Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...
Genre _ Romance / Famille / Suspens.
Rating _ M ... :P
Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...
Note de l'Auteure _ Rapide, pas vrai ? J'essaie de me faire pardonner xD
Ellarosa - Vermelha
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Chapitre 10
« L'inquiétude présente est moindre que l'horreur imaginaire. »
William Shakespeare.
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« Répète ce que je t'ai appris, Tobias.
- Tout en bas, il y a les Sang-de-Bourbe et les traitres à leur sang. Puis viennent les Elfes-de-Maison, les Centaures, les Sirènes, les Vampires, les… les… »
La brûlure du sortilège sur son dos l'empêche d'hésiter plus longtemps, et il récite en essayant tant bien que mal de ne pas verser une seule larme qui lui coûterait plus de souffrance encore.
« Les Go-gobelins, les Loups-Garous et tous les autres animaux répugnants qui pullulent dans notre monde. Ils ne méritent pas notre affection ou notre intérêt. Ils ne devraient même exister.
- Et où sommes-nous, nous, Tobias ?
- Au sommet. Comme les Dieux se jouant des mortels depuis l'Olympe. »
La main de son grand-père se pose sur sa tête, et il se fige pour ne pas que son corps ait le moindre mouvement de recul. Son regard va et vient, passant de la porte qu'il rêverait de pouvoir atteindre au corps nu de cette femme recroquevillée à quelques pas de lui. Cette femme qu'il va devoir tuer s'il ne veut pas avoir plus mal encore. Il ravale les larmes qui menace de lui monter aux yeux, et s'entend demander d'une voix un peu tremblante :
« Suis-je obligé, grand-père ?
- Bien sûr que non. »
La réponse l'étonne et il lève les yeux vers cet homme auquel son père ressemble tant, auquel il a lui-même emprunté mille caractéristiques physiques. Ces iris d'argent qui le fixent sont identiques aux siennes, mais Toby sait qu'il ne lui ressemble pourtant en rien. Le gris métallique de ses yeux est comme le rouge flamboyant dont sa mère couvre ses lèvres, un accessoire qui la rend plus belle. Celui des yeux de son grand-père est semblable à l'écarlate du sang qui lui macule les mains lorsqu'il sort de cette pièce.
Lucius s'agenouille près de lui pour mettre son visage à la hauteur du sien, et sa voix est aussi froide que la mort lorsqu'il explicite :
« Tu as le choix, bien entendu. Tu peux faire souffrir cette immonde créature jusqu'à ce qu'elle rende son dernier souffle et débarrasse notre monde de sa présence inutile… Ou tu peux subir cette douleur à sa place. »
Toby déglutit douloureusement. Il voudrait être assez fort pour refuser, assez fort pour décider d'encaisser les doloris à la place de cette Sang-de-Bourbe que son grand-père a ramenée dans un seul et unique but. Pas la tuer elle, mais le briser lui. Il dit qu'ainsi, il deviendra plus fort. Toby sait qu'il s'agit d'un mensonge, tout comme il sait qu'il n'a pas d'autres choix que de faire semblant d'y croire.
Alors il hoche la tête et son grand-père sourit, l'air si fier de lui qu'un semblant de joie imprègne chacun des membres de Toby qui se retourne. La baguette magique volée à la jeune femme tremble dans sa main quand il la pointe dans sa direction. Tout comme sa voix qui flanche lorsqu'il prononce le premier maléfice en s'efforçant à contrôler sa nausée autant que ses larmes.
« Endoloris ! »
La douleur explosa en lui.
Non, en elle.
Le passé et le présent se mélangent.
Toby reprit brusquement conscience, et se pencha sur le côté pour vomir, in-extremis. Il se mit à tousser, crachant un mélange de bile et de sang alors que sa tête recommençait à lui tourner. Il jura, prêt à tout pour arrêter cette douleur qui semblait subitement faire partie intégrante de son corps, et s'obligea à ouvrir un peu les yeux.
Il ne put voir qu'un éclair avant de serrer les dents de nouveau, refusant une fois de plus de crier alors que l'homme s'emportait.
« Endoloris ! »
Il ne savait même pas depuis combien de temps il était là. Ça pouvait autant faire une heure qu'une année. Tout ce qu'il savait, c'était que la douleur ne s'était pas arrêtée, et qu'elle ramenait avec elle des souvenirs de son passé qu'il avait pourtant fini par accepter.
« Impressionnant, commenta une nouvelle voix qu'il reconnut aussitôt. Il ne crie donc jamais ?
- Pas une fois, répondit l'autre, son tortionnaire qui s'amusait un peu trop.
- Vous avez essayé de varier les sortilèges ?
- Je peux tenter, mais il a un mental d'acier à ce qu'il parait. Rien ne le fera craquer si vous voulez mon avis. »
Toby entendit plus qu'il ne vit l'homme s'approcher et une main saisit violemment une poignée de ses cheveux avant qu'il sente sa tête tirée en arrière. Il avait les yeux enflés par les larmes qu'il retenait, mais discerna quand même le visage de l'homme, et sentit son coeur se serrer davantage.
Et il sut que le cauchemar ne faisait que commencer en l'entendant dire, un sourire de jouissance pure tordant ses lèvres :
« Oh si, je suis sûr que nous pourrons le faire crier… Si nous appuyons là où ça fait mal. »
Le corps d'Ella se tendit tout naturellement vers l'autre côté du lit alors qu'un frisson la parcourait. Elle n'était pas sûre de se faire un jour à l'humidité et au froid qui semblait continuellement envahir son appartement, mais elle savait que Toby pourrait la réchauffer. Elle s'étira donc, de plus en plus, jusqu'à parvenir à l'extrémité du matelas sans heurter personne. Alors seulement elle ouvrit les yeux.
Elle avait laissé la lampe de chevet allumée en attendant qu'il revienne, mais il n'était toujours pas rentré. Elle se demanda si elle avait dormi longtemps ou si sa petite sieste n'avait duré qu'un instant, et se tourna vers le réveil matin qui trônait sur sa table de chevet, entre plusieurs piles de livres.
03h47.
Elle se releva sur le lit en plissant le front, troublée. Il avait dit qu'il reviendrait pourtant, il n'avait pas pu avoir une nouvelle mission extérieure si tôt après la première. Enfin, du moins l'espérait-elle. Il ne donnait que peu de détails sur la nature de son travail, mais elle soupçonnait que ce soit suffisamment éreintant et anxiogène pour que leur Directeur évite de les envoyer au loin tous les jours.
En grimaçant, elle balança ses jambes hors du lit et fut saisie d'un énième frisson lorsque ses pieds touchèrent le parquet glacé. Elle fit quelques pas et faillit pousser un cri en découvrant un drôle de cafard courir sur le sol avant de se glisser sous sa commode.
« Beurk… » grommela-t-elle avant de se promettre d'aborder le sujet avec Buster.
Elle avait essayé plusieurs formules de propreté, mais rien n'y avait fait jusque-là, et elle commençait à éprouver un certain dégoût à imaginer que ses répugnantes bestioles puissent être ses colocataires. Elle avait déjà assez à faire avec son Toby-Strangulot… Lequel lui manquait furieusement en cet instant.
Elle se servit un verre d'eau dans la cuisine avant de quitter son appartement. Elle toqua à la porte de Toby, curieuse. Peut-être était-il rentré trop tard et soucieux de ne pas la réveiller, il avait préféré dormir chez lui. Elle chassa cette pensée alors que seul le silence lui répondait, puis décida de jouer les fouines.
Elle récupéra sa baguette dans sa chambre avant de revenir à la porte close. Elle dut essayer seulement deux sortilèges avant qu'elle ne s'ouvre et elle songea qu'elle devrait le gronder dès qu'il reviendrait d'elle-ne-savait-où. Il était un Auror après tout. Si un criminel décidait de se venger de lui, il aurait mieux fait que son appartement soit mieux protégé que ça.
Elle poussa finalement la porte en un soupir. Elle n'avait jamais mis un pied dans cet appartement. Toby n'y faisait que des aller-retour, en courant presque pour récupérer des affaires avant de la rejoindre. Elle comprenait désormais mieux pourquoi.
Le studio était deux fois plus petit que le sien et n'était constitué que d'une seule pièce. Un lit d'apparence inconfortable prenait tout un pan de mur, l'autre étant occupé par une bibliothèque remplie à craquer. Ella caressa amicalement le dos de tous ces livres, peu surprise d'y découvrir des sujets aussi variés que l'« Etude anthropologique des Nés-Moldus » ou le « Guide de l'Auror en milieu hostile ».
Une seconde, elle se demanda ce que Rhys aurait dit en découvrant tout ça. Sans doute qu'il s'agissait d'une bibliothèque « pour faire joli », comme tant de gens en possédaient afin de se donner l'air plus malin. Elle savait qu'il n'en était rien. Toby avait lu tous ces livres, et c'était sans aucun doute l'une des raisons pour laquelle elle l'aimait le plus. Il était intelligent. Il n'était simplement pas du genre à en faire toute une histoire, comme si avoir un cerveau en état de marche constituait un petit miracle.
Elle s'empourpra en songeant ce qu'elle avait tout naturellement pensé, et ce fameux mot commençant par un A sur lequel elle préférait de ne pas s'appesantir. Elle se tourna vers le petit bureau encombré sous la seule fenêtre. Il était si clairement désorganisé qu'elle en sourit avant poursuivre son examen. Elle ne s'attarda sur aucun parchemin, consciente qu'il s'agissait sans doute de son travail et qu'il n'était pas secret pour rien. Elle avait juste envie de passer un peu de temps là, à observer le lieu de vie de l'homme avec qui elle partageait un peu la sienne.
Elle remarqua alors un coin de papier glacé sous une pile de parchemins et la souleva pour découvrir une photographie. Elle était tournée du mauvais côté, mais quelqu'un avait écrit derrière et Ella sut aussitôt de qui il s'agissait. Elle possédait elle aussi une photo… Et Samya y avait également griffonné quelques mots.
« Petit cadeau ! INTERDICTION de faire quoi que ce soit avec que je ne ferai pas… Samya »
Ella retourna alors le cliché et manqua d'éclater de rire. Elle posait là, dans un maillot de bain dont elle s'était débarrassée depuis longtemps, sur une plage de Nouvelle-Zélande où elle avait passé une semaine pour une conférence de son père. Elle avait réussi à entrainer Scarlett avec elle pour ne pas s'ennuyer entourée de « vieux botanistes » - ses propres mots. Et la veille du départ, sa meilleure amie avait insisté pour la prendre en photo. Elle comprenait tout à coup bien mieux pourquoi.
« Pourquoi ai-je eu droit à une photo dans sa tenue d'Auror et lui à mon corps à demi-nu ? » rouspéta-t-elle en secouant la tête, prête à faire un scandale dès qu'elle croiserait de nouveau Scarlett et Samya.
En toute honnêteté, la cliché où Toby posait dans sa tenue sombre lui avait toujours beaucoup plu. Mais ça n'était pas une raison pour approuver cette flagrante injustice. Elle n'aurait pas dit non à un Toby en maillot de bain, elle n'était pas une nonne après tout.
