Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...

Genre _ Romance / Famille / Suspens.

Rating _ M ... :P

Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...

Note de l'Auteure _ Et toujours rapide... :D J'ai fini de corriger ce que je voulais changer (hors épilogue. J'en suis pas encore touuuut à fait fière.), et du coup je peux vous dire que 1. je vais poster rapidement ^^ Je vous ai assez faits attendre, je crois. 2. Y'aura 14 chapitres en tout ^^ (c'était prévu 13 je sais, mais j'ai coupé le 12 en deux suite aux changements...)

Et sur ces mots, je vous laisse avec le chapitre... Bonne lecture !


Ellarosa - Vermelha

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Chapitre 11

« On peut se sacrifier pour ses propres idées, mais pas pour la folie des autres. »

Stefan Zweig.

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Le salon des Potter n'avait pas été le lieu de telles activités depuis des années déjà, malgré les nombreuses fêtes et autre rencontres au sommet entre les membres de cette famille élargie. Habituellement, l'ambiance aurait été à l'amusement - ils se retrouvaient au final peu souvent tous ensemble - mais la situation ne s'y prêtait pas. Comme la dernière fois qu'ils s'étaient tous réunis en présence de Théodore Nott, ils avaient trop de problèmes à résoudre pour plaisanter.

Hermione était parvenue à joindre la plupart des membres de l'ordre, ou du moins ceux qui avaient participé à la mission de sauvetage de Théo, dix ans plus tôt. Ceux qui savaient tout de l'existence de la Baie et de ses habitants donc, et avaient le droit d'en parler entre eux uniquement, sous peine de mourir net. En effet, la Reine Meleke leur avait à l'époque fait promettre de ne jamais dévoiler quoi que ce soit à leur sujet à quiconque d'extérieur à leur petit groupe. Et une promesse faite à la Reine des Elfes, quand bien même était-elle décédée, ne pouvait être brisée.

Théo, lui, avait rameuté les Malefoy et les Zabini. Drago faisait les cent pas, l'air si perdu que même Blaise n'osait pas lancer la moindre vanne comme c'était son habitude, et Pansy elle-même, d'ordinaire plutôt habile à cacher ses émotions, peinait cette fois à les contrôler.

Ella les observait tous depuis son coin du canapé. Scarlett était assise auprès d'elle, la main serrant la sienne à l'en faire mal pour la soutenir du mieux qu'elle pouvait. Scott, installé sur le bras du fauteuil près de son épouse, paraissait ne pas savoir quoi faire de lui-même. En vérité, elle était dans le même cas que lui.

« Et cet homme donc, grommela Drago sans s'arrêter de piétiner le tapis des Potter. Ce Rhys… Pourquoi est-ce qu'on ne va pas le voir immédiatement ? On l'interroge, j'ai du Veritaserum chez moi, et ensuite…

- C'est illégal, rappela Hermione avec un froncement de sourcil désapprobateur. Et Winifred et les autres collègues de Toby s'en occupent à l'heure actuelle. Nous vous avons avant tout fait venir pour nous charger de Din. C'est un enfant, il ne sait pas se défendre, c'est pour lui que nous nous inquiétons le plus.

- Désolé, Granger, mais moi c'est la disparition de mon fils qui me préoccupe ! »

Le ton monta illico. Hermione répliqua, Drago la railla, et une dispute éclata. Ella ferma les yeux en espérant ne plus les entendre alors que ses soupçons enflaient en elle depuis des heures. Depuis l'instant où elle avait appris la disparition de Din et où, juste une seconde, elle avait pensé « Et si ? ». Elle ne voulait pas y croire, mais l'idée affreuse que cette nouvelle avait fait naître en elle refusait de s'en aller. Et malgré sa furieuse envie d'avoir tort, elle savait également qu'elle ne pouvait pas juste se taire et lança :

« Et si leurs disparitions étaient liées ? »

Drago, qui était en train d'hurler un « Je n'ai pas besoin de l'opinion d'une Sang-de-Bourbe ! » se tut aussi sec. Heureusement d'ailleurs, car Théo s'avançait déjà vers lui, une expression meurtrière sur le visage, et que cela le poussa à s'arrêter net lui aussi.

Ella sentit les regards de tous les gens autour d'eux se poser sur elle et elle se redressa un peu, serrant la main de Scarlett en espérant y puiser du courage. Jamais elle n'avait été aussi heureuse d'avoir sa meilleure amie auprès d'elle. Elle ne savait pas comment elle aurait pu tenir le coup sans elle.

« Comment ça, liées ? » demanda Harry, intervenant pour la première fois depuis le début de la conversation, comme éreinté d'avoir à constamment subir des aventures alors qu'il n'aspirait qu'à un certain calme.

Ella hésita une seconde. Elle voulait se tromper. Jamais elle n'en avait eu autant envie. Mais elle finit par expliquer, d'une voix sourde tant elle se maudissait d'y penser.

« Rhys a dit qu'il avait un nouvel ingrédient pour une de mes potions. Un ingrédient très puissant qui pourrait me permettre de la stabiliser, qu'il ne connaissait pas le nom scientifique de la créature, mais qu'il était occupé à extraire cet ingrédient en ce moment…

- Oh Merlin, haleta Scarlett, l'air horrifié. Tu crois qu'il parlait de cet enfant ?! Mais… Mais ce n'est qu'un enfant ! Comment est-ce qu'il pourrait…

- C'est une créature. »

L'intervention de Blaise provoqua un silence lourd de sens, et Samya donna un coup de coude à son père, l'air furieuse qu'il ait osé dire une chose pareille. Aussitôt, Blaise leva les mains comme pour leur dire de ne pas lui lancer de sortilège et ajouta d'une voix plus calme :

« C'est ce que penseront la plupart des sorciers. J'ai rencontré les Elfes, j'ai même intimement connu certains d'entre eux, susurra-t-il, rêveur. Donc je ne pense pas ainsi. Mais nombre de gens le verront de cette façon.

- Il a raison, approuva Hermione avant de se sentir forcée d'éclaircir son propos avant de s'attirer des foudres. Soyez réalistes ! Les loup-garous ont toujours des statuts inférieurs à ceux des autres sorciers, n'est ce pas ? (Remus hocha tristement la tête.) Les Elfes de Maison doivent constamment se battre pour obtenir des droits humainement acceptables, malgré les nombreuses lois votées en leur faveur. Certains estiment même toujours que les Nés-Moldus ne méritent pas le statut de sorcier, pensent que les Sang-Purs ne devraient pas épouser des moldus, méprisent les Cracmols… Soyons francs, on vit dans un monde archaïque. Alors que pensez-vous donc que les gens diront en apprenant qu'il existe un peuple très puissant qui se cache dans une forêt lointaine depuis des millénaires ? Croyez-vous vraiment qu'ils les catalogueront comme des humains ou comme des animaux ? »

Son petit laïus eut l'effet escompté et ils prirent tous conscience qu'elle avait entièrement raison, Ella en tête. Elle s'en était doutée, et c'était cela qui l'avait poussée à se répéter tout ce qu'avait dit Rhys ces derniers jours. Maintenant qu'elle y pensait, elle se souvenait aussi qu'il s'était montré curieux dès le départ à de multiples reprises, discrètement pourtant. Il avait vu une photo de son père et elle devant la Baie et avait demandé où elle avait été prise, puis l'avait interrogée au sujet des prouesses botaniques de Théo en suggérant qu'il devait avoir des sources inconnues.

Elle ne voulait pas le croire pourtant, une petite part d'elle refusant viscéralement de considérer Rhys comme son ennemi. Elle ne pouvait pas s'être à ce point trompée sur sa nature, ni être aveuglée par son apparence et sa courtoisie aussi aisément.

Elle devait aussi se rendre à l'évidence malheureusement : tous les indices concordaient dans la direction de Rhys, et elle devait essayer de l'accepter. Tout comme elle devrait se faire à ce qu'elle avait sous les yeux.

Son père se rapprocha d'Hermione et posa une main sur son épaule avant de plaisanter au sujet de son caractère de Lionne d'une voix bien trop intimiste, et un lourd silence pesa dans la pièce. Ella remarqua que plusieurs membres de l'Ordre se jetaient des coups d'oeil entendus, puis elle focalisa son attention sur les gens dont l'opinion comptait réellement.

Harry et Ginny échangèrent un sourire de connivence comme s'ils avaient attendu cela depuis longtemps. Ron blêmit légèrement avant de devenir aussi rouge que son blason. Scott grimaça - et Scarlett lui fit aussitôt les gros yeux, l'air de lui dire qu'il avait intérêt à se taire s'il ne voulait pas se prendre un mauvais coup. Et Timothy, incapable de se taire du fait de la pseudo crise d'adolescence qu'il se plaisait un peu trop à mettre sur le dos de chacune de ses bêtises, lança à la volée :

« Attends, c'est pour ça que je n'ai pas pu rentrer à la maison ce week-end ?! »

Théo retira sa main de l'épaule d'Hermione qui s'empourpra légèrement, avant de secouer la tête, comme pour nier ce qu'ils avaient pourtant tous constaté. Ella crut déceler une nuance de doute dans le regard de son père, comme s'il craignait qu'Hermione ne le rejette une fois de plus, et elle sentit ses muscles se tendre, prêts à l'attaque.

Lorsqu'elle les avait surpris sur le seuil de son appartement, quelques heures plus tôt, elle avait éprouvé un savant mélange de jubilation et d'amertume. C'était la petite fille de six ans qui pensait qu'avoir une maman devait être super qui s'extasiait. C'était l'adolescente de seize qui éprouvait du dégoût, de la rancoeur, à l'idée de devoir se faire à cette idée.

La femme de vingt-sept, elle, ne savait pas trop quoi en penser. Tout ce dont elle était certaine, c'était qu'au moindre faux-pas d'Hermione, elle sortirait les griffes.

« Ce n'est pas le sujet, bégaya Hermione en espérant clairement qu'elle n'aurait pas à répondre à un interrogatoire. On devrait…

- Je vais devoir subir deux beaux-parents du coup ? Interrompit Timothy en arborant l'expression désabusée typique d'un ado. Parce que j'ai déjà suffisamment à faire avec Gemma, franchement !

