Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...

Genre _ Romance / Famille / Suspens.

Rating _ M ... :P

Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...

Note de l'Auteure _ Je sais, je sais, je devrais avoir honte... (et c'est le cas) mais promis, maintenant c'est parti pour du post plus organisé - parce que je suis en vacances pour les 5 prochaines & que je n'ai donc aucune excuse. J'ai aussi décidé de faire quelques changements sur mes 2 derniers chapitres donc je dois absolument prendre le temps de m'y poser, mais j'ai encore quelques chapitres sans rien à retravailler donc ça devrait aller pour les prochains post :D

Bref, me revoilà pour le chapitre le plus... romantique ? pétage de plomb ? Un mélange des deux ah ah ! J'espère qu'il vous plaira !

Et bonne lecture à tous ! :P


Ellarosa - Vermelha

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Chapitre 8

« Dans le corps humain, il y a des cordes qu'il est préférable de ne pas faire vibrer. »

Charles Dickens.

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Le soleil était à son apogée, illuminant l'eau de la Baie qui semblait parée de mille nuances de bleue plus brillantes les unes que les autres.

Postée face à ce qui faisait office de fenêtre - un espace d'un mètre environ taillé en forme d'ovale qui donnait une vue dégagée sur la Baie - Hermione réalisa qu'elle n'avait pas fermé l'oeil depuis plus de vingt-quatre heures. En effet, il devait être environ neuf heures du matin en Angleterre, et elle n'avait pas dormi depuis son arrivée au Brésil. Elle avait été bien trop occupée à veiller sur un Théodore inanimé.

L'homme en question s'était réfugié dans la salle de bain pour se débarbouiller. Il avait prétexté avoir besoin de se rafraichir parce qu'il se sentait encore un peu vaseux, mais elle se doutait qu'il voulait surtout rester seul un moment. Elle le comprenait tout à fait, et elle-même n'aurait pas refusé un bain.

Elle jalousa un peu la foule d'enfants Elfes qui s'ébattaient dans l'eau en riant, inconscients de tout ce qui se passait autour d'eux. Elle chercha à reconnaître Din, mais ne le trouva pas. Il avait dû s'éloigner des autres, peu intéressé par leurs jeux d'enfants, et être parti à l'aventure.

La porte de la salle de bain s'ouvrit de nouveau et elle abandonna sa contemplation des Elfes pour se tourner vers Théodore qui s'essuyait le visage à l'aide d'un fin tissu. Il esquissa un sourire un peu gêné dans sa direction avant de marmonner :

« J'ai préparé la baignoire si tu veux prendre un bain… L'eau est un peu froide, mais avec cette chaleur, ça devrait te faire du bien. »

Hermione se demanda quoi ressentir à cette faveur. Devait-elle comprendre par là qu'il voulait qu'elle s'éloigne de lui encore un moment ? Ou juste se satisfaire qu'il se souvienne de sa passion pour les bains frais ?

Le sourire de Théo se fit un peu plus sincère alors qu'elle hésitait et elle décida de ne pas trop y réfléchir. Ils auraient bien le temps de parler une fois qu'elle serait débarrassée de la couche de transpiration et de poussière terreuse récoltée durant sa marche dans la forêt. Elle le remercia donc simplement, récupéra son sac à dos et fila vers la salle de bain.

Elle aurait voulu pouvoir se délester de ses pensées aussi aisément que de ses vêtements, mais rien n'y fit. Elle s'installa dans l'immense bassin de pierre dans lequel ils auraient pu se baigner à plusieurs en se souvenant d'une journée où cela avait bel et bien été le cas. Théodore et elle avaient fait l'amour dans un endroit identique à celui-là, dans une autre chambre à quelques pas.

Elle enfouie sa tête sous l'eau en grommelant et s'empara du pain de savon qu'elle se mit à frotter furieusement contre sa peau. L'odeur des fleurs de la Baie emplit rapidement ses narines en moussant sur sa peau, et elle sourit. Aucun parfum humain n'aurait pu dégager une telle senteur à la fois fruitée et délicate.

Elle traina volontairement dans le bain, consciente qu'il avait voulu - au moins un peu - la fuir. Mais au bout de quelques dizaines de minutes, sa peau se mit à friper et elle abandonna. Elle se sécha tant bien que mal à l'aide des tissus peu absorbants mis à sa disposition, puis enfila la robe qu'elle avait mise dans son sac en comprenant qu'elle allait devoir subir la canicule.

Il n'y avait aucun miroir dans cette pièce - les Elfes n'étaient pas peu fiers de leur apparence, et ne se sentaient pas obligés de l'admirer quotidiennement. Elle l'avait totalement oublié. Elle dut donc sortir sans s'être coiffée, consciente que le nuage de ses boucles devait être encore plus impressionnant que d'ordinaire.

Cela ne manqua pas.

Théo se tourna dans sa direction dès qu'il entendit la porte s'ouvrir et ne parut pas capable de contenir sa réaction. Ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche laissa passer un ricanement qu'il essaya tant bien que mal de dissimuler dans une toux avant d'admettre sa défaite en un éclat de rire. Hermione aurait pu se vexer, mais se contenta de pouffer à son tour avant de secouer la tête.

« J'avais oublié l'absence de miroirs…

- Je dois en avoir un quelque part, proposa-t-il, les yeux brillant d'un humour qu'elle était fière d'avoir pu faire naître malgré son évidente fatigue. Mais tu n'en as pas besoin. »

Il mentait, c'était évident. Elle devait avoir une tête à faire peur. Elle haussa donc un sourcil, comme pour dire « Vraiment ? » et le sourire de Théo se renforça alors qu'il luttait clairement pour ne pas se remettre à rire.

Finalement, il se tourna vers la petite table qui - près de la fenêtre - supportait le poids d'un plat lourdement garni qui n'était pas là un peu plus tôt. Elle en conclut que les Elfes leur avait apporté de quoi déjeuner et son estomac répondit à cette vision multicolore en gargouillant.

Elle s'installa donc rapidement alors que Théo faisait de même, et plongea sa main dans le plat afin d'en saisir un fruit qu'elle porta aussitôt à ses lèvres. Un gémissement de plaisir pur lui échappa alors que le jus sucré coulait dans sa gorge, et elle se souvint que les Elfes avaient toujours eu beaucoup à offrir en matière de petit-déjeuner. Elle n'appréciait peut-être pas tout à fait leurs plats épicés et trop goûteux pour son palais bien anglais, mais en matière de fruit et de pâtisseries, ils étaient les meilleurs.

Elle rouvrit les yeux qu'elle avait fermés pour apprécier son fruit sans que ses autres sens entrent en compte et croisa le regard le Théo. Il était toujours éreinté, c'était évident : ses cernes étaient profondes, comme s'il sortait d'une bagarre. Néanmoins, un éclat qui n'était pas là un peu plus tôt illuminait ses yeux. Elle y décela la même hilarité qu'elle mettait sur le compte de ses cheveux, et - cette fois - un désir qui fit fourmiller sa peau toute entière.

Elle passa sa langue sur ses lèvres pour essuyer le jus qui commençait à s'y coller, et il suivit son mouvement sans même prendre la peine de respirer. Elle sourit, pas peu fière d'avoir encore autant de pouvoir sur lui malgré les années - et son âge dont le chiffre lui paraissait extravagant, même pour une sorcière. Elle se sentait parfois si vieille, et elle n'avait eu aucune relation physique depuis si longtemps, qu'elle en avait oublié qu'elle était une femme. Une femme capable d'éveiller du désir chez un homme. Cet homme en particulier.

« Un fruit ? Proposa-t-elle gentiment puisqu'il n'avait pas saisi un seul aliment jusque-là, se contentant de l'observer sans paraitre prêt à manger lui-même.

- Non… Je n'ai pas très faim. »

Hermione sentit un noeud envahir sa gorge et elle perdit l'appétit alors qu'il détournait les yeux. Elle avait failli oublier les raisons de sa présence un instant, et pourquoi toute cette situation n'était en rien banale, même s'ils l'avaient vécue mille fois.

Elle reposa son fruit, puis se pencha vers la coupe, bien décidée à ne pas se laisser abattre pour autant. Il était peut-être malheureux, mais elle saurait lui remonter le moral. Elle fouina parmi les fruits et les quelques légumes jusqu'à trouver les pâtisseries et surtout ces petits pains fourrés dont Théo raffolait à une autre époque. Elle le coupa aussitôt en deux et le sirop encore chaud qui remplissait le pain laissa échapper un puissant parfum sucré qui lui fit aussitôt monter l'eau à la bouche. Mais ça n'était pas pour elle.

D'un geste, elle agita le petit pain sous le nez de Théo, et il fronça les sourcils, l'air de se demander si elle croyait que ce serait suffisant. Elle savait que ce n'était qu'une étape parmi tant d'autres, mais il avait maigri, et elle était déterminée à le remplumer un peu. Il ne pourrait jamais se retaper émotionnellement si son corps tout entier était faible.

« Allez, mange-le. C'est ton préféré !

- C'était, corrigea-t-il d'un ton las. Il y a très longtemps.

- Tu dois manger quelque chose, protesta-t-elle tout bas, sans se soucier de sa réflexion qui sous-entendait qu'elle ne le connaissait plus si bien que ça. Surtout avec ce qu'ils t'ont fait avaler cette nuit, tu ne devrais pas rester l'estomac vide. »

Il la scruta quelques secondes, l'air un peu irrité cette fois, mais finit par lui prendre la moitié du petit pain des mains. Comme des années auparavant, il ne croqua pas dedans. Il appuya un peu dessus pour que le sirop coule et le rattrapa du bout de sa langue comme un gamin mangeant des gâteaux.

Hermione engloutit sa moitié en quelques bouchées et, toujours affamée, récupéra son fruit avant d'en avaler deux autres. Consciente que poursuivre sur cette voie ne serait que pure gourmandise, elle se retint de prendre autre chose et laissa Théo finir son petit déjeuner du bout des lèvres.

« Je suis fatigué, maintenant, soupira-t-il en se redressant un peu sur son siège. Peut-être que nous…

- Devrions parler, conclut-elle à sa place, consciente pourtant qu'il s'apprêtait plutôt à la jeter dehors.

- Hermione, je… »

Il passa nerveusement sa main dans ses cheveux qui auraient bien eu besoin d'une coupe et finit par marmonner :

« Je ne sais juste pas ce que tu attends de moi. »

Hermione sentit son coeur se serrer. Théodore, dix ans plus tôt, n'avait pas hésité à entamer une douloureuse confrontation, laquelle s'était conclue dans un lit. Elle se souvenait encore de chaque mot, de chaque remarque, de la gifle qu'elle lui avait lancé en pleine tête… Et de leur étreinte, la dernière.

