Chapitre 13 - Soif sanguinaire
Du coup c'est la fête, vous avez 2 chapitres pour le prix d'un, et aussi pour me faire pardonner de ma longue absence. La bise
Après avoir péniblement et le plus rapidement possible expliqué la situation à Harry et Ron plus constaté la présence de Neville en train de cuver dans un coin, ils se mirent en route.
Harry avait eu la présence d'esprit de les vêtir de sa cape d'invisibilité qui avec le temps était devenue plus assez large pour couvrir tous leurs corps non seulement parce qu'ils avaient beaucoup grandit mais aussi parce que les muscles de Ron devenaient trop imposants à force d'entraînement. Pour ainsi dire, ils se marchaient littéralement dessus, baguette en main et parfois dans des passages où il n'y avait pas la moindre luminosité.
-" Attends, Snape a perdu ses moyens ?" Pouffa le rouquin réalisant enfin ce qu'ils étaient en train de faire au bout de longues minutes de silence.
-" C'est pas le moment Ron." Dit le survivant en déglutissant.
Ils déambulaient dans les couloirs en direction de la grande porte sans croiser âme qui vive et tout de même avec la peur au ventre. Ce n'était pas la première fois qu'ils se mettaient tous les trois dans ce genre de merdier mais ce coup-ci, Sirius n'était pas là pour leur sauver la mise. Ils étaient seuls.
Bien que la nuit de la bataille eût été une des plus terrifiante de leur vie, ils n'étaient en revanche pas bien préparés à affronter une bête instable qui pourrait les mettre en pièce en moins de temps qu'il ne fallait pour dire Quidditch.
Lorsqu'ils franchirent leur premier point de quête et ouvrirent la grande porte dans une obscurité angoissante, ils s'autorisèrent à enfin passer à la seconde phase de leur plan encore un peu bancal.
Le boucan que fit le massif ouvrage en bois résonna contre les murs en pierre et avec un peu de chance, ce vacarme pourrait l'attirer jusqu'ici.
Harry ôta la cape de leurs épaules et alors ils se dirigèrent à pas feutrés vers le gouffre menant aux cachots.
Hermione détenait toujours la baguette de Snape, cependant celle-ci refusait de lui répondre pour un sortilèges aussi banal qu'un Lumos.
-" Fais chier !" Pesta-t-elle.
Les jeune hommes la regardèrent ébahis par un tel langage de sa part puis fixèrent leur propre baguette allumée en direction de l'obscurité d'où la bête pourrait débouler d'un instant à l'autre.
-" Au cas où on s'en sort pas, je voulais juste dire que c'est vraiment trop naze de mourir par un loup-garou après avoir quand même vaincu Voldemort il n'y a pas six mois." Dit Ron en proie à un rire nerveux.
Ses deux comparses le dardèrent un sourcil relevé sans trop savoir que dire de plus.
Hermione entendit un grognement à une distance non négligeable. Elle ajusta sa vue dans le noir, serrant malgré elle cette baguette inflexible qui se refusait à elle. Même celle de Bellatrix avait été plus coopérative, ironiquement.
Elle pouvait même sentir l'odeur de sang sirupeux lui brûler les narines
Pourtant, même avec le peu de lumière que réussissaient à fournir Ron et Harry, elle ne distingua rien et ces bruits étaient étrangement proches.
Elle ne pouvait pas se tromper, ses sens étaient dans un état d'alerte critique.
-" Vous les entendez ?" Demanda-t-elle.
Ron opina avec une grimace de dégoût et Harry lui rendit un regard terrifié.
-" Attends." Murmura-t-elle.
Au hasard, elle baissa la main de Ron, venant de remarquer un détail qui lui avait totalement échappé. Des traînées de sang par terre venant des cachots, s'insinuant sous leur pied et derrière eux.
Tous trois se tournèrent suivant les traces au sol avec une grande prudence puis ces dernières disparurent net à la première marche des escaliers.
Juste à peine le temps de voir qu'une des gargouilles qui ornait les premiers barreaux venait de se mouvoir et que ses yeux luisaient dans la pénombre.