- Ne mêle pas Gemma à tout ça, ronchonna Ron avant de grommeler en direction d'Hermione et Théo : Alors, vous deux… ? »

Hermione soupira alors que Théo passait nerveusement sa main sur sa nuque, l'air de ne pas savoir quoi faire ou dire. Il attendait apparemment de voir comment Hermione voulait gérer la situation, et Ella en voulut un peu à sa mère, qui n'était pourtant pas responsable. Théo avait juste tant l'habitude de la voir décider de tout qu'il paraissait incapable de se jeter dans le vide à sa place, comme s'il craignait qu'un pas fait trop vite ne puisse les briser.

La peur d'Hermione était bien différente, et Ella le comprit dès que sa mère lui jeta un coup d'oeil en coin, tiraillée. Elle redoutait simplement sa réaction. Ella s'en voulut aussitôt de n'avoir rien dit un peu plus tôt, mais elle avait été si surprise qu'elle en était restée muette. Et malgré les sentiments mitigés que lui laissaient l'idée d'une relation entre ses deux parents, elle fit la seule chose qu'elle avait à faire. Parce qu'elle était une adulte, que son père méritait d'être heureux, et qu'elle s'était déjà suffisamment dressée entre eux.

« Ils étaient en train de s'embrasser à pleine bouche dans le couloir de mon appartement tout à l'heure, annonça-t-elle alors avec grandiloquence, un sourire aux lèvres afin qu'ils constatent tous qu'elle l'acceptait.

- Quoi ? Beurk ! S'écria Scott, pas plus mature de Timothy qui déclara à son tour :

- Ne te plains pas ! Moi je les ai vus nus, un jour. Ça m'a traumatisé.

- Je te l'avais dit, siffla Ron à l'intention d'une Hermione pétrifiée.

- Je plaisantais, papa, rétorqua Timy, blasé. Et puis c'est grâce à ça que j'ai su comment le sexe fonctionnait. Avant ça, je croyais qu'on ne faisait des trucs que pour avoir des bébés, et puis quand j'ai vu que maman ne tombait pas enceinte, je me suis dit que c'était aussi pour s'amuser !

- Crois-moi, tu aurais pu le découvrir autrement, commenta Scott, s'attirant un sourire complice de sa femme. Et sans à voir maman et Théo entièrement nus. »

Ella écouta ses deux frères s'envoyer des piques, détendant irrésistiblement l'atmosphère, et finit par se tourner vers son père qui l'observait, l'air perdu. Alors elle lui sourit, lui promettant ainsi que tout irait bien et qu'elle parviendrait à l'accepter. Elle savait qu'ils devraient finir par en parler, son père adorant analyser ses émotions pour s'assurer qu'il ne faisait rien pour la blesser, jamais.

Mais cela pouvait attendre, et non pas juste parce que la situation exigeait toute leur attention, mais parce qu'elle ne voulait simplement plus s'en mêler. Ses parents étaient des adultes, et elle devait cesser de se préoccuper d'eux, de s'inquiéter à l'idée que sa mère puisse faire de nouveau souffrir son père, et de toutes ces choses qui ne la concernaient finalement pas.

Harry frappa subitement dans ses mains, rappelant leur joyeuse bande à l'ordre et Scott et Timothy se turent comme un seul homme, leurs sourires s'évanouissant peu à peu, alors que les raisons de leurs présences leur revenaient. Théo remercia Harry d'un rictus amusé et l'ancien symbole de la Résistance leur fit face, bien décidé à reprendre son rôle, au moins pour un petit moment.

« Très bien. Ella, tu as bien dit que Winifred reviendrait d'ici la fin de la journée ?

- A condition que le Directeur du bureau des Aurors accepte de leur fournir un mandat, oui.

- Je peux me charger de ça, intervint Hermione en se redressant. S'il essaie de l'en empêcher, je suis membre du Magenmagot et ait toute l'autorité nécessaire pour leur fournir un mandat dans la journée.

- Parfait. Ensuite, nous devons confirmer la piste d'Ella. Nous devons être certains que Toby et Din sont en lien avec ce… Rhys, c'est ça ?

- Oui, Rhys Demontmorency. »

Harry hocha sérieusement la tête, prêt à poser mille autres questions afin d'avoir toutes les cartes en main, mais Théo ne lui en laissa pas le temps et répéta :

« Demontmorency ? Ce nom me rappelle quelque chose…

- Il est connu dans le milieu des Potions, rappela Ella en haussant les épaules. Tu l'as peut-être même déjà rencontré… Même si je suppose qu'il m'en aurait parlé. »

Son père secoua la tête, ses sourcils froncés atteignant presque ses yeux d'un bleu nuit trop intense, comme toujours lorsqu'il réfléchissait. Mais Drago trouva la réponse avant lui, et la lui offrit en paraissant un peu mal à l'aise. Ella comprit vite pourquoi.

« Ce n'est pas le nom de cette femme avec laquelle ton père… Fricotait ?

- La fameuse maîtresse ! S'exclama Blaise comme si Drago ne s'était pas montré suffisamment clair, alors qu'il essayait juste d'être discret. Merlin, cette femme… Mes premiers rêves érotiques d'adolescent la concernaient tous ! »

Samya, que sa grossesse rendait encore plus acerbe que d'ordinaire, bouscula vaillamment son père en lui adressant une oeillade sévère, mais Ella ne s'en rendit qu'à peine compte. Toute son attention était tournée vers son père qui, perdu dans ses souvenirs, paraissait être en pleine tourmente. Hermione chuchota son prénom, comme pour le ramener au présent, et Théo finit par articuler :

« Ce n'est pas possible…

- Papa ?

- Rhisiart Nott.

- Quoi ? »

Théo secoua la tête, l'air totalement abasourdi, un peu blême. Il avait l'air de s'être pris un coup en pleine tête, et Ella eut l'impression que ce coup ci l'assommerait elle aussi. Et lorsqu'enfin, son père finit par partager ses pensées avec eux, elle sentit la nausée lui monter aux lèvres.

« Rhisiart Nott était le nom de mon grand-père. Mais on l'appelait Rhys. Et mon père… Quand j'étais adolescent, il fréquentait une française du nom de Demontmorency. Tout le monde le savait, même ma mère. Ils ont eu une liaison pendant des années, jusqu'à mes… Treize ans, je crois. Quatorze peut-être. »

Ella se demanda si son père voulait dire ce que tout son discours sous-entendait. Et si ce cauchemar dans lequel elle semblait s'être réveillée le matin même allait un jour se terminer. Parce que si ses soupçons se confirmaient, cela signifierait que Rhys, l'homme qui avait tenté de l'embrasser, l'homme qu'elle avait reluqué à de multiples reprises était son… Un frisson de dégoût remonta le long de son échine alors que sa pensée se poursuivait contre son gré.

Son oncle. Rhys était peut-être son oncle.

Et comme pour lui asséner cette vérité répugnante, son père ajouta, l'air à la fois las et perdu :

« Ma mère disait qu'il s'était lassé d'elle après qu'elle soit tombée enceinte… »


« Mon père était un homme important, tu sais ? Il oeuvrait dans l'ombre au côté de Lord Voldemort lui-même, et il n'a pourtant jamais été appréhendé parce qu'il ne laissait aucune preuve derrière lui… Il était doué pour le mensonge et la manipulation, doué pour faire croire aux gens qu'il était quelqu'un d'autre que celui qu'il était vraiment. J'ai hérité ça de lui, tu ne crois pas ? »

Toby, le souffle coupé par l'horreur, considéra Rhys sans répondre. Le coeur au bord des lèvres, il se demandait comme un homme pouvait à ce point avoir perdu toute notion d'humanité et de ce qui différenciait supposément les gens des bêtes. Le coeur battant à tout rompre contre sa poitrine, il aurait voulu être capable de se débarrasser de ses liens pour se ruer sur Rhys qui, le visage lisse d'émotions, le contemplait, en l'attente d'une réponse.

« Ella est votre nièce. », fut la seule chose qu'il parvint à formuler.

Il avait envie de vomir, conscient pourtant que dans le monde sorcier, la chose était courante à une autre époque, et qu'il avait lui même parmi ses ancêtres, une certaine dose de consanguinité. Mais ils vivaient au vingt-et-unième siècle, la pureté du sang n'avait plus la même valeur qu'autrefois, ils n'étaient plus obligés se reproduire entre eux sans se soucier d'avoir des enfants aux pieds palmés.

« Certes, admit Rhys sans paraitre troublé plus que ça par cette idée.

- Mais vous… Vous tentiez de la séduire. Est-ce que c'était pour la manipuler ?! Vous jouiez un jeu avec elle et vous n'escomptiez pas aller plus loin, c'est ça ? Espéra-t-il naïvement.

- Et bien, au début peut-être. Mais nous devons admettre qu'Ella est une merveilleuse jeune femme.

- Vous êtes répugnant. »

Rhys éclata d'un rire un peu crispant avant de secouer la tête.

« Voyons, Tobias. Vous avez vous aussi partagé certaines choses avec elle, bien plus que moi d'ailleurs, sans vous soucier de l'impureté de son sang. Je suppose qu'en certaines circonstances, même les Sang-Purs tels que nous pouvons nous abaisser à frayer avec le commun des sorciers… »

Toby crut une seconde que Rhys faisait exprès de ne pas le comprendre, puis il réalisa qu'il n'en était rien. Rhys estimait réellement que le fait qu'Ella soit une Sang-Mêlée comptait davantage que ce qui l'horrifiait.

« C'est votre nièce, répéta-t-il gravement en articulant bien chaque syllabe, espérant faire comprendre à Rhys qu'il avait perdu l'esprit s'il pensait qu'Ella pourrait passer outre - sans compter qu'il détenait Toby, un jeune elfe qu'il tuait petit à petit et était totalement fou, bien entendu.

- Et votre mère et votre père partagent une arrière grande tante.

- Oui, tous les sorciers ont des ancêtres en commun.

