humides. Est-ce que c'est le cas ? »

Toby esquissa un sourire en secouant la tête. Non, elle avait fêlé un fragment de lui, là où se cachait son intérêt pour le sexe opposé, son assurance et sa sociabilité. Mais sa présence seule semblait capable de le réparer. L'avoir ainsi, collée à lui, lui donnait la sensation étourdissante que tout reprenait enfin sa place dans l'univers.

« Tu m'as changé, admit-il en lui caressant les cheveux. Mais tu sais quoi ? Je pense que c'est une bonne chose.

- Oh… Alors pour me remercier, le taquina-t-elle en souriant de toutes ses dents. Permission accordée ? »

Il éclata de rire avant de la faire basculer sur le lit, se postant au-dessus d'elle en prenant garde à ne pas l'écraser. Le visage d'Ella s'illumina d'un éclat impatient et il se pencha vers elle, lui offrant un bisou d'esquimau du bout de son nez, avant d'aspirer son souffle contre ses lèvres. Elle ferma les yeux, prête à obtenir ce qu'il désirait autant qu'elle.

Ses lèvres frôlèrent les siennes quand il rétorqua finalement :

« Même pas en rêve ! »


Scarlett n'avait pas réussi à trouver le sommeil, et lorsque les premiers rayons du soleil percèrent à travers les persiennes, elle se contenta d'un soupir. La nuit avait été longue. Le canapé confortable n'était pas en cause, elle avait depuis longtemps pris l'habitude de dormir dessus, pas plus que la pluie qui s'était abattue en fin de soirée, provoquant un certain vacarme sur les tuiles.

Non, son seul problème tenait à la présence inopportune de son mari qui s'était recroquevillé sur le fauteuil bien trop petit pour lui. Il n'avait pas fermé l'oeil lui non plus, mais c'était probablement dû à l'inconvénient de l'espace réduit de son pseudo-lit. Il n'avait cessé de bouger et de ronchonner, tentant d'attirer son attention de « Scarlett ? Scar, tu dors ? ». Très agaçant.

Elle n'avait pas pu se résoudre à lui répondre et à briser la grève de parole dans laquelle elle s'était lancée après qu'il ait décidé de l'envahir. Peu importait cette petite part d'elle qui l'aimait pour ça et savourait le fait qu'il ne puisse se passer d'elle plus longtemps, elle se sentait quand même trahie. Cette Tour était son endroit à elle, et il y était entré sans sa permission. C'était presque une effraction.

« Scarlett, tu es réveillée ? Demanda-t-il tout bas avant de marmonner : Je crois que le fauteuil a mangé une de mes fesses, je ne la sens plus du tout. »

Scarlett mordilla sa langue pour ne pas rire. Merlin qu'elle l'aimait. Avec sa maladresse, ses blagues toujours un peu nulles et cette affection bien envahissante dont il semblait avoir décidé de la couver. Puis elle inspira à fond et répliqua d'une voix aussi glaciale que possible :

« Comment est-ce que je pourrais avoir dormi avec tout le raffut que tu as fait ?

- C'est que ce fauteuil est bien trop petit pour moi, et que tu n'as pas voulu qu'on partage le canapé… »

Elle se redressa sur le dit-canapé qui aurait largement pu les accueillir tous les deux tant il était large, et lui adressa un regard noir pour lui rappeler qu'il s'était déjà offert bien trop de privilèges pour se plaindre.

« Comment est-ce que tu vas faire pour les dragons ? S'enquit-elle finalement, un peu inquiète pour les dragonneaux qui dormaient dans le jardin et risquaient de faire des bêtises s'ils manquaient d'attention.

- J'ai demandé à Charlie de venir s'en occuper aujourd'hui. Et il restera aussi longtemps que nécessaire, donc il n'y a rien qui presse de mon côté…

- Tu réalises que ce que tu as fait est totalement dingue, pas vrai ?

- Désespéré plutôt. »

Elle détourna les yeux sous les siens, sans avoir besoin de plus d'explications. Après tout, il l'avait dit la veille : il était venu la rejoindre dans la Tour puisqu'elle refusait d'en sortir. Au fond, c'était elle qui l'avait poussé à en arriver à une telle extrémité.