Ron laissa échapper une complainte aigue, sa grimace s'accentuant davantage.
Harry déglutit si fort qu'il lui sembla ingérer sa pomme d'Adam.
Mais la bête avait son regard fixé sur Hermione.
Un regard de rancœur.
-" Souvenez-vous quoi qu'il arrive, ne le tuez qu'en dernier recours." Murmura la sorcière avec un calme tranchant l'anxiété de ses amis.
Ils n'osèrent pas la regarder ni même lui dire le fond de leur pensée mais le cœur y était.
Elle s'efforça de faire la sourde oreille quant aux inspirations des deux Gryffondors et tout ce qui allait avec.
Quelque chose dans le regard du lycanthrope lui indiquait que c'était entre elle et lui.
Il était accroché à la tête de la statue de sa seule main valide, gémissant alors la perte de son membre. Il avait mal et elle le percevait.
-" Fermez la porte." Dit-elle à ses complices de toujours avant de prendre la fuite vers l'extérieur.
-" Hermione, non !" Hurlèrent-ils en cœur mais en vain.
Le loup-garou bondit de son perchoir, bousculant les garçons et courut à la suite de la jeune femme qui avait osé le démembrer.
Ron se releva et voulut partir également mais à ce moment précis, la directrice, Snape et Remus débarquèrent depuis les escaliers, ce dernier sous sa forme lycanthropique inoffensive.
-" Où est Miss Granger ?" Hurla alors la directrice.
Les deux garçons se relevèrent et indiquèrent l'extérieur du château.
Il ne fallut pas plus d'informations à Lupin pour se ruer et pister.
Au bout d'une course épuisante, Hermione se retrouva sur les berges du lac, forte comme jamais. Elle attendait avec une mine ironique, se jouant même de la situation.
Ses sens étaient stimulés à un point tel que tout raisonnement logique était enterré au fond d'un coin reclus de son cerveau. Elle voulait se battre, elle voulait du sang.
Elle se mit à siffler comme on appelle un chien et il ne fallut pas plus pour que la bête ne se rue sur elle depuis le fourrage d'où il l'observait.
Elle esquiva habilement sa prise, se retrouvant presque nez à nez avec le monstre dépourvu de toute pilosité.
Ses crocs sortis narguèrent le loup et alors s'en suivit un balai sinistre où tous deux se mirent à se tourner autour comme deux hyènes prêtes à se mettre à mort.
-" T'en fais pas, qui que tu sois Madame Pomfresh va arranger ça, j'espère juste que tu n'es pas gaucher." Provoqua-t-elle.
La brute échappa un râle grave à l'évocation de ces mots et bondit en avant, fracassant Hermione au sol mais la sorcière le retint de ses mains avant de lui asséner un coup puissant et bien placé au centre de ses cotes.
Le lycan flancha et se retrouva deux mètres plus loin, trainé sur les galets. Il se releva péniblement sur ses trois pattes en boitant puis recommença sa danse avec un peu plus d'hésitation.
-" C'est tout ce que t'as ?" Ré-enchérit la sorcière.
Un jappement inquiétant franchit les crocs de l'inconnu et son regard se fit perçant. L'envie de la dévorer se lisait dans ses yeux mais il se rendit hésitant, se sentant tout à coup pas à la hauteur du vampire qu'il avait face à lui.
Il tenta néanmoins de se rapprocher flairer sa potentielle victime mais fut insatisfait de ce qui pouvait se dégager d'elle. Il pesta de nouveau et la peur le fit aboyer comme un gros chien. Comme tous les gros chiens, il reprit de l'assurance et se vautra allègrement sur la guerrière qui le para de nouveau de toutes ses forces.
Cependant, l'excès de confiance d'Hermione lui joua des tours.
De sa main restante, le loup lui lacéra l'épaule mais elle fut bien incapable de sentir la douleur sous ses pulsions animales.
Elle esquiva un coup de crocs de justesse et roula sur le côté pour se défaire de l'emprise mortelle.
