Chapitre 10 : Désarmé
Le soir venu, la sorcière n'eût pas à cœur d'aller dîner avec le reste de ses camarades.
Cet état de fait devenait de plus en plus fréquent.
La faim la quittait peu à peu, se contentant d'un repas et demi par jour, ce fut largement suffisant.
C'était autre chose qui progressivement lui ouvrait l'appétit. L'odeur de certains corps autour d'elle devenait plus intéressante à mesure que les jours filaient et il n'allait pas sans dire que cette constatation la dégoûtait au plus haut point. Le pire était encore durant les classes, où foule de différentes fragrances venaient se mêler pour former un brouhaha olfactif. Paradoxalement, son seul moment de répit était en potions, ou au moins Snape avait toujours la gentille habitude de faire bouillir quelque chose d'assez infâme pour masquer les odeurs trop alléchantes.
Alors dans ces moments-là, elle prenait le temps de passer directement aux cuisines et demander quelque chose de rapide et facile à préparer aux elfes de maison. En général, et cela par contre lui mettait du baume au cœur, elle avait le droit à cette merveilleuse soupe aux légumes moulinés et deux tranches de roasted beef saignantes.
Hermione se trouvait donc à apprécier la chaleur de son velouté lorsque une fois de plus Snape débarqua à l'improviste depuis son bureau.
Il ne dit rien et se contenta d'aller directement à sa bibliothèque sans même prendre la peine de se signaler à la jeune femme.
Hermione inspira longuement pour calmer ses nerfs. Non seulement elle devait le supporter en colle le matin, la journée, quand il débarquait sans rien dire et le pire de tout, il la mettait à contribution pour des affaires qui ne devaient pas être aussi personnelles.
-" Vous savez que vous ne pouvez pas entrer ici comme ça vous chante." Conta-t-elle.
Sans même se retourner, elle sentit le regard impénétrable la foudroyer et elle crût même entendre un râle d'agacement profond sortir des tréfonds de la gorge du potioniste.
-" Vous ne manquez pas de culot." Pesta-t-il sachant pertinemment qu'elle était dans son bon droit. Il fouilla rageusement les étagères à la recherche manifeste de quelque chose de précis.
Lorsqu'il l'eut trouvé, il saisit avec vélocité la tranche d'un épais grimoire recouvert de poussière.
Il l'étala sur le secrétaire, le bois craqua sous le poids de l'ouvrage.
Snape se mit alors à tourner les pages à la fois avec soin et vitesse, ses yeux parcourant le papier en diagonale.
Il resta comme ça de longues secondes puis referma le livre, le remit en place et en prit un autre et ainsi de suite.
Au bout de cinq minutes de silence, Hermione se râcla la gorge, chassant les dernières gouttes de potage de sa gorge, mais aucune attention ne lui fut rendue.
-" Vous pourriez faire ça ailleurs ?" Demanda-t-elle pour le provoquer.
Là il se tourna et elle ne put éviter son regard encore une fois lourd de mots qu'il ne pouvait se permettre de dire.
Lorsqu'il ouvrit la bouche tant la tentation était trop grande de faire fermer son clapet à la Miss-Je-Sais-Tout en chef, il fut contraint de se taire tant elle le prit de court :
-" Asseyez-vous au moins, je ne sais pas... Vous voulez un thé ?" Demanda-t-elle sur une note plus douce.
Il haussa un sourcil, sa colère balayée par la surprise du changement de ton de la jeune femme et alors il considéra l'offre.
-" Je crois qu'il y a un fond de thé à la bergamote dans le troisième placard près de la porte." Se surprit-il à répondre pour rester cordial.
-" Bien."
Hermione se leva du fauteuil juste pour sortir deux tasses et le bocal en verre dans lequel était effectivement stocké ce malheureux fond. Elle se contenta simplement de faire jaillir l'eau bouillante du bout de sa baguette et de laisser infuser dans le fond de la seule théière en fonte encore propre.
Lorsqu'à tatillons elle s'approcha de l'homme en noir, elle en profita pour glisser un regard indiscret sur les pages qu'il dévorait.
Les lignes étaient serrées, tout était écrit si petit qu'il était obligé de se pencher pour lire correctement.
