Chapitre 5 - La rage enfouie.
Bonne année à tout le monde ! J'espère que vous allez bien et que vous avez malgré tout passé de bonnes fêtes. Presque deux mois d'absence ici qui s'expliquent par un emploi du temps assez surchargé pour soigner ma dépression sévère mais aujourd'hui je vais bien et je tenais à le dire. Merci pour vos reviews, merci pour vos retours et j'espère que cette histoire vous plaira toujours autant ! A la revoyure !
La directrice et le sous-directeur de Poudlard se trouvaient à présent dans le bureau de Kingsley.
Les deux comparses avaient eu rendez-vous, comme tous les mois depuis la sortie de Severus.
Le ministre assis à son bureau avait l'air relativement enchanté. Ces dernières semaines avaient été fructueuses en matière de capture d'ex-mangemorts et il devait ce crédit au potioniste lui-même.
Si Severus avait été libéré d'Azkaban à la demande insistante de Potter, il ne devait pas moins que de continuer à passer son temps libre à aider à dénicher des nids de puristes fanatiques. Les derniers de lignées de dégénérés suprémacistes. Autant dire que le peu de temps libre lui restant à présent était uniquement consacré à sommeil, si seulement les idées farfelues de Minerva ne grignotaient pas quelques heures précieuses d'un repos pourtant salvateur après deux années de chasse interminable.
Les cernes cerclant les orbes noirs de l'homme étaient un indicateur excellent. Plus ces dernières étaient violettes et creuses, plus il y avait de chance que si vous le saluiez poliment, il vous envoie directement sur les roses en aboyant comme un féroce chien de garde.
Pour autant, ici tout était calme et Kingsley était son allié plus qu'un simple auror à qui il devait des comptes. Snape n'était ni un infiltré, ni un indicateur.
Cependant, il avait été placé sous l'autorité de Minerva et cet état de fait l'horripilait au plus haut point, même si elle était son amie de longue date.
-" Bien, le bilan est plutôt bon, même s'il reste de la racaille à retrouver. Severus, est-ce que tu as des objections particulières à transmettre ?" Demanda le ministre de la magie.
L'homme en noir plissa les lèvres et inspira une bouffée de courage.
-" J'en ai toujours une, concernant le cas Malfoy."
Minerva grogna dans le vent et Kingsley soupira, se massant la tempe d'une main lasse.
-" Le dossier est trop faible. J'ai besoin de plus de preuves. Après tout ce temps je ne comprends pas pourquoi tu continues à t'obstiner ainsi." Avoua-t-il. " Si je donne à mes aurors l'ordre de le libérer, crois-moi que la presse va vite s'emparer de cette histoire et demain nous aurons des manifestations de nos compatriotes qui ne comprendraient pas."
-" Monsieur le ministre, avec tout le respect que je te dois, savez-vous combien de tes collaborateurs travaillant ici ont eu un status plus que trouble durant les deux guerres ?" Demanda Snape avec un sourcil levé.
Shacklebolt inspira de nouveau. Cette scène avait déjà été jouée sous ses yeux de nombreuses fois.
-" Et tous ont été en mesure de fournir des preuves quant à leur enrôlement forcé."
Au dehors de l'école, les arbres avaient revêtu leur plus belle frondaison d'automne. Des nuées de feuilles aux couleurs chatoyantes s'envolaient, balayées par le vent. Les cheveux d'Hermione aussi avaient tendance à s'échapper du chignon dans lequel ils furent emprisonnés.
Elle marchait simplement en compagnie de Harry, sans but précis, cependant, leurs pas lents les menaient sûrement aux berges du lac.
Ils progressaient dans un silence confortable alors qu'ils croisaient moults élèves ravis de croiser leur route. Tous deux célébrités malgré eux.
Au loin, ils virent Luna, les pieds dans l'eau, jetant les bouts de pain qu'elle avait subtilisé à sa table la veille au soir.