Son nerf avait été touché, elle lâcha la baguette de Snape, incapable de la récupérer tant les doigts de sa main droite lui firent défaut, flasques comme de la gelée. Elle lâcha un cri de surprise alors que la situation se retournait à son désavantage, sentant qu'elle se faisait tirer par le bas de son jean.
Elle lança son pied libre au hasard et le bruit résonnant lui indiqua qu'elle avait tapé dans le mille, en pleine gueule.
Seulement ce ne fut pas suffisant et la bouche béante vint de nouveau la saisir par la botte dont le cuir menaçait de se déchirer sous la pression.
Hermione n'avait aucune espèce d'idée de ce qui lui arriverait si elle était mordue.
La pensée néanmoins fugace disparut alors qu'elle vit le monstre au-dessus d'elle, triomphant d'enfin arriver à ses fins.
La terreur ne figea pour autant pas les traits de la Gryffondor prête à se battre jusqu'à la mort.
Elle vit la bête fermer la distance entre elle et son visage.
Puis un bruit de fracas et plus rien.
Elle inspira longuement, se relevant à la force de ses abdominaux et constata la présence d'un autre cabot décharné.
Lupin.
Titubant, elle tenta de se lever et observa les deux lycanthropes autour d'elle, Remus faisant barrage de son corps pour la protéger.
Ils se grognaient l'un sur l'autre, la tension montait et montait et au moment où elle crut voir l'inconnu bondir, il fut arrêté net en pleine ascension, encerclé par une bulle.
Hermione se retourna et vit la présence de Snape, une main levée en forme de globe, faisant aller et venir ses doigts pour maintenir la bulle d'eau.
Elle fut ébahie un instant, le contemplant serein mais la vision renvoyant tout le dégoût qu'il avait à présent.
La jeune femme se traîna jusqu'à la baguette qu'elle avait laissé tomber et la saisit de sa main gauche.
-" Professeur." Appela-t-elle. Il capta son attention et elle lui lança son outil en l'air qu'il captura à la volée, restant concentré sur sa tâche.
Lupin saisit la manche d'Hermione et lorsqu'ils furent à bonne distance, Severus défit son charme et reprit sa baguette.
-" Incarcerem." Lança-t-il sur le lycan agressif.
La bête se retrouva liée de partout comme un saucisson, rendue inoffensive par les liens qui l'entouraient, restant par contre terriblement indomptable.
Minerva, Ron et Harry apparurent, le souffle court de cette course acharnée.
Ce n'est qu'à ce moment précis qu'Hermione s'octroya le droit de s'évanouir pour de bon.
La lumière perça ses pupille dès lors qu'elle ouvrit les yeux.
Elle garda son bras en l'air quelques instants dans un geste protecteur, juste le temps de s'acclimater à cette luminosité qu'elle n'avait plus l'habitude de voir au réveil.
Lorsqu'elle fut un peu plus tirée de son sommeil, Hermione scruta les environs et reconnut immédiatement l'infirmerie, pas par sa vue brouillée mais par les odeurs se dégageant des ustensiles et de tout le matériel.
Elle cligna successivement des paupières, tentant de se relever mais une douleur dans son dos et son épaule l'empêchèrent d'aller plus loin.
Elle hurla sentant les restrictions que son corps imposait mais non résignée elle recommença encore et encore jusqu'à ce que Poppy ne bondisse sur elle et la plaque sur le matelas manu militari.
-" Miss Granger, calmez-vous !" Scanda-t-elle. " Vous allez ruiner toute une nuit de travail !"
Un instant elle tenta de se remémorer pourquoi et comment elle avait atterri ici.
Ce ne fut que lorsque son regard vagabond analysa plus précisément la pièce qu'elle tomba sur Draco dans le lit voisin.
Il avait les yeux mi-clos, la scrutant avec une certaine anxiété.
Elle huma l'air encore une fois et une odeur la ramena quelques heures auparavant. Des bribes de souvenirs cuisant lui revenaient alors à l'esprit. Le loup-garou.
