Ce chapitre est le premier, parmi ceux de la première mouture, à avoir littéralement triplé de volume. Il introduit également un autre couple que le Jaime/Brienne.

Bonne lecture.


Chapitre 14

Eau


La piscine lui donne des sueurs froides. Il a beau avoir toujours aimé se baigner, la simple idée d'entrer dans le bassin chauffé de la piscine de Winterfell le bloque tout à fait sur le seuil des vestiaires. Il a profondément inspiré et expiré pendant tout le moment où il a bataillé dans sa cabine pour se changer, mais maintenant, il ne voit que son moignon au bout de son bras, cette absence qui rend presque anormale la présence de sa main gauche. Il se sent déséquilibré.

Il n'aurait pas dû dire à Tyrion qu'il le rejoindrait et viendrait distraire les Stark. Il ne voit toujours pas ce que son frère peut trouver aux quatre orphelins, mais il admet que ceux-là se sont bien trouvés. Tyrion va un peu mieux depuis qu'il passe la majeure partie de son temps avec Sansa et sa famille, mais là… Là, c'est trop. Même si la piscine a été privatisée pour la matinée, même s'il n'y aura que les Stark, deux ou trois de leurs amis et Tyrion, c'est beaucoup trop.

Jaime reste là, figé à la porte des vestiaires, devant le bassin qui s'étire et dans lequel barbotent déjà les autres. Bran flotte, installé dans une bouée. Meera et Jojen Reed jouent avec Arya et Rickon, Sansa et Tyrion discutent. Un ballon erre à la surface de l'eau, promesse d'une balle au prisonnier ou d'un autre jeu stupide que les enfants vont forcément vouloir faire. La serviette molletonnée de Jaime pend sur son bras estropié, et il reste là. C'est la première fois qu'il va montrer son moignon à quelqu'un d'autre qu'un médecin, et il n'est pas sûr de s'en sentir capable.

Un léger bruit derrière lui l'avertit une seconde avant qu'il ne reçoive une tape dans l'épaule.

- Bougez-vous un peu, dit Brienne, ou vous allez prendre racine.

Il veut l'envoyer se faire voir chez les dorniens, mais les mots restent bloqués dans sa gorge. Il n'a jamais vu Brienne en maillot de bain, et elle n'a plus rien d'un camionneur. Au contraire. L'habit est bleu nuit, d'une seule pièce, et clairement coupé de manière plus sportive que jolie. Mais il colle à la peau.

- Faites un seul commentaire, prévient Brienne d'un ton menaçant, et je vous jure que je vous noie. C'est clair ?

Jaime se force à rappeler à lui les quelques neurones qu'il possède, et il tord ses lèvres dans un sourire crispé.

- Pourquoi, vous allez faire un commentaire, vous ?

Ce n'est pas ce qu'il a voulu dire. Il aurait voulu dire que ce foutu maillot lui va bien, qu'elle n'a pas à rougir, que franchement, elle devrait arrêter de se braquer comme ça. Au lieu de quoi, il brandit son moignon comme si c'était comparable, et il s'en veut d'un coup, parce que son poignet estropié est hideux et elle, non.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Il ferme les yeux, atterré par sa propre stupidité. Il s'attend à ce qu'elle le frappe ou l'envoie se faire foutre, mais rien. Alors il en profite, parce que les mots se pressent à la porte de ses lèvres, et dès qu'il leur ouvre, ils tombent sans qu'il puisse les retenir :

- Vous êtes très bien. Je suis juste nerveux, et du coup je mords sans raison. Je n'ai pas été à la piscine depuis mon accident. Même au centre de rééducation, j'ai refusé.

- Vous n'êtes pas obligé de venir vous baigner, vous savez.

Le ton de Brienne est anormalement doux, réconfortant. Ça lui fait rouvrir les yeux, et il se demande si c'est bien la même personne qu'il côtoie au travail tous les jours.

- Tyrion me l'a demandé.

- Mais vous n'êtes pas obligé.