Elle reposa l'objet bien en évidence sur le lit, espérant qu'il le verrait dès qu'il passerait en coup de vent pour récupérer d'autres affaires. Et finalement, elle réalisa qu'elle n'avait plus rien à faire là et elle se demanda si elle devait s'inquiéter.
Une petite voix lui suggéra qu'elle se faisait du souci pour rien. Il était un Auror après tout, et il avait survécu à tout un tas de missions très dangereuses. Il n'était parti que depuis la veille au matin et pouvait tout aussi bien être en train de s'entraîner au Ministère ou…
« Non. », s'entendit-elle murmurer.
Il avait dit qu'il reviendrait. Il devait lui ramener de la mousse au chocolat et lui faire tout un tas de choses illicites avec. Si Toby avait pu être auprès d'elle, il l'aurait été, cela ne faisait aucun doute.
Pourtant, chassant ses pensées qui menaçaient de l'entraîner vers un flot interrompu de craintes, elle décida d'attendre un peu avant de paniquer. Son travail d'Auror pouvait amener à des missions surprises, et elle n'allait tout de même pas se mettre à stresser dès qu'il rentrait tard sans prévenir. Sans quoi ne survivrait-elle même pas aux deux semaines minimum qui leur restaient.
Elle allait retourner se coucher, et lorsqu'elle se réveillerait à une heure plus convenable - et s'il n'était toujours pas là - elle irait rendre visite à Winifred pour en savoir plus. C'était une bonne résolution.
Elle ne parvint cependant pas à la mettre en place. Elle retourna à son appartement, s'empara d'un livre et d'une tablette de chocolat, s'assit sur son canapé.
Et attendit.
Sa jambe lui gratte là où il s'est fait mordre. Il essaie de s'empêcher de s'agiter ou de toucher la plaie et l'étrange pâte dont les Elfes de la Baie l'ont recouverte. Il s'efforce surtout de ne pas penser à Ella qui a disparu une heure plus tôt pour partir à la recherche de son père. Il n'a jamais prié jusque-là, mais il voudrait savoir le faire et être sûr que cela fonctionne : il faut qu'elle rentre saine et sauve.
« Est-ce que ça fait mal ? »
Une voix féminine le pousse à lever la tête. Une Elfe d'une beauté troublante se tient à côté de son lit. Il croit avoir entendu Ella l'appeler Saoirse, mais il n'est sûr de rien. Il ne l'a même pas vue entrer, et le regrette un peu. Il ne porte rien d'autre qu'un caleçon et voudrait pouvoir se recouvrir davantage, tout en sachant qu'elle s'en fiche. Les Elfes ne lui semblent pas le moins du monde pudiques. La preuve en est que le tissu diaphane qui couvre la jeune fille laisse apparaitre la moindre de ses formes lorsque le soleil vient à se poser sur elle. Il s'oblige à ne regarder que son visage.
« C'est supportable, ment-il fièrement.
- Les Hommes mentent constamment, n'est-ce pas ? Réplique-t-elle alors avec un petit sourire de pitié, comme s'il n'était qu'une faible chose.
- Cela leur arrive… »
Un peu trop souvent, peut-être, en ce qui le concerne. Elle semble lire en lui et s'esclaffe avant de s'asseoir sur le lit, trop proche de lui pour qu'il ne sente pas un peu coupable. Puis, elle s'empara d'une petite lame laissée là, sur la table de chevet, par l'Elfe qui est venu le soigner un peu plus tôt. Il se crispe.
Ella leur fait confiance, mais pas lui. Il ne fait confiance qu'aux gens qu'il aime. Elle sourit en le voyant se tendre, puis porte le bout de la lame à sa main avant de fendre la pulpe de son index d'un seul geste.
Elle le tend alors vers lui et il ouvre les yeux en grand, perplexe, alors qu'une goutte de sang se forme sur la peau translucide de la jeune fille. Ou du moins, il suppose qu'il s'agit de sang. Le liquide qui s'échappe d'elle n'est pas rouge, mais d'un étrange bleu lumineux qui lui rappelle la couleur de l'océan lorsqu'il est baigné par la lumière du soleil.
« Je…
- Bois, ordonne-t-elle alors.
- Pardon ? S'étonne-t-il, effaré, avant de lâcher un petit rire grelottant. Je… Ce sont les vampires qui boivent du sang, je ne suis qu'un sorcier.
- Je sais. Bois quand même, ta plaie guérira plus vite. »
Il est tenté, il doit l'avouer. Curieux, surtout, de savoir si elle dit vrai. Il doute pourtant de pouvoir le faire tant cette proposition lui semble dangereuse. Il n'est pas un trouillard, mais il a l'impression que ce serait une bêtise. Boire du sang est étrange. Boire le sang d'une créature d'une autre espèce est stupide. Alors il refuse en secouant la tête, et elle lui sourit de nouveau avant de porter son index à son propre bouche pour le lécher. Il se demande si elle a conscience de la sensualité avec laquelle elle bouge, et conclut que oui quand elle se penche davantage vers lui.
« As-tu cru que tu te transformerais en l'un des nôtres si tu me buvais ?
- Non.
- Alors pourquoi refuses-tu ? Cela rendrait ta guérison bien plus rapide et tu ne garderais aucune trace.
- Vraiment ? »
Il pose sérieusement la question. Il a besoin de savoir. Ella lui a raconté que les Elfes sont des créatures solides, des sur-hommes et des sur-femmes en quelque sorte, et il se demande si le secret de leur puissance est dû à cet étrange liquide qui coule dans leurs veines.
Elle hoche la tête et se penche encore plus près, si près qu'il en oublie comment respirer. Il est peut-être follement amoureux d'Ella, mais il ne parvint pas à rester insensible à l'Elfe qui se joue de lui. Puis, elle lui murmure quelques mots à l'oreille :
« C'est la Baie. »
Il relève la tête sans être sûr d'avoir compris. Et, comme consciente qu'il a besoin de davantage d'explications, elle poursuit, l'air de lui faire confiance à moins qu'il s'agisse d'une sorte de test, justement.
« L'eau de la Baie. Nous la buvons. Nous l'utilisons pour nous baigner. Elle imprègne chaque fruit, chaque grain de blé que nous cultivons… Elle coule en nous, propulse les battements de nos coeurs, fait de nous ce que nous sommes. »
Toby tourne la tête en direction de la fenêtre. Il ne voit pas la Baie depuis son lit, mais sent étonnamment sa présence. Comme lorsqu'il passe les portes de Poudlard ou qu'il se promène sur le Chemin de Traverse, il ressent la magie. Une magie puissante qui - il le devine alors - pourrait être destructrice entre de mauvaises mains.
« C'est pour ça que vous vous cachez ici… comprend-t-il alors.
- Nous ne nous cachons pas. Nous vivons.
- Oui, mais… Vous ne voulez pas que les humains connaissent votre existence, n'est-ce pas ? C'est pour ça que vous restez ici ! »
La jeune Elfe semble réfléchir à la question. Puis secoue la tête avec un petit sourire conciliant.
« Non, ce n'est pas pour ça… C'est simplement que nous ne pouvons pas vivre loin de la Baie, pas plus de quelques jours, et ce serait au prix d'une immense souffrance.
- Mais pourquoi ? »
Il trouve mille moyen de parer au problème de la distance. Mettre l'eau de la Baie en bouteille afin que les Elfes y aient toujours accès, peut-être. Ou… Elle l'interrompt avant même qu'il puisse y réfléchir davantage, et enfin il comprend.
« Pourrais-tu vivre séparé de ton âme ? »
Un cri.
Toby ouvrit les yeux et fut presque surpris du décor qui l'entourait. L'espace d'une seconde, il s'était attendu à retrouver les murs de pierre de la chambre où il dormait à la Baie, l'air vivifiant sans une seule particule de pollution de cet endroit qui semblait comme hors du temps.
Mais non. Il avait ouvert les yeux - comme les fois précédentes - sur une petite pièce aux murs d'un blanc trop vif pour lui, et il se rappela alors ce qui l'avait tiré de son songe pourtant bien plus agréable que les précédents. Un cri. Il espéra que ce bruit n'était pas sorti de sa bouche, sans quoi il s'en voudrait réellement. Il ne criait pas. Son grand-père s'en était assuré, bien des années auparavant.
Un nouveau hurlement retentit près de lui et il s'obligea à tourner la tête en direction de ce son. Il n'était plus seul. Il sentit son coeur se serrer à la vision de l'enfant qui se débattait à quelques pas seulement de lui. Summerby le maintenait cloué au sol, sans grande difficultés, mais le petit Elfe était vif et essayait tant bien que mal de lui échapper.
Soudain, l'enfant mordit le Sorcier d'Elite à l'avant-bras, et la gifle fila. La tête du garçon partit en arrière, heurtant le sol dans un craquement sourd. Toby se mit aussitôt à crier. Après ce qui lui semblait être des heures à vomir et retenir ses hurlements de douleur, sa voix était croassante, mais il parvint malgré tout à articuler :
« Laisse-le tranquille espèce de… »
Un « Sectumsempra » l'atteignit alors, coupant court à son ordre qui - il ne savait - n'aurait de toute façon eu aucun effet. Il sentit du sang lui couler dans les yeux et il regretta de ne pas pouvoir l'essuyer. Ses mains, attachées dans son dos, ne lui permettraient aucun mouvement. Du moins, pas encore.
« Je ne comprends pas, rétorqua Summerby en s'avançant vers lui. Ta famille a été l'une des plus influentes du monde sorcier pendant des siècles. Si tes ancêtres s'étaient retrouvés face à une telle chose… (Il pointa l'enfant évanoui sur le sol.) Ils l'auraient réduit en esclavage, auraient tout fait pour les annihiler. Et toi, tu voudrais quoi ? Le sauver ? »
Le Sorcier d'Elite éclata d'un rire un peu fou, et Toby serra les poings dans son dos, se fichant bien de la douleur qui coupait sa circulation alors que les cordes ensorcelées s'enfonçaient dans sa peau.
« Tu ferais pourtant mieux de te sauver toi-même d'abord, non ? » le railla Summerby avant de lui tourner le dos pour revenir à l'enfant.
D'un coup de baguette magique, il envoya le garçonnet jusqu'à un siège identique à celui dans lequel Toby l'avait découvert un peu plus tôt. Il noua ses chevilles et ses poignets à l'aide d'étranges attaches que Toby estima heureusement peu solides. Son soulagement à l'idée que l'enfant soit capable de se libérer dès que leurs bourreaux leur tourneraient le dos fut de courte durée.
Plusieurs hommes entrèrent alors dans la pièce. Il n'en connaissait qu'un seul, lequel lui accorda un rictus, comme s'ils se croisaient dans la rue et qu'il n'était pas étalé sur le sol, couvert de sang. Rhys Demontmorency. Les autres lui étaient étrangers. L'un d'entre eux portait une robe blanche identique à celle d'Ella et il en conclut qu'il s'agissait d'un Maître des Potions.
« Il est bien attaché, vous êtes sûr ? Demanda-t-il d'une voix un peu faible.