- Exactement.

- Mais ils ne flirtent pas pour autant avec la fille de leur frère ! »

Rhys parut y réfléchir, mais comme si cela n'avait aucune importance, il haussa les épaules avant de réinstaller plus confortablement dans son siège. Toby se demanda alors comment il avait pu ne pas se rendre compte dès le départ que cet homme était dingue. Il faisait bien semblant en effet, et lors de leurs premières rencontres il n'avait rien soupçonné. Il se détestait pour cela, conscient que sa jalousie et sa colère l'avaient aveuglé jusqu'à lui faire perdre ses capacités d'Auror. Il aurait dû le savoir et l'arrêter, bien avant de se retrouver attaché à une chaise avec un enfant qu'on vidait de son sang comme un animal destiné à l'abattoir.

« Vous réalisez qu'Ella ne vous pardonnera jamais, pas vrai ? Gronda-t-il finalement. Elle comprendra ce que vous avez fait. À Din et à moi.

- Din ? Répéta Rhys avant de tourner la tête en direction du petit Elfe qui mimait toujours d'être évanoui. Ah, ça… Elle l'oubliera aussitôt qu'elle comprendra mes raisons. Elle se rangera à mes côtés, comme tous les sorciers capables de réfléchir un peu à tout ce que ces créatures peuvent nous offrir.

- Comment pouvez-vous croire ça ? Et comment avez-vous même découvert leur existence d'ailleurs ?! »

Il ne comprenait simplement pas comment c'était possible et c'était cela qui lui manquait pour que le tableau soit complet. Il avait besoin d'aveux, même s'il ne pourrait peut-être les partager avec personne. Il espérait pouvoir sortir Din de là, et que l'enfant saurait prévenir tout le monde. Il le fallait. Il ne pouvait tout bêtement pas finir là, dans ce sous-sol, et laisser Ella aux prises de ce fou-furieux.

Rhys parut lire dans ses pensées - ou sa haine se lisait juste dans ses yeux - et il ricana avant d'acquiescer comme pour lui-même. Puis, alors que Toby se demandait si son tortionnaire finirait par parler ou par se lasser et l'achever, Rhys raconta enfin. Et Toby réalisa que comme tous les criminels suffisamment doués et intelligents, Rhys aimait s'entendre parler.

« Mon père ne m'a jamais reconnu. Mais quand j'étais un adolescent, il est venu me voir à Beauxbâtons et nous avons longuement discuté jusqu'à nous trouver de nombreux points communs… Comme moi, il trouvait la plupart des gens idiots et sans envergure. Comme moi, il méprisait ma mère, cette sale Vélane qui n'avait que son physique pour se faire aimer. Comme moi, il comprenait l'importance de s'élever au sein de cette société corrompue et d'obtenir du pouvoir par tous les moyens.

- Nombre d'hommes ont essayé de devenir les Maîtres du monde sorcier. La plupart sont à Azkaban ou six pieds sous terre, rappela Toby avec hargne, dégoûté par ce discours qui lui rappelait bien trop son tout premier bourreau. Ça ne fonctionne jamais.

- Mais ces hommes dont tu parles, ils n'étaient pas comme moi. Ils étaient charismatiques et capables de soulever des foules, mais ils étaient seuls. Je suis bien entouré, Toby.

- De vos animagus ?! »

Rhys plissa les yeux, et Toby faillit en rire. Apparemment, il avait réussi à surprendre Rhys qui ne croyait pas que l'un de ses précieux secrets ait pu être dévoilé. Alors Toby poursuivit, pour enfoncer le clou :

« Je sais que vous avez engagé des animagus capables de se métamorphoser en insectes. Ça ne m'étonnerait même pas que vous les ayez enrôlés avant même qu'ils ne le deviennent. Je sais aussi que vous vous en êtes servi au long des dernières semaines pour espionner Ella. Et je me doute que vous avez agi ainsi en toute connaissance de cause, juste pour atteindre les Elfes. »

Rhys pencha la tête sur le côté et Toby espéra ne pas devoir affronter un énième coup. Les dents de l'homme crissèrent alors qu'il serrait la mâchoire, l'air prêt à lever sa baguette ou son poing. Puis aussi vite qu'était montée sa fureur, elle s'apaisa pour ne laisser place qu'à un rictus assassin.

« Vous vous trompez.

- Vraiment ?! Alors pourquoi avez-vous l'air si irrité à l'instant ?

- Parce que vous vous approchez trop de la vérité et que je me demande avec qui vous l'avez partagée. Je m'en voudrais d'avoir à me débarrasser de la jeune Potter, voyez-vous. »

Toby crispa les poings dans son dos mais ravala les insultes qui lui venaient, certain que Rhys n'agissait ainsi que pour l'agacer - ce qui fonctionnait malheureusement trop bien. Il n'avait rien dit d'important à Winifred pour cette seule raison : il ne voulait pas la mettre en danger. Et si Rhys touchait à un seul cheveu de sa tête, il s'en voudrait jusqu'à la fin de ses jours - qui lui semblaient comptés pourtant.

« Quoi qu'il en soit, vous faites erreur en pensant avoir tout compris. Je n'espionne pas Ella depuis quelques semaines, mais depuis presque deux ans.

- Quoi ?

- Et elle n'est pas la seule, d'ailleurs. J'ai surveillé Théodore aussi. La Sang-de-Bourbe pour laquelle il s'est entiché au point d'en perdre toute fierté. Ce nigaud de Weasley qui n'a jamais vu que sa femme le trompait. Les Potter. Cette Scarlett dont Ella est si proche et son mari éleveur de dragons. Le jeune Timothy aussi qui aime tellement sa grande soeur. Et vous.

- Je… Vous mentez, gronda Toby, le souffle heurté. Je m'en serais rendu compte. Je l'aurai su !

- Vraiment ? »

La raillerie perça dans le ton de Rhys et Toby se mit à douter. Et si c'était possible ? Et s'il disait vrai, après tout ? Il faisait attention, toujours. On ne devenait pas Auror sans se faire quelques ennemis puissants. Mais jamais il n'aurait imaginé être suivi aussi longtemps sans le remarquer. Il essaya tant bien que mal de réfléchir à ce qu'il aurait pu manquer, fouina même dans ses souvenirs à la recherche d'animaux étranges qui aient pu croiser sa route, mais rien ne lui revenait. Absolument rien.

« Vous ne voyez pas de quoi je parle, pas vrai ?

- C'est impossible.

- Ella et Théodore ont été les plus compliqués à suivre, admit Rhys en souriant fièrement. J'ai dû me contenter de ces moments où ils voyageaient pour les séminaires de Botanique ou leurs autres activités extérieures à leur foyer… Mais pour vous tous, ça a été un tel jeu d'enfants. Il a suffit qu'Hermione demande à son Département d'avoir une nouvelle secrétaire pour que je place l'une de mes employées dans son bureau. Lorsque Poudlard a voulu engager un nouveau professeur de vol, je leur en ai offert un sur un plateau d'argent afin qu'il puisse surveiller Potter, mais aussi le petit Timy !

- Non…

- Et Ron Weasley ? Merlin, cet homme était si avide de rencontrer enfin une femme qui s'intéresse un peu à lui et non pas seulement à sa célébrité qu'il en est devenu naïf et imprudent. Il m'a suffit d'engager une actrice trop fauchée pour refuser un tel travail et au bout de quelques semaines, elle était dans son lit.

- Vous êtes un grand malade. »

Rhys eut l'air de prendre cela pour un compliment et Toby perdit pied. Jamais il n'avait tant eu envie de se servir de la violence comme exutoire, et il ne pouvait même pas faire un geste. Il en était réduit à l'état de victime, étalé par terre, incapable de se défendre et ne pouvant que supporter les explications de Rhys qui le plongeait dans un océan de rage de plus en plus profond.

« Quant à la maison de Scarlett et Scott, quelques uns de mes animagus ont suffit et ils ne se sont rendus compte de rien… L'un de mes employés a été dévoré par l'un des dragons de Weasley, mais nous ne gagnons aucune guerre sans perdre quelques soldats, n'est-ce pas ?

- Victimes collatérales, c'est ça ? Railla Toby, dégoûté. Et moi, alors ? Personne de nouveau n'est entré dans ma vie dernièrement…

- En effet, et ce malgré mes tentatives. Vous ne faites confiance à personne, ç'en est presque désolant. Mais vous savez, même des gens que vous connaissez depuis longtemps peuvent parfois vous trahir. »

Toby sentit sa gorge se nouer. Il songea à Buster qui, bien que n'étant que son gardien, était devenu proche de lui au long des années. À sa petite-fille aussi, Betty, laquelle était parvenue peu à peu à faire partie de ses amis. Puis il chercha plus loin. Ses collègues sur lesquels il comptait depuis des années et pour qui il avait mille fois risqué sa vie. Non, pas eux.

« Alors ? Vous donnez votre langue au Fléreur ? Plaisanta Rhys avant de se pencher en avant, comme pour lui murmurer un secret. Dawlish. »

Toby se stupéfia. Dawlish, son patron, l'homme qui durant toutes ces années lui avait donné soit les plus ennuyeuses des missions, soit les plus dangereuses. L'homme qui contrôlait tous ses faits et gestes, qui avait tous les pouvoirs en ce qui concernait son travail. Un homme qu'il méprisait pour sa manière de faire, mais aussi auquel il n'aurait pas pensé une seule seconde dans cette situation. Pas parce qu'il lui faisait confiance, mais parce que Dawlish avait du pouvoir. Beaucoup de pouvoir.

« Je vous avais bien dit que j'étais bien entouré, se délecta Rhys avec arrogance.

- Comment avez-vous pu…

- Le convaincre ? Et bien, je dois avouer que ça n'a pas été facile. C'est un sorcier droit et juste qui a combattu Lord Voldemort à une époque. En clair, il aurait dû vouloir m'abattre moi aussi, pas vrai ? »

Précisément, songea Toby. Il avait toujours su que Dawlish le détestait à cause de son nom et de tous les mauvais souvenirs qu'il éveillait. Il méprisait clairement les Mages Noirs, les gens qui se croyaient au-dessus des autres, ceux qui voulaient obtenir plus de pouvoirs qu'il n'en méritait. Il aurait dû exécrer tout ce que Rhys représentait par conséquent.