Pourtant, en revenant de son déjeuner avec Ella, elle s'était promis de lâcher du lest. Six mois à vivre ainsi sans lui adresser la parole, à le fuir continuellement, aurait rendu leur existence invivable. Alors elle s'était dit qu'elle s'offrait encore une nuit de tranquillité avant de retourner à leur vie habituelle. Il ne lui en avait pas laissé l'occasion.

« Est-ce que tu es prête à parler, maintenant ? Suggéra-t-il en se levant, faisant craquer ses os ankylosés par leur interminable nuit.

- Parler de quoi ? »

Elle avait consciente d'agir de façon très immature, mais ne put s'en empêcher tant elle redoutait la discussion qui les attendait. Elle se demanda brièvement si sauter par la fenêtre pourrait être une meilleure option avant de réaliser qu'il ne la laisserait pas faire.

Scott s'approcha d'elle jusqu'à s'asseoir sur le canapé, à ses côtés, puis il appuya son index tendu sur son front, juste entre ses deux sourcils froncés.

« De ça. De ce qu'il se passe là-dedans. Et ne dis pas rien, je sais que quelque chose ne va pas, et même si je me doute de ce qui a provoqué ton renfermement sur toi-même cette fois, j'aimerais quand même que tu me le dises. »

Scarlett resta là, muette, le doigt de Scott collé au front, sans savoir quoi dire. Elle ne savait tout simplement pas comment formuler les choses sans avoir l'air d'une folle trop angoissée, et elle finit par abandonner la partie en se levant d'un bond. Il n'essaya pas de l'en empêcher, la suivant du regard alors qu'elle se dirigeait vers son bureau.

Elle ouvrit le premier tiroir avant d'en sortir un parchemin sur lequel elle s'était mise à écrire presque un mois plus tôt, et se rapprocha de lui pour le lui tendre. Il ne demanda pas de quoi il s'agissait et se contenta de lire les mots qu'elle connaissait désormais par coeur.

La liste était courte, et il eut vite fini. Il leva les yeux vers elle, ouvertement abasourdi, les joues rougies par ce qui lui sembla être de la colère, puis se redressa d'un mouvement brusque.

« Qu'est-ce que c'est que ce truc ?!

- Une liste, explicita-t-elle bêtement, sans rien ajouter puisqu'il savait désormais très bien ce que c'était.

- Oui, j'ai vu, mais pourquoi as-tu écrit ça ?! C'est… »

Il lâcha un gros mot d'une voix furieuse, et elle crut voir une larme perler à ses cils avant qu'il ne l'essuie d'un mouvement rageur. Alors il se mit à faire les cent pas, sans se soucier de tout ce qu'il faisait tomber sur son passage, et se mit à relire cette liste qui lui avait pris tant de temps :

« Raisons pour lesquelles Scott serait plus heureux sans moi. Numéro Une : il pourrait passer davantage de temps avec sa famille sans se sentir forcé de refuser les invitations quand je préfère être casanière. Numéro Deux : il aurait enfin l'occasion de voir ses amis au lieu de rester avec moi parce que je n'aime pas les endroits - bars, stades de Quidditch…- où ils se rendent d'habitude. Numéro Trois : il pourrait inviter des gens à la maison. Numéro Quatre : il pourrait rencontrer une femme bien meilleure que moi. Elle pourrait faire toutes ces choses pour lesquelles je ne suis pas douée, lui permettre d'avoir une vie sociale plus intéressante, aller à des matchs de Quidditch. Numéro Cinq : avec elle, il pourrait avoir des enfants. »

La voix de Scott se brisa sur ce dernier mot, et sans même la regarder, il froissa violemment le parchemin avant de se mettre à le déchirer en de si petits morceaux qu'ils se transformèrent en confettis qu'il laissa tomber au sol.

Scarlett les regarda s'éparpiller sur le tapis, comme des flocons de neige, le coeur battant à tout rompre dans sa poitrine. Elle n'arrivait pas à croire qu'il ait pu le mettre en pièces aussi aisément, mais elle ne s'y attarda pas davantage alors que Scott s'avancer vers elle à grands pas. Il la saisit sèchement par les épaules. Elle crut qu'il allait la secouer, mais il se contenta de tempêter, l'air si malheureux qu'elle eut tout à coup envie de pleurer.

