Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...
Genre _ Romance / Famille / Suspens.
Rating _ M ... :P
Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...
Note de l'Auteure _ Et voilà l'avant dernier chapitre... oulala que c'est passé vite (oui okay, vous avez eu un loooong break à un moment mais je me suis faite pardonner, non ? XD)
Bonne lecture !
Ellarosa - Vermelha
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Chapitre 13
« J'ai fait dans ma vie des rêves dont le souvenir ne m'a plus jamais quittée et qui ont changé mes idées : ils se sont infiltrés en moi, comme le vin dans l'eau et ont altéré la couleur de mon esprit. »
Emily Brontë.
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« Sais-tu ce qu'est une promesse, Théodore Nott ? »
La voix retentit en lui, seul bruit dans ce silence de mort. Il ne voyait rien, plongé qu'il était dans un abysse sans début ni fin, il flottait. Seule cette voix qui lui était inconnue mais qu'il avait pourtant l'impression d'avoir déjà entendue mille fois lui offrait de quoi se raccrocher.
« C'est un engagement, s'entendit-il sans avoir pourtant l'impression de bouger les lèvres, sans même avoir l'impression d'avoir encore des lèvres en vérité.
- Oui. C'est bien cela. Tiens-tu tes promesses, Théodore Nott ? »
Théo hésita une petite seconde. Il aurait voulu répondre « oui », parce qu'il avait toujours tenté d'agir en accord avec ce qu'il disait, autant que possible du moins. Puis il songea à tout ce à quoi il avait assisté ces dernières heures, à la souffrance des Elfes dont il se sentait si responsable.
Il n'avait jamais connu Rhys Demontmorency. Mais c'était son frère malgré tout. Son sang coulait dans ses veines. Et c'était lui qui avait provoqué tout ça. N'était-il donc pas au moins un peu coupable, alors même qu'il avait promis aux Elfes bien des années auparavant, de tout faire pour que leur secret soit bien gardé ?
« J'ai essayé…
- Je sais, répondit la voix, et il crut y percevoir une nuance de compassion.
- Je suis tellement désolé.
- Je le sens. Et c'est bien suffisant. »
Théo sentit un sanglot enfler dans son torse - mais avait-il encore un torse ? - alors qu'une vague de tendresse s'abattait sur lui, le réchauffant peu à peu alors que son corps lui semblait si froid.
« Peux-tu me faire une promesse, Théodore Nott ?
- Oui ?
- Ramène-nous la paix. Quelle que soit la façon dont tu penses que cela doit se passer… Ramène-nous la paix. »
Théo sentit une brûlure l'envahir alors. Ses poumons s'enflammaient, comme s'ils étaient remplis d'eau, et il se mit à se débattre, alors qu'un « Promets-le moi. Promets-le nous ! » résonnait à ses oreilles.
Il s'étouffait, incapable de prononcer un seul mot, battant des jambes et des bras comme pour trouver de l'air.
De l'air, de l'air et il promettrait tout ce qu'elle voudrait.
Théo se mit à bouger et Ella poussa un petit cri alors qu'autour d'eux, le sang s'évanouissait, comme absorbé par le corps de son père. Elle crut qu'elle rêvait avant de comprendre qu'il n'en était rien. Toby jura à ses côtés, et elle sut qu'il voyait la même chose qu'elle, tout comme sa mère qui bredouilla des mots sans le moindre sens alors que le sang de son père retournait simplement au corps à qui il appartenait.
Lorsque la peau béante se referma, les Elfes qui s'étaient approchés se mirent à chanter et Ella ne put retenir un énième sanglot. Elle sentit la main d'Eingil se poser sur son épaule, puis il fit signe à Toby :
« Ne le sortons pas de l'eau tout de suite…
- Que se passe-t-il ? Que chantent-ils ?
- Ils remercient la Baie de nous l'avoir ramené.
- Ramené ? »
Comme pour répondre à cette question, Théo se mit subitement à tousser et à s'agiter dans tous les sens et Hermione lui maintint la tête hors de l'eau malgré la violence de ses gestes. Ella recula d'un bond, effarée par ce qu'elle avait sous les yeux.
Un miracle, tout simplement. Un miracle que le monde moldu pas plus que le monde sorcier n'aurait pu leur offrir. Seuls les Elfes en étaient capables.
Théo ouvrit les yeux d'un seul coup, comme réveillé d'un cauchemar, et se releva en criant :
« Je promets, je promets, promis… »
Le silence se fit tout autour d'eux alors qu'il répétait « Promis, promis » à bout de souffle, le regard dans le vague, en proie à une panique qu'ils ne purent que comprendre. Quand bien même n'étaient-ils jamais revenu d'entre les morts - à l'exception d'Harry, peut-être - ils se doutaient que le chemin devait être semé d'embûches.
« Papa… » bredouilla Ella en fondant en larmes avant de se ruer sur son père qui paraissait si perdu qu'il ne comprit pas immédiatement pourquoi il méritait un tel câlin.
Puis il croisa le regard d'Hermione dont les yeux étaient rougis par les larmes et tendit la main vers elle. Il ne savait pas exactement pourquoi ils avaient l'air si émus, mais il ressentait le besoin absurde de serrer les deux femmes de sa vie contre lui.
Toby ne les lâcha pas des yeux pendant un long moment, conscient qu'il assistait à quelque chose qui n'aurait pu se produire que dans un rêve. Conscient aussi qu'il ne rêvait pas.
Quand il se tourna finalement vers la Baie, il comprit que malgré le miracle qu'il venait de vivre, il s'agissait bel et bien de la réalité. Une réalité cauchemardesque.
Nombre d'hommes et de femmes s'acharnaient déjà à panser les blessures de ceux qui pouvaient survivre, à compter leurs morts aussi sans prendre encore le temps de les pleurer.
Le chant s'était tu de lui-même, le vent ne soufflait plus du tout, la Baie avait retrouvé une sorte de quiétude éprouvé qu'il n'avait jamais connue jusque-là.
Il songea alors qu'on parlait souvent du calme avant la tempête, mais que celui qui la suivait était bien plus lourd à porter.
Jamais il n'avait autant aspiré à la paix. Et même à une pointe d'ennui s'il le pouvait.
Mais il croisa le regard sombre d'Eingil qui s'était déjà détourné pour s'avancer vers Rhys. Ce dernier, à moitié immergé dans l'eau de la Baie, se tenait la jambe en vociférant, et Toby esquissa un faible sourire.
La Baie ne guérissait pas n'importe qui…
Attachés au milieu d'une petite clairière au milieu de la forêt, à quelques dizaines de mètres de la Baie, les hommes de Rhys paraissaient bien repentants. Toby les observait, geignants et suppliants, et serrait les poings en reconnaissant certains d'entre eux.
Il y avait nombre d'anciens prisonniers - des petites frappes qui ne faisaient que de courts séjours à Azkaban - et tout autant plus d'enfants d'anciens Mangemorts. Pas de ceux qui, comme ses parents, avaient eu du pouvoir, non. Les sous-fifres, les moins-que-rien, la chair à canons. Ceux qui n'avaient jamais eu la moindre chance de s'en sortir. Ceux qui n'avaient même pas pris la peine d'essayer.
Il les surveillait, réaliste pourtant quant au fait que les Elfes autour de lui étaient bien plus impressionnants. C'était eux que les sorciers suppliaient. Eux qui paraissaient prêts à tous les achever en un énième bain de sang.
Derrière lui, il sentit Winifred se raidir, et elle murmura :
« On devrait peut-être intervenir ?
- A Rome, fais comme les Romains, grogna Erwin qui, blessé, paraissait prêt à aider les Elfes dans leur entreprise.
- Mais ce sont des sorciers. Si le Ministère apprend que les Elfes les ont tués après la bataille alors qu'ils étaient à leur merci, vous imaginez le ramdam ? On… Toby ? »
Il s'était avancé sans plus les écouter pour se rapprocher d'Eingil qui donnait les ordres depuis de trop longues minutes. Ils avaient trouvé des cages à l'orée de la forêt, et cela avait suffit à attiser davantage encore leur colère. Il les comprenait. Les cages étaient petites. Pas assez grandes pour la plupart des Elfes, mais suffisantes pour les plus jeunes. Le plan de Rhys était clair… Et Toby frémissait de rage lui aussi.
