Plop bonsoir !

J'ouvre ce recueil à cause (ou grâce, ça dépend du point de vue) au Drabble Club du Kraken Writing Club (n'hésitez pas à m'envoyer un MP pour plus d'informations) !

Ces OS prennent placent dans le contexte d'un de mes UA en cours d'écriture, mais pas de publication (obviously, j'aime pas quand les choses sont simples X)

Donc, informations nécessaires à la compréhension :

- Touya Todoroki a été adopté par les Midoriya quand il avait 15 ans et est désormais connu sous le nom de Hikari Midoriya.

- Il est passé par Yuei comme école et a fait ses stages sous la houlette de Lady Nagant

- Il est un super-héros sous le pseudonyme de Phénix et se bat pour la protection des populations les plus démunies et des minorités.

- Il est en colocation avec Soga Kugisaki, du spin-off Vigilante

Donc, en avertissements :

/!\ SPOILERS MANGA ET SPIN-OFF VIGILANTE

/!\ THÉORIE TOUYA TODOROKI = DABI

/!\ THÈMES DIFFICILES POUVANT ÊTRE MENTIONNÉS (ils seront toujours indiqués au début de chaque OS si besoin)


8ème Édition du Drabble Club

Thème n° 1 : Pull

Avertissements particuliers : Anxiété


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1# Ces mots silencieux

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― Je suis rentré !

― Oublie encore d'enlever tes bottes comme la dernière fois et je te fais lécher le parquet !

Quel accueil. Touya retient le sourire qui menace de naître sur ses lèvres. Peut-être est-ce parce que le comportement de son géniteur envers lui a toujours été dur, mais il n'a jamais vraiment été énervé par le caractère revêche de son colocataire depuis qu'ils habitent ensemble. Il le comprend, même, lorsque Soga peine à différencier sa perception du monde et la réalité.

Dans ces moments-là, il ne peut que l'observer sombrer, la main tendue jusqu'à ce qu'il accepte de la saisir. Au moins accepte-t-il de la saisir, désormais, au lieu de le voir comme une ombre moqueuse de plus. Parfois, Touya fait même appel à son petit frère, parce qu'Izuku est si lumineux que même les ténèbres qui noient Soga ne peuvent l'affubler d'un rictus.

Son ami déteste quand il a recours à lui, par contre. Mais à l'entendre, il donne l'impression de ne rien aimer, quand bien même le héros sait que c'est tout le contraire.

Touya se demande parfois comment il a réussi à amadouer Soga pour qu'il le laisse entrapercevoir un peu plus que sa façade. Peut-être parce qu'il n'est pas tout à fait sain d'esprit lui non plus, quand bien même il est suivi par un psychologue depuis que sa mère de cœur l'a adopté. Peut-être parce qu'il se fiche bien de l'Alter de son colocataire, peut-être parce qu'il l'a déjà aidé à se sortir de la panade. Soga est une petite frappe avec un casier plus sombre que les cernes du héros, certes, mais il ne méritait pas pour autant de mourir comme un chien dans une ruelle obscure. D'autant plus qu'il a changé, depuis leur première rencontre.

Au moins, il ne lui cherche plus des noises pour avoir juste croiser son regard, ni ne tente de lui casser le nez.

― Il est tard, je pensais que j'allais devoir te chercher à la clinique.

Touya lève les yeux au ciel, déposant le chèche qui sert à masquer son visage lorsqu'il travaille sous le pseudonyme de Phénix dans le bac prévu à cet effet - il n'aurait jamais dû laisser Izuku choisir son nom de héros, mais il a été si faible devant ses yeux de chiot laissé sous la pluie dans un carton - avant de faire craquer sa nuque. Il enfile ses chaussons, avant de se glisser dans la cuisine où se trouve Soga.

― D'ailleurs, tu me diras un jour pourquoi un héros comme toi préfère se planquer dans des petites cliniques à la limite du légal qu'aller dans un vrai hôpital ?

Jamais. Touya préfère encore se réduire en petit tas de cendres avec son propre pouvoir. Il a confiance en Soga, certes, mais pas à ce point-là. Il y a trop de risques à évoquer un si lourd secret.

― Parce qu'au moins, j'ai un chauffeur pour me ramener, réplique-t-il.

― Privé de dîner, donc, conclut Soga.