Non, évidemment, il ne l'est pas. Mais il ne peut pas continuer à se cacher toute sa vie, non ? Depuis combien de temps vit-il à Winterfell ? Presque un an. Halloween bat son plein, des citrouilles occupent presque chaque couloir du château, une décoration thématique égaie l'ensemble du domaine, le musée s'est mis lui aussi dans l'ambiance pour accueillir les visiteurs qui se pressent jusqu'ici, malgré le Nord, l'Hiver infernal et le demi mètre de neige qui tombe déjà chaque nuit, pour fondre à moitié dans la journée.

Halloween est là, et lui, Jaime, s'apprête à entrer dans l'eau d'une piscine dont le mur du fond, en verre, donne sur le bois sacré enneigé.

- Et vous ? dit-il en avisant Brienne. Pourquoi vous braquer ?

- Vous avez besoin que je vous l'épelle ? cingle-t-elle, et son ton n'a plus rien de doux et de compréhensif.

- Franchement, oui. Je ne vois pas où est le problème.

Il est à deux doigts de dire qu'en vérité, il voit plein de choses insoupçonnées, là tout de suite, mais aucune qui lui donne envie de se montrer moqueur ou méchant. Il est tellement habitué à voir Brienne noyée dans des affaires larges et informes, dignes de la carrure d'Hodor, qu'il ne réalise que maintenant qu'il y a de la peau sous les vêtements.

Beaucoup de peau.

Qu'il ne vaut mieux pas qu'il regarde de trop près. Alors il fixe la jeune femme dans les yeux pour qu'elle puisse lire son honnêteté. Car franchement, il ne voit pas ce qui ne va pas avec ce maillot de bain. Il songe même que, eh bien… La vue est intéressante.

Elle finit par détourner les yeux, clairement mal à l'aise. Jaime hésite, puis :

- Vous n'êtes pas obligée de vous baigner.

Un sourire sans joie étire les lèvres de la jeune femme.

- Sansa me l'a demandé.

Jaime jette un rapide coup d'œil aux Stark et à leurs amis qui s'occupent sans leur adresser un regard.

- On y va à deux, alors ? propose-t-il.

Brienne le dévisage un instant, avant d'hocher la tête. Elle est la première à approcher du bassin, même si Jaime la suit de près. Il a abandonné sa serviette et évite les regards des autres. Soudain, une main se referme doucement sur son poignet. Stupéfait, Jaime cherche le regard de Brienne, qui le dévisage avec une certaine inquiétude. Peut-être croit-elle se montrer un peu trop familière. Mais même si sa vie en dépendait, lui ne pourrait pas lui expliquer maintenant à quel point c'est étrange de sentir qu'on l'empoigne doucement par le moignon comme s'il y avait toujours une main au bout de ce bras.

Jaime déglutit et sourit, un peu sonné. Heureusement, Brienne ne demande rien. Lentement, ils entrent dans l'eau. Là, ils se font happer par les Stark et leurs amis. Jaime est saisi par son frère et Arya, qui n'a jamais eu sa langue dans sa poche ni beaucoup de réserves pour se jeter sur les employés. La jeune fille lui saute presque dessus, le malmène, lui parle sans qu'il ne comprenne rien. Il est pris à partie entre les belligérants, visiblement les enfants sont encore en pleine guerre interne, les garçons contre les filles ou les petits contre les grands, il ne sait pas, il ne comprend même pas de quoi il est question.

Brienne, pour sa part, est rapidement attirée à l'écart par Sansa, qui sourit doucement avec cet air un peu éteint que la jeune femme lui a toujours vu. A peine sortie de l'adolescence, Sansa a dû reprendre les rênes du château et de la réserve, apprendre à se poser en cheffe de famille et en directrice de musée, à bien s'entourer et à se comporter en adulte. Parfois, quand elle la regarde, Brienne a du mal à voir en elle une jeune fille de dix-neuf ans, presque vingt. Sansa s'efforce tant de se comporter en adulte, d'être adulte, qu'elle paraît avoir vieilli plus vite. Son visage est dur, presque taillé à la serpe, loin des rondeurs de l'enfance, et son regard peut se faire acérer. Si Tyrion ne faisait pas tant le pitre pour l'amuser, en se comportant comme un enfant qu'il n'est plus depuis longtemps, la toute jeune femme n'esquisserait peut-être même plus de sourire de la journée, accaparée par les soucis de gestion.