Il avait alors paru si fort, si déterminé à faire en sorte que tout se déroule comme il l'espérait qu'elle s'était laissée embarquer sans même y penser dans ses bras. Il avait toujours été le seul homme capable de lui mettre la tête à l'envers, de la pousser à oublier qui elle était, oublier de réfléchir et d'analyser pour laisser seulement place à son désir.

Et voilà qu'il semblait hésitant, tout plein de doutes et de craintes qu'elle ne savait tout simplement pas comme apaiser. Jamais elle n'avait été l'instigatrice de leurs étreintes, de leurs baisers, ou même de leurs disputes. Elle en avait mille fois été la cause, mais elle avait toujours préféré fuir leurs discussions au lieu de s'y confronter.

Cette fois, elle n'avait cependant pas le choix. S'il voulait des explications, s'il voulait entendre même ses raisons, elle était prête à tout pour les lui offrir, quand bien même devrait-elle se mettre à nue sans obtenir rien de sa part ensuite.

Pour aujourd'hui au moins, pour la toute première fois depuis qu'ils ne connaissaient, elle mènerait la danse. Elle pria silencieusement pour que ce soit suffisant, puis se lança.

« Ella est venue me rendre visite hier matin. Elle m'a expliqué ce qu'elle avait fait et pourquoi, et nous avons décidé ensemble que le mieux que je puisse faire pour arranger cette situation était de te rejoindre. J'ai voyagé par réseau de cheminée jusqu'en Australie en passant par l'appartement de Ron puisqu'il était relié à chez vous, mais tu n'étais pas là… Alors, j'en ai discuté avec Ella qui a suggéré que tu puisses te trouver ici. J'ai pris un Portoloin trans-Atlantique qui m'a conduite jusqu'à New-York, puis un autre jusqu'à Rio qui transportait bien trop de monde à la fois si tu veux mon avis. Et j'ai finalement transplané jusqu'ici en espérant sincèrement que tu t'y trouverais.

- Tout ça pour obtenir une réponse à ta lettre après tout ce temps ? S'étonna-t-il en poussant un soupir.

- Oui.

- Pourquoi ? »

Théodore avait toujours été intelligent, et ce déjà à Poudlard même si elle n'avait pas prêté attention à lui à l'époque. Il ne trainait pas souvent avec Drago et Blaise en public. Le jeune Malefoy était alors plus souvent entouré de ses gorilles, et Blaise passait tout son temps avec les filles.

Théodore lui, n'était que ce garçon qu'elle croisait souvent à la bibliothèque mais auquel elle adressait rarement la parole puisqu'il appartenait à une maison ennemie de la sienne. Même si elle se désespérait de la petite guerre ridicule qui confinait à la sottise entre les lions et les serpents, elle n'avait jamais pris le temps d'essayer d'arranger les choses - elle était bien trop occupée par ses cours, ses amis qui prenaient tant de risques, et la guerre bien réelle qui avait suivi. Si elle avait fait cet effort, sans doute aurait-elle pu se faire un réel ami, et concurrent en matière de bonnes notes. Parce qu'il était intelligent…

Contrairement à ce que sa question laissait supposer.

Il devait forcément savoir pourquoi. Elle n'avait pas traversé la moitié du globe - ce qui lui avait coûté une certaine somme de gallions en plus d'une grosse fatigue - juste pour lui faire coucou.

Il attendait sa réponse pourtant, comme s'il ne la possédait pas lui-même et Hermione mit quelques minutes à comprendre pourquoi il agissait ainsi.

Il se protégeait.

Un flot de culpabilité s'abattit aussitôt sur ses épaules. Il se doutait de ce qu'elle faisait là, parce qu'il était loin d'être idiot, mais craignait d'y croire. Elle lui avait déjà fait faux-bonds trop de fois. Il voulait qu'elle lui dise réellement ce qu'elle attendait de lui, en détails, avec des déclarations et des promesses - tout ce qu'elle s'était refusée à faire jusque-là en somme. Il ne voulait pas se faire repousser une fois de plus et elle savait très bien pourquoi.

Le Théodore de vingt-deux ans était robuste et plein d'espoirs. Il s'était plongé dans leur liaison sans filet de protection, prêt à y croire même s'il n'y avait aucune chance que cela fonctionne - elle était alors toujours amoureuse de Ron, malgré tout. Il l'avait aimée suffisamment pour deux. Et même si leur rupture l'avait blessé, il s'était relevé : parce qu'ils avaient une guerre à mener, d'abord, puis ensuite pour élever Ella de son mieux.

Le Théodore de trente-neuf ans était toujours fort et bien que plus prudent, il espérait encore. Il s'était rendu à son affection avec toute l'énergie du désespoir, cédant à ce qui avait toujours couvé entre eux sans trop s'y perdre. Et cette fois ci, elle se demandait s'il était réellement parvenu à s'en remettre ou s'il avait juste très bien fait semblant.

Il avait presque cinquante ans désormais, avait été brisé trop de fois et semblait désespéré. Il n'y croyait plus, ou alors avait-il juste trop peur d'être cette fois irrémédiablement fichu si elle jouait encore avec son coeur avant de l'abandonner.

Hermione aurait pu hésiter, mais elle n'avait plus la force de se cacher derrière les barricades qu'elle avait trop souvent érigées dès lors qu'il était concerné. Elle s'était réfugiée auprès de Ron, puis s'était servie d'Ella comme d'une raison logique pour qu'ils soient séparés… Cette fois, plus rien ne l'empêchait de se dévoiler, en dehors de ses doutes.

Alors elle les mit de côté, prête à lui offrir tout ce qui restait d'elle en espérant que cela suffise.

« Parce que la proposition de ma lettre tient toujours, déclara-t-elle, le coeur au bord des lèvres, en ayant la sensation étourdissante de plonger dans une eau infestée d'inferis. Après tout ce temps, le contenu de ma lettre est encore d'actualité… »

Face à elle, le visage de Théodore sembla se décomposer. Son regard s'assombrit alors que des larmes y apparaissaient, et il resta là sous paraitre même respirer, en proie à ce qui était clairement de la confusion. Alors elle poursuivit sans se laisser l'occasion de changer d'avis ou de douter de ce qu'elle s'apprêtait à faire.

« Il y a dix ans, tu m'as demandé si je t'aimais. Je n'ai pas su quoi te répondre. J'avais passé toute ma vie à essayer d'oublier que tu en avais fait partie, puis à en chasser Ella pour ne pas souffrir de ce que mes décisions avaient provoqué. Et je… Maintenant je sais. »

Elle vit les épaules de Théo trembler et il relâcha un souffle grelottant avant de vaciller sur son siège. Il appuya ses paumes à plat sur la table, l'air de ne pas oser y croire, et elle chuchota les mots qu'il avait attendus pendant vingt-huit très longues années :

« Je t'aimais. Je t'aimais quand on vivait ici. Je t'aimais aussi quand tu as ressurgi dans ma vie il y a dix ans… Et je t'aime encore aujourd'hui, même après tout ce temps. Je t'aime, Théo. »

Les épaules de l'homme s'affaissèrent brutalement, comme si elles cédaient simplement sous l'afflux d'émotions qui venaient de le submerger, puis elles furent secouées par un sanglot. Hermione sentit des larmes lui monter aux yeux, et elle abandonna son siège pour se rapprocher de lui. Elle s'agenouilla à ses côtés et posa sa main sur son genou en chuchotant son prénom.

Il ne prit pas immédiatement conscience de sa présence toute proche, et elle le laissa pleurer tout son soûl.

Elle connaissait l'origine de ses larmes. Elles avaient été accumulées pendant tant d'années qu'il semblait avoir une réserve intarissable. Elles extériorisaient sa joie et sa douleur mêlées d'avoir dû attendre avant d'entendre ces mots qu'il avait tant mérité. Sa frustration aussi que ça ait été aussi long. Sa colère d'avoir perdu tout ce temps alors qu'ils auraient pu vivre leurs plus belles années ensemble.

« Théo, regarde-moi, supplia-t-elle en priant pour qu'elle ne l'ait pas irrémédiablement brisé cette fois en lui prononçant cette vérité qui signifiait tant pour eux deux. S'il-te-plait… »

Théo enfonça ses doigts dans ses cheveux pour les repousser de devant son visage en reniflant, puis enfin, reporta son attention sur elle. Quand il la vit, si proche, un petit rire grelottant franchit la barrière de ses lèvres. Ses yeux brillaient de larmes, mais aussi de quelque chose qui ressemblait clairement à de l'affection, à du soulagement.

Il ne prononça pas un seul mot. Autrefois, il avait été le plus bavard, mais elle avait dit l'essentiel. Le reste se passait de paroles, et Hermione n'eut pas le temps d'en ajouter une seule.

Théo lui accorda un sourire presque féroce à travers ses larmes, glissa ses mains à ses joues, saisissant son visage en coupe. Et il l'embrassa.

Ce baiser la prit par surprise, comme le précédent, mais cette fois elle n'eut aucune envie d'y échapper. Il mordilla sa lèvre pour l'inciter à lui céder le passage et elle obéit en un gémissement qui sembla le rendre fou.

D'un mouvement, il se laissa tomber près d'elle avant de la soulever contre son torse. Tout naturellement, comme elle l'avait fait mille fois, elle entoura sa taille de ses jambes et il gronda sa satisfaction contre sa bouche sans la lâcher.

Elle se retrouva allongée en trop peu de temps pour le dire, et elle aurait pu rire de son empressement si elle n'avait pas éprouvé exactement la même impatience à l'idée d'enfin recommencer.

Elle savait qu'ils avaient encore mille sujets à aborder, mille disputes même peut-être à vivre, mais en cet instant où elle avait - en seulement quelques mots - brisé la plus haute des barrières qui se dressait entre eux, il y avait plus essentiel.

Alors elle le laissa lui enlever sa robe tout en tirant sur sa chemise, et s'acharna à lui prouver que ces dix années avaient été aussi longues pour elle que pour lui.


Il ne parvenait tout simplement pas à la lâcher des yeux. Peu importait qu'elle soit en train de faire les gestes les plus quotidiens du monde en ensorcelant la porte de son appartement, ou même qu'elle baille à s'en décrocher la mâchoire, tout cela paraissait presque miraculeux… Parce que c'était Ella et que leur petite matinée ressemblait à celle d'un couple normal.

Il n'avait jamais pris le petit déjeuner avec une femme, ne s'était jamais disputé le lavabo de la salle de bain pour se brosser les dents, ne s'était jamais moqué du temps qu'elle prenait à se démêler les cheveux. Tout cela paraissait peut-être ridiculement banal, mais puisqu'il s'agissait d'Ella et de lui, il s'en émerveillait.

Il se fichait même totalement d'être en retard, alors que Dawlish se ferait un plaisir de lui pourrir sa journée. Il était prêt à remplir de la paperasse et à récolter d'autres dossiers ennuyeux si seulement cela pouvait lui permettre de vivre d'autres matinées comme celles ci.