« Je passe du temps avec ma famille quand j'en ai envie, et c'est bien suffisant. Je vois ma mère une fois par semaine, tout comme mon père, et Timothy quand c'est possible parce qu'il est toujours à Poudlard. Mais je ne me suis jamais interdit de leur rendre visite pour toi. Pas davantage qu'à mes amis, d'ailleurs. Amis qui, si tu me l'avais demandé, ne le sont même plus vraiment depuis Poudlard !

- Comment ça, je…

- Scarlett, ces amis dont tu parles là sont les étudiants avec lesquels je trainais à l'école, et ça va sans doute te surprendre, mais contrairement à Ella et toi, la plupart des gens font leur vie chacun de leur côté ensuite. Je les vois aux fêtes où ils sont tous invités, mais l'idée même de passer du temps avec eux, sans personne d'autre, et surtout sans toi… Merlin, c'est une horreur ! J'ai d'autres amis, maintenant. Les gens avec qui j'ai fait mes études en Roumanie, ceux avec qui j'échange des lettres quotidiennement parce que nous parlons du seul sujet qui m'intéresse en dehors de toi : mes dragons ! »

Scarlett sentit ses yeux lui piquer alors que Scott lâchait ses épaules pour glisser les mains derrière sa nuque. Il se rapprocha encore davantage d'elle, le souffle déjà un peu calme même s'il semblait évident qu'il était sur le point de craquer. De rage ou en pleurs, elle ne le savait pas encore.

« Et je ne veux inviter personne chez nous, Scarlett. C'est notre maison. Pourquoi crois-tu que j'ai décidé de la construire aussi loin de ma famille et de tout ?

- Pour les dragons ? Bégaya-t-elle en se doutant déjà qu'elle avait tout faux.

- Pour toi. Pour moi. Pour nous. J'ai passé toute mon enfance et mon adolescence à voir les membres de ma très nombreuse famille entrer chez nous comme dans un moulin. Ça rendait ma mère totalement folle de voir surgir mon oncle Harry et les autres à tout bout de champs. Elle disait qu'elle ne pouvait jamais totalement se détendre, et qu'elle rêvait de pouvoir traîner en chemise de nuit dans le salon sans craindre de voir débarquer elle-ne-savait-qui, sourit-il en secouant la tête. C'est ce que je voulais pour nous. Je voulais que cet endroit soit un espace dans lequel tu pourrais te balader toute nue sans te soucier du regard de quiconque… En dehors du mien. »

Il baissa la tête vers elle et cueillit du bout des lèvres une larme qui lui avait lâchement échappé, puis appuya son front contre le sien avant de poursuivre, comme à bout de souffle.

« Et je ne veux aucune autre femme que toi. Je me fiche qu'elle soit hypothétiquement plus belle, plus forte, plus intelligente, plus sociable ou qu'elle veuille aller voir des matchs de Quidditch alors que je déteste ça…

- Tu détestes le Quidditch ? S'écria-t-elle, cette fois vraiment choquée - ne le connaissait-elle donc pas du tout ?

- Non, je déteste aller aux matchs, j'ai toujours peur que ça s'éternise. La dernière fois que j'ai assisté à un tournoi, ça a duré quatorze heures, j'ai cru que j'allais devenir fou. »

Il s'esclaffa, son souffle brûlant caressant ses lèvres, puis reprit comme s'il n'avait pas été interrompu :

« Et plus que tout, je me fiche qu'elle puisse avoir des enfants.

- Mais tu…

- Non, Scarlett. Je veux avoir des enfants, c'est vrai, admit-il en ancrant son regard au sien. Mais je veux tes enfants. Les nôtres, à nous deux. Pas à une quelconque femme que je ne connais pas encore et que je pourrais rencontrer dans le futur. À toi, à nous. Je veux des enfants qui auront tes cheveux, mes yeux, ton nez et ma bouche. Je veux des enfants qui aimeront lire autant que toi, et n'auront pas peur des dragons qui vivent dans notre jardin. Je veux des enfants qui nous ressemblent, Scarlett. Je n'en veux aucun autre. »

Scarlett pleurait franchement cette fois, alors même qu'elle s'était jurée de ne pas craquer, et elle n'y résista pas une seule seconde quand il la ramena contre son torse pour l'étreindre. Il la serra si fort qu'on eut cru qu'il tentait de la fondre en lui pour qu'elle y soit en sécurité, là où son amour pour elle ne faisait aucun doute et où jamais elle n'oserait le contester.

