TRADUCTION de House of Secrets de chunkybird
L'histoire originale est disponible sur ao3 (Archive Of Our Own)
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Pairing : Mary Crawley/Anna Smith
Résumé : Depuis un certain temps, Anna éprouvait pour Mary des sentiments qu'elle gardait secret afin de ne pas se faire dévorer par les vautours de Downton Abbey. Elle était persuadée que l'autre femme ne ressentait pas la même chose pour elle – jusqu'à maintenant… Les deux femmes réussiront-elles à être ensemble malgré les obstacles ?
House of Secrets
La vie à Downton Abbey était stressante, aussi bien pour les Crawley que pour les domestiques. Sans compter l'entretient d'une si grande demeure avec tous ces couloirs et pièces dérobées, les drames qui semblaient coller aux murs de cette maison étaient suffisants pour garder tout le monde sur ces gardes. Secrets, mensonges et rumeurs se faufilaient dans chaque recoin, dans chaque pièce et dans chaque vie. Vivre en vase clos – et, dans le cas des domestiques, s'occuper des Crawley – pendant aussi longtemps créait indubitablement des tensions. Pourtant, malgré le fait qu'ils étaient les uns autour des autres jour après jour, les habitants de Downton Abbey parvenaient à garder certaines de leurs affaires pour eux.
Et Dieu savait qu'Anna avait des secrets. Elle avait travaillé dans cette maison suffisamment longtemps pour savoir qu'il ne fallait pas partager d'informations sur sa vie privée – pas qu'il y avait grand-chose à dire. Elle avait appris qu'il valait mieux garder la tête basse, faire son travail et garder ses idée et opinions pur elle-même. Et, en tant que femme de chambre, elle se devait de montrer l'exemple aux autres filles sur comment se comporter convenablement.
Néanmoins, la plupart des secrets d'Anna consistait en des choses qu'elle avait entendues en travaillant pour la famille. Et les trois quarts étaient des commérages de la part des sœurs Crawley. Anna était la femme de chambre des trois sœurs. Cette position signifiait qu'elle passait énormément de temps avec elles, et plus particulièrement avec Lady Mary qui était l'ainée. Tous les matins et tous les soirs, en plus de ses devoirs de servante, son travail était de ranger la chambre de Lady Mary, de l'aider à s'habiller et se coiffer et de pourvoir à chacun de ses besoins à ses heures matinales ou tardives. Ce n'était peut-être pas un travail très glamour mais Anna le prenait très au sérieux. Bien que Lady Mary lui ait dit à plusieurs reprises qu'elle n'avait pas besoin d'être aussi tendue autour d'elle.
Anna n'oserait pas dire qu'elles étaient amies étant donné leur différence de classe et de sa position envers Lady Mary, mais elle s'occupait d'elle depuis un certain temps maintenant et elle dirait qu'elles tenaient l'une à l'autre. Même si, elle ne devrait pas parler pour la brune – Anna tenait à Lady Mary.
La femme de chambre s'inquiétait que son affection pour l'autre femme était devenue trop grande, ou tout du moins, trop grande pour une femme envers une autre femme. C'était l'un des secrets qu'Anna gardait.
Si quelqu'un était capable d'entendre ses pensées pour Lady Mary… Son cœur ratait un battement et son estomac se contractait à la simple vue de l'autre femme. Elle pensait à elle chaque soir avant de s'endormir et n'avait qu'une hâte, c'était d'être au matin pour pouvoir la revoir. Elle serait perdue si quelqu'un remarquait la façon dont elle caressait les draps de Lady Mary quand elle faisait son lit pour pouvoir sentir les brides de chaleur laissées par la nuit. Elle l'imaginait dormant paisiblement, son corps délicat cacher par sa nuisette en soie. Si quelqu'un pouvait entendre ses pensées quand elle tressait chaque soir ses cheveux doux et soyeux qui sentait le shampoing hors de prix, à quel point elle souhaitait pouvoir glisser ses doigts entre les mèches brunes et –
« Anna, est-ce que tout va bien ? » demanda Lady Mary.
Anna secoua la tête comme pour chasser ses idées folles de son esprit et continua de tresser les cheveux de la brune.
« Oui, mademoiselle. Pardon. »
« J'espère que je ne vous ennuyais pas, » continua Lady Mary en regardant Anna dans le miroir.
« Non, pas du tout mademoiselle. Je rêvassais c'est tout, » répondit Anna alors que ses joues prenait une teinte rosée. Elle espérait que la faible lumière cachait son embarras.
« Quoi qu'il en soit, comment s'en sort M. Bates ? »
« Assez bien, je crois. » Anna continua de tresser les épaisses boucles brunes, ses doigts bougeant sans qu'elle n'ait besoin d'y penser comme elle l'avait fait tant de fois auparavant.