Une petite voix lui suggéra qu'une matinée plus dénudée serait plus agréable encore, mais il la fit taire. Non, il pouvait résister, au moins un peu.

« Mais qu'est-ce que tu attends ? Va appeler l'ascenseur avant qu'on soit définitivement en retard, rouspéta Ella en le poussant dans le couloir.

- On l'est déjà… Tu ne peux pas transplaner dans ton fichu labo ?

- Non, le transplanage est interdit afin d'éviter les incidents de potions. On ne peut rentrer qu'avec notre carte magique. »

Instinctivement, Toby rangea cette information dans un coin de son cerveau avant d'appuyer sur le bouton d'appel de l'ascenseur. Il céda le passage à Ella qui se rua dans la cabine comme si elle avait un Mage Noir aux trousses, et il faillit se moquer d'elle. Pas de doute, elle était bel et bien la fille d'Hermione Granger. Elle lui adressa un regard suspicieux, comme si elle avait lu dans ses pensées, et il la rejoignit dans la cabine avant de poser un baiser sur son front.

« Ne t'inquiète donc pas, tu as la côte avec le patron…

- Très drôle ! Ironisa-t-elle en levant les yeux au ciel. Et figure-toi que j'ai beaucoup de travail, tout simplement. J'ai exigé à Scarlett six mois de patience, et je regrette vraiment de ne pas avoir demandé davantage… »

Toby passa son bras par-dessus ses épaules pour la serrer contre lui et la rassurer. Elle avait évoqué avec lui son projet la veille et il était très impressionné. Si elle parvenait au résultat escompté, Scarlett Higgs - enfin, Weasley désormais, même si une part de lui ne se ferait jamais à cette idée - aurait enfin la vie qu'elle désirait réellement.

Il se doutait que jamais cela n'effacerait les traumatismes de son enfance, il était bien placé pour savoir qu'aucun d'entre eux n'oublierait jamais vraiment. Mais au moins n'aurait-elle plus à se rappeler constamment ce qui lui était arrivé à cause de l'influence que cela avait encore sur sa vie. Il en était sincèrement heureux pour elle. Elle le méritait, plus que quiconque.

« Je suis certain que tu vas t'en sortir. », affirma-t-il alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient devant eux.

Il se demanda si l'antique machine s'était mise à avancer plus vite avant de comprendre qu'ils n'étaient pas arrivés au rez-de-chaussée. Ils avaient simplement atteint l'étage en dessous du leur, là où vivait l'homme qu'il méprisait le plus au monde à l'heure actuelle.

Au fond, même s'il aurait voulu l'ignorer, Rhys Demontmorency avait tout pour plaire à Ella et cela le rendait jaloux sans commune mesure. Mais ça n'était pas que cela qui le poussa à ramener la jeune femme vers lui avec un air de propriétaire qu'il savait qu'elle lui ferait payer. Non, il songea tout bêtement à son père qui s'apprêtait à vendre deux décennies de dures labeurs à cet homme pour une bouchée de tarte à la citrouille, et il le haïs plus fort encore.

Ella essaya de se dépêtrer de son étreinte alors que Rhys prenait une profonde inspiration avant d'entrer dans la cabine. Il l'en empêcha en se détestant un peu d'oser la traiter ainsi. Ce n'était pas de sa faute qu'il se sentait possessif en sa compagnie. Et ce n'était pas non plus de sa faute si cet homme risquait de ruiner sa famille et qu'il ne lui faisait tout simplement pas confiance.

« Bonjour Ella, dit Rhys une fois les portes refermées, un sourire un peu forcé courbant ses lèvres. Tobias. Je suis surpris de vous retrouver là, j'aurais cru que vous seriez déjà à votre poste à cette heure…

- Oh, vous savez, les Mages Noirs ne sont pas très à Hippogriffes sur la ponctualité, répondant Toby tout en sachant pertinemment que sa réflexion était dirigée vers Ella et non vers lui. Ils peuvent attendre un peu ! »

Ella lui pinça vivement les fesses et il bondit sur place, effaré. Cela eut le mérite de fonctionner : il la lâcha sous son regard noir, et elle se tourna vers Rhys avec un petit sourire. Toby se crispa. Il n'était pas sûr qu'elle en soit conscience, mais il s'agissait clairement d'un sourire séducteur. Il le connaissait bien ce sourire, elle en avait mille fois usé avec lui.

« Excusez-moi, la matinée a été un peu compliquée, prétexta-t-elle en un mensonge que Toby aurait voulu pouvoir contrer. Mais je compenserai en travaillant plus tard ce soir, ne vous inquiétez pas.

- Bien entendu, accepta Rhys avec un sourire soudain plus franc. Peut-être pourrais-je vous raccompagner dans ce cas ? De nuit, le quartier peut-être dangereux… »

Ella ouvrit la bouche, certainement prête à poliment accepter cette invitation qui était sans nul doute intéressée, mais Toby éclata de rire. Il n'avait pu s'en empêcher. Merlin, quelle ânerie venait-il de sortir ! Le quartier était l'un des plus sûrs de tout Londres, de nombreux Sorciers d'Elite faisaient des rondes dans le coin afin d'assurer la sécurité des employés du Ministère, et surtout…

« Je sais que vous ne connaissez pas Ella depuis longtemps, mais je peux vous assurer qu'elle se défend très bien toute seule ! Rétorqua-t-il en un rire. Elle est très douée en magie défensive.

- Je n'en doute pas, polémiqua Rhys en lui adressant un regard assassin, comme s'il croyait sincèrement que cela puisse faire effet sur un Auror habitué à bien pire. Je souhaitais juste me montrer galant.

- Elle n'a pas besoin de votre galanterie.

- Peut-être pourriez-vous la laisser en décider toute seule ?

- Peut-être pourriez-vous vous mêler de ce qui vous regarde ? Répliqua Toby en serrant les poings.

- Cela me regarde. Ella est l'une de mes meilleures employées !

- Oui, et elle est aussi ma… Ma femme ! »

Ç'en suivit le plus long silence de toute l'histoire de l'Humanité Sorcière - ou du moins, dans l'esprit de Toby qui sembla imploser sous l'effet de ce qu'il venait d'oser dire. Il avait bien dit « Ma femme ? » en parlant d'Ella, ou l'avait-il seulement pensé ?

Dit, apparemment, puisqu'Ella s'était tournée vers lui, bouche bée, les joues d'un rouge si vif qu'elle avait l'air prête à prendre feu. Elle ne paraissait pas savoir comme réagir, clairement embarrassée de la façon dont il l'avait appelée, et il se maudit un peu.

Il aurait pu dire n'importe quoi. « Mon amie », « Ma petite-copine »… Tout aurait été plus acceptable que ce « Ma femme » à la fois présomptueux et désespéré. Il ne savait même pas comment il pourrait rattraper la situation, mais heureusement les portes de l'ascenseur s'ouvrirent enfin au rez-de-chaussée, lui offrant une échappatoire bien nécessaire.

Il resta figé là, stupéfait de sa propre sottise alors qu'Ella quittait la cabine, toujours aussi rouge que le blason des Gryffondors. Rhys la suivit, non sans un regard moqueur à l'intention de Toby qui réalisa qu'il ne pouvait pas conclure la conversation ainsi. Pas question de donner cette satisfaction à ce bellâtre, pas plus que de laisser cogiter Ella toute la journée. Il se doutait que le résultat de ses réflexions ne joueraient pas en sa faveur.

Alors il sortit de l'ascenseur à sa suite et l'interpella, se refusant à la laisser filer. Ella s'arrêta au milieu de hall, et se tourna vers lui si lentement qu'on lui avait lancé un sort pour la ralentir. Il ne prêta pas attention à Rhys qui croisa ses bras sur son torse et le bomba inutilement. Pas plus qu'à Buster qui abandonna son exemplaire de la Gazette pour les observer. Il se contenta de rejoindre Ella comme il aurait pu s'approcher d'un criminel : avec circonspection.

« Hum… bougonna-t-il avant de se racler la gorge. Ce soir, je t'attendrai dans le petit restaurant à la devanture verte au coin de la rue, juste en face du Labo, d'accord ? On pourra dîner autre chose que des pâtes, comme ça. Ils servent la meilleure mousse au chocolat du monde. »

Ella esquissa un sourire, amusée par la façon dont il avait simplement éludé la conversation qui aurait pu les plonger dans un malaise dont ils n'auraient peut-être pas su se dépêtrer. Il la supplia du regard de ne pas insister sur son lapsus qui en avait révélé bien trop sur ce qu'il escomptait faire d'elle un jour, et elle lâcha un petit rire taquin avant d'hocher la tête. Le soulagement lui fit l'effet d'un sortilège apaisant, mais déjà elle ajoutait :

« Enfin, seulement si…

- Si ?

- Permission accordée de ramener la mousse au chocolat à la maison et de la déguster sur ton torse ? »

Il oublia comment respirer alors que cette idée conduisait son esprit à imaginer ce que cela donnerait. Elle était bien plus dangereuse que tous les criminels qu'il arrêtait quotidiennement. Et à en croire le sourire fier qu'elle arborait, elle en était tout à fait consciente, puisqu'elle proposa, d'une voix plus basse encore afin que personne ne l'entende :

« A moins que tu préfères la lécher sur mes seins ? »

Il ferma les yeux et obligea son cerveau à ne surtout pas imaginer la scène. Il n'y parvint pas tout à fait, et inspira à fond pour chasser l'excitation qui menaçait de s'emparer de lui et de le pousser à agir bêtement. En cet instant précis, il aurait pu la balancer sur son épaule tel un Homme des Cavernes et la ramener l'appartement pour lui faire des insanités.

« Alors, permission accordée ?

- Tu ne joues pas selon les règles…

- Quelles règles ? susurra-elle, clairement consciente qu'il perdait pied en cet instant et qu'elle avait toutes les cartes en main. Je croyais que Tobias Malefoy adorait briser les règles…

- Celle de Poudlard, pas celle qui protègent ma santé mentale dès que tu es dans les parages. »

Elle fit la moue, faussement vexée, et il secoua la tête en souriant. Il sentait le regard de Rhys et de Buster sur eux, mais avait l'impression d'être seul au monde avec elle malgré tout. Alors il s'approcha d'elle encore un peu jusqu'à enrouler sa taille de ses bras et elle leva les yeux vers lui. Seuls quelques centimètres les séparaient, et il aurait pu céder à la tentation de poser sa bouche sur la sienne. Il n'avait jamais autant désiré quoi que ce soit de toute sa vie… Tout en sachant qu'il aurait commis une erreur en craquant aussi tôt.