Elle s'agrippa à lui, abandonnant les barrières qu'elle avait si inutilement construites durant deux interminables semaines, consciente qu'elle ne l'avait fui que pour qu'il ne soit pas capable de ça. De ce qu'il savait toujours si aisément faire : la rassurer et l'aimer suffisamment pour que rien d'autre ne subsiste que le positif de leur relation, bien plus fort que la seule chose qui leur manquait.

« Ne me refais plus jamais ça, conjura-t-il alors, le nez perdu dans ses cheveux. Deux semaines sans pouvoir te toucher, c'était bien trop long.

- Promis, jura-t-elle contre son torse. Mais tu…

- Je ne reviendrai plus jamais dans ta Tour après aujourd'hui. »

Elle sourit. Il avait lu dans ses pensées, comme toujours. Elle renifla avant de lever les yeux vers lui, et il embrassa ses paupières une à une, séchant ses larmes avec la douceur qu'elle lui connaissait. Il replaça tendrement ses cheveux derrière ses oreilles, la recoiffant pour pouvoir voir son visage, puis demanda d'un ton penaud :

« Peut-on rester ici encore un peu, malgré tout ? J'ai apporté des choses à manger hier, précisa-t-il en désignant le barda qu'il avait monté dans la tour la veille. Et tout un tas de trucs que tu aimes… Pour te convaincre de m'adresser la parole et de m'aimer encore un peu.

- Juste un peu ?

- Beaucoup. »

Il sourit et elle se laissa convaincre par sa moue. Puisqu'il était là, après tout… Ils sortiraient de la pièce plus tard, après qu'ils aient déjeuner et scellé leur réconciliation. Une petite voix maudite lui suggéra qu'ils n'avaient rien réglé, qu'il l'avait peut-être rassurée mais que la raison de son doute était toujours là, et elle sentit son sourire se faner. Encore une fois, Scott sembla lire en elle.

« Ella m'a écrit hier… Elle a dit qu'elle travaillait sur la partie « bébé », comme si elle projetait je-ne-sais-quoi. Elle t'a dit quelque chose ?

- Non, juste d'attendre quelques mois avant de prendre une décision et… »

Elle se rappela soudain ce qu'Ella avait commencé à lui raconter lors de la fête de Samya avant d'être interrompue par l'arrivée de Winifred et se demanda ce que sa meilleure amie avait en tête. Une étincelle d'espoir s'illumina alors en elle, qu'elle tenta d'éteindre sans y parvenir, redoutant d'être une fois de plus déçue.

« Tu crois que ce serait possible ? Soupçonna Scott.

- Peut-être… Peut-être qu'elle pourrait inventer une potion pour… Moi ? »

Elle redoutait presque d'oser l'envisager alors même qu'elle avait ingurgiter des tas de potions, tenté des dizaines de sortilèges, et même rencontré des médecins moldus. Tous avaient été clairs : ils ne pouvaient rien pour elle, elle était irrémédiablement brisée de l'intérieur et elle pouvait déjà s'estimer heureuse de mener une vie normale. À les entendre, elle aurait dû s'extasier de pouvoir aller au toilette et avoir des orgasmes, comme si elle aurait dû avoir honte d'espérer plus.

« Tu veux dire qu'elle pourrait créer quelque chose qui te permette de porter nos enfants ? S'exclama Scott, l'air soudain un peu trop extatique pour qu'elle ne s'empêche de jouer les rabats-joies.

- Ça me parait hautement improbable !

- Peu importe ! Hautement improbable, c'est déjà mieux que rien. Et ça me rassure un peu… J'ai cru qu'elle allait kidnapper un enfant ou en fabriquer un qui ressemblerait à une Mandragore. »

Il grimaça, l'air dégoûté, et Scarlett céda au fou-rire nerveux qui la guettait. Elle ne savait ce qui de l'idée merveilleusement inconcevable qu'Ella puisse tout résoudre ou des bêtises de son époux en était responsable, mais elle rit jusqu'à en pleurer. Il marmonna un « J'ai encore dit une bêtise » qui ne fit que renforcer son hilarité, et il ne put la faire taire qu'en avalant son rire à sa place.