- Oui, Bletchley, nous en sommes certains, gronda Summerby avant de s'éloigner de l'elfe. Il ne vous reste qu'à faire votre travail. »
Le dénommé Bletchley s'avança alors vers le siège où l'enfant commençait doucement à se réveiller, mais la vue de Toby fut soudain occultée par la présence de l'homme auquel il aurait voulu pouvoir jeter un bon nombre de maléfices et de coups.
Rhys le saisit par le menton, et lui releva la tête de force, son cou formant un angle tout sauf naturel qui le poussa à gronder.
« Merlin… Summerby vous a bien amoché. Je ne le croyais pas capable d'autant de cruauté.
- Ça doit vous faire plaisir, haleta Toby entre ses dents serrées. Mais je suis toujours plus beau que vous.
- Nous laisserons Ella en décider. »
Toby prit une profonde inspiration, bien décidé à répliquer par un flot d'insultes et de menaces irréalistes, mais un geignement de douleur lui parvint et il fusilla Rhys du regard. Ce dernier le lâcha, envoyant son visage en arrière d'un mouvement brusque, mais Toby ne prit pas garde, bien plus préoccupé par l'enfant.
Il hoqueta de stupeur en découvrant Bletchley enfoncer ce qui semblait être la plus grosse aiguille qu'il ait vue de sa vie dans le bras du petit qui paniquait. Des larmes plein les yeux, il avait perdu l'air bravache qu'il arborait encore un peu plus tôt malgré sa peur. Il s'agitait, essayant d'échapper à cet objet inconnu de son peuple et qui lui faisait si mal.
Bletchley ne sembla pas s'émouvoir outre-mesure de ce qu'il faisait subir au si jeune Elfe, et continua à manipuler son matériel. Il attacha un long tube à l'autre extrémité de l'aiguille, dont l'autre bout fut finalement disposé dans un chaudron d'une taille conséquente.
Toby aurait voulu se réveiller. Parce que ça n'était pas possible, tout simplement, que des hommes soient capables de faire ça. Il devait être en plein cauchemar, et il se réveillerait dans les bras d'Ella, la veille, alors qu'ils avaient passé une nuit à redécouvrir leurs corps et à s'en émerveiller. Il sentit des larmes lui brûler les yeux lorsque l'enfant écarquilla les siens. Il avait comprit lui aussi, et un sanglot retentit à travers la pièce.
L'elfe se remit à battre des pieds dans tous les sens en criant, alors que Bletchley ensorcelait son matériel afin qu'il fonctionne seul. Et le liquide d'une bleu merveilleux qui circulait dans le corps de ces créatures plus merveilleuses encore apparut, passant dans l'aiguille, puis dans le tube, jusqu'à tomber en de petits « ploc-ploc » au fond du chaudron.
« Vous ne pouvez pas faire ça, s'entendit hurler Toby, le coeur au bord des lèvres. Vous allez le tuer !
- Quelle importance ? » Ricana Summerby avant qu'un regard assassin de Rhys ne le fasse taire.
Rhys s'appuya contre le mur près de Toby, et observa le garçonnet qui essayait d'échapper au destin qui l'attendait, et confirma d'une voix sans remords.
« C'est vrai, il va mourir. Mais grâce à lui, d'autres vivrons. Des sorciers, des gens comme Scarlett Higgs qui verrons enfin leurs rêves se réaliser.
- Non… Elle ne voudrait jamais de ça ! »
Il en était persuadé. Scarlett, malgré tout ce qu'elle avait vécu, était sans nul doute la personne la plus attentionnée qu'il connaissait. Timide, peu sociable, parfois sévère avec les gens qu'elle aimait, mais qui n'aurait jamais souhaité le moindre mal à un enfant. Même pas pour avoir le sien.
« Elle n'en saura rien, rassurez-vous. »
Toby sentit la nausée lui monter aux lèvres.
Rhys n'avait aucune intention de le laisser sortir de là. Pas en vie du moins. Conscient qu'il avait compris, Rhys esquissa un sourire avant de lui tapoter la tête, comme à un chien qu'on félicite.
« Je reviendrais vous voir plus tard, nous avons tant de choses à nous dire. Mais d'abord, je dois passer chez moi, et m'assurer qu'Ella va bien… Elle a dû s'inquiéter de ne pas vous revoir hier soir, elle va avoir besoin d'être réconfortée.
- Espèce de… »
Rhys s'éloigna sans plus prêter attention à lui. Toby hurla, vociférant mille jurons, mille promesses de mort qui ne semblèrent pas perturber l'homme qui plaisanta, narquois, avant de passer la porte :
« Je vous avais bien dit qu'il finirait par crier. »
Théo et Hermione avaient quitté la Baia Vermelha presque trois heures plus tôt, aux premières lueurs de l'aube. Il leur avait fallu du temps pour convaincre les elfes de les laisser gérer la situation. Eingil était prêt à mettre le monde à feu et à sang afin de retrouver son fils, tout comme Ahava et bien d'autres. La Reine Saoirse paraissait même d'accord pour qu'ils quittent tous leur refuge afin de se mettre sur la piste de Din.
Hermione, à grand renfort de citations toutes droit sorties de la bouche de la défunte Meleke, leur avait rappelé que ce n'était pas envisageable. Ils ne pouvaient tout simplement pas se dévoiler ainsi au monde et prendre le risque de perdre la sécurité que leur offrait la Baie depuis des centaines d'années. Sans compter qu'en dehors du périmètre de leur foyer, les Elfes perdaient nombre de leurs capacités. Des années plus tôt, Masra en avait payé le prix.
Ils avaient donc rassemblé leurs affaires, écouté les conseils - ou ordres - d'Eingil, et accepté de transporter un gourde remplie de l'eau de la baie. Puis s'étaient mis en route.
Traverser la forêt leur avait pris plus d'une heure, et transplané jusqu'à Rio seulement quelques secondes, mais ils se retrouvaient désormais bloqués au Centre de Transport Magique. Et Hermione, il le sentait, commençait à avoir envie de jouer de sa popularité.
Il la vit de se lever du siège de la salle d'attente où ils s'étaient installés un peu plus tôt, et la suivit aussitôt. Elle s'avança de plusieurs grands pas pressés en direction du guichet où un pauvre sorcier épuisé tachait de conseiller tous les clients qui commençaient eux aussi à perdre patience.
« Quand pourrons-nous partir ? S'écria-t-elle alors, interrompant toutes les conversations autour d'eux.
- Euh… C'est à dire que… Bientôt.
- Bientôt ? Ça fait plus d'une heure que vous nous dites ça. Vous n'allez pas me faire croire qu'il n'y a aucun Portoloin qui puisse nous emmener en Angleterre ? Ou même en France ou en Ecosse ou… N'importe où d'où nous pourrons transplaner pour rentrer chez nous. »
Plusieurs voix s'élevèrent, affirmant leur accord avec le petit discours d'Hermione qui battait presque du pied sur le sol. Théo posa sa main sur son épaule pour tenter de la calmer, même s'il savait qu'elle avait toutes les raisons de s'inquiéter.
Les Elfes quittaient rarement la Baie, leur corps ne le supportant pas vraiment. Certains adultes sortaient parfois du territoire pour se rendre dans le village le plus proche, un petit hameau de quelques dizaines d'habitants avec lesquels ils échangeaient des fruits contre du tissu différent de celui qu'ils arrivaient à fabriquer eux-mêmes. Mais jamais ils se partaient plus de quelques heures.
Des années auparavant, Masra était venu en Angleterre pour voir Hermione, mais il n'était resté qu'une demi journée à peine, et il était passablement irrité alors.
Théo n'osait pas imaginer ce que devait ressentir Din, si jeune et encore bien plus attaché à la Baie justement parce qu'il n'avait jamais appris à se passer d'elle, même un instant. Le temps pressait, et devoir attendre bêtement qu'un Portoloin se libère lui semblait être une torture à lui aussi.
« Je vous assure que le problème sera vite réglé ! », promit l'employé du service d'un ton peu convaincante.
Théo attira Hermione dans ses bras avant qu'elle ne puisse se mettre à insulter le pauvre homme qui n'y était sans doute pour rien. Il n'était qu'un maillon au bas d'une chaîne, et n'avait pas à se faire morigéner par des voyageurs mécontents. Théo entraina donc Hermione vers leurs affaires, l'incitant au calme, et ils se réinstallèrent parmi les autres sorciers qui rouspétaient.
« A ce rythme, on ferait mieux de transplaner jusqu'à un autre Centre, soupira Hermione, défaitiste et épuisée. Peut-être qu'en utilisant le transplanage d'escorte chacun à notre tour, on pourrait finir par arriver à New-York… »
Théo grimaça en s'enfonçant dans son siège. Ils arriveraient en Angleterre morts de fatigue s'ils agissaient ainsi, et il doutait que ce soit une bonne solution. Ils restèrent donc silencieux quelques minutes, écoutant déblatérer les sorciers autour d'eux, et il finit par tendre l'oreille en entendant un homme marmonner derrière lui :
« D'après ce qu'on dit, ils ont bloqués tous les Portoloins à cause d'un passager clandestin ! Des gens auraient fait passer une personne supplémentaire sans autorisation, et ils attendent que les Sorciers d'Elite du MACUSA interviennent parce qu'apparemment, ils sont allés jusqu'à New York…
- J'ai entendu dire qu'ils avaient pris une correspondance jusqu'à Londres, rectifia une sorcière. Et qu'ils se sont déplacés sous de fausses identités !
- Merlin, où va le monde, on s'le demande ! »
Théo tourna la tête vers Hermione qui fit de même, ses yeux grands ouverts brillant de confusion. Ils avaient entendu la même chose, et cela les avait conduit à la même hypothèse. Si Din s'était bien fait enlever - et ils avaient plus que des soupçons à ce sujet, l'enfant n'ayant jamais pu disparaître tout seul - ceux qui s'en étaient pris à lui avaient dû le cacher pour l'emmener au loin. Din était le passager clandestin.
« Londres ? Répéta Hermione qui paraissait soudain bien plus enthousiaste que quelques minutes plus tôt.
- Il va falloir s'en assurer.
- On pourra aller au Ministère dès notre arrivée. Je parviendrai à obtenir les informations et à confirmer cette histoire très vite. Et ensuite… Je sais qu'on ne peut pas parler des Elfes à n'importe qui, chuchota-t-elle, prenant garde à n'être entendue que par lui. Mais Toby, Winifred… Ce sont des Aurors, ils pourront nous aider discrètement à le retrouver en ayant les moyens d'agir sans aller contre la loi.
- D'accord, mais on est toujours bloqués ici pour le moment, lui rappela-t-il avec une grimace dépitée.
- Pas pour longtemps. »
Elle se releva d'un bond en récupérant son sac, et il fit de même avant de la suivre jusqu'à l'employé qui blêmit un peu en la voyant s'approcher. Il semblait déjà tout prêt à s'excuser, mais Hermione ne lui en laissa pas l'occasion et annonça d'une voix pleine d'autorité :
« Je suis Hermione Granger, membre du Mangemagot et Directrice du Département de la Coopération Magique Internationale du Ministère de la Magie du Royaume-Uni. Je vous ordonne d'affréter un Portoloin à notre usage exclusif jusqu'à Londres.