« Vraiment ? O'Brien a dit à maman qu'il ne pouvait pas faire son travail correctement. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il a été embauché pour commencer. »
« Oh, il était l'ordonnance de Lord Grantham lors de la guerre des Boers. »
« Je sais cela, mais tout de même. Comment un valet peut-il faire son travail si il est estropié ? » Demanda Mary plus réthoriquement qu'autre chose.
C'était dans ce genre de moment qu'Anna se demandait pourquoi elle tenait tant à Lady Mary. Elle pouvait se montrer si froide et impardonnable parfois. Anna supposait que c'était à cause de la façon dont la brune avait été élevée qui faisait qu'elle pensait de la sorte. Elle trouvait cela triste et elle se disait que si elle pouvait passer plus de temps avec elle, si elle pouvait lui parler comme à une personne normale, qu'elle pourrait la changer – la rendre plus douce.
« Il n'est pas vraiment estropié, » répondit la blonde. Du coin de l'œil elle pouvait voir que Lady Mary avait arrêté d'étaler sa lotion et la regardait curieusement dans le miroir. Anna ne croisa pas son regard, craignant le jugement dans ses profonds yeux bruns.
Lady Mary soupira. « Quoi qu'il en soit, il n'en reste pas moins bel homme. Ne pensez-vous pas ? »
« Je suppose, » répondit poliment Anna.
« Ah, alors M. Bates n'est pas votre type ? » Demanda Lady Mary en haussant un sourcil.
Anna rougit à nouveau alors qu'elle finissait d'attacher les cheveux de la brune, attachant un ruban au bout de la tresse. Une fois terminée, Lady Mary se tourna sur sa chaise et regarda la blonde avec enthousiasme, son regard se plongeant dans ses grands yeux bleus.
« Alors ? » Continua-t-elle d'insister.
Anna se racla la gorge et évita le regard de la brune. « Je ne suis pas sûre d'avoir un type… Mademoiselle. »
La femme de chambre comptait laisser la conversation là et alla allumer la bougie sur la table de chevet de Lady Mary. Une fois la mèche allumée et la flamme dansant librement, illuminant les murs d'une douce lueur orange, Anna commença à taper les oreillers de la brune mais se figea quand elle sentit des mains se glisser sur sa taille par derrière.
« Allons, je pense que nous savons toutes les deux que ce n'est pas vrai, Anna, » déclara Lady Mary, pratiquement en chuchotant.
La blonde se redressa mais était trop choquée pour se retourner, effrayée, que même en cet instant, elle soit en train d'imaginer tout cela. Les mains de Lady Mary restèrent sur ses hanches, envoyant des frissons électrisant dans tout son corps. Même à travers plusieurs couches d'épais coton, elle pouvait les sentir, fortes et sûres.
« Voyez-vous, j'ose penser vous avez un type, » continua doucement Lady Mary à quelques centimètres du cou d'Anna.
La blonde pouvait sentir les mots, la chaleur du souffle de l'autre femme sur sa peau et elle pouvait imaginer ses lèvres roses si proches de son corps. Son estomac se contracta et son cœur tambourinait dans ses oreilles. Avant qu'Anna puisse marmonner une réponse, la brune la tourna vers elle.
Anna se retrouva coincée entre le lit et Lady Mary dont le corps était pratiquement pressé contre le sien. Elle leva le regard vers ses yeux bruns, pleins de désir, puis vers ses lèvres qui étaient bien plus proche que ce qu'elle pensait.
« Dites-moi que je me trompe, » continua Lady Mary en écartant une mèche de cheveux du visage d'Anna. « Dites-moi que j'ai tout inventé – tous ces regards langoureux et ces yeux baladeurs quand vous me déshabillez. »
Toujours troublée, Anna baissa les yeux mais des doigts sûrs lui relevèrent immédiatement le menton. Elle déglutit difficilement et regarda timidement l'autre femme.
« Vous avez raison, » hoqueta-t-elle si doucement qu'elle n'était pas sûre que les mots aient réellement quittés sa bouche. « Mais- »
« Mais quoi ? » Coupa impatiemment Mary alors qu'elle laissait ses doigts glisser le long du cou d'Anna.
« Mademoiselle- »
« Ne m'appelez pas comme cela. Pas maintenant, » insista Lady Mary alors qu'elle continuait de laisser ses doigts glisser le long du corps de la blonde. L'une de ses mains tenait toujours Anna par la taille pendant que l'autre caressait le col en dentelle que portait sa femme de chambre.
