Pairing _ Théodore Notts & Hermione Granger + O.C. / O.C. que vous connaissez (normalement) déjà...

Genre _ Romance / Famille / Suspens.

Rating _ M ... :P

Disclaimer _ L'univers & ses personnages - adultes - appartiennent à une certaine auteure dont je préfère ne plus écrire le nom...

Note de l'Auteure _ DERNIER CHAPITREEEEE ! (à dire avec une voix d'hallucinée XD) & aucune raison de blablater, je vous laisse juste lire ! :D


Ellarosa - Vermelha

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Chapitre 14

« La magie n'opère que si l'on veut bien consentir à se laisser emporter par Elle. »

J.R.R. Tolkien.

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« Tu sais, El', quand tu m'as proposé de le faire… Ce n'est pas tout à fait comme ça que je l'imaginais. »

Une pointe de reproche s'insinua dans la voix de Toby malgré son ton plus qu'amusé et Ella, assise à califourchon sur sa taille, esquissa un sourire. Pourquoi ? C'était parfait comme ça et c'était précisément ainsi qu'elle avait envisagé la chose quand il lui en avait parlé, presqu'un an auparavant.

« J'adore, moi !

- Loin de moi l'idée de me plaindre, mais disons que je croyais que les rôles seraient… inversés. »

Ella le contempla un instant. Entièrement nu sous elle - qui était toute aussi nue - le grand et désormais célèbre Auror Tobias Malefoy était livré à sa merci. Elle lui avait noué les poignets avec l'une de ses cravates avant de les joindre au-dessus de sa tête et lui avait interdit de bouger. Pour le moment, il était plutôt sage et elle adorait le pouvoir que cela lui conférait.

En effet, il était plutôt rare qu'un homme de son acabit - un Malefoy en vérité, un Toby encore moins - accepte ainsi d'être soumis. Elle s'esclaffa en se demandant quelle réaction auraient eue ses collègues s'ils l'avaient vu dans cette position. Sans doute que l'Auror A.S. aurait perdu un peu de son prestige à leurs yeux.

« C'est très misogyne de ta part d'avoir imaginé que ça se passerait forcément avec moi attachée.

- Misogyne ? Non. Optimiste ? Oui. Et puis franchement… Est-ce que tu sais quoi faire maintenant ? »

Ella leva les yeux au ciel. Ils sortaient ensemble depuis onze mois, et huit jours désormais, leur contrat de trois semaines s'étant tout naturellement prolongé bien au-delà de la période initiale. Elle connaissait son corps par coeur, pouvait décrire chacune de ses nombreuses cicatrices - de celle de son dos à celle qui ornait désormais son visage suite au maléfice de Rhys. Et il connaissait le sien, si bien qu'il lui semblait parfois évidant qu'il le maîtrisait mieux qu'elle-même.

La réponse était donc tout à fait logique : oui, elle savait quoi faire. Ce qu'elle faisait depuis onze mois, tout simplement, mais sans qu'il finisse par prendre les choses en main parce qu'il était naturellement autoritaire dès qu'ils se retrouvaient au lit. Ça ne lui déplaisait pas, mais elle n'était pas réfractaire à un peu de changement. Ses hormones étaient trop en ébullition pour qu'elle n'en désire pas bien davantage que d'ordinaire.

« Tu as interdiction de bouger, lui rappela-t-elle donc avec un sourire affamé.

- Oui, capitaine ! »

Il lui adressa un clin d'oeil et elle se demanda combien de temps il tiendrait avant d'arracher sa cravate pour prendre les commandes. Puis, consciente qu'elle devait profiter de ces quelques minutes avant qu'il craque, elle se laissa glisser entre ses jambes et se mit à le caresser. Il bascula la tête en arrière en proférant un juron, et elle savoura son tout nouveau pouvoir en songeant qu'elle aurait peut-être aussi dû le bâillonner. Voilà qui aurait été intéressant !

Puis, décidant que ce serait pour une prochaine fois, elle se replongea dans cette caresse qui risquait de lui faire perdre un peu la tête. Mais il n'était pas l'un des meilleurs pour rien : il garda le contrôle, n'abandonna pas la partie et la laissa s'amuser avec lui jusqu'à ce qu'il oublie jusqu'à son nom.

Alors seulement, il se débarrassa de son lien en proclamant qu'il en avait assez et la fit basculer sous son corps, provoquant quelques cris de frustration.

Il s'acharna à la satisfaire et elle songea que sa vie pourrait se poursuivre éternellement ainsi sans qu'elle puisse jamais se lasser.

Elle savait cependant que bientôt, tout serait bouleversé.


Tobias se demandait parfois comment il en était arrivé là, et repensait alors au jour où il était entré au Département de la Justice Magique pour la toute première fois. Les murmures avaient enflé sur son passage, nombre de sorciers lui avaient jeté des regards peu amènes. Un Sorcier d'Elite s'était même senti le courage de lui demander ce qu'il fichait là, comment lui, un Malefoy, un sous-fifre de Voldemort pouvait oser arpenter ces couloirs.

À l'époque, il avait carré les épaules, accepté les brimades, résisté à toutes les menaces et tous les coups-bas sans jamais craquer sous la pression. Il s'émerveillait parfois de ne plus avoir à le faire, de constater à quel point en seulement neuf années, tout avait pu changer.

Il marchait dans ce même couloir où un jour, un Auror lui avait saucissonné les jambes d'un sortilège lancé dans le dos. Et tout le monde lui souriait, baissait la tête en signe de respect, et prononçait ce fameux « Directeur Malefoy » sans même avoir l'air surpris. Apparemment, il était le seul que ce titre choquait.

Au fond, il avait toujours espéré atteindre ce poste un jour, mais il avait cru que changer les mentalités prendrait davantage de temps. Apparemment, diriger une opération secrète, allant contre l'avis de son chef - un traître, mais quand même ! ; mettre à mal un complot visant à un génocide et sauver quelques sorciers en prime avait suffit. Il se souvenait même encore d'un titre de la Gazette quelques semaines après l'incident, un « Malefoy, mais Héros » qui avait fait grimacer son père - même s'il était très fier de lui, il le savait.

Les gens avaient oublié, en un claquement de doigt lui semblait-il, tout ce qu'il avait subi par leur faute. Il était passé de l'autre côté de ce mur qui, à l'adolescence, lui avait paru infranchissable. Et la vue avait beau être exceptionnelle, il craignait toujours d'être renvoyé là d'où il venait à la moindre erreur de jugement. Mais après tout, il n'avait jamais été du genre à commettre des bêtises.

« Toby ! » hurla subitement une voix, attirant son attention alors même que, perdu dans ses pensées, il saluait mécaniquement ses employés et collègues.

Il se retourna lentement et haussa un sourcil un poil railleur à l'adresse de son amie, son ancienne protégée, la seule à encore le traiter exactement de la même façon que trois mois auparavant, quand il avait été promu par le Ministre lui-même grâce aux « services rendus au monde sorcier » et à ses « capacités évidentes de leader ». Merlin, jamais il ne s'y ferait !

« Auror Winner, répliqua-t-il en plissant les yeux en direction de Winifred qui grimaça avant de marmonner :

- Ah oui, Monsieur le Directeur, excusez-moi ! »

Apparemment, il n'était pas le seul à ne pas se faire au changement de son titre, et cela le rassurait un peu. Tout en l'agaçant prodigieusement ! Il devait imposer le respect et être constamment suivi par une tornade rousse qui l'appelait par son prénom et se permettait des familiarités avec lui n'aidait pas le moins du monde. Elle fit la moue sous son regard sombre, l'air à moitié penaude - et à moitié moqueuse - puis lui indiqua de reprendre sa route. Il obéit en un soupir et elle se posta à ses côtés avant de se mettre à murmurer à toute vitesse :

« Devine quoi, devine quoi, devine quoi !

- J'ai un rendez-vous avec le Ministre, Winifred, je n'ai pas le temps pour des devinettes…

- Tu sais quoi ? C'est pour qu'on t'appelle « Directeur Ass » ! Tu as un comportement drôlement ennuyeux depuis que tu es monté en grade ! Quoi que… Après réflexion, tu étais déjà arrogant et rabat-joie avant. »

Toby se figea net. Directeur Ass ? Voilà qui ne présageait pas du respect que son poste aurait dû lui assurer. Il avait besoin de savoir qui l'employait afin de sévir, mais Winifred paraissait inconsciente de tout ce qu'il éprouvait tout à coup. Elle souriait de toutes ses dents, l'air fière de ses sottises, comme si cela prêtait à l'amusement. Autrefois, ç'aurait peut-être été le cas. Mais maintenant qu'il avait atteint ses objectifs, à seulement vingt-neuf ans - ce qui était assez impressionnant pour être noté - et que tant de gens comptaient sur lui, il ne pouvait en rire.

« Qui m'appelle comme ça ?!

- Pour l'instant, juste moi…

- Par le gland de Merlin, Winifred ! Gronda Toby en ayant brusquement envie de la secouer - ne comprenait-elle pas qu'il ne pouvait pas perdre le moindre gallon ?

- Je plaisante, Toby. Détends-toi un peu, tout le monde t'adore ! »

Toby sentit son angoisse disparaitre net, remplacée par une satisfaction viscérale à l'idée que « tout le monde l'adore ». Il ne s'était jamais préoccupé plus que ça de ce que les gens pensaient de lui. Après tout, quand on traitait un enfant de « Mini-Mangemort » pendant la moitié de sa vie, il finissait par ne plus rien en avoir à faire. Néanmoins, maintenant qu'il était à un poste de pouvoir où l'appui des autres pesait si lourd, il ne pouvait s'en moquer.

« Vraiment ? Ne put-il s'empêcher de demander malgré tout, se détestant un peu d'avoir l'air à ce point en attente de l'affection des autres.

- Evidemment ! Tu es là depuis trois mois et tu as déjà réussi à faire annuler la plupart des décisions idiotes de Dawlish sur notre manière de travailler… Oh et évidemment, tu as laissé Erwin prendre un congés paternité, ce qui était une grande première pour nous tous. Avec ça, tu t'es assuré de son amour éternel. »

Toby esquissa un sourire. En effet, il n'avait pas soufflé une seule seconde depuis son arrivée au poste de Directeur du Bureau des Aurors. Il avait craint que les Aurors plus âgés lui en veuillent, ne se sentent floués tout simplement qu'un « petit jeune » ne leur vole le poste tant désiré. Il avait donc tout fait pour leur prouver qu'il était digne de ce travail - quand bien même Ella lui assurait qu'il était le seul à douter de sa valeur, ce qui était « honteux pour un Malefoy ».

Il avait avant tout décidé de ne plus être en charge des dossiers qui auraient naturellement dû revenir aux Sorciers d'Elite et non à eux. Ils ne travaillaient pas d'arrache-pieds afin d'atteindre un tel niveau pour finir par s'occuper d'histoires de vols de baguettes ou de petites frappes.

Ensuite, il avait accepté de laisser davantage de souplesse aux Aurors en les laissant eux-même choisir leurs missions et former leurs équipes selon les besoins. Il s'en mêlait uniquement lorsqu'un dossier traînait trop longtemps s'ils ne voulaient pas s'en charger, mais cela n'était arrivé qu'une fois jusque-là. Vu son agacement, ses collègues n'avaient pas souhaité retenter l'expérience ensuite. Il était presque sûr de les avoir surpris à jouer à « Pierre, Baguette, Cape » pour éviter les missions les moins intéressantes, ce qui lui semblait être un moyen plutôt immature de régler les choses, quoiqu'efficace.

Et plus que tout, il avait réussi à convaincre Kingsley de l'importance de leurs congés et de leur impossibilité de tenir la cadence sur plusieurs missions classées d'affilées. C'était sans doute cela qui avait le plus impressionné ses collègues, habitués à travailler sept jours sur sept sans parfois avoir même le temps de rentrer chez eux et de voir leurs familles.

Pour s'assurer d'avoir suffisamment d'Auror présents à leur poste malgré tout, il avait dû lancer un appel du pied au Directeur de la Police Magique. Ce dernier tardait un peu à lui envoyer ses meilleurs éléments pour quelques tests de leurs capacités, mais Toby ne doutait pas de trouver une ou deux perles rares dans le lot.

Nombre de jeunes Sorciers d'Elite n'osaient pas poursuivre leurs études pour devenir Auror, la plupart du temps à cause des gallions supplémentaires que cela occasionnait. Il se rappelait encore bien trop vivement de ce petit boulot chez Fleurie & Botts qu'il avait dû faire toute la durée de ses études pour parvenir à subvenir à ses besoins.

Il poussait également ses collègues à poursuivre leur apprentissage de la métamorphose - que ce soit en animal ou en toute autre chose. Il voulait qu'ils deviennent l'élite des Aurors comme ceux qui, à d'autres époques, avaient marqué le monde de leur présence.

Même si à voir Winifred, il avait parfois plutôt l'impression de jouer les gardes-fous. Pourtant, un peu rassuré quant à l'opinion de ses collègues - et rares amis s'il devait être honnête - il demanda avec autant de gentillesse que possible malgré son empressement :

« Alors, que voulais-tu me dire ? »

Un immense sourire transforma le visage de la rouquine qui sortit un parchemin de sa poche avant de manquer de l'aveugler avec. Il sentit une vague de fierté le submerger en découvrant l'entête, un magnifique : « Déclaration au Registre des Animagus du Royaume-Uni ». À côté de son nom - Winifred Cedrella Potter, et de toutes les informations, un « Top Secret » marqué de rouge, le nom de l'animal en lequel elle se transformait apparaissait.