Cette fois, il voulait faire les choses bien. Et au fond, c'était sans nul doute aussi le meilleur moyen qu'il ait trouvé pour l'inciter à rester près de lui le plus longtemps possible. Il avait un plan et comptait bien s'y tenir. Cette fois, c'était à son tour d'être patiente. Peut-être qu'ainsi, contrairement à l'époque où il avait dû faire tant d'efforts pour qu'elle accepte son affection, ce serait elle qui l'aimerait plus qu'il ne l'aimait déjà.

Et peut-être qu'alors, ce serait elle qui souffrirait, songea-t-il amèrement, avant de se détester pour cela. Il ne voulait pas qu'elle souffre. Pas plus que lui, d'ailleurs. Cette fois, il voulait que toute cette histoire se termine bien, et qu'aucun d'eux ne se brise, pas même un peu.

Ella glissa son index sur son front pour aplatir la ride d'expression qui venait de le plier. Elle parut lire dans ses pensées, ou peut-être comprit-elle simplement qu'elles n'avaient rien d'agréables, et elle s'empressa de tenter de les éloigner.

« Tu ne m'accordes donc pas la permission, en ce qui concerne la mousse ? Bouda-t-elle, le poussant à sourire tant elle avait l'air d'une gamine en cet instant.

- Non, pas question. »

Elle fronça les sourcils avec une grimace d'agacement qui n'avait rien de naturel et qu'il ne prit donc pas au sérieux, et il passa sa main dans ses cheveux. Merlin qu'il aimait ses cheveux… Et il essayait très fort de ne pas penser qu'Hermione Granger avait exactement les mêmes et que son propre père s'était moqué d'elle à ce sujet des décennies plus tôt.

« Tant pis… Je trouverais bien un autre moyen de te convaincre !

- Je n'en doute pas une seule seconde. »

Il savait déjà qu'elle serait bien plus manipulatrice que lui dans ce petit jeu. Il s'était à l'époque contenté d'être patient, même s'il avait également tenté d'attiser son désir à de multiples reprises. Malheureusement désormais, ils jouaient dans la cour des grands. Là où tous les coups étaient permis et où la mousse au chocolat sensuelle n'était qu'une broutille en comparaison de tout ce qu'elle pourrait imaginer.

Il était impatient de voir jusqu'où elle pourrait aller. Et curieux de savoir combien de temps il tiendrait avant de lui sauter dessus - à en croire sa frustration après moins de vingt-quatre heures, il n'irait pas très loin.

Leur bulle de félicité éclata subitement alors que Rhys s'approchait, le visage tendu dans une expression furibonde. Il posa sa main sur l'épaule d'Ella sans paraitre se soucier qu'elle soit dans les bras d'un autre, et Toby s'obligea à la lâcher quand elle le lui demanda.

« Ella, nous y allons ? »

Toby dut serrer les dents pour s'empêcher de répliquer qu'il pouvait très bien partir sans elle. Il avait suffisamment joué à celui qui avait la plus grande baguette, et il avait clairement perdu en mettant le Sombral avant la calèche. Il n'allait pas se ridiculiser encore davantage, sans compter qu'Ella avait l'air prête à lui filer un mauvais coup s'il osait répliquer. Alors il se contenta de déposer un rapide baiser sur sa joue et la laissa s'éloigner.

Rhys le dévisagea des pieds à la tête une dernière fois, s'essayant au regard méprisant qui était pourtant une spécialité des Malefoy et qui ne put donc pas atteindre Toby le moins du monde. Puis il fit volte-face et rejoignit Ella avant de poser une main possessive dans le bas de son dos.

Toby serra les poings, prêt à s'emparer de sa baguette, mais déjà Ella s'arrachait à ce contact, non sans un petit sourire conciliant. Elle n'avait pas envie de se mettre son patron à dos, il le comprenait bien, mais il expira un soupir de soulagement en la voyant fuir ce rapprochement qui avait menacé de lui faire perdre la tête. L'idée que cet homme s'apprête à passer la journée avec Ella le rendait mal à l'aise, tout simplement.

Comme si elle avait lu dans ses pensées, Ella se retourna vers lui avant de passer les portes et lui décrocha un sourire complice. Aussitôt, les battements de son coeur s'apaisèrent. Avant de se remballer aussi sec lorsqu'elle agita la main en sa direction pour lui en revoir en proclamant :

« Alors bonne journée… cher mari ! »


« Comment l'as-tu su ? »

Théodore traçait des motifs abstraits sur le dos nu d'Hermione qui somnolait sur le lit quand cette question lui vint. C'était les premiers mots qu'il prononçait qui ne soit pas une injonction ou une supplique en lien avec la redécouverte de leurs corps, et elle tourna la tête avec un petit sourire interrogateur qui lui fit comprendre que sa question n'était pas suffisamment claire.

« Que tu m'aimais. »

Il ne posait pas la question par simple curiosité. Il avait avant tout besoin de l'entendre encore et encore, juste pour s'assurer qu'il ne rêvait pas ou qu'il n'était pas simplement en plein délire suite à son absorption des drogues Elfiques. Il voulait l'entendre lui répéter des « Je t'aime » à n'en plus finir, jusqu'à ce que son esprit oublie tous les autres mots qu'il connaissait.

Hermione s'étira langoureusement, et il laissa son regard défiler sur sa nudité. Le drap qui recouvrait le lit une heure auparavant avait fini par tomber au sol. Il faisait bien trop chaud pour qu'ils jouent les pudiques, surtout après qu'il ait embrassé chaque partie de son corps et elle du sien avec une ferveur qui devait tout au manque.

Elle paraissait fatiguée, mais il savait que le mieux qui leur restait à faire était de tenir jusqu'au soir. Sans quoi seraient-ils totalement décalés et incapables de se faire au rythme de vie insulaire des Elfes. Alors il glissa sa main plus bas jusqu'à atteindre la courbe de ses fesses, et elle se rapprocha de lui en soupirant.

« Alors ? Insista-t-il, même s'il n'aurait pas été contre une toute autre activité - après dix ans, son corps lui semblait rempli d'une énergie incontrôlable en la matière.

- J'ai vu un psychomage, expliqua-t-elle en levant légèrement les yeux vers lui, et il essaya de garder une expression qui ne dévoilait pas trop sa surprise. Et c'est lui qui me l'a fait… Pas comprendre, au fond de moi je le savais déjà. Accepter, voilà, c'est le mot. C'est lui qui m'a poussé à accepter mes sentiments. »

D'un regard, il lui demanda davantage d'explications. Comment un inconnu avait bien pu lui faire réaliser une chose aussi personnelle, alors que lui-même n'avait eu droit qu'à des « Je ne sais pas ». Hermione posa sa tête contre son torse, et il tendit le bras pour qu'elle puisse finalement s'y appuyer - les oreillers aussi avaient disparu, il ne savait pas exactement où.

« Il m'a demandé de faire une liste de toutes les erreurs ou petites bêtises que j'avais fait dans ma vie pour des raisons purement égoïstes, raconta-t-elle alors qu'il glissait ses doigts dans ses cheveux en guise de brosse, sachant pertinemment qu'elle adorait cela et qu'elle serait ainsi plus encline aux aveux. J'ai pensé à tout ce que j'avais fait à Poudlard, comme créer l'Armée de Dumbledore avec les garçons, ou encore fabriquer du Polynectar…

- Ma petite rebelle, se moqua-t-il et elle s'esclaffa à son tour.

- Oui, mais je me suis rendue compte que tout ce que j'avais fait à l'époque était en rapport avec Harry et Ron. Nous passions notre temps à briser les règles, mais c'était toujours pour une bonne cause, ça avait toujours un sens plus profond que des simples bêtises d'étudiants… Même petite fille, j'étais plutôt du genre à faire exactement ce que les autres attendaient de moi, je ne décevais jamais personne. J'avais d'excellentes notes, je travaillais bien, j'étais polie et gentille et…

- Et ?

- Et j'ai réalisé que la seule fois dans ma vie où je n'avais pas fait ce que les autres attendaient de moi, mais ce que je désirais réellement… C'était avec toi. Coucher avec toi et tromper Ron par conséquent a été ma seule erreur. Ou du moins, c'est ainsi que je le voyais. Et c'est là qu'il m'a dit que parce que j'avais pensé à moi avant de penser aux autres… Ce n'était peut-être pas une erreur, mais la chose la plus juste et réelle que j'ai vécue.

- C'est une façon positive de le voir, sourit-il avant de demander : Et ça a suffit ?

- Non, je l'ai trouvé totalement farfelu au départ. Mais on a beaucoup de parlé de toi, de nous, de mon mariage avec Ron aussi… Et après quelques temps, je me suis rendue compte qu'il avait raison. »

Elle leva les yeux vers lui avec un sourire un peu tremblant, et il embrassa doucement son front, l'invitant à poursuivre. Ce qu'elle fit après quelques minutes à réfléchir au meilleur moyen de lui présenter les choses. Il comprit pourquoi quand elle commença par une phrase qui, même après tout ce temps, l'emplissait de jalousie et de culpabilité à la fois :

« J'aimais réellement Ron. Mais au fil du temps, je me suis rendue compte que si la situation avait été différente, nous ne nous serions même pas mariés lui et moi…

- La Guerre, devina-t-il aisément.

- Oui… Elle nous a tous poussés à nous précipiter, à faire des choix de vie qui après coup, n'étaient peut-être pas très judicieux. Tu te rends compte qu'à l'exception d'Harry et Ginny, et Luna et Neville, la plupart des gens de notre âge qui se sont mariés à l'époque sont divorcés désormais ? Certains se sont séparés dès que la guerre s'est terminée, d'autres bien plus tard, mais ils ont tous ou presque fini par ne plus se supporter. Ron et moi avons vécu la même expérience et je sais maintenant que c'est parce que notre amitié n'aurait jamais dû se transformer en relation amoureuse. Même si je ne regrette rien !

- Je le sais. Scott et Timothy n'auraient pas existé.

- Exactement ! Mais le fait est que… Ma relation avec Ron n'aurait jamais dû devenir plus. C'est sans doute pour ça que nous sommes si proches aujourd'hui, lui et moi. Il y a quelques semaines, il a même tenu à me raconter ce qu'il faisait avec sa petite-amie, tu t'imagines ? Quel couple de divorcés peut partager des expériences aussi intimes ?!

- Aucun, confirma-t-il en riant, s'imaginant facilement la tête qu'elle avait dû faire quand Ron s'était mis à parler de ses rapports sexuels.

- Parce que nous sommes des amis avant tout. Des vrais amis, comme avec Harry. »

Il l'avait toujours su au fond de lui, mais en entendre la confirmation le rassura malgré lui. À l'époque, il s'était demandé ce que Ron et Hermione pouvaient bien faire ensemble et ce n'était pas entièrement dû à son amour pour Hermione. Il ne comprenait juste pas ce qui les rapprochait en dehors de leur amitié. Ron et Hermione étaient trop différents, et ils passaient plus de temps à se chamailler comme des gamins qu'à discuter réellement. Tout semblait être prétexte à des disputes qui, bien qu'elles ne durent jamais longtemps, laissaient perplexes tous les habitants du 12 Square Grimmaurd.