Anna regarda avec inquiétude l'autre femme qui était sa supérieure et, se souvenant de sa place, se répéta. « Mademoiselle, » soupira-t-elle. « C'est- c'est mal. »
« Mais vous avez dit vous-même que je ne me trompais pas. »
« Oui, mais- »
« Mais je suis une femme et vous aussi. Voilà tout. » Une vague de tristesse envahie Lady Mary. Ses yeux s'adoucirent et ses mains s'éloignèrent doucement de la blonde. Posant une main sur sa propre joue, elle secoua légèrement la tête avant de se détourner d'Anna.
Avec de l'espace pour respirer, Anna essaya de reprendre ses esprits, réarrangeant sa robe (bien qu'elle fut toujours impeccable) et joignit ses mains devant elle tout en se triturant les ongles.
Lady Mary faisait les cents pas au bout de son lit, une main anxieusement posée sur son front. Anna, bien que nerveuse elle aussi, pensa qu'il était pour le mieux de continuer de raisonner l'autre femme.
« Pensez-y mademoiselle. Comment ferions-nous ? Il y a des lois contre cela et- et personne ne l'autoriserait si cela venait à se savoir. Et vous devez bientôt vous marier- »
« Avec un homme que je connais à peine ! » Chuchota farouchement Lady Mary. Elle arrêta de faire les cents pas et se posta à nouveau devant Anna, ses yeux écarquillés et pleins d'émotions qu'Anna ne parvenait pas à déchiffrer.
« Monsieur Crawley semble être un homme bien, Mademoiselle. Il fera un bon mari et prendra soin de vous. Vous seriez à l'aise – heureuse même. »
« Mais je ne serai pas heureuse ! » En deux grandes enjambées, Lady Mary effaça une fois encore la distance entre Anna et elle, attrapant les mains délicates de la blonde. « Je serai bien plus heureuse avec vous. Je le sais, » déclara-t-elle en plongeant ses yeux dans ceux de sa femme de chambre à la recherche de réciprocité. « Je le sais parce que ce que je suis censée ressentir pour cousin Matthew, je le ressens pour vous. »
Anna détourna le regard et Lady Mary eut du mal à replonger ses yeux dans ceux de la blonde. Un million de pensées traversaient l'esprit d'Anna et elle ressentait toujours le choc de cette interaction courir dans ses veines. Elle voulait cela, elle voulait tellement Mary que son âme en souffrait mais elle savait que cela était impossible. Cette réalité l'attristait au plus haut point et elle avait l'impression que son corps s'était changé en plomb sous l'effet du chagrin que cela lui causait. Sachant qu'il n'y avait rien qu'elle puisse faire, elle retira ses mains de celles de Lady Mary et passa près d'elle pour se diriger vers la porte.
« Bonne nuit… mademoiselle, » chuchota-t-elle solennellement en attrapant la poignée de la porte, le métal froid sous ses doigts.
Avant qu'elle puisse tourner la poignée et laisser une Mary abattue derrière elle, elle sentit la main familière de la brune sur la sienne. Soudainement, elle se trouva tourner à nouveau contre sa volonté et Lady Mary la pressa contre la porte.
« Non, » déclara fermement la brunette. Anna ne pensait pas qu'il était possible pour elles d'être encore plus proche que ce qu'elles étaient auparavant, mais elle avait tort. A présent, le corps de Mary était pressé contre le sien, poitrine contre poitrine, bassin contre bassin. L'une de mains de la brune était posée dans le bas du dos d'Anna alors que l'autre était posée contre la porte comme pour empêcher la blonde de s'échapper. La respiration d'Anna s'accéléra et son cœur tambourinait, non seulement, dans sa poitrine mais aussi doucement entre ses jambes. Elle savait que Mary pouvait probablement sentir la nervosité qui émanait d'elle mais elle s'en fichait. Le visage de la brune était contre le cou d'Anna et cette dernière pouvait pleinement sentir le parfum des cheveux de Mary dans cette position. Elle tendit la main vers le bas de son bas et attrapa la main qui s'y trouvait, entrelaçant leurs doigts. Anna laissa échapper un soupir tremblant alors que Mary continuait de parler.
« Anna, » souffla-t-elle dans la l'oreiller de la blonde, faisant courir un frisson le long de sa colonne. « Serait-ce si mal pour nous d'avoir un peu plus l'une de l'autre ? » Anna ferma les yeux sous l'effet de la voix basse et essoufflée de Mary dans son oreille. C'était la chose la plus belle qu'elle ait jamais entendue, bien plus belle qu'une symphonie. « Je sais que vous le voulez aussi. N'est-ce pas, Anna ? »
Alors que le nez de Mary caressait sa joue, Anna hocha légèrement la tête. La jeune femme de chambre trouva la force en elle d'ouvrir les yeux et se retrouva face à face avec les yeux bruns de l'autre jeune femme. Ils étaient remplis d'une faim familière, ses pupilles dilatées comme une mer d'huile, sa peau rayonnant à la lueur de la bougie.