― Hey, ce chantage !

― T'as qu'à savoir cuisiner.

― Tu sais bien que je brûle tout ce qui a le malheur d'être de la nourriture.

― Justement, qu'est-ce que tu crois ?

Soga ricane et Touya n'a même pas le cœur à lui en vouloir ; son ami rit trop peu souvent de bon cœur pour qu'il râle, quand bien même il a envie de dire que ce n'est pas sa faute s'il est une brêle en cuisine. Il n'arrive à cuisiner que des plats froids, mais même les onigiris ont leurs limites et puis, généralement, ce n'est pas lui qui fait cuire le riz.

Il s'assoit autour de la table rectangulaire dont un coin est occupé par la vaisselle. Il songe à s'en occuper après le repas, avant que son regard ne s'arrête sur une enveloppe kraft épaisse au milieu, à côté du cactus aussi piquant que les remarques de son colocataire.

― Ton frère est passé après les cours, au fait, lui indique Soga. Il a laissé quelque chose sur la table.

― J'ai vu, j'suis pas bigleux, grommelle-t-il

― Hikari, tu es si étincelant que tu t'aveuglerais toi-même.

Il y a tant d'ironie dans la voix de Soga que Touya laisse échapper un petit rire tout en saisissant l'enveloppe. Il ne tressaille même plus au prénom qu'il porte depuis son adoption, même s'il n'est toujours pas à l'aise lorsque son colocataire l'utilise. Il préfère encore qu'il l'appelle par son surnom de héros. Son prénom est presque réservé aux membres de sa famille ; il ne s'est fait aucun ami à l'école qui puisse l'utiliser et en fait, il n'y a que Soga qui lui est assez proche pour se le permettre.

Finalement, c'est assez représentatif de sa carrière de héros. Il est plus proche de la lie de la société que de ceux qui brillent dans la lumière, mais il a à cœur de protéger tous ceux qui ne sont pas assez beaux pour être sauvés. Prostituées, adolescents en perdition, sans-abris, tous ceux qui ne sont pas assez « glamour » pour apparaître dans les journaux, mais qui ont quand même besoin d'aide.

― Tu as rempoté Igor ou tu veux que je le fasse ? demande Touya.

Il désigne le cactus du pouce, avant de se rappeler que son ami lui tourne le dos et ne peut donc pas le voir.

― Je m'en occuperai ce week-end. Igor est inflammable, je te rappelle !

― À t'entendre, je suis comme un vieux incontinent avec mon pouvoir.

― Tu veux que je t'achète des couches la prochaine fois que je vais au konbini, pépé ?

Soga se retourne pour lui ricaner au nez et Touya se contente d'un doigt d'honneur, avant d'ouvrir l'enveloppe et d'en sortir ce qu'il y a dedans. Son colocataire retourne à sa cuisine et le héros se permet alors de sourire jusqu'aux oreilles en voyant le pull soigneusement replié et le petit mot d'Izuku épinglé par-dessus.

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Maman a pris beaucoup de plaisir à faire ce pull pour ton ami, même si je ne suis pas certain qu'il apprécie le cadeau

P.S : Passe à la maison dimanche midi, d'accord ? Papa et Maman seront tous les deux là !

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Touya enlève avec précaution l'épingle à nourrice - il se pique toujours avec ce genre de choses - et la pose avec le message sur la table, avant de déplier le pull. La laine est douce sous ses doigts, alors que la couleur d'un vert-bleu subtil lui rappelle les cheveux de son colocataire. Le héros retient un léger rire alors qu'il observe la phrase tricotée dans le dos du pull, au-dessus d'un magnifique cactus qui ressemble pic pour pic à Igor.

« Qui s'y frotte s'y pique »

Soga risque de râler et de l'insulter, mais Touya sait qu'il l'appréciera. Ce n'est pas comme il y a encore un ou deux ans en arrière, où un tel pull lui aurait valu un bon coup de poing dans la figure. Il se retient d'éclater de rire avec difficulté, tout en interpellant son ami.

― Soga ? J'ai quelque chose pour toi.

― Moui ? Encore des bonbons qui colorent la langue ?