-" Vous devriez vous asseoir, ou à défaut, mettre vos verres correctifs." Lui dit-elle doucement.
Il s'empêcha de sursauter, il ne l'avait pas entendue.
-" Vous ne devriez pas arriver sournoisement derrière moi, j'aurais pu vous lancer un maléfice, par réflexe." Murmura-t-il en se tournant.
Il la fixa étrangement, entre stupéfaction et quelque chose de plus insidieux mais ce n'était pas son anxiété habituelle.
Hermione perçut une conversion dans les attitudes de Snape. A vrai dire, cela faisait déjà plusieurs jours qu'il avait changé de comportement à son égard. A partir du moment où elle s'était plus ou moins engagé dans son plan nébuleux, le respect mutuel était monté un cran au-dessus. Il ne s'énervait plus ou du moins pas à sa présence seule.
Elle se surprit ensuite à le détailler. Ses cernes se creusaient davantage chaque jour.
-" Venez." Lui proposa-t-elle en désignant le sofa.
Il cligna un bref instant des paupières mais sans un mot, il se contenta de prendre le livre délicatement sous son bras et de migrer de place.
Hermione posa les deux tasses fumantes sur la table basse et se cala dans l'angle du fauteuil, repliant contre elle la couette dans laquelle elle était précédemment emmitouflée. Elle reprit sa baguette et d'un mouvement gracile de la main, elle fit tournoyer la chose en direction de la cheminée pour rendre un semblant de vigueur au feu.
Naturellement, Snape prit place à l'autre bout, ramenant le bouquin sur ses jambes repliées et non sans un soupir, il s'autorisa à fouiller ses poches pour y trouver ses verres qu'il semblait tant abhorrer.
Hermione jeta un œil vif, ne voulant tout de même rien rater de ce spectacle et en profita pour lire la première de couverture du livre qu'il tenait.
Immortels.
Il n'y avait pas de nom gravé sur le cuir, pas d'auteur à qui faire les louanges de cet ouvrage, néanmoins il devait bel et bien apparaître à l'intérieur et la curiosité de la sorcière lui fit se mordre les lèvres d'envie.
Snape sentit l'attention portée vers lui. Il détourna légèrement la tête et constata la concupiscence dans le regard de la Gryffondor. Il resta figé un instant avant de se rendre à l'évidence. Ce n'était pas lui qu'elle fixait de la sorte mais bel et bien ce qu'il détenait entre ses mains.
Il soupira, entre aise et exaspération.
-" Vous n'allez plus à la bibliothèque ?" Demanda-t-il.
-" Je n'ai pas vraiment le temps." Soupira-t-elle.
-" Ce n'est pas ce qu'en disent les après-midi que vous passez dehors, vous avez grandement le temps de rester au chaud. Pourquoi vous évertuez-vous à rester des heures durant dans le froid ?" Fit-il en replongeant son nez dans les pages jaunies.
-" Je préfère avoir froid et engranger un maximum de temps à l'extérieur tant que c'est encore possible." Avoua-t-elle avec un trémolo dans la voix. Elle se pencha pour récupérer sa tasse et en but une lampée. Le potioniste l'imita.
-" Et passer du temps avec Malfoy plutôt que vos amis fait aussi parti de votre souhait ?" Dit-il avec sournoiserie.
Hermione laissa échapper un hoquet de stupeur.
-" Vous... Vous..." Balbutia-t-elle.
-" Oui oui. C'est fou comme les choses changent à Poudlard lorsqu'on prête bien attention. Parfois lorsqu'on se promène sans but précis dans les enceintes du château, on peut voir des choses impensables." Laissa-t-il planer.
Le rouge monta aux joues d'Hermione. Un rouge et une gêne qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps. Elle sentait la couleur revenir à son visage à fort coup d'une émotion puissante.
Et il le vit.
Elle avait senti qu'il l'avait bien vu.
-" Avant que vous ne poussiez votre réflexion plus loin, je tiens à vous demander de ne pas vous méprendre, il n'y a rien entre votre protégé et moi." Raconta-t-elle à toute vitesse.
C'était la vérité, il n'y avait rien d'autre qu'un rapprochement aussi soudain qu'étrange. Lorsqu'elle se rendit compte du ton suraigu qu'elle avait utilisé combiné à sa gêne, il était déjà trop tard.