- Mais, c'est que…
- Maintenant. »
Clairement paniqué, le jeune homme bredouilla des excuses avant de partir en courant, sans doute pour aller chercher un supérieur capable de régler le problème, et Théo sut qu'ils seraient bientôt en route pour le pays où il était né. Il n'aurait pas voulu être à la place de quiconque devant affronter Hermione en cet instant. Elle paraissait prête à la bagarre, et même un peu surexcitée. Tout comme lui.
« Est-ce que ce serait bizarre de ma part d'être émoustillé par le ton que tu viens d'employer ? Murmura-t-il à son oreille après s'être penché vers elle.
- Vraiment ? »
Elle parut agréable surprise, et un éclat d'intérêt illumina son regard. Il sut qu'il était fichu et qu'il aurait dû garder cette information pour lui quand elle se retourna pour lui faire face.
« Alors puisque tu aimes bien ça… Je sais que tu n'en as pas parlé et que tu as évité sciemment le sujet d'Ella jusque-là, mais nous irons la voir dès notre arrivée.
- Hermione, soupira-t-il simplement, mais elle ne lui laissa pas l'occasion d'en dire davantage.
- Je sais que tu n'as pas encore digéré ce qu'elle t'a fait. Ce qu'elle nous a fait. Mais les Elfes sont une partie importante de sa famille, elle doit être mise au courant ! Et tu ne peux pas lui faire la tête éternellement. Tu sais à quel point le temps passe vite, Théo… Crois-moi, tu ne veux pas le laisser passer. Pas avec la personne que tu aimes le plus au monde.
- Elle nous a fait perdre dix ans ! »
Il n'avait pas pu s'empêcher d'hausser le ton, quand bien même n'était plus vraiment en colère. Au fond, il avait déjà pardonné à Ella. Elle avait fait l'effort de parler à sa mère pour lui, cela valait toutes les excuses du monde. Il ne put ajouter quoi que ce soit pour l'exprimer qu'Hermione se rapprocha de lui avant de passer ses bras autour de son cou. Alors, le regard rivé au sien, l'air si déterminée qu'il comprit que - pas plus que les gens travaillant là - il n'allait s'en sortir, elle rétorqua :
« Et tu m'as pardonnée alors que je nous en ai fait perdre dix-huit. »
Ella n'avait pas fermé l'oeil de la nuit, et se leva à peine le soleil éveillé lui aussi. Elle s'acharna à s'offrir une apparence aussi acceptable que possible malgré les poches qu'elle avait sous les yeux et ses cheveux qui partaient dans tous les sens - en accord avec son esprit. Puis en enfilant une cape, quitta son appartement en courant presque.
Elle n'avait pas de cheminée, et ne pouvait donc pas joindre la maison des Potter - où Winifred vivait encore - de cette façon. Elle allait donc devoir transplaner, ce qui était impossible dans l'enceinte de son immeuble. Elle atteignit le rez-de-chaussée alors que l'horloge sonnait huit heures, et se rua en direction de Buster.
Ce vieil homme semblait être toujours là. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, il était installé derrière son bureau à noter mille informations sur les résidents comme s'il s'apprêtait à écrire un roman à leur sujet. Elle n'aurait pas été surprise d'un jour découvrir un article dans la Gazette racontant tous les secrets les plus honteux des habitants de l'immeuble. Elle croisait les doigts pour ne pas être dedans en tant que « la fille pour laquelle deux autres locataires se battaient », et s'arrêta devant le cracmol qui leva aussitôt les yeux.
« Toby n'est pas rentré hier soir, est-ce que vous l'avez vu passer à un moment ou à un autre ?
- Pas depuis qu'il est sorti hier matin, répondit Buster en secouant la tête, l'air navré. Mais vous savez, c'est un Auror, il lui arrive souvent de ne pas revenir pendant quelques jours, vous ne devriez pas trop vous inquiéter.
- Je sais, mais…
- C'est plus difficile à dire qu'à faire ! »
Elle acquiesça à l'adresse de Buster qui lui tapota gentiment la main au-dessus du comptoir avant de lui proposer, comme si de rien n'était :
« Vous devriez peut-être demander à la rouquine Potter où il a bien pu passer, elle doit bien le savoir.
- Winifred ? Supposa Ella avant d'admettre : J'avais justement prévu d'aller la voir. S'il est en mission, elle pourra me le dire.
- Oh, vous n'aurez pas à aller bien loin.
- Comment ça ?
- Elle s'est installée dans le café juste en face qui reste ouvert toute la nuit, vous savez ? Elle n'a pas fermé l'oeil, et dû boire au moins trente tasses ! Elle a un drôle de comportement, mais… (Il se pencha par-dessus son bureau pour lui chuchoter, comme en secret.) J'ai toujours pensé qu'un mélange Potter-Weasley ne pouvait pas être totalement normal, alors ça n'a rien de bien surprenant. »
Elle dut se mordre la lèvre pour ne pas rire, malgré sa fatigue, et remercia Buster avant de sortir. Winifred avait donc passé la soirée tout à côté, et si elle n'avait pas déjà été si tracassée, ce comportement bien étrange l'aurait probablement alertée. Elle traversa la rue au pas de course avant d'entrer dans le café.
La petite cloche accrochée à la porte teinta dans les lieux presque vides. Quelques travailleurs venaient prendre leur petit déjeuner avant de partir travailler, mais Ella n'eut aucun mal à repérer Winifred, laquelle avait hérité de la chevelure rousse des Weasley. L'orange de leur tête pouvait sans nul doute se voir depuis les autres planètes, et Ella se rua sur elle aussitôt qu'elle l'eut repérée. Winifred écarquilla les yeux en la voyant, et arbora une expression coupable qui fit battre le coeur d'Ella encore plus vite.
C'était décidé. Dès que Toby réapparaîtrait, elle lui ordonnerait de quitter son travail et de s'engager comme employé de bureau au Ministère. Et pas dans un département passionnant, plutôt au Comité des Inventions d'Excuses à l'Usage des Moldus, ou un autre poste du même genre, là où il ne risquerait pas de mourir d'un moment à l'autre. Sauf d'ennui peut-être.
« Qu'est-ce que tu fais là ? Interrogea-t-elle dès qu'elle fut suffisamment proche de la jeune femme.
- Je bois du café, répondit Winifred, les yeux injectés de sang, comme si elle avait versé le breuvage sous ses paupières au lieu de le boire.
- Winifred, où est Toby ? »
Les yeux de la rouquine se déportèrent à gauche puis à droite, partout sauf en direction d'Ella, et cette dernière comprit qu'elle ne s'était pas tourmentée pour rien. Elle n'avait pas réussi à se rendormir après son réveil surprise du milieu de la nuit. Même pas une seule minute.
Elle n'avait pas pu s'empêcher d'imaginer Toby, allongé sur un lit de Sainte-Mangouste, recouvert de profondes blessures, les lèvres bleues. Son esprit avait même fini par la torturer en créant de nombreuses scènes de batailles, où les sortilèges fusaient et où Toby tombait au sol pour ne plus jamais se relever. Une heure plus tôt, elle avait même fini par songer à ce qu'elle ressentirait si elle devait l'enterrer.
Ce fut sans doute à cause de toutes ces images qui tournaient dans sa tête, lugubres et angoissantes, qu'elle agit comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. Elle tapa du poing sur la table et les nombreuses tasses vides de Winifred dégringolèrent, certaines finissant par se briser sur le parquet lustré alors qu'Ella se mettait à crier :
« Où est-il, Winifred ?! »
La jeune Potter déglutit bruyamment, et Ella crut qu'elle allait devoir hurler encore plus fort. Elle était prête à le faire, sans la moindre hésitation alors que ce silence commençait à la rendre folle. Quelques heures plus tôt, elle avait cru qu'elle devenait paranoïaque, qu'elle ne parvenait juste pas à se faire au fait que l'homme avec lequel elle partageait son lit puisse finir par ne plus jamais y revenir. Désormais, alors que Winifred paraissait aussi épuisée qu'elle et étrangement plus soucieuse, elle sut qu'il n'en était rien. Et elle avait besoin d'une réponse, quelle qu'elle soit.
« Est-ce qu'il est parti en mission ? Vous n'avez plus de nouvelles ou…
- Toby… bredouilla Winifred en fronçant les sourcils, perplexe. Toby a été mis à pied pour une durée indéterminée. Il ne te l'a pas dit ?
- Quoi ? Attends, quand ?
- Avant-hier soir. Parce qu'il a frappé Rhys Demontmorency. »
Ella crut rêver. Ou cauchemarder. Elle savait pertinemment à quel point Toby adorait son emploi, elle n'envisageait pas réellement de lui demander de le quitter - quand bien même devrait-elle perdre un peu la tête à chacune de ses absences - et voilà qu'il était renvoyé.
Elle n'y comprenait rien.
Ce n'était pas comme s'il avait frappé un de ses supérieurs hiérarchiques ou le ministre lui-même. Howler & Powder était en parti financé par le Ministère, mais Toby n'aurait jamais dû avoir à subir de répercutions pour une chose pareille. Après tout, s'il avait cogné Rhys dans le couloir de leur appartement, la situation aurait été totalement la même, et les Aurors n'auraient rien eu à en dire.
Mais plus que tout, c'était le mensonge de Toby qui la peinait. Il n'avait pas fait qu'omettre son renvoi - ce qu'elle lui aurait pardonné. Il aurait pu avoir du mal à en parler aussi vite, être gêné ou tout simplement trop agacé pour le partager avec elle. Sauf qu'il lui avait clairement menti. La veille, quand elle l'avait interrogé sur son programme de la journée, il n'avait eu qu'une brève hésitation avant de lui répondre, et elle s'angoissa encore davantage. Où avait-il pu passer toute sa journée et toute sa nuit ?
« Alors, tu ne sais pas du tout où il peut être ? Il… Il avait l'air pressé de partir, hier matin. Il avait même pris son uniforme et son badge.
- Je sais, je l'ai vu hier soir.
- Et il allait bien ? S'enquit-elle rapidement, avant de voir la dernière des Potter hésiter. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, Winifred ! J'ai passé les cinq dernières heures à l'imaginer dans des situations mortellement dangereuses alors s'il te plait, dis-moi où…
- Il enquête sur Rhys ! »
Winifred avait lâché cette information si vite que les mots parurent se télescoper entre eux, mais Ella les comprit tous. Et elle le regretta. Elle se sentit subitement irrité à l'idée qu'il ait pu se lancer dans une telle entreprise sans lui en parler, qu'il soit prêt aussi à mettre à mal tout son travail et celui de centaines de sorciers. Elle n'eut pas le temps de lui en vouloir que Winifred ajouta tout bas :
« Il m'a demandé de te protéger.
- De quoi ? De Rhys ? Oh, Merlin, il est tellement ridicule ! Et dire que j'ai passé toute la nuit à m'inquiéter pour lui, quelle imbécile je fais ! »
Ella se laissa retomber sur la chaise face à Winifred, exaspérée autant par les bêtises de Toby que par les siennes.