Il l'embrassa alors, et elle cessa aussitôt de s'esclaffer pour plonger avec délectation dans ce contact qui lui avait tant manqué. Elle songea alors qu'aucune de ses résolutions, aucune de ses décisions ne pourrait jamais tenir. Si elle voulait le quitter un jour, elle devrait le faire avec fracas, car dès qu'il parvenait à l'approcher, elle oubliait tout le reste. Ses doutes, ses peurs, tout disparaissait pour ne plus laisser place qu'à la meilleure chose qui lui était arrivée. Lui.

Alors, cette fois, elle le laissa s'allonger sur le canapé quand il l'y conduisit. Mais ils ne fermèrent les yeux ni l'un ni l'autre, trop heureux de pouvoir se retrouver et de s'entraîner à la conception de l'enfant qui pourrait un jour, peut-être, leur ressembler.


Se déplacer dans une barbe-à-papa géante devait donner cette impression, celle de marcher dans du coton et d'être en sécurité - personne ne pouvait se cogner contre une matière aussi molle. Néanmoins, cela avait ses désavantages : il était complexe de comprendre ce qui se disait autour de lui, et de rassembler ses souvenirs.

Théodore se rappelait qu'il était arrivé à la Baia Vermelha, qu'il s'était présenté à la Reine Saoirse qui l'avait poussé au repos, et qu'Eingil l'avait conduit à la chambre dans laquelle il logeait à chaque fois qu'il venait pour qu'il y range ses affaires. Puis, il s'était installé près de l'eau dont la magie n'était plus à prouver, et avait essayé de se calmer. Malheureusement, ses émotions, au lieu de s'apaiser, l'avaient submergé et il s'était retrouvé à pleurer comme un bébé. Finalement, il avait accepté de boire cette étrange tisane dont nombre d'Elfes raffolaient et qu'il n'avait auparavant jamais goûtée, conscient que cela le mènerait à l'oubli.

Ensuite… Et bien, ses souvenirs étaient bien plus vagues.

Il se trouvait actuellement dans un lit, de cela il était certain, et plusieurs voix s'entremêlaient à ses côtés sans qu'il puisse en reconnaitre une seule. Il s'agissait d'une dispute dont il était le sujet, mais les mots lui échappaient.

« Et s'il devenait accro ?!

- Ce n'est pas possible.

- Pour les Elfes peut-être, mais les humains sont sujets aux addictions de toutes sortes.

- Nous le savons, mais aucun humain de notre connaissance n'a subi d'effets secondaires de ce genre, nous pouvons te le promettre !

- Ah oui, et quel humain de votre connaissance s'est déjà drogué avec vous ?

- Et bien disons qu'Ella a été assez curieuse pour essayer une fois…

- Quoi ?! »

Théo gronda dans son semi-coma. Sa fille avait fait quoi ? Maintenant qu'il y réfléchissait, il était presque sûr de reconnaitre la voix d'Eingil, et il se promit de demander davantage de détails dès qu'il serait capable de le faire.

« Oh ça va, elle était déjà une adulte ! Ne me regarde pas comme ça, je n'ai rien fait de mal !

- Vraiment ? »

Cette voix aussi il la connaissait. Elle était douce et forte à la fois. Le timbre était suave, mais l'agacement audible, en un parfait mélange qu'il avait mille fois perçu.

Un flash lui vint. Une main sur son épaule. Un cri furieux. Des doigts glissant dans ses cheveux. Son visage dont il s'était rapproché - à moins que ce soit elle ? Sa bouche contre la sienne, ses lèvres cédant à son baiser.

Sa lionne.

Il rouvrit les yeux, le souffle court, comme en proie à un cauchemar. Il avait dû rêver. Hermione n'avait aucune raison d'être à la Baie, et son esprit drogué avait dû créer il ne savait quel fantasme brumeux. Il était impossible que ce soit réel. Tout bonnement inenvisageable.

« Théo ? »

Elle était là. Son visage penché au-dessus du sien, les sourcils froncés par l'inquiétude, les lèvres entrouvertes. Ses lèvres dont il sentait encore le goût sur les siennes.

« Cette drogue est drôlement forte… s'entendit-il dire d'une voix trop rauque, comme s'il venait de passer des jours dans un fumoir.