-" Ce ne sont pas mes affaires." Calma le sombre professeur. " Et Malfoy n'est pas mon protégé." Ajouta-t-il fermement. Il reporta son regard sur son livre et Hermione vers la cheminée.
Il n'y avait rien à ajouter et pourtant, Merlin savait qu'elle en avait trop ou pas assez dit. Après tout pourquoi se confier à lui ? Peut-être était-il le seul qui passait autant de temps avec elle et il était presque devenu naturel entre eux de parler de banalités. Seulement, elle ne voulait pas aller sur ce terrain et elle savait pertinemment qu'il n'était pas la personne à qui conter ses déboires amicaux et sentimentaux.
Ce ne fut qu'au bout d'un temps infini de silence inconfortable que Snape referma l'ouvrage avec résignation et le posa sur le coin de la table basse.
-" Comment avez-vous fait ?" Demanda-t-il presque en une prière.
La sorcière papillonna du regard, ne sachant pas de quoi il en retournait.
-" Quoi donc ?"
-" Comment avez-vous fait pour lui pardonner ?" Redemanda-t-il les yeux perdu dans le flammes.
-" Pardonner qui et de quoi ?" Redemanda-t-elle.
-" Pardonner Malfoy des mots qu'il utilisé à tort et à travers à votre égard." Finit-il par dire.
-" Vous voulez dire... Sang-de..."
-" Ne le dîtes pas !" Grogna-t-il furibond.
C'était bien trop horrible pour lui.
Quelle que soit la situation, il y avait toujours ces choses qui l'horripilaient et ce mot précis restait en haut de cette liste fictive des choses qui agaçaient l'intimidant professeur Snape.
-" Vous savez, ce mot n'a plus un impact aussi fort qu'avant la guerre. Je ne pense pas avoir assez de doigts ni d'orteils pour compter le nombre de fois où je l'ai entendu durant cette période... Le fait de l'avoir gravé dans la chair aussi a considérablement réduit son aura." Dit-elle sombrement.
-" Gravé ?" Demanda-t-il avec un sourcil levé.
Hermione pencha sa tête sur le côté comme s'il lui faisait une mauvaise blague.
D'un geste las, elle souleva la manche gauche de son pull et lui révéla au grand jour la cicatrice que Bellatrix lui avait laissé en souvenir.
Le potioniste fixa le mot violacé ancré dans la peau de la Gryffondor, comme s'il n'y croyait pas ou encore avec une face figée qui refusait de laisser la moindre émotion franchir ses traits. Néanmoins, Hermione n'avait pas besoin de le déchiffrer, elle avait senti son pouls s'accélérer malgré sa stoïcité.
Elle replia sa manche aussitôt et se contenta de lui rendre un regard neutre.
-" Elle a considérablement blanchit depuis la morsure. La morsure en revanche, elle, toujours rouge." Avoua-t-elle.
-" Où est cette morsure ?" Demanda-t-il.
-" Au mollet droit. Au début je pensais à des piqures d'insecte, ce qui était plausible vu que nous avons passé beaucoup de temps en forêt mais... Ce n'est que bien après, quand les premiers symptômes sont arrivés que j'ai compris." Conta-t-elle, perdue dans le vague.
Il n'y répondit rien mais Hermione ne laissa pas l'embarras s'installer.
-" En ce qui concerne Draco, vous devriez savoir qu'il a présenté ses excuses, qu'il se montre amical et avenant... Il a compris la leçon... J'ai effectivement passé beaucoup de temps avec lui ces dernières semaines et... Tout le monde a le droit à une seconde chance." Fit-elle non sans un léger malaise.
-" En effet." Murmura Snape comme si ces mots lui râclaient le fond de la gorge. Il déglutit si fort qu'il sentit sa pomme d'Adam comme aspirée dans son larynx.
-" Les gens ne sont pas tous les même. Draco n'a juste pas grandi dans le meilleur environnement qui soit. Il a fait tous les mauvais choix par simple obligation. Il n'est pas foncièrement mauvais... A vrai dire, il est très similaire à quelqu'un... Il est... Un peu comme vous." Osa-t-elle.
Snape pivota sa tête entrant directement dans le regard ambré de la jeune femme. Il fronça les sourcils.