Elle avait tant à faire. La veille, Rhys lui avait assuré qu'elle pourrait bientôt se servir de l'ingrédient dont il espérait qu'il résoudrait tous les problèmes de stabilité de sa potion. Il lui avait promis que jamais elle n'aurait pu obtenir autant de puissance magique avec d'autres matériaux, et ses yeux avaient brillé d'un éclat enthousiaste qui l'avait contaminée elle aussi. Elle ne savait pas de quoi il s'agissait, mais était impatiente de le découvrir. Le lendemain sans doute, le laboratoire étant fermé à tous les employés le dimanche.
Elle aurait dû passer la nuit à travailler sur ses notes, à s'assurer de la quantité nécessaire pour chaque ingrédient, à faire n'importe quoi sauf se torturer l'esprit pour son pseudo-mari, Strangulot-Toby, buté, possessif et immature.
« Ella ?
- N'essaie pas de le défendre, Toby est un imbécile. Pourquoi tu n'as pas essayé de l'arrêter, d'ailleurs ?
- Parce que… Parce que je crois qu'il a raison. »
Ella releva la tête pour observer Winifred, prête à éclater de rire avec elle. Elles se moqueraient du comportement absurde de Toby ensemble, et elle pourrait retourner l'attendre à l'appartement, prête à le gronder dès qu'il passerait la porte. Ils se disputeraient, puis se réconcilieraient sur l'oreiller et tout irait bien.
Mais Winifred ne souriait pas. Elle était même si sérieuse qu'Ella décela enfin le potentiel dont Toby parlait tant derrière le visage encore jeune de son amie. Winifred était tête-en-l'air, un peu trop bavarde et parfois trop intrépide, mais elle n'en restait pas moins une future Auror à l'allure soudain tendue.
« Tu plaisantes, n'est-ce pas ?
- J'ai cru qu'il essayait de trouver une raison pour que Rhys cesse d'être aussi proche de toi, moi aussi, avoua Winifred avec une moue désolée. Mais le fait est que… Ecoute, je sais que Toby et toi, vous ne vous connaissez plus depuis longtemps, même s'il arrive apparemment à te faire crier son nom…
- Pardon ?!
- Il en est très fier, révéla la jeune rouquine, désabusée. Quoi qu'il en soit, Toby a changé. Peut-être que le garçon de dix-huit que tu as connu aurait pu tout faire pour empêcher Rhys de t'approcher. Il aurait même été sans doute capable de créer des fausses preuves ou autre bêtise du même genre, mais maintenant… Il a passé toute la journée d'hier à chercher des informations, quand je l'ai vu il travaillait sur des dizaines de parchemins qu'il avait dû obtenir très difficilement. Il a pris des tas de risques, si ça venait à se savoir, il serait sûrement renvoyé. Définitivement cette fois. Il est peut-être fou amoureux de toi, mais laisse-moi te dire qu'il ne perdrait jamais le poste pour lequel il a bossé comme un dingue ces dix dernières années, juste pour tes beaux yeux. »
Ella sentit ses joues s'enflammer. Winifred n'avait pas parlé au passé en proclamant que Toby était amoureux d'elle, et cela lui fit plaisir malgré les informations derrière lesquelles cette remarque avait été lancée. Puis, elle finit par se concentrer sur l'essentiel.
Winifred avait raison. Non pas sur le fait que Toby puisse être dans le vrai - ce dont elle ne parvenait pas à se faire - mais en disant qu'il ne risquerait pas son emploi pour elle. Toby voulait être Auror depuis le jour où Harry Potter lui avait dit qu'il pouvait le faire s'il s'en donnait la peine. Elle savait à quel point il avait dû travailler dur pour arriver jusque-là, sans doute bien davantage que tous les autres.
Néanmoins, imaginer qu'il puisse être sur une réelle piste et donc que Rhys ait quelque chose à se reprocher lui paraissait invraisemblable. Rhys était gentil avec elle. Il essayait de la séduire et aurait pu se cacher derrière un masque de bonté pour y parvenir, il n'aurait pas été la première personne à le faire, mais elle n'arrivait pas à se faire à cette idée.
« Est-ce qu'il a une preuve, au moins ?
- Je crois que oui, même s'il ne m'a rien dit. Il m'a juste demandée de veiller sur toi, et il a transplané je ne sais où après avoir lu tout un tas de listes… Il avait l'air très sûr de lui, Ella. Comme s'il savait ce qui se tramait. Il m'a même demandé de ne pas enquêter, comme si ça pouvait être dangereux.
- Qu'est-ce qui pourrait être dangereux ? »
Ella se crispa alors que Winifred écarquillait les yeux en direction de la personne qui se tenait près d'elle et dont Ella avait sans peine reconnu la voix. Rhys s'était approché sans même qu'elle l'ait vu rentrer dans le café et s'était arrêté près de leur table. Elle se demanda ce qu'il avait entendu de leur conversation avant de se fustiger. Quelle importance s'il n'avait rien à se reprocher ?
Elle n'eut pas le temps de lui répondre qu'il plissa les yeux, son sourire s'évanouissant peu à peu alors qu'il la scrutait. Puis, l'air passablement alarmé, il se pencha vers elle et posa tendrement sa main contre sa joue avant de s'enquérir :
« Tout va bien, Ella ? Tu as l'air épuisée, il s'est passé quelque chose ? »
Ella entendit Winifred grommeler un « Bouse de dragon ! » très à propos, mais s'obligea à sourire à Rhys en hochant la tête. Elle ne le croyait peut-être pas capable de faire du mal à quiconque - du moins physiquement, financièrement, c'était autre chose - mais elle n'allait tout de même pas lui expliquer ce que son amie venait de lui raconter. Si Toby avait raison, elle n'avait pas l'intention de donner une quelconque avance à Rhys. Contrairement à Toby, elle tenait bien plus à lui qu'à son travail.
Elle sentit son coeur papillonner dans sa poitrine à cette pensée, et réalisa qu'elle avait été bien naïve en songeant qu'elle pouvait s'engager auprès de Toby sans souffrir. Toute implication présageait de la douleur. Et impliquée, elle l'était. Bien avant qu'ils ne fassent l'amour deux nuits auparavant. Bien avant même qu'il ne lui propose de tenter le coup. Bien avant qu'elle ne lui fasse de nouveau face au Ministère.
Elle esquissa un sourire pour elle-même en prenant conscience de ce que cela signifiait. Son angoisse de la nuit, le manque qu'elle avait éprouvé en constatant son absence… Tout cela ne pouvait signifier qu'une seule chose. Une chose qu'elle n'avait pas voulue accepter dix années auparavant et qu'elle redoutait de formuler désormais. Pas en cet instant où elle craignait de croire en cet instinct qui poussait Toby à chambouler sa vie en risquant la sienne.
Elle repoussa la main de Rhys de sa joue sans même y réfléchir et crut voir un éclat de rage briller dans ses yeux avant qu'il ne se redresse en souriant, comme indifférent à son rejet. Elle ne voulait pas le blesser, elle l'appréciait après tout. Et - même si elle s'essayait à ne plus être égoïste - il lui était utile. Sans lui, peut-être ne parviendrait-elle jamais à trouver une solution concernant la potion de Scarlett. Elle avait besoin de lui, alors elle lui sourit courageusement, malgré les doutes qu'elle éprouvait davantage de seconde en seconde.
« Je n'ai pas réussi à dormir à cause de l'excitation ! Mentit-elle en minaudant un peu. L'ingrédient pour la potion est arrivé ?
- Oui. Enfin, il est en cours d'extraction, répondit Rhys d'un ton qui lui semblait un peu moins engageant que la veille. J'allais justement retourner au labo afin de m'assurer que tout se passe comme il faut, mais je t'ai vue à travers la vitre et je n'ai pas pu m'empêcher de venir te saluer. J'espère ne pas vous avoir dérangées, mesdames.
- Votre labo ? S'incrusta Winifred en se penchant, trop inquisitrice pour être honnête - Toby devait sérieusement lui apprendre à interroger de potentiels criminels sans paraitre aussi soupçonneuse. Celui à côté du Ministère, c'est bien ça ? Il est ouvert même le week-end ?
- Je suis le patron. J'ai les clés ! »
Il s'esclaffa en secouant un trousseau imaginaire, puis se retourna vers Ella sans plus faire attention à Winifred qui paraissait prête à lui sauter dessus. Ella lui adressa un regard agacé, l'incitant à se comporter normalement, puis demanda sans trop d'espoirs :
« Je pourrais peut-être venir avec toi ?
- J'adorerais, soupira Rhys avant de poser sa main sur son épaule. Mais l'extraction peut-être assez pénible à voir, je ne voudrais pas que tu en sois choquée.
- Pénible ? Répéta-t-elle sans comprendre.
- Et bien oui. Tu sais comment ça se passe, Ella… Nous ne récupérons pas des yeux de scarabées sans les leur arracher, après tout ! »
Ella sentit un désagréable frisson la parcourir. Oui, elle le savait, même si elle essayait toujours de ne pas trop y penser. Les lois concernant l'ablation de parties du corps des animaux étaient extrêmement bien réglementées, mais avec la demande qui augmentait tous les jours, Ella ne pouvait pas être certaine qu'aucun animal n'ait souffert lorsqu'elle se servait d'un ingrédient. Elle avait donc appris à faire abstraction, ou à se fournir auprès de gens qu'elle connaissait - comme les Elfes qui récupéreraient tant de choses sur les animaux de la forêt, mais ce seulement après leur décès.
« De quel animal s'agit-il ? Demanda-t-elle d'une voix blanche malgré son envie de se cacher la tête dans un trou pour continuer à l'ignorer.
- D'une créature assez rare dont j'ignore le nom scientifique. »
La réponse lui parut un peu trop vague, et elle faillit en demander davantage. Elle ne put le faire que Rhys jetait un coup d'oeil à sa montre avant de se pencher vers elle pour embrasser sa joue. Elle eut l'impression que sa peau lui brûlait là où ses lèvres la touchèrent, et contrairement à d'ordinaire, cela n'eut rien d'agréable. Elle ne sut ce qui de ses doutes ou de sa culpabilité subite en était responsable, mais déjà Rhys se relevait.
« Il faut vraiment que j'y aille, mais je passerai chez toi dans la journée. J'espère que nous aurons l'occasion de discuter de notre avenir. J'ai tant de projets pour nous deux ! »
Notre avenir. Ella le suivit des yeux alors qu'il s'en allait, ces deux petits mots se répercutant dans son esprit alors qu'elle se rappelait qu'il les avait déjà employés. Il avait eu beau expliquer qu'il parlait de leur avenir professionnel, elle réalisait soudain qu'elle n'y croyait pas une seule seconde. Il se comportait bien trop comme un amoureux pour se contenter de si peu.
Elle l'observa alors qu'il s'arrêtait devant la vitre pour la saluer, et il disparut finalement au bout de la rue, pour se rendre au labo où il comptait extraire elle-ne-savait-quoi à elle-ne-savait-quelle-créature.
Ella n'avait jamais cru aux mauvais pressentiments, à l'exception de ceux des Elfes qui avaient mille fois fait leurs preuves en matière de prémonitions. Pourtant, cette fois, elle se sentit si mal à l'aise qu'elle ne put trouver d'autres termes pour définir ce qu'elle ressentait.
