Bon, voici un petit OS dont le résumé me trottait dans la tête depuis longtemps déjà. Je l'ai proposé à deux autres auteurs, par commande, chacun me proposant une version. Bien qu'intéressantes, je me suis toujours promis de donner la mienne à un moment ou un autre.
La voici donc. Bonne lecture !
Le plus au Monde
Un gémissement, une peau pâle, un murmure, la douceur d'une caresse, une respiration rauque, un baiser tendre… C'était les seuls souvenirs qu'il avait de sa nuit, de son rêve où se mêlaient deux corps et où la chaleur semblait être à son paroxysme.
Ce n'était pas le premier rêve érotique qu'il faisait, il était adolescent après tout, mais c'était la première fois que les détails restaient aussi peu nombreux. Généralement, il se réveillait presque en douceur au moment même où il se laissait aller et découvrait ses draps souillés, le visage de son ou sa partenaire affiché sur la rétine. Mais là… il avait juste sursauté, le cœur battant, le corps tendu et la respiration haletante et ce, juste au moment où il allait apercevoir son visage.
Bien que surpris par ce fait, il le laissa dériver vers son inconscient, aujourd'hui, il avait un match de Quidditch à gagner.
C'était un matin comme les autres, pour un jour ordinaire et c'était pourquoi Harry Potter se traînait, comme d'habitude, avec toute la mauvaise volonté du monde hors de son dortoir, direction la Grande Salle.
En vérité, cela ne faisait qu'une semaine que le Sauveur du Monde Sorcier se réveillait grincheux et le restait pratiquement tout le reste de la journée. Personne, mis à part ses colocataires de septième année, ne savait pourquoi. Et ses quatre camarades de chambrée n'avait pas une seule fois abordé le sujet, bien que l'information aurait fait un carton niveau potin : Harry Potter faisait de bruyants rêves érotiques, chaque nuit, pour se réveiller frustré et avec le besoin d'une douche.
Froide.
Mais puisque l'Élu n'avait jamais évoqué les petits secrets qu'il avait appris lors de ses nuits d'insomnie, les cinq garçons avaient fait un pacte : ce qui se passait au dortoir, restait au dortoir. Toute infraction à cette ligne de conduite résulterait d'un châtiment honteux, à savoir la révélation à l'ensemble de Poudlard de tous les secrets que les quatre autres avaient récoltés. Et en plus de six ans de vie commune, il y avait de quoi se taire à jamais.
Bien entendu, l'unique exception à cette règle, et seulement pour Harry et Ron, était Hermione. Si l'un avait un épineux problème, l'autre se chargeait de prévenir la jeune femme. Et puisque Harry avait visiblement un soucis, Ron parvint à prendre Hermione à partie et lui expliquer la situation. Bien lui en prit, car elle avait remarqué les regards insistants des jumeaux à l'égard de leur ami, la veille, jour de sortie à Pré-au-Lard. Si ce qui lui arrivait avait une origine autre que naturelle, elle devait être passée par les mains des propriétaires de Weasley, Farces pour sorciers facétieux.
Après une lettre de demande d'explication, sans en parler à Harry, la théorie se confirma, cela venait effectivement d'eux, bien qu'ils ne pensaient pas que cela allait faire perdre le sommeil du Survivant. Le soir même, Ron en parla à Harry qui convint d'un rendez-vous avec ces faiseurs de trouble, à la Cabane Hurlante, le samedi suivant.
La semaine d'attente fut longue pour Harry. Les rêves se poursuivaient, sa frustration augmentait et cette promesse de réponse était le seule chose qui le faisait encore tenir. Il en venait presque à aller supplier Mme Pomfresh de lui donner de la potion sans-rêve. En espérant que le produit des jumeaux n'y soit pas imperméable…
Il arriva le premier, particulièrement furieux et débordant d'une envie de savoir. Qu'était censé faire leur produit, par Merlin ?!
Les jumeaux arrivèrent rapidement, à son plus grand soulagement.
- Bien, maintenant que vous êtes là, vous allez tout me dire. C'est quoi votre produit ? Il était censé faire quoi, d'après vous ? Et pourquoi, par Merlin, c'est sur moi que vous l'avez testé ?!
- Tu étais le cobaye parfait, commença Fred.
- Pour le résultat que nous attendions, continua Georges.
- Tu étais le candidat idéal, insista son double.
- Mais il devait faire quoi ?!
- Te donner des rêves, soupira Georges.
- Mais pas n'importe quels rêves.
- Des songes remplis d'une personne spéciale.
- Celle qui t'aime le plus au monde, déclamèrent-ils en cœur.