-" Assez d'âneries pour ce soir Miss Granger."
-" Je le pense vraiment. N'oubliez pas que je sais un tas de choses sur vous que vous préfèreriez que les gens ignorent. Pourquoi vouloir cacher le meilleur de ce qui peut découler de votre personnalité ?" Demanda-t-elle sans curiosité, comme si elle connaissait déjà la réponse.
-" Vous allez trop loin." Dit-il d'un ton blasé.
-" La guerre est terminée Severus et vous n'avez pas besoin de vous montrer comme ça avec moi. J'ai à présent assez d'armes et de savoir pour comprendre ce que vous renfermez. Je ne cherche pas à vous forcer la main, croyez-moi. Je sais pourquoi vous avez posé cette question. Admettez qu'elle vous a brûlé les lèvres depuis que vous m'avez vu avec lui. Vous ne comprenez pas pourquoi je lui pardonne et pourquoi de votre côté Lily Potter n'a jamais réussi à surmonter ça malgré votre sincérité."
-" Cela suffit Granger ! N'imaginez pas un seul instant que vous avez le droit de jouer aux psychanalystes sur ma personne. Ce n'est pas parce que votre ami Potter vous a montré ces choses pourtant privées et intimes que vous pouvez vous permettre une telle familiarité. Vous dépassez les limites qu'un élève ne doit pas s'octroyer de dépasser avec son professeur !" Cingla-t-il hors de lui.
Touché.
-" Et les limites d'humain à humain ? D'adulte à un autre adulte ?" Répliqua-t-elle vivement.
Il laissa sortir un rire sinistre du fond de ses poumons.
-" Vous vous méprenez sur la relation que nous entretenons."
-" Alors cessez de venir ici sans même vous annoncer à toute heure de la journée et de la nuit. Cessez de me demander de vous aider à tirer certaines histoires au clair lorsque vous n'avez pas l'appui de la directrice, cessez également de faire mes injections et de travailler à mon secours. Vous venez directement me coller cet ouvrage sous le nez alors que vous auriez pu vous isoler ailleurs pour y travailler. Vous voulez vous assurer que je voie bien ce genre de chose parce que vous culpabilisez de m'avoir en premiers lieux traité de la pire des façons. Vous n'auriez pas eu tant d'égard autrefois."
-" Fermez-la !" Eructa-t-il à bout, incapable de trouver quoi d'autre à expliquer.
Il ne pouvait simplement pas.
Sa maudite condition lui donnait une clairvoyance relativement déstabilisante.
Elle pouvait lire sur les corps, les écouter, interpréter des regards.
Elle devenait dangereuse pour ses attitudes qu'il aimait indéchiffrables.
-" J'imagine que votre soudain manque d'éloquence me prouve que j'ai raison ?" Questionna-t-elle faussement en penchant sa tête sur le côté.
Le sang de Snape ne fit qu'un tour. Il bouillonnait de rage malgré sa fatigue.
-" Vous êtes tellement irritante." Se contenta-t-il de soupirer en tenant son arrête nasale.
-" Je n'aime pas les faux semblants. Je pensais vous avoir déjà demandé de ne pas jouer aux caïds insensible lorsque nous sommes seuls."
-" Vous n'avez pas le droit de me demander une telle chose... Les limites." Rappela-t-il.
-" Vous savez, les limites ne m'importent guère. Je vais garder cette apparence durant le reste de ma vie alors il est temps que j'apprenne à me faire respecter et considérée comme une adulte." Dit-elle avec une voix plus aigüe.
-" Si vous avez besoin de vous justifier à ce propos alors la route va être longue je le crains. Vous voulez vous imposer en tant que tel, grand bien vous fasse mais quelqu'un ayant la bonne assurance n'a pas besoin de le dévoiler, si vous aviez une autorité naturelle vous n'hausseriez pas même le ton de votre voix." Se moqua-t-il.
Hermione resta abasourdie un instant, clignant des yeux successivement. Une simple petite pique non préparée et avec l'effet escompté avait réussi à calmer Snape et même lui procurer un peu de satisfaction lisible au coin de ses lèvres.
Un excès de rage envahit alors la sorcière à deux doigts de trembler de colère.