Ils s'approchèrent d'elle, voulant saluer une vieille amie.
-" Quand tu quitteras l'école, les poissons mourront de faim." L'apostropha Harry.
La blonde ne se retourna pas mais se contenta de sourire tristement, à vrai dire elle n'avait jamais réellement réfléchi à ça.
-" J'espère que quelqu'un le fera pour moi." Laissa-t-elle alors planner.
Harry s'assit sur les galets tandis qu'Hermione se contenta de regarder avec attention les gestes de la Serdaigle.
-" Comment va ton épaule ?" Demanda Luna.
-" Encore un peu engourdie mais je m'en remettrai."
-" Tu ne m'avais pas dit que tu t'étais fait mal. C'était le match ?" Demanda Hermione.
Lorsque Luna entendit la voix d'Hermione, elle se tourna et la dévisagea d'un air absent.
-" Salut toi. Je ne savais pas que tu étais revenue."
La rouge et or masqua son malaise du mieux qu'elle le put et se contenta de rendre un sourire à Lovegood en opinant.
-" Oui... Je suis là maintenant." Répondit alors Hermione la voix raillée.
Pour toute réponse, Luna n'offrit qu'un regard et un rictus énigmatique comme elle l'avait toujours fait. Cette bonne vieille camarade ne changeait pas, restait égale à elle-même, exactement à sa place.
Hermione savait qu'elle ne poserait pas davantage de questions. La Serdaigle était de nature relativement réservée lorsqu'elle sentait que les choses ne voulaient pas être dites et c'était précisément le cas ici. Poliment elle avait juste fait acte de présence et elle s'en était montrée soulagée sans pour autant chercher dans les détails. Bénie soit-elle.
Le dimanche matin, Poppy se retrouva à expulser graduellement les jeunes qui avaient été blessés durant le match, jugeant que leur était désormais suffisamment correct pour retourner à leurs occupations.
La pauvre infirmière en avait par-dessus la tête de tous ces chouineurs essayant de grappiller encore quelques heures pour se faire porter pâle pour le lundi. Une belle excuse pour ne pas avoir à aller en cours ou encore parce qu'ils n'allaient pas rendre leur devoir à temps.
C'était le cas de Ron.
Lorsque Hermione entra timidement dans l'aile de l'infirmerie, elle constata que son ami était toujours là malgré les lits se vidant petit à petit.
Le rouquin avait toujours la jambe en l'air mais son bandage était à présent résorbé, laissant apparaître un genou comme neuf. Elle en soupira d'aise, cependant il y avait toujours cet odeur métallique qui se dégageait des ustensiles, des lits, du sol...
-" Hey... Comment ça va aujourd'hui ?" Demanda-t-elle à son attention, essayant de bloquer ses narines.
-" Mieux, beaucoup mieux." Admit-il en lui rendant un sourire jovial.
-" Très bien, tu vas pouvoir venir en cours demain matin." Asséna-t-elle pour voir sa réaction.
Le visage de Ron se renfrogna, levant les yeux au ciel avant de soupirer gravement.
-" J'ai encore du mal à marcher..." Tenta-t-il.
-" Ce n'est pas grave, on ira à ton rythme."
-" Et y a ce devoir de potions que je n'ai pas fait..." Laissa-t-il planer avec un air songeur.
-" Je ne t'aiderai pas." Répondit Hermione avec un large sourire sachant pertinemment ce qu'il allait lui demander.
Il râla pour de bons puis Poppy s'approcha d'eux.
-" Miss Granger, vous êtes bien matinale !" S'étonna-t-elle en la saluant.
La sorcière opina du chef, presque tentée de lui répondre que même si cela lui causait des ennuis, elle verrait chaque petit rayon de soleil de ses propres yeux avant...
-" Il fallait que je vous demande quelque chose... En privé." Fit-elle.
Poppy haussa un regard surpris puis regarda autour d'elle.
-" Venez dans mon bureau."