Une pie.

Quand elle avait achevé sa transformation pour la première fois, un mois auparavant, il n'avait pu s'empêcher de rire. Une fois de plus, l'animal prouvait bien trop le caractère du sorcier. Il espérait juste que Winifred ne soit pas kleptomane à ses heures perdues sans qu'il ne s'en soit rendu compte plus tôt.

« Félicitation ! S'écria-t-il finalement avant de l'enlacer, sans plus se soucier de quiconque puisse le regarder en cet instant où il était bien davantage un ami qu'un patron. Je suis vraiment fier de toi.

- Oh ça va, ce n'était pas si difficile ! »

Il leva les yeux au ciel dans son dos, amusé par sa subite assurance alors qu'elle avait mille fois failli laisser tomber. En effet, après avoir fini par obtenir son diplôme d'Auror, elle avait été bien moins impatiente à l'idée d'en faire davantage et il avait dû la pousser pour qu'elle continue à étudier la métamorphose. Il voulait faire d'elle la meilleure Auror de son département. Après lui, bien entendu !

« Il faut vraiment que j'y aille maintenant, s'excusa-t-il après l'avoir lâchée. Le Ministre m'a demandé de venir dans son bureau il y a déjà une heure, mais j'étais en rendez-vous avec le Directeur de la Police Magique et…

- Ton travail me semble bien plus ennuyeux ! La bureaucratie, beurk ! S'esclaffa-t-elle avant de le pousser un peu. Allez, vas-y, je surveille la maison pendant ton absence ! »

Il secoua la tête, faussement blasé, puis s'éloigna en direction de l'ascenseur. De là, il rejoignit le bureau du Ministre, non sans avoir à serrer des dizaines de mains et faire mine de s'intéresser à la vie d'employés du Ministère dont il n'avait que faire. Winifred avait raison, la bureaucratie - et la politique qui allait de paire avec son emploi - était sacrément « Beurk ! ».

Il atteignit finalement enfin les bureaux de Kingsley et dût prouver son identité à l'aide sa baguette - déjà sa cinquième en un an. Sa capacité à les casser lorsqu'il était en mission, ou à se la faire voler comme ça avait été le cas lors de sa capture par Rhys et sa bande, était devenue légendaire et provoquait une certaine hilarité chez Ella. Dès qu'ils se retrouvaient après ses longues missions, elle vérifiait s'il avait toujours la même et se moquait lorsque ce n'était pas le cas.

« Vous pouvez entrer. » proposa l'une des nombreuses secrétaire du ministre.

Devant lui, des Sorciers d'Elite lui ouvrirent les portes et il se retrouva dans le célèbre Bureau Losange. Il y avait passé davantage de temps cette année que toutes les précédentes. Au début, en compagnie de Kinsgley et d'autres Directeurs et Directrices de confiance, ils avaient étudié le cas de ceux que les journaux avaient appelés les « Criminels en col prune » - la couleur de la tenue des membres du Magenmagot. Winifred les appelait les « Véracrasses », mais ce terme n'avait été repris par personne, même si Toby le trouvait plus proche de la vérité.

Finalement, après qu'ils aient tous - ou du moins l'espérait-il - été arrêtés ; ils avaient dû parler de la reconstruction de la foi que portaient les civils au gouvernement. Foi qui avait été mise à mal, ce dont Kingsley avait failli faire les frais lors des dernières élections avant de l'emporter de justesse. Sans doute grâce à la façon dont les criminels - quel que soit leur niveau dans la hiérarchie sorcière - avait été punis. Ils n'avaient pas été tendres, exactement comment Toby l'avait promis aux Elfes des mois auparavant après la Bataille.

Les soutiens de Rhys avaient été démis de leur fonction, certains - ceux qui avaient réellement connaissance de ses projets et de ce qu'ils sous-entendaient - envoyés à Azkaban pour de courtes peine. Ses Animagus eux, avaient tous reçus de lourdes peines allant de la prison au Baiser du Détraqueur, selon leur niveau d'implication.

Et Rhys… Toby esquissa un sourire en songeant à la situation de l'homme qui avait failli détruire tout ceux qu'il aimait. Le procès avait eu lieu seulement un mois auparavant, et il se souvenait encore avec un plaisir sadique de l'expression sombre de Rhys lorsque le Magenmagot l'avait condamné à passer le reste de ses jours en prison sans possibilité de demander une réduction de peine par la suite. Il avait hurlé, menacé de mort, supplié aussi, sans que personne ne l'écoute. Toby, lui, n'avait pu s'empêcher de chuchoter « Je vous avais bien dit qu'il finirait par crier. » en savourant sa victoire.

Il chassa ces souvenirs heureux de ses pensées en découvrant qui se tenait dans cette pièce, et comprit aisément quel serait le sujet de la conversation cette fois-ci. Au fond, il l'avait même deviné bien plus tôt, le matin même, lorsque la Gazette du Sorcier avait mis à sa Une la préoccupation principale de tous les non-moldus du monde depuis des mois.

L'existence des Elfes avait été révélée, et tous attendaient désormais que soient prises des décisions concernant leur statut au sein de la législation sorcière. Une émissaire avait même été engagé à ce seul but. Émissaire qui se trouvait là, et lui souriait depuis son siège et à laquelle il sourit lui aussi parce qu'il ne l'avait pas vue depuis des mois et que cela ne pouvait signifier qu'une seule chose.

Enfin, la situation était sur le point de changer.

Hermione Granger était là pour le prouver.


Jamais Ella ne se ferait au mauvais temps qui semblait toujours affluer sur cette partie du monde.

C'était dans ces moments là, où elle transplanait pour atterrir devant la maison biscornue de sa meilleure amie trop souvent cernée par la pluie, qu'elle regrettait l'endroit où elle avait grandi. L'Australie et sa petite ville toujours baignée de soleil et d'une température si chaude qu'il suffisait d'une dizaine de minutes à l'extérieur pour être trempé de sueur.

Puis, elle se souvenait qu'il n'y avait plus vraiment de « chez elle », que la maison dans laquelle elle avait grandi avait été vendue six mois plus tôt à un ami botaniste de son père. Ça lui provoquait toujours une étrange sensation de nostalgie. Ses souvenirs d'enfance lui manquaient. Et finalement, quand elle se rappelait d'à quel point les dernières années qu'elle y avait passées en compagnie de son père avaient été compliquées et douloureuses, elle était heureuse d'avoir enfin mis cette vie là derrière elle… Et d'être en train d'en démarrer une toute nouvelle.

Cette pensée l'amena à se rappeler de la raison principale de sa visite, et elle cessa d'observer la pluie qui se déversait comme par torrents sans pourtant la toucher. Elle avait pris l'habitude d'ensorceler l'air autour d'elle pour ne pas être trempée, lassée de constamment devoir gérer ses cheveux - même si Toby assurait qu'il adorait sa tignasse par temps humide. L'emploi du terme « Tignasse » la laissait cependant pantoise.

Elle aperçut Scott du coin de l'oeil. La tête levée vers le ciel, il contemplait deux de ses dragons qui voltigeaient en une parfaite symbiose et elle sourit. Ces créatures étaient tout simplement majestueuses et elle était impressionnée - lorsqu'elle y songeait - par l'aisance avec laquelle son petit frère les contrôlait. Quand elle se rappelait du crétin qui l'avait accueillie en Angleterre onze années auparavant, elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il s'agissait bien du même homme. Puis elle se souvenait que son comportement de l'époque n'avait pas non plus été des plus agréables et qu'elle n'avait donc aucun droit de le juger.

Il lui adressa un petit signe de la main avant de lui indiquer la Tour, et elle le remercia d'un sourire. Timothy serait peut-être toujours son préféré, mais Scott était étrangement celui avec lequel elle s'entendait le plus, même si elle ne l'admettrait jamais. Elle avait peut-être mûri, mais elle avait des limites.

Elle se retrouva enfin au sec une minute plus tard et se débarrassa de sa cape avant de rejoindre la Tour de Scarlett, l'endroit où elle écrivait et s'échappait lorsque la situation l'y poussait. Ella espéra que cette fois, sa meilleure amie soit simplement en train d'écrire son prochain Best-Seller et non en train de ruminer sur ce qu'elle vivait.

Ou plutôt ne vivait pas.

Huit mois auparavant, après une multitudes de tests sur des souris, Ella avait enfin eu le résultat tant espéré. Sa potion fonctionnait. Ella l'avait appelée « Vermelha », en l'honneur de la Baie à laquelle elle devait sa réussite. Elle était peu ragoutante, d'une couleur vermeille proche du sang humain et d'une texture gélatineuse qui rendait son absorption difficile, mais elle était enfin viable.

Il lui avait fallu quelques semaines de plus pour obtenir le droit de la faire prendre à un être humain. Scarlett donc, qui se serait bien passée d'une quelconque autorisation tant elle s'enthousiasmait. Après plus de six mois, elle commençait à désespérer. Et au fond, Ella aussi.

Elle avait naïvement cru que Scarlett tomberait enceinte au bout d'une semaine et donnerait naissance à un Weasley de plus pour Noël. Apparemment, le corps de sa meilleure amie n'était pas d'accord. Il était désormais en parfait état de marche - du moins, tant qu'elle prenait bien sa potion chaque semaine - mais refusait de faire ce qu'ils attendaient tous de lui.

Ella avait parfois l'impression que la situation était encore pire finalement. Autrefois, avant qu'elle ne s'en mêle, Scarlett n'avait eu aucun espoir. Désormais, elle lui en avait offert un qui ne cessait de la décevoir. Et elle se détesta un peu en atteignant la porte de la Tour.

Beaucoup, se corrigea-t-elle en songeant aux raisons de sa venue qui était à l'opposé d'une simple visite de courtoisie. Elle ferma douloureusement les yeux en essayant de retrouver le courage qui, en cet instant, lui faisait si cruellement défaut.

Ce courage qui lui avait permis de tisser de nouveaux liens avec sa mère, de dire adieu à son ancienne vie, d'accepter Toby dans la nouvelle, d'emménager chez Hermione après avoir démissionnée d'Howler & Powder, de s'impliquer à mille pour cent dans cette existence qui - bien que surprenante - la rendait infiniment plus heureuse que la précédente.

Et même si elle n'eut pas l'impression d'être tout à fait dans son état normal, elle toqua avant de pousser la porte, consciente qu'elle ne pourrait retarder ce moment plus longtemps. Elle croisa les doigts pour ne pas découvrir Scarlett appuyée contre la fenêtre, le regard humide et vague de désespoir, et hoqueta de surprise.

Sa meilleure amie était assise derrière son bureau, tapant frénétiquement sur les touches de sa machine à écrire sorcière - laquelle corrigeait fautes et oublis. Ella crut être victime d'une hallucination pendant une seconde, puis comprit qu'il n'en était rien en voyant Scarlett lever les yeux vers elle avec un grand sourire.

« Tu… Tu t'es remise à écrire ? Bredouilla-t-elle bêtement en priant pour qu'il ne s'agisse pas d'une nouvelle liste de raisons pour lesquelles elle devait quitter Scott ou autre idiotie du même acabit. Tout va bien ? »

Scarlett fit craquer ses doigts avant de lever les bras au-dessus de sa tête pour s'étirer. Puis elle acquiesça sans se départir de son sourire et Ella s'avança tout doucement, comme pour ne pas briser l'illusion. Elle baissa la tête jusqu'à découvrir la haute pile de parchemins près de la machine de Scarlett. Parchemins noircis de notes et d'informations de toutes sortes qui lui firent écarquiller les yeux.

« Qu'est-ce que…

- Nouveau roman, déclara Scarlett, le regard pétillant d'une telle joie de vivre qu'Ella se pinça discrètement, surprise de ne pas se réveiller tout à coup.

- Vraiment ? »

Scarlett fouina dans la pile de parchemins jusqu'à lui tendre une feuille en particulier, et Ella la saisit vivement, curieuse d'en découvrir davantage. Ces derniers mois, Scarlett avait paru si éteinte qu'elle s'était mise à craindre le pire : que cet espoir déçu de trop ait fini par définitivement blesser sa meilleure amie. Cette dernière n'écrivait plus, passait son temps perdue dans ses pensées et ne se levait que pour prendre sa potion et prier pour que cela finisse par fonctionner. Seul Scott et Ella étaient capables de la tirer de ses mauvaises réflexions et voilà qu'elle réécrivait.

Ella se demanda si cela signifiait que Scarlett s'était résignée ou si…

« Vermelha ?! Lut-elle tout à coup, et elle en oublia son idée. Tu…

- Quand mon éditeur a compris que j'avais vu la Baie et rencontré les Elfes, il m'a demandé si je ne pouvais pas écrire sur eux. Au début, j'étais un peu dubitative, admit Scarlett avec une grimace. Je me suis dis que les Elfes n'avaient pas besoin qu'on attire encore davantage l'attention sur eux en ce moment, avec tout ce qu'il se passe déjà, et que j'aurais l'impression de… Je ne sais pas comment l'expliquer. De me servir de leur popularité actuelle, tu vois ?