Malgré tout, il parvenait encore à voir plus loin. Plus loin qu'en cet instant où il était bien tenté de les laisser agir comme ils le souhaitaient. Ils avaient tué tant d'Elfes après tout, pourquoi aurait-il eu pitié pour eux ? Une part de lui, l'inconsciente, la furieuse, voulait les voir souffrir -certains plus que d'autres…
Le reste ne pouvait simplement pas les laisser faire.
Il regrettait qu'Ella ne soit pas à ses côtés. Elle aurait pu les raisonner mille fois mieux que lui. Elle en avait davantage le droit aussi. Il n'était qu'un étranger, là où elle faisait partie de leur famille. Mais elle était restée avec ses parents, inquiète à l'idée que son père ne finisse par disparaître, et il se retrouva seul pour faire face à Eingil.
Ce dernier s'interrompît aussitôt, et haussa un sourcil en sa direction, l'air de demander ce qui lui prenait. Toby ne se laissa pas le temps de changer d'avis et énonça clairement ce qui lui paraissait comme une évidence.
« Vous ne pouvez pas les tuer. »
Le silence se fit, si violemment qu'il eut l'impression que même la nature s'était faite muette, vexée elle aussi. Un Elfe qu'il n'avait jamais rencontré fit un pas en sa direction, menaçant, mais Eingil l'arrêta en quelques mots, avant de secouer la tête.
« Et pourquoi donc ? Interrogea-t-il, une pointe d'ironie dans la voix. Leur vie a-t-elle de la valeur à tes yeux ? Davantage que celles des nôtres ?
- Tu sais très bien que non, comme tu sais que cette bataille a tout changé et que maintenant, chacun de vos choix sera déterminant pour la suite. Veux-tu que les sorciers vous voient comme des monstres, ou comme des personnes civilisées, doués d'empathie et d'une capacité de réflexion ?
- Des monstres ?! »
Eingil répéta ces mots en grognant, et se rapprocha de lui jusqu'à presque coller son nez au sien. Toby le sentit trembler, et il sut que la rage seule n'en était pas responsable. Eingil était à bout de forces. Il ne tenait que grâce à sa haine, et au flot d'adrénaline qui parcourait encore son corps. Il le savait, parce qu'il réussissait à se tenir sur ses jambes grâce à cela, lui aussi. Il savait qu'à la seconde où il pourrait se reposer, il perdrait pieds.
Ils avaient tous les deux vécus ces derniers jours de bien différentes manières, mais leurs états étaient étonnamment semblables. Eingil avait cru perdre son fils, alors que Toby avait frôlé la mort. À cause d'un seul homme. Un homme qu'Eingil pointa du doigt en grondant :
« Et lui ?! »
Toby perçut sa douleur bien plus que sa colère dans ces deux petits mots. Une douleur qu'il partageait. Il détourna à peine les yeux, jetant un coup d'oeil à Rhys qui, les mains attachés dans le dos, bâillonné, essayait toujours de les insulter.
Pathétique.
Il n'eut pas le temps de répondre, qu'Eingil poursuivit, la voix vibrante de mille émotions qu'il ne parvenait plus à contrôler :
« Et lui, Toby ?! Il a fait enlever mon fils, il l'a torturé, il a fait tué ma famille avec l'aide de ces sorciers que tu défends… Et ce serait nous les monstres ? Nous ?! As-tu la moindre idée du temps qu'il nous faudra pour nous relever ? La plupart de nos maisons sont détruites, nos cultures sont imbibées de sang, nos enfants sont morts de peur, nos femmes, nos amis sont estropiés, et tu voudrais que quoi ? Que je les épargne ?! »
Toby aurait voulu répondre à la négative. En vérité, tout son coeur lui hurlait de les aider à massacrer ces sorciers comme ces sorciers les avait massacrés. Il brûlait de faire souffrir Rhys comme Rhys les avait faits souffrir, Din et lui.
Mais il ne pouvait pas.
« Oui, je te demande de les épargner.
- Pourquoi ? »
Ce n'était pas Eingil qui avait posé cette question d'une voix d'où pointait davantage de curiosité que de jugement. Les Elfes s'écartèrent pour laisser passer leur Reine, et Toby baissa légèrement la tête en signe de respect. Eingil s'éloigna de lui en serrant les poings, et il devina que sans l'apparition subite de la jeune Elfe, il se serait pris un sacré coup.
Il reconnut Saoirse, l'Elfe qui, bien des années auparavant, n'était qu'une servante. Une servante grâce à laquelle il avait compris les mauvais desseins de Rhys. Elle était plus petite que lui d'une bonne tête, et elle paraissait frêle et épuisée. Il se demanda alors à quel point elle était reliée à la Baie et à ceux qu'elle protégeait, à quel point elle avait été éprouvée par cette nuit d'horreur. Elle n'en laissa pourtant rien paraitre en répétant :
« Pourquoi devrait-on leur laisser la vie sauve ? Ils ont tué les nôtres, et nous sommes adeptes de… Comment dites-vous ? « Une vie pour une vie ». Qu'ils soient des sorciers n'influence en rien notre décision, nous les tuerions également s'ils étaient comme nous.
- Mais ils ne le sont pas.
- Les Sorciers ne tuent donc pas les leurs quand ils commettent des crimes ?
- Cela arrive. Mais… Après un procès, un jugement. C'est une décision de justice.
- Justice ? Ce mot ne semble pas avoir le même sens chez vous que chez moi. »
Elle lui accorda un petit sourire compatissant, comme à un enfant alors qu'ils avaient presque le même âge, puis lui tourna le dos en ordonnant à Eingil : « Tuez-les ». Il sentit son coeur se serrer, et agit sans plus réfléchir. D'un geste, il agrippa la jeune Reine par le poignet et l'obligea à se retourner. Un hoquet de stupeur échappa à l'Elfe, alors qu'autour d'eux, les guerriers se tendaient, prêts à l'arrêter. Il entendit Winifred jurer, et les Aurors s'avancèrent pour le défendre. Il leur fit aussitôt signe de ne rien en faire, et se mit à parler à toute allure :
« Je suis désolé, mais les choses ont changé. Nous sommes là, et même si je ne veux en aucun cas vous imposer nos lois, elles doivent s'appliquer dans cette situation.
- Lâchez-moi, articula-t-elle sèchement.
C'est la deuxième fois que votre monde se retrouve détruit par la faute du nôtre, et cela ne cessera plus de se produire désormais. Vous ne pouvez plus vous cacher. D'autres Rhys, d'autres gens comme lui sans la moindre compassion, ni la moindre conscience, tenteront encore et encore de vous trouver…
Alors nous les combattrons.
Mais à quel prix ?! répliqua-t-il en haussant le ton. Vous cacher ne mènera plus à rien, désormais, nous sommes nombreux à connaitre vos existences, vous allez donc tous nous tuer ?! Votre secret ne peut plus en être un, et vous devez comprendre qu'à partir de maintenant, vos choix auront des conséquences sur la façon dont vous serez perçus… Si vous les tuez tous, nombre de sorciers estimeront que Rhys avait raison à votre sujet, que vous êtes des bêtes et qu'on peut se servir de vous comme on le souhaite. Si vous nous laisser les ramener, les juger et les punir selon les lois sorcières, ils auront une toute autre opinion. »
La Reine avait cessé de se débattre alors qu'il parlait, et il vit qu'elle commençait à comprendre qu'il ne défendait pas leur tortionnaire. C'était eux qu'il voulait sauver. Peu importait à quel prix.
« Si vous les tuez, le Ministère de la Magie finira par l'apprendre et demandera des comptes. Cela prendra peut-être du temps, mais ils finiront par venir ici, et il en sera fini de votre tranquillité… Vous devrez combattre, encore et encore, jusqu'à l'épuisement. Nous sommes plus nombreux que vous, et même si certains refuseront - même si je refuserai - de vous attaquer, d'autres le feront. Les Sorciers du monde entier pourraient finir par vous considérer comme des ennemis.
- Mais ils… Ils nous ont…
- Je sais. Et je m'assurerais qu'ils soient punis à la hauteur de leur crime, peu importe le temps que cela me prendra.
- La mort ?