Parfois, Brienne se dit que Robb et Jon ont été égoïstes de lui laisser le château et tout ce qui va avec. Même s'ils font leurs études au loin, même s'ils envoient de l'argent régulièrement, ils ne sont pas là. Et eux ont vingt-deux et vingt-trois ans. Ça reste très jeune pour assumer un poste comme celui de chef de la famille Stark, mais ce serait toujours plus que Sansa. Quand Robb et Jon auront terminé leur cursus et reviendront aider à la gestion du domaine, l'enfance de leur sœur sera déjà partie en fumée.

Sauf si Tyrion continue ses blagues stupides et ses pitreries sans fin.

- Tu pourrais prendre part à la bataille en cours, dit Brienne en désignant le combat qui fait rage entre les cadets de la famille et leurs amis.

- Je préfère regarder, répond Sansa. Et puis, tu peux parler. Tu ne participes pas non plus.

- Ce serait déloyal pour Arya et Rickon.

L'adolescente secoue la tête, puis laisse son regard errer. Même Osha a pris part à la bataille, et Jojen et Meera se font les spadassins de Bran, en s'attaquant aux cadets sur les ordres du garçon. Mais le regard de Sansa ne parcoure pas simplement la scène, il se perd dedans, et sans doute beaucoup plus loin aussi, à des centaines de kilomètres de cette piscine.

- Tout va bien ? demande Brienne en s'efforçant d'adoucir son ton le plus possible.

- Je réfléchis à certaines choses, murmure Sansa. A la famille, surtout.

Brienne suit son regard en se tassant dans l'eau, de sorte à ne pas être beaucoup plus grande que la jeune fille. Elle surveille le combat en cours, et ne peut s'empêcher de compatir un peu pour Jaime, qui s'est totalement fait embarquer dans la bataille et ne parvient pas à se défaire d'Arya et Rickon. Tyrion est loin de l'aider, en discutant d'un ton moqueur sans lever le petit doigt pour le tirer des griffes des enfants. Qu'il le veuille ou non, Jaime est en train de se faire tout à fait adopter, et il n'est certainement pas encore prêt à assumer tout ce que cela signifie. Jusqu'à présent, en-dehors de Jojen et de Theon, qui restent trop jeunes pour être des figures parentales, les Stark se sont toujours tournés vers Tyrion avec un mélange de respect et de moquerie. Le trésorier du domaine, aussi petit et caustique soit-il, est un membre à part entière de ce clan bigarré et une sorte d'oncle adoptif que personne ne remplacera.

Mais même Tyrion, Osha, Rodrick et le vieux Luwin ne peuvent compenser les parents qu'ils n'ont plus. Alors Brienne n'est pas très étonnée de les voir intégrer Jaime à leur univers. Si l'homme n'était pas à ce point enfermé dans son monde, il aurait déjà pris un rôle dans ce clan depuis longtemps.

- Je me demande, dit Sansa, et Brienne reporte son attention sur elle pour réaliser que la jeune fille se mord la lèvre nerveusement, si c'est ce que je suis… si ce que…

Elle jette un regard de côté à la palefrenière, avant de murmurer précipitamment, si bas que la géante comprend à peine :

- Je crois que j'aime bien Yara.

Pendant quelques secondes, Brienne est incertaine d'avoir bien compris. Puis elle se tourne vers la scène de bataille et avise Yara Greyjoy. La jeune femme a déjà vingt-cinq ans, elle a un air revêche et un sourire rare, mais c'est aussi une constante dans la vie des Stark, car elle vit sur le domaine depuis des années avec son frère. Et si Theon est assurément un ami proche de la famille, sa sœur ne l'est pas moins. Tous deux travaillent à la réserve, ils comptent parmi les plus jeunes soigneurs en poste, et ce sont des bourreaux de travail qui ne cessent que pour décompresser avec les Stark.

Brienne n'a jamais vu Yara sous cet angle, mais apparemment, le regard inquiet et brillant de Sansa témoigne que c'est bien possible. L'adolescente aurait peint son inquiétude sur son front qu'elle n'en serait pas moins visible. L'aveu lui a coûté. La peur lui mord le ventre et la figure.