Son ami se retourne, coupant le gaz sous la poêle, avant d'écarquiller les yeux en voyant le pull que tient Touya entre ses mains. Il y a un éclat de colère dans les yeux dorés et le héros comprend très vite ce que cela signifie. Soga est dans un mauvais jour et il lui a caché jusque-là ; c'est le pire moment pour lui offrir ce genre de choses et songer à s'en sortir juste avec quelques commentaires.

Il est peut-être un héros, mais il n'est pas stupide pour autant ; il sait pertinemment quand il vaut mieux fuir.

― Je le laisse sur ma chaise, j'ai oublié d'acheter quelque chose au konbini, je reviens vite !

Il saute presque sur ses pieds, esquivant le torchon que lui balance Soga, avant de se ruer dans le hall, de sauter dans ses bottes avant de claquer la porte derrière, un goût amer au fond de la gorge. Touya déteste lorsque son ami garde son mal-être pour lui. D'une part parce qu'il a du mal à s'en rendre compte et qu'il finit toujours par faire une bourde qui le blesse ; d'autre part, parce qu'il n'a pas d'autres solutions que d'attendre que Soga se calme de lui-même. Sa simple présence peut vite enrager d'autant plus son ami.

Et quand bien même Soga s'excuse par la suite, Touya se déteste de ne pas pouvoir l'aider, de ne pas être assez doux pour l'apaiser, comme pourrait le faire Izuku; Peut-être devrait-il acheter un Igor-en-second à chaque crise pour occuper Soga ? Hum, non, leur appartement deviendrait une cactuseraie en moins d'un an et, même s'il ne déteste pas les cactus, il ne les aime pas à ce point.

Touya esquisse un sourire en entendant son téléphone sonner brièvement et il espère presque que Soga soit déjà assez calme pour qu'il puisse rentrer, avant de le perdre en voyant l'expéditeur. Lady Nagant. Dans quels ennuis sa mentore compte-t-elle le fourrer ? Il lui doit beaucoup, certes, mais il a une sensation de malaise en sa présence ces derniers temps, de plus en plus importante. Et il ne comprend pas pourquoi ; peut-être est-ce d'ailleurs pour ça qu'il hésite à ignorer le message. Mais il n'arrive pas à s'y résoudre. C'est avec un soupir qu'il déverrouille son écran, prenant connaissance du SMS.

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De : Ennuis Bigoût

19h43

Phénix, j'aurais besoin d'aide

Retrouve-moi au Parc Ueno, au pied du temple Kaineji.

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Parfois, Touya se demande si Nagant a une vie en-dehors de son boulot, malgré son compagnon et sa petite fille. Certes, ils sont des héros, ce qui implique une vie sans horaires fixes, mais tout de même ! Est-ce qu'elle se repose, parfois ? Il en doute, surtout devant ce message énigmatique qui lui tord l'estomac. Doit-il réellement la rejoindre ? À moins que vraiment, l'héroïne soit en danger- ce dont il doute franchement - il ne voit pas en quoi il pourrait l'aider. Il est encore bien loin de son niveau et il ne comprend même pas pourquoi elle n'est pas numéro 2, devant Endeavor. Elle est bien mieux que lui.

Peut-être est-ce alors pour ses liens avec la population la moins fréquentable de la ville ?

Parfois, il regrette d'être si proches des habitants des bas-fonds de Tokyo et des alentours, puisque les héros qui ont besoin d'informations - et qui arrivent à passer outre l'impression qu'ils ont de lui - viennent lui demander de l'aide. Parfois il accepte, parfois il refuse, mais il ne peut pas réellement se défiler, pas avec sa mentore. Seulement, il y a Soga, il a sa journée de patrouille derrière lui et la fatigue qui l'accompagne ; c'est presque dangereux pour eux deux, même, de répondre à sa demande dans l'immédiat.

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De : Moi

19h45

Pas ce soir, s'il te plaît, sauf urgence.

C'est une urgence ?

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De : Ennuis Bigoût

19h46

Demain, six heures alors.

S'il te plaît

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Touya tique. Jamais Nagant n'a paru si pressante, si dépendante de son aide. Il n'aime pas ça. Il fronce le nez, avant de soupirer, passant ses doigts sur ses cernes pour les frotter. Il a un mauvais pressentiment à ce sujet. Son pouce tapote l'écran, avant qu'il ne frappe un rapide message.

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De : Moi

19h48

23h. Voire minuit.

J'ai un truc à faire avant.