- Pire. »
Elle plissa le front, perplexe, alors que l'étaux des Elfes se resserrait autour d'eux. Non plus pour s'en prendre à lui, mais pour l'écouter. Ils semblaient tous curieux de comprendre ce qui pouvait être pire que la mort, quel moyen les sorciers avaient pour punir leurs semblables. Ils voulaient savoir si leurs tortionnaires souffriraient suffisamment entre ses mains. S'ils pouvaient lui faire confiance. Alors il expliqua.
« Cela s'appelle le Baiser du Détraqueur. Ce sont des créatures qui ont la faculté d'aspirer nos âmes. C'est la pire punition qui existe dans le monde sorcier…
Ils aspirent vos âmes ? Répéta la Reine sans comprendre.
Oui. C'est comme si… Comme si on vous arrachait à la Baie. Pas pour quelques heures ou quelques jours, mais pour votre vie toute entière. Brutalement. Vous perdriez toute envie, tout ce qui fait de vous ce que vous êtes… Vous ne seriez guère plus que des légumes. C'est un châtiment bien pire que la mort, vous ne croyez pas ? »
Il la lâcha alors, conscient qu'il ne pourrait rien dire de plus pour la convaincre. Qu'ils n'avait besoin de rien de plus. Les Elfes se mirent à sourire en observant les sorciers de Rhys qui s'étaient tus. Ils paraissaient prêts à supplier d'être tués finalement, tant la mort leur paraissait douce en comparaison de ce que Toby venait de promettre.
Saoirse leva les yeux vers Eingil, l'interrogeant du regard, et ce dernier acquiesça sans la moindre hésitation, un petit rictus plein d'une joie perverse collée aux lèvres. Alors la Reine revint vers lui, et s'assura d'une voix plus ferme :
« Peux-tu me promettre qu'ils paieront tous ?
- Je peux vous promettre de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'ils souffrent bien davantage entre nos mains qu'entre les vôtres.
- Tous ? » Répéta-t-elle en indiquant Rhys d'un geste plein de dégoût.
Ce dernier se débattait toujours, infatigable apparemment, et Toby hésita un instant. Il aurait pouvoir le leur assurer, mais Rhys avait tant de contacts dont ils ignoraient encore tout. Et s'il était proche d'un membre haut-placé du Magenmagot ? Les autres, personne ne les défendrait, même pas leur famille probablement. Mais Rhys… C'était autre chose.
Et il réalisa que ça valait peut-être mieux ainsi. Peut-être que le Baiser du Détraqueur n'était pas le pire châtiment possible pour un homme comme lui.
Il s'apprêtait à se retourner pour expliquer à la Reine ce qu'il estimait préférable en ce cas particulier, mais un éclat argenté à la cime des arbres attira son attention.
Il entendit la flèche avant de la voir réellement. Lancée depuis l'ombre, elle passa au-dessus des Elfes rassemblés là, frôla nombre de têtes des sorciers saucissonnés, pour filer sur Rhys dont les yeux s'écarquillèrent d'horreur. Elle allait s'enfoncer droit dans son torse, précisément au niveau de son coeur, quand un sortilège la heurta, la faisant exploser en un millier de morceaux de la taille de grains de sable.
Toby tourna la tête en expirant de soulagement, et remercia une Winifred plus que précise d'un sourire, avant de faire volte-face, curieux de voir qui avait bien pu tirer cette flèche. Il n'eut pas à chercher bien loin.
Din avait sauté de l'arbre d'où il était perché, son arc brandit droit devant lui, une flèche déjà prête à être décochée, des larmes brillant dans ses yeux. Eingil poussa un grondement en se précipitant sur son fils alors que les Aurors se mettaient à encercler Rhys pour le protéger - conscient que c'était là ce que Toby attendait d'eux. Eingil atteignit Din à temps pour lui arracher l'arc des mains, et l'enfant se mit aussitôt à hurler :
« Rends-le moi !
- Din, tu…
- Je vous ai entendus ! Vous n'allez même pas les tuer ! Ils méritent d'être morts !
- Din…
- Je m'en fiche de cette histoire d'âme, je veux qu'il meurt ! Tout de suite ! »
Eingil essaya de le prendre dans ses bras, mais l'enfant, animé par la fureur, se débattit si fort que son père recula, redoutant de lui faire mal en tentant de le calmer. Toby n'hésita pas longtemps avant de s'avancer à son tour, et Din, le voyant apparaitre, lui envoya son poing serré en plein dans le ventre - le seul endroit qu'il pouvait atteindre vue sa taille.
« Je te déteste ! T'avais dit que tu les ferais payer !
- Et c'est ce que je vais faire, je te le jure, assura-t-il d'une voix aussi calme que possible, conscient que le petit Elfe serait bien plus dur à convaincre que les adultes.
- Non ! Tu veux les sauver ! »
Du point de vue d'un enfant, peut-être paraissait-il réellement en train de supplier pour leurs vies. Il s'agenouilla donc près de lui, jusqu'à mettre ses yeux à la hauteur des siens, comme il l'avait fait quelques heures plus tôt alors qu'ils étaient enfermés.
Din était encore pâle, mais avait repris des couleurs - grâce à la Baie sans doute. Il tremblait aussi, d'épuisement et de colère, contre-coup de ce qu'il avait subi au long des jours après une existence entière de paix. Et son regard était sombre, et Toby savait pertinemment que les ombres ne le quitteraient pas de si tôt. Il avait été cet enfant après tout, cet enfant plein de colère et de douleur qui aurait tout donné pour détruire son tortionnaire s'il en avait eu l'occasion. Il comprenait. Il savait aussi qu'il ne pouvait pas le laisser faire.
« Est-ce qu'il t'a tué, Din ? » Demanda-t-il tout bas.
Des larmes plein les yeux, l'enfant secoua la tête. Toby entendit Eingil gronder, mais n'y prêta pas attention, focalisé sur Din qui ne se recula pas quand il posa ses mains sur ses épaules.
« Il t'a fait du mal, et je suis sûr qu'à un moment, tu as pensé que tu préférerais mourir que de vivre ça plus longtemps, pas vrai ? »
Din écarquilla les yeux, puis jeta un coup d'oeil désolé en direction de son père, comme redoutant d'admettre qu'il avait - selon lui du moins - manqué de courage. Il bredouilla un petit « Oui », et Eingil se crispa alors que la clairière toute entière se faisait silencieuse de nouveau.
« C'est ça que je veux qu'il éprouve. Je veux qu'il se dise que la mort vaudrait mieux que sa vie…
- Mais… Mais t'as dit qu'il serait comme un légume.
- Pas lui, répliqua Toby en esquissant un sourire féroce. Lui… Lui il mérite d'avoir conscience de tout ce qui lui arrive. Il mérite de voir l'empire qu'il espérait construire s'effondrer. Il mérite de passer chaque heure du reste de sa vie à se demander ce qu'il a fait de mal, à quel moment son plan s'est retourné contre lui, pourquoi il n'a pas réussi. Et tu sais ce qu'il comprendra un jour ?
- Quoi ?
Que c'est nous qui l'avons arrêtés. Nous deux. Sans nous, les Aurors ne seraient pas venus en renfort, sans nous, il aurait gagné… Il se rendra compte qu'un petit Elfe, ce qu'il méprisait, a mené à sa perte. Tu ne voudrais pas que ça arrive ? Tu ne crois pas que le tuer serait lui faire un cadeau ? »
Din parut y réfléchir un instant. Il chercha Rhys du regard, et un éclat de peur apparut sur son visage avant que le courage dont il avait toujours su faire preuve ne le remplace. Alors seulement, il hocha la tête, et avec une ferveur impressionnante pour son âge, affirma :
« J'espère qu'il va vivre très, très longtemps. »
Adossée à un arbre, encerclée par une petite armée d'Aurors que Toby avait dépêchés pour se charger de sa sécurité, Ella attendait l'arrivée d'un imminent sorcier en se rongeant les ongles. Elle avait perdu cette mauvaise habitude avant d'avoir dix ans, mais l'angoisse des derniers jours avait suffit à la faire ressurgir, et être constamment entourée d'Auror n'était pas très détendant non plus. Malheureusement, elle avait promis à Toby de ne pas les renvoyer.
La bataille qui avait conduit à tant de morts s'était déroulée deux nuits plus tôt, et il lui semblait qu'elle ne s'en remettrait jamais vraiment. Elle avait vu les corps décharnés de nombreux Elfes, avait dû soigner un Ron bien amochée et un Remus dont la vie ne tenait plus qu'à un fil.