Il fallut un petit instant pour que le cerveau de Harry assimile l'information. Si le produit des jumeaux, qui n'avaient jusque là que peu d'échec à leur actif, faisait exactement ce qui lui était demandé, il fantasmait actuellement sur le corps d'une personne qui le connaissait et qui l'aimait plus que tout.
- Évidement, on parle ici d'amour romantique, intervint Fred.
- Parce que tout le monde sait que question amour.
- Si tu es concerné.
- Ce serait tes parents, les premiers.
- Et ce, haut la main.
Harry leur fit un sourire tremblant. Il se doutait bien qu'avec les rêves qu'il faisait, ce n'était pas de sa mère ou de son père qu'il s'agissait. Cette simple pensée lui passa comme un glaçon le long du dos. Il ne manquerait plus qu'il fasse dans l'inceste !
- Alors votre truc a un petit problème, parce qu'il est impossible de savoir qui est concerné. Les rêves que je fais ne me restent jamais en mémoire. Les flash que j'en ai sont trop minces, la vue d'une peau, la sensation d'une main ou le son d'un gémissement. C'est tellement vague qu'à part sa couleur de peau et son genre, je n'ai aucune info.
- Ah ouais ?
- Dis-nous tout, testeur involontaire !
- Hmm. C'est un garçon très pâle.
Les jumeaux s'entre-regardèrent, surpris.
- Alors ce n'est pas Ginny ?
Les yeux du plus jeune s'écarquillèrent.
- Vous pensiez que c'était elle ?! Mais elle a lâché l'affaire il y a un bon bout de temps maintenant !
- Et alors ? Inconsciemment.
- Elle aurait très bien pu rester dingue de toi !
Harry se pinça l'arrête du nez. C'est pour ça qu'ils l'avaient choisi. S'il avait rêvé de leur sœur, non seulement, ils auraient su que leur produit fonctionne, mais en plus, que Ginny ne l'avait pas si abandonné que cela. Cela dit, ce dernier point n'était pas forcement à exclure, elle pouvait très bien être en deuxième position !
- Peut-être que… commença Georges.
- Oui, avec un peu plus… confirma Fred.
- C'est sans danger, alors…
- Mais de quoi vous parlez, tous les deux ?!
- Harry, susurra Fred d'une voix des plus charmeuses.
- Si tu reprenais, continua Georges, à peine plus sérieux.
- Juste un peu.
- De notre potion.
- Tes rêves pourraient être.
- Avec un peu de chance.
- Un peu plus précis.
- Te permettant.
- De connaître.
- Le visage.
- Et donc le nom.
- De celui qui ne voit que toi, terminèrent-ils.
A cet instant précis, Harry se retrouvait face à un dilemme cornélien. Les frapper pour n'avoir que suggérer qu'il reprenne de leur poison de nuit ou les supplier de lui filer une dose avec l'espoir que, l'identité trouvée, l'effet se dissiperait au profit de véritables instants. Il pesa le pour et le contre avant que sa curiosité ne parle pour lui.
- Aller, filez-moi de votre truc.
Deux sourires identiques lui répondirent avant que l'un d'eux disparaissent quelques secondes pour revenir avec une fiole.
- Cul sec.
- C'est sans goût pour l'instant.
- Et donc indétectable, glissa Fred avec un clin d'œil.
Harry leva les yeux au ciel mais obéit. Il ne savait pas du tout comment il était parvenu à ingérer leur machin, mais ils avaient raison, cela n'avait même pas le goût de l'eau. C'était presque comme s'il avalait de l'air liquide. Rien ne se passa, aucun rejet, au plus grand plaisir des farceurs.
- Ok, alors dès demain matin, je vous envoie une lettre pour vous dire s'il y a un changement. S'il n'y a rien, attendez deux jours avant de m'en renvoyer. Si au bout d'une semaine toujours rien, vous me filez un antidote. Je commence sérieusement à en avoir plein le bocal de ces rêves.
- Bien sûr, Harry-chéri.
- Il sera fait selon tes désirs, Ryry-chou.
Avec un éclat de rire synchronisé, ils transplanèrent. Harry soupira. Ils avaient intérêt à ce que cette dose, ou au moins la suivante, parvienne à l'aider ou il ne répondrait plus de rien. Il rejoignit donc ses amis pour leur annoncer le verdict à la fois décevant et enrichissant.