« Il m'a suffit de parler de vous, admit Rhys avant de ricaner. Vous imaginez ? Il vous déteste tellement qu'il a accepté de renier tout ce en quoi il croit pour vous briser !

- Vous plaisantez ?

- Non… Enfin, je dois avouer qu'il obtiendra aussi le poste de Directeur du département de la Justice Magique et sera autorisé à y faire la loi telle qu'il le souhaite, mais croyez-moi, c'est surtout la mise à prix de votre tête qui l'a poussé à se tourner vers moi ! Nous n'étions pas d'accord sur tout, mais nous avons fait des compromis jusqu'à ce que nous nous retrouvions satisfaits tous les deux. »

Toby ferma douloureusement les yeux, le corps soudain si lourd qu'il se demanda s'il n'allait pas tarder à s'évanouir de nouveau. Sa tête lui lançait de plus à plus, comme épuisé par cet afflux d'informations qui lui retournait autant le coeur que le cerveau. Il ajouta Dawlish à sa liste de gens à abattre, espérant secrètement avoir le temps d'y parvenir avant que Rhys ne puisse mettre tout son plan en place.

« Alors c'est ça ? Vous allez me tuer et… Ce sera fini ?

- Bien sûr que non, s'esclaffa Rhys avant de soupirer, l'air penaud que Toby ait pu seulement envisager une telle chose. Je n'ai aucune intention de vous tuer, Toby.

- Vous allez me laisser enfermé ici jusqu'à la fin de mes jours alors ?

- Vous parviendriez à vous échapper dès que ma vigilance diminuerait, j'en suis conscient. Non, je m'arrangerai juste pour que tout ce que je viens de vous raconter… (Rhys joignit ses mains, et les assembla avant de mimer une explosion.) Pfiou ! Disparaisse ! »

Toby crut avoir mal compris, ou du moins l'espéra-t-il sincèrement. Tout à coup, l'idée d'une mort rapide ne lui semblait plus si désagréable.

« Vous allez me lancer un Oubliette, c'est ça ? S'entendit-il murmurer.

- Exactement. Ainsi, Ella n'aura pas à subir le deuil de votre perte, elle se contentera de vous fuir parce qu'elle refusera de s'occuper du légume sans mémoire que vous serez devenu… Qu'en pensez-vous ? N'est-ce pas bien mieux ainsi ? »

Toby s'acharna à fuir l'avenir que son cerveau se plaisait à dessiner pour lui. Un avenir où il ne pourrait plus être Auror, où - selon la puissance du sortilège - il ne pourrait peut-être plus écrire ou lire correctement. Il reviendrait à l'âge mental d'un enfant incapable de satisfaire ses besoins seul, et cela lui paraissait mille fois pire que la mort. Il ne se rendrait peut-être compte de rien, mais ses parents, ses amis, Ella aussi, devraient vivre avec un lui diminué qui les épuiserait… Il s'y refusait.

« Avez-vous d'autres questions avant que nous ne passions à cette étape ? »

Il sentit un frisson faire trembler son corps et il essaya de ne pas le montrer. Il devait gagner du temps, de n'importe quelle façon afin de trouver un moyen de s'en sortir, n'importe lequel. Il pouvait se transformer mais redoutait que la métamorphose ne suffise pas à briser ses liens et qu'il en souffre encore davantage. Il pouvait aussi plonger sur Rhys et lui voler sa baguette, mais avec les mains dans le dos, le plan paraissait suicidaire. Alors, puisqu'aucune idée ne lui venait, il se contenta d'interroger :

« Vous ne m'avez toujours pas expliqué comment vous avez découvert l'existence des Elfes !

- Ah oui, bien entendu ! S'écria Rhys avant de soupirer. Je me suis éparpillé, mais j'ai tant de choses à raconter voyez-vous… Et vous êtes le seul qui puisse profiter de cette description détaillée de mon plan.

- J'en suis très fier ! »

L'ironie de Toby ne passa pas inaperçue, mais Rhys se contenta d'un regard noir. Toby profita du court silence pour se redresser jusqu'à s'adosser au mur afin de soulager la douleur de son corps meurtri. S'il devait en apprendre davantage sur ce qui se passait dans le cerveau tordu de Rhys, il avait besoin d'être confortablement installé - autant que possible du moins dans ce endroit qui était fait pour faire craquer les criminels les plus endurcis.

« Je disais donc que mon père et moi, nous nous étions trouvé de nombreux points communs. Et finalement, nous sommes devenus assez proches. Je poursuivais mes études à travers le monde, et il m'envoyait de nombreuses lettres. L'une d'elle disait qu'il existait un peuple dans une forêt perdu du Brésil, qui possédait des pouvoirs mais n'avaient pas besoin de baguettes.

- Et vous l'avez cru ?

- Pas immédiatement, bien entendu. En vérité, je ne m'intéressais pas aux créatures à l'époque, et n'ai pas prêté attention à cette information… Et puis, il est mort.

- Et en l'honneur de sa folie vous avez décidé de devenir totalement dingue à votre tour ? » Devina Toby en fronçant les sourcils, perplexe.

Un coup de pied l'atteignit en plein ventre et il se plia en deux en grognant. Il aurait dû apprendre à se taire, c'était même le bon moment pour ça, mais il refusait de mourir - ou de ne plus être lui-même - sans être celui qu'il avait toujours été, dès lors qu'il avait eu le choix. Un homme incapable de ne pas se lever face à l'injustice, puisqu'il en avait mille fois été la victime.

« Et bien non, répliqua Rhys en se rasseyant. Mais j'ai été appelé chez lui par l'un de nos amis commun, afin de constater sa mort. Et c'est là que j'ai découvert des traces d'un liquide bleuté inconnu dans une pièce de la maison où il semblait y'avoir eu une bagarre. La substance était celle de l'eau - ou du sang - mais ça n'en était pas. Je l'ai donc étudiée et…

- Le sang de Masra, comprit Toby en sentant son coeur se serrer davantage.

- Le sang d'une de ces créatures. Je n'en avais que quelques gouttes mais elles m'ont suffit à comprendre qu'elle recelait plus de magie que la plupart des choses que nous connaissons. Plus même que le sang de licorne ! »

Toby se tourna légèrement vers Din qui était bien trop crispé pour s'être réellement assoupi, et comprit que le plan de Rhys ne tenait pas qu'à cet enfant. Din n'était que le premier d'une longue lignée d'Elfe qui finirait ainsi, attachés à des tables dans ces pièces sans soleil, vidés de leur sang, puis de tout ce que Rhys et ses hommes trouveraient utiles.

« Il m'a fallu quelques mois pour comprendre exactement ce qui s'était passé, en interrogeant les gens qui travaillaient pour mon père et qui avaient survécu à l'attaque. Ils étaient rares, mais l'un d'eux a été assez bavard pour tout me raconter. Mais trouver la Baia Vermelha était bien plus compliqué, alors j'ai décidé de me servir des seuls sorciers qui avaient vu cet endroit et en étaient revenus vivants…

- Ella et ses parents.

- Et tous ceux qui avaient participé à la défense de ses créatures en s'en prenant à des gens de leur espèce ! Cracha Rhys avec dégoût. J'ai vite compris que le meilleur moyen d'atteindre cet endroit serait de passer à Théodore et Ella, mais ils étaient si… Prudents. Et alors, nous n'étions pas suffisamment nombreux pour les surveiller constamment. J'ai donc engagé plus d'animagus, ait demandé à des sorciers suffisamment désespérés pour faire n'importe quoi de travailler à leur métamorphose. Savez-vous que l'animagus que nous devenons dépend de notre caractère ? Et bien il s'avère que ces gens sans pouvoirs, sans argent, sans but autre que de survivre dans ce monde qui a fait d'eux des moins-que-rien, ont tendance à se transformer en insectes. »

Toby se demanda combien d'anciens mangemorts, combien de leurs enfants avec lesquels il avait grandis puis perdus contact après Poudlard, faisaient partie de ces animagus dont Rhys parlait. Il se doutait qu'ils étaient nombreux. Les « moins-que-rien » du monde magique étaient généralement ceux qui, à l'époque de Voldemort, avaient eu tous les pouvoirs, justement.

« Alors quoi maintenant ? Vous allez pourchasser les Elfes de la Baie, les enfermer et les tuer peu à peu ? gronda-t-il, la voix tendue par la fureur. Ella et Théo ne vous laisserons jamais faire ! Pas plus que tous les membres de l'Ordre qui ont connu ce peuple et seront prêts à tout pour le protéger ! »

Il était certain qu'Ella finirait par comprendre. Elle devait s'inquiéter pour lui, après tout, et Winifred devait déjà tout lui avoir raconté - il était presque certain qu'elle ne serait pas capable de se taire. Elles devaient déjà être en train de le chercher, et d'autres partiraient sans nul tout à la recherche de Din dont la disparition avait forcément dû être remarquée. Et ils ne le laisseraient pas faire, c'était impossible. Jamais Ella ne tournerait le dos au peuple qui l'avait en partie élevée, à ces gens qu'elle aimait autant que sa propre famille. Jamais.

Et Rhys devait le savoir lui aussi puisqu'il lui sourit et ce rictus là eut l'air bien plus menaçant que tous les mots qu'ils avaient prononcés jusqu'alors.

« Après tout ce que j'ai fait ces dernières années, Toby, après avoir bâti un plan parfait qui s'achève presque enfin, croyez-vous vraiment que je me laisserais bêtement séduire par de beaux yeux chocolat ? Pensez-vous sincèrement qu'Ella pourrait me faire changer d'avis ?

- Comment ça ? »

Rhys se releva et fit un pas vers lui avant de s'agenouiller près de lui. Puis, arborant une expression glaciale qui lui rappela étrangement celle de son grand-père, Rhys susurra gaiement :

« C'est moi qui la ferais changer d'avis. De gré ou de force. »


Le soleil commençait à se coucher, et les membres de l'Ordre, affamés, s'étaient mis à grignoter des encas en attendant des nouvelles de Winifred, laquelle se faisait attendre.