« Avec toi… C'était différent, ajouta-t-elle avec un sourire plus franc tout en posant sa main contre son torse, à l'endroit exacte où se trouvait son coeur. En fait, je ne pensais pas que l'amour devait ressembler à ça… J'étais persuadée que ce que j'éprouvais pour Ron en était et du coup, j'ai cru que ce qu'il y avait entre nous était purement…

- Sexuel, conclut-il parce qu'elle rougissait.

- Oui. Mais plus j'en discutais avec le psychomage, plus je réalisais que la plupart des souvenirs que nous avions n'étaient pas sexuels. Je lui parlais de nos discussions, de nos débats trop houleux sur les potions, la botanique, la magie tout simplement… Nous étions au même niveau intellectuellement et je n'avais jamais rencontré d'homme de mon âge capable de tenir la distance. Ça semble un peu présomptueux, mais c'est vrai. Aucun de mes amis n'aime lire, tu imagines ?! »

Elle paraissait presque offensée personnellement par cette idée et il manqua d'éclater de rire. La voilà, il la retrouvait, sa lionne passionnée par la lecture autant que par lui - sa main se rapprochait dangereusement de ce qui mettrait fin à toute discussion.

« J'ai finalement pris conscience que nous avions été bien plus que des amants… Et que même si j'avais essayé de toutes mes forces de l'oublier, il m'était impossible de renier complètement ce que nous avions vécus tous les deux.

- Et c'est là que tu as su que tu m'aimais ? S'enquit-il sans trop comprendre.

- Non… C'est là que j'ai décidé de ne plus avoir de remords te concernant. Enfin, concernant ce que nous avions faits ensemble, parce qu'ensuite ce que j'ai fait moi, ça c'est impardonnable. Mais nous… Nous n'étions pas une erreur. Et après quelques temps à me faire à cette idée, mes sentiments ont simplement ressurgi… Et cette fois je n'ai pas essayé de me les cacher à moi-même. C'est que j'ai su que je t'aimais. »

Elle conclut son petit discours par un baiser, et il sut que c'était largement suffisant. Il pouvait la croire cette fois, même si une part de lui bien inquiète le poussait à se montrer prudent, il savait que l'espoir était bien plus fort que toutes ses craintes.

Il ne savait pas si cela durerait, ou combien de temps ses doutes mettraient à l'empoissonner - parce qu'il était conscient que ce ne serait pas facile après tant d'années - mais pour l'instant, il voulait juste savourer cette confession qu'il avait tant attendue. Et sa présence près de lui.

Il aurait voulu lui répondre aussi, mais il avait des dizaines de « Je t'aime » d'avance sur elle, et il n'était tout simplement pas prêt à lui offrir son coeur en pâture. Il était trop tôt pour lui. Cette fois aussi, il avait la certitude qu'ils avaient tout leur temps devant eux pour en profiter. Sa déclaration pouvait attendre qu'il soit prêt et pour patienter, il pouvait lui offrir tout autre chose que son coeur.

Il se pencha donc sur elle pour l'embrasser, mais fut interrompu par un toc-toc à la porte. Il grogna de frustration alors qu'Hermione se levait d'un bond, l'air coupable. Soit elle ne se souvenait plus qu'elle avait tous les droits d'être au lit avec lui, soit…

« Je te jure que si un seul des Elfes fait une réflexion sur le fait que nous ayons été « unis » comme ils disent ou sur ton odeur en moi, je fais un massacre ! »

D'accord, elle n'avait juste pas oublié à quel point les Elfes étaient impudiques, et comme autrefois, elle en était gênée. Il s'empressa donc de se lever pour ramasser leurs vêtements froissés et ils se rhabillèrent rapidement avant de se diriger vers la porte derrière laquelle leur convive surprise commençait à s'impatienter.

Ils découvrirent Eingil sur le seuil, Din dans les bras, et Hermione écarquilla les yeux en découvrant l'enfant. Il était presque entièrement recouvert d'une pâte jaunâtre ponctuée de tâches vertes, mais elle décelait sans peine les nombreuses blessures qu'elle dissimulaient. Elle reconnut l'onction dont les Elfes se servaient pour guérir leurs plaies, et s'inquiéta alors que Théo se rapprochait du petit précipitamment. Il l'examina en lui prenant la main et Hermione sut qu'ils devaient être proches car Din ne fit aucune remarque sur son humanité tant méprisée. Il esquissa même un petit sourire.

« Din, qu'est-ce qui t'es arrivé ?!

- Je suis tombé d'un arbre. Mais ça va. »

Din annonça les choses sans paraitre se plaindre, comme une simple constatation alors qu'Hermione s'angoissait encore davantage. Il pouvait très bien souffrir d'une commotion ou d'une blessure interne, et elle voulait être certaine qu'il ait vu un Soignant Elfe, mais Théo parla avant elle.

« Toi, tu es tombé ? »

Il paraissait effaré, et Hermione comprit que ça n'était pas une chose habituelle. Elle se souvint alors de l'aisance avec laquelle Din avait sauté de l'arbre un peu plus tôt quand ils s'étaient rencontrés dans la forêt et sut qu'il ne devait pas être du genre à tomber. Eingil le confirma une seconde plus tard en expliquant, la voix tremblante d'une inquiétude contenue :

« Il a été distrait par quelque chose. Din a ressenti la présence d'un ou de plusieurs humains dans la forêt.

- Quoi ?! S'écria Théo, l'air sincèrement troublé cette fois.

- Nous avons envoyé quelques éclaireurs pour jauger de la situation et ils sont revenus sans avoir rencontré personne. Néanmoins, je dois m'assurer que vous avez tous les deux été prudents. Avez-vous pu être suivis ? »

Théodore se tourna vers Hermione et ils échangèrent un regard troublé avant de secouer la tête. Puis Théo expliqua rapidement qu'il avait transplané de sa maison au Centre de Transport Magique de Camberra et avaient employés deux Portoloins différents avant de transplaner une seconde fois depuis le Paraguay. Hermione répéta ce qu'elle lui avait dit un peu plus tôt, et Eingil parut un peu rassuré.

« Et après que vous ayez transplanés, vous avez bien pris garde à ce qu'il n'y ait personne près de vous avant d'entrer dans la forêt ?

- Bien sûr, comme toujours, assura Théodore alors qu'Hermione acquiesçait, certaine d'avoir pris toutes les précautions. Veux-tu qu'on essaie d'aller voir, nous aussi ? S'il s'agit de sorciers…

- Non, ce n'est pas nécessaire. Il est possible que Din ait tout imaginé. »

Dans les bras de son père, l'enfant écarquilla ses yeux dorés avant de lui donner un coup de poing en milieu de son torse. Eingil jura en elfique alors que son fils se débattait, et il finit par le poser avant de lui demander ce qui lui prenait.

« J'ai pas tout imaginé ! Cria l'enfant avec une peine bien visible malgré son air bravache. Je sais ce que j'ai ressenti ! Je me suis concentré comme maman m'a appris et j'ai senti qu'il y avait quelqu'un !

- Din, mon grand, soupira Eingil en s'agenouillant près de lui. C'est la première fois aujourd'hui que tu rencontres une autre humaine et Théodore et elle ressentent des tas d'émotions que tu peines encore à comprendre. Ça a fait beaucoup pour une seule journée, et ton extrasensibilité a pu te jouer des tours… »

Din secoua la tête, déterminé à prouver aux adultes qu'il n'avait rien imaginé du tout alors que des larmes perlaient aux coins de ses yeux. Eingil parut près à le prendre dans ses bras, mais l'enfant le repoussa aussi sec et s'emporta :

« Je sais que j'ai raison ! »

Il leur tourna alors le dos avant de partir en courant, et Eingil ferma les yeux comme pour se calmer. Il prit finalement une profonde inspiration avant de se mettre debout pour leur faire face, et marmonna des excuses.

« Il est encore jeune, il ne contrôle pas encore parfaitement ses émotions ou les talents dont la Nature nous a dotés. Avec tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui, entre vos arrivées à tous les deux et les milliers de sentiments forts que vous projetez inconsciemment autour de vous… Il est certainement très fatigué. Sa chute n'a rien arrangé, évidemment. Je ne m'étonnerais même pas qu'il ait rêvé cette histoire pour ne pas avoir à assumer d'être tombé.

- Mais s'il avait raison ? Envisagea Hermione avec une certaine angoisse.

- Les Guerriers viennent de passer une heure à fouiller tout notre territoire, et ils n'ont croisé personne. Les humains - sorciers ou pas - peuvent se cacher, évidemment, mais leur odeur et leurs pensées les auraient trahis.

- Alors qui qu'ils soient, ils ont tout simplement pu partir. », reconsidéra Théodore en essayant tant bien que mal de ne pas s'imaginer le pire.

Dix années plus tôt, il avait involontairement brisé la quiétude de la Baie, d'abord en se retrouvant enfermé par des Botanistes fous à quelques kilomètres de là, puis par la faute de son père qui avait failli annihiler les Elfes. Ils avaient mis des années à s'en remettre. Les arbres avaient vite repoussés grâce à la magie qu'ils puisaient dans l'eau de la Baie, mais les morts avaient été nombreux.

Il espérait sincèrement qu'il n'avait pas fait une bêtise en venant là pour se sentir mieux. Il était certain que personne n'avait pu le suivre, et il connaissait suffisamment Hermione pour savoir qu'elle avait dû être aussi prudente que lui. Mais une seule erreur pourrait provoquer bien des drames.

Eingil parut lire dans ses pensées, et posa une main rassurante sur son épaule.

« Ne t'inquiète pas. Nous continuerons à veiller sur nos frontières durant les prochains jours, et au moindre problème, nous n'hésiterons pas vous demander de l'aide. Nos pouvoirs sont peut-être puissants, mais nous ne refuserons pas l'appuie de vos baguettes. »

Théodore l'en remercia d'un sourire tout en croisant les doigts pour que ce ne soit pas nécessaire. Il avait toujours su qu'il protégerait les Elfes de tous les dangers, ils avaient été pour lui comme une famille dans les pires moments de son existence. Mais ils avaient assez subis quelques années auparavant et ne méritaient clairement pas de se retrouver une fois de plus les cibles d'humains malfaisants.

« Mais si j'étais vous, je ne perdrais pas trop de temps à m'en soucier, assura finalement Eingil avant de leur décrocher un clin d'oeil goguenard. Et puis, vous avez l'air d'avoir d'autres occupations bien plus passionnantes en tête, alors focalisez-vous donc là-dessus ! »

Il tourna les talons avec un petit rictus railleur et Hermione plissa les yeux en sa direction, comme si elle souhaitait avoir soudain le pouvoir de lancer des éclairs.