Et elle avait assisté à la mort de son père.
Lorsqu'elle y songeait, elle avait l'impression d'avoir vécu un affreux cauchemar et de ne s'être toujours pas réveillée. À peine l'affrontement fini, elle avait dû voir Toby s'en aller. Ils n'avaient même pas eu le temps de discuter, et c'était Winifred qui lui avait résumé ce qu'il avait vécu. Lui était reparti pour l'Angleterre avec les derniers survivants et les cadavres des hommes de Rhys.
Et de Rhys.
Une petite partie d'elle était déçue qu'il ne soit pas mort en pleine bataille, alors même qu'il avait tenté de la tuer en un geste désespéré, comme une façon idiote de dire « Si je ne peux pas gagner, elle mourra avec moi ». Elle regrettait presque que Toby, ensuite, ait empêché les Elfes de le mettre à mort, même si son père n'avait cessé de répéter qu'il avait bien fait.
Le reste de ses pensées était un fouillis sans nom. Au fond, elle aurait aimé pouvoir lui parler avant que Toby ne l'emmène, l'interroger sur la façon dont il était devenu cet homme si barbare ; si au fond de lui, le Rhys qu'elle avait appris à connaitre existait un peu.
Son père paraissait ressentir la même chose. Il était évident que la culpabilité de ce frère qu'il n'avait jamais connu le perturbait, et qu'il se demandait ce qu'il aurait pu faire pour empêcher tous ces drames.
Comme toujours, penser à son père l'envahie de doutes et d'angoisses impossibles à réfréner. Il était revenu d'entre les morts, et même si Harry avait plaisanté en disant qu'il n'était désormais plus le seul « survivant » de leur bande, Ella savait qu'ils s'inquiétaient tous un peu des effets que cela pourrait avoir. La Baie leur avait-elle fait un cadeau, ou attendait-elle quelque chose en échange ? Les Elfes disaient toujours que la magie venait avec un prix, et elle redoutait de savoir ce qu'il serait cette fois.
A ce stade, le principal effet était qu'il proclamait avoir discuté avec l'esprit de la Baie. Ella le croyait. Elle avait passé suffisamment de temps dans cet endroit pour savoir que la Baie était plus qu'une source d'eau douce. Néanmoins, cela avait poussé son père à prendre une décision dont elle craignait un peu les répercutions. Une décision qu'elle redoutait d'autant plus en cet instant où ils allaient l'appliquer.
À quelques mètres d'eux, Toby apparut subitement, accompagné d'un homme à la tenue sombre qu'il avait dû faire voyager par transplanage d'escorte. Un homme qu'elle connaissait pour l'avoir plusieurs fois rencontrés, mais dont la venue l'inquiétait quand même.
Kingsley Schackebolt, Ministre de la Magie du Royaume-Uni.
Ella baissa respectueusement la tête, puis reporta son attention sur Toby qui ne semblait tenir debout que par miracle. Elle se demanda s'il avait pris la peine de dormir durant ces derniers jours, ou de soigner les blessures récoltées lors de sa captivité puis de la bataille qui avait suivi. Sans doute pas. Elle avait appris par les Aurors encore présents qu'il s'était chargé personnellement d'organiser la surveillance de Rhys et de ses hommes. Ces derniers étaient secrètement enfermés dans les cachots personnels des Aurors, afin que le secret de l'existence des Elfes soit protégé… Au moins pour un petit moment encore.
Elle le fusilla du regard, le traitant mentalement d'inconscient, et Toby esquissa un sourire en sa direction avant de se tourner vers le Ministre.
« Monsieur, pourriez-vous me remettre votre baguette, comme convenu ? »
Kingsley n'hésita pas une seconde et Ella s'en sentit un peu rassurée. Peut-être qu'en fin de compte, tout se passerait bien. Peut-être que son père - soutenu par un Toby sûr de lui - n'avait pas juste perdu l'esprit en encourageant les Elfes à abandonner définitivement toute notion de secret concernant leur existence. Peut-être pourraient-ils finalement tous vivre en harmonie.
Elle indiqua à Kingsley de la suivre et entendit Toby ordonner aux Aurors de surveiller les bois et d'en interdir l'accès à quiconque déciderait d'y pénétrer sans y avoir été autorisé au préalable. Puis il se posa à ses côtés et saisit tout naturellement sa main, sans se soucier de la présence du Ministre qui n'avait pas pu manquer son geste.
« Tu as une tête affreuse, commenta-t-elle simplement.
- Toi aussi. »
Elle se sentit sourire. En effet, ses journées à elle n'avaient pas non plus été de tout repos. Ils avaient dû dire adieu aux Elfes qui étaient partis. Nombres d'enfants se retrouvaient désormais orphelins et même s'ils étaient habitués à être élevés davantage par le peuple tout entier que par leurs parents en particulier, cela ne changeait rien à la souffrance de leur deuil. Plus de la moitié des maisons avaient été détruites, et ils essayaient tant bien que mal de les reconstruire avec l'aide de tous ceux qui étaient restés - la plupart des membres de l'Ordre et quelques Aurors qui avaient été blessés lors de la bataille et avaient fini par décider d'être utiles à ceux qui les avaient soignés.
« Comment va ton père ?
- Comme quelqu'un qui a ressuscité, je suppose. Il dit des choses étranges avec une voix d'outre-tombe et embrasse beaucoup trop Hermione… Je lui avais demandé de ne plus le faire pourtant.
- Elle l'a vu mourir, laisse-leur un peu de temps avant de jouer les enquiquineuses, la taquina-t-il avant de porter sa main à ses lèvres pour l'embrasser. Et Din ? »
Elle grimaça en se souvenant de l'état dans quel ils avaient retrouvé l'enfant quelques jours plus tôt. Exsangue, il paraissait presque mort, mais les soins de sa mère - et de la Baie - avaient fini par le ramener à la conscience après quelques heures. Il avait échappé à leur surveillance si vite qu'elle se demandait encore comment il pouvait être aussi solide, puis était revenu plus éprouvé encore, comme s'il avait épuisé ses dernières forces. Depuis, il oscillait entre une force de caractère qui l'encourageait à aider les adultes à tout reconstruire et crises de larmes dès lors qu'il allait se coucher.
« Il fait des cauchemars toutes les nuits, avoua-t-elle du bout des lèvres. Et la journée, il fusille tous les humains du regard en dehors de papa et moi…
- Il a toutes les raisons d'avoir peur après tout ce qui lui est arrivé.
- Je sais. Mais si… (Elle se retourna pour observer Kingsley qui observait la forêt avec une expression émerveillée.) Si tout fonctionne comme on l'espère, il devra se faire à la présence des humains.
- Il le fera. Je n'ai jamais rencontré un enfant aussi courageux, je suis certain qu'il s'en remettra. Mais ça ne fait que quelques jours, il a besoin de temps. »
Ella le savait bien, mais elle craignait que cette peur ne finisse par se transformer en haine. À en croire ce qu'ils avaient vécu, la haine de l'autre pouvait conduire à bien des horreurs. Ils atteignaient presque l'orée du bois quand Toby ralentit un peu le pas, comme s'il voulait passer encore un peu de temps sous couvert des arbres avant de devoir affronter le reste du monde.
« Et toi, comment te sens-tu ? » Murmura-t-il en pressant sa main plus fort.
Mille réponses lui vinrent à l'esprit. Elle s'en voulait de ne pas avoir vu clair dans le jeu de Rhys. Elle était en colère aussi que les Elfes aient encore eu à affronter tant de morts, consciente qu'ils prendraient des décennies à se reconstruire. Et elle était triste et fatiguée et pleine d'émotions qu'elle peinait à contrôler. Finalement, ce fut une autre réalité qu'elle formula en se tournant un peu vers lui :
« Tu m'as manqué. »
Toby se figea une seconde puis la ramena contre son torse en une étreinte étouffante et rassurante à la fois. Il chuchota un « Toi aussi » dans ses cheveux alors que Kingsley se raclait la gorge, et il s'esclaffa en la relâchant doucement.
« Excusez-nous, Monsieur, dit-il sans la lâcher des yeux.
- C'est que vous avez un spectateur ! », répondit calmement Kingsley en indiquant les arbres depuis lesquels un enfant les espionnait.
