Chapitre 14 - Après l'orage


L'ex-directeur de Poudlard était assis, presque avachit sans trop grandes convictions quant à sa posture. Minerva lui avait servi un café et quelques biscuits mais aujourd'hui le sucre ne lui disait rien.

Il se contentait de siroter la boisson amère, absentement, les yeux perdus sur une vision hasardeuse.

-" Est-ce que ça va aller ?" Pointa-t-elle encore un peu secouée par les évènements de la veille. Mais pas autant que lui manifestement.

Il empêchait ses mains de trembler et pour la première fois depuis de longs mois, il avait envie d'une cigarette. Là, maintenant ! C'était viscéral.

Pour toute réponse, il regarda la directrice de travers et cela ne sembla pas la déranger outre-mesure tant et si bien qu'elle soupira simplement d'exaspération au lieu de le rabrouer. Il avait besoin d'être secoué.

-" J'ai informé le ministère si tu veux tout savoir, Kingsley lui-même. Je n'ai pour l'instant pas reçu de réponse mais j'imagine qu'il prendra la nouvelle au sérieux." Lui narra-t-elle.

-" A quel moment pensez-vous que le ministre aurait pu croire à une blague ?" Dit-il sur un ton dangereux. " Cela va trop loin, c'est trop compliqué à gérer." Peina-t-il à geindre.

-" Etrangement ce fait ne te rend pas aussi virulent que pour Miss Granger. Devrais-je y sentir un certain favoritisme étant donné que tu ne m'aies pas encore proposé de ramener la tête de Malfoy sur une pique ?" Ironisa-t-elle, le fixant à travers ses petites lunettes.

Il laissa échapper un souffle spasmodique.

-" Tu sais maintenant quel effet cela fait." Piqua-t-elle avec une certaine rancœur.

Pour la première fois, il osa la fixer et décela toute la dimension fielleuse de son interlocutrice. Il éprouvait alors les mêmes sentiments.

De la poche de sa redingote, il sortit un boitier en argent duquel il extirpa une cigarette. C'était son petit plaisir coupable en cas d'urgence seulement.

McGonagall le regarda allumer sa clope mais ne lui dit rien de plus, se contentant de l'admirer tirant ses bouffées de nicotine et il sembla passablement se détendre sous l'effet.

-" Que veux-tu que je te dise, Minerva ? Je pense que nous avons dépassé le cap de la discussion pour que tu puisses savoir ce qui me tourmente n'est-ce pas ?" Bougonna-t-il.

-" Il n'y a rien à dire de plus si ce n'est que, je suis triste pour le garçon mais pas pour toi. Cela te donnera une leçon à méditer. Comme quoi, cela n'arriva pas qu'aux autres." Cingla-t-elle.

Snape avait à présent les traits coléreux, ses iris noirs comme jamais et la fumée s'échappant de son nez lui donnait l'impression d'être un dragon enragé.


Ce ne fut que quelques minutes avant le banquet que Madame Pomfresh autorisa enfin les deux anciens rivaux à quitter les lieux. Bien évidemment, ils n'étaient pas totalement remis sur pieds néanmoins ils pouvaient tenir debout et assister à leurs cours habituels à condition de ne pas trop forcer sur leurs articulations.

La cote de Draco s'était bien remise, pour la main en revanche, c'était une autre histoire.

L'infirmière lui avait explicitement ordonné de n'enlever le bandage sous aucun prétexte et qu'étant donné qu'il était droitier, il n'avait aucune raison légitime de le faire. Il se contenta de lui répondre avec un grognement tel celui d'un gamin à qui on avait répété la même chose des centaines de fois.

En ce qui concernait Hermione, le ton fut plus léger. La matrone savait que la sorcière était une jeune femme plus ou moins exemplaire, moins depuis cette nuit mais qu'elle était suffisamment raisonnée pour ne pas s'arracher les bandes de son épaule, ni celles de son dos qu'elle ne pouvait atteindre de toutes manières.

Sa main gauche lui faisait défaut, elle ne pouvait rien saisir, rien tenir pour le moment. La semaine allait être longue d'autant que parfois, le nerf lui fit tressauter le bras entier, renaissant dans le chaos musculeux.