Théo essaya de ne pas rire de la voir si agacée par cette remarque pourtant pleine d'humour, et perdit rapidement la bataille. Elle le gronda d'un « Théo ! » féroce, et il la ramena contre lui en refermant la porte. Elle fit mine de se débattre, comme si elle lui en voulait de se moquer de sa pudeur, avant de céder sous ses baisers.

Et lorsqu'il lui proposa d'obéir au conseil d'Eingil, elle le fit avec un enthousiasme qui menaça de lui faire prononcer mille « Je t'aime ».


Ella versa une pincée de poudre de pieuvre à sa potion avant de se reculer d'instinct. Les expériences pouvaient parfois s'avérer dangereuse et elle avait déjà dû se faire repousser un sourcil ce jour-là, c'était bien suffisant. La faute en était à son esprit qui s'éparpillait sous mille pensées, et elle regretta presque l'absence de nouveautés de sa vie en Australie. Presque.

En effet, la plupart des idées qui lui venaient et la distrayaient étaient plutôt positives. Comme toujours lorsqu'elle travaillait, c'était à Scarlett qu'elle pensait le plus. Sa meilleure amie n'était pas réapparue sur son palier depuis une semaine toute entière, et à en croire le petit mot qu'elle avait trouvé dans sa Chouette-aux-Lettres, son silence était plutôt de bonne augure. Scott lui avait envoyé une simple note qui lui avait redonné la foi dont elle commençait un peu à manquer : « La partie « Ou pas » est en excellente voie… Bonne chance pour le « avec bébé », nous croisons les doigts ! ».

Sa meilleure amie lui manquait un peu, mais elle comprenait parfaitement que cette dernière soit occupée à renouer des liens avec son mari. Même si l'idée de Scott et Scarlett s'adonnant à des activités dénudées lui provoquait des haut-le-coeur.

Elle avait elle-même était bien occupée, même si ses activités étaient encore bien trop habillées à son goût. Elle avait fait des efforts pourtant. Toby la raccompagnait presque tous les soirs - sauf la veille où il avait disparu pour une mission « importante », selon lui. Ils dînaient, parfois dehors parfois sur son canapé, et elle s'acharnait à lui rendre la vie très dure.

Le premier soir, elle avait réussi à le convaincre de ramener la fameuse mousse au chocolat du restaurant dans son appartement. Elle en avait volontairement fait tomber sur son chemisier, l'avait enlevé juste devant lui, et il s'était contenté d'un sourire railleur pour seule réaction avant de lui rappeler une formule de nettoyage.

Le deuxième soir, elle avait mimé d'avoir oublié ses vêtements dans la chambre après sa douche, et avait donc surgi entièrement nue alors qu'il se mettait au lit. Il avait pris une profonde inspiration qui lui avait paru pleine de tentation, elle avait prononcé le « Permission accordée ? » tant désiré, et il avait secoué la tête avant de se cacher sous la couette en grommelant.

Le troisième soir, elle lui avait proposé de monter observer le ciel sur le toit de leur immeuble, espérant ainsi raviver des souvenirs de la Pièce aux étoiles où ils avaient tant partagé. Il l'avait regardé comme si elle était totalement idiote avant de rappeler que les étoiles devaient être cachés par les nuages et la pollution Londonienne.

Le quatrième soir, elle avait abandonné toute fierté pour se coller à lui dans le lit et d'un ton quasi-suppliant qui lui faisait honte maintenant qu'elle y songeait, elle avait redemandé « Permission accordée » en glissant sa main contre ses abdominaux. Il avait répliqué d'un « Tu me tues, Ella » avant de la repousser tendrement.

Le cinquième soir, elle avait réussi à lui voler un baiser. D'accord, elle n'avait touché que la commissure de ses lèvres avant qu'il ne la traite de gamine, mais ce simple contact l'avait électrisée. Elle s'était même demandée s'ils ne risquaient pas de provoquer une coupure de courant dans tout Londres lorsqu'ils finiraient par coucher ensemble.

Le sixième soir… Et bien, il n'était même pas venu. Il était repassé à l'appartement pendant qu'elle travaillait et y avait déposé un petit mot « Je pars en mission pour un jour ou deux, je reviens vite ! ». La déception qui l'avait assommée la perturbait encore, et la solitude qu'elle avait ressenti alors même qu'il ne dormait dans son lit que depuis quelques jours lui paraissait excessive. Elle n'avait pourtant pas réussi à agir comme elle l'aurait fait en temps normal et avait fini par atterrir chez les Potter pour dîner. Les seuls disponibles en vérité.

Elle n'avait pas voulu embêter Ron qui devait être bien occupé avec sa petite-amie, ne voulait pas envahir Scott et Scarlett et risquer de les déranger. Et sa mère n'était toujours pas rentrée.

Ella renversa un flacon sur sa paillasse et jura avant de sortir sa baguette. Cette pensée concernant Hermione la poussait à faire les pires bêtises, alors même qu'elle aurait dû en être satisfaite.

Quelques jours plus tôt, alors qu'elle travaillait, elle avait entendu un chant. Une mélodie enjouée qu'elle avait été la seule à percevoir, tout simplement parce qu'elle n'était destinée qu'à elle. Elle avait reconnu le timbre d'Eingil dans sa tête et avait compris qu'il voulait la rassurer. Tout allait bien. Pour ses deux parents réunis et qui devaient faire elle-ne-voulait-savoir-quoi ensemble.

Elle était rassurée, évidemment. Le chant d'Eingil signifiait clairement que son père allait mieux, après tout, et qu'il soit heureux était son seul souhait. Malheureusement, la petite Ella qu'elle essayait de faire taire n'était pas tout à fait d'accord avec le moyen employé. Elle avait peut-être donné sa bénédiction à Hermione en toute connaissance de cause, mais si elle imaginait ses parents ensemble, une voix hurlait un « Non ! » horrifié dans sa tête. Elle espérait sincèrement que cela lui passerait avant qu'elle ne se retrouve devant eux. Mais pas autant qu'elle souhaitait que son père lui ait pardonnée.

D'un sortilège elle nettoya sa paillasse avant de revenir à sa potion. Elle avait bien avancé malgré ses nombreux sujets de préoccupation. Avoir une date butoir l'obligeait à y cogiter continuellement, et il n'était pas rare qu'elle se retrouve à crier des idées à Toby depuis la douche - ce qui l'amusait beaucoup trop, même s'il les notait scrupuleusement.

La veille, elle avait enfin testé sa potion sur un rat. Ce dernier était né d'une portée bien fragile et n'avait pour patte arrière d'une étrange excroissance. La potion lui avait permis d'obtenir une patte normale, mais celle-ci était restée inerte. Elle pendait là, au bout du corps de l'animal qui paraissait perplexe face à cette nouveauté, comme si elle ne faisait pas réellement partie de son corps. Elle avait finalement été parcourue d'un frisson et Ella avait croisé les doigts pour assister à un petit miracle, mais la patte était vite redevenue inutile.

Elle avait besoin de davantage de puissance, voilà à quoi elle pensait. Mais tous les ingrédients qui recelaient plus de magie étaient dangereux ou provoqueraient des incidents en suppléments de ceux déjà présents dans la potion. Elle ne parvenait simplement pas à trouver de solution durable, et elle doutait que six mois soient suffisants tout compte fait. Elle priait pour que Scarlett ne finisse pas par la détester si elle n'atteignait pas le but tant espéré.

En soupirant, elle jeta un coup d'oeil à l'horloge accrochée au mur du labo. Elle aurait dû quitter les lieux depuis une bonne heure, comme ses collègues qui avaient tout abandonné, impatients de retrouver leur maison pour le week-end. Ella était bien moins enthousiaste à cette idée. Elle avait cru que deux journées entières seule avec Toby lui permettraient d'enfin se voir accordée la permission attendue, mais redoutait désormais de passer le week-end toute seule. Travailler encore quelques heures lui semblait être une distraction bienvenue.

Elle récupéra donc son carnet de note et relut les informations qu'elle avait griffonnées durant la journée, réfléchissant au meilleur moyen d'obtenir une potion suffisamment stable. Le petit miracle de la patte avait duré une courte seconde. Scarlett devait pouvoir tenir au moins neuf mois. Ella grimaça, et se remit à fouiner dans ses souvenirs, à la recherche d'un quelconque ingrédient pouvant lui offrir suffisamment de magie.

La porte du laboratoire s'ouvrit alors, l'arrachant à ses réflexions, et elle releva la tête de son carnet. Elle sourit à l'adresse de Rhys qui venait de surgir sur le seuil, et il répondit d'un geste de la main avant de s'avancer.

« Il est tard, qu'est-ce que tu fais encore là ? »

Ils étaient tout naturellement passés au tutoiement quelques jours plus tôt, malgré la distance physique qu'elle imposait entre eux. Elle n'était peut-être pas sûre de pouvoir mettre un mot sur sa relation avec Toby, mais elle était certaine d'une chose : elle se devait d'être exclusive. Raison pour laquelle elle s'éloignait dès que Rhys la touchait d'une façon qui ne lui semblait pas correcte pour un patron et son employée, et ce malgré l'attirance physique qu'elle éprouvait toujours pour lui.

« J'essaie toujours de trouver une solution permettant de rendre ma potion efficace, expliqua-t-elle en haussant les épaules avant de refermer son carnet alors qu'il s'approchait d'avantage. Mais je crois qu'il commence à se faire tard et que mon cerveau a besoin d'un break.

- Tu as dîné ? »

Elle hésita une seconde. Si elle répondait honnêtement - elle n'avait même pas pris le temps de faire une pause pour déjeuner - il l'inviterait sans doute, et elle se devrait d'accepter. Après tout, rien ne l'en empêchait, il n'était pas rare que des collègues partagent ensemble des repas. Et pourtant, elle se retrouva à plus ou moins mentir pour ne pas avoir à être polie :

« Je n'ai pas vraiment faim. Quand je passe ma journée à travailler, j'en oublie un peu de manger et mon corps s'adapte… Je grignoterai sans doute n'importe quoi avant d'aller me coucher.

- Un « Je ne veux pas dîner avec toi » aurait suffit. », la taquina Rhys en s'appuyant contre sa paillasse.

Elle s'esclaffa tout bas avant de s'excuser d'un sourire. Et il reporta son attention sur sa potion avant de l'interroger. Il ne leur avait pas rendu visite ce jour-là. Les stagiaires avaient raconté qu'il n'était pas présent dans les laboratoires et qu'il devait être préoccupé par un quelconque soucis administratif. Alors elle lui raconta l'expérience manquée avec le rat, et il hocha la tête en l'écoutant, sans paraitre réellement soucieux. Au moins y croyait-il encore. Ça en faisait déjà un.