Toby suivit son index et sourit de toutes ses dents en entendant un garçonnet dire son nom avant de lui sauter dessus. Aussitôt, il le souleva au-dessus de sa tête, heureux de voir un tel sourire tordre ses lèvres, et s'esclaffa :
« Tu as perdu une dent ?
- Ouais, pas la peine de le remarquer », bougonna Din en s'accrochant à son épaule.
Toby éclata de rire et ils sortirent ainsi de la forêt pour atteindre la clairière de la Baie. Il ne l'avait jamais vue aussi pleine de mouvement : Elfes et hommes travaillaient ensemble. Certains coupaient du bois, d'autres construisaient peu à peu des maisons, et il faillit s'écrouler en remarquant Brody, du haut de son mètre quatre-vingt-quinze en train d'aider une vieille Elfe à tisser un panier. Puis il entendit la voix de son supérieur dans son dos prononcer :
« C'est merveilleux. »
Alors il essaya de découvrir les lieux comme la première fois et hocha la tête. Oui, ça l'était. Le soleil semblait se poser sur eux tous, baignant les lieux d'une lueur éclatante et magique. Ses rayons caressaient les pierres anguleuses de la montagne et chaque recoin comme pour chasser toutes les ombres. Et les gens, malgré ce qu'ils avaient subi, s'acharnaient à sourire, à revivre, à ne pas laisser la douleur prendre le dessus sur leur joie de vivre.
« Oui, c'est vrai, répondit-il simplement alors qu'un petit groupe s'approchait d'eux pour les accueillir. Monsieur le Ministre, vous connaissez évidemment Théodore Nott et Hermione Granger, mais laissez-moi vous présenter Eignil Stratòs, Chef des Armées. Et la Reine Saoirse. »
Kinsgley fit un pas en avant et baissa aussitôt la tête avec respect. Saoirse fit aussitôt de même, consciente que pour le monde humain, cet homme ci était important. Hermione et Théo le lui avait fait comprendre, après tout.
Toby les observa, priant pour que tout se passe bien. Il savait que Kingsley était un sorcier sage et de bonne composition. Il ne souhaitait pas la guerre, mais comme tous les hommes, pourrait se laisser tenter par les pouvoirs florissant de la Baie et de ses habitants. Il espérait que ce ne soit pas le cas et qu'ils parviennent tous à trouver des compromis.
Il fut finalement distrait de ses pensées par un grommellement d'Eingil qui se rapprocha de lui, une expression un peu étrange sur les traits de son visage parfait.
« Alors je vois que mon fils t'apprécie !
- Ce sont des choses qui arrivent. », se moqua Toby en levant la main d'Ella dans la sienne pour prouver que Din n'était pas le seul à l'aimer, sans se soucier de sa grimace dépitée.
Eingil parut prêt à le railler davantage, comme autrefois quand ils se chamaillaient pour le coeur d'Ella - un coeur qui appartenait déjà à l'un d'entre eux à cette époque. Toutefois, il finit par ravaler toutes ses petites piques dont il avait le secret et répliqua par toute autre chose.
« Je n'ai pas eu le temps de te remercier d'avoir sauvé Din, la dernière fois. Merci. Sincèrement, murmura-t-il avec une émotion nouvelle dans la voix. Je ne sais pas ce qu'il serait devenu sans toi. »
Toby accusa difficilement le coup, peu habitué à être ainsi remercié. Il était Auror, pas Sorcier d'Elite, il avait rarement l'occasion de parler aux victimes des monstres qu'il arrêtait. Gêné, il s'obligea à sourire et - croisant le regard de Din qui semblait se demander ce qui lui prenait - sut exactement quoi répondre :
« Je ne sais pas ce que je serais devenu sans lui pour être honnête.
- C'est vrai ? S'écria Din avec fierté.
- Evidemment ! Qui aurait appelé celui qui gardait la porte si tu n'avais pas été là ? Et qui m'aurait aidé à me repérer dans les sous-sols ? J'ai autant eu besoin de toi que toi de moi. On a fait une bonne équipe, tu ne crois pas ? »
L'enfant hocha aussitôt la tête, enthousiaste, et Eingil remercia Toby d'un grand sourire, conscient qu'il venait d'offrir à son fils ce qui lui manquait cruellement : des preuves qu'il était resté fort, même face à l'horreur.
Toby remarqua alors qu'Hermione, Théo, Kingsley et la Reine s'étaient plongés dans une conversation qu'il aurait dû suivre. Mais autre chose attira son attention. Au-dessus du lac, un énorme volatile tourbillonnait dans les airs et il grommela avec effarement :
« Qu'est-ce que le dragon de Scott fiche encore ici ? Je croyais qu'il devait le ramener !
- Il a refusé, répondit Ella sans paraitre troublée.
- Scott ?!
- Non, le dragon. Il a refusé de partir. Scott pense que la magie qui règne ici l'attire naturellement… Ou alors peut-être qu'il espère avoir d'autres têtes à arracher, va savoir ! »
Toby resta perplexe face à cette explication qui ne semblait pas perturber les Elfes qui vaquaient à leurs occupations sans se soucier une seconde du dragon. Il se tourna donc vers Eingil qui surveillait l'animal du coin de l'oeil et rappela gravement :
« Vous savez que les dragons sont des créatures dangereuses, pas vrai ? »
Ella pouffa à côté de lui et il se demanda s'il avait loupé quelque chose pour que cette idée l'amuse. Les Dragons étaient une espèce surveillée partout dans le monde, ils étaient les créatures les plus capables de dévoiler le monde magique aux sorciers et pouvaient créer bien des problèmes.
« Toby, tu sais quel genre de créatures vivent dans la forêt ?
- Lesquelles ? S'inquiéta-t-il aussitôt.
- Nous avons un couple de Grapcornes qui s'apprête à avoir des petits, intervint Eingil avec un rictus arrogant.
- Et il y a une Manticore ! S'écria Din comme si c'était la chose la plus amusante qui soit.
- Sans compter les Demiguises.
- Et l'Abraxan ! »
Toby s'interrogea alors : comment les Elfes avaient-ils pu survivre tout ce temps ? Ils vivaient avec les animaux les plus dangereux du monde magique, ils auraient dû tous se faire dévorer depuis longtemps. Et en effet, tout à coup, le dragon qui s'amusait à foncer vers la surface de la Baie avant de remonter net paraissait bien moins inquiétant.
« Tout est une question d'équilibre, lui apprit alors Eingil. Nous les laissons tranquille alors ils nous laissent tranquille… Ce sera la même chose avec celui-là, même s'il a pour l'instant l'air de croire que nous partageons notre territoire avec lui. »
En effet, Krokmou finit par se laisser tomber dans la Baie, projetant des gerbes d'eau sur tout ceux qui travaillaient près du rivage. Quelques enfants se mirent à rire avant d'engager une bataille d'eau et le dragon parut croire qu'il faisait partie du groupe puisqu'il se mit à agiter sa queue pleine d'écailles pour les asperger.
« Faut que j'y aille ! S'esclaffa Din en s'agitant jusqu'à ce que Toby le lâche, avant de se ruer sur les autres.
- Depuis quand joue-t-il avec les autres enfants ? Maugréa Ella.
- Ce n'est pas avec les enfants qu'il veut jouer… C'est avec ce dragon ! »
Toby fit quelques pas en direction de la berge et contempla la scène qu'il n'aurait jamais pu imaginer, même pas dans ses rêves les plus fous. Les enfants taquinaient le dragon qui semblait se laisser faire sans rien dire, quelques adultes surveillant du coin de l'oeil cette étrange activité alors que plusieurs Aurors paraissaient prêts à tomber dans les pommes.
Oui, cet endroit était bel et bien merveilleux. Et il devait le rester.
Théo somnolait, l'esprit ailleurs, perdu entre ses envies et ce qu'il savait devoir faire. Ou plutôt sur ce qu'il savait que les autres attendaient de lui et ce que lui-même espérait. Il avait laissé Hermione et Kingsley discuter avec la Reine, dans la salle d'audience où elle accueillait habituellement les rares invités ou se prêtait à des jugements lorsqu'un membre de son peuple commettait une erreur.
Il avait hésité à participer à la conversation avant de comprendre qu'il n'avait aucune raison de faire partie du petit groupe. Kinsgley était Ministre, Hermione Directrice du Département de la Coopération Magique Internationale et Saoirse Reine. Évidemment qu'ils avaient des tas de choses à dire. Lui n'était que l'homme ayant organisé cette rencontre qu'il savait nécessaire tout en craignant que les retombées soient néfastes pour les gens qu'il aimait.