- Oui…

- Mais j'en ai parlé à Scott et il m'a fait changer d'avis. »

Ella se laissa tomber sur le siège face au bureau de Scarlett, siège que Scott avait insisté pour qu'elle installe là. C'était son fauteuil à lui, l'endroit où il avait le droit de s'asseoir quand il venait lui rendre visite dans sa tour. Ella se doutait qu'il avait dû profiter d'autres emplacements - la potion ne suffisait pas à concevoir un bébé après tout, et ils y travaillaient activement.

« Comment ? Bredouilla-t-elle, effarée par cette idée qui ne lui avait pas une seconde traversée l'esprit.

- Et bien… Soyons honnêtes, on lit beaucoup de bêtises sur les Elfes à l'heure actuelle. Des pseudos-mages disent qu'ils doivent être de lointains ancêtres des Elfes de Maison ou que les sorciers descendent d'eux selon leur opinion du jour. J'ai l'impression que malgré la bonne presse que leur font tes parents et tous les autres sorciers qui s'impliquent pour rendre leur existence normale aux yeux des autres, tout reste… Superficiel et assez secret au fond. »

Ella ne comprit pas immédiatement ce que Scarlett voulait dire, puis elle songea à tout ce qu'elle avait lu dans la Gazette du Sorcier ou dans cet infâme « Guide d'une nouvelle espèce » qui était parue quelques semaines auparavant. Les gens extrapolaient follement - et parfois de manière néfaste - sur la façon dont vivaient les Elfes. Ils étaient catalogués comme des créatures un peu sauvages, peu civilisées, comme si les Sorciers se devaient de les éduquer. Et cela lui rappelait trop bien de sombres époques du monde sorcier comme du monde moldu pour qu'elle ne s'en inquiète pas, malgré le travail abattu par les gens qu'elle aimait depuis des mois.

« Alors…

- Je suis allée à la Baie avec Scott la semaine dernière.

- Tu… Quoi ?! S'écria Ella, un peu vexée. Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu voulais y aller ?! Je serais venue avec toi !

- Scott voulait voir si Krokmou s'en sortait bien. Et je ne voulais pas te déranger. Je sais à quel point tu es occupée en ce moment avec l'entreprise… »

Ella se renfonça dans son siège. Scarlett avait visé juste. En effet, elle n'avait que peu de temps libre pour elle depuis quelques mois, et elle n'avait pas pu aller rendre visite à son père depuis plus de six semaines - ce qui lui paraissait effroyablement long après tant d'années à ne voir que lui. Et même si elle avait d'excellentes raisons pour cela, elle ne pouvait que se sentir un peu coupable. Coupable de ne pas être allée le voir, et désormais coupable de ne pas avoir été davantage présente pour sa meilleure amie.

Elle n'y pouvait rien pourtant. Après qu'elle ait démissionné d'Howler & Powder, juste à temps pour que son nom ne soit pas traîné dans la boue comme ceux des Maîtres des Potions qui travaillaient là-bas quand le scandale avait éclaté, tout s'était bousculé.

Elle n'avait pas pu conserver son appartement étant donné qu'il s'agissait d'un logement fourni pour les sorciers travaillant au Ministère ou dans une entreprise affiliée. Puisqu'elle s'acharnait alors à vendre la maison d'Orange, et que l'appartement de Toby était bien trop petit pour qu'ils s'y supportent à deux, elle avait opté pour un choix qui lui avait paru aussi courageux que stupide.

Elle avait accepté la proposition d'Hermione et avait aménagé dans l'ancienne chambre de Scott.

Elle essayait tant bien que mal de se persuader qu'elle agissait ainsi de manière intéressée - sans revenu, elle ne pouvait pas dire non à un logement gratuit - et qu'elle rendait service également. Hermione passait tout son temps à parcourir le monde pour convaincre les différents Ministères Sorciers que les Elfes n'étaient pas une menace, et était rarement chez elle. Ella nourrissait donc son chat, faisait un brin de ménage et s'était retrouvée brièvement nounou d'un grand dadais de dix-sept ans bourré d'hormones quand Timothy était revenu pour l'été après ses Aspics.

Ce dernier ayant aménagé dans un appartement avec Nyx, Ella avait désormais la maison pour elle toute seule. Et pour Toby qui y passait tout son temps libre.

Le temps libre, c'était ce qui leur manquait cruellement à tous les deux. Toby travaillait généralement si tard qu'il ne rentrait presque jamais avant minuit. Et elle s'était lancée dans un projet qui lui semblait parfois trop grand pour elle, malgré les nombreux soutiens dont elle pouvait profiter.

Howler & Powder s'étant effondré, la place de grande entreprise de potions à la pointe de l'innovation était libre. De nombreux sorciers se lançaient dans l'aventure, mais Ella était prête à faire la différence.

Tout d'abord, elle ne se focalisait pas exclusivement sur les Potions, son père étant décidé à faire partie de son projet en faisant d'elle le seul fournisseur de ses créations de botanique - et il n'avait jamais été aussi inspiré que depuis qu'il vivait à la Baie.

Et elle possédait quelque chose que les autres n'avaient pas : les ingrédients que les Elfes étaient prêts à lui offrir sans hésiter. Leurs plantes, leurs tisanes, leur eau et même leur sang - à toute petite dose. Grâce à eux, elle commençait à se forger une solide réputation dans le milieu et le nom « Nott » était sur toutes les lèvres.

Elle avait engagé Drago sans hésiter, ainsi que nombre de sorciers qui avaient été lésés par Rhys au long des dernières années. Et même s'il lui faudrait sans doute une décennie avant de pouvoir faire autant de bénéfices qu'Howler & Powder en son temps, elle était consciente de ne pas avoir à se presser. Elle avait des gens autour d'elle pour l'épauler à chaque étape.

Son petit frère qui lui fournissait tant d'ingrédients rares grâce à ses dragons et qui connaissait bien le marché noir - toujours utile.

Son autre petit frère qui avait une imagination débordante en matière de créations improbables - et qui rapportaient étonnamment plus que les projets sérieux.

Son petit-ami aussi connu comme « son homme » par les Elfes, capable de lui ramener des ingrédients de partout dans le monde sans paraitre se soucier d'enfreindre les lois.

Son père dont les créations botaniques étaient son meilleur moyen de subsistance - sa réputation le précédant.

Et même Hermione qui parlait si souvent d'elle que nombre de sorciers se tournaient vers Ella pour cette unique raison. Elle était « la fille de la célèbre Hermione Granger » et cela était pour eux un symbole d'intelligence et de perfection.

Ils étaient tous là pour elle, et elle se demanda subitement si le contraire était aussi vrai.

« Je suis désolée de ne pas avoir été plus présente ces derniers temps…

- Tu n'as pas à l'être, répliqua Scarlett en secouant la tête sans se départir de son sourire. Et puis, ton père m'a beaucoup aidée. Grâce à lui, les Elfes se sont rapidement ouverts à moi. »

Ella esquissa un sourire. Ce n'était pas son père qui avait poussé les Elfes à faire confiance à Scarlett. Quoi qu'il ait pu dire, cela n'aurait rien changé s'ils avaient ressenti la moindre émotion néfaste chez la jeune femme. C'était Scarlett, seulement Scarlett, qui avait changé la donne.

« J'ai pu réunir des tas d'informations sur leurs coutumes, leur façon de vivre, de bâtir leurs maisons, de former leurs familles, de considérer la vie tout simplement ! Ils m'ont raconté tant de choses que… (Scarlett indiqua les parchemins sous lesquels le bureau ployait.) L'inspiration est revenue ! Je comprends pourquoi tu aimes tant être avec eux…

- Oh, Merlin ! Dis-moi que tu ne comptes pas toi aussi aller vivre là-bas ! Mon père me manque déjà bien trop !

- Jamais, s'esclaffa sa meilleure amie. C'est ici, chez moi. Avec toi, et Scott… Et… »

Le sourire de Scarlett se renforça, illuminant son visage avec une telle force qu'Ella se sentit aussitôt heureuse, sans même savoir pourquoi. Puis sa meilleure amie posa sa main sur son ventre et chuchota comme un secret :

« Et le bébé. »

Ella bondit sur son siège qui tomba sans qu'elle y prête la moindre attention, puis se rua de l'autre côté du bureau en criant presque des mots qu'elle ne comprit même pas - il y était question de Dieu ou de Merlin. Scarlett se redressa en riant, se laissant écrabouiller dans une étreinte si féroce qu'elle finit par marmonner qu'elle ne pouvait plus respirer.

« Ça a marché, ça a marché, s'entendit chantonner Ella, extatique, avant de prendre le visage de sa meilleure amie entre ses mains. Comment tu te sens ? À combien tu en es ? Tu as vu un Guérisseur ou un Sage-Mage ? Et comment tu te sens ?

- Tu l'as déjà demandé, s'esclaffa Scarlett en souriant de toutes ses dents. Je n'ai encore vu personne. Je… C'est Ahava qui me l'a dit.

- Vraiment ?

- Oui… Avec Scott, on… On a couché ensemble - ne dis pas « Eurk ! », tu n'as plus dix ans ! On a couché ensemble dans la Baie. Je me suis dit que… Qu'elle pourrait provoquer un autre petit miracle, tu vois ? Et le lendemain, Ahava m'a assuré que j'étais enceinte, et que j'aurais un garçon et qu'il serait aussi brun que moi, et aurait les yeux de Scott et…

- Et tu as vérifié et c'était vrai, conclut Ella sans pouvoir s'empêcher de serrer une nouvelle fois sa meilleure amie contre elle. Si tu savais à quel point je suis heureuse pour toi, Scarlett !

- Merci. »

L'émotion était perceptible dans la voix de Scarlett et Ella sentit un frisson de joie pure la parcourir. Pour la première fois, c'était un sanglot de bonheur qui faisait trembler la voix de son amie, et non un quelconque désespoir ou de très mauvais souvenirs.

Et elle remercia la Baie tout bas d'avoir une fois de plus provoqué un tel changement. Elle savait que sa potion fonctionnait, tout en sachant que, comme nombre de gens - sorciers ou non - Scarlett et Scott auraient peut-être dû attendre des années avant de réussir à avoir un bébé. La Baie avait accéléré le processus et - elle s'en doutait - avait sauvé bien davantage qu'une nouvelle vie.

Scarlett se détacha finalement d'elle et lui adressa un regard qui fit monter une sensation désagréable dans le dos d'Ella.

« A ton tour, maintenant, ordonna Scarlett avec une expression entendue un peu inquiétante.

- A mon tour ?

- De dire ce que tu me caches depuis quelques semaines déjà ! »

Ella sentit son coeur se serrer et jura tout bas. Merlin. Elle n'avait pas cru une seconde que Scarlett puisse avoir deviné. Même Toby n'était pas encore au courant de ce qu'elle s'acharnait à dissimuler depuis plus d'un mois, ce qu'elle avait préféré éviter de prononcer à voix haute, ce qui - en vérité - causait véritablement la distance qu'elle imposait entre les Elfes bien trop lucides et elle.

« Je…

- Tu n'as plus à te taire juste pour ne pas me blesser, Ella, soupira Scarlett avec un sourire un peu triste. En fait… Tu n'aurais jamais dû le faire. J'aurais été heureuse pour toi, quoi qu'il en soit. Parce que tu es… Toi. Et que si tu es heureuse, je le suis aussi. Tu le sais, pas vrai ?

- Et bien, je… »

Ella hésita une seconde, les mots se bousculant contre ses lèvres sans qu'elle sache trop comment les prononcer après tant de semaines à les garder pour elle. Puis enfin, après avoir une profonde inspiration, elle murmura :

« Je suis enceinte moi aussi. »

Le sourire de Scarlett revint aussitôt et une nouvelle émotion se mit à luire dans ses yeux alors qu'Ella répétait ces mots une fois de plus, comme pour s'en imprégner réellement.

Lorsqu'elle l'avait appris cinq semaines auparavant, sa première pensée n'avait pas été « Super, je vais avoir un bébé » ou « Oh non, pas maintenant, alors que ma vie est déjà si bien remplie ». Non, sa première pensée avait été « Je ne peux pas faire ça à Scarlett ». Il lui semblait cruel qu'elle soit tombée enceinte aussi aisément, juste parce que Toby et elle étaient négligents - et que Toby parlait beaucoup trop de « quand on aura des enfants » pour qu'ils se protègent - alors que sa meilleure amie en était incapable.

Alors elle avait gardé cette information pour elle, sans savoir quoi en faire. Elle refusait de blesser Scarlett, et craignait aussi de vivre tout cela sans la présence de son père qui habitait désormais si loin d'elle. Elle regrettait aussi de ne pas avoir annoncé la nouvelle à Toby plus tôt.

Elle était impatiente aussi, parce qu'elle imaginait déjà ce « mini-eux » et savait que malgré l'absence de figure maternelle dans sa vie, elle serait une bonne mère. Elle n'en avait jamais douté. Il lui suffirait de suivre l'exemple de son père… Avec une pointe de fermeté en plus, sans doute, sans quoi devrait-elle affronter un petit monstre.

Mais c'était l'inquiétude qui, jusqu'alors, avait prédominé malgré tout. Parce qu'elle n'avait pas voulu vivre ce dont sa meilleure amie rêvait depuis des lustres sans y parvenir. L'annonce de la grossesse de Scarlett lui retira un poids des épaules, et elle interrogea en un soupir :

« Comment tu l'as deviné ?