Tous, sauf Ella qui était bien trop nauséeuse pour avaler quoi que ce soit. Assise à un bout de la table rallongée par un sortilège où ils s'étaient tous installés, elle observait Timothy avaler l'équivalant de son poids en poulet. Cette vision n'arrangeait rien à son envie de vomir.

Scarlett finit par s'inquiéter et lui tapota gentiment la main pour se rappeler à sa présence. Ella se tourna vers elle en essayant de chasser ses pensées de plus en plus perturbantes de son esprit.

« C'est de voir tes parents ensemble qui te perturbe autant ? L'interrogea Scarlett, suffisamment bas pour que personne d'autre ne l'entende.

- Non, c'est de penser que j'aurais pu coucher avec… »

Ella fit la grimace, incapable de finir cette phrase. En vérité, beaucoup de suppositions amenaient à ce qui la traumatisait totalement. Déjà, elle n'était même pas sûre que Rhys soit le frère de son père, bien que ce dernier en soit apparemment convaincu. Ensuite, peut-être n'aurait-elle jamais couché avec lui même sans la présence de Toby. Après tout, elle savait se contrôler.

« Mon oncle, mon foutu oncle ! Jura-t-elle alors, si fort qu'elle attira l'attention de toute la tablée sur elle.

- Tout va bien, Ellarosa ? »

Son père paraissait soucieux et elle s'en voulut de lui faire subir des angoisses supplémentaires - comme s'ils n'en avaient déjà pas assez en stock. Elle aurait voulu pouvoir lui parler de la façon dont Rhys s'était comporté avec elle - et elle espérait sincèrement qu'il n'ait aucune idée de leur potentiel lien de famille, sans quoi était-il totalement malade. Malheureusement, elle craignait qu'il ne soit plus furieux encore. Il l'était déjà à cause de l'existence de ce supposé frère qu'il n'avait jamais rencontré. Elle n'allait pas en rajouter.

« Elle craquait sur Rhys, déclara alors Scott sans le moindre scrupule alors que le silence s'éternisait.

- Scott ! Le réprimanda Scarlett, qui était sans nul doute responsable du fait qu'il ait cette information.

- Attends, tu quoi ?! gronda Théo au moment même où Drago cria :

- Et Toby alors ?! »

Ella fusilla Scott du regard et ce dernier se permit une grimace contrite. Consciente qu'elle n'échapperait pas à une discussion, elle se tourna vers Drago et son père qui, assis côte à côte lui faisaient tous les deux les gros yeux. Elle répondit d'abord à Drago, parce que cela semblait plus facile :

« Je suis capable de craquer sur tout un tas d'hommes sans pour autant faire quoi que ce soit avec eux, d'accord ? Je n'empêcherai pas Toby le reluquer les mannequins qui posent avec des balais, et je n'ai aucune intention de me bander les yeux en croisant un homme qui me plait.

- Regarder, c'est déjà tromper, déclara gravement Drago, s'attirant une oeillade dubitative de son épouse.

- Pas dans ce pays, non, rétorqua Ella avec une pointe de raillerie avant de s'adresser à son père. Je n'ai rien fait avec lui, il est juste… Séduisant. Mais il ne s'est rien passé. Je suis… Avec Toby, on sort plus ou moins… ensemble. »

Cette déclaration fit peser un nouveau lourd silence alors que Scarlett hoquetait, effarée par cette nouvelle. Ella n'ayant pas voulu évoquer le sujet par courrier, elle n'avait pas eu le temps de lui parler de cette dernière semaine avec Toby, et elle le regretta en voyant sa meilleure amie arborer une mine trahie. Alors elle lui promit d'un sourire de tout lui raconter plus tard, et poursuivit calmement :

« En fait, Rhys a bien tenté de flirter avec moi et ce à de nombreuses reprises… Je suppose donc qu'il ne sait rien de notre lien si tenter qu'il existe.

- J'ai du mal à croire que ça puisse être une coïncidence, Ella, intervint Hermione en un soupir. Et cet homme m'a tout l'air d'être un sacré manipulateur. S'il a bien fait tout ce que nous imaginons, je suis presque sûre qu'il n'est pas contre une abomination de plus.

- Si ! Répéta Ella. Si il a fait tout ce que nous imaginons et à l'heure actuelle nous n'avons aucune preuve.

- Comment est-ce que tu peux encore le défendre ? »

Scarlett avait haussé le ton en prononçant cette phrase et cela arrivait si rarement qu'ils en furent tous surpris. D'ordinaire, elle restait plutôt dans son coin, silencieuse, dès lors qu'ils étaient aussi nombreux. Elle ne se laissait aller qu'avec Scott et Ella, et avec personne d'autre. Ella eut l'impression étrange de s'être faite réprimander par le Professeur McGonagall et baissa la tête, prête à se faire gronder davantage.

« Winifred avait l'air sûre de pouvoir croire Toby, et tu sais très bien que Toby n'aurait pas disparu pendant aussi longtemps sans rien te dire si tout allait bien, alors comment est-ce que tu peux croire une seule seconde que ce bellâtre n'a rien à se reprocher ?!

- Scar, calme-toi, chuchota Scott les yeux écarquillés, l'air encore plus amoureux que d'ordinaire - ce qui n'était pas peu dire.

- Non, mais c'est vrai ! Pourquoi est-ce que tu fais confiance à ce type que tu connais depuis moins d'un mois ? C'est absolument idiot ça !

- Et si… »

L'intervention d'Hermione fut coupée par un bruit dans la pièce adjacente. Le son reconnaissable entre mille de la cheminée laissant apparaitre un sorcier. Ella se leva d'un bond avant que quiconque ait pu réagir et courut jusqu'au salon, bientôt suivie par les autres.

Winifred apparut en se plaignant du voyage par réseau de cheminée - elle avait toujours détesté ça - puis se redressa en époussetant sa robe avant de réaliser leur présence à tous. Elle écarquilla les yeux en les découvrant aussi nombreux, jeta un regard surpris en direction d'Ella, puis marmonna :

« Tu as appelé tout ce monde ?!

- Tu l'as retrouvé ?! Questionna Ella sans même prendre la peine de répondre. Tu as pu entrer au Labo sans problème ? Sinon, je pensais qu'on pourrait y aller cette nuit avec ma carte et…

- Ella, stop, laisse-moi te répondre au moins ! »

Winifred se débarrassa de sa robe de sorcière, posa un sac par terre, et prit une profonde inspiration, une vingtaine de paires d'yeux fixée sur elle. Une nuance de déception perça dans ses iris émeraudes et Ella sut que c'était fichu. Elle l'avait su dès l'instant où Winifred était rentrée seule en vérité. Si elle l'avait retrouvé, Toby aurait été avec elle tout simplement.

« Dawlish nous a donné l'autorisation de fouiller le laboratoire sans même râler, ce qui est assez incroyable pour être noté, mais n'y avait personne au…

- Personne ? Bredouilla Ella, désespérée cette fois. Ni Toby, ni… tu n'as pas vu un enfant ? Un petit garçon, d'environ cinq ans ?

- Un enfant ? Qu'est-ce qu'un enfant ferait dans un labo ? »

Harry lui expliqua rapidement la situation. Winifred poussa une multitude de jurons qui forcèrent Ron à caler ses mains sur les oreilles de Timothy, lequel rouspéta qu'il n'était plus un enfant, en vain.

Ella ne se préoccupa pas d'eux. Son regard s'était posé sur le sac que Winifred avait mis par terre en retirant de sa robe de sorcière, et elle réalisa qu'il ne lui appartenait pas. Elle reconnut les traces dans le cuir, suffisamment profondes et spécifiques pour qu'elle ose remarquer :

« C'est le sac de Toby ? »

Winifred suivit son regard et hocha la tête, avant de répondre :

« C'est là où je voulais en venir avant que tu m'interromps. Il n'était pas au labo, mais je suis presque sûre qu'il y est passé à un moment ou à un autre. C'est le sac qu'il avait hier soir, celui qu'il traine partout, et je l'ai retrouvé au haut de l'immeuble juste en face…

- Comment c'est possible ?! Il ne l'aurait jamais abandonné là !

- S'il comptait entrer discrètement dans le laboratoire, il a dû le laisser à l'endroit d'où il surveillait l'entrée. Il est assez lourd et l'aurait empêché de se battre si nécessaire. Il avait dû prévoir d'aller le récupérer ensuite.

- Mais il n'a pas pu le faire. Oh Merlin, et si…

- Ella, ne t'inquiète pas. Toby est le meilleur Auror du Ministère à l'heure actuelle, il sait se défendre, il peut même se métamorphoser si nécessaire, alors je suis sûre qu'il va bien. »

C'était un mensonge, Ella le savait. Si Toby avait été en sécurité, il aurait au moins trouvé un moyen de la joindre ou de rassurer ses parents. De faire n'importe quoi pour donner un signe de vie. Il n'aurait pas disparu depuis plus de vingt-quatre heures sans rien dire à personne, sans même laisser un petit mot pour dire quand il reviendrait. Non, ça n'avait tout simplement aucun sens.

Alors Ella se laissa retomber sur le canapé. Elle sentit la main de son père se poser sur son épaule et la presser gentiment pour lui assurer qu'il était là, et qu'il allait la soutenir quoi qu'il puisse se passer. Elle vit sa mère s'approcher à son tour, plus discrètement. À quelques pas, elle entendait Winifred déblatérer sur le contenu du sac qui renfermait apparemment tous les documents de Toby, mais elle n'y prêta pas attention alors que la vérité lui tombait dessus comme une chape de plomb.

« Ella ?

- Toby avait raison, pas vrai ? À propos de Rhys, depuis le début ?