Elle s'était battue.
Et salement.
Lorsque Poppy fut certaine qu'elle serait obéissante, elle s'éclipsa, annonçant qu'elle devait aller chercher McGonagall.
-" Qu'est-ce que tu fais là ?" Demanda-t-elle au grand blond qui la contemplait nerveusement.
Il pouffa d'appréhension puis laissa échapper une toux grave et douloureuse.
-" En troisième année, je pensais que tu avais atteint ton summum de violence quand tu m'as tordu le nez. Je faisais fausse route." Il leva son bras gauche pour accompagner ses dires, sa main prise dans un épais bandage d'où on ne on ne pouvait pas même distinguer la forme des doigts.
Hermione fronça les sourcils en même temps que ses yeux s'écarquillèrent et tout le puzzle se mit minutieusement en place dans sa tête.
Les lèvres de la Gryffondor se séparèrent, laissant voir jusqu'à ses crocs l'espace d'un instant mais elle se reprit de peur d'en révéler trop.
-" Tu n'as rien à me cacher, ça fait des jours que je sais ce qui te tourmente et j'en ai eu la confirmation cette nuit. Ah et tu m'as aussi cassé des côtes." Fit-il avec le plus grand détachement du monde, les yeux perdu dans le vide.
Hermione se sentit confuse tout à coup alors que les questions bourdonnaient dans son crâne. Elle ne savait pas par où commencer.
Minerva, Lupin et Snape arrivèrent comme un seul homme par les moyens de la cheminette.
Hermione trembla tout à coup, incapable d'encaisser autant en une seule fois. Elle était épuisée.
-" Bien, j'aurais aimé que tout cela se décante une fois que vous auriez été sur pieds mais la situation est bien trop grave pour attendre." Asséna la directrice d'un ton sévère.
Elle les toisa tour à tour, le nez retroussé de colère.
Hermione se permit de contempler le potioniste. Il ne portait pas son masque habituel ou alors elle avait réussi à percer ses défenses d'un seul coup d'œil. Quoi qu'il en soit, tout ce qui se dégageait du regard et du visage de Snape ne fut que déception et un sentiment de trahison mais pas seulement à son encontre.
Il observait surtout Draco qui demeura bien silencieux.
Lupin portait des traits distendus, exténué, plus que d'habitude cependant, il tenait sur ses jambes et droit.
-" Tous les deux, vous avez enfreint un nombre incalculable de règles cette nuit." Commença Minerva la voix tordue par une boule dans la gorge. " Monsieur Malfoy, quand comptiez-vous nous faire part de la situation ? Il y aurait pu y avoir des blessés, il y en a eu et cela aurait pu être pire si personne n'était intervenu. Ces choses-là doivent être dîtes !"
-" La directrice a raison Draco, il fallait en faire part. Ce n'est pas honteux, nous ne sommes plus au temps de nos parents, les choses ont évolué et des moyens sont mis en place pour atténuer notre condition." Fit Remus durement.
Le jeune homme resta droit et digne malgré les douleurs qui le transperçaient, en apparence seulement. Hermione pouvait ressentir toute la honte et la peur qui transpirait de lui à présent. Comment avait-il réussi à le lui cacher tout ce temps ?
Ils avaient fait fausse route depuis le départ. Draco s'était rendu si insoupçonnable qu'elle pensait que Neville était le loup à sa place.
Devant le mutisme du Serpentard, Minerva s'impatienta.
-" Vous n'avez rien à dire ?"
-" Non." Planta-t-il sèchement.
La directrice s'en remit à Severus juste d'un regard implorant. Le concerné ne fit qu'un tout petit pas en avant, presque timide et l'instant d'après il se ravisa, comme s'il avait peur que Draco ne lui bondisse dessus.
-" Vous viendrez me voir dans mon bureau dès que vous sortirez. Nul besoin de passer par votre salle commune j'exige votre présence dès l'instant où vous quitterez cette pièce." Asséna le maître de potions avec un calme déconcertant, trahissant une montagne de déception.