Le lendemain matin, Harry était à la fois soulagé et frustré. Bien sûr, la nouvelle dose avait amplifié ce qui existait déjà, mais malheureusement, il était incapable de reconnaître la personne. Il se souvenait de nouveaux détails, comme la longueur de ses doigts, leur différence de taille ou encore le velouté de la peau, mais aucune de ces précisions ne l'aidaient véritablement. Il se demanda alors si ce n'était pas son inconscient qui bloquait, ou au moins limitait, les effets de la potion.
A cause de Hermione et de ses idées étranges sur les rêves, qu'il avait découvert tout au long de la semaine, il avait fini par apprendre ce que les moldus appelaient science de l'esprit, ou psychanalyse. Et les découvertes qu'il en avait fait étaient à la fois perturbantes et particulièrement perverses. Par contre, une chose l'avait intrigué. Cette espèce de barrière entre la conscience et l'inconscience qui filtrait les désirs et les rêves pour permettre de limité la frustration…
Enfin, là n'était pas la question.
Peut-être que c'était quelqu'un de totalement inconcevable ? Quelqu'un qu'il n'aurait jamais penser être ne serait-ce qu'attiré par lui ? Ou alors même quelqu'un qu'il ne connaissait pas du tout ? Non, ça, ça ne justifierait aucunement la censure…
Très bien. S'il devait suivre les théories moldues, l'identité de la personne l'avait tellement perturbé que cette information n'aurait pas passé la barrière. Mais qui… ?
Il passa donc la journée à chercher et à se questionner sur l'identité de cet homme qui envahit ses nuits de ses sensuels soupires et de sa douce tendresse. Parce qu'il devait bien l'avouer. Malgré le manque de souvenirs, il savait que cette personne commençait à entrer lentement, mais sûrement, sous la couche protectrice de son cœur.
Bref, récapitulons. C'était un garçon. Soit. Sûrement de son âge, ou du moins il l'espérait fortement… non, non, non, il commençait déjà à être regardant, il fallait les faits. Un garçon, donc. A la peau pâle. Un peu plus grand que lui. Avec des doigts de pianiste. Et une peau très douce… ouais, bon, cette information-là ne lui servait actuellement à rien, sauf s'il comptait caresser tous les garçons pâles un peu plus grands que lui. Ce qui n'était évidement pas du tout son plan.
Maintenant, il devait éliminer les intrus. Il fit une liste de tous les garçons qu'il connaissait, adultes et moldu compris. Maintenant, rayer ceux qui avaient une couleur de peau qui ne correspondait pas. Puis, ceux qui étaient plus petits ou beaucoup plus grands que lui. Soit. A présent il lui restait une petite quinzaine de prétendants, dont douze se trouvant actuellement à Poudlard. Avec un peu de chance, il pourrait en retirer en regardant leurs mains ? Ou alors, il attendait demain, peut-être que de nouveaux indices viendraient ?
A la fois content d'avoir une piste et frustré de n'avoir pas véritablement trouvé la personne, Harry se rendit dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, se promettant tout de même de fixer les doigts des douze concernés.
Une fois à table, il se souvint qu'il devait prévenir les jumeaux. Il sortit un parchemin et leur écrivit que, si d'autres détails lui restaient au réveil, ils n'étaient pour l'instant pas suffisants pour découvrir l'identité de l'Inconnu. Il leur demandait donc d'envoyer la dose suivante le jour convenu. Sa journée ayant si bien commencée, Harry s'attendait presque à ce que le tonnerre le frappe, qu'un sort perdu l'atteigne ou pire, que le petit Lord Noir revienne à nouveau, telle la mauvaise herbe increvable qu'il était. Mais à sa plus grande surprise, rien d'étrange ne lui arriva. C'est donc soulagé et un peu tendu qu'il alla se coucher.
Le matin qui suivit, Harry eut envie de hurler de rage. Il avait été sur le point de voir, enfin, le visage de celui qu'il recherchait. Mais ce moment coïncidait étrangement avec l'instant qu'avait choisi Seamus pour claquer la porte de la salle de bain, tirant Harry, et Neville, du sommeil. La seule chose qui l'en empêcha c'est le souvenir des mots prononcés dans son rêve.
« Je t'aime, Harry. »
Le tout avec une voix calme et sensuelle… que Harry était incapable d'identifier, évidement. Un point positif à l'histoire, c'est qu'il savait que son futur amant avait un grain de beauté pile sur le creux de la hanche et qu'il pouvait retirer trois personnes de la liste, elles avaient des voix trop graves. Il ne restait donc que douze personnes dont neuf à Poudlard.