Pourtant, dès que la bataille s'était terminée, il avait vu que le secret des Elfes ne pouvait plus en être un. Trop de gens étaient au courant. Les membres de l'Ordre et les Aurors à qui il faisait entièrement confiance. Mais aussi des tas d'autres…
Toby leur avait appris par quel biais ils avaient tous été surveillés par Rhys. Le professeur à Poudlard, la secrétaire d'Hermione et même la petite-amie de Ron - ou plutôt ex-petite-amie ; tous avaient participé plan fermenté par son demi-frère. Ainsi que le Directeur du Bureau des Aurors et Toby soupçonnait des tas d'autres gens sans pour l'instant avoir réussi à trouver de preuves.
Ils ne pourraient pas empêcher la nouvelle de parcourir le monde sorcier. Ils devaient donc contrôler la manière dont elle serait annoncée, et c'était à cause de cela qu'il avait dépêché Kinsgley. Ils lui faisaient confiance pour trouver un moyen d'instaurer la paix entre leurs peuples. Théo espérait simplement qu'aucun de leurs dirigeants n'ait de demandes trop délirantes.
Il se releva d'un bond sur le lit en entendant la porte s'ouvrir et esquissa un sourire. Hermione passa le seuil et son regard s'éclaira, comme toujours lorsqu'il la voyait là. Elle rabattit le battant derrière elle puis se rapprocha du lit avant de passer ses bras autour de son cou. Puis elle se pencha pour l'embrasser, si lentement qu'il comprit que quelque chose la tourneboulait. Il n'eut pas à attendre longtemps pour savoir de quoi il s'agissait.
« Il faut qu'on parle, chuchota-t-elle contre ses lèvres.
- Voilà une phrase que personne n'aime entendre… »
Il sentit son manque de confiance lui revenir comme un boomerang en pleine tête. Il se doutait qu'il aurait toujours des hésitations, au moins pendant quelques temps, malgré ses déclarations et sa présence auprès de lui. Elle l'avait abandonné tant de fois… Rien ne l'empêchait de recommencer.
« Kinsgley m'a demandé de rentrer avec lui.
- Tu… Tu avais dit que tu resterais jusqu'à ce que tout soit reconstruit, rappela-t-il amèrement.
- Je sais, mais il pense que c'est mon rôle d'informer la population sorcière de ce qu'il se passe. Et il n'a pas tout à fait tort, je suis certain que tu peux le comprendre. Sans compter que… Je ne pourrai pas rester ici pour toujours, tu t'en rends compte pas vrai ? J'ai mon travail et les garçons… Surtout Timy que je n'ai même pas encore eu l'occasion de punir d'avoir sciemment désobéi, même si Minerva a l'air de plutôt bien le faire à ma place ! plaisanta-t-elle, espérant le dérider un peu.
- Ok.
- Théo… »
Il se releva, s'éloignant d'elle pour se diriger vers la fenêtre et se perdit dans la contemplation de la Baie. Son chez-lui. Le seul endroit au monde où désormais, il s'imaginait pouvoir vivre.
« Théo, murmura-t-elle en se rapprochant avant de nouer ses bras autour de sa taille, calant sa joue entre ses omoplates. Tu pourrais rentrer avec moi, les Elfes comprendraient… On reviendra quand tout sera plus calme. Je suis sûr que tu aurais des tas de choses à dire pour faire accepter l'existence des Elfes au monde sorcier, toi qui les connais si bien. Et on pourrait…
- Je ne peux pas. »
Hermione resta muette, ne posa pas la moindre question, comme conscience qu'il n'agissait pas par caprice et que quand il disait « je ne peux pas », ça ne signifiait pas « je ne veux pas ». Il ne pouvait tout simplement plus quitter cet endroit. Et elle le serra plus fort alors qu'il chuchotait un aveu qu'il avait gardé pour lui des heures durant, depuis sa dernière conversation privée avec Saoirse.
« Je me sens plus proche de la Baie depuis qu'elle m'a sauvé… Comme si elle faisait partie de moi autant qu'elle fait partie des Elfes.
- Non, chuchota-t-elle et il sut qu'elle pleurait, qu'elle avait compris.
- La Reine pense que lorsque la Baie m'a demandé de ramener la paix, quand elle me l'a fait promettre et que j'ai accepté… C'était aussi un moyen de me lier à elle.
- Comment…
- Je suis sorti cette nuit avec Eingil. J'ai traversé la forêt. Je me suis évanoui avant de passer la frontière que les Elfes prennent garde à ne pas dépasser. »
Il l'entendit reprendre son souffle dans son dos et sentit son coeur se serrer quand elle émit un sanglot. Alors il fit volte-face et la serra dans ses bras alors qu'elle pleurait contre lui, inondant le tissu de sa tunique. Il versa quelques larmes lui aussi, conscient que cela pourrait tout briser entre eux et que, cette fois, il ne pourrait même pas lui en vouloir.
« Je sais que tu as une vie en Angleterre, Hermione. Et je sais que ce serait égoïste de ma part de te demander de la sacrifier pour moi.
- Arrête, ordonna-t-elle sans le lâcher. Juste… Ne dis rien.
- Alors je ne le ferais pas. Je ne peux pas partir, mais je ne veux pas t'empêcher de le faire. J'espérais juste que nous aillons davantage de temps, mais je ne t'en voudrais pas. Jamais. »
Il embrassa doucement son front, lui promettant ainsi de ne pas la haïr quoi qu'elle puisse décider.
Il ne vit pas le coup venir. Elle se dégagea de son étreinte, le repoussant si violemment qu'il se cogna au mur dans son dos, et il revit la Lionne qu'il avait toujours décelée en elle sur les champs de bataille. Une lionne qui cette fois, le considérait lui comme son adversaire. Elle avait des larmes plein les yeux, les joues rouges de ce qui semblait être de la colère et ses cheveux étaient animés comme par une puissance maléfique.
« Mais sois égoïste ! Hurla-t-elle en posant ses mains sur son torse pour le pousser encore. Sois égoïste, par Merlin ! Dis-moi de rester ! Dis-moi ce que tu veux que je fasse ! Dis-moi… Dis-moi que tu m'aimes et que tu ne veux pas passer ta vie sans moi ! Dis-le moi, Théo !
- Hermione…
- Non ! J'en ai assez que tu sois toujours si gentil avec moi, si patient, que tu fasses toujours passer mon bonheur avant le tien ! Je… J'en ai marre d'être l'égoïste de nous deux, d'être celle qui te fait continuellement du mal. Alors sois égoïste à ma place, je t'en supplie ! »
Des larmes coulaient sur ses joues alors qu'elle le poussait encore et encore, comme si elle aurait voulu l'enfoncer dans le mur. Et il finit par lui saisir les poignets pour l'arrêter. Elle se débattit sans parvenir à le faire céder, alors qu'il essayait tant que mal d'accepter ce qu'elle lui demandait.
Il n'avait jamais été cet homme là. Il voudrait toujours la faire passer avant, faire passer Ella avant lui aussi. C'était tout simplement ainsi qu'il était fait, et c'était cela qui - il le savait - avait manqué de le briser. Les autres ne pouvaient pas vous causer de souffrance si vous ne les laissiez pas faire, mais en leur donnant tous les pouvoirs sur son coeur, il avait mille fois été blessé.
Et pour la première fois, Hermione lui disait clairement qu'elle n'attendait pas ça de lui. Plus maintenant.
Alors il chassa le naturel qui faisait de lui le Théo qu'elle avait toujours connu, le Théo qu'elle avait tant blessé. Et il essaya, pour la toute première fois de son existence, de faire de lui sa propre priorité.
Il ramena Hermione de force dans ses bras et chassa ses larmes avant de déposer un léger baiser contre ses lèvres. Puis il chuchota :
« Je veux que tu t'en ailles.