Les deux femmes s'avancèrent en retrait jusqu'à la toute petite pièce réservée pour les cas les plus solennels.
Elles prirent place et Hermione nota le désordre notoire dans cette partie-là. Madame Pomfresh devait être sacrément débordée, elle qui était si méticuleuse.
-" Je vous écoute ma fille." Ne tarda-t-elle pas à prendre la parole, manifestement pressée.
-" Bien... En fait je me demandais si... Si c'était possible que vous veniez faire mes injections tous les matins..." Elle inspira de courage, essayant de mettre en place les arguments dans sa tête.
-" Mon petit, j'aimerais bien mais il se peut que ces opportunités soient rares..." Ne cacha-t-elle pas.
-" Je crois que l'infirmerie n'est pas un lieu fréquentable pour moi..."
-" Vous faîtes allusion à votre crise d'hier ?" Demanda la matrone.
-" Précisément... Je... Je sens des choses... Des choses qui me font froid dans le dos." Trembla la jeune femme avec un air inquiet.
L'infirmière en chef se contenta simplement d'analyser le regard perdu de la Gryffondor avec un certain recul. Tout le monde ici devait être traité sur un pied d'égalité mais... Miss Granger n'était plus tout le monde.
-" Je... Verrais ce que je peux faire." Concéda-t-elle. " Mais si avant vos cours vous ne me voyez pas débarquer, alors je vous prierais de vous présenter ici-même. Cela voudra juste dire que je suis débordée et que je ne pourrais quitter sous aucun prétexte cette salle... De plus, il est hors de question qu'une autre infirmière se pose des questions à votre sujet, cela mettrait en péril votre... Couverture." Annonça-t-elle.
-" Ma couverture ?" Hermione leva un regard rond de surprise.
-" Officiellement vous êtes ici tous les jours pour des carences chroniques."
-" Oh." Se contenta-t-elle seulement de répondre.
-" Tant que nous y sommes... Allons-y." Dit alors Poppy en se levant et fouillant à la recherche d'une seringue dans son tiroir. " Relevez vos cheveux."
Le lundi arriva avec Ron sur pieds, à son plus grand malheur. Harry était le seul à ne pas avoir l'air inquiet tandis qu'Hermione trépignait sur place de stress.
Le premier cours de la journée était celui des potions et cela suffisait pour mettre toute la classe mixte de Gryffondors et Poufsouffles en dépit total.
Le trio d'or ainsi que les autres élèves ayant manqué l'année précédente à cause de la guerre s'étaient retrouvés avec les véritables 7eme années, surpeuplant certains cours, donnant double travail aux professeurs. Il fallait bien passer ce satané diplôme après tout, même si les conditions furent relativement chamboulées.
Tous étaient en rang, dans un silence de mort.
Le match de Samedi avait laissé des séquelles et les Poufsouffles n'avaient franchement pas l'air fier de s'en être tant donné à cœur joie... Quoi qu'ils eussent assez bien morflé également.
On pouvait lire sur les visages une bonne appréhension et la tension monta d'un cran lorsque la porte de la salle de classe s'ouvrit à la volée, laissant voir le visage d'un Snape vraiment très en colère.
Sans un mot il fit un geste de la main et les élèves entrèrent au pas militaire, sans un bronchement.
Tous prirent leur place habituelle et sortirent leurs affaires.
Le potioniste regarda depuis son pupitre, fermé comme jamais et attendit qu'il n'y ait plus le moindre bruit dans la salle.
Tous restèrent pétrifiés dans ce silence abominable, personne n'osait regardait quiconque pas même le professeur.
Lorsqu'il jugea qu'il fut satisfait de son entrée en matière, Snape prit la parole :
-" J'ai ouïe dire que le devoir que vous deviez rendre pour ce matin avait été négligé ?" Dit-il sur un ton terriblement bas.
Ron et Neville tremblèrent d'appréhension et malgré tout, on pouvait entendre un chaudron dans le fond de la classe frémir tant personne n'osait prendre son souffle.