Anna ne savait pas quoi regarder. Son regard glissait des yeux de la brune, à ses lèvres, à la base de sa nuque – où elle souhaitait de plus en plus poser ses lèvres. Tous ses sens étaient remplis par Mary – Mary, Mary, Mary. Et la pièce ressemblait tourner comme un manège – tournant, tournant, tournant. Jusqu'à ce que la main libre de Mary se pose sur sa joue rougit. La brune caressa du bout de ses doigts la mâchoire d'Anna et son pousse glissa sur ses lèvres, s'attardant momentanée sur celle du bas. Immédiatement, elle tomba amoureuse de cette sensation mais, tout aussi rapidement, elle disparut. A la place, Mary attrapa le menton d'Anna entre ses doigts avant de combler le dernier petit espace entre elles. Les yeux d'Anna se fermèrent alors que Mary l'embrassait. Cela ne dura qu'un instant – juste un bref baiser – mais la femme de chambre désirait ardemment les lèvres de la brune même si elles étaient toujours posées contre les siennes. A la seconde où Mary se recula, le goût, la douceur de ses lèvres et leur divine pression manquèrent immédiatement à Anna. Quand elle ouvrit les yeux, elle vit Mary se lécher les lèvres et la blonde ne put s'empêcher de sourire.
Un coup soudain à la porte les fit sursauter. Comme toujours, sans plus qu'un coup à la porte, Mme Hughes, l'intendante, pénétra dans la pièce. Anna, comme elle était censée l'être, tourna toute son attention vers la femme plus âgée. A quelques pas de là, Lady Mary jouait avec les bijoux sur sa coiffeuse pour avoir l'air occupée.
« Ah, Anna. Vous êtes là. Excusez-moi mademoiselle, » commença Mme Hughes, faisant se retourner la brune. « Où étiez-vous ? Je vous attendez il y a déjà cinq minutes, » reprocha-t-elle à Anna.
Anna resta bouche bée alors qu'elle ne parvenait pas à trouver une excuse rapidement.
« Toutes mes excuses Mme Hughes. C'est de ma faute. J'ai demandé conseil à Anna et je me suis laissé emporter par la discussion, » répondit rapidement Lady Mary à sa place et hochant la tête dans sa direction.
« Oh, je vois. Voyez-vous une objection à ce que je vous l'emprunte ? »
« Pas du tout. » Alors que la domestique se tournait pour partir, Lady Mary ajouta, « Bonne nuit, Anna, » avec un sourire espiègle.
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Quand elle retourna dans sa chambre à l'étage des domestiques après avoir aidé Mme Hughes, Anna trouva Gwen, femme de chambre elle aussi, en train de prier. Elle se faufila silencieusement à l'intérieur et commença à se déshabiller alors que sa colocataire chuchotait ses prières, agenouillée au bord de son lit, ses mains jointes. La blonde laissa ses mains s'attarder sur ses hanches avant de retirer sa robe comme pour reproduire la sensation des mains de la brune. Elle fut déçue de ne pouvoir reproduire une telle sensation mais sourit pour la même raison. Lady Mary l'avait tenu, l'avait touché ! Anna ne pourrait jamais reproduire la sensation merveilleuse des mains de Mary sur elle, c'était angélique. C'était ce que Mary était – un ange.
« Anna ? » Demanda Gwen, sortant Anna de sa trance. « Qu'est-ce qu'il vous fait sourire ? »
« Oh, euh- ce n'est rien. Je me souvenais juste d'une blague que m'a raconté William plus tôt, » répondit la femme de chambre, se déshabillant rapidement et enfilant sa chemise de nuit.
« Une blague ? J'aimerai beaucoup l'entendre. »
Anna commença à tresser ses longs cheveux blonds et se tourna vers Gwen.
« Oh, non. Je ne la raconterais pas correctement, » répliqua-t-elle avec un sourire d'excuse.
« D'accord, pas de problème. Bonne nuit alors ? » Gwen souffla la bougie, laissant la chambre plongée à moitié dans le noir avant de s'installer dans son lit.
Alors qu'Anna finissait sa tresse, elle souffla sa bougie et se glissa entre les draps rêches en coton de son petit lit. Enveloppée par l'obscurité, elle se tourna vers le mur – dos à Gwen – et un large sourire illumina son visage. La femme de chambre toucha ses lèvres du bout des doigts, mourant d'envie de sentir à nouveaux celles de Mary contre les siennes. Elle pouvait seulement espérer qu'elles s'embrasseraient à nouveau et que, pour le moment, elle serait capable de se calmer suffisamment pour pouvoir dormir un peu.
Fin