- Théo…
- Je veux que tu t'en ailles pour faire ce que tu fais de mieux : défendre les faibles et les opprimés, créer une S.A.L.E pour les Elfes qui ne sont pas de maison, sourit-il alors qu'elle sanglotait plus encore. Et je veux qu'ensuite, quand tu auras fait tout le nécessaire, tu reviennes ici… Et que tu restes auprès de moi. Parce que je t'aime et que j'ai déjà vécu trop longtemps sans toi. »
Hermione releva les yeux vers lui, ses larmes se tarissant tout à coup alors qu'il répétait ce « Je t'aime » qu'il ne lui avait pas offert jusque-là. Elle s'accrocha à son cou, l'entrainant vers lui pour l'embrasser à pleine bouche, leur coeur battant au même rythme alors qu'elle répondait à ses « je t'aime » entre deux baisers.
Et lorsqu'ils atterrirent sur le lit, leur corps s'entremêlant comme ne plus jamais se lâcher, Théo sut avec certitude, pour la toute première fois, qu'il n'y avait plus de place pour le moindre doute dans leur histoire.
Les pieds dans l'eau de la Baie, Toby contemplait les étoiles qui, parfois cachées par la silhouette d'un dragon qui ne semblait jamais fatigué, brillaient dans le ciel. Jamais il ne les aurait vues aussi bien depuis son immeuble Londonien, et il savourait cette vision dont il ne s'était jamais lassée.
Ella vint s'installer auprès de lui en poussant un soupir, épuisée. Il lisait sa fatigue dans ses traits crispés, dans son corps voûté, et il l'éprouvait comme si c'était la sienne. Au fond, il n'était pas en meilleur état, malgré les nombreuses potions qu'il avait ingurgité pour tenir le choc. Il se doutait que dès qu'il en prendrait le temps, il dormirait pour au moins vingt-quatre heures d'affilées.
Mais en cet instant, c'était la dernière chose à laquelle il pensait.
Doucement, il passa son bras par-dessus les épaules d'Ella et l'entraîna contre son torse en s'allongeant. Elle émit un petit bruit de contentement en posant sa tête contre lui, et il glissa doucement sa main dans ses cheveux avant de chuchoter, comme pour ne pas chasser le silence de la nuit.
« Te souviens-tu de tout ce que je t'avais appris ? »
Elle sut de quoi il parlait sans qu'il eut besoin de préciser quoi que ce soit et se tourna un peu pour voir les étoiles. Elle leva l'index et traça le motif d'une constellations dans le ciel avant de murmurer son nom et il esquissa un sourire, fier qu'elle s'en rappelle après tout ce temps. Elle en désigna d'autres, et finit par prononcer un nom qu'il ne lui avait jamais appris. Il n'en avait tout simplement pas eu le temps.
Il l'interrogea d'un haussement de sourcils et eut la surprise de la voir s'empourprer. Il crut qu'elle n'allait même pas prendre la peine de lui répondre, mais finalement, sans oser le regarder, elle expliqua d'un ton faussement détaché, trop tendu pour être convainquant :
« J'ai acheté un livre un jour qui parlait d'Astronomie. Quelques mois après que je sois partie. Je le lisais et ça me faisait penser à toi. J'ai appris des tas de choses, et…
- Tu pensais à moi ? Répondit-il simplement, se souciant tout à coup bien peu des étoiles.
- Et bien… De temps en temps. »
Elle mentait. Et mal en plus de ça. Il dut se mordre la lèvre pour ne pas rire ou faire quelque chose d'encore plus absurde comme se lever d'un bond et se mettre à sauter dans tous les sens en proclament qu'il était le roi du monde. Merlin, son père l'aurait renié sans hésiter ! Alors au lieu d'agir ainsi, il répliqua d'un ton aussi impassible que possible :
« C'est surprenant… Je ne pensais pas à toi de temps en temps, moi.
- Qu-quoi ? Bredouilla-t-elle en se redressant sur son coude, les yeux écarquillés par ce qui ressemblait trop de la peine pour qu'il joue plus longtemps.
- Je pensais à toi tout le temps. »
Les épaules d'Ella s'affaissèrent, comme se dégonflant, et elle détourna les yeux, l'air de ne plus savoir quoi faire de son propre corps. Il était parfois surprenant de constater que l'homme le plus manifestement romantique du monde ait pu faire naître une fille incapable d'assumer ses sentiments de cette façon.
« Je… bégaya-t-elle, et il sut qu'elle était à deux doigts de partir en courant.
- Ella ?
- Oui ? »
Si les souris s'étaient subitement mises à parler, ç'aurait été avec cette voix. Aiguë et pleine de panique. Toby aurait pu se moquer d'elle, c'était très tentant, mais il savait aussi que l'instant n'était pas le bon. Ou juste qu'il était trop parfait pour être gâché. Alors il saisit son visage entre ses paumes, l'attirant vers lui comme pour l'embrasser, et il susurra contre ses lèvres :
« Je t'aime.
- Je… Je… Quoi ?
- Je t'aime. J'étais amoureux de toi quand j'avais dix-huit ans, et maintenant, je t'aime.
- Tu… bafouilla-t-elle, comme si tous les mots qu'elle connaissait avaient subitement fui son cerveau sous l'afflux de la peur.
- Et je sais que tu m'aimes aussi.
- Tu le sais ?
- Oui. Grâce à Rhys. Si tu ne m'aimais pas, la potion qu'il utilisait t'aurais laissée totalement sous son emprise… Il l'a dit. Ensuite, il m'a raconté que je ne devais pas inventer les prénoms de nos enfants parce que j'allais forcément mourir, mais bon, on sait qu'il racontait plein d'âneries, pas vrai ? Du coup je pensais à Tobias Junior. »
Ella cilla, et son amusement prit le pas sur sa panique. Un gloussement lui échappa et il y répondit par un sourire, fier d'avoir au moins pu lui faire penser à autre chose qu'à sa peur panique de l'engagement.
« Tu te moques de moi, pas vrai ? s'esclaffa-t-elle, les joues rosies par l'excitation.
- A propos de Toby Junior ? Oui. A propos de tout le reste… Je suis mortellement sérieux. »
Elle parut ne plus savoir quoi dire, mais ne chercha pas à s'éloigner. Au lieu de ça, elle se laissa retomber contre lui, et il l'entendit prendre une profonde inspiration. Alors il attendit, ses doigts glissant dans ses cheveux en espérant qu'elle finisse par lui répondre, tout en songeant qu'il pourrait attendre toute la vie pour ça. Puis enfin, elle souffla :
« Tu te souviens quand je t'ai dit de ne pas tomber amoureux de moi ? »
Oui, il s'en souvenait. C'était juste avant qu'ils fassent l'amour pour la première fois, et même s'il n'avait pas osé le lui dire, il était déjà amoureux d'elle à ce moment-là. Il hocha la tête, impatient de l'entendre poursuivre, et elle le fit, si bas qu'il eut du mal à l'entendre.
« Quand je te l'ai demandé, j'avais peur… Peur de te blesser comme ma mère avait blessé mon père, parce que j'avais l'impression que tu m'aimais plus que je ne t'aimais moi. Sauf que je me trompais. J'étais déjà amoureuse de toi, je voulais juste me protéger et te protéger à la fois. Mais au lieu de ça… Je t'ai fait du mal, pas vrai ? »
Il aurait voulu démentir, mais il se retrouva à acquiescer une fois de plus, incapable de trouver les mots justes alors qu'il lui semblait qu'enfin, elle se dévoilait un peu à lui. Et n'avait-elle pas dit qu'elle était amoureuse de lui, dix ans plus tôt, pour la toute première fois ? Si, et cela lui donnait l'espoir d'obtenir davantage désormais. Elle soupira en se blottissant davantage contre lui.
« Est-ce que tu pourrais me faire une autre promesse maintenant ?
- Tout ce que tu voudras, chuchota-t-il sans même avoir à y réfléchir.
- Si un jour tu ne m'aimes plus, dis le moi. Et si je te fais du mal, dis-le moi aussi. D'accord ? »
Il faillit répliquer que cela n'arriverait jamais, mais s'en empêcha. Il ne pouvait pas dire « jamais » sans avoir le pouvoir de lire l'avenir, alors il se contenta de soupirer :
« Je te le jure. »
Ella sourit contre son torse en se redressant un peu et planta son regard dans le sien. Puis, plaquant un rapide baiser contre ses lèvres comme pour se donner du courage, elle répondit enfin à sa déclaration tout en ayant l'impression de sauter à pieds joints depuis la plus haute tour de Poudlard, sans rien pour la rattraper :
« Je t'aime, Toby. »
Il sourit, et elle lut une telle émotion dans son regard qu'elle se corrigea secrètement.