-" Bien évidemment, vous savez que je n'accorde que peu d'importance aux bruits de couloir alors... Veuillez sortir vos parchemins. Tout de suite." Commanda-t-il avec un semblant d'air satisfait.
La plupart s'exécuta tandis que certaines têtes ayant passé le week-end à l'infirmerie restèrent gelées.
-" Bien." Vibra-t-il.
Snape descendit de son piédestal avec une lenteur effroyable et commença à se frotter les mains.
Il passa dans les rangs, regardant furtivement les devoirs.
-" Monsieur Bates, vous vous êtes simplement contentés de recopier les consignes. Moins cinq points pour Poufsouffle. Miss Weasley, le devoir ne fait pas la longueur requise. Moins cinq points pour Gryffondor." Il marchait avec paresse, bien décidé à humilier tout le monde présent.
Hermione resta stoïque, n'ayant pas eu ce devoir, elle s'attendait peut-être à un traitement de faveur.
-" Monsieur Potter, quelle agréable surprise qu'il vous ait fallu huit années de dur labeur pour enfin pondre une copie au-dessus de la moyenne... Et l'exploit n'est pas bien compliqué à en juger par cette dite-moyenne... Monsieur Weasley, c'est étonnant de voir votre paillasse vierge de tout parchemin... Pas autant que de voir celle également vide de Miss Granger."
Un souffle collectif s'échappa de la bouche des élèves et alors Hermione inspira, baissant le regard.
-" Je n'ai pas eu ce devoir monsieur." Balbutia-t-elle.
-" Vous avez eu deux jours pour vous y préparer et ne me faîtes pas croire qu'un petit schéma sur les réactions avec les produits moldus n'est pas de votre niveau." Asséna-t-il.
-" Mais professeur..." Commença-t-elle à geindre et alors il serra son poing et se tourna vivement vers elle.
-" Encore un mot..." Avertit-il.
-" Vous m'emmerdez !" Finit-elle par hurler hors d'elle.
Le rouge monta aux joues d'Hermione et immédiatement, elle réalisa ce qu'elle avait fait.
Un étonnement collectif d'élèves incapables de retenir leur surprise résonna alors entre les pierres de la salle de classe et l'instant d'après, un calme étonnant fit vrombir les oreilles de la jeune femme.
Chacun avait les yeux rivés tour à tour sur la Gryffondor et le directeur des Serpentards. L'une avait revêtu un air profondément choqué de ce qui venait de s'échapper de ses cordes vocales, à croire qu'elle n'avait au grand jamais prononcé ces mots. L'autre masquait sa surprise derrière la face la plus carnassière qu'il n'ait jamais produit devant ses élèves.
Finalement, Snape sortit de ses gonds après analyse et grogna longuement se rabattant sur la jeune femme qui était déjà prête à se jeter ventre au sol.
-" Moins cinquante points pour Gryffondor. Votre allégation me fait une belle jambe et croyez bien que vous n'avez absolument rien vu en la matière et que je peux jouir de vous emmerder autant qu'il me plaira. Vos problèmes ne doivent pas entraver vos responsabilités. Trois semaines à Sainte Mangouste ne vous excusent pas Miss Granger. Vous allez rattraper tout ce temps perdu en venant tous les matins deux heures avant le début des cours. Suis-je clair ?" Rugit-il.
La sorcière se glaça une fois encore. Ses poings étaient si fermés qu'elle en avait les jointures blanchies. La colère pulsait à travers ses tempes, elle pouvait entendre le flot de son sang la submerger mais pas uniquement le sien. Celui de Snape bondissait furieusement dans ses veines, elle pouvait le sentir et voir ses muscles faciaux se tordre.
Oh bon sang, qu'avait-elle fait ? Qu'est-ce qui était en train de se passer ?
Ce regard qu'il lui portait n'était que haine et rancœur. Ce n'était pas qu'une simple histoire de devoir non rendu, les dégâts étaient plus étendus.