- Je crois bien, oui… Et j'en suis aussi désolé que toi. »

Ella enfouit son visage entre ses mains, navrée. Elle était furieuse contre elle, tout simplement. Furieuse de ne pas avoir cru Toby lorsqu'il lui avait dit ne pas faire confiance à Rhys, de l'avoir même accusé d'agir comme un enfant et un imbécile. Si elle l'avait écouté, peut-être aurait-il pu se pencher sur cette affaire ensemble et même empêcher l'enlèvement de Din qui ne faisait plus aucun doute dans son esprit malgré l'absence de preuves. Peut-être qu'ils auraient pu être sous la couette en cet instant, à faire des choses innommables avec de la mousse au chocolat avant qu'elle ne se plaigne de ses parents trop démonstratifs. Elle obligea ses larmes à ne pas couler malgré son agacement et sa peine, et siffla entre ses dents serrées :

« Je n'en reviens pas de m'être faite avoir de cette façon ! Mais quelle idiote !

- Peut-être que tu ne t'es pas juste faite avoir, Ella. »

Ella cessa de se cacher en entendant la voix de sa mère. Autrefois, ce timbre à la fois doux et autoritaire lui donnait envie de sortir les griffes, de se mettre en colère et de devenir agressive. Désormais, elle réalisait qu'Hermione ne parlait pas ainsi pour se complaire dans le rôle de la parfaite Hermione Granger dont elle savait qu'elle n'existait pas. Elle était simplement comme ça. Et son surnom de Miss-Je-Sais-Tout lui allait comme un gant, ce qu'elle confirma une seconde plus tard en supposant intelligemment :

« Peut-être qu'il t'a manipulée grâce à la magie. »


Toby serra les dents si fort qu'il crut qu'elles pourraient toutes se briser net. Il lui devenait de plus en plus compliqué de retenir ses cris lorsque Rhys lui envoyait des sortilèges. L'homme avait l'air de s'amuser, ou du moins de participer à une sorte de test étrange dont Toby était le cobaye récalcitrant. Il essayait clairement de découvrir jusqu'où sa victime tiendrait avant de craquer, et Toby craignait de plus en plus de finir par lui céder.

Il savait qu'il s'agissait simplement de fierté mal-placée de sa part. Il aurait pu crier, il n'était pas un sur-homme, il ressentait clairement la douleur dans son intégralité. Il ne savait juste pas comment l'exprimer sans avoir l'impression d'offrir quelque chose à son bourreau. Une part de lui dont il savait qu'il ne la récupérerait jamais, comme tous ces morceaux qui seraient à son grand-père à tout jamais. Pas question.

Il releva la tête, et mit toute sa haine, toute sa violence contenue dans un seul regard noir. Rhys esquissa un rictus impressionné avant de soupirer. Lassé de ce petit jeu, il rangea sa baguette et Toby sentit son corps se défendre d'un seul coup, s'affaissant jusqu'à ce qu'il heurte le sol en reprenant sa respiration.

« Où en étais-je avant cette insolente interruption ? Minauda presque Rhys, rappelant à Toby que c'était lui qui avait provoqué cette volée de maléfices en l'insultant. Ah oui, Ella donc ! J'ai été très surpris que vous ne vous doutiez de rien… La potion que j'ai utilisée est encore à l'essai dans l'un des labo et n'est pas tout à fait au point.

- Qu'est-ce que vous lui avez fait ? Cracha Toby d'un voix cassée qui ne permit pas d'être aussi agressif qu'il le souhaitait.

- Oh, mais rien de bien grave. Je n'ai fait qu'attiser le désir qu'elle a éprouvé à la seconde même où elle m'a vu… Sans que l'amour n'entre dans la partie évidemment, ç'aurait été bien trop flagrant. Et nous savons tous les deux que lorsqu'il est question d'amour, Ella peut se montrer obtuse, n'est-ce-pas ? »

Il associa sa pique d'un sourire moqueur et Toby se demanda à quel point cet homme était au courant de ce qu'Ella et lui avaient partagé. Cette remarque sur l'incapacité d'Ella à avouer ses sentiments était bien trop intime, bien trop personnelle pour qu'il l'ait lancée par hasard. Toby sentit son corps se tendre de nouveau. Si seulement il avait eu les mains libres…

« Quoi qu'il en soit, nous étudions ce que l'un de mes Maitres des Potions appelle un « filtre de phéromones ». J'en prenais un peu tous les jours quand je savais qu'Ella et moi allions nous retrouver dans la même pièce et il me suffisait de la toucher pour que… (Il claqua des doigts avec un sourire goguenard.) elle s'en retrouve toute émoustillée ! Elle en oubliait même ses doutes me concernant, aveuglée par son excitation et ce besoin viscéral qu'elle éprouvait à me faire confiance.

- Elle ne vous cédera jamais ! Pas avec ce genre de potions !

- Pas tant que vous êtes là, évidemment, admit Rhys avec un rictus agacé. Dès que vous la touchiez en ma présence, elle m'était inaccessible… Il nous est apparu que le filtre entre en confrontation avec tout sentiment réel. Le désir, l'amour même qu'elle ressent pour vous faisait barrage à la potion, quelle que soit la quantité que j'absorbais… »

Toby n'écouta pas la fin de sa phrase. L'amour même

Il avait espéré, bien entendu, mais il n'avait pas eu de confirmation avant cet instant. Il s'apaisa d'office alors que la certitude de cet amour que ressentait Ella pour lui prenait une place écrasante dans tout son corps.

Il avait cru qu'elle l'aimait dix années auparavant, au fond il était même persuadé qu'elle était aussi amoureuse de lui qu'il l'était d'elle - éperdument, sans concessions. Et ces dernières semaines, il s'était acharné à ne pas trop y penser, craignant de souffrir à nouveau s'il lui posait clairement la question. Il se sentait si soulagé, satisfait, qu'il eut l'impression que sa douleur physique même était moins intense, alors qu'un tout nouvel espoir, une raison supplémentaire de se battre, montait en lui.

« Oh, comme c'est mignon, railla Rhys, manquant de faire éclater sa bulle de félicité. N'imaginez pas tout de suite les prénoms de vos enfants, Tobias. Vous ne reverrez jamais Ella, n'y comptez pas. »

Toby garda sa réponse pour lui. Oh si, il allait revoir Ella. Et lui dire qu'il l'aimait et qu'elle l'aimait aussi. Si elle s'en défendait, il l'embrasserait jusqu'à ce qu'elle avoue tout. Ensuite alors, il pourrait se mettre imaginer les prénoms de leurs enfants si ça leur chantait et Rhys n'aurait aucun droit de l'en empêcher. Il se sortirait de là, quoi qu'il lui en coûte. Il les sortirait de là, se corrigea-t-il après un bref coup d'oeil en direction de Din.

La porte s'ouvrit brusquement, coupant court à ses pensées et Toby se redressa avec l'espoir naïf de voir surgir un visage ami. Il n'en fut rien évidemment, et seul Summerby apparut, le couva d'un regard assassin, puis se tourna vers Rhys. Il baissa légèrement la tête en un simulacre de révérence, comme si son Patron était son Roi, puis grommela :

« Il faut que je vous parle.

- Faites-le donc ici, répliqua Rhys et Summerby loucha sur Toby, apparemment troublé par sa présence. Vous pouvez parler devant lui, il n'aura pas l'occasion de nous trahir, rappelez-vous. »

Summerby parut hésiter mais un regard autoritaire de Rhys le poussa à parler. Toby écouta attentivement, prêt à se servir de la moindre information pour s'en sortir.

« Théodore Nott et Hermione Granger sont revenus du Brésil, aujourd'hui. Ils doivent être sur la piste de la créature. Ils sont actuellement avec Ella et de nombreux membres de l'Ordre… Ainsi qu'avec ses parents, ajouta-t-il avec dégoût en indiquant Toby du doigt. Ils se sont réunis chez les Potter.

- Pouvons-nous avoir une idée de ce dont ils parlent ?

- Non, Patron. La maison des Potter est protégée par un sortilège qui empêche d'entrer sur leur terrain dans une apparence transformée. Aucun animagus ne pourrait y pénétrer sans retrouver sa forme humaine.

- Et Gemma ?

- Weasley n'a pas voulu qu'elle l'accompagne, ce qui n'est pas étonnant puisqu'il n'a jamais parlé de la Baia Vermelha avec elle. Il ne doit pas avoir le droit de partager d'informations avec quiconque à ce sujet, je suppose. Nous n'avons pas idée de ce que ces animaux ont pu leur faire pour les inciter à garder le silence toutes ces années. »

Toby faillit lever les yeux au ciel. Ils avaient juste promis en vérité. Une promesse qui les liait autant qu'un Serment Inviolable, mais que Toby n'aurait de toute façon jamais trahi, même pour tous les gallions du monde. Il était heureux de savoir que dans un endroit caché de tous, un peuple tout entier vivait en paix sans avoir à se soucier de combats ou de politiques. Ou encore de gallions, s'il devait être honnête.

Rhys parut réfléchir à la situation, et Summerby resta debout près de lui, en l'attente de sa décision quant à la marche à suivre. Cela ne tarda pas, et Rhys hocha la tête pour lui-même comme pour se féliciter avant d'ordonner :

« Nous pouvons passer à la dernière phase du plan. Aucun sorcier n'est présent là-bas, et nous n'aurons donc pas à lever nos baguettes contre l'un des nôtres.

- Bien, Patron.

- Réunissez tout le monde, rappelez les membres de l'équipe qui sont à l'étranger. Tous sauf nos gradés du Ministère, nous ne devons pas éveiller les soupçons sur leur participation. Dites aux autres d'utiliser des portoloins jusqu'à Brasília au lieu de Rio, nous nous y sommes déjà suffisamment fait remarquer. Nous transplanerons de là-bas ensuite.

- Compris.

- Allez-y maintenant, je vous rejoins d'ici quelques minutes. Et demandez à Cuffe de venir garder la porte de cette cellule. »

Summerby baissa la tête une fois de plus avant de quitter les lieux d'un pas pressé, impatient de mettre leur plan si savamment orchestré à l'oeuvre. Rhys se tourna vers Toby qui sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. C'était le moment. Rhys allait lui lancer un Oubliette et ç'en serait fini de lui, de ses souvenirs, de tout ce qu'il était.