Toby pouvait simplement être parti à la recherche de preuves qui n'existaient même pas et revenir bredouille d'ici la fin de la journée, penaud et désolée. Ou pas.
Rhys pouvait simplement être cet homme adorable qui l'avait faite craquer à la seconde où elle l'avait rencontré et avec lequel elle n'aurait sans doute pas hésité à passer un bout de temps si Toby n'avait pas été là. Ou pas.
Ses certitudes s'étaient brusquement effondrées et Ella tenta d'en ramasser les morceaux. Elle ne savait plus quoi penser, et Winifred paraissait attendre d'elle une réaction quelconque pour décider quoi faire.
Elle saisit donc ses quelques croyances encore viables et les assembla une à une.
Elle connaissait Toby, malgré toutes les années qu'ils avaient passées séparés, et elle lui faisait confiance, puis qu'à la plupart des gens. Elle n'avait rencontré Rhys que trois semaines plus tôt et même s'il paraissait être quelqu'un de bien, elle ne le connaissait pas vraiment.
Alors elle inspira à fond et, espérant ne pas totalement se tromper et briser la vie qu'elle essayait de se construire dans ce pays, elle déclara gravement :
« Raconte-moi exactement tout ce que Toby a dit, et ce qu'il venait de lire quand il a décidé de partir. N'oublie aucun détail. »
« Patron ? »
Rhys enleva sa veste de costume et remonta les manches de sa chemise avant de se tourner vers Cuffe qui patientait, l'air un peu nerveux, devant sa porte. Il haussa un sourcil en sa direction, l'incitant à parler et cet homme qu'il n'avait engagé que pour son manque flagrant d'intelligence qui faisait de lui un parfait toutou se lança immédiatement :
« Malefoy a réussi à casser le nez de Summerby.
- Comment ? Par Merlin, êtes-vous tous des incapables ? S'emporta Rhys avant de déboutonner un bouton de sa chemise pour pouvoir mieux respirer malgré sa colère. Il est attaché, affaibli par les Doloris, et il parvient quand même à vous atteindre ?!
- Bah… C'est qu'il est Auror, Patron. Le problème maintenant, c'est que Summerby menace de le tuer, alors j'ai dit qu'on devait d'abord vous en parler. »
Rhys resta muet, effaré par tant de sottises. Et Cuffe insista d'une voix un peu tremblante :
« Alors on peut, Patron ? »
Rhys se rapprocha vivement de sous-fifre et lui envoya son poing en plein visage. Cuffe s'affaissa contre le mur, avant de se relever tant bien que mal alors que Rhys se mettait à hurler.
« A votre avis, Cuffe ? Est-ce qu'on peut tuer l'Auror Malefoy, le numéro un de ce foutu Département de la Justice Magique ?
- Bah euh…
- Non, Cuffe. La réponse est non. Vous savez pourquoi ? Parce que quand un homme meurt, il y a un cadavre à gérer. Et savez-vous ce que font les cadavres ? Ils amènent des questions, des tas de questions. Alors que pensez-vous donc que les gens penseront si un homme qui enquêtait sur moi disparaissait subitement et qu'on ne trouvait finalement que son corps, Cuffe ?
- Que… Que vous l'avez tué ?
- Félicitation, railla Rhys et Cuffe, peu sensible à l'ironie, se redressa fièrement. Nous ne pouvons donc pas nous débarrasser de lui, pas encore. Rappelez donc à Summerby que nous avons un plan à respecter, et qu'à la moindre erreur, le seul mort, ce sera lui. Est-ce que clair ?
- Oui, Patron !
- Bien, demandez à Summerby de venir dans mon bureau, maintenant. »
Rhys lui fit signe de sortir, agacé d'être entouré de tels idiots. C'était le problème quand vous étiez né avec un Q.I. plus élevé que la moyenne haute, tout le monde vous paraissait infiniment stupide.
Le visage d'Ella apparut alors dans ses pensées et il esquissa un sourire affamé. Elle ne l'était pas. Elle était intelligente et mille fois plus séduisante que ce que toutes les photos qu'il avait eues en main laissaient supposer. Il pouvait même passer sur le problème qu'une relation entre eux poserait. Après tout, qui s'intéressait donc encore aux détails, à cette époque où toutes les déviances étaient permises ?
Il soupira en se laissant choir sur sa chaise de bureau et ferma les yeux en essayant de ne penser qu'au positif. Bientôt, tous les objectifs qu'il avait passés sa vie à atteindre seraient à lui. Il serait le plus éminent et respecté de tous les PDG du monde sorcier. Le plus riche aussi. D'ici quelques années, il pourrait atteindre le poste de Ministre de la Magie sans le moindre doute et aurait ainsi le monde à ses pieds. Et Ella, bien entendu.
Il posa sa main sur sa braguette en espérant apaiser le désir avide qu'il sentait monter en lui. Mais déjà la porte de son bureau s'ouvrait à la volée et l'apparition de Summerby rendit tout soulagement inutile.
« Vous m'avez fait demander ?
- Oui, nous devons partir, répondit Rhys en se relevant.
- Partir ?
- Il est possible que quelques personnes veuillent visiter le Laboratoire dans la journée. Des Aurors sans doute. J'ai surpris la jeune Potter en pleine discussion avec Ella Nott, et si elle parvint à la convaincre, Ella viendra fouiner… Et elle ne le fera peut-être pas seule.
- Mais… Où est-ce que je suis censé déplacer cet animal avec son tube enfoncé dans le bras et un Auror qui a l'air d'avoir été torturé ?! » Se récria Summerby, pris d'une subite angoisse à l'idée que tout ne se déroule pas comme prévu.
Rhys soupira. Devait-il donc tout faire lui même ? La solution était pourtant évidente, il ne pouvait croire que personne d'autre ne l'envisage. Il n'y avait qu'un seul endroit où personne n'irait fouiner et heureusement pour lui, il ne s'était pas lancé dans son projet sans avoir mille soutiens puissants à ses côtés.
« Rappelez donc à Dawlish qu'il nous doit une faveur… »
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent au dernier étage de l'immeuble Londonien, et une petite sonnerie avertit ses passagers qu'il était temps d'en sortir. Hermione jeta un coup d'oeil à Théo qui semblait hésitant et glissa sa main dans la sienne avant de quitter la cabine, le tirant presque derrière elle tant il traînait des pieds.
Pourtant, jusque-là, il avait été plutôt vif d'esprit.
Ils étaient passés au Ministère où elle avait pu s'entretenir avec le Directeur du Département de la Justice Magique en personne, lequel leur avait confirmé qu'un groupe d'individus avait débarqué en Angleterre avec à bord de leur Portoloin, un invité supplémentaire. Il leur avait ensuite affirmé qu'ils n'avaient aucune raison de s'inquiéter : ces inconnus n'étaient pas les premiers à aller à l'étranger pour en ramener une créature exotique à vendre sur le marché noir, et ils seraient vite appréhendés. Hermione avait failli lui expliquer qu'il y avait urgence mais Théo l'en avait empêchée. Mieux valait qu'ils arrangent la situation par eux-mêmes, et presser un membre du Ministère ne pourrait qu'attirer l'attention.
Ils avaient ensuite tenté de s'entretenir avec Toby, mais ses collègues leur avaient appris son renvoi ce qui laissait Hermione pantoise. Les Aurors ne se faisaient virer qu'en de rares circonstances, généralement s'ils étaient arrêtés en train de commettre en crime, et non pas pour une bagarre comme l'avait indiqué un certain Erwin. Winifred n'était pas présente non plus, ils avaient donc quittés le Ministère.
Finalement, elle avait décidé qu'il valait mieux avoir le secours d'Ella. Cette dernière saurait sans doute où trouver Toby. Hermione pensait même bien qu'ils risquaient d'interrompre quelque chose en arrivant aussi tôt un dimanche matin, jour où Ella ne travaillait.
Enfin, si Théo acceptait d'avancer jusqu'à la porte, bien entendu.
« Théo, soupira-t-elle en se tournant vers lui, un peu dépitée. Tu agis comme un enfant, tu sais ? Je comprends que tu sois fâché, mais tu ne crois pas que tu pourrais faire un effort ?
- Je ne suis pas fâché, marmonna-t-il sans même la regarder.
- Quoi ?
- Je ne suis pas fâché… Je lui ai dis des choses horribles que je ne pensais même pas. Enfin, il est vrai qu'elle a été égoïste. Et sur le coup, je voulais vraiment ne plus la voir parce que ça me faisait presque physiquement mal, mais… Merlin, jura-t-il en se passant une main contre le visage comme pour émerger d'un cauchemar pourtant bien réel. Avec Ella, nous ne nous étions jamais disputés auparavant.
- Jamais ?! »
Elle ne put s'empêcher d'être surprise. À l'adolescence, Scott lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Et même Timothy, pourtant d'ordinaire plutôt sage, avait eu droit à de bons sermons qui avaient menés à des disputes inévitables. Évidemment, ça n'était jamais très grave, et ne durait pas bien longtemps, mais elle ne comprenait pas comment Théo et Ella, qui avaient quasi exclusivement vécus l'un avec l'autre pendant presque trente ans pouvaient ne pas s'être engueulés une seule fois.
« Jamais, confirma Théo avant d'admettre. Je suis plutôt du genre à fuir le conflit de manière générale, alors… Je ne sais pas comment m'y prendre maintenant. Je ne veux pas m'excuser. Elle était en tort après tout. Mais je me sens quand même coupable. Qu'est-ce que je dois faire ? »
Hermione crut être en pleine hallucination. Peut-être qu'Eingil avait mis un peu de sa tisane spéciale dans son eau sans le lui dire, parce que cette question - et tout ce qu'elle sous-entendait - lui paraissait dingue. Théodore Nott lui demandait conseil dans sa manière de gérer sa relation avec Ella, sa fille. Leur fille, en vérité. Elle n'aurait jamais pu imaginer se retrouver un jour dans une telle situation, c'était tout bonnement surréaliste, même si Théo ne semblait pas s'en rendre compte.
Elle s'obligea donc à lui trouver une réponse, parce qu'elle voulait se rendre utile. Elle voulait qu'il puisse lui demander de l'aide plus tard, encore et encore, comme s'ils avaient toujours fonctionné ainsi, comme si c'était normal tout simplement. Comme ça l'aurait été si elle avait pris conscience de certaines choses vingt-huit années plus tôt.
« Serre-la dans tes bras.
- Quoi ?! S'étonna Théo avant d'hausser un sourcil curieux. C'est tout ?
- Serre-la dans tes bras et dis-lui que tu l'aimes. Vous avez tous les deux des torts, mais tu l'aimes autant qu'elle t'aime. C'est le plus important. Elle n'a besoin que de savoir que tu lui pardonnes. Elle sait qu'elle a commis une erreur, tu n'as pas à la lui rappeler. Est-ce que tu penses pouvoir le faire ? »
Théo hésita une seconde, puis finit par acquiescer en prononçant un « Oui » plein d'une nouvelle témérité. Alors elle lui sourit et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Il passa ses bras autour d'elle et ce qu'elle avait prévu comme un simple bisou se transforma en un langoureux baiser. Même s'ils n'avaient aucun temps à perdre, elle se plongea dans cette étreinte, sachant pertinemment qu'il en avait besoin pour se donner du courage.