-" Et vous Miss Granger, peut-on savoir ce qui vous a pris de l'attirer et de vous battre comme une dégénérée ? Je ne nie pas que vous avez eu les bons réflexes lorsque vous l'avez trouvé dans les cachots la première fois." Reprit McGonagall avec déception dans la voix.
Snape se râcla la gorge, signifiant qu'il apprécierait grandement que sa supérieure élude ce fait.
Les lèvres de Remus s'étirèrent cependant dans un sourire mutin et Hermione fit du mieux pour canaliser sa contagion.
-" Je ne sais pas." Fut la seule chose qu'elle était capable de formuler alors qu'une boule épaisse semblait s'être invitée dans le fond de sa gorge.
-" Vous auriez pu vous faire tuer, vous avez mis en danger messieurs Potter et Weasley également !"
-" Si je puis me permettre Madame, sans l'intervention d'Hermione il y aurait pu avoir un drame. Messieurs Potter et Weasley n'ont fait que ce qu'ils font toujours. C'est un trio brillant, il faut le considérer comme une entité à part entière." Parla alors Lupin avec assurance et un demi-sourire.
-" Pardonnez-moi si je fais fausse route Lupin mais serait-il envisageable que fassiez l'éloge d'un tel acte ?" La voix mielleuse de Snape s'éleva de nouveau.
-" Sans en faire l'éloge, je dis simplement qu'ils n'ont pas leur pareil pour débusquer et désamorcer des situations de ce genre. Et moi qui me disait que revenir à Poudlard désormais aurait été ennuyeux." S'esclaffa le professeur de DCFM. Severus roula ses yeux au plafond, passablement exaspéré par la situation.
-" Toujours est-il que Miss Granger n'avait aucunement à s'accorder un tel duel. Maintenant une personne de plus est au courant à cause de sa... Comment qualifier cela... De la bravoure ?" Dit-il avec dédain.
La concernée ne cilla pas même si aujourd'hui et dans ce lit, elle se posa franchement la question de ce qui avait bien pu lui passer par la tête. La soirée de la veille avait été pour elle une grande première mais aujourd'hui, étrangement, elle n'était plus dans cette humeur-là, préférant de loin la quiétude des cachots.
-" Sans ma bravoure, professeur, il me semble qu'à l'heure actuelle, les elfes seraient en train d'éponger les dalles du laboratoire qui seraient, j'en suis certaine, maculées de votre sang et de vos viscères." Echappa-t-elle sur un ton sinistre et plat.
Elle soutint un long moment le regard courroucé de son interlocuteur alors que McGonagall y mettait déjà le holà.
Oh oui, elle avait bien senti dans les yeux de Snape qu'il voulait lui hurler que sans son coup de chaud de la veille, jamais il n'aurait été obligé de descendre avec elle dans les cachots. Pour une raison étrange, cependant, il ne décida de ne rien en dire. Peut-être avait-il lui aussi besoin que la directrice ne soit pas dans la confidence. Ce n'était pas du tout son style de vouloir éviter des ennuis à un élève, et par-dessus tout, cette élève là en particulier.
-" Nous avons bien comprit que sans votre intervention première, le professeur Snape était en très mauvaise posture. Merci pour lui." Coupa-t-elle, s'attirant les foudres du potioniste. " Pour le reste en revanche, je suis démunie. Je ne sais pas comment vous faire comprendre que votre comportement a été au-delà de l'inimaginable. J'ai besoin de réfléchir à votre sanction. En attendant, tâchez de rester le plus immobile possible jusqu'à ce que vos soins s'achèvent." Termina-t-elle à l'attention des deux accidentés, son accent écossais reprenant le dessus tant par l'inquiétude que la colère.
Ils avaient quitté la pièce depuis un bon moment déjà mais le balai incessant de Poppy donnait le tournis à Hermione.
Une vague sensation de nausée vint la perturber par moments.
Tout était calme, silencieux au point tel qu'elle pouvait sentir la gêne extrême du Serpentard allongé à côté d'elle.