- Tu as pris un peu de poids, tu refuses de boire de l'alcool alors qu'en général tu n'es pas la dernière à te servir, et le mois dernier, tu t'es subitement mise à me fuir sans raisons… C'est même Monsieur Malefoy qui m'a emmené ma potion pour la semaine à ta place une fois ! J'ai trouvé ça louche. Sans compter ton expression quand on a vu le bébé de Samya et Charlie la dernière fois et qu'il a pleuré pendant plus d'une demi-heure sans s'arrêter…

- L'horreur, avoua Ella avec une grimace exaspéré. Si mon bébé pleure autant, je crois que je laisserai Toby s'en charger tout seul ! »

Scarlett s'esclaffa avant d'admettre qu'elle aussi, et Ella prit conscience de ce que tout cela signifiait.

« On va avoir des bébés…

- Oui, approuva Scarlett avec un sourire. En même temps… Ou presque !

- Ils grandiront ensemble.

- Et quand ils pleureront trop, on pourra les laisser à Scott et Toby et s'enfuir toutes les deux !

Voilà qui me parait être le meilleur des plans ! »

Elles rirent un instant, dans les bras l'une de l'autre, heureuses simplement de vivre cette étape si importante de leur vie ensemble, au même moment, et de pouvoir enfin le partager. Alors lorsque Scarlett se mit à raconter comment avait réagi Scott - à grand renfort de larmes et de rires - Ella se sentit pleine à craquer de remords.

Elle était désormais enceinte de plus de trois mois, et personne ne le savait. Ni Toby, ni même son père. Personne à l'exception de Scarlett qui semblait déjà avoir intégré l'information sans sourciller. Elle parlait déjà de préparer la chambre de bébé à la place de la chambre d'amis, et Ella… Et bien, elle vivait dans la maison de sa mère qu'elle était incapable d'appeler « ma mère » à haute-voix, dans une chambre d'adolescent. Merlin, elle ne savait même pas ce qu'elle devait faire en cet instant, et six mois pouvaient si vite passer, en un clin d'oeil, sans qu'elle eut le temps de faire quoi que ce soit.

Mais vite, Scarlett lui fit retrouver le sens des priorités en lui posant la seule question qui aurait dû la préoccuper :

« Et Toby, il était content, pas vrai ? »


Si quiconque avait un jour dit à Hermione qu'elle se retrouverait à préparer le dîner en compagnie de Tobias Malefoy, sans doute aurait-elle pu mourir de rire. Et pourtant, elle était occupée à ouvrir une bouteille de vin - pour Ella et lui, et non pour elle - alors qu'il sortait un plat du four sous le regard suspicieux de Timothy.

Son plus jeune fils avait décidé de s'inviter pour la soirée, la première qu'elle passait en ville depuis longtemps, et elle ne put s'empêcher de regretter l'absence de Scott. Une seconde, elle envisagea de lui envoyer une chouette pour les inviter Scarlett et lui, avant de se demander si ça ne ressemblerait pas trop à un repas de famille pour Ella, qui n'était toujours pas rentrée.

« C'est quoi ces machins verts ? Bougonna Timothy avec une expression enfantine qui lui tira un sourire.

- Des légumes, répliqua Toby en secouant la tête, apparemment habitué aux grimaces de Timy dès qu'il s'agissait de se nourrir sainement. Mais ne t'inquiète pas, il y aura aussi de la purée de pommes de terre…

- Sans carottes ? Parce que la dernière fois, t'avais rajouté des carottes ! »

Il lança cette remarque comme si Toby avait essayé de l'empoisonner et Hermione ravala un rire alors que le jeune Malefoy levait les yeux au ciel. Elle n'eut pas le temps de demander à son fils s'il était aussi insupportable à chaque fois que Toby ou Ella préparait le dîner.

La porte d'entrée s'ouvrit et claqua quelques secondes plus tard, alors qu'un « Je suis rentrée ! » résonnait dans la maison. Puis, une seconde plus tard, Ella apparut et écarquilla les yeux en la découvrant là. Hermione esquissa un sourire en sa direction et la jeune femme mit quelques secondes à lui répondre, le temps de se faire à sa présence sans doute, à moins qu'elle n'ait chamboulé tout son programme tout à coup. À en croire le bref regard qu'elle décrocha en direction de Toby, la seconde option était la bonne.

« Salut ! Lança Timothy, peu soucieux de l'ambiance qui s'était ostensiblement rafraîchie. Toby fait à manger… J'ai proposé qu'on commande des pizzas, pourtant ! »

Ella se tourna finalement vers son petit frère et lui ébouriffa gentiment les cheveux avant de le taquiner sur ses habitudes alimentaires. Puis, enfin, elle revint vers Hermione. Cette dernière ne put s'empêcher de l'enlacer, très brièvement, consciente qu'au fond, ce geste pourtant simple serait toujours lourd de sens pour elles deux.

La première fois qu'elle l'avait serrée dans ses bras, peu après l'attaque contre la Baie, Ella s'était si brusquement raidie qu'elle avait paru prête à se briser en deux. Depuis, chaque étreinte était un savant mélange de tension et d'un peu plus d'affection à mesure que le temps passait.

« Comment vas-tu ? Demanda Hermione après l'avoir lâchée. J'ai entendu dire que Nott&Co commençait à décoller…

- Grâce aux fleurs de papa, admit Ella en un haussement d'épaules embarrassé. La plupart des gens qui passent commande s'imaginent que je suis sa secrétaire… »

Hermione était convaincue du contraire, Ella craignait juste de s'être lancée dans un projet trop grand pour elle. Pourtant, Hermione - comme Théo - était persuadée qu'elle s'en sortirait. Elle était suffisamment talentueuse et pleine de créativité pour faire de Nott&Co la plus grande entreprise de Biomagicologie et de Botanique du monde Sorcier.

Hermione ne put la rassurer que Toby lança un « C'est prêt », provoquant un remue-ménage de tous les mages noirs à table. Ella secoua la tête, faussement dépitée par le comportement de Timothy qui avait hérité de l'appétit de Ron, puis alla s'asseoir sous le regard de sa mère qui constata subitement un certain nombre de changement dans l'apparence de la jeune femme.

Elle n'était pas rentrée en Angleterre depuis presque un mois, et ne put s'empêcher de remarquer d'Ella, d'ordinaire plutôt fine malgré ses courbes, semblait avoir pris quelques kilos. Ce n'était pas choquant, mais troublant étant donné qu'elle passait son temps à courir partout pour le travail. Puis Ella refusa le verre de vin que Toby lui tendait, et elle comprit.

Elle sentit un sourire courber ses lèvres. Ella était enceinte. Et Toby ne le savait apparemment pas. Pas davantage que Théo sans doute. Même si elle ne l'avait pas vu depuis trop longtemps, il lui envoyait continuellement des lettres auxquelles elle s'empressait de répondre, craignant qu'il n'imagine que son silence puisse signifier quoi que ce soit de grave, et jamais il n'avait évoqué cet événement qu'il aurait été incapable de lui dissimuler plus d'une seconde.

« C'est quoi ce machin rouge ?

- Un poivron, soupira Ella avant de donner un coup de pied à Timothy sous la table. Franchement, Timy, tu te nourris de quoi quand tu es avec Nyx ?

- On mange dehors, en général…

- Voilà qui explique la quantité incroyable de factures dont ton père et moi devons nous charger. », nota Hermione en un soupir.

Timothy eut la courtoisie de rougir un peu. Il avait quitté Poudlard quelques mois plus tôt et obtenu d'excellentes notes à ses ASPICS. Il avait décidé de travailler dans l'entreprise de Farces & Attrapes familiale, mais avait vite abandonné en comprenant que son père était peut-être très cool en tant que papa, mais particulièrement sévère comme employeur. Depuis, il passait plus ou moins tout son temps à faire du sport en chambre avec Nyx en dilapidant la fortune de Ron - et la sienne.

C'était sans compter ses samedis à Poudlard, où le Professeur McGonagall tenait à la punition de son ancien étudiant - elle avait juré de le faire travailler un jour par semaine jusqu'à ses vingt-cinq ans, et même si Timothy n'était plus à l'école, il lui semblait plus sage d'obéir à la Directrice. Il paraissait sûr qu'elle le pourchasserait jusqu'à son domicile s'il n'osait qu'envisager d'éviter ses corvées, même quand celles ci consistaient à servir de cible à des Premières Années pour le cours de duel.

« Tu pourrais devenir Auror, proposa Toby avec un sérieux déroutant.

- Arrête d'essayer d'embaucher tous les gens que tu croises, s'amusa Ella en posant sa main par-dessus celle de son petit-ami. Et franchement, tu n'as pas déjà assez à faire avec Winifred ? Imagine donc Timy… « C'est quoi ce machin rouge qui sort du corps de cet homme ? » !

- Eh ! S'offensa le concerné alors que Toby éclatait de rire, Hermione résistant à l'envie de faire de même. Je suis sûr que je ferais un super Auror, d'abord !

- Non ! » Répondirent Ella et Hermione en un choeur parfait.

Timothy bouda aussitôt, tel un enfant qu'il n'était plus depuis un moment déjà, mais qui surgissait toujours très souvent, et Ella se remit à le charrier, le taquinant comme seul une soeur pouvait le faire.

Et Hermione les observa en se demandant à quoi aurait pu ressembler sa vie toute entière si Ella en avait fait partie plus tôt, et surtout comment elle pourrait vivre sans les avoir tous auprès d'elle quotidiennement ensuite. Comment son existence, qui lui semblait si paisible malgré tout le travail qu'elle devait abattre, serait désormais, alors que tout s'apprêtait à changer si irrémédiablement.

Puis elle songea qu'elle serait auprès de Théo, et que cela valait bien tous les sacrifices du monde.


Scott observait Scarlett depuis le seuil de la Tour. Penchée sur sa machine à écrire, sa femme n'avait pas vu le temps passer et s'il n'avait été aussi affamé sans doute n'aurait-il même pas osé l'interrompre. Il aurait tout aussi bien pu dîner seul, mais c'était habituellement le seul repas de la journée qu'ils partageaient et il refusait de s'en priver.

Finalement, une fois rassasié de la vision parfaite que lui offrait la femme qu'il aimait, il se racla la gorge pour signaler sa présence. Elle se redressa d'un bond en posant sa main contre son ventre et il esquissa un sourire. Ce geste lui était venu naturellement au cours des derniers jours, alors même que ce qui y poussait ne pouvait même pas encore être désigné comme un bébé. Il s'agissait juste d'un espoir… Un espoir qu'elle était prête à protéger de tout.

« Tu n'as pas faim ? Demanda-t-il tout bas, conscient qu'il brisait la quiétude dont elle avait besoin pour écrire. Il est presque vingt-et-une heures…

- Déjà ?! »

Elle cilla, un peu perdue, puis contempla ses parchemins fraichement alignés sur lesquels elle bûchait depuis des jours. Il était impatient de lire le résultat, même s'il n'osait pas le lui dire, attendant une invitation de sa part pour se plonger dans son habituel rôle de premier lecteur.

Elle paraissait partie loin cette fois et il se rapprocha tout naturellement d'elle avant de se faufiler derrière son siège. Il posa ses mains sur ses épaules et embrassa le sommet de son crâne. Elle se laissa aller, et il glissa l'une de ses mains plus bas, jusqu'à rejoindre les siennes sur son abdomen.

« Comment vas-tu, aujourd'hui ?

- Parfaitement bien, chuchota-t-elle avec un grand sourire qui, comme toujours, lui sembla illuminer le monde tout entier. Je suis heureuse d'avoir pu le dire à Ella… Et qu'elle ait pu me le dire aussi. »

Scott s'esclaffa tout bas. Il n'arrivait pas à croire que sa demi-soeur ait pu s'imaginer cacher un secret de cette importance à Scarlett et son oeil de lynx. Même lui, pourtant habituellement peu enclin à deviner quoi que ce soit qui ne concerne pas la femme de sa vie, s'était rendu compte des changements opérés chez Ella.

« Elle ne l'avait encore dit à personne, ajouta Scarlett en un soupir. Même pas à Toby, tu imagines ?

- Il n'est pas aveugle, il a bien dû s'en rendre compte…

- Apparemment pas ! »

Voilà qui confirmait son impression au sujet du dernier des Malefoy : Tobias était un imbécile. Il savait que son inimitié envers son quasi beau-frère était risible et ne se basait sur rien de concret. Il ne l'appréciait tout simplement pas à l'époque de Poudlard, pas davantage que Toby ne l'appréciait d'ailleurs, et c'était certainement dû à leurs noms respectifs plus qu'à toute autre chose. Enfin, à ça et à l'arrogance suffisante dont le Serpentard faisait preuve.

« Tu réalises que tu vas bien devoir l'accepter, pas vrai ? S'amusa Scarlett comme si elle avait lu dans ses pensées. Après tout, vous ferez parti de la même famille désormais… En quelques sortes, du moins !

- On n'est pas obligé de bien s'entendre, bougonna Scott, un peu gamin. Il m'a plusieurs fois traité comme un moins que rien quand on était encore à l'école, tu sais ?