Oh ! Et que l'inconnu était sorcier, puisqu'il avait utilisé sa baguette… hum… oui, donc baguette qui était en bois clair. Couplé avec les doigts de pianiste, il ne restait plus que trois personnes. Justin Finch-Fletchley, Draco Malfoy et Michael Corner. En clair, trois personnes avec qui, il avait eu plus ou moins de problèmes dans le passé. Malgré leur amitié actuelle, Harry se souvenait des insultes lancées par Justin en deuxième et quatrième années. Michael était un peu son… rival en amour puisqu'il était sorti avec les mêmes filles que Harry. Et Mal- Draco, n'en parlons même pas.
Avec ces informations, les trois pouvaient très bien être l'Inconnu. Justin, influençable, aurait suivit la foule jusqu'en cinquième année où il se serait rendu compte de ses sentiments. Michael serait sorti avec les mêmes filles que Harry pour se rapprocher de son amour et avoir plus de points communs avec lui. Et M- Draco… eh bien, Draco devait penser que, puisqu'il avait rater sa chance d'être son ami en première année, autant être sa Némésis attitrée, il gardait une place importante dans la vie de Harry.
Avec un peu de chance, la nouvelle dose de potion les départagerait ?
Il passa donc sa journée à observer ses trois 'finalistes' avec une discrétion telle que seule Hermione s'en rendit compte.
- Harry ? l'appela-t-elle à la sortie du cours de sortilège. Je peux te parler une minute ?
- Bien sûr !
Ils s'isolèrent d'un sort et Hermione lui parla de ses observations.
- Ils sont les trois derniers sur ma liste. Les seuls qui correspondent.
- Et donc tu cherches encore ?
- Tu ne le ferais pas, toi ? Ne serait-ce que par curiosité ?
- Tu as raison… acquiesça-t-elle en riant. Ne pas savoir me prendrait la tête. Très bien, alors si je peux t'être utile en quoi que ce soit, dis-le moi, d'accord ?
- Évidement !
Il lui sourit joyeusement, mais au fond de lui, il savait qu'il ne lui demanderait rien. C'était à lui et à lui seul de s'occuper de cela. Malgré toute l'amitié qui les liait.
Ils finirent la journée calmement et Harry partit se coucher le cœur léger.
A son réveil, Harry sut que la dose serait nécessaire. Rien dans ces rêves n'avait pu aider dans sa quête. Cela avait juste fait grossir les sentiments qu'il ressentait pour son Inconnu. La douceur, la tendresse et les aveux de celui-ci le rendait tout chose. Normalement, ils étaient censés lui envoyer une dose aujourd'hui, donc… il se leva en vitesse. Plus vite arrivé dans la Grande Salle, plus tôt il aurait cette dose. Si ses amis s'étonnèrent de le voir aussi vif au réveil, personne ne dit rien, Harry était plutôt bizarre en ce moment.
Une fois face à son petit-déjeuner, il leva les yeux vers le plafond, attendant une chouette à son nom. Toujours rien. En soupirant, il jeta un regard autour de lui et croisa celui de Michael, qui se détourna bien vite. Tiens ? Peut-être n'aura-t-il pas besoin de cette dose… Mais, du coin de l'œil, il se rendit compte que Justin aussi regardait dans sa direction. Très bien, si en plus, ses derniers candidats lui montrait de l'intérêt, comment voulez-vous qu'il devine lequel l'aimait le plus, hein ?
Il soupira, las. Justin, Michael ou Draco… Oui, 'Draco', tant qu'il n'était pas sûr, autant s'habituer à son prénom. Il redeviendrait Malfoy quand, ou plutôt, s'il apprenait qu'il n'était pas l'Inconnu.
Un hululement lui fit ouvrir les yeux, qu'il n'avait d'ailleurs pas eu conscience de fermer. Une petite chouette tendait la patte vers lui. Entre ses serres, un petit colis avec sur le dessus, les deux 'W', symbole du magasin des jumeaux. Il retrouva tout de suite le sourire. A lui la connaissance !
Il détacha le paquet en gloussant doucement. Toute cette histoire allait finir en fou rire nerveux, il le sentait. Une fois la chouette partie, il entrouvrit le colis, c'était bien la nouvelle dose. Sans même faire attention aux regards curieux qui l'entourait, il sortit la fiole et la vida cul sec. Comme la fois d'avant, rien ne laissait signaler qu'il avait bu une potion. Il avait hâte d'être ce soir, pour une fois.
- Harry ?! Mais… que viens-tu d'avaler ?!
Il leva les yeux sur sa meilleure amie qui le regardait, choquée.
- Quelque chose que les jumeaux m'avait promis.