-" Ne jouez pas aux grandes, vous n'êtes pas prête pour ça." Continua le potioniste sur la même lancée avec une telle perfidie dans la voix que rapidement Hermione ne répondit plus de rien. Elle n'avait pas besoin de savoir qu'il n'en pensait un traitre mot si ?
Elle se jeta sur lui sans autre forme de procès mais ce coup-ci, il avait longuement préparé sa provocation si bien que la colère de la Gryffondor avait été calculée.
Lorsqu'il se retrouva une fois encore avec elle juste au-dessus de lui, cette fois il ne se laissa pas se tétaniser comme la dernière fois. Il laissa sa bouche se tordre en un sourire narquois afin d'exciter davantage la bête et attendit le moment où elle n'allait plus se maîtriser.
Lorsqu'elle était en un tel état de fureur, elle n'avait pas son flair habituel. Sa colère mangeait toute son énergie et alors il lui était impossible de recenser les plans qu'il avait en tête, à son plus grand bonheur.
Elle écrasa ses doigts contre sa gorge et le serra, enfonçant ses ongles dans son col, cependant, elle ne comprenait pas pourquoi il continuait de sourire comme un abruti.
Trop tard.
C'est à ce moment précis, lorsqu'elle sentit enfin le piège se refermer sur elle que sans délicatesse, aucune, il la retourna, lui faisant cogner la tête lourdement sur le rebord du fauteuil.
Hermione avait emmagasiné tellement d'adrénaline qu'elle ne sentit même pas le choc résonner dans son crâne. Il avait simplement repris le dessus grâce à son égarement passager et il ne bougea plus, se contentant juste de l'écraser de tout son poids.
Elle se reprit, tentant de canaliser sa furieuse envie de le décapiter, reprenant peu à peu conscience de son corps.
Pour la première fois depuis des semaines elle avait chaud, et aussi pénible pour elle fut-il de l'admettre, la présence d'un corps animé près d'elle y était pour beaucoup. Elle se sentait simplement un peu plus en vie, comme autrefois.
Snape se releva légèrement, la contemplant du dessus, échevelée, rougie ou du moins un peu plus revigorée et ses yeux qui lui montraient mille et une façon de comment elle pourrait le tuer et y prendre du plaisir.
Il plaqua ses mains fermement sur ses épaules pour la maintenir et la calmer.
-" Vous devenez prévisible, c'est un excellent exercice pour moi, pour vous en revanche, c'est une mauvaise nouvelle." S'amusa-t-il à lui murmurer près de l'oreille, exactement comme il l'avait subi la dernière fois.
Elle forma un rictus mauvais et replia sa jambe à toute vitesse, remontant son genou à l'extrême limite des parties intimes de son professeur.
Il se crispa intensément n'ayant pas pensé à ce genre de détail fourbe et resta un quart de seconde dans l'expectative d'un coup de genou mal placé qui finalement ne vint jamais.
-" Vous n'auriez pas osé de toutes manières." Se rassura-t-il, remontant légèrement.
Elle haussa un sourcil par défi.
Une pensée lui traversa l'esprit. Si elle voulait le prendre par surprise, il lui fallait redoubler d'imagination.
Il était temps d'oser.
Elle n'eut qu'à simplement contracter ses abdominaux et relever sa tête pour commettre la chose la plus insensée qui pouvait lui venir à l'esprit à ce moment là et dans cette configuration telle.
Elle l'embrassa.
De nouveau, l'homme en noir se crispa, totalement désarçonné par l'inattendu.
Le moment fut bref, presque irréel et pourtant elle l'avait bel et bien fait, elle l'avait embrassé.
Il se retrouva tremblant et idiot et... Bon sang, il était presque déjà en train de fermer les yeux ?
Lorsqu'il le réalisa, c'était déjà trop tard, Hermione s'était déjà détendue et attendait une réaction, posée nonchalamment, les prunelles grandes ouvertes comme si de rien était.
Il cligna successivement des paupières ne sachant plus quoi faire, quoi dire tant la situation était incongrue.
Le sombre professeur de potions avait à présent le bec cloué, du moins façon de parler étant donné que ses lippes entre-ouvertes témoignaient du choc dont il était victime.