- Oui, et tu m'ignorais sciemment et rigolait avec les autres quand ils me faisaient des crasses… Les gens changent ! »

Scott sentit ses joues s'enflammer, comme toujours lorsqu'elle lui rappelait quel crétin il avait été avec elle pendant leur adolescence. Il s'en voulait tant d'avoir pu la maltraiter, elle parmi tous les autres. Et chaque jour, il remerciait son karma de ne pas l'avoir puni en conséquence et de lui avoir malgré tout offert l'opportunité de se racheter. L'opportunité, surtout, de partager sa vie avec une telle femme. Il n'osait imaginer à quoi aurait bien pu ressembler son existence sans elle.

Comme si elle se doutait de ce qui lui avait traversé l'esprit, Scarlett se redressa jusqu'à se glisser dans ses bras et il l'embrassa doucement en la serrant contre son torse. Moins fort qu'habituellement, malgré tout, conscient qu'il la traiterait comme une petite chose fragile pendant encore huit mois, conscient aussi, que c'était totalement inutile. Elle était enceinte, mais pas malade.

« Je t'aime, murmura-t-il à son oreille avant de sourire lorsque son estomac gargouilla. Je t'aime, et je meurs de faim »

Scarlett s'esclaffa avant de s'échapper de son étreinte pour rassembler ses parchemins en promettant de se dépêcher. Il ne la quitta pas des yeux alors qu'elle rangeait son bureau, certain qu'elle reprendrait son travail dès qu'ils auraient dîné. Il aurait pu s'en plaindre, mais la voir aussi passionnée, aussi heureuse tout simplement, était pour lui un tel soulagement qu'il était prêt à quelques sacrifices. Il était cependant plutôt impatient qu'elle ait enfin fini d'écrire sur les Elfes de la Baie.

« Tu t'en sors ? Demanda-t-il donc, l'air de rien.

- Je crois que oui… admit-elle après une seconde d'hésitation. Enfin, j'ai tellement d'idées qui me viennent et tant d'informations à rassembler. Ils m'ont offert leur confiance et j'ai peur de la trahir en omettant la moindre petite chose à leur sujet. Je sais que c'est idiot, mais c'est la première fois que je me lance dans un projet d'une telle envergure et j'ai conscience du poids que cela pourrait avoir sur l'opinion que les sorciers se font à leur sujet et…

- Respire, Scarlett. »

Il glissa ses mains contre ses épaules et les massa tendrement avant de déposer un bref baiser sur sa nuque. Il était peut-être heureux de la voir aussi impliquée, mais redoutait un peu le mal que cela pourrait causer à leur petit miracle.

Elle prit une profonde inspiration en acquiesçant, puis finit par revenir vers lui avec un sourire plein d'excuses.

« Désolée. J'ai conscience de ne pas être très présente en ce moment. C'est juste que ça me parait…

- Important, et ça l'est, conclut Scott pour la rassurer. Mais tu sais ce qui passe avant les Elfes et tout le reste du monde pour moi ? »

Elle hocha la tête, parce qu'il lui avait suffisamment répété à quel point elle comptait pour lui au long des années pour qu'il puisse se passer de la moindre explication supplémentaire. Cependant, il ne résista pas à l'envie de le lui dire une fois de plus.

« Toi, chuchota-t-il donc contre ses lèvres avant de poser sa main contre son ventre encore tout à fait plat. Vous. Raison pour laquelle j'aimerais que tu n'oublies pas de manger et de dormir. »

Elle lui promit tout bas avant de l'entraîner hors de la Tour et ils furent installés à table en quelques minutes. Il remercia silencieusement sa grand-mère paternelle de lui avoir préparé tous ces petits plats qu'il n'avait qu'à réchauffer d'un sortilège - sans elle, ils seraient sans nul doute morts de faim depuis longtemps.

Et pour la première fois depuis la veille, ils purent discuter. Il lui raconta sa journée, comme toujours, exagérant les situations dangereuses qu'il vivait avec ses dragons pour la rendre fière - et si elle le savait, elle s'extasia pourtant de ses anecdotes. Puis elle lui raconta ce qu'elle écrivait, un sourire émerveillé aux lèvres, et il l'écouta, se sentant plus chanceux que jamais.

« Tu sais que le nom « Elfe » n'a aucun sens ? C'est juste un mot que les sorciers ont mis sur leur peuple parce qu'il n'y a aucune traduction réelle au nom qu'ils emploient entre eux ! Je trouve ça presque injuste qu'ils soient désignés ainsi alors que ça n'a aucun rapport avec ce qu'ils sont vraiment. C'est vrai, non ? Pour les sorciers, les Elfes sont des Elfes de Maison, et on ne pourrait pas être plus éloignés de la vérité, tu ne crois pas ?

- Si… admit-il, souriant encore davantage face à son emportement.

- En fait, d'après ce que j'ai compris, entre eux, ils s'appellent « Les enfants de la Baie » ou… »

Elle s'arrêta une seconde et marmonna quelques mots en la langue des elfes, massacrant leur dialecte chantant sans qu'il puisse pourtant se moquer d'elle. Aucun humain ne pourrait sans doute jamais parler correctement leur langage bien particulier, même si sa mère et Théodore s'y étaient souvent essayé.

« Et qu'est-ce que ça veut dire ?

- Enfants du Ciel et de l'Eau, sourit Scarlett avant de secouer la tête. C'est fou, pas vrai ? Je me demande vraiment d'où ils viennent…

- Oh, aliens et sirènes à la fois ?! S'esclaffa Scott et elle éclata de rire.

- Peut-être pas. Mais… Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

Scott posa sa main sur la sienne par-dessus la table, et entremêla leurs doigts avant de réfléchir à la réponse la plus honnête à offrir. Il en avait des milliers. Il l'aimait. Il aimait la voir ainsi, aussi épanouie, satisfaite, et proche de lui. Il aimait que les nuages qui assombrissaient leur existence un an auparavant aient fini par être chassés par l'espoir. Il aimait l'idée que dans un futur proche, ils auraient un bébé auprès d'eux, enfin.

Et finalement, il prouva une fois de plus qu'il avait beau être très maladroit parfois, il savait trouver les mots lorsqu'il le fallait, lorsqu'ils étaient capables de refléter la réalité de ses pensées.

« Chaque jour, je me dis que je ne pourrais pas t'aimer plus que je le fais déjà… Et chaque jour, tu me prouves le contraire. »

Scarlett s'empourpra vivement et il lut le plaisir qu'elle éprouvait à sa déclaration. Puis, elle abandonna son siège pour venir s'installer sur ses genoux et entoura ses bras autour de son cou en souriant, et il sut qu'il avait dit exactement ce qu'elle avait besoin d'entendre.

« Je t'aime aussi, Scott, chuchota-t-elle avant de déposer un baiser sur sa bouche. Un peu plus qu'hier et un peu moins que demain… »

Il la serra plus fort et l'embrassa pour seule réponse, laissant leur étreinte se renforcer d'elle-même alors qu'ils oubliaient tout de leur conversation ou de leur dîner qui refroidissait. Tout ce qui n'était pas eux, tout simplement, alors que leur baiser se faisait plus intense, leur câlin plus intime.

Mais quand Scarlett glissa ses mains sous son t-shirt, il ne put s'empêcher de demander :

« Tu ne dois pas retourner écrire ? »

Elle pouffa contre sa bouche, comme surprise d'avoir pu oublier ce qu'elle s'impatientait tant de faire un peu plus tôt. Puis elle dodelina de la tête avec une moue taquine et lui offrit la seule réponse qu'il espérait, une réponse qui lui fit comprendre une fois de plus qu'il continuerait à l'aimer davantage chaque jour jusqu'à la fin de sa vie :

« Je crois que ça peut attendre… J'ai un autre sujet d'étude bien plus intéressant sous la main. »


Il était près de minuit quand Ella s'écroula sur le fauteuil de la véranda où elle se mit à grignoter de la glace à la vanille et aux pépites de chocolat. Il faisait froid, et elle s'enroula dans la couverture qu'elle avait amenée avec elle avant de lever les yeux vers le ciel. Dégagé, il lui permit d'apercevoir quelques étoiles et elle regretta aussitôt l'absence de Toby.

Il avait été appelé à peine le repas terminé, et elle l'avait observé alors qu'il disparaissait, avec cette même sensation un peu étouffante qu'elle éprouvait toujours. Elle craignait davantage chaque fois de ne plus le voir revenir, et elle s'en voulait de toujours présager du pire.

Plus que ça pourtant, c'était l'agacement qui prédominait. Elle n'avait pas du tout imaginé sa soirée ainsi. Elle avait prévu d'enfin lui parler du bébé, et l'apparition de Timothy et Hermione avait tout gâché. Son petit frère était rentré chez lui depuis longtemps, et elle s'était retrouvée seule avec sa mère.

Elle avait eu envie de l'interroger sur l'avancée de l'acceptation des Elfes parmi eux, sur ce qu'elle comptait faire après - avec son père surtout. Et aussi si elle pourrait toujours vivre dans cette maison après… Elle se doutait que ni Scott ni Timothy ne voudrait y habiter, et avait un peu peur de finir par être mise dehors.

Elle n'eut pas l'occasion d'y réfléchir davantage que la porte qui menait au jardin - et à la véranda - s'ouvrit derrière elle. Elle espéra voir Toby réapparaitre, mais croisa simplement le regard de sa mère qui n'avait apparemment pas pu trouver le sommeil.

« Coucou, chuchota-t-elle en agitant bêtement sa cuillère.

- Tu n'arrives pas à dormir ?

- Fringale nocturne. »

Ella grimaça en songeant que cela devenait un peu trop une habitude. Mais elle n'y pouvait rien. Elle passait généralement ses soirées à vomir - les nausées matinales étaient une vaste blague apparemment - puis, une fois la crise passée, à se goinfrer. De glace, la plupart du temps, ce qui commençait à se faire sentir sur ses hanches.

« Quand j'étais enceinte de toi, je dévorais des litres de crème anglaise, se remémora Hermione en s'installant près d'elle. Quand ça a été le tour de Scott, j'étais obsédée par la tarte à la citrouille et pour Timothy… (Elle fouilla ses souvenirs une seconde avant de rire.) Les Dragées Surprises de Bertie Crochue ! J'appréciais même ceux goût crotte de nez. J'aurais dû me douter que Timy m'en ferait voir de toutes les couleurs en grandissant… »

Ella resta stupéfaite. Elle aurait pu changer de sujet, ou mentir tout simplement - Toby ne pouvait quand même pas être la dernière personne au monde à apprendre sa grossesse ! Mais elle resta bouche bée, effarée que sa mère, après seulement quelques heures en sa compagnie, ait pu comprendre. À moins qu'elle n'ait raconté ça sans raison précise, mais cet espoir fondit illico quand elle rajouta :

« Et je n'ai jamais eu de nausées matinales. Toujours le soir, à chaque fois !

- Je… Comment tu… »

Elle balbutia, incapable de trouver les mots, et Hermione esquissa un sourire avant de la désigner d'un large geste de la main.

« Tu as changé. Ça se voit, tout simplement. Mais je peux faire comme si je n'avais rien remarqué, si tu préfères.

- Je ne l'ai pas encore dit à Toby, bredouilla Ella en s'empourprant. Ça me fait me sentir un peu coupable que d'autres le sachent avant lui, mais j'attendais de l'avoir dit à Scarlett avant et…

- Et c'est fait ? Comment l'a-t-elle pris ?

- Elle le savait elle aussi… à croire que j'ai un panneau lumineux sur mon front et qu'il est visible pour tout le monde à l'exception de Toby ! »

Hermione s'esclaffa à cette idée avant de raconter que Ron n'avait jamais été le premier au courant de ses grossesse. Ella n'éprouva même pas le sursaut de fureur habituel quand elle entendit Hermione expliquer que « dans son cas, c'était plutôt normal », et l'adolescente en elle grommela qu'elle était bien trop gentille avant d'écouter la suite. Comment Ginny avait découvert sa deuxième grossesse en la surprenant pendant qu'elle se lançait un sortilège pour vérifier qu'elle était bien enceinte. Puis comment, quand elle avait appris qu'elle attendait Timothy, Ron était loin et qu'elle n'avait pu s'empêcher d'en parler à Harry pour ne pas être la seule à le savoir.

« Il n'était pas vexé ?

- Pas le moins du monde. Il était bien trop content pour ronchonner à propos des détails… Et je suis certaine que Toby le serra autant que Ron à l'époque.

- Je l'espère. »

Elle se doutait qu'il le serait, tout en craignant qu'il ronchonne sur les détails finalement - il était un Malefoy et un Auror, il adorait pinailler. Elle croisa les doigts sans lâcher sa cuillère, puis se remit à dévorer sa glace avant de demander, la bouche pleine :

« Tu es là pour longtemps ? »

Elle regretta aussitôt sa question qui donnait l'impression qu'elle n'attendait qu'une chose : qu'Hermione déguerpisse. Puisqu'il s'agissait de sa propre maison et qu'elle y logeait gratuitement, ç'aurait été aussi insolent qu'irrespectueux, mais Hermione ne parut pas offensée et répondit en un haussement d'épaules :

« Une petite semaine sans doute, et ensuite…

- Tu rejoindras papa ? »

Elle l'espérait sincèrement. Elle avait beau ne pas être particulièrement heureuse de savoir ses parents ensemble, elle s'inquiétait surtout du bien-être de son père. Cela faisait déjà une année qu'il attendait qu'Hermione vienne vivre auprès de lui à la Baie, comme elle le lui avait promis, et si Hermione ne finissait pas par s'y rendre de manière définitive, Ella était prête à employer un sortilège cuisant pour le lui faire payer.