Il se gratta la tempe avant de passer une main dans ses cheveux. Hermione eut l'air de comprendre et n'insista pas plus. C'est ce qu'il appréciait chez elle. Autant quand elle n'était pas au courant de la situation, elle pouvait devenir intenable, autant quand elle était dans le secret, elle laissait couler. Tant que cela n'avait rien de dangereux. Sûrement pensait-elle que c'était l'antidote ? Elle ne pouvait être plus loin de la vérité.
Harry passa la journée à dévisager ses trois derniers prétendants, essayant de retenir le plus de détails possibles. Cela l'aiderait bien, non ?
Ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était de se rendre compte que tous trois ne cessaient de lui jeter des coups d'œil. Et cela le frustrait. Il avait cherché à déterminer les sentiments qui habitaient leurs regards… en vain. Justin détournait les yeux dès qu'il croisait son regard. Michael ne le fixait jamais, juste furtivement, par dessus un livre, généralement, rendant impossible toute analyse. Et Draco, s'il soutenait son regard, voilait celui-ci d'arrogance et de mépris, que Harry était bien en peine d'affirmer la véracité. En clair, la frustration et l'impatience étaient au rendez-vous.
La journée s'écoula donc à une vitesse extrêmement lente pour Harry. C'est avec un profond soulagement qu'il rejoignit enfin son lit. Épuisé, il s'endormit à peine la tête sur l'oreiller.
Il plongea à nouveau dans des draps doux, les yeux clos, la respiration haletante. Son amant faisait courir ses doigts le long de son torse avec une adoration presque palpable. Une bouche gourmande suivit le même chemin, créant des frissons de plaisir en lui. Son partenaire finit par atteindre ce qu'il voulait et l'engloutit d'un mouvement. Il gémit bruyamment à ce geste, glissant ses mains dans les cheveux lisses. Son corps se cambra sous l'assaut du désir et du plaisir que faisait naître son amant. Alors qu'il se sentait venir, il ouvrit les yeux et croisa le regard d'argent du blond. Ce seul contact visuel le fit partir et il se réveilla en sursaut, les yeux écarquillés de surprise.
- Oh par Merlin !
C'était Malfoy ! Le gars qui l'aimait le plus au monde était Draco Putain de Malfoy !
La Grande Salle était bondée, ce mercredi matin-là, comme tous les jours. Les Slytherins chuchotaient entre eux, les Ravenclaws avaient la tête plongée dans un livre, les Hufflepuffs se faisaient des câlins en souriant joyeusement et les Gryffindors piquaient du nez dans leur bol de lait à cause du manque de sommeil. La routine en soi. Sauf que pour la première fois depuis dix jours, Harry Potter ne tirait pas la tronche et semblait très pensif.
Ayant découvert trois heures plus tôt l'identité de son Inconnu, réveillant par là-même toute la tour, dont il n'avait par ailleurs pas fait grand cas des insultes, le Sauveur du Monde Sorcier tentait d'assimiler l'information. Parce qu'il fallait bien avouer que la situation était particulièrement étrange. Oui, il avait plus ou moins enregistré la possibilité que Draco Malfoy soit son Inconnu. Oui, il devait avouer que Draco était mignon. Oui, il était gay. Mais merde, c'était Draco Putain de Malfoy ! Pas le premier péquenaud venu ! Et voilà qu'il devenait vulgaire ! Oh par Merlin, ce que cette situation lui prenait la tête !
Bon, une chose à la fois. Il commença par écrire une lettre aux jumeaux. Ils ne lui avaient pas dit si les rêves prenaient fin quand on réalisait qui c'était et, même si ses nuits ont été belles, il aurait l'impression de profiter de la situation. Après tout, Draco n'avait pas la même chance que lui. Une fois sa lettre écrite, il jeta un coup d'œil au Slytherin. Son regard lui fut rendu, mais quelque chose clochait et Harry comprit vite quoi : les prunelles du blond débordaient d'amour. Impossible de le confondre avec une autre émotion.
Surpris par la force de ces sentiments, lui qui jurerait avoir vu du mépris la veille, il écarquilla les yeux, ce qui engendra la panique chez le vert et argent. Sans même faire attention à ses camarades, Draco se leva et s'enfuit, plus que marcha, vers la sortie de la Grande Salle. Resté assis sur son banc, Harry fixa sans la voir la porte que venait de passer son Inconnu plus si secret que ça. Quelque chose de très important venait de se passer, il le sentait, mais rien, il ne bougeait pas. Il était sûr d'avoir vu du mépris, certain même. Alors pourquoi, ce matin en particulier, il avait vu de l'amour et de la tendresse ? En dehors de sa découverte, rien n'avait changé. Draco avait-il placé un charme pour que quiconque n'étant pas au courant de ses sentiments ne puisse justement pas les voir ? Comme une espèce de sureté, puisque ne les voyant pas, personne ne pouvait les deviner, il s'assurait donc de choisir qui serait dans le secret ? C'était possible, ça ?