Elle le regretta quelques secondes plus tard quand la porte de l'appartement d'Ella s'ouvrit à la volée et qu'ils se retrouvèrent là, surpris à se bécoter dans le couloir comme des adolescents. Ils se détachèrent d'un bond avant de se retrouver face à Ella et Winifred qui les fixaient, l'air ahuri et au bord de la crise de rire - pour la rouquine - et hautement perturbé - pour leur fille.
« Waouh, émit finalement sa nièce de coeur. Voilà un spectacle auquel je ne pensais pas assister un jour. Pas que j'y pensais hein, mais juste… Waouh ! »
Hermione sut aussitôt que tous les Weasley, Potter et autres membres de l'Ordre du Phénix dont ils étaient toujours proches seraient au courant de cette histoire avant la fin de la journée. Elle avait escompté en parler à Ron et à ses fils avant que quiconque ne puisse le leur dire, mais elle pouvait faire une croix sur son programme. Winifred pouffa finalement avant de se tourner vers une Ella figée, et déclara gravement :
« Je m'occupe de tout, d'accord ? Je vais aller parler au reste de l'équipe et je viendrais te voir d'ici la fin de la journée pour t'informer de ce qu'on aura trouvé. Mais s'il te plait, ne fais rien de dangereux, Toby m'en voudrait à mort sinon ! »
Ella ne paraissait pas en mesure de répondre, les yeux toujours fixés sur ses parents qui avaient pourtant imposé une certaine distance entre eux pour ne pas la brusquer. Consciente qu'elle n'aurait droit à aucune réaction, Winifred agita la main devant les yeux d'Ella avant de secouer la tête, dépitée. Puis elle leur offrit le même geste, les salua joyeusement, puis s'éloigna en direction de l'ascenseur.
Une fois qu'elle eut disparue, Hermione reporta son attention sur sa fille qui les regardait sans même ciller. Ella paraissait fatiguée, ses yeux rougis par une absence conséquente de sommeil et les traits tirés. Hermione se douta alors que ce n'était pas simplement leur baiser qui l'avait plongée dans cet état catatonique alarmant, et Théo parut comprendre la même chose. Sauf qu'au contraire d'elle, il se permit d'agir en conséquence.
D'un pas, il s'avança vers Ella avant de l'enlacer. L'espace d'un instant, la jeune femme resta paralysée, puis ses épaules s'affaissèrent d'un seul coup alors qu'un soupir s'échappait de ses lèvres. Hermione eut l'impression qu'Ella avait retenu son souffle tout ce temps, depuis le départ de son père, et qu'enfin, elle pouvait de nouveau respirer convenablement. Hermione crut voir une larme lui échapper avant qu'elle n'enfouisse son visage au creux du cou de Théo qui la serra plus fort encore. Un petit rire grelottant retentit avant qu'Ella ne bafouille :
« Tu m'écrabouilles, papa. »
Théo desserra son étreinte sans pour autant lâcher complètement Ella. Il la tint à bout de bras, ses mains posées sur ses épaules qui tremblotaient un peu et Hermione vit son expression changer peu à peu. Elle savait pourquoi. Elle avait l'air à bouts de nerfs, prête à éclater en sanglots, et Théo crut vraisemblablement qu'ils en étaient la cause puisqu'il parut aussi gêné qu'agacé. Il n'eut heureusement pas le temps de formuler la moindre interrogation qu'Ella chuchota :
« Tu m'as tellement manqué, papa.
- Toi aussi, ma Ellarosa, répondit aussitôt Théo avant de jeter un coup d'oeil en direction d'Hermione et de s'écrier avant un peu trop d'enthousiasme : Et tu as vu, Hermione est là aussi ! »
Hermione faillit se mettre à rire. Sans doute qu'elle l'avait vue, oui. Et Théo venait de mettre les pieds en pleine bouse de dragon. Elle craignait qu'Ella ne fasse une remarque désagréable dont elle avait le secret et que le semblant de relation qu'elles étaient parvenues à tisser ne s'étiole d'un seul coup. Pourtant, la jeune femme se contenta d'hausser un sourcil railleur et de répliquer :
« Vu ?! Oui, papa, j'ai remarqué qu'elle était là… Et ce n'est pas seule chose que j'ai pu découvrir, d'ailleurs. »
Son ton était un peu plus tendu que d'ordinaire, mais elle s'arrêta là, ne se mit ni à vociférer ni à supplier son père de ne plus jamais embrasser sa mère. En bref, elle n'eut aucune réaction extravagante digne de la jeune fille de dix-sept ans qu'elle n'était plus et un poids s'enleva aussitôt des épaules d'Hermione qui n'avait pas besoin de cette angoisse supplémentaire. Elle se promit pourtant d'interroger Ella un peu plus tard, lorsqu'elles seraient seules, afin de s'assurer que tout irait bien et qu'elle ne risquait pas d'imploser à un autre moment. Néanmoins, ce n'était pas leur priorité en cet instant, et elle le rappela à Théo d'un seul regard qu'il analysa aisément.
« On pourrait peut-être rentrer ? »
Ella acquiesça sans hésiter avant de leur céder le passage et elle adressa un petit sourire un peu nerveux à Hermione lorsque cette dernière entra. Elle referma la porte derrière eux, mais Hermione ne l'entendit qu'à peine et contempla l'étonnant décor que constituait l'appartement de sa fille. Elle ne s'était pas attendue à cela, loin de là.
Plusieurs cadavres de paquets de gâteaux et d'emballages de tablettes de chocolat envahissaient la table basse. Un pyjama froissé reposait sur le bras du canapé. Et une bonne dizaine de mouchoirs usagés entouraient la poubelle, comme si quelqu'un s'était amusé à viser l'objet sans parvenir à l'atteindre.
Hermione jeta un coup d'oeil à Théo, se demandant silencieusement s'il était de l'habitude d'Ella d'être aussi désordonnée, mais il paraissait aussi effaré qu'elle, et se tourna vers sa fille.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?! Et… Tu as l'air épuisée, Ella. »
Ella jeta un coup d'oeil embarrassé en direction de son bazar, et Hermione s'empara de sa baguette magique pour faire un brin de ménage. Il ne lui suffit que d'un sortilège pour que tout ce désordre atterrisse à la poubelle. Malheureusement, elle n'en connaissait aucun pour faire disparaitre l'expression d'angoisse qui assombrissait les traits de leur propriétaire.
« C'est… C'est Toby, chuchota finalement Ella, et des larmes lui montèrent aux yeux.
- Toby ? Répéta Théo sans comprendre avant de plisser le nez. Si tu me dis qu'il t'empêche de dormir, je ne veux pas savoir comment, Ella ! »
La tentative d'humour paternel tomba à plat, alors qu'un larme glissait sur la joue d'Ella qui l'essuya d'un geste brusque avant d'ajouter, la gorge nouée :
« Il a disparu.
- Disparu ?! »
Hermione n'avait pu s'empêcher d'intervenir, alors même qu'elle essayait de se faire toute petite, comme pour ne pas brusquer Ella davantage. Au fond, si elle avait été sûre que Théo n'ait pas besoin de soutien, sans doute serait-elle restée au rez-de-chaussée. Mais maintenant qu'elle était là, il lui fut impossible de garder le silence.
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Questionna Théo en se rapprochant d'elle pour passer un bras au-dessus de ses épaules et la conduire vers le canapé. Nous savons qu'il a été renvoyé pour une durée indéterminée, tu ne penses pas qu'il a peut-être juste voulu avoir un peu de temps pour lui ? »
Ella secoua la tête en essuyant une nouvelle larme et Hermione ne parvint pas à se contrôler davantage. Elle se rapprocha à son tour et s'installa sur le fauteuil le plus proche, à seulement un petit pas d'Ella qui, soutenue par son père, parvint à leur résumé tout ce qu'elle savait.
Hermione l'écouta, l'estomac retourné, stupéfaite que la situation puisse à ce point échapper à leur contrôle tout à coup. Ils étaient revenus en Angleterre pour retrouver une personne disparue, et voilà qu'ils se retrouvaient à devoir en chercher une de plus.
Elle avait compté sur Toby pour les aider à découvrir ce qu'il se tramait et parvenir à sauver Din. Désormais, elle comprenait qu'ils ne pourraient pas compter sur lui, et qu'à eux trois, ils ne seraient pas capables de tout résoudre sans aide. Elle réalisa aussi qu'à chaque fois que Théo et elle se retrouvaient, des drames se produisaient. Si elle avait cru aux sottises comme les signes, elle aurait peut-être pu redouter ce qu'ils affronteraient en vivant ensemble. Mais bien entendu, celle qui avait méprisé la Divination, n'y croyait pas une seule seconde. Elle espéra juste qu'ils puissent avoir plus d'une semaine de calme après tout cette histoire.
Mais avant cela, ils auraient besoin des seules personnes sur lesquelles elle savait pouvoir compter en cas de crises. Harry, Ron et toutes les membres de l'Ordre disponibles. Elle était prête à les sortir de leur retraite et savait qu'ils répondraient présents, comme toujours.
« Je vais aller chez Harry, déclara-t-elle en se levant alors qu'Ella concluait.
Winifred a dit que je devais les laisser s'en charger. Elle et les autres membres de l'équipe de Toby, expliqua Ella en secouant la tête. Elle dit que c'est une affaire pour les Aurors et que je ne peux pas m'en mêler… »
Hermione jeta un coup d'oeil à Théo, l'incitant à admettre les raisons de leurs présences. Il parut hésitant et elle savait pourquoi. Ella paraissait déjà au bord de la crise de la nerfs, et elle aimait les Elfes - et les Masra en particulier - comme s'ils étaient des membres de sa famille. La nouvelle la blesserait, mais elle ne pouvait pas rester dans l'ignorance.
Alors comme Théo restait silencieux, Hermione accepta une fois de plus le rôle de celle qui faisait du mal à Ella, involontairement cette fois, et pria pour que le courroux de la jeune femme n'atteigne pas le simple messager qu'elle était.
« Ella, Din a disparu. »
Toby ouvrit les yeux en s'étouffant, et il réprima son haut-le-coeur avant d'observer les lieux. Son dernier souvenir datait d'il-ne-savait-combien de temps, lorsque Summerby lui avait fait avaler une potion répugnante qui l'avait fait sombrer dans le sommeil en moins de deux. Il n'avait pas compris pourquoi, après tous ces doloris et ces maléfices, le Sorcier d'Elite avait trouvé pertinent de l'endormir. Il s'évanouissait si souvent qu'il aurait pu attendre son prochain étourdissement. Mais aussitôt qu'il découvrit ce qui l'entourait, il comprit.
Il avait été déplacé.
Il grimaça en réalisant qu'il avait perdu une occasion de s'échapper, puis éprouva un certain soulagement en réalisant qu'il n'était pas seul. L'enfant Elfe était toujours avec lui, l'aiguille toujours enfoncée dans son bras. Il paraissait encore plus pâle que plus tôt, et Toby s'en inquiéta. Il savait qu'aucun Elfe ne pouvait survivre longtemps loin de la Baie et que le sang qui lui était volé ne rendrait cette certitude que plus juste encore.