Lui serait là pour la rattraper, quoi qu'il puisse lui arriver. Toujours.
Théo serra Hermione contre son torse, la serrant à l'en étouffer comme pour s'imprégner d'elle, et elle n'essaya pas de se dégager, quand bien-même commençait-elle à ne plus pouvoir respirer. À quelques pas d'eux, Ella observait la scène avec un petit sourire. Elle n'était pas sûre de pouvoir un jour se faire à ses démonstrations d'affection excessives, mais elle ne fit aucun commentaire. Ils se séparaient pour un moment, elle savait à quel point ça devait leur être douloureux.
Elle allait bientôt devoir lui dire au revoir elle aussi.
Lorsque son père lui avait expliqué qu'il ne pourrait plus jamais quitté la Baie, elle avait cru à une plaisanterie de très mauvais goût. Et finalement, elle s'était retrouvée à pleurer alors qu'il lui disait tout ce qu'elle devrait faire : vendre leur maison d'Australie si elle ne voulait plus y vivre, lui ramener tous ses livres et ses plantes… Elle l'avait à peine écouté, trop abasourdie pour comprendre ce qu'il disait.
Elle n'arrivait tout simplement pas à imaginer sa vie sans lui tout près d'elle, tout en étant infiniment conscience qu'elle ne pouvait pas rester à ses côtés. Une vie l'attendait de l'autre côté de l'océan, une famille toute entière, sa meilleure amie. Et Toby. Toby qui surgit tout à coup et la serra dans ses bras avant de murmurer un « Je t'aime » à son oreille.
Clairement, lorsqu'elle lui avait fait promettre de le lui dire si un jour il ne l'aimait plus, il avait traduit ça par « Dis-moi que tu m'aimes tant que c'est le cas ». Il le lui avait dit une bonne centaine de fois depuis vingt-quatre heures, et elle n'était pas sûre de pouvoir s'en lasser un jour, malgré la peur de le décevoir et de lui briser le coeur qui ne cessait de s'insinuer en elle.
« Prête à partir ? Demanda-t-il en passant son bras par-dessus ses épaules.
- Quand Hermione voudra bien lâcher mon père pour que je lui dise au revoir…
- Tu n'as pas dit que tu repasserais le week-end prochain ?
- Si… bougonna-t-elle en faisant une moue gamine qui le poussa à l'embrasser.
- Alors laisse-les donc se faire des adieux. Elle risque de ne pas pouvoir revenir avant quelques temps… ça sera le bazar quand le monde sorcier sera au courant de tout ça ! »
Ella acquiesça en essayant d'oublier l'angoisse qui menaçait de la submerger dès qu'elle y songeait. Les répercutions pourraient être horribles, tout simplement, et les Elfes finir par disparaître par leur faute. Toby, comme s'il lisait dans ses pensées, lui assura tout bas que tout irait bien. Et elle s'efforça à le croire.
« Ella ? »
Elle se retourna en entendant Ahava l'interpeler. Ses enfants l'entouraient, et Din et Tinok se ruèrent sur Toby en riant. Il avait la côte avec les enfants, surtout depuis qu'il leur avait montré à quoi il ressemblait sous sa forme animal, ce qui l'avait vraiment impressionnée elle aussi.
Elle les observa quelques secondes avant de reporter son attention sur la jeune Elfe qui lui tendait un paquet emballé dans un tissu multicolore. Ella accepta ce présent sans comprendre de quoi il s'agissait et Ahava, lisant sa perplexité, expliqua d'une voix douce :
« C'est pour ton amie. Celle qui s'est occupée de Din pendant la bataille.
- Oh… Qu'est-ce que c'est ?
- J'ai ressenti sa tristesse et sa douleur quand elle était là, et j'ai demandé à ton homme de m'en expliquer les raisons.
- Mon homme ? » Répéta Ella sans comprendre.
Ahava indiqua Toby d'un geste et Ella s'empourpra légèrement.
« N'est-ce pas ainsi que vous le dites ? Interrogea Ahava en plissant le front. Ma femme et mon homme ?
- Mon mari, corrigea Ella avec un petit sourire, sans préciser qu'ils n'étaient pas mariés parce qu'au fond, cela n'avait plus la moindre importance après leurs déclarations nocturnes de la veille. Et qu'a-t-il dit ?
- Qu'elle ne pouvait pas porter d'enfants. Cela devrait l'y aider. »
Ella sentit son sourire se faner. Cela partait d'une bonne intention, évidemment, mais elle doutait que les lotions et tisanes des elfes suffissent à résoudre le problème de Scarlett. Elle prononça pourtant un merci du bout des lèvres, et Ahava ajouta d'un ton un peu amusée, comme si elle avait comprit ses pensées et ses doutes :
« Il s'agit d'une gourde de l'eau de la Baie.
- Pardon ?
- Si elle a pu faire revenir ton père à la vie, je suis persuadée qu'elle pourra aider ton amie. Nombre d'entre nous ont également versé un peu de leur sang dans des flacons offerts par ton père.
- Tu…
- J'espère que cela suffira. Si ce n'est pas le cas, dis-moi ce dont tu aurais besoin. »
Ella sentit ses yeux lui piquer. Elle n'aurait jamais osé demander quoi que ce soit à sujet aux Elfes, quand bien même faisaient-ils partie de sa famille. Elle ne trouva pas de mot suffisamment fort pour remercier Ahava et se contenta de l'enlacer en un seul geste qui parut surprendre la jeune femme qui répondit pourtant à son étreinte en souriant.
« J'espère que la prochaine fois que nous nous rencontrerons, elle sera aussi heureuse qu'elle mérite de l'être, affirma Ahava avant d'embrasser son front, à la manière des Elfes pour bénir ceux qu'ils aimaient.
- Merci. Sincèrement, merci !
- Merci à vous. »
Ahava engloba tous ceux qui l'entouraient et Ella admira leur groupe si étrangement constitué.
Son père et sa mère qui peinaient tant à se dire au revoir après des décennies à jouer au Fléreur et à la souris.
La Reine et Kingsley plongés dans une conversation qui - elle l'espérait - finirait par porter ses fruits.
Eingil qui expliquait à un Toby qui ployait sous le poids de ses enfants qu'il devait faire attention à elle « sinon… » sur un ton menaçant et complice à la fois.
Les Aurors qui plaisantaient avec les guerriers Elfes, échangeant des techniques de combats comme s'ils avaient toujours été amis.
Krokmou aussi qui jouait avec une bande d'enfants bruyants sans même paraître tenté de les dévorer.
Tous ces humains et ses Elfes qui, malgré leurs différences, avaient trouvé des raisons de se battre ensemble. Pour protéger les gens qu'ils aimaient et cet endroit où chaque être, chaque arbre, chaque brin d'herbe, frémissait d'une magie qu'elle ne voulait plus jamais voir mise à l'épreuve.
Alors elle se tourna vers la Baie qui lui avait offert son premier refuge, sa première famille, son premier « je t'aime ». La Baie qui avait sauvé l'une des personnes qu'elle aimait le plus au monde. Et sans prononcer un mot, certaine qu'au fond, la magie de ce lieu l'entendrait malgré tout, elle songea simplement :
« Merci pour tout. »
Note _ Voilààààà !
Petites questions _ 1. Vous n'aviez quand même pas cru que j'allais tuer THEO ?! mais vous êtes malades ?! xD vous n'avez toujours pas l'habitude de mes petites blagounettes ? (... comment ça c'était pas drôle ?) BREF, soulagés ? ; 2. Je sens que je vais recevoir des patates concernant Rhys... XD Euh donc... satisfaits qu'il ne soit pas mort ? (non ? xD) ; 3. Comment pensez-vous que l'existence du monde des elfes sera acceptée (ou non) dans le monde sorcier ? ; 4. Théo & Hermione ? :D - pas trop désespérés que Théo ne puisse plus jamais quitter la Baie ? ; 5. Toby & Ella ? Enfin ?! ; 6. Ce chapitre vous a plu ?
Dans le prochain épisode _ une cravate, une Une, une pie, "Pierre, Baguette, Cape !", un livre, un garçon, des légumes, des aliens, de la glace, des souvenirs, une interruption, des soutien-gorge, un faire-part, une tignasse, et une bibliothèque.
Voili voilouu ! Des bisous (de loin, masqués & co) contre des reviews !
Bewitch_Tales