Il savait la magie presque surpuissante, mais il n'imaginait pas qu'elle était capable de ça... Il prit tout de même Hermione à part, sous couvert d'un écrit à rendre, et l'interrogea. Celle-ci, bien que surprise d'une telle question, surtout avec une telle précision, lui répondit qu'elle avait déjà trouvé des livres évoquant cette possibilité de montrer aux non-initiés, des émotions ou des sentiments à l'exact opposé de celle véritablement ressenties. Draco, venant d'une famille sang-pur faisant particulièrement attention au reflet qu'ils montraient à la société, aurait très bien pu prendre connaissance de ce genre de sorts.
Il se remémora alors le repas et grimaça, priant que sa réaction de surprise ne soit pas passée comme un rejet auprès du Slytherin. Parce qu'il devait bien se l'avouer, le regard tendre qu'il avait reçu, en plus de le surprendre, l'avait profondément ému.
N'ayant aucun cours avec son Inconnu de la journée, Harry dû prendre son mal en patience. Dès qu'il entendait le nom du blond, il tendait l'oreille et c'est ainsi, au détour d'un couloir, peu de temps avant l'heure du dîner, qu'il entendit un duo de Slytherin s'étonner de ne pas avoir vu leur Prince depuis le repas du matin. Une panique surement semblable à celle de son Inconnu envahit le cœur du jeune sorcier qui se glissa dans un recoin discret pour sortir la carte et la cape de son père. Une fois l'une, active, dans les mains et l'autre sur le dos, il rechercha avidement le garçon de ses rêves.
Après quelques minutes de recherche, Harry finit par mettre la baguette sur le nom de son ancien Némésis. Lorsqu'il reconnut les lieux, il se traita d'idiot. Bien sûr que le blond allait partir se réfugier dans la tour d'astronomie. Après ce qu'il s'était passé avec Dumbledore, presque personne n'y avait remis les pieds et puisqu'il y avait été personnellement impliqué, nul n'aurait eu l'idée même de l'y chercher. C'est donc d'un pas volontaire que le jeune Gryffindor partit à la conquête de son prince qui l'attendait en haut d'une tour.
Atteindre le pied de ladite tour fut un jeu d'enfant. Trouver le courage d'y monter avant le rappel de la cape d'invisibilité engendra plus de complications. Mais une fois sur le même palier et avec la vue nette des cheveux clairs de l'Inconnu démasqué, Harry s'immobilisa d'un coup, la peur au ventre. Que dire ? Que dire à un garçon qu'il considérait, à peine quelques jours plus tôt, comme la pire épine dans le pied de sa vie ? Que dire à celui qui, parmi tous ces fans qui le prenait pour la réincarnation de Merlin, se démarquait par un amour pur et sincère ? Que dire à quelqu'un que, finalement, il ne connaissait pas si bien que ça ? Et avec cela, des doutes. Sur sa propre vie. Sur ses propres désirs. Sur sa propre volonté de vivre pour lui et uniquement pour lui, à présent. S'il parvenait à réparer ce qui avait été fait au matin, y aurait-il un 'nous' entre eux ? Mais dans ce cas, comment vivre pour lui, si quelqu'un partage sa vie ? N'est-il pas censé penser à une vie à et pour eux deux ?
Ses pensées se brisèrent comme les vagues sur les rochers quand il entendit un reniflement caractéristique d'une crise de larmes venir de la silhouette devant lui. Fini les doutes et les questions. Il ne pouvait et ne voulait pas le laissé dans cet état. Il avança d'un nouveau pas.
Bien qu'invisible, il n'en restait pas pour autant inaudible. Le claquement étouffé de sa semelle sur les pavés firent se retourner Draco dans un mouvement sec. Le visage ravagé par les larmes, il tentait de garder la face, comme son éducation l'y avait préparé. Son regard argent, droit et inquisiteur, fouillait les alentours à la recherche de l'intrus qui venait le déranger dans son apitoiement. Ne pouvait-il pas rester seul avant l'avalanche de haine qu'il allait recevoir ? Parce qu'il y avait bien quelque chose dont Draco était sûr, c'est que celui qu'il aimait si passionnément l'exécrait avec autant d'ardeur. Aucun déni n'était possible, pas avec Harry Potter qui vivait tout de façon tellement intense. Mais telle ne fut pas sa surprise quand, après un miroitement dans l'air, apparu celui qui hantait ses jours et ses nuits.