Comme si elle avait lu dans ses pensées menaçantes, Hermione esquissa un sourire vaguement amusé avant d'acquiescer. Puis, après quelques secondes de silence, elle expliqua :

« Demain, la décision du Ministère concernant les Elfes paraitra dans la Gazette en première page… Alors je pourrai aller au Brésil pour quelques jours au moins.

- Seulement quelques jours ?

- Il faudra que je revienne ensuite pour la paperasse, et Harry et Ginny tiennent à organiser une fête avec tout le monde, et puis il y a la maison, évidemment !

- La maison ?

- Je vais la vendre, expliqua Hermione avec un petit sourire, comme soulagée de cette pensée. Scott a son propre foyer désormais, et j'en ai parlé avec Timothy qui pense que cette maison appartient à une époque révolue… Alors nous nous sommes mis d'accord avec Ron et avons décidé de la vendre.

- Oh… »

Ella sentit sa gorge se nouer. Voilà qu'elle se retrouvait enceinte et sans-abri. D'accord, elle pouvait aller vivre dans le petit appartement de Toby ou même emprunter la chambre d'ami de Scott et Scarlett. Elle ressentit malgré tout un frisson de crainte la parcourir avant que sa mère poursuive, comme sans savoir dans quel état cette histoire venait de la plonger.

« J'en ai parlé avec Ron et il pense comme moi. Il serait juste de partager l'argent de la vente entre vous trois.

- Quoi ? Grommela Ella sans comprendre de quel « trois » elle parlait.

- Techniquement, la maison n'appartient qu'à moi, je l'ai obtenue après le divorce, mais j'ai préféré lui en parler d'abord, et il est d'accord.

- Avec quoi ?

- Il n'a pas besoin de gallions, les Elfes ne risquent pas de me demander un loyer et du coup… On trouve ça plus juste de vous donner l'argent à tous les trois.

- Tous les trois ?

- Oui, acquiesça Hermione avant d'ajouter en fronçant les sourcils, ne comprenant apparemment pas ce qui lui échappait dans ce qu'elle racontait. Scott, Timy et toi.

- Je… J'aurai des gallions de la vente de votre maison ? »

Elle se sentait un peu stupide d'avoir l'air aussi effarée. Elle devait ressembler à un poisson qu'on aurait sorti de l'eau par la force, mais elle ne put s'en empêcher. Elle était bien trop stupéfaite pour le cacher. Elle n'en revenait tout simplement pas qu'Hermione ait pu ainsi penser à elle, quand bien même les derniers mois avaient prouvé de nombreuses fois qu'elle faisait désormais bien partie de la vie de sa mère.

Une pointe d'émotion, une étrange satisfaction, s'empara d'elle, et elle essaya de la mettre sur le compte des hormones qui la tourneboulaient, sans tout à fait y parvenir. Elle avait beau se dire qu'il ne s'agissait que d'une somme conséquente de gallions, et pas d'une subite preuve d'amour, il était difficile de ne pas le voir comme telle.

Et Hermione finit par comprendre ce qui la troublait tant. L'air perplexe qu'elle arborait disparut tout à coup pour laisser place à une évidente douleur, et Ella détourna les yeux, le coeur au bord des lèvres. Cela n'avait rien à voir avec ses habituelles nausées, mais bien plus avec ce qui semblait de plus en plus clair.

Tout avait changé. Elle avait changé. Et elle ne savait pas encore tout à fait quoi faire de ce à quoi sa vie ressemblait désormais. Et à ce que sa relation avec sa mère était devenue. Elle se crispa donc en entendant Hermione prendre une profonde inspiration, comme pour s'emplir de courage, et attendit des mots qui lui donnèrent l'impression de flotter à mille lieux du sol :

« Je sais que tu ne me considères pas vraiment comme une mère, Ella, et je le comprends totalement. Rien, jamais, ne pourra effacer ce que je t'ai fait. Mais au cours des derniers mois, je suppose que j'ai fini par accepter ce que j'aurais dû admettre bien plus tôt. Scott, Timothy et toi, vous êtes tous les trois mes enfants, même si vos vies et nos liens ont été si différents… Alors il est juste que tu obtiennes exactement la même chose que tes frères. Tu es ma fille, même si tu ne le vois pas de cette façon. »

Ella sentit ses yeux lui piquer un peu, mais elle ravala fièrement ses larmes. Au fond d'elle, une petite fille encore pleine d'espoir sautillait de joie. Une adolescente vociférait mille « Tu n'es pas ma mère ! ». Et la Ella de presque trente ans qu'elle était devenue, le coeur battant si fort qu'il l'assourdissait, essaya de trouver quoi répondre.

« Je… Je suis… »

Elle serra le pot de glace plus fort, sans se soucier de la sentir fondre, et ouvrit la bouche, prête à prononcer des mots que jamais au grand jamais, elle n'aurait cru pouvoir dire un jour.

Elle n'en eut pas le temps que la porte de la véranda s'ouvrit de nouveau. Hermione bondit presque de surprise près d'elle, et Ella expira de soulagement en se sentant la pire des lâches. Cette interruption arrivait à point nommé et elle décrocha un sourire éclatant à son sauveur.

Toby se figea sur le seuil, les regarda tour à tour en comprenant clairement qu'il arrivait au pire moment - ou au meilleur, selon le point de vue. Il esquissa un sourire désolé à l'adresse d'Hermione avant de se rapprocher, et Ella sentit son estomac lui tomber sur les talons.

Elle avait échappé à une conversation qu'elle redoutait pour plonger dans une autre qu'elle craignait peut-être davantage. Toby se pencha pour déposer un tendre baiser contre son front, chassant les mauvaises pensées qui commençaient à l'envahir, et Hermione poussa un bref soupir en se redressant.

« Je vais vous laisser, une longue journée m'attend demain et je ferai mieux d'aller dormir.

- Bonne nuit, lança gentiment Toby en prenant tout naturellement sa place.

- A demain, murmura Ella avec un petit rictus d'excuse.

- Bonne soirée à vous deux… »

Elle adressa silencieusement un « Tout va bien se passer » à l'adresse d'Ella avant de disparaitre, et la jeune femme se sentit encore davantage coupable.

Au long des derniers mois, cette femme avait été davantage présente que la plupart des gens pour elle dans toute sa vie. Elle l'avait soutenue à chaque étape, l'aidant à vendre la maison où elle avait grandi, l'acceptant sous son toit sans rien demander en échange. Et elle, elle n'avait même pas pu lui exprimer réellement ses sentiments, alors qu'elle le faisait si aisément pour l'insulter à une autre époque.

« J'ai interrompu quelque chose, pas vrai ? Grimaça Toby en passant son bras par-dessus ses épaules. Je suis tellement désolé… Mais je suis monté dans la chambre et tu n'y étais pas, alors je savais que je te trouverais ici. Je pensais juste que tu serais toute seule. Excuse-moi. »

Ella le rassura en embrassant sa joue qui commençait à piquer. Puis elle laissa retomber sa tête sur son épaule sans plus se préoccuper de sa glace. Il lui en piqua une bouchée avant se mettre à caresser son bras d'un mouvement enjôleur, et elle sut qu'elle n'avait que deux options valides pour finir cette soirée.

La première était évidente, celle qui la tentait le plus au fond. Elle pouvait prétexter être fatiguée et aller se coucher. Une fois sous la couette, elle n'aurait pas dit non à un câlin crapuleux, et ils auraient fini par s'endormir, épuisés mais repus. Elle aurait repoussé la conversation encore un peu - elle n'était pas à un jour ou deux près, après tout.

Elle s'en voulut d'oser seulement y songer et opta finalement pour la seconde option. La seule, elle le savait, qu'elle pouvait suivre en cet instant, après tant de semaines à fuir cette discussion sans trop savoir ce qu'elle craignait réellement. Alors elle s'entendit bredouiller, sans même le regarder dans les yeux, son pouls trop rapide l'étourdissant un peu :

« Il faut que je te parle de quelque chose. »


Toby quitta la salle de bain presque à reculons. Une serviette à la main, il essuya ses cheveux d'une poigne nonchalante, essayant tant bien que mal de cacher les doutes qui s'étaient emparés de lui à la seconde même où Ella avait voulu « parler de quelque chose ». Il avait fui en prétextant avoir besoin d'une douche, mais se retrouvait désormais bien obligé d'affronter la situation.

Il savait de quoi elle souhaitait lui parler. Au fond, il n'attendait que cela depuis des semaines, tout en se demandant s'il ne rêvait pas tout simplement. À en croire l'expression angoissée qu'arborait désormais Ella, assise sur le lit à l'attendre, il se doutait pourtant que le sujet était aussi sérieux que ce qu'il imaginait.

« Tu n'es pas trop fatigué ? S'enquit-elle en l'observant de la tête aux pieds, s'arrêtant sur chaque nouveau bleu, chaque potentielle marque qu'il ait pu récolter lors de sa dernière mission.

- Tout va bien, je devais juste être présent pour une arrestation, mais je n'ai pas vraiment participé, assura-t-il en se laissant retomber près d'elle.

- J'ai déjà dit que je déteste ton travail, pas vrai ? »

Toby s'esclaffa tout bas en chuchotant « au moins mille fois », et c'était sans doute vrai même s'il n'avait jamais compté. Ella lui avait annoncé qu'elle craignait pour sa vie seulement quelques jours après leur retour de la Baie un an auparavant, et elle le lui avait répété chaque jour depuis, parfois plusieurs fois quand il revenait blessé.

S'il n'avait pas tant aimé son travail, il n'aurait pas hésité longtemps à en changer au moins pour la rassurer. Mais le fait était qu'il adorait ce qu'il faisait et qu'il se montrait davantage prudent maintenant qu'il l'avait dans sa vie. Ils avaient déjà perdu dix ans. Il refusait de la quitter désormais, surtout à cause d'un Mage Noir ou d'un autre mauvais sorcier.

« Tu réalises qu'à l'heure actuelle, je risque plus de mourir d'ennui ? Sourit-il finalement alors qu'elle se blottissait naturellement contre lui. J'abats tant de paperasse tous les jours que j'ai l'impression de n'être plus que bon à ça…

- L'action te manque, alors ?

- Oui. Et non… J'ai récemment pris conscience que j'apprécie assez d'être au pouvoir en fait.

- Non, vraiment ?! »

La réponse d'Ella fusa, pleine de raillerie et elle se redressa un peu contre lui, plantant son regard dans le sien avec une expression moqueuse évidente.

« Un Malefoy qui aime le pouvoir !? Je ne l'aurais jamais cru !

- Tu te fiches de moi, là ?

- Tout à f- ! »

Elle ne put finir sa phrase qu'il avala ses mots à l'orée de ses lèvres d'un baiser et elle rit contre elle sans faire mine de le repousser. Puis, alors qu'il l'entrainait vers lui, prêt à lui faire regretter sa moquerie de mille caresses et baisers, il s'obligea à rester sage. Ils devaient parler, et même s'il avait plutôt envie de toute autre chose, il s'interrompit, le souffle court, les lèvres déjà rougies.

« Tu as dit que tu voulais qu'on discute, rappela-t-il d'une voix un peu trop rauque.

- Oh… Oui… Je… »

Ella n'était pas du genre à bégayer. D'ordinaire, elle savait plutôt ce qu'elle voulait et se fichait bien des dommages qu'elle infligeait sur son passage. Puis, il se rappela qu'elle était ainsi avec les autres, mais pas avec les gens qu'elle aimait. Il faisait partie de ce cercle restreint désormais, et si elle hésitait tant à exprimer ses pensées, c'était peut-être qu'il avait tout imaginé et qu'elle souhaitait lui annoncer une mauvaise nouvelle. Ce qu'il avait cru déceler ces dernières semaines était peut-être le symptôme de toute autre chose…

Ella s'arracha finalement à son étreinte et se redressa jusqu'à s'adosser aux oreillers. Il s'allongea sur le ventre près d'elle, appuyé contre ses coudes, et ne la lâcha pas des yeux, en attente des mots qu'il attendait d'entendre depuis presque six semaines.

« Tu te souviens du week-end que j'ai passé à la Baie pour l'anniversaire de mon père ?

- Oui.

- Et… Tu te souviens qu'à mon retour, on ne s'était pas vus depuis presque dix jours parce que tu étais en mission juste avant et…

- Oui. Je me souviens, El'.

- Et tu te souviens aussi de la façon dont on a célébré nos retrouvailles ?

- Beaucoup de sexe, admit-il avec un petit sourire en coin qui la fit pouffer malgré son expression inquiète.

- Et bien, il s'avère que ce « beaucoup de sexe » a provoqué un résultat que nous n'escomptions ni l'un ni l'autre. Un résultat imprévu. Enfin, pas si imprévu que ça étant donné qu'on ne se protège pas, ce qui est totalement idiot quand on y pense, et…

- Ella ?

- Oui ? »

Elle leva les yeux vers lui et il fut pris d'une furieuse envie de l'embrasser qu'il domina tant bien que mal. Ce n'était pas le moment, il devait se contenter de parler. Les câlins viendraient plus tard, quand elle aurait l'air moins perturbée.