- Quoi ? Tu te sens mal ?

- Tu n'es pas vraiment là, si ? »

L'illusion était parfaite pourtant. Il sentait son parfum, pouvait voir le moindre de ses cils, la plus petite ridule. Puis elle posa sa main sur la sienne par-dessus le drap et il se demanda si ce n'était pas réel, tout compte fait. Aucun délire ne pouvait être aussi détaillé à ce qu'il en savait - et dans la jeunesse, il avait fait suffisamment d'expériences pour connaître le sujet.

Il retourna sa main pour mêler ses doigts aux siens. Sa paume était moite. Il était impossible que son sens du toucher se fasse ainsi tromper.

Elle était vraie.

« Si, je suis là, confirma-t-elle en passant sa main libre contre son front brûlant. Oh Merlin, qu'est-ce que tu as fait ? Tu n'aurais jamais dû accepter cette drogue, Théo !

- C'était pour mettre mon cerveau sur pause… Mes pensées étaient trop fortes… J'avais besoin de silence… »

Elle esquissa un sourire un peu triste, puis se tourna vers les autres personnes présentes dans la pièce pour les fusiller du regard. Il ne vérifia même pas qui était là, son attention toute entière portée uniquement sur elle. Il ne pouvait simplement pas la lâcher des yeux de peur qu'elle ne soit finalement qu'une illusion et qu'au moindre battement de cils, elle disparaisse.

Son esprit s'était remis à cogiter à vive allure, et cette fois, il ne voulait pas le faire taire. Ses sujets d'angoisse s'étaient évanouis au profit d'un millier de questions dont elle seule détenait les réponses. Que faisait-elle là ? Comment avait-elle su le trouver ? Et pourquoi était-elle venue ? Que s'était-il passé pour qu'elle arrive seulement quelques heures après lui ? Comment…

« Vous pouvez nous laisser seul à seul, commanda Hermione d'une voix ferme.

- Vous ne pouvez donner d'ordre à notre Reine, protesta quelqu'un d'autre avant que la Reine dont il parlait n'intervienne.

- Tout va bien, je comprends. Ils ont besoin d'un peu de temps. Eingil gardera la porte au cas où vous auriez besoin de quoi que ce soit, mais nous ne vous dérangerons pas.

- Mais… sembla près à débattre Eingil, clairement frustré.

- Cela suffit. Laissons-les régler leurs problèmes d'humains sans nous en mêler cette fois. »

La Reine Saoirse avait conclus sa réplique d'un ton un peu railleur, et Théo sentit les commissures de ses lèvres se relever. La Reine était jeune, à peine vingt-cinq ans, mais elle savait se faire respecter sans commune mesure tout en jaugeant des actions de ses prédécesseurs.

Il entendit les pas s'éloigner finalement - associés à quelques marmonnements d'Eingil qui aurait nettement préféré veiller sur lui, en l'honneur d'Ella - puis la porte se referma en un claquement sourd. Alors seulement, il s'arracha à sa contemplation des cheveux d'Hermione pour se redresser. Il grimaça un peu en sentant ses bras faiblir sous son poids. Apparemment, son corps peinait à se réveiller autant que son cerveau.

« Comment te sens-tu ? L'interrogea Hermione en s'asseyant sur le bord du lit.

- Hum… Comme Harry lors du match de Deuxième Année, quand le Professeur Lockart lui a fait disparaitre les os de son poignet, tu te souviens ? »

Hermione s'esclaffa tout bas en hochant la tête, puis son sourire se fana alors qu'il s'adossait au mur qui supportait son lit. Elle fit courir son regard sur son visage avant de contempler son corps pourtant bien vêtu, et finit par soupirer, comme défaite. Alors il reprit sa main dans la sienne, s'assurant une nouvelle fois qu'elle était bien réelle, et se remit à l'observer.

Il ne l'avait pas vue depuis presque dix ans, lorsqu'il avait quitté l'Angleterre pour rentrer chez lui avec Ella. Songer à sa fille fit naître une douleur dans sa poitrine et il la chassa de ses pensées pour se focaliser sur la femme qui lui faisait face.