Harry avait bien vu que Draco allait finir par s'effondrer s'il ne réagissait pas, alors il s'avança à nouveau. Doucement, comme pour apaiser sa peur. Les yeux émeraudes plongés dans les iris si claires du blond sans aucune animosité. Le regard de bête traquée que lui lança alors celui-ci eu raison de son avancée.
- Pourquoi es-tu venu, Potter ?
A la plus grande surpris de l'un, comme de l'autre, c'était le moins courageux qui avait pris la parole.
- Pour rétablir un quiproquo. Je ne sais pas vraiment ce que tu as pensé de ma réaction, ce matin, mais...
- Stop, le coupa presque froidement le Slytherin, reprenant contenance. Qu'importe comment tu l'as découvert, s'il te reste la moindre once de pitié à mon égard, oublie ça et ignore-le.
- De pitié ? s'insurgea presque le brun. Pourquoi aurais-je pitié de toi ?
Le sillon dans le cœur du blond se creusa encore plus, se méprenant sur la bouffée de colère que ses mots avaient suscitée. Ses épaules, jusqu'alors faiblement droites, se courbèrent de défaite. Avant de se tendre brusquement à la suite de la tirade Gryffindorienne.
- Arrête donc de te dévaloriser comme ça ! Tu n'as rien fait qui justifierait qu'on ait pitié de toi ! La pitié, c'est pour les coupables et les moins-que-rien, ce que tu n'es pas. Pourquoi aurais-je plaidé pour toi, sinon ?
Stupéfait par la réaction virulente du brun, Draco ne fut capable que de fixer le regard de l'autre, immobile.
- Mal... Draco, continua Harry, plus calme, je sais que ma réaction de ce matin, ou plutôt, ma non-réaction, t'a fait beaucoup de mal. Ce n'est pas ce que je voulais... J'ai découvert tes sentiments de façon... inhabituelle très tôt ce matin. J'essayais encore de m'y faire quand j'ai croisé ton regard et... je ne pensais pas voir tout ce que tu ressentais pour moi à ce moment-là. Je ne savais même pas qu'il était possible de cacher ses émotions de cette façon ! En vérité, je cherchais un moyen de te parler, seul à seul.
- Tu veux dire que... que tu voulais qu'on en parle ? De ce que... je ressens pour toi ?
- Oui.
Si les yeux de Draco s'écarquillaient un peu plus, ils sortiraient de leurs orbites. Le blond n'en croyait pas ses oreilles. Le garçon qu'il aimait en secret depuis si longtemps voulait parler sentiments amoureux avec lui. Ses sentiments. Pour lui. Était-il encore endormi ? Il ne faisait pourtant jamais de rêve sur la déclaration d'habitude...
- Mais, mais pourquoi ? Et puis, comment l'as-tu découvert ? Que s'est-il passé ce matin pour...
- Ça, c'est une longue histoire... Mais ce serait beaucoup trop difficile à comprendre sans la connaître... Alors écoute-moi jusqu'au bout.
Harry raconta donc tout à Draco. De la première dose, de sa première semaine frustrante et incompréhensible, de la révélation des jumeaux, de sa recherche longue et fastidieuse, du trio finaliste et finalement, de la révélation, au matin-même. Il lui détailla tout. Ses réactions, les détails de son Inconnu, ce qu'il avait dû faire pour le démasquer... les sentiments qui étaient nés en lui... Même les différentes scènes érotiques furent abordées !
Draco fut attentif. Pas seulement parce que c'était Harry. Harry qui lui parlait calmement. Harry qui lui racontait son quotidien, ses émotions. Mais surtout parce que c'était Harry qui lui avouait ses sentiments, leur évolution et... cela lui réchauffait le cœur à tel point qu'il ne sentait même plus le vent frais qui traversait la tour. Des larmes, de joie cette fois, avaient dépassé la barrière de ses yeux et quand Harry s'en rendit compte, il s'interrompit brusquement et se précipita vers lui.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ? Je suis désolé, je...
Draco se reprit. Il était peut-être en présence du garçon de ses rêves, de l'homme de sa vie, mais il ne fallait pas pour autant se donner en spectacle. Il passa rapidement ses doigts sous ses yeux et se redressa pour paraître plus sûr qu'il ne l'était vraiment.
- Je vais bien.