Ils ne disaient rien, n'avaient potentiellement rien à se dire et ce ne fut que lorsque l'infirmière disparut pour sa pause déjeuner que le blond osa enfin sortir de son mutisme.
-" Je suis navré pour ton épaule." Murmura-t-il, les yeux rivés vers les arches du plafond.
-" Et moi je suis désolée pour ta main... Comment est-ce que Pomfresh a fait ?" Demanda-t-elle dans l'exacte même position.
Ils étaient bien trop gênés pour se regarder en face mais au moins, ils avaient à présent assez d'aise pour communiquer un peu.
-" J'imagine qu'elle a dû recoller les morceaux." Ricana-t-il. Hermione pouffa. " Si cela peut te rassurer je pense n'avoir rien senti sur le moment. Là par contre c'est une autre histoire."
-" Je crois que je n'ai rien senti non plus. En fait, je ne sens rien, je n'ai pas mal. Ni à l'épaule, ni à mon dos... Par contre je me sens très faible et j'ai du mal à plier les doigts." Avoua-t-elle avec un tout petit chamboulement.
-" Quand tu dormais encore, elle a dit que tu avais perdu beaucoup de sang... Je ne sais pas ce que ça implique dans ton... Ton cas." Osa-t-il avec pudeur.
-" Tu peux le dire. Maintenant tu sais. Dans le cas d'un vampire je ne sais pas ce que cela implique." Le reprit-elle avec un soupir. " Tout à l'heure, tu as dit que tu savais déjà, depuis un moment..." Laissa-t-elle planer avec un questionnement latent.
-" Tu ne dégages pas les mêmes odeurs qu'avant. Je ne dis pas que tu pues, loin de là, c'est juste que... Je ne sais pas comment expliquer. Comme si tu étais presque invisible."
-" Je vois que tu as aussi appris à dompter tes nouveaux pouvoirs."
-" Il faut. Il le faut pour ne pas... Tu sais."
-" Je crois oui... Alors c'était toi qui allais voler dans la réserve de Snape ?" Demanda-t-elle mais comme si la réponse était évidente.
-" Non... C'était Neville." Avoua-t-il. La sorcière haussa les deux sourcils mais sans surprise.
-" C'était Neville qui brassait tes potions." Compléta-t-elle.
-" Oui... D'ailleurs il y a eu un problème sur la dernière." Trembla Draco.
-" Sans blague." Ironisa-t-elle
-" On s'est retrouvé à court d'aconit... Et avec Rusard qui faisait le guet... Enfin tu sais bien." Eluda-t-il.
-" Comment est-ce que Neville a fini par savoir ?" Questionna-t-elle avec un peu plus d'entrain.
-" Par le plus grand des hasards. A la première pleine lune de septembre... C'était peut-être ma vingt-cinquième transformation mais... La première sans potion."
-" Draco... Comment est-ce arrivé ?" Demanda Hermione avec inquiétude.
-" Voldemort a toujours su comment maintenir l'ordre et la fidélité dans ses rangs... Quand... Quand a il a senti que ma mère et mon père étaient sur le point de fuir... Greyback..." Il se perdit dans un sanglot qu'il tenta de maitriser vainement.
Hermione ne dit plus rien, ne posa pas la moindre question et attendit qu'il se reprenne lui-même. Lui avait vécu sa transformation, lui avait vu sa morsure, lui l'avait subi immédiatement et elle n'osait imaginer l'horreur, la douleur, le traumatisme.
-" Ensuite, jusqu'à la fin, ils m'ont donné tout ce dont j'avais besoin en potions. Le comble c'est que c'était Severus qui les faisait sans même savoir à qui elles étaient réellement destinées. C'est pour ça que depuis maintenant deux ans je pars toujours vers la forêt les nuits de pleine lune. Seulement maintenant, depuis septembre je suis livré à moi-même... J'avais assez pour tenir tout l'été... Ce sont Neville et Hagrid qui m'ont trouvé un matin, pas loin du lac. Je ne me souviens de rien à part que Hagrid m'ait porté jusqu'à la cabane. Ils ne sont pas idiots, ils ont tout de suite compris..."