Comme lui, elle accusait le poids des années, et pourtant il ne put s'empêcher de remarquer qu'elle était toujours aussi belle. Sa crinière brune entourait toujours voluptueusement son visage jusqu'à tomber sur ses épaules rondes. Ses yeux bruns brillaient toujours chaleureusement, pétillant d'une intelligente et d'une curiosité qui ne serait jamais assouvie, quand bien même aurait-elle acquis toutes les connaissances du monde. Ses lèvres charnues appelaient toujours à ses baisers tout en étant prête à prononcer des mots capables de le briser tout entier.

Elle était simplement comme dans ses souvenirs et dans ses rêves, avec juste quelques rides en plus aux coins des yeux et de la bouche, et une lassitude au fond du regard qui n'avait rien de physique.

Et elle était là, sans qu'il sache pourquoi ou comment, ou même si c'était en rapport avec sa propre présence à la Baie ou s'il s'agissait d'une simple coïncidence malheureuse. Car si elle n'était pas là pour lui, il en serait inconsolable, il le savait.

Alors, puisqu'il ne pouvait pas se montrer plus patient sans risquer de perdre la tête, il demanda d'une voix tendue par le doute :

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Hermione parut hésiter et une délicate rougeur s'empara de ses pommettes. Elle resta silencieuse quelques interminables secondes, mais il ne la pressa pas, conscient qu'elle cherchait simplement la meilleur formulation possible pour sa réponse. Et quand finalement, elle ouvrit la bouche, il eut l'impression de recevoir un énième coup en pleine poitrine.

« La lettre que je t'ai écrite il y a dix ans, après ton départ… Je sais que tu ne l'as lue que très récemment. »

Il n'y avait qu'un seul moyen pour qu'Hermione ait eu connaissance de cette histoire. Ella. Cette fois, il ne s'empêcha pas de penser à sa fille qui avait dû, sans qu'il sache précisément comment ou pourquoi, être mêlée à tout ça. Il ne parvenait pas à imaginer qu'elle ait pu mettre sa rancoeur de côté pour aller admettre tous ses torts à sa mère, mais c'était la seule explication raisonnable.

Il ne savait pas quoi en faire.

Il était fier d'elle, au moins un peu, parce qu'elle s'était montrée extraordinairement mature. Mais il connaissait aussi suffisamment sa fille pour se douter qu'elle avait pu agir ainsi en ayant des arrières-pensées et des intérêts plus personnels.

Partagé entre ses doutes et son soulagement, il mit quelques secondes à réaliser que malgré tout, Hermione était venue seule. De son plein grès. Il s'entendit murmurer un « Pourquoi ? », le coeur au bord des lèvres, soudain empli d'un espoir qu'elle seule avait le pouvoir de briser ou de laisser se fortifier.

Hermione détourna les yeux avant de les fermer. Il pouvait presque voir les mécanismes de son cerveau s'enclencher, et il redouta sa réponse autant qu'il l'attendait. Elle semblait douter elle-même des raisons qui l'avaient poussée à le rejoindre, et il se demanda ce qui l'emporterait. Il croisa les doigts pour que cette fois au moins, elle laisse parler son coeur plutôt que sa tête.

Et lorsque finalement, elle rouvrit les yeux en prenant une profonde inspiration, il sut qu'elle le faisait pour se donner du courage et que cela ne pouvait signifier qu'une chose. Elle s'apprêtait à faire un saut dans le vide… Et il espéra de tout son être avoir encore la force de la rattraper.

« Je suis venue chercher la réponse à ma proposition. »


Din s'accrocha à une branche avant de grimper jusqu'au sommet de l'arbre, sans hésiter une seule seconde. Il ne frémit ni ne formula le moindre cri lorsqu'il faillit tomber, il se contenta de poursuivre son chemin. Il ne regarda pas en bas, c'était la seule règle. Son père disait que « regarder en bas, c'était déjà tomber un peu », alors il ne lâcha pas le ciel du regard.

Il s'installa sur la branche la plus haute et suffisamment solide pour porter son poids et sortit un fruit rougeoyant de sa poche avant de mordre dedans. Le jus coula sur son menton sans qu'il y prête attention, perdu qu'il était dans sa contemplation de la Baie qui s'étalait sous ses yeux.

Sa maison.