La réaction de Harry face à cela fissura brièvement son masque. Le brun semblait dépité et perdu. Pour lui, il se permit un léger sourire tendre avant d'ajouter :
- C'était des larmes de joie...
Le rayonnement de bonheur qui se peignit sur le visage du Gryffindor valait toutes les incartades de son éducation. Et dire qu'il y avait encore une heure, il était persuadé qu'il allait se faire assassiner pour avoir oser ressentir de l'amour pour le Sauveur... Il revint à lui quand il aperçu les joues du brun se teinter légèrement de rouge. Il était vraiment beau.
- Arrête de me regarder comme ça, ou je te saute dessus !
La surprise qu'il ressentit à ces mots se changea rapidement en désir. Après les rêves érotiques racontés par un Harry gêné, il n'avait qu'une envie, l'embrasser. C'est pourquoi il réagit très vite quand un brun enthousiaste brisa brusquement la distance qui les séparait pour presser ses lèvres sur les siennes. En un instant, ils étaient dans les bras l'un de l'autre, et échangeait un baiser qu'ils n'oublieraient jamais.
Leurs années d'écoles étaient bien lointaines, aujourd'hui, mais Draco savait qu'il garderait précieusement les souvenirs de ce jour-là et de tous ceux à venir. Non seulement il les avait conservés dans une armoire avec leur pensine, mais aussi parce qu'ils avaient pris l'habitude, à chaque anniversaire, de se refaire le film de leurs meilleurs moments de vie, au point d'en faire une tradition familiale.
Ce jour-ci ne dérogeait pas à la règle. Et même si Harry n'était pas là avec lui, il plongea la tête dans la vasque et se laissa porter. Il savait très bien que son époux, où qu'il soit en ce jour si particulier, faisait exactement la même chose. Maudit soit ce fichu Président du MACUSA qui avait eu besoin du grand Harry Potter-Malfoy pour il ne savait plus quel problème urgent.
Soudain, il sentit une main se glisser sur sa taille et un visage mangé par un menton mal rasé se frotter à son cou sensible.
- Tu n'as pas pu m'attendre, Amour ?
- Je te croyais encore à New-York, lui répondit-il en posant sa tête contre celle de son mari.
- Le Président Corner ne saurait me garder si loin de toi pour un jour aussi important que notre anniversaire de mariage.
- Avoue plutôt que tu t'es permis de faire un portoloin international illégal pour venir me retrouver.
- Ah, mon Amour, tu me connais si bien...
Le rire léger et insouciant qui sortit d'entre les lèvres du blond était une douce musique pour les oreilles de Harry. Il ne pouvait l'entendre que quand son époux était certain qu'ils étaient seuls. Même après des années de mariage, le sang pur restait maître de lui face aux autres. Il n'était lui-même que devant sa famille. Soit, seulement devant Harry et le petit garçon, aujourd'hui âgé de 26 ans, qu'ils avaient adopté. Ipheion. Un nom mélangeant les traditions des Black et celles des Evans, en hommage à leurs mères, si protectrices. Les Ipheion étant des fleurs en formes d'étoiles.
Le brun, les yeux fermés, ne vit pas son mari se tourner vers lui et poser un baiser aérien sur sa joue, seule partie du visage qu'il pouvait attendre dans leur position. En récompense pour la douceur du contact, il sentit le resserrement des bras autour de lui. Son mari, l'homme de sa vie, était là, avec lui. Et rien au monde ne le rendrait plus heureux qu'à l'instant présent, face à un jeune lui de 18 ans échangeant son premier baiser avec ce même homme, presque 32 ans plus tôt.
FIN
Voilà, j'espère que ça vous a plu.
Pour info, voici le résumé que j'avais proposé :
A la suite d'une plaisanterie des Jumeaux, Harry se retrouve avec des fantasmes et des rêves érotiques qui le laisse pantelant au réveil, sans jamais voir le visage de son partenaire. Quand il demande des comptes aux Jumeaux, ils lui disent que cette personne est celle ou celui qui l'aime le plus au monde. Harry rassemble les points qu'il connaît de son fantasme et part à la recherche de celui-ci.
Avec une contrainte, l'Inconnu devrait forcement être Draco.
Les deux autres textes sont :
- Le défi n°2 de la page Facebook Drarry Shippers - "Il devenait de plus en plus obsédé par Malefoy" (le plus simple c'est de rajouter obsedeparMalefoy *slash* posts *slash* 594341637379530 après l'adresse de Facebook).
- 'Dream a Little Dream of Me' sur le compte fanfiction Comptoirdesauteurs.
Si vous en avez le courage, allez donc les lire !