Dès le lendemain matin, à six heures moins dix, Hermione était levée. Il était hors de question qu'elle se prépare davantage, ses nuits étaient déjà assez courtes à cause du manque de sommeil et surtout de ses nouvelles conditions auxquelles elle avait grandement du mal à s'adapter.
Elle se réveilla avec grogne, la joue rouge d'avoir passé trop de temps dans la même position, la trace de la couette imprimée sur le front. Le réveil avait sonné et elle n'était clairement pas assez fraiche pour subir les idioties de Snape. Le soleil n'était même pas encore levé.
En à peine deux jours, McGonagall l'avait convaincue de passer les nuits dans la chambre. Une chambre qui ne lui appartenait pas. Elle en était encore bouleversée et intimidée de pouvoir dormir dans les draps de la chauve-souris des cachots, lui absent bien évidemment mais la directrice avait mis un point d'honneur, insistant sur le point que désormais, c'était SA chambre à ELLE.
Cela devait expliquer longuement les regards assassins de Snape à toute occasion.
Elle lui avait volé son cocon.
Hermione n'avait jamais souhaité cela, c'était bien la dernière chose sur Terre qu'elle aurait aimé, mais maintenant...
Alors péniblement elle s'était levé et récupéré sa baguette que personne ne lui avait réclamé la veille. Trop heureuse elle n'en avait informé personne, de peur de devoir rendre des comptes ultérieurement.
Elle fit attention à ne pas réveiller le chat qui dormait dans le coin inférieur gauche du lit et se tira délicatement de tous les monticules de couettes protégeant son corps avant de se jeter à corps perdu dans la cabine de douche.
Moins de dix minutes lui suffisaient pour être prête et Merlin merci, elle n'avait pas à traverser tout le château.
A six heures tapantes, elle frappa à la porte du laboratoire.
La porte s'ouvrit et Snape égal à lui-même la darda étrangement.
-" Pourquoi vous n'êtes pas passé par la porte de mes... De vos appartements ?" Demanda-t-il déjà exaspéré.
-" Parce que vous avez été clair sur le fait qu'elle n'était à utiliser qu'en cas d'urgence absolue." Répondit-elle un sourcil levé.
-" Vous avez conscience qu'il est inutile de passer par l'extérieur quand vous pouvez gagner du temps et ne pas sortir de chez vous ? On vous vend pourtant étant la sorcière la plus douée de votre génération." Pesta-t-il avec un demi-sourire sarcastique.
-" Avec vous c'est plus ou moins à double tranchant. Je suis persuadée que si j'avais fait exactement ce que vous énonciez, vous m'auriez rabrouée dans le sens inverse. Mais j'en prend bonne note, dès demain matin je passerais par la porte dérobée." Répondit-elle, tentant de garder son sang-froid.
Il ferma son regard, toujours soutenant le sien mais avec infiniment plus de mépris encore.
Se dégageant de l'encadrement de la porte, il désigna son bureau en un claquement de doigt.
-" Installez-vous et ne dérangez rien."
Hermione s'exécuta, soupirant et marcha d'un pas lourd vers la chaise qu'il avait désigné, juste en face de son pupitre. En fait, tout à fait collée à son pupitre.
La seule lumière ici se dégageait des rares bougies d'éclairage. Il n'y avait pas le moindre rayon de soleil se dégageant de l'unique vitrail. Les bocaux poussiéreux reflétaient de drôles de choses sur la pierre des murs et du sol. Une ambiance lugubre, presque malfaisante.
-" Vous ne m'avez pas remis votre baguette hier soir." Informa-t-il.
-" Je devais ?" Demanda-t-elle avec un air innocent.
-" Vous le savez très bien. Les consignes ont été claires depuis votre retour. C'est à vous de venir me la remettre après les cours. Je n'ai pas de temps à perdre à faire encore plus d'allées et venues dans cette école." Grogna-t-il.