Mais Rhys ne sortit par sa baguette, se contentant de le scruter comme pour lire en lui et Toby s'obligea à dissimuler l'angoisse qu'il éprouvait à l'idée de voir ainsi sa vie disparaitre. Alors Rhys éclata de rire, poussant Toby à se crisper davantage.

« Voyons, Toby ! Détendez-vous !

- Me détendre ? répéta le dernier des Malefoy avec emphase.

- Je ne compte pas vous faire subir de sortilège maintenant, ne soyez pas idiot ! J'ai bien l'intention de revenir vous voir et de tout vous raconter. Comment cette forêt s'est retrouvée carbonisée toute entière, comment nous avons enfermé toutes ces créatures dans des cages… Celles qui auront survécu, bien sûr ! Je vous raconterai tout.

- Vous êtes un monstre.

- Non, Tobias. Je suis un visionnaire, et je serai bientôt l'homme le plus puissant du monde sorcier. Howler & Powder deviendra un empire sur lequel Ella régnera avec moi. Et vous… Vous ne serez plus rien.

- Ils ne vous laisseront pas faire ! Théo, Ella, Hermione, tous les autres ! Ils vous battront !

- Et comment sauront-ils ce qu'il se passe ? Vous êtes le seul à connaître mon plan ici… Enfin, vous et cet enfant qui ne sait pas faire semblant de dormir. Ils seront tellement tous occupés à vous chercher que lorsqu'ils comprendront ce qu'il se passe de l'autre côté du globe, ce sera trop tard. »

Toby prit alors conscience qu'il avait raison. Ella et les membres de l'Ordre - ainsi que sa famille - s'étaient réunis pour les chercher, il en était persuadé. Et à moins qu'ils ne découvrent par miracle où ils avaient été emmenés, jamais ils ne parviendraient à empêcher Rhys de mener son plan à bien.

Comme s'il l'avait compris lui aussi, Din se mit à pleurer et le visage de Rhys se tendit d'agacement. Toby craignit qu'il ne passe sa colère sur l'enfant et attira immédiatement son attention, préférant mille fois que la violence de Rhys s'abatte sur lui que sur l'Elfe.

« Je vous arrêterai !

- Ah oui, et comment ? »

La porte s'ouvrit alors de nouveau et l'une des brutes que Toby avait suivi jusqu'au labo apparut. Il supposa qu'il s'agissait de Cuffe, ce que confirma Rhys en prononçant son prénom avant de se lever. Il se dirigea vers son employé qui avait avant tout l'allure d'un sous-fifre, et planifia d'un ton glacial :

« Vous resterez devant cette porte jusqu'à mon retour, compris ?

- Oui, Patron.

- Quoi qu'il puisse essayer de vous dire, vous ne devez pas le libérer.

- Bien sûr, Patron.

- Et il pourrait tenter quelque chose… »

Toby se crispa. Cuffe lui jeta un regard, apparemment dubitatif quant à ses capacités de tenter quoi que ce soit. Au fond, Toby était plutôt d'accord avec lui. Il était pieds et poings liés, il saignait à la tête depuis plusieurs heures - même si l'hémorragie semblait s'être arrêtée après leur déplacement, ce qui prêtait à croire que quelqu'un avait eu la bonté de le soigner - et tout son corps était un bleu géant. Il n'avait pas beaucoup de pouvoir en cet instant.

En vérité, il n'avait qu'un moyen de s'en sortir. Se métamorphoser. Mais depuis qu'il savait que Dawlish était lié à Rhys, cette idée lui paraissait perdue d'avance. En effet, sans Dawlish, Rhys n'aurait eu aucun moyen de savoir qu'il était un animagus. Les Aurors n'avaient pas à signaler leur transformation au Ministère, ou du moins n'était-elle pas recensée. C'était leur arme secrète en quelque sorte. Une arme que seuls ses supérieurs hiérarchiques pouvaient connaître et que Dawlish avait donc dû offrir à Rhys. Il en eut la confirmation une seconde plus tard.

« Il est un animagus lui aussi, précisa Rhys. Apparemment, il se transforme en caribou.

- En quoi, Patron ? S'esclaffa Cuffe avant de dresser ses mains sur son front comme pour mimer des bois. Ce truc là qui ressemble à un cerf ?

- Exactement, je doute donc qu'il tente de se transformer. Ses liens l'en empêcheront, l'animal est bien trop grand pour qu'il puisse se métamorphoser sans se briser les os. Néanmoins, je préfère que vous soyez trop prudent que pas assez.

- Oui, Patron ! Je resterais devant la porte et au moindre bruit, je serais prêt ! »

Rhys paraissait sceptique. Il ne semblait pas faire entièrement confiance à Cuffe qui n'avait pas l'air très malin, ce qui ne l'empêchait malheureusement pas d'être armé d'une baguette. Finalement, il détourna les yeux, prêt à faire abstraction de la stupidité évidente de celui à qui confier un rôle si important. Il était cependant trop confiant - Toby n'avait aucun moyen de s'échapper dans son état - pour se préoccuper d'un tel détail, et il revint donc vers son prisonnier. Il s'agenouilla près de lui, saisit son menton entre doigts pour lui relever violemment la tête et sourit, déjà victorieux :

« Nous nous reverrons dans quelques heures, j'espère que le temps ne sera pas trop long pour vous… Et que votre charmant compagnon de cellule survivra jusqu'à mon retour. »

Le regard vide, Toby ne répondit rien et Rhys, heureux d'enfin le voir comprendre que la situation dans laquelle il se trouvait était inextricable, le lâcha avant de se relever. Toby laissa sa tête retomber sur son torse, le souffle court, et ne la releva pas en entendant la porte claquer.

Enfin, il se retrouva seul en compagnie de Din, et attendit quelques minutes avant d'oser bouger. Il voulait être sûr que personne n'entrerait. Il se mit pourtant à ramper en direction de l'enfant qui pleurait, de plus en plus exsangue, et s'agenouilla difficilement avant de chuchoter :

« Eh, tout va bien se passer !

- Vous mentez ! Les humains mentent tout le temps ! Sanglota l'enfant avec autant de rage que de désespoir. Il va tuer tout le monde et je vais mourir et vous aussi et la Baie n'existera plus et…

- Tu ne vas pas mourir. Tes parents ne vont pas mourir. Je vais nous sortir de là.

- Vous vous transformez en l'animal le plus inutile du monde ! Si vous essayez, vous allez vous faire mal, et… Et ça servira à rien ! »

Toby éclata alors de rire et Din cessa de pleurer pour le regarder comme s'il avait perdu la tête. Sans doute était-ce un peu le cas. Il se sentait euphorique, et il ne savait ce qui de son idée ou de l'absurdité de ce qui venait de le sauver en était responsable.

« Tu as raison. Un caribou ? Franchement, qu'aurais-je bien pu faire de ça, hein ? Les murs sont trop épais pour tenter de les casser avec des bois, et… Merlin, je n'aurais même pas pu passer la porte !

- Alors pourquoi tu rigoles ? »

Toby lui sourit, essayant autant de le rassurer que de se motiver lui. Ça ne serait pas facile et il aurait besoin de l'aide de ce petit soldat dont Ella lui avait tant parlé. Il baissa la voix, espérant que personne ne l'entendrait - même si l'assurance de Rhys avait dû contaminé Cuffe qui ne serait donc pas prudent, il le savait - et lui confia ce qui pourrait bien les sauver :

« Il s'est trompé. Je ne me transforme pas en caribou. Je me transforme en caracal. »

Le regard de Din s'éclaira et Toby comprit que l'enfant savait très bien de quel animal il s'agissait. Un félin suffisamment petit pour se débarrasser de ses liens s'il s'y prenait bien. Excellent coureur, capable de bondir si haut qu'il pourrait atteindre la tête de Cuffe en un seul saut pour lui saisir la jugulaire. Oui, ils allaient s'en sortir, il ferait tout pour cela. Alors il se pencha vers Din qui l'observait avec une confiance débordante, et demanda tout en connaissant d'avance la réponse :

« Tu es prêt à m'aider ? »


La nature se déchainait. Le vent souffla fort, éveillant nombre d'Elfes endormis qui, peu habitués à affronter de telles tempêtes, parurent surpris de découvrir un temps pareil en quittant leurs logis. Eingil, assoupi auprès d'Ahava avec laquelle il partageait sa couche pour la consoler de la disparition de Din autant que pour se rassurer lui aussi, n'avait pas fermé l'oeil et fronça les sourcils en entendant une branche heurter le toit de bois.

« Que se passe-t-il dehors ? Murmura Ahava en se blottissant contre son torse nu.

- Une tempête approche… »

Il déposa un baiser sur ses cheveux tressés, et s'éloigna en se levant. Son rôle de Chef des Armées l'obligeait à aller vérifier si tous allaient bien. Un arbre pouvait tomber si le vent se renforçait, et il devait s'assurer que les habitants les plus proches de la forêt soient attentifs. Il refusait de perdre d'autres membres de son peuple, quand bien même la nature en serait responsable.

Il jeta un coup d'oeil à la chambre où pas moins de quatre enfants dormaient d'un sommeil de plomb, et sourit en découvrant que Tinok prenait toute la place sur les matelas posés au sol. Elle était étendue de tout son long, son bras posé en travers du visage d'un de ses soeurs, son pied calé dans le dos d'un autre de ses frères.

Le matelas de Din était roulé dans un coin de la petite pièce, et Eingil sentit son coeur durcir dans sa poitrine. Din, son fils aîné, celui grâce auquel il était devenu irrémédiablement adulte, son petit guerrier si courageux. Il essayait de ne pas penser à ce que les gens qui s'en étaient pris à lui pouvaient lui faire subir. Il savait que les humains étaient capables du pire, Théo même le lui avait dit un jour. Les hommes avaient tant de points communs aux monstres, contrairement aux animaux qui n'agissaient qu'en fonction de ce que la nature avait fait d'eux.