-" Cela fait 2 à zéro pour moi, il est tard, je vais aller me coucher sinon demain matin je vais être en retard et Snape va me passer un savon." Dit alors Hermione sans aucune pudibonderie. Elle semblait tellement sereine, tellement sûre d'elle dans sa victoire qu'elle en devenait foutrement pénible et ça, Snape ne pourrait le supporter.
Le concerné fronça les sourcils, à la fois outré qu'elle parle de lui devant lui mais le pire était l'air arrogant et satisfait qu'elle arborait.
Un tas d'émotions contradictoires traversaient l'esprit du maître de potions, il était perdu. C'est comme ça qu'elle allait régler ses problèmes quand elle se ferait attaquer ? En embrassant l'ennemi ? Remarque ça pourrait fonctionner étant donné l'état de perdition total dans lequel il se trouvait à présent.
Quel embarras !
-" Sale petite peste !" Maugréa-t-il entre ses dents, puis, n'y réfléchissant pas plus longtemps, il était hors de question de se faire battre encore une fois par la Gryffondor.
A son tour, il écrasa ses lèvres contre celles de la jeune femme, il fallait lui donner une bonne leçon.
Cependant, la réaction qu'il attendait ne vint pas. Elle ne le repoussa pas.
C'était très inconvenant.
Il se retrouva malgré lui dans le piège qu'il avait au départ tendu et salement dérapé. Le pire dans tout ça fut qu'elle y répondit et pas de la façon la plus agressive qui soit.
Hermione l'accueillit avec une douceur déconcertante, appuyant juste ses lèvres contre les siennes suavement, contrastant avec son idée de départ et la ferveur qu'il avait donné.
Il se releva, presque déçu de ne pas avoir suscité une réaction plus vive et lorsqu'il rouvrit les yeux, ce fut pour se révéler les traits paisibles de la sorcière dont le regard ambré lui communiait autre chose que la haine qu'elle avait encore il n'y a pas une minute.
Il se surprit à la détailler et voir que définitivement, sa peau avait retrouvé une belle colorimétrie, qu'elle semblait moins figée et porcelaine.
Il desserra sa prise sur ses épaules et se contenta de se retenir sur les bords du sofa.
Lorsqu'enfin elle retrouva l'usage de ses bras, elle passa une main aventureuse dans les cheveux ébène qui tombaient autour du visage de Snape. Elle glissa une mèche rebelle derrière son oreille, sans un mot tandis qu'il se contentait de la fixer avec une lueur insolite dans le regard.
L'atmosphère avait tout à coup changé. De la guerre imminente à la tension palpable, ils venaient tous deux de sauter tête la première dans un cercle plus chaleureux et intime tant et si bien qu'ici, Severus se sentait transpirant tout à coup.
Sa tête lui tournait, il avait besoin d'un verre pour canaliser ça et surtout d'une bonne nuit de sommeil. Ce petit jeu ne pouvait pas durer éternellement et il était bien conscient qu'il avait franchi une barrière épouvantable.
-" Les limites." Répéta-t-il en un murmure.
-" Je suis désolée." Répondit-elle les lèvres entre-ouvertes, fixant encore les siennes de son regard.
-" Vous êtes calmée ?" Demanda-t-il.
-" Oui... Je peux à nouveau lire en vous." Avoua-t-elle avec quiétude.
-" Que sentez-vous ?"
A cet instant, il ne sut par quelle force inédite il s'était senti de demander pareille chose et d'ailleurs pourquoi cela lui semblait si important ? Quelque chose en lui de bien plus fort avait besoin de savoir.
-" Votre sang pulse plus rapidement que lorsque vous êtes en colère..." Se contenta-t-elle de formuler.
Il hocha simplement la tête et soupira longuement tandis qu'Hermione glissait ses doigts dans le col de sa redingote.
Ça aussi, il n'aurait pu le prévoir et il frissonna intérieurement sous le joug des empreintes tièdes lui parcourant le peu de peau disponible.
-" C'est un mécanisme humain." Dit-il en grognant mais d'une façon bien moins inquiétante qu'habituellement.
-" Ce n'est pas à moi que vous allez apprendre comme fonctionne tout ça." Dit-elle presque avec dédain.
Il haussa un demi-rictus ironique.
-" Je vous pensais bien moins audacieuse." Révéla-t-il.