Il se demanda à quoi ressemblait celle des humains qui avaient débarqué. Ella lui avait raconté qu'il existait des maisons plus hautes que les arbres et que des centaines de personnes pouvaient y vivre. Il trouvait ça plutôt inquiétant quand il y pensait, et comprenait bien mieux les émotions humaines. Après tout, comment pouvait-on être calme et heureux en vivant ainsi les uns sur les autres ? Même les animaux avaient besoin de leur espace. Les humains étaient décidément bien étranges, décida-t-il après un instant de réflexion.

Il essuya son menton du dos de sa main avant de lécher le jus sucré rendu plus salé par la faute du goût de sa peau.

Un frisson grimpa le long de son échine et il cessa de respirer. Il ferma les yeux pour concentrer tous ses sens, comme sa maman le lui avait appris, afin d'analyser ce qui l'avait troublé. « Un Elfe ne ressent jamais rien sans raisons », répétait-elle constamment. Savoir était un talent qu'il se devait d'aiguiser s'il espérait devenir un jour Chef des Armées, comme son père et son grand-père avant lui.

Des émotions qui n'étaient pas les siennes le heurtèrent avec la force d'un maléfice, et il ne parvint à pas empêcher à son corps d'y réagir.

Il vacilla sur la branche et tomba alors qu'une foule de sentiments sur lesquels il ne parvenait pas à mettre de noms l'assommaient. Il se cogna la tête, une branche lui fouetta le visage, une autre s'enfonça dans son ventre, et il se retrouva le nez dans la terre sans même en avoir conscience.

Détermination froide. Colère noire. Désir avide. Satisfaction triomphante.

Din se roula en boule sur le sol en geignant et se prit la tête entre les mains.

C'était pire, tellement pire, que lorsqu'il avait ressenti les émotions de Théodore et d'Hermione. Chez eux, tout semblait entouré d'un amour qui adoucissait tout.

Pas chez lui. Ou elle. Ou eux.

La douleur physique n'était rien en comparaison de ce que son cerveau subissait. Et sans même en avoir conscience, il se mit à crier. Il avait besoin d'aide. De sa mère qui saurait apaiser la douleur. De son père qui chasserait les monstres.

Car il y avait quelqu'un dans la forêt, tout près de lui, il en était persuadé.

Un Elfe ne ressentait jamais rien sans raisons.


Note _ Et c'est parti pour l'Histoire ! - vous ne pensiez tout de même pas que ça allait rester calme (dit-elle après avoir fait pleurer quasi tous ses personnages xD) plus longtemps ?

Petites questions _ 1. Diiiiiiin ! - bon, ok ce n'est pas une question, je tenais juste à noter que ce p'tit bout de chou a pris une énorme place dans mon coeur à l'écriture de cette histoire xD Mais la question, c'est "Contents de retrouver les Elfes ?" (et Eingil qui est devenu PAPA, non mais, vous imaginez ? On est tellement vieux ! - oui parce qu'au cas où vous n'auriez pas captés, pour ceux qui ont lu Ellarosa à l'époque de sa publication, ça fait 10 ans pour nous aussi) Pas trop triste pour Meleke ? (et je ne sais pas si vous vous souveniez de Saoirse, mais elle était une petite "servante" à l'époque ^^) (bon avec tout ce bla-bla, vous imaginez bien que les elfes m'avaient manqué à moi ah ah) ; 2. Et les retrouvailles Hermione / Théo ? :D (discussion au prochain chapitre ^^) ; 3. Et ENFIN du Scarlett/Scott ! Contents que Scott prenne enfin la situation en main & essaie d'arranger les choses ? et leur conversation ? (Franchement, on veut toutes un Scott dans nos vies. Ou un Toby. Ou un Théo. Ou... xD) ; 4. Et Toby/Ella ? A-t-il raison d'essayer de faire les choses différemment cette fois ? Et est-ce que ça marchera ? ; 5. Que se trame-t-il dans la forêt ? -à vos idées les plus démentes, ah ah ! ; 6. Ce chapitre vous a plu ? ^^

Dans le prochain épisode _ tout comme avant, des rôles inversés, un lapsus révélateur, de la mousse au chocolat, des explications, un désir déplacé, des nuisibles, et une prise de conscience trop tardive...

Voili voilouu ! Des bisous contre des reviews !

Bewitch_Tales