« Est-ce que tu essaies de me dire que tu es enceinte ? Parce que tu t'y prends vraiment super mal. »

Ella ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit, sans qu'aucun mot en sorte, et il se demanda s'il ne l'avait pas tout simplement cassée. Il se redressa jusqu'à s'asseoir face à elle, posa ses bras sur ses genoux pliés devant elle, puis lui sourit en espérant que cela suffirait à la rassurer.

« Tu… Tu le savais ? Bredouilla-t-elle, perplexe.

- Je n'en étais pas sûr, mais j'ai remarqué quelques changements physiques assez… importants.

- C'est ta façon à toi de me dire que j'ai grossi ?!

- Non, c'est ma façon à moi de te dire que tu as besoin de nouveaux soutiens-gorge, sourit-il, un poil railleur. Et tu ne bois plus. Et il y a la somme effarante que tu mets dans l'achat de glace en ce moment, ton embarras concernant Scarlett…

- Pourquoi… Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? »

Il faillit lui renvoyer la question, mais il se retint, conscient qu'il aurait l'air agacé alors que ça n'était pas du tout son intention - ni ce qu'il ressentait au fond. Il hésita une seconde, puis exprima simplement ce qu'il avait pensé au long des dernières semaines, alors qu'il se demandait pourquoi elle gardait le secret au lieu de partager cette information avec lui, le premier concerné en dehors d'elle.

« Au début, je me suis dit que nous n'avions pas encore parlé de ce que nous souhaitions à ce sujet. Du moins, pas sérieusement. Je plaisante constamment sur notre petit « Toby Junior », et quand on voit Samya avec Blake, tu passes ton temps à dire que tu voudrais le même en version silencieuse… Mais on n'en a jamais vraiment parlé tous les deux. Puis, je me suis rendu compte que si tu t'étais réellement interrogée sur ce que tu voulais faire, tu m'en aurais probablement parlé…

- Je n'ai pas douté, assura-t-elle en un soupir.

- Je sais… Et du coup, j'ai fini par comprendre que tu attendais juste de pouvoir l'annoncer à Scarlett. Je devrais sans doute être un peu vexé que tu aies estimé qu'elle devait être au courant avant moi, mais… »

Il haussa les épaules, nonchalant, comme si ça n'avait pas la moindre importance au final. Et ça n'en avait pas. Pas vraiment. Tout au long de l'année qui venait de passer, Ella avait été focalisée sur Scarlett, et seulement sur Scarlett. Du matin au soir, elle parlait de sa potion, de ce qui manquait peut-être pour que sa meilleure amie puisse tomber enceinte, de ce qu'elle aurait dû faire différemment. Elle rentrait de chaque visite au couple Weasley plus pâle qu'en s'y rendant, et il ne comptait plus le nombre de fois où il l'avait surprise à pleurer. Elle avait dit tant de fois qu'elle avait rendu la situation pire encore en leur donnant tant d'espoirs qu'il avait fini par ne plus trouver les mots pour la rassurer.

Il aurait pu être déçu, puisqu'après tout, c'était son bébé à lui aussi ; mais il savait que Scarlett avait autant d'importance que lui dans la vie d'Ella. Et qu'elle en aurait sans nul doute autant dans la vie de leur petit « Tobias Junior ».

« Alors, tu ne m'en veux pas de ne pas te l'avoir dit en premier ?

- Combien de personnes sont au courant pour l'instant ?

- Et bien… Scarlett…

- Tu lui as dit ? »

Il sentit son coeur se serrer en imaginant la scène. Il savait que jamais Scarlett n'aurait fait la moindre remarque négative à Ella, et elle avait dû être heureuse pour elle malgré tout, mais il se doutait aussi d'à quel point ç'avait dû être dur, pour l'une comme pour l'autre - à des niveaux bien différents.

« En ce qui concerne Scarlett, il n'y a plus de quoi s'inquiéter. Plus du tout. »

L'émotion qui perça dans la voix d'Ella lui fit aussitôt comprendre ce que ces quelques mots signifiaient et il sentit sa gorge se nouer. Il aurait été fou de l'avouer, mais il était presque aussi heureux de savoir Scarlett enceinte qu'Ella. Il avait l'impression qu'enfin, tout était à la bonne place, tout allait bien. Ella et lui, Scott et Scarlett… Et même Hermione et Théodore, ce qui n'était clairement pas gagné au départ. Il faillit partager sa pensée avec Ella, mais cette dernière le prit de cours en poursuivant :

« Scott le sait aussi. Et Hermione.

- Weasley est au courant ?! »

Il fit la moue, un peu déçu cette fois. Scarlett, évidemment. Hermione, passe encore. Mais Scott ?

« Je l'ai su avant lui de toute façon, rétorqua-t-il donc au bout d'un moment. Tu ne me l'avais pas dit, mais je le savais bien avant tout le monde… Après tout, c'est moi qui te vois toute nue, je m'en suis forcément rendu compte avant lui ! »

Ella leva les yeux au ciel, l'air un peu exaspéré, mais bien plus amusé, et se rallongea près de lui, se blottissant contre son torse alors qu'il entourait ses bras autour d'elle. Ils restèrent silencieux un instant, chacun plongé dans des pensées qui - bien que concernant le même sujet - n'auraient pu être plus différentes, comme il le comprit un instant plus tard lorsqu'elle soupira :

« Hermione vend cette maison… Je vais devoir partir. Tu crois qu'on pourrait faire entrer un berceau dans ton appartement ? Elle a dit qu'elle me donnerait une part sur la vente, tu sais ? Mais ça prendra sûrement des mois, et jusque-là, je crois qu'il me reste environ trois gallions sur mon compte… En plus de ça, tu es débordé de travail, et moi aussi… Tu réalises à quel point les prochains mois risquent de passer vite ?! Et… »

Il l'écouta attentivement. Du moins, une partie de lui écoutait et l'autre se focalisait sur les moyens les plus efficaces de régler ces difficultés auxquels ils devraient naturellement faire face. Et alors qu'elle semblait paniquer, lui se sentait de plus en plus déterminé à faire en sorte que tout se passe bien.

Quand la voix d'Ella finit par monter dans les aiguës, preuves qu'elle était à deux doigts de perdre la tête, il la fit taire d'un baiser avant de lui sourire, l'air plus sûr de lui qu'il ne l'était en réalité, et affirma sans la moindre hésitation :

« Tout va bien se passer.

- Tu le penses vraiment ?

- Pourquoi crois-tu que j'ai mis en place un congés paternité chez les Aurors ? Certainement pas pour mes collègues, c'était totalement prémédité de ma part, mentit-il en partie, puisqu'il n'y avait pas pensé une seconde sur le coup. Et je ne sais pas si je te l'ai dit, mais j'ai une petite fortune à Gringotts après toutes ces années à vivre dans l'appartement le plus minuscule du monde. On pourra très bien s'offrir un endroit à nous dans les semaines qui viennent si cela te rassure. Et on prendra le temps d'être ensemble. D'abord tous les deux, puis tous les trois. »

Il l'observa alors qu'elle semblait aspirer ses mots, s'en imprégner jusqu'à la moindre lettre, et prit une profonde inspiration en la voyant sourire. Puis elle saisit son visage entre ses mains et frotta le bout de son nez contre le sien avant de l'embrasser avec une douceur qui l'émut bien plus qu'il n'aurait pu l'admettre.

« Merlin, j'aurais dû te le dire bien plus tôt… Tu es plutôt doué lorsqu'il est question de me rassurer, tu sais ?

- C'est l'un de mes nombreux talents. », fit-il mine d'admettre avec un sérieux qui la fit rire.

Elle se redressa un peu, jusqu'à poser un baiser sur ses lèvres. Doucement, il glissa sa main contre sa nuque pour l'attirer vers lui, la sentant se détendre petit à petit alors que toute l'angoisse qu'elle avait gardé pour elle au long des derniers mois disparaissait. Finalement, elle interrompit leur baiser, et murmura contre ses lèvres :

« Alors on va avoir un bébé ? »

Elle paraissait attendre une confirmation de sa part, comme si elle avait réellement besoin de l'entendre prononcer quelque chose, n'importe quoi pour qu'après plusieurs semaines à garder ce secret pour elle seule, il rende la situation bien réelle. Il hocha tout doucement la tête avant de la ramener contre son torse, prenant garde à ne pas écraser son ventre qui s'arrondissait - Merlin, il se demandait de combien de mois elle était enceinte exactement… Puis, plus satisfait qu'il ne l'avait jamais été auparavant, il chuchota contre ses lèvres :

« Oui, Ella. On va avoir un bébé. »

Puis, parce qu'il ne pouvait pas faire taire la petite voix mesquine qui se débattait pour prendre la parole depuis de longues, très longues minutes, il ajouta avec un sourire goguenard qui la fit soupirer de désespoir :

« Et on enverra le faire-part de naissance à Rhys à Azkaban. »


Il pleuvait des cordes, de gros nuages sombres s'étant imposés dans le ciel comme pour en chasser le soleil, empêchant les Elfes de vaquer à leurs occupations habituelles. Quelques enfants jouaient sous la pluie en riant dès qu'un éclair semblait trancher le monde, et Krokmou paraissait, à moitié immergé dans la Baie, peu soucieux du mauvais temps.

Théo, lui, humait l'air. Il adorait le parfum de la pluie, c'était l'une des rares odeurs qu'aucun humain ne pourrait jamais reproduire artificiellement. Même les sorciers ne s'y seraient pas tenté. Il tendit la main au dehors, par la fenêtre, laissant la pluie tiède la mouiller et il esquissa un sourire.

« Théo ? Je m'ennuie ! »

Il se retourna pour faire face au petit garçon qui semblait avoir élu domicile dans la maison qui commençait à prendre forme, et le considérait comme sa nounou. Din, étalé au milieu de ce qui finirait par devenir un salon - la pluie ralentissait juste un peu le processus de construction - regardait le plafond avec l'air d'être proche de l'inanition. Théo esquissa un sourire en le découvrant ainsi.

Il aimait vivre à la Baie, et même si sa fille lui manquait cruellement, il n'aurait pas hésité à admettre qu'il n'avait jamais été plus heureux. Cet endroit faisait partie de lui, il s'y sentait à sa place. Néanmoins, il avait parfois du mal à se faire à la présence constante des Elfes. En effet, le mot « intimité » n'avait aucun équivalant chez eux, et il n'avait pas besoin de se demander pourquoi : ils n'en avaient aucune notion tout simplement.

« Pourquoi ne vas-tu pas jouer avec les autres enfants ? Proposa-t-il en sachant pertinemment que cela lui vaudrait le regard habituellement blasé de Din dès lors que cela concernait les Elfes de son âge. D'accord, d'accord, alors pourquoi n'irais-tu pas prendre un livre dans ma bibliothèque ? Je t'aiderai à le lire.

- Je peux choisir ce que je veux ? Demanda aussitôt Din avec une pointe d'intérêt irrépressible.

- Tout ce que tu veux. »

Les livres abordant des sujets interdits aux enfants étaient encore bien cachés dans un des nombreux cartons qu'Ella lui avait ramenés quelques mois auparavant, et il ne prenait pas de risques à accepter ainsi la demande de Din. Le petit Elfe bondit sur les pieds et se précipita en haut des marches qui menaient à la bibliothèque que Théo avait tenu à construire. Elle était encore bien vide, attendant l'arrivée de nouveaux ouvrages appartenant à une toute autre personne.

Din réapparut quelques secondes plus tard en courant presque et se laissa retomber par terre. Les meubles manquaient encore, mais l'enfant s'en souciait peu. Les Elfes étaient adeptes du peu de choses, après tout. Théo se rapprocha jusqu'à s'asseoir près de Din et s'esclaffa en découvrant ce qu'il avait choisi. Un livre sur les Aurors. Il n'avait même pas besoin de demander pourquoi.

Din faisait toujours continuellement des réflexions au sujet des humains, surtout avec tout ce qui lui était arrivé - et tout ce qui menaçait encore de bouleverser la vie de son peuple. Mais Tobias avait obtenu ce que peu d'hommes pouvaient se vanter de posséder : sa confiance pleine et entière. En fait, Din adulait même tant l'Auror que ç'en était amusant. Lors de la dernière visite de Toby, quelques mois auparavant, Din ne l'avait tout simplement pas lâché une seule seconde, jusqu'à ce que son père finisse par lui ordonner de laisser Toby et Ella tranquilles.

« Tu essaies de lire ce que tu peux ? » Proposa Théo en ouvrant le livre à la première page.

Din acquiesça et prit une expression concentrée adorable avant de se mettre à lire. Il avait fait beaucoup de progrès en une année, malgré sa mauvaise volonté au départ. Si Eingil n'avait pas insisté, sans doute aurait-il fait bien plus de résistance, mais désormais, il semblait être déterminé à réussir à lire l'anglais aussi aisément qu'il le parlait.

Les Elfes n'avaient pas réellement de langue écrite. Seuls quelques symboles. Ils se transmettaient leur Histoire à travers des chants et des légendes sans avoir jamais pris la peine de mettre quoi que ce soit à l'écrit.

Et ils avaient rapidement compris qu'ils se devaient d'apprendre s'ils voulaient échanger réellement avec les Sorciers. La Reine avait été la première à le faire : malgré la confiance aveugle qu'elle accordait à Hermione, elle souhaitait pouvoir lire elle-même les propositions de lois que les ministres et présidents sorciers lançaient au sujet de son peuple.