Puis il prit conscience qu'ils étaient seuls tous les deux pour la première fois. Il essaya de bouger un peu les poignets puis, sachant qu'il ne pourrait pas se libérer ainsi, il se tortilla jusqu'à parvenir à se mettre à genoux. Ses chevilles étant aussi attachées l'une à l'autre, il n'essaya pas de se lever complètement et avança ainsi, centimètre par centimètre, jusqu'à atteindre l'enfant dont le regard paraissait déjà vide.
« Eh ! Chuchota-t-il avant d'hausser le ton. Eh, petit ! Comment tu te sens ? »
L'enfant cilla enfin et tourna légèrement la tête vers lui. Sa lèvre inférieure tremblota sous l'effort qu'il faisait pour contenir ses larmes, et Toby lui décrocha un sourire, espérant ainsi le rassurer quant à l'issu de ce qu'ils vivaient.
« Comment tu t'appelles ?
- D-Din… bégaya l'Elfe avant de renifler. J'ai la tête qui tourne. »
Toby sentit son coeur se serrer, non pas à cause de cette dernière phrase qui lui fit un peu peur, mais par la faute du prénom. Ella lui avait parlé d'Eingil, lui rappelant cette jalousie inoffensive qu'il éprouvait à l'époque. Et elle lui avait dit qu'il avait eu des enfants. Une petite fille aussi bavarde que lui, Tinok. Et un garçon aussi fort et courageux que son grand-père. Din.
L'envie de le sauver se fit plus féroce encore, et il se mit à réfléchir de toutes ses forces au meilleur moyen d'y parvenir. Les cordes magiques qui enserraient ses pieds et ses mains lui compliquaient la tâche, mais il refusa de s'avouer vaincu et décida de s'occuper de l'essentiel d'abord. Rassurer Din.
« C'est normal. C'est à cause de tout ce sang qu'ils te prennent, mais ne t'inquiète pas, je vais nous sortir de là et te ramener chez toi, d'accord ?
- Comment ?
- Je vais me libérer et ensuite, ce sera un jeu d'enfants. Je crois savoir où ils nous ont emmenés, expliqua-t-il en observant de nouveau les murs qui lui rappelaient ces salles au sous-sol du Ministère, où ils emmenaient parfois les prisonniers les plus dangereux.
- Mais tu ne peux pas me ramener chez moi… C'est trop loin, murmura Din avant de se remettre à pleurer. Je… Je… Je ne la sens même plus. La… La Baie. Elle est trop… Trop loin. »
Toby serra les dents avant d'essayer de se redresser davantage. Il aurait voulu pouvoir se libérer de ses liens, ne serait ce que pour prendre l'enfant dans ses bras et lui promettre que tout irait bien. Il se souvenait encore parfaitement de ce que c'était d'être si jeune, si fragile, et de devoir affronter des situations où les adultes étaient vos bourreaux. Il refusait que Din subisse davantage.
« Ne t'inquiète pas. Tout ira bien. Tu reverras la Baie Vermelha très bientôt. Et ton père, et ta mère, et ta petite soeur aussi… »
Din ravala bruyamment un sanglot avant de se tourner vers lui avec une expression suspicieuse qui aurait pu être drôle si elle n'avait pas été aussi sombre.
« Comment tu connais le nom de la Baie ? Et que j'ai une petite soeur ? »
Toby esquissa un sourire un peu tordu de par la douleur qui commençait à résonner en lui, sa posture étant tout sauf confortable, surtout avec les nombreuses blessures qui marquaient son corps tout entier. Ella lui avait dit que Din était malin, vif d'esprit et particulièrement féroce. Il était heureux de constater que malgré la situation, l'enfant était encore suffisamment conscient pour conserver ses qualités.
« Je m'appelle Tobias Malefoy. Il y a dix ans, je suis allé chez toi avec Ella Nott, et j'ai rencontré ton père, Eingil. Et ton grand-père aussi, Masra. Ton père m'a sauvé la vie.
- Tu es le garçon avec la jambe coupée ? »
Toby s'esclaffa avant d'indiquer ses deux jambes bien présentes avant de s'amuser :
« Je crois que ton père a un peu exagéré cette histoire. J'ai juste eu un gros morceau de chair arrachée, mais je n'ai qu'une cicatrice de rien du tout maintenant.
- Mais c'est toi qu'Ella aime, alors ? »
Une tension nouvelle durcit le corps tout entier de Toby qui s'efforça d'hocher la tête, persuadé qu'il ne mentait pas. Oui, c'était lui qu'Ella aimait, quoi qu'elle ait pu dire à l'époque et quelles que soient les barrières qu'elle voudrait mettre en eux. Elle l'aimait. Il l'espérait de tout son coeur du moins.
« Papa avait dit que tu étais moche, lui apprit alors Din avec un froncement de sourcils. Mais ça va, t'es plutôt pas moche pour un humain.
- Merci. »
Il ne put s'attarder sur le sens de ce « pour un humain » qui transformait clairement le compliment en insulte. Un bruit lui parvint subitement depuis l'autre côté de la porte et il ravala un gros mot - il n'allait pas apprendre des insultes à un enfant aussi jeune - avant de s'empresser d'ordonner :
« Fais semblant d'être évanoui, Din. Reste calme, ne pleure pas, ne crie pas. Ne leur montre pas que tu as peur, d'accord ?
- D'accord, approuva l'enfant en hochant bravement la tête.
- Sois courageux.
- Toi aussi. »
Toby acquiesça en sentant sa peur monter d'un cran. Pas pour lui. Il avait déjà tant souffert qu'il ne voyait pas bien ce qu'ils pourraient lui faire subir de pire. Pour cet enfant qui méritait de retourner chez lui sain et sauf, sans que des cauchemars le hantent jusqu'à la fin de sa vie.
Toby lui sourit une dernière fois avant de se projeter en arrière, s'éloignant de Din au moment même où la porte s'ouvrait en un grincement pour finir par se fracasser contre le mur. Din eut un léger sursaut, mais ferma les yeux très fort alors que Toby prenait une profonde inspiration, prêt pour une nouvelle séance de torture.
Il comprit qu'il affronterait bien pire cette fois ci en voyant Rhys Demontmorency entrer. Seul. L'homme qu'il haïssait tout à coup plus que tous les gens qu'il avait détestés au cours de sa vie lui décrocha un sourire glaçant avant de refermer la porte en un claquement. Puis il s'avança à pas nonchalants, l'air de jouir de cette situation où - enfin - il avait entièrement le dessus sur lui, et Toby se répéta un « Sois courageux » en carrant les épaules.
Il pouvait le faire. Il n'offrirait pas à cet homme la satisfaction d'attiser ses émotions. Il apposa alors sur son visage le masque des Malefoy qu'il n'utilisait plus depuis tant d'années, masque qui - comme autrefois - dissimula parfaitement toute la haine et le mépris qu'il éprouvait pour Rhys Demontmorency. Et d'un ton aussi railleur que celui que son père avait mille fois employés à une toute autre époque, il railla :
« J'ai failli attendre.
- Je n'avais pas conscience que vous espériez ma présence, Tobias.
- Vous avez dit que vous aviez des choses à me raconter, rappela Toby en parvenant à hausser les épaules malgré les liens qui les tendaient en arrière.
- En effet.
- Alors puisque je suis en train de vivre mes derniers instants, autant que je sache pourquoi, je suppose. Ça rendra toute cette situation un peu moins injuste. »
Rhys éclata de rire avant de s'emparer de sa baguette qu'il fit tournoyer en prononçant une formule. Une chaise apparut alors et il s'y installa en croisant les jambes, l'air détendu malgré la présence de l'enfant tremblant et de l'adulte couvert de sang qui lui faisait face.
« Très bien. Je m'en voudrais de priver un homme de sa dernière volonté.
- Oh ! Si j'ai le droit à une dernière volonté, votre histoire n'est peut-être pas ma priorité. Je peux choisir autre chose ? Une part de mousse au chocolat ? Une fellation ? Pas de votre part, évidemment, mais si vous pouviez m'organiser un petit face à face avec Ella… »
Sa tête partit en arrière sous le coup de poing que Rhys lui décrocha en plein nez.
Touché.
Toby se redressa un peu et fit tourner son cou dans un sens puis dans l'autre pour se remettre les idées en place. Rhys, le regard noir de haine, paraissait prêt à le frapper de nouveau, et Toby se demanda combien de chance il avait de pouvoir s'emparer de sa baguette magique lors d'un corps-à-corps. Le pourcentage était faible, mais mieux que rien.
Malheureusement, Rhys retrouva finalement son calme et se réinstalla en souriant.
« Par où commencer… »
Il passa sa main dans ses cheveux, l'air de vraiment y réfléchir et Toby sentit une pointe d'avidité l'envahir. Au fond, il voulait savoir. Et pas parce qu'il avait l'intention de mourir dans les prochaines heures, il était déterminé à s'en sortir, à ramener Din chez lui et à renvoyer Rhys à l'enfer auquel il appartenait. Mais parce que s'il avait compris la plupart des raisons qui avaient poussées Rhys à agir ainsi, certaines lui échappaient encore. Et comme tout bon Auror, il savait qu'aucun jugement ne pouvait être rendu sans des preuves solides.
Alors il attendit, presque impatient à l'idée qu'enfin, Rhys se décide à parler.
Mais lorsqu'il finit par le faire, ce fut pour raconter une histoire que Toby, même dans ses pires cauchemars n'aurait pu soupçonner. Une histoire qu'il n'aurait jamais pu deviner seul et qui lui offrit un aller simple vers le cerveau d'un homme qui n'était pas simplement cruel et avide de pouvoir, mais tout bonnement inhumain.
« Comme toutes les bonnes histoires, la mienne commence avec mon père… D'ailleurs, je crois que tu l'as connu. Il s'appelait Théophile Nott. Et c'est mon frère qui l'a tué. »
Note _ MOUHAHA ... *sourire de psychopathe*
Petites questions _ 1. Qui veut faire des câlins à Toby ? (Lève la main très haut !) Vraiment, dans quel bordel il s'est mis, là ? xD ; 2. Un peu rassurés qu'Ella finisse ENFIN par se poser des questions ? (un peu tard me direz vous...) ; 3. Uhm... Rhys ? A quel point vous dégoûte-t-il ? A quel point voulez-vous l'écrabouiller ? Et euh... Que pensez-vous de cette révélation finale ? xD ; 4. Hermione & Théo ? (Hermione qui donne des conseils à Théo au sujet d'Ella, j'étais aussi choquée qu'elle je crois xD) ; 5. Ce chapitre vous a plu ? Qu'imaginez vous pour la suite ? Qui va mourir, qui va survivre ?
Dans le prochain épisode _ une réunion au sommet, des préjugés, un traumatisme d'enfance, des fantômes du passé, une histoire, des preuves, une menace pire que la mort, du dégoût, un sac, une potion, un espoir, une promesse, une méconnaissance des animaux qui coûte cher & une tempête.
Voili voilouu ! Des bisous (de loin, masqués & co) contre des reviews !
Bewitch_Tales