- Elle a de la chance, alors, dit Brienne.

Les épaules de Sansa se détendent un peu. A peine.

- Elle le sait ? insiste doucement la géante.

- Non. Pas encore.

Un silence. Relatif, compte tenu du vacarme que font les autres à quelques mètres, mais tout de même. C'est un silence plein de non-dits. Plein d'impossible.

- Je ne vois pas ce qui te retient, dit finalement Brienne. Je ne la connais pas vraiment, mais tu devrais lui parler.

- Je ne sais pas… je ne sais pas si elle pense… si elle me voit… enfin, tu comprends.

Oh oui, Brienne comprend. Et elle réalise qu'elle n'est pas la mieux placée pour conseiller la pauvre jeune fille. Pour autant, elle puise dans le peu de sagesse que lui octroie ses vingt-huit ans et s'efforce de faire preuve de bon sens.

- Elle ne saura pas et tu ne seras pas fixée si tu n'en parles pas. C'est toujours effrayant, mais il faut en passer par là.

Le regard de Sansa se fait fuyant, ses joues se colorent de rouge. Pour un peu, elle prendrait la teinte de sa chevelure.

- Je ne sais pas si mes parents auraient aimé ça.

Voilà, elles y sont. Et Brienne ne comprend pas pourquoi c'est à elle que l'on en parle, à elle et pas à Tyrion qui, les dieux seuls savent comment, s'est retrouvé le meilleur ami attitré de cette jeune fille trop vite devenue grande. Mais elle ne peut pas simplement ignorer la question et refiler le problème au nain, ce serait lâche et Sansa pourrait l'interpréter de la pire des façons.

- Je n'ai pas beaucoup connu tes parents, dit prudemment la palefrenière.

C'est le moins que l'on puisse dire, et Brienne sait que jamais elle ne divulguera aux enfants Stark les derniers mots qu'elle a échangés avec Catelyn avant son décès. Ces quelques bribes leur appartiennent, à elles et à elles seules, et Sansa elle-même ne pourrait pas les encaisser. Mais depuis qu'elle vit à Winterfell, Brienne a acquis une certitude : Eddard et Catelyn ont aimé leurs enfants, de toutes leurs forces. Pas parfaitement peut-être, mais sincèrement.

- Mais ils voulaient vous voir heureux, continue Brienne avec aplombs. Et si tu es heureuse de cette manière, alors je ne vois pas où se trouve le problème. Et eux non plus ne l'auraient pas vu.

Le regard de Sansa s'attarde sur elle, comme si elle cherchait à lire un mensonge dans le regard de saphir, mais Brienne est confiante. Elle n'a jamais vu le moindre problème au coming-out de Renly – hormis, bien sûr, la douleur d'un amour à sens unique. Soudain, une idée traverse l'esprit de la jeune femme. Le souvenir d'une inquiétude que Renly avait mis des semaines à lui confier.

- Tu n'es pas bizarre, tu le sais ça ? Aimer quelqu'un du même sexe n'a rien de bizarre.

- Je sais, dit Sansa.

Seulement, il y a trop de soulagement dans son souffle et dans ses yeux pour que Brienne s'y laisse prendre. Tant pis. Elle n'est pas bien placée pour lui donner des cours de mensonges et ça n'a aucune importance de toutes façons.

Sansa paraît hésiter, puis un sourire tremblant lui étire les lèvres.

- Merci, Bri. Merci beaucoup.

Avant que la jeune femme puisse ajouter quoi que ce soit, Sansa est déjà repartie, en deux brasses elle rejoint Meera, Arya et Rickon qui semblent s'être donnés pour but de noyer Jojen sous les rires de Bran et Jaime. Tyrion, pour sa part, compte les points. Malgré elle, Brienne observe Meera et Sansa, se demande s'il ne pourrait pas y avoir quelque chose entre elles – mais elle se reprend bien vite. Elle a déjà commis cette erreur autrefois, avec Renly. Sauter sur une idée aussi idiote ne sert à rien. Meera est, comme son frère, un membre du paysage.