D'autres avaient naturellement suivi et Théo avait passé de nombreuses heures à jouer au professeur. Il admettait qu'aucun n'était plus assidu que l'enfant qui, sans s'arrêter, lisait bien mieux que les enfants moldus et sorciers de son âge. Il buta sur un mot un peu plus compliqué que les autres, mais n'hésita pas longtemps, l'air bien décidé à ne pas se laisser ralentir par la langue de « ces faibles humains ».

Théo n'eut pas le temps de le féliciter que la porte de la maison s'ouvrit, claquant contre le mur de bois qui trembla presque. Il s'apprêtait à gronder l'arrivant qui se permettait d'entrer ainsi sans même frapper - il essayait de faire comprendre aux Elfes qu'il était prêt à s'adapter mais qu'il avait quelques petites limites quand même. Les mots fondirent sur ses lèvres alors même que Din s'arrêtait net de lire, les yeux écarquillés sur la présence de cette nouvelle personne. Il avait l'air surpris, mais Théo savait que c'était davantage dû à l'apparence de la femme qui venait d'apparaitre sur le seuil qu'à son identité.

« Whaou ! Ça en fait des cheveux ! Commenta-t-il sérieusement, provoquant un petit rire de la part de Théo qui ne put s'en empêcher.

- L'humidité… »

Théo abandonna le livre et Din pour se relever et faire les quelques pas qui le séparaient de la femme qui venait - une fois de plus - de lui provoquer une petite attaque. Elle n'eut pas le temps de faire ou de dire quoi que ce soit qu'il la ramena contre lui et l'embrassa à pleine bouche.

Dans son dos, Din marmonna un « J'vais m'en aller, je crois ! » un peu dégoûté, mais ni lui, ni Hermione n'y prêtèrent la moindre attention.

Théo se contenta de serrer la femme plus fort contre son torse, se rassasiant de sa présence après de longues semaines d'absence. Il la sentit sourire tout contre ses lèvres alors que la porte d'entrée claquait, preuve que leur public avait préféré s'enfuir pour ne pas assister à leurs retrouvailles. Puis elle glissa ses bras autour de son cou et se laissa enlacer sans tenter une seule seconde de s'échapper de son étreinte pourtant étouffante.

Quand enfin il la relâcha, autant pour reprendre son souffle que pour s'assurer qu'elle était bien là, qu'il n'était pas en plein rêve, elle lui décrocha un sourire, apparemment fière de l'effet qu'elle avait toujours sur lui. Effet qui, il le savait, serait le même quand il aurait cent vingt ans.

« Surprise, sourit-elle avant de passer ses mains dans sa tignasse. Je n'avais pas prévu qu'il pleuve, je dois avoir l'air toute débraillée.

- Tu es sublime, comme toujours, affirma-t-il sans même avoir l'impression de mentir. Tu ne devais pas revenir avant des semaines, comment as-tu fait pour… »

Elle ne lui laissa pas le temps de finir qu'elle sortit un journal froissé et rendu humide par la pluie de la poche de sa robe de sorcière. Elle l'ouvrit en grand avant de le placer devant elle, ne laissant que ses yeux visibles. Des yeux qui brillaient d'un enthousiasme tel qu'il n'eut même pas réellement besoin de lire le titre de la Une de la Gazette du Sorcier qui datait du jour même. Il le fit pourtant, un immense sourire barrant ses lèvres alors qu'il découvrait quelques mots qui, il le savait, changeraient tout.

Pour le mieux.

« Le Magenmagot ajoute les Elfes de la Baia Vermelha à la liste des êtres magiques. »

Les êtres. Non les créatures qui, à l'égal des animaux, n'avaient aucun poids réel quand il s'agissait de politique sorcières. Les êtres, comme les Gobelins ou plus récemment les Loups-Garous avaient droit à certaines protections, à de nombreuses aides, et ne pouvaient en aucun cas être maltraités sans en subir des conséquences immédiates.

« C'est…

- Je sais, s'esclaffa Hermion, extatique. Je suis venue aussi vite que j'ai pu, j'ai un million de parchemins à faire signer à la Reine et une délégation de plusieurs ministres sorciers de chaque continent souhaiterait s'entretenir avec elle directement… Il y a encore quelques détails à gérer et…

- Tu as réussi, sourit-il en repoussant le journal pour la serrer dans ses bras. Tu as réussi, Hermione.

- Je n'ai pas fait ça toute seule. Et il y a encore un long chemin à parcourir pour que les Elfes aient droit au respect et aux droits qu'ils méritent, mais… »

Il sentit son enthousiasme s'amenuiser un peu sous ces quelques phrases. Il avait naïvement cru qu'une fois le Magenmagot décidé, Hermione pourrait lever le pied et s'installer auprès de lui. Mais il était désormais évident qu'elle n'avait pas encore l'intention de s'arrêter, et s'il l'admirait pour cela, il commençait à n'en plus pouvoir de l'attendre. Elle lui manquait, tout simplement, et il avait besoin d'elle à ses côtés.

Comme si elle avait senti qu'il ne l'écoutait plus et que - plongé dans ses propres pensées - il n'était plus aussi heureux qu'il aurait dû l'être, elle s'interrompit tout à coup et leva les yeux vers lui. Doucement, elle passa sa main contre sa joue qui crissait un peu sous ses doigts - sa barbe de trois jours lui allait bien, et elle sembla penser à tout autre chose. Puis elle demanda tout bas :

« Qu'est-ce qu'il y a ?

- Quand penses-tu que ce sera fini, exactement ? Que les lois que tu espères voir adoptées par les sorciers le seront ? Que les Elfes seront acceptés ?

- Théo… ça prendra des années, tu le sais ! Les Loups-Garous sont encore traités comme des moins que rien par de nombreux sorciers, les Elfes de Maison continuent parfois à travailler sans être rémunérés… Je ne m'attends pas à changer le monde en quelques mois, ce serait idiot de ma part !

- Alors je dois être un idiot.

- Quoi ? Pourquoi est-ce que tu… ? »

Il se détacha d'elle en soupirant, une pointe de douleur fraichement enfoncée dans la poitrine. Lorsqu'il lui avait dit de partir un an auparavant, il n'avait pas cru que cela prendrait tant de temps. Il avait pensé - stupidement sans doute - qu'elle finirait par pouvoir travailler depuis la Baie, et qu'ils pourraient passer leur vie ensemble. Ou au moins ce qu'il en restait. Ils avaient déjà perdu tant de temps.

« Théo ? Chuchota-t-elle en lui prenant la main pour le ramener vers elle. À quoi est-ce que tu penses ? Je pensais que cette décision te ferait plaisir, ça avance au moins ! Peut-être pas aussi vite que ce qu'on espérait, mais… ce genre de chose prend du temps, et on le sait tous les deux ! Alors…

- Quand comptes-tu t'installer ici exactement ? »

Il n'eut conscience de la brusquerie de sa voix qu'en la voyant se crisper, mais ne s'en voulut qu'à peine. Il était trop frustré, trop désespéré aussi, pour s'inquiéter de la blesser. Passer du temps en compagnie des Elfes qui se souciaient si peu du politiquement correct semblait avoir un peu trop déteint sur lui.

Hermione resta muette une seconde, comme choquée par le ton qu'il avait employé avec elle, puis un petit sourire tordit ses lèvres avant qu'elle ne mêle ses doigts aux siens, sans plus d'hésitations. Il s'attendait à ce qu'elle lui promette un « bientôt » qui - il le savait - serait loin d'être suffisant, qu'elle lui demande d'être encore un peu plus patient. Il n'était pas sûr d'en être capable. Il avait assez attendu.

« La semaine prochaine, ça t'irait ? »

Il se figea. Elle sourit davantage, l'air heureuse de l'avoir tant troublé, puis ajouta sans paraitre perturbée le moins du monde :

« Je commencerais à amener des vêtements et le nécessaire, et puis ensuite, je devrais retourner en Angleterre le temps de préparer quelques cartons parce que… Disons que j'ai beau adorer les Elfes, je ne suis pas une grande fan de leur style de vie spartiate. J'ai besoin de mes centaines de livres et d'un oreiller à mémoire de formes. Je suis un peu snob, que veux-tu !? Il faudrait aussi que je m'assure que Ron s'occupe bien de vendre la maison, parce que je le lui ai demandé, mais tu le connais, il est un peu procrastinateur sur les bords. Et Kingsley m'a dit qu'il aurait encore besoin de moi de temps en temps, mais que je pourrais travailler depuis la Baie sans problèmes. Je ne serais plus Directrice du Département de la Coopération Magique Internationale, mais « émissaire auprès des êtres de la Baia Vermelha » selon ce que dit mon contrat donc… »

Le poids qui pesait sur les épaules de Théo jusque-là sembla s'évanouir d'un seul coup alors qu'il l'écoutait, et il ne lui laissa pas l'occasion de dire un mot de plus qu'il l'enlaça fermement. Elle émit un petit cri de surprise qui se conclut dans un rire alors qu'il la soulevait dans ses bras en lui murmurant mille « je t'aime » aussi honnêtes que bourrés à craquer de soulagement.

Il aurait pu dire « enfin » aussi, mais refusait de dévoiler à quel point ces derniers mois lui avaient semblé être la pire des tortures. Alors il se contenta de l'embrasser, impatient de commencer cette nouvelle vie qui s'était si longtemps fait attendre, espérant qu'elle serait enfin plus calme et pleine d'un bonheur qu'ils méritaient l'un comme l'autre.

Puis, alors qu'il la lâchait, elle observa les lieux autour d'eux, l'air un peu perplexe, et l'interrogea enfin :

« Et maintenant, est-ce que tu peux me dire où est-ce qu'on est exactement ? Les Aurors qui surveillent l'orée du bois m'ont dit que je te trouverais ici, mais… C'est une nouvelle bâtisse, pas vrai ? À qui appartient-elle ? »

Il resta silencieux une seconde, puis au lieu de lui répondre, lui prit la main avant de l'entrainer à sa suite. Il traversa le salon encore vide et la fit monter à l'étage, ouvrit rapidement une porte qui menait à une chambre où un simple matelas reposait sur le sol - il n'avait encore pas pris le temps de s'occuper de la décoration. Et enfin, il s'arrêta dans une pièce dont chaque mur était caché par de hautes bibliothèques en bois.

La plupart étaient vides, seules quelques unes - remplies de livres de Botaniques en particuliers - ployaient déjà sous un certain poids.

Alors elle comprit. Les yeux écarquillés, elle admira la seule pièce à laquelle il avait réellement prêté attention jusque là. La pièce qui, il le savait, comptait le plus pour elle. Il vit ses yeux se remplir de larmes, mais n'eut pas besoin de l'interroger pour savoir qu'elle n'était pas triste, mais simplement touchée par son attention qui prouvait, une fois de plus, qu'il était prêt à tout pour elle. Toujours.

Il enroula sa taille de ses bras pendant qu'elle scrutait ces étagères qui n'attendaient que les livres qu'elle possédait par centaines - ou milliers si elle devait être parfaitement honnête. Et il murmura à son oreille quelques mots qui sonnèrent comme la plus délicieuse des promesses :

« Bienvenue à la maison, Hermione. »


Note _ Mais ENFIN ! ça leur aura juste pris 30 ans mais on va rien dire...

Petites questions _ 1. Commençons par les choses qui fâchent : satisfaites du traitement offert à Rhys & Co ? (bon je sais qu'il aurait plus satisfaisant de tous les tuer et pas de façon sympa, mais... Marre de tuer les méchants, c'est trop facile, c'est mieux de les laisser moisir en prison comme les fruits pourris qu'ils sont xD) ; 2. SCARLETT ET SCOTT VONT AVOIR UN BEBE ! :D *danse de la joie* Enfin ! franchement, ne l'ont-ils pas trop mérité leur bébé ? (et le livre de Scarlett, qu'est ce que vous en pensez ? :P) ; 3. TOBY ET ELLA VONT AVOIR UN BEBE ! (okay c'était dans le prologue donc vous soupçonniez un peu qu'y aurait bébé xD) ! (bon l'essentiel c'est qu'Ella&Scarlett sont enceintes en même temps & vont être insupportables ensemble & que Toby & Scott pourront faire des concours du meilleur bébé & être insupportables ensemble aussi xD) 4. Hermione & Théo, ENFIN ! Comment pensez-vous qu'ils vont gérer leur relation maintenant que plus rien ne les sépare ? Non mais sérieusement, ils ont passé toute leur histoire à affronter mille obstacles... Vont-ils gérer une relation sans nuages ? XD ; 5. Pensez-vous que les Elfes parviendront à conserver leur style de vie ? Que les sorciers accepteront leur existence pour toujours sans sourciller ? ^^ ; 6. Ce chapitre vous a plu ? :)

Dans le prochain épisode _ des... Non mais rêvez pas, c'est un épilogue, je vais rien risquer de vous spoiler, non mais ! :P (mais y'a des bébéééés xD) & il arrivera le weekend prochain ! (J'ai encore envie de le revoir... XD jamais je serai satisfaite de cet épilogue après 10 ans, faut que j'arrête de le réécrire tous les 3 jours xD)

Voili voilouu ! Des bisous (de loin, masqués & co) contre des reviews !

Bewitch_Tales