Eingil referma doucement la porte, prenant garde à ne pas réveiller les petits, puis retourna dans la chambre principale pour saisir une tunique épaisse. Le vent risquait d'être froid à cette heure de la nuit et il ne tarderait sans doute pas à amener quelques grains de pluie.

Il sortit de la petite maison et contempla la Baie. La lueur de la lune la baignait d'un éclat majestueux qu'il aurait pris le temps d'admirer en temps normal. Mais le vent le préoccupait. D'ordinaire, Dame Nature épargnait la Baie, ne leur offrant que la pluie nécessaire à leurs récoltes, et un tel souffle que lorsque la chaleur devenait étouffante.

Il rejoignit quelques guerrier réunis aux abords de la forêt et ils le rassurèrent en affirmant que les arbres tiendraient. Eingil alla malgré tout prévenir les habitants les plus à risques de prêter attention, leur faisant promettre qu'au moindre craquement, ils quitteraient leurs maisons. Leur vie valait bien davantage que ces bâtisses de bois et de pierre qu'ils pourraient facilement reconstruire. Puis il s'en retourna vers la Baie dans laquelle il trempa les pieds avant de lever la tête vers la lune.

Hermione et Théodore n'étaient pas partis depuis vingt-quatre heures, mais il trouvait le temps si long. Il aurait aimé pouvoir les suivre, mais la Baie n'en empêchait, le ramenant vers lui comme une compagne trop possessive, et il ne pouvait qu'attendre. Attendre que le sorcier qui l'avait vu grandir, qu'il considérait depuis toujours comme un membre de famille, revienne avec des nouvelles… De bonnes nouvelles. Il ne pourrait en accepter de mauvaises.

« S'il te plait, chuchota-t-il à la surface plane de l'eau qui ne se laissait pas influencer aisément. S'il te plait, ramène-le moi sain et sauf… Je ferai n'importe quoi.

- Eingil ! »

Il se retourna en entendant l'un de ses amis crier et le vit courir vers lui, l'air un peu inquiet. Khetz faisait parti des meilleurs guerrier, en partie grâce à son calme à toute épreuve et Eingil oublia aussitôt sa supplique à la Baie pour revêtir son costume de chef.

« Que se passe-t-il ?

- Les animaux de la forêt, ils semblent être devenus fous !

- Quoi ? Le vent a dû leur faire peur, tout simplement, ils…

- Non, écoute ! »

Eingil ferma les yeux et tendit l'oreille, se focalisant sur tous les bruits qu'il percevait. Il pouvait entendre à plusieurs kilomètres de là, mais il dût faire fi du souffle du vent et prit quelques secondes à comprendre de quoi parlait son ami.

Il entendit un jaguar feuler et des loups hurler, les multiples espèces de singes crier de mécontentement, les proies se cacher dans leurs refuges sous terre ou dans les arbres. Il rouvrit les yeux, le corps soudain saisi par l'adrénaline.

« Ils ont peur…

- Mais pas du vent. Ils fuient quelque chose, Eingil, assura Khetz avant de préciser : Aucune tempête n'était prévue pour cette nuit, le temps était encore calme il y a une heure… La nature est en colère.

- Les éclaireurs ont repéré des intrus ? Interrogea Eingil en se mettant à courir en direction de la lisière de la forêt.

- Aucun humain. Des animaux, par contre, différents de ceux qu'on connait.

- Comment ça, différents ?! »

Ils avaient toutes sortes de créatures autour d'eux, dont certaines qui - attirés par la magie - appartenaient au monde sorcier.

« Oyn dit avoir vu un ours blanc. »

Eingil se figea sur place, les yeux écarquillés par l'effarement. Théodore lui avait un jour parlé de ces ours polaires qui vivaient très au Nord là où il faisait si froid qu'il aurait perdu des orteils en s'y rendant. Il avait aussi expliqué qu'à cause du réchauffement climatique, il n'en verrait probablement jamais, même s'il s'y risquait.

Il comprit alors de quoi il retournait.

« Ani… Animagus, articula-t-il, ce mot sonnant bizarre sur sa langue alors qu'il le prononçait pour la première fois de sa vie.

- Quoi ? Qu'est-ce que c'est ?

- Mon père m'a dit un jour que les sorciers peuvent se transformer en animaux. Théo lui en avait parlé, il y a longtemps. »

Les yeux de Khetz s'ouvrirent grand sous l'horreur qu'il éprouvait tout à coup à l'idée que les hommes puissent avoir des idées aussi contre-nature, mais Eingil ne se préoccupait pas de cela.

Soudain, tout devint clair.

Din avait senti quelque chose dans la forêt. Et pas eux, pas les adultes qui apprenaient peu à peu à faire fi des émotions, alors que l'enfant ne parvenait pas à les contrôler. Contrairement à eux, Din avait pu ressentir ces sorciers sous leur forme animale. C'était pour cela qu'il n'avait rien vu venir et que son fils avait pu lui être aussi facilement volé.

Pour ça aussi que la nature tentait de les avertir en se déchaînant, que les animaux prenaient peur sous l'invasion auquel leur habitat devait subitement faire face.

Il se remit aussitôt à courir en vociférant à l'adresse des elfes qui surveillaient les bois :

« Eloignez-vous ! Prenez vos armes ! Khetz, fais sortir tout le monde, conduit-les au palais, vite ! »

Khetz obéit sans y réfléchir une seconde et fila en direction des maisons en hurlant, frappant aux portes alors que les guerriers prenaient leurs armes qui, Eingil le savait, ne suffiraient pas. Elles étaient faites de bois, comme les baguettes magiques, mais ne paraient à aucun sortilège.

Il vit Ahava sortir de la maison, les yeux lourds de sommeil, son dernier né dans les bras, les autres enfants collés à elle, et il lui fit signe de se dépêcher. Comme toujours, elle n'écouta pas. Elle plaqua le bébé dans les bras de son aînée avant de lui ordonner de suivre les plus âgés qui se précipitaient vers la montagne pour s'y réfugier. Et saisit à son tour un épais bâton à la pointe acérée dont elle savait bien se servir. Il sentit un afflux de peur enfler dans sa poitrine, mais se tut : il n'avait aucun droit de l'empêcher de se battre.

Les hommes en âge de se défendre s'emparèrent eux aussi de tout ce qui pouvaient les aider à combattre, la plupart des femmes firent de même, mais alors que la terre se mettait à trembler sous ses pieds, Eingil comprit que cela ne suffirait pas.

Des dizaines d'insectes rampants apparurent sur le sol. Des oiseaux de toutes les couleurs fondirent soudain depuis le ciel. Un ours d'un blanc tel qu'il n'en avait jamais vu fit basculer un arbre qui s'abattit sur le toit d'une maison, laquelle s'effondra. Un énorme chien noir. Une étrange sorte de rhinocéros. Un tigre. Un gorille. Des animaux qu'il n'aurait jamais dû voir en dehors des pages de livres que leur apportait Théo et Ella, car ils n'avaient pas leur place dans ce pays et encore moins dans leur univers.

Et un homme.

Eingil scruta cet humain qui apparut là, entre toutes ces bêtes, et sut qu'il était le moins bon d'entre eux tous. Il croisa son regard, vide de toute émotion, et chercha à comprendre ce qu'il voulait en tendant chacun de ses pouvoirs vers lui. Il accusa difficilement le choc.

Haine. Mépris. Violence. Avidité. Désir de destruction.

Il sentit Ahava se rapprocher de lui et tendit tout naturellement la main vers elle. Il échangea un regard avec Khetz qui hocha la tête, lui offrant l'espoir qu'au moins, les plus jeunes soient à l'abris le temps de la bataille.

Une bataille qu'il ne pouvait simplement pas perdre.

Il cria. Fort. Mais son cri fut vite couvert par les hurlements de fureur de sa grande famille qui se rua en avant, prête à défendre leur monde au prix de leur vie. Eingil se lança lui aussi alors que les sorciers reprenaient leur forme humaine. Il en assomma un d'un coup en pleine mâchoire, puis vacilla en voyant un éclair vert traverser la foule pour heurter un Elfe à peine plus vieux que lui qui tomba net.

Il n'eut pas le temps de pleurer et poursuivit le combat, essayant tant bien que mal de ne pas compter les siens qui s'écroulaient en criant. S'acharnant aussi à se battre alors qu'au fond de lui, il savait que ce combat là était perdu d'avance.

À quelques dizaines de mètres de là, sous les ordres d'une Reine douloureusement consciente de chaque perte, des dizaines d'enfants se mirent à chanter.

De toute leur force, de toute leur âme, appelant de leur voix les seuls personnes qui, à l'autre bout du monde, avaient encore le pouvoir de les sauver.


Note _ :'(

Petites questions _ 1. Commençons par le meilleur (okay, le pire)... Rhys XD Qu'avez-vous pensé de sa petite histoire ? (et le gars qui capte pas que vouloir se taper sa nièce, c'est MAL, je jure j'en peux plus de lui xD) ; 2. Toby qui ne sait pas de taire... Est-il maso ? (bon, okay, le voir répondre à Rhys fait du bien xD) ; 3. Ella qui réalise qu'en fait, Rhys est pas quelqu'un de bien, C'EST PAS TROP TOT ! & qui a l'air plutôt décidée à laisser ses parents vivre leur vie au lieu de les enquiquiner... Cela va-t-il durer ? ; 4. Comment pensez-vous que tout ça va se dépatouiller ? Toby & Din vont-il réussir à s'échapper ? Les Elfes à s'en sortir ? L'Ordre à les aider à temps ? Ou Rhys va-t-il réussir à détruire tout ce qu'ils ont construits jusque là ? ; 5. Ce chapitre vous a plu ? ^^

Dans le prochain épisode _ une discussion à coeur ouvert, des conditions, une prise de conscience, un cri strident, l'odeur du sang, un labyrinthe, une équipe, une course à travers bois, l'hécatombe, une corde magique, un bleu presque noir, de l'arrogance légitime, un éclair & l'ombre de la mort.

Voili voilouu ! Des bisous (de loin, masqués & co) contre des reviews !

Bewitch_Tales