-" Je suis navrée Malfoy, sincèrement." Tenta la jeune femme malgré les soubresauts de sa voix. Draco renifla :
-" Le plus douloureux c'est... Mon père ne l'a jamais accepté." Révéla-t-il en proie à de nouveaux pleurs incontrôlés.
La détresse de Draco fut si forte qu'elle en assourdit toutes les autres pensées d'Hermione, presque capable de voir ce que le jeune homme avait vécu comme si elle y était. C'était palpable, une sensation inhumaine et tout le dégoût qui s'y apparentait.
-" Draco, calme-toi." Lui souffla-t-elle sur un ton léger, se voulant rassurante.
Comme si ce fut un ordre, l'instant qui suivit, le Serpentard se détendit. C'était étrange, comme si son cerveau demeurait bloqué sur les paroles et la voix douce de la sorcière. Les plaintes cessèrent.
Durant un long moment, les deux restèrent sans voix, ne sachant plus quoi dire. A présent Draco demeurait placide sous ses états d'âme qui devaient le ronger de l'intérieur depuis trop longtemps. Il fallait que ça sorte. Maintenant c'était chose faite.
-" Et toi, Granger, comment est-ce arrivé ?" Demanda-t-il au bout d'un temps infini.
Hermione soupira sans lassitude. Si elle devait bien y réfléchir, elle ne savait pas par où commencer ni même comment les choses s'étaient construites. Tout dans sa tête était décousu.
-" Cela s'est produit il y a un an, je crois. Je ne suis pas certaine... Je ne me rappelle pas." Avoua-t-elle la gorge nouée de nouveau. " Je ne me suis rendu compte de rien. Cela a dû être fait durant mon sommeil quand Harry et moi étions seuls dans la forêt, en pleine fuite."
Draco ne disait rien, et s'était tourné péniblement vers la sorcière qui elle fixait toujours le plafond avec autant de fascination. Il était tellement plus aisé de s'ouvrir lorsqu'on ne regardait pas la personne en face. C'était encore une autre tactique de soustraction bien humaine.
-" J'ai mis des mois à me rendre compte que quelque chose clochait. D'abord les migraines, ces sentiments de colère... Je pensais que c'était à cause du médaillon qu'on gardait à tour de rôle mais... C'était bien plus pervers. Les nausées, la fatigue, les acouphènes... Je pensais que c'était une crise de stress et c'était bien légitime à cause de ce que nous endurions. Pourtant, la bataille finie, les choses continuaient, voire empiraient. Je me suis dit que c'était normal après tout ce qu'on avait traversé... Puis en août, j'ai remarqué ces deux plaies à mon mollet, je ne les avais jamais vues, ce n'est pas un endroit que je vois tous les jours et puis je ne passe pas des heures devant le miroir. Je crois que c'est à ce moment que j'ai compris mais... C'était déjà trop tard. Il aurait fallu que sois allée à Sainte Mangouste dans la semaine qui a succédé la morsure. Tu te doutes bien que ce n'était pas possible. Alors j'ai pris sur moi et depuis je ronge mon frein... Quand j'ai commencé à faire des crises et que Poppy m'a ausculté, je n'ai pas osé lui en parler... Je ne pouvais pas... Puis il y a eu encore d'autres crises et là elle a compris." Narra-t-elle sans sourciller une seule fois, d'une voix presque monocorde comme si son âme s'absentait de son corps.
-" C'est pour ça que tu n'étais pas là durant trois semaines." Comprit le blond.
-" Je ne pensais même pas que tu avais remarqué." Se moqua-t-elle.
-" Oh si... Il n'y avait personne pour expliquer le cours en classe." Rit-il.
Hermione pivota doucement sa tête pour tomber face au visage de Malfoy pour la première fois depuis qu'ils se parlaient. Il lui souriait
-" Bonjour." La salua-t-il avec sérénité.
Elle lui rendit son sourire paisible et alors avec une voix veloutée, elle lui répondit :
-" Bonjour."