-" Vous vous êtes forgé une idée de moi telle celle de tout le monde. Vous êtes assez bien placé pour savoir comment renvoyer aux autres quelle image vous voulez qu'ils perçoivent. Certaines choses doivent rester privées."
-" Vous êtes surprenante, néanmoins, vous avez encore dépassé les bornes." Se tempéra-t-il, tentant de replacer son masque impénétrable.
-" Ne me dîtes pas ça alors que vous êtes encore affalé de tout votre long sur mon corps et que je sens un désir latent." Dit-elle factuellement tout en faisant crisser ses ongles sur la peau du potioniste. " Après tout, c'est une réaction physiologique normale."
-" Ce n'est pas à moi que vous allez apprendre comme fonctionne tout ça." Reprit-il mot pour mot avec le même dédain.
Malgré lui, un tremblement parcourut sa colonne vertébrale et il inspira difficilement. Il fallait qu'il se relève et qu'il parte avant de commettre une bourde monstrueuse. Il se releva, et se rassit, tentant de rassembler ses esprits avant de tourner les talons. La jeune femme l'imita et alors Il fit l'erreur de la regarder encore une fois dans les yeux.
Il se pencha délicatement une fois encore et posa ses lèvres contre celles de la sorcière. Il était devenu fou. La messe était dite et il n'avait aucune foutue idée de ce qu'il était en train de faire mais il était bien certain que quelque chose lui dictait sa conduite, quelque chose à quoi il ne pouvait résister sous peine de devenir encore plus taré que ce moment précis.
Hermione reprit ce contact avec encore plus d'enthousiasme. Quelle mouche l'avait piquée également ?
Avec ce qu'il fallait de passion, elle se laissa dévorer lentement puis vint glisser sa langue hors de sa bouche venant taquiner la commissure de son professeur. Il n'attendit pas et osa alors lui offrir le baiser langoureux qu'elle demandait.
Cet échange n'avait rien de timide, si les deux premiers avaient été brefs, celui-là commençait à perdurer, prenant une ampleur dangereuse et excitante.
Il était tout simplement devenu hors de contrôle, hypnotisé, à sa merci, dans le piège.
Il la sentait l'appeler, lui chanter quelque chose d'intime et rassurant dans sa tête, lui montrer qu'il avait sa place ici et qu'elle ne lui voulait pas de mal. C'était fou, mais il était persuadé qu'elle communiquait avec lui de cette manière là également et qu'elle ne semblait pas en avoir conscience.
Chaque pression contre ses lèvres était un nouvel appel à la paix, l'union et, sans se mentir, également à un certain niveau de lubricité.
Alors à mesure que leurs bouches dansaient l'une contre l'autre, il se détendit et essaya de pousser cette communication plus loin, formulant dans sa tête des idées de ce qu'il pourrait bien lui dire de manière non verbale.
Malheureusement pour lui, son cerveau à l'instant présent était trop concentré sur la tâche qu'il accomplissait pour décrire autre chose que le désir grossissant en lui.
Snape se sentit un instant hors du temps, hors de tout, exactement comme lorsque ses muscles se relâchaient violemment la nuit et qu'il lui semblait tomber du haut d'une falaise.
Oh et si les lèvres de la Gryffondor parurent froides aux premiers abords, il n'en était plus rien. C'était comme si elle était en train de se nourrir de sa chaleur, lui absorbant son énergie.
Ce ne fut que lorsqu'il se heurta aux canines bien développées, qu'il revint à la raison.
Il se sépara d'elle, presque à contrecœur et reprit son souffle.
-" S'il-vous-plaît... Ne partez pas." Lui pria-t-elle.
Il ferma les yeux en soupirant.
-" Miss Granger, n'utilisez pas vos charmes vampiriques contre moi. Je sais exactement ce que vous êtes en train de faire." Tenta-t-il de raisonner.
-" Je me sens bien." Continua-t-elle.
-" Il faudra que vous vous sentiez bien avec quelqu'un d'autre. Je ne peux pas faire ce que vous demandez." Révéla-t-il essoufflé, fatigué.
Puis il se leva rapidement, emportant avec lui le livre et un mouvement de cape, laissant Hermione seule avec une nouvelle nuit de froid en perspective.