Je peux pas faire mieux

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Vive la caféine pour tenir debout. Touya ne peut qu'espérer que Soga se calme avant minuit, parce qu'il n'a pas spécialement envie de manger dehors, ni de rejoindre Nagant sans savoir s'il va mieux ou non. Peut-être devrait-il demander à Izuku de passer à l'appartement et de vérifier si Soga va mieux, s'il n'a pas de message de son colocataire avant vingt-deux heures ?

Son portable vibre de nouveau et Touya a une pierre au fond de son estomac alors qu'il lit le SMS entrant.

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De : Ennuis Bigoût

19h50

Laisse tomber

Je devrais m'en sortir toute seule

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De : Moi

19h51

Tu es sûre ?

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De : Ennuis Bigoût

19h52

Évidemment, sale môme !

Tu pourrais juste faire une petite chose pour moi ?

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De : Moi

19h53

Dis toujours

Mais je penche pour oui d'avance

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De : Ennuis Bigoût

19h54

J'ai oublié mon pull à la salle de sports

Tu pourrais le récupérer pour moi ?

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De : Moi

19h55

J'suis pas un coursier !

Mais vas-y, donne-moi l'adresse

Et le code du cadenas

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De : Ennuis Bigoût

19h56

Tu es le meilleur !

*GIF Love*

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Il y a une sensation étrange dans le cœur de Touya. Ses doigts sont suspendus au-dessus de l'écran sans savoir quoi répondre pour autant. Il y a quelque chose qui cloche, mais il n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Peut-être devrait-il se rendre au point de rendez-vous, mais il est réaliste ; si Nagant a changé d'avis, même en s'y rendant immédiatement, il ne l'y trouvera pas.

Peut-être devrait-il insister.

Peut-être devrait-il revenir sur ses mots et dire qu'il est immédiatement disponible.

Peut-être devrait-il exiger de savoir dans quoi sa mentore s'embarque.

Il devrait.

Mais elle est trop secrète pour s'ouvrir à lui et à trop insister, il risque de la perdre. Elle risque de devenir froide, de s'éloigner, et ça le tuerait. Elle lui a tant donné, elle est la raison qui lui fait qu'il a pu devenir un héros, elle est celle qui lui a permis de grimper jusqu'au sommet pour l'effleurer. Alors il range son téléphone, la boule au ventre et des questions plein la tête.

Ce soir, il ne trouvera pas le sommeil et ses cernes seront plus noires demain. Il a l'habitude. Ce n'est pas si grave. Ses anciennes brûlures étaient une douleur constante ; il peut bien supporter l'inquiétude qui commence à ronger son ventre, comme un chien errant trouvant un os.

Il peut. Mais ça ne l'empêche pas d'avoir physiquement mal à l'idée qu'il arrive quoi que ce soit à Nagant. Un bref instant, il songe qu'il préférerait encore sentir sa chair partir de nouveau en cendres sous l'effet de son pouvoir que de s'angoisser sans pouvoir agir. Il est devenu un héros à la fois pour se venger de son paternel et de son regard condescendant, mais aussi pour protéger les autres, pour protéger les sourires lumineux et les espoirs.

Il semble condamné à échouer, ce soir.

Une nouvelle sonnerie de son portable et Touya espère presque qu'il s'agit de Nagant, avant de déchanter sans pourtant être déçu. Un léger sourire se forme même sur ses lèvres, alors qu'il ouvre le message.

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De : Papa d'Igor

20h03

Rentre

Ça va refroidir sinon

(et dis à ta mère qu'il est magnifique)

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De : Moi

20h04

Ok, j'arrive

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De : Papa d'Igor

20h04

… Il se passe quoi ?

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Touya a un coup au cœur. Bien évidemment que Soga remarquerait sa sécheresse. D'habitude, il aurait renchéri ou aurait blagué. D'habitude, il n'a pas mille dents qui transpercent son estomac, il n'a pas mille regrets qui meurent au bout de ses doigts prêts à envoyer un SMS à Nagant.

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De : Moi

20h06

Je ne sais pas.

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Avouer son ignorance lui donne envie de frapper quelque chose. La violence est la réponse la plus rapide à son mal-être, même si elle n'est pas la plus saine. Au moins, la douleur s'il frappe un mur chassera un temps ce qui le ronge. Quelques secondes. Quelques précieuses secondes où il n'aura pas l'impression de brûler d'impuissance.