-" Dois-je en conclure que vous avez été muté dans la partie supérieure du château ?" Dit-elle avec une pointe de sarcasme. Elle se masqua la bouche de cette réplique inutile et qui allait certainement lui coûter quelques ennuis de plus. C'était pourtant plus fort qu'elle. Son agressivité avait besoin de s'exprimer et ce n'était pas la première fois qu'il la faisait sortir de ses gonds.
Elle ne savait pas pourquoi ses états d'esprits négatifs s'acharnaient toujours sur lui. Elle devait sortir sa rancœur, la laisser virevolter en dehors de sa bouche. Peut-être était-ce justice après des années à avoir encaissé l'acidité de l'ancien mangemort.
Ces mots néanmoins sortaient aussi bruts qu'elle les pensait. Il n'y avait pas de filtre. A chaque fois que sa langue se déliait, échappant au contrôle de sa raisonnabilité, elle affichait un regard confus presque immédiatement en réalisant qu'elle s'emportait.
Paradoxalement, même avec le peu de morale résiduelle, elle se sentait libérée d'un fardeau. Une sensation d'apaisement glissant dans ses veines et déchargeant au passage un peu de précieuse dopamine dans son cerveau et dieu sait que cette hormone lui faisait défaut depuis un certain temps.
-" Cela ne vous regarde en rien, petite peste !" Asséna-t-il les dents dénudées. Touché.
Il vit le trouble intérieur dans le regard de la Gryffondor.
-" Excusez-moi professeur." Fit-elle le plus rapidement possible, réalisant qu'elle ne devait pas céder à ses instincts. Pourtant ses mots étaient blessants.
Il la darda durement de longues secondes, analysant sa sincérité puis se ravisa.
-" Dégagez votre nuque." Ordonna-t-il.
Elle leva un sourcil circonspect puis s'exécuta sur le champ, relevant ses cheveux dans un chignon négligé.
Snape fouilla un tiroir de son bureau et y trouva une seringue stérile qu'il garda dans sa main, juste le temps de fouiller ses étagères à la recherche d'une potion.
Hermione remarqua que les seuls bocaux qui l'intéressaient étaient étonnement propres, vierges de toute poussière ou autre altération naturelle. Il avait certainement demandé à Poppy de le fournir.
Il choisit une bouteille bleutée et se plaça derrière elle sans faire de cérémonie.
Elle l'entendit débouchonner le liège et aspirer le liquide par l'aiguille. Ensuite il posa sa main froide sur sa peau et elle ne put s'empêcher de réagir étrangement, se redressant au garde-à-vous.
-" Détendez-vous ou vous aurez mal." Averti-t-il.
-" Mais vous avez les mains gelées !" Se plaint-elle.
-" C'est toujours mieux que de massacrer l'école." Répondit-il froidement.
Elle ferma les yeux, prenant une longue inspiration afin de tenter de calmer ses nerfs et pourtant la seule chose qui aurait pu la mettre dans un état d'extase aurait été de lui asséner un coup de poing légendaire. S'imaginant le faire lui offrit un peu plus de sérénité.
Elle perçut l'aiguille s'enfoncer une fois encore dans son cartilage. Il n'avait pas eu besoin de beaucoup de visibilité, les injections répétées avaient créé une toute petite cavité dans sa nuque.
Une fois encore, elle ne sentit pas grand-chose, si ce n'est que le contact désagréable des mains froides et de l'aiguille. La douleur n'était plus qu'un souvenir de Sainte Mangouste mais elle devait avouer qu'elle avait un faible pour les moments ou Poppy l'avait traitée. Elle était bien plus chaleureuse.
-" Cela sera comme ça tous les matins avant vos cours. J'ai informé Madame Pomfresh que je serais le garant de votre traitement durant les prochaines semaines."
-" Combien de temps ?" Demanda-t-elle.
-" Il ne dépend que de vous et de comment vous allez rattraper votre retard, Miss Granger."