« Le problème c'est que je ne vois pas quel ingrédient pourrait contenir suffisamment de puissance pour consolider les effets de la potion. À moins d'en cumuler plusieurs, mais dans ce cas…

- Les effets secondaires pourraient être bien trop instables, conclut-il sérieusement, prouvant une fois de plus qu'il connaissait parfaitement le sujet et n'avait pas atterri là par hasard.

- Exactement. J'ai l'impression de passer mon temps à faire un pas en avant puis de m'heurter à un mur avec cette potion. Ça… ça ne m'était jamais arrivé avant. Mes expériences me prenaient du temps évidemment, mais j'avais toujours la sensation d'avancer au moins. Là…

- Cette potion est un projet plus personnel que ceux sur lesquels tu as travaillés jusque-là, et tu te sens pressée par le temps. Tu te mets bien trop la pression, voilà tout. »

Il se tourna vers elle et posa doucement sa main sur son épaule comme pour l'assurer de son soutien. Elle ne le repoussa pas, ce geste était parfaitement innocent, et il esquissa un sourire avant de glisser sa main plus haut. Elle recula imperceptiblement alors que son traitre de coeur s'emballait dans sa poitrine, et les doigts de Rhys se mêlèrent à ses cheveux.

Il observait ses lèvres avec une expression affamée qui aurait pu lui faire perdre la tête. Elle était pleine de désirs inassouvis et de frustration depuis des jours, et elle se sentait parfois comme un baril de poudre prêt à exploser. Mais quand il se pencha subitement vers elle, sans qu'elle ait une seconde imaginé qu'il soit capable de se lancer aussi franchement après trois semaines de séduction discrète, elle le repoussa.

Ce n'était pas lui qu'elle voulait. Et il ne serait pas capable d'assouvir les désirs qu'il n'avait pas fait naître.

« Non… Je ne peux pas, dit-elle d'une voix un peu trop haletante, exaspérée par la faiblesse dont elle faisait preuve.

- L'Auror, je présume ? »

Puisqu'il connaissait parfaitement le prénom de Toby, elle comprit qu'il était agacé par son refus, quand bien même son expression resta impassible. Elle crut qu'il allait la lâcher et s'en aller, ç'aurait d'ailleurs été la chose la plus logique à faire dans cette situation, mais au lieu de ça, il se rapprocha encore un peu.

Elle retint son souffle. L'espace d'une seconde, elle eut peur. Elle avait beau être capable de se défendre - que ce soit d'un sortilège ou d'un coup de genou bien placé - tout son corps se crispa, lui envoyant mille signaux de détresse. Cela ne dura pas. Elle s'apaisa naturellement en songeant qu'il n'était pas ce genre d'homme, qu'il ne lui ferait aucun mal, et que tout irait bien.

Il lui sourit, et elle eut l'impression de se retrouver face à un Fléreur fier d'avoir attrapé une souris. Une petite voix suspicieuse lui murmura alors qu'elle n'était peut-être pas tout à fait en sécurité avec lui, mais il la fit fuir en prononçant les seuls mots qui pouvaient la distraire :

« Et si je te disais que je connaissais un ingrédient qui pourrait t'offrir exactement ce que tu souhaites ? »


Toby entra dans la hall de son immeuble d'une démarche aussi enthousiaste qu'un enfant courant vers ses cadeaux un matin de noël. Ces dernières heures lui avaient paru interminables et il avait failli sauter de joie quand ses coéquipiers et lui avaient fini par mettre la main sur l'ancien Mangemort qui avait pris en otage toute une famille en écosse.

Il était impatient de prendre une douche puis de rejoindre Ella pour la soirée. Impatient aussi de découvrir quel plan machiavélique elle allait mettre en oeuvre pour le faire craquer. Avec l'adrénaline qui courait toujours dans son corps, il risquait bien de lui céder, même s'il était prêt à tout pour rester fort.

Il appuyait sur le bouton de l'ascenseur quand il réalisa que le hall était vide. Buster n'était pas à son poste, et il s'en inquiéta illico avant de soupirer de soulagement en voyant le vieil homme apparaitre de la porte menant à son office. Il bougonnait, un seau dégageant une odeur épouvantable à la main, un balai dans l'autre, et parut surpris de le découvrir là.

« Déjà rentré ?

- A l'instant, confirma Toby avant de s'avancer vers le cracmol pour le débarrasser de son fardeau. Qu'est-ce que c'est ?

- Une potion contre les nuisibles. Ils pullulent depuis des jours, et tous les locataires s'en plaignent. Des soucis chez toi ? »

Toby y réfléchit avant de secouer la tête. Il n'avait de toute façon pas passé suffisamment de temps dans son appartement pour constater un problème.

« Et chez la jolie petite brune ? » S'enquit Buster avec un petit rire que Toby aurait qualifié de lubrique.

Évidemment, le gardien était au courant. Parfois, Toby se demandait si son travail consistait à surveiller l'immeuble ou à fouiner dans la vie de ses habitants. Buster était une vrai commère. Puis il essaya de se remémorer la présence de bestioles dans l'appartement d'Ella et finit par acquiescer.

« Je crois qu'elle a dit avoir vu une sorte de cafard dans la salle de bain il y a quelques jours… »

Mais il avait cru qu'elle souhaitait juste l'attirer en lui dévoilant son corps nu et mouillé, et n'avait pas voulu vérifier de quoi il s'agissait. Ella avait marmonné qu'elle se refusait à tuer une « innocente bébête » - la faute aux Elfes et à leur respect de la vie de toute créature - mais que rien ne l'en empêchait, puis ça lui était sorti de la tête.

« Un cafard, exactement ! C'est ce que tous les locataires me disent depuis des semaines… grommela Buster avant de grimacer. Je déteste ces petites bêtes, elles se multiplient à une allure folle.

- Avec cette potion, ils disparaîtront vite, tenta de le rassurer Toby.

- Tu parles ! Ils reviennent sans arrêt, et puis… »

Buster parut hésiter, et Toby sentit sa curiosité se réveiller. Le vieil homme n'était pas du genre à faire des histoires de rien du tout, et lorsqu'il scruta le hall comme pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls, Toby sut qu'il allait obtenir une information utile. À quoi, il n'en avait pas la moindre idée, mais il était un Auror après tout, son esprit avide et ses facultés d'analyse étaient ce qu'il avait de mieux.

« Madame Brown qui vit à l'étage en dessous du tien persiste à me dire que les insectes viennent de chez Demontmorency. »

Toby fronça les sourcils, perplexe. Il voyait qui était Madame Brown, une vieille dame un peu sénile qui travaillait encore au Ministère - au Bureau des Brevets Saugrenus - parce qu'elle refusait d'en partir. Puisqu'elle n'avait pas toute sa tête, l'information lui semblait douteuse, mais Buster poursuivit :

« Elle dit qu'avant qu'il emménage, il y a trois mois, elle n'avait encore vu aucun insecte dans son appartement ! Elle en est persuadée.

- Je ne voudrais pas paraitre insensible, Buster, mais…

- Oui, je sais. Elle est vieille et un peu folle, déclara le gardien sans même essayer d'être poli, sans doute parce qu'il était vieux et un peu fou lui aussi. Mais j'ai vérifié, tu sais ? »

Il se retourna pour rejoindre son bureau et s'empara de l'énorme classeur qui y trônait. Toby, malgré son envie d'aller retrouver Ella au plus vite, laissa sa curiosité le guider jusqu'au vieil homme qui ouvrit le classeur à une page marquée de rouge.

« Voici la liste de toutes les plaintes des locataires de ces deux dernières années, regarde !

- Nuisances sonores, odeurs intempestives de potions, lut Toby avant d'écarquiller les yeux. « Le jeune homme du dernier étage a amenée une femme trop bruyante et ils m'ont empêchée de dormir » ?! C'est de moi dont on parle, là ?

- Oui, mais ça date d'y a plus d'un an, confirma Buster sans la moindre gêne. Après cet incident, et parce que je ne peux quand même pas jouer au Sorcier d'Elite en vous empêchant de pratiquer le coït, j'ai engagé quelqu'un pour insonoriser tous les appartements.

- Tu… Quand ça ? »

Buster réfléchit un moment avant de tourner les pages de son classeur pour trouver l'information alors que Toby cogitait. Il se souvenait parfaitement de sa première rencontre avec Rhys Demontmorency, dans le couloir entre son appartement et celui d'Ella. L'homme s'était permis d'imiter une de ses amantes, et Toby en avait conclus qu'il vivait là depuis longtemps. Ces trois derniers mois, il n'avait conduit qu'une femme à son appartement… Et cette dernière n'avait pas pu prononcer un seul mot. Si en plus de ça, son appartement était insonorisé, il n'y avait aucun moyen pour que Rhys ait entendu quoi que ce soit.

« Ah voilà, s'écria Buster en pointant son index vers ce qui ressemblait à une facture. Le quatorze août dernier. Il est revenu tous les deux mois depuis pour consolider le sortilège.

- Donc… Quel que soit le bruit que je fasse, personne dans l'immeuble ne pourrait m'entendre, c'est ça ?

- A moins d'avoir l'ouïe d'un loup-garou, il n'y a aucune chance. Pourquoi ? »

Toby secoua la tête pour seule réponse. Demontmorency avait pu simplement vouloir se moquer de lui et en profiter pour donner à Ella une mauvaise image de lui, évidemment. Ou alors… Une idée révoltante lui traversa l'esprit et il s'approcha de Buster pour lui chuchoter :

« Personne ne sait que l'immeuble est insonorisé ?

- Et bien non… Enfin, je n'ai jamais vraiment pris le temps d'en parler à qui que ce soit, mais…

- Veille à ce que ça ne change pas, d'accord ? S'il te plait. C'est important. »

Buster carra aussitôt les épaules avant d'acquiescer avec assurance, tout fier d'avoir une mission, et Toby le remercia avant de se précipiter vers l'ascenseur. Les portes s'ouvrirent rapidement, puisqu'il l'avait appelé un peu plus tôt, mais il n'eut pas le temps d'entrer dans la cabine que Buster le rappelait.

« Ta petite-copine n'est pas rentrée !

- Quoi ? Se récria Toby en faisant volte-face avant de regarder sa montre. Elle devrait déjà être là depuis plus d'une heure…

- Elle a dit qu'elle resterait au laboratoire où elle travaille un peu plus tard que d'habitude, expliqua Buster avant de récupérer un objet sur son bureau. Elle m'a donné ça pour toi, au cas où tu rentrerais plus tôt que… »

Toby se rua sur le vieil homme et lui arracha presque ce qu'il tenait des mains. Une carte magique sur laquelle était inscrit un « VISITEUR » juste à côté du logo d'Howler & Powder. Il lâcha un rapide merci à l'adresse de Buster qui semblait croire qu'il avait perdu l'esprit puis partit en courant en direction des portes.