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De : Papa d'Igor

20h07

Y'a un plaid sur le canapé

Et du chocolat dans une tasse

Et une poêle pour t'assommer si besoin.

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De : Moi

20h07

Crétin.

J'arrive

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Touya se hâte de rentrer à son appartement, l'estomac serré et le cœur hanté de doutes. Mais il ne peut rien y faire. Il ne peut qu'attendre que Nagant lui donne signe de vie et qu'elle chasse ses craintes d'un revers de la main en souriant, comme lorsqu'elle a réglé les soucis qui l'empêchaient de postuler à Yuei.

C'est marrant, comme toute sa vie tourne autour des sourires qu'on lui offre ou qu'on lui refuse.

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De : Papa d'Igor

20h15

*photo envoyée*

Dépêche-toi

Ou Igor mangera ta part

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De : Moi

20h16

C'est le terreau de mauvaise qualité

qui lui donne faim

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De : Papa d'Igor

20h17

Je le rempote samedi

D'ici là, il aura toujours un creux.

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Touya ricane doucement, presque fatigué sans pourtant retenir son amusement. Soga a un sens de l'humour particulier, certes. Mais au moins, cela chasse un peu ses pensées noires alors qu'il retourne à son appartement. La nuit est bruyante, comme toujours dans la cité, bruyante et lumineuse avec ses néons qui donnent mal aux yeux.

Le jour en pleine nuit et pourtant, cela n'empêche pas les crimes d'arriver et les héros de se surmener.

Son cerveau retourne aux messages de Nagant comme un tourniquet d'enfant qui n'a pas d'autre voie à suivre. Touya glisse ses doigts sur ses yeux, fermant brièvement les paupières avant les rouvrir, des taches de couleur dansant devant lui. Il ne peut rien faire de plus, désormais ; songer à ce qui aurait pu être s'il avait répondu tout de suite présent ne le fera que souffrir. Mais il faut croire qu'il en a tant l'habitude qu'il se plaît à se l'infliger lui-même.

Parfois, il se demande si ses anciennes blessures ne seraient pas moins douloureuses que l'inquiétude qui vient par vagues s'écraser sur son cœur, que ses angoisses concernant sa mère, son petit frère, Soga ou encore Nagant. Heureusement qu'il n'a pas monté d'agence, finalement. Il n'est pas certain qu'il aurait su gérer l'anxiété que cela aurait généré.

C'est avec une légère hésitation que Touya pousse la porte de l'appartement, incertain de l'accueil qu'il recevra de la part de Soga malgré les messages. Il y a toujours un risque de l'énerver de nouveau à peine aura-t-il le pied sur le paillasson, aussi préfère-t-il prendre ses précautions.

Sa prudence n'est visiblement pas de mise, alors qu'il croise le regard inquiet de Soga, qui l'attend dans le couloir, les mains dans les poches et son nouveau pull sur le dos. Touya esquisse un léger sourire, tandis que son ami penche la tête sur le côté.

― Mec, ça va ? T'as une tête à faire fuir Izuku.

― 'moins il aurait pas à me supporter, grogne-t-il pour toute réponse.

― Ok, je vois. Je ramène les assiettes devant le salon, on va s'installer devant un film. Une préférence ? Un film Barbie, peut-être ?

Le sourire de Soga est à la fois doux et taquin ; Touya lui tire la langue, alors que son ami disparaît en ricanant dans la cuisine. Peut-être que le film arrivera à le détendre, quand bien même il n'y croit pas trop. Il enlève ses chaussures et se saisit de son téléphone, hésitant un bref instant en voyant le nouveau message lui indiquant où récupérer le pull et le code du cadenas, avant d'éteindre l'appareil.

Touya n'a pas l'intention de nourrir ses angoisses en restant accroché à l'écran et tant pis pour la photo de Soga avec son pull ; il la fera plus tard, si son ami veut bien, pour montrer le résultat de son travail à sa mère. Tant pis pour les appels, tant pis pour les nouvelles, si vraiment il y a un problème, son colocataire a toujours son portable allumé avec les dernières nouvelles.

Mais ce soir, Touya déconnecte, ou c'est son esprit morcelé qui en pâtira le plus.

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