Seulement, Meera serait tellement plus logique que Yara. Plus jeune, plus dynamique, bien plus souriante. Une meilleure amie pour Sansa, et, Brienne en est certaine, une petite-amie idéale. Il n'y a qu'à voir la façon dont les deux jeunes filles interagissent, quand Sansa ose à peine jeter un regard en direction de Yara, un peu plus loin dans le bassin.

Mais évidemment, la logique n'a rien à voir avec les sentiments. Et si c'est pour la Fer-Née que Sansa sent poindre quelque chose, alors ce sera la Fer-Née. Ça ne se discute pas.

Il faudra attendre, songe Brienne. Et voir. Et écouter, si elle en parle.

Cette possibilité la fait presque chanceler. Elle n'a plus été la confidente de personne, depuis la mort de Renly. Lui seul lui accordait sa confiance. Lui seul comprenait qu'elle ne savait pas se comporter comme il l'aurait fallu, qu'elle était incapable de donner autant d'attentions, autant de gentillesse, autant de douceur qu'une autre femme. Mais il savait qu'elle ne l'aurait laissé tomber pour rien au monde. C'était bien la seule chose qu'elle lui avait toujours promise : eux deux, c'était pour la vie. S'il avait eu besoin d'elle, il aurait pu l'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, elle aurait accouru.

Quelque chose remue en elle, elle en tremblerait presque et s'appuie contre le bord de la piscine.

Sansa ne demandera peut-être pas les mêmes choses que Renly. Certainement pas, d'ailleurs, et elle ne saura pas quoi faire. Elle ne saura jamais.

- Vous allez bien ?

Le murmure est si discret qu'elle le manque presque. Jaime s'est rapproché, laissant la bataille d'eau et les petites tentatives de noyade aux enfants, et il la scrute désormais avec inquiétude. Brienne remarque qu'il dissimule son moignon sous la surface.

- Je vais bien, dit-elle en pliant les genoux pour s'enfouir elle aussi un peu plus sous le niveau de l'eau. Simple réminiscence.

Jaime ouvre la bouche, mais ne dit rien d'abord, comme s'il cherchait ses mots. A quelques mètres, Bran éclate de rire. Tyrion vient d'entrer dans la bataille générale et plus personne ne sait qui a commencé ni qui se bat contre qui ou avec qui. C'est un vaste imbroglio qu'il est impossible de démêler.

- Vous comptez rétrécir encore un peu ? finit par lâcher Jaime.

Brienne le foudroie du regard. Dans sa position, c'est lui le plus grand.

- Vous en faites une montagne…

- Fermez-la, ou je vous fracasse la figure, gronde Brienne.

Cette fois-ci, elle ne va pas être tendre. Elle a déjà épuisé toutes ses capacités de patience pour la journée, et la peur lui ronge les entrailles au souvenir de Renly et à la pensée du futur de Sansa. Mais Jaime, au lieu de s'énerver ou de la rembarrer d'un mot sec, prend une profonde inspiration et fait émerger son moignon.

- On avait dit qu'on s'y mettait à deux, non ?

La demande est presque timide, malgré le rappel. Brienne le dévisage quelques secondes, puis, sans même y réfléchir, elle referme ses doigts sur la peau douce étrangement tissée autour du poignet. Jaime frissonne, et elle réalise son erreur avec un temps de retard. Mais avant d'avoir pu lâcher le moignon, son collègue fait levier avec son bras, et l'oblige à ressortir de l'eau de quelques centimètres. Juste assez pour qu'ils soient à nouveau à la même taille.

- Vous êtes un imbécile, marmonne Brienne par réflexe.

- Et vous une tête de pioche. Il faut que je vous coule pour qu'on se comprenne, ou vous avez une autre idée ?

- Vous n'oseriez pas.

Elle n'a que le temps de voir Jaime hausser un sourcil que déjà il dégage son moignon, se jette sur elle, appuie sur ses épaules et pèse de tout son poids. Prise par surprise, la jeune femme boit la tasse. Elle émerge en crachotant, des cheveux pleins les yeux. Inutile d'y voir clair : le sourire goguenard de Jaime fait le tour de son visage.

- Je vais vous tuer !

- Essayez !

Oh ça, elle va essayer. D'autant qu'elle a deux mains, elle. Et personne ne l'a jamais coulée sans s'en mordre les doigts.