Il lui fallut à peine deux minutes pour atteindre le laboratoire et il passa rapidement la carte contre la porte. Une voix métallique lui souhaita la bienvenue avant d'annoncer qu'il devait être prudent, comme s'il risquait de plonger bêtement dans un chaudron.

Il fonça rapidement sans trop savoir où il allait, surpris de découvrir des lieux aussi vides. Il avait visité une fois une fabrique d'ingrédients avec son père, quand il avait douze ou treize ans, et l'endroit fourmillait de monde. Howler & Powder était plus vide que le Département des Mystères, et il se demanda s'il n'avait pas tout simplement manqué Ella.

Il parcourut plusieurs étages, lisant les noms inscrits sur les portes des laboratoires tous fermés de puissants sortilèges, essayant d'apaiser cette sensation d'urgence qui enflait en lui à mesure que les minutes passaient.

Puis enfin, il lut son nom sur une plaque. « Ella Rose Nott - Maîtresse des Potions - Laboratoire n°7 ».

Il ouvrit la porte à la volée, le souffle rendu court par ce mauvais pressentiment qui enflait dans sa poitrine bien davantage que par la course. Il se figea sur le seuil.

Ella était bien là. Derrière une longue table blanche couverte de flacons, d'un énorme chaudron translucide et de carnets.

Et elle n'était pas seule.

Ses talents d'observation lui permirent d'englober la scène d'un seul coup d'oeil. Rhys se tenait près d'elle, bien trop près, sa main glissée dans ses cheveux, sa bouche à seulement quelques centimètres de la sienne. Ella était crispée, bien trop pour une femme prête à se laisser embrasser.

Toby ne prit même pas le temps de réfléchir. Comme à une autre époque où il laissait son instinct le pousser à la bagarre, il offrit à son corps le contrôle sur tout le reste et se rua en avant. Derrière le rideau rouge sang qui semblait obscurcir sa vision, il vit Rhys se reculer d'un bond. Ella cria son nom. Mais il ne l'écouta pas, ni ne songea à s'arrêter.

D'un bond, il sauta par-dessus la paillasse en prenant appuis sur l'une de ses mains. De l'autre, il forma un poing. Et avant que Rhys puisse prendre sa baguette pour se défendre, il lui envoya ce poing en plein visage.

Il ne se souvenait pas d'avoir ressenti une satisfaction telle que celle qu'il éprouva en entendant l'os craquer sous la force de son coup.

Alors il frappa encore.


Din rabattit sa capuche en tissu d'un vert forêt sur sa tête avant de quitter sa chambre par la fenêtre. Son père était venu pour la nuit cette fois, et il savait qu'il devait se faire discret s'il ne voulait pas se faire surprendre. Il parvint à ne réveiller aucun de ses frères et soeurs plus jeunes dont le sommeil semblait parfois plus lourd que la montagne toute entière, et sauta en l'air avant d'atterrir dans l'herbe.

Il leva les yeux vers le ciel d'un bleu marine si intense qu'il paraissait absorber la lumière des étoiles et remercia silencieusement la lune d'éclairer son chemin. Alors seulement il prêta attention aux alentours.

La plupart des cabanes étaient plongées dans la pénombre, et seuls quelques membres de son peuple circulaient encore. Quelques guerriers s'assuraient qu'ils ne courraient aucun danger en faisant des rondes. Les deux humains s'étaient installés près de l'eau et s'y étaient endormis un peu plus tôt - personne n'avait osé les réveiller, et son père les avait recouverts d'une fine couverture pour qu'ils ne prennent pas froid.

Une fois certain qu'il ne risquait rien, il se fondit dans le noir sans faire le moindre bruit et se dirigea vers la forêt à quelques pas de là. Il connaissait le chemin par coeur et se glissa à travers les arbres sans faire craquer une seule brindille, déterminé à mener sa mission à terme.

Il était bien décidé à découvrir ce qu'il se tramait dans la forêt, même si aucun adulte ne le croyait. Sa mère, quand il lui avait assuré qu'il disait vrai, s'était contentée de lui faire boire de la tisane censée chasser les mauvais esprits. Même sa grand-mère pourtant réceptive d'ordinaire disait qu'il affabulait, et les enfants de son âge n'arrêtaient pas de se moquer de lui. Ils lui chuchotaient des railleries à l'oreille et lui demandaient s'il entendait toujours des voix. Il était impatient de leur prouver qu'il n'était pas fou.

Depuis huit jours maintenant, tous lui interdisaient de s'éloigner, comme s'ils craignaient qu'il ne tombe d'un autre arbre et finisse par se fracasser le crâne. Les Elfes étaient solides, mais ils ne survivaient pas non plus à tout. Il avait donc dû agir dans le plus grand des secrets, et s'en voulait un peu de trahir ainsi son père. Mais cela valait la peine, décida-t-il en s'enfonçant plus encore dans la forêt.

Une fois certain qu'il ne risquait plus de se faire entendre, il récupéra son arc sous sa tunique et le remonta de quelques mouvements bien précis. Il resserra les noeuds aux deux extrémités tendus avec ses dents, et grimaça en sentant l'une d'elle bouger. Il n'était pas impatient d'arborer le sourire édentés des enfants plus grands que lui.

Son arme prête, il grimpa à un arbre tout proche, mais ne chercha pas à atteindre le sommet. Il ferma simplement les yeux et fit le vide quelques instants avant de se résoudre à l'évidence : il ne ressentait rien. Pas prêt à abandonner, il sauta d'un arbre à un autre, ne s'arrêtant que pour chercher à sentir la présence des inconnus qui menaçaient son peuple, il le savait.

Après plus d'une heure, il commençait à désespérer. Il approchait les frontières de leur territoire, et n'avait aucune intention de les dépasser. Il ne savait pas exactement ce qui arrivait aux Elfes qui allaient au-delà, mais son père lui avait dit un jour qu'il l'avait fait et que c'était comme mourir un peu. Seuls les plus forts des adultes pouvaient la franchir sans trop de peine. La magie de la Baie ne le protégerait plus s'il osait franchir cette ligne invisible que son père lui avait appris à connaître dès qu'il avait su marcher.

Il s'accrocha donc au dernier arbre accessible sans prendre de risques, à l'endroit exact où il avait rencontré Hermione Granger une semaine auparavant, et ferma les yeux une dernière fois. S'il ne ressentait rien, il retenterait l'expérience la nuit suivante, puis celle d'après encore jusqu'à obtenir une preuve quelconque qu'il avait raison. Pas question d'être à tout jamais le petit garçon maladroit qui était tombé d'un arbre en inventant n'importe quoi.

Il prit une profonde inspiration et l'air frais de la nuit empli ses poumons. Rien. Il se concentra encore avant de frissonner en sentant quelque chose lui chatouiller la jambe. Il rouvrit les yeux avant de se pencher pour observer ce qui le taquinait et grommela en découvrant un insecte posé là.

Il s'apprêtait à l'attraper puis à le jeter plus loin - il n'avait aucun droit de tuer la moindre créature appartenant à la nature - mais se retint en constatant qu'il ne reconnaissait pas l'animal. Fronçant les sourcils, il s'empara délicatement de l'insecte qui reposa dans sa paume sans montrer le moindre signe de panique, et essaya de deviner de quoi il s'agissait.

Son père disait toujours fièrement qu'il était un élève assidu et qu'il pouvait reconnaitre n'importe quelle espèce vivant dans la forêt. Il connaissait les animaux dangereux qu'il avait le droit de blesser en cas de besoin, ceux qu'ils pouvait apprivoiser, et même ceux qui aimaient jouer. Mais cet insecte là…

« Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? »

La créature avait un nombre assez inquiétant de pattes et les ailes sur son dos prouvaient qu'elle avait la capacité de voler. Din se demanda aussitôt pourquoi elle n'essayait pas de lui échapper. Puis un petit bruit près de son oreille le poussa à tourner la tête et il découvrit un autre insecte identique sur l'arbre. Son coeur se mit à battre plus vite alors qu'il remarquait une autre bestiole, puis une autre… Et il réalisa que s'il ne les reconnaissait pas, c'était tout simplement parce qu'ils n'étaient pas de chez lui.

Il secoua rapidement les mains pour se débarrasser de l'insecte et poussa un gémissement inquiet en remarquant que ce dernier s'accrochait à lui.

« Lâche-moi ! », gronda-t-il en essayant de toutes ses forces de ne pas céder à son envie de l'écrabouiller.

Alors seulement les sentiments le heurtèrent avec la force d'une tempête qui le ravagea.

Il s'obligea à garder les yeux ouverts, s'acharnant à deviner d'où ces émotions bien humaines provenaient. Il n'y avait personne d'autre que lui pourtant, il n'entendait aucun battement de coeur, ne percevait pas le parfum salé des hommes.

Il n'y avait que lui. Lui et ces étranges insectes dont les ombres soudain se rallongèrent.

Il était trop tard quand Din comprit ce qu'il se passait.

Personne ne lui avait jamais dit que les sorciers pouvaient se métamorphoser pour cacher leur véritable nature. Il ne l'apprit qu'en voyant l'insecte se transformer en un homme sous ses yeux écarquillés de peur.

Il n'eut pas le temps de crier qu'une main se posa sur sa bouche. Il entendit le murmure d'une formule magique dans son dos.

Et tout devint noir.


Note _ UHM UHM UHM. Je file me cacher pour éviter les mauvais coups... xD (j'avoue que c'était plus ou moins le dernier chapitre calme de la fic... m'en voulez pas.)

Petites questions _ 1. Aloooors... Hermione & Théo ? (Vous noterez qu'il ne lui a pas dit qu'il l'aimait LUI. Mais il a 1000 "je t'aime" d'avance sur elle, alors on peut lui pardonner je pense. et ils ont encore tant de choses à se dire... et il a encore un si long chemin à faire avant de lui faire confiance...) ; 2. Et Toby qui met la calèche avant les sombrals ? Ma femme, non mais garçon... Bref, on ne les voit pas beaucoup ensemble, mais sont-ils pas mignons ? (je veux dire, mignon avant que Toby parte en cacahouètes...) ; 3. Et Rhys... Qu'en avez-vous pensé dans ce chapitre ? Commencez-vous à voir quels projets il mijote ? ; 4. Bébé Diiiiiin T_T (oui ceci est une question.) Plus sérieusement, que croyez-vous qu'il va lui arriver ? et quelles conséquences cela aura sur tout notre beau monde ? ; 5. Ce chapitre vous a plu ? :)

Dans le prochain épisode _ Une punition, une porte claquée au nez, de la jalousie bien enquiquinante, un clash, des mots qui dépassent la pensée, un mur, un pari perdu d'avance, un fil étiré à son maximum, un strangulot, une omission, du chocolat, un ingrédient, et une enquête trop dangereuse...

Voili voilouu ! Des bisous (de loin) contre des reviews !

Bewitch_Tales