Péniblement, Hermione et Draco avançaient dans les cachots, l'une pour rentrer chez elle, l'autre pour aller se faire très probablement éviscérer une fois de plus. Le jeune homme semblait tellement hésitant à cet instant.

On pouvait percevoir la tension dans ses pas, son souffle, son regard.

-" Tu sais... Il ne va pas te tuer." Tenta de le rassurer la Gryffondor.

-" Je ne m'avancerais pas trop là-dessus si j'étais toi." Tenta-t-il de plaisanter mais sa nervosité avait atteint son pic. Ils étaient tout proche du laboratoire et lorsqu'Hermione s'arrêta à la porte juste à côté, le blond la darda étrangement.

-" Ce sont les appartements de Snape." Remarqua-t-il.

-" Oui... Mais maintenant ce sont les miens."

-" Logique." Pouffa-t-il. " Tu vas écouter aux portes ?" Demanda-t-il avec un sourcil relevé.

-" Il y a des choses que je ne peux ignorer, même sans tendre l'oreille." Releva-t-elle tristement.

-" Alors essaie de ne pas trop rire quant à mon sort." Lui pria-t-il en s'approchant doucement.

Hermione releva le regard et fut perdue une instant dans la contemplation de ses yeux d'acier. Il avait les même que Lucius, à la différence que dans les siens brillait une preuve d'humanité.

-" On se voit demain ?"

Elle opina pour toute réponse.

-" Dans le parc, je veux dire." Réitéra-t-il pour sa compréhension.

-" Avec du thé."

-" Et des tasses convenables." Renifla-t-il.

Elle pouffa sincèrement avant de tourner les talons et murmurer le mot de passe.

-" Bonne nuit Malfoy."

-" Bonne nuit Granger et sans rancune."

-" Non, sans rancune."


Draco entra dans le laboratoire de potions avec son éternelle boule au ventre.

Severus l'attendait manifestement, mis au courant par Poppy elle-même par le biais d'une note volante.

Le potioniste se tenait droit dans son fauteuil, coudes posés sur la table impeccablement laquée, les index joints sur la fine commissure de ses lèvres.

Le jeune Serpentard n'osa parler, pas même pour le saluer.

Il remarqua alors qu'autour de lui, tout était impeccablement rangé, trié et que même les bocaux en hauteur avaient été dépoussiérés. En revanche les étagères demeuraient davantage vides que la dernière fois qu'il avait mis les pieds ici.

-" J'aurais grandement apprécié que dans ta fureur d'avoir perdu ton membre, tu ne te sois pas acharné sur mes potions et le whisky de trente ans d'âge qui était pourtant assez bien caché." Fit Snape pour lui répondre comme s'il lisait dans son esprit.

-" Je suis... Désolé." Fit-il sortant de son mutisme.

D'un geste concis, Snape l'invita à prendre place dans la chaise qui trônait face à lui. D'un pas hésitant, Malfoy se l'appropria, restant droit comme un lampadaire, manifestement mal-à-l'aise.

-" Depuis quand ?" Reprit le potioniste sans jamais le lâcher du regard une seule seconde.

-" Deux ans."

-" Greyback ?"

Pour toute réponse, Draco baissa la tête une fois de plus en opinant difficilement.

Severus soupira mais pas d'exaspération. Ceux qui ne le connaissaient pas l'auraient interprété comme ça mais non. C'était un mélange de dégoût, de contrariété et d'énervement.

Ils restèrent muets de longs instants. Snape faisait les liens petit à petit dans son crâne et il n'avait pour l'instant pas d'autres questions à lui soumettre, c'était suffisant pour qu'il puisse défaire le voile planant sur ce mystère.

Il connaissait également les raisons du pourquoi. Draco n'était pas le premier enfant à qui le Seigneur des Ténèbres avait fait subir un tel sort dans le but unique d'enfermer les familles dans leur servitude. A présent, il comprenait les attitudes étranges de Lucius et Narcissa mais il les fustigea mentalement de ne pas avoir été informé en temps voulu. Il aurait pu y mettre un frein, il aurait pu sauver Draco des griffes de la nuit lorsque ça avait été possible.

Draco comptait. Il comptait plus que n'importe quel autre de ses cornichons. C'était le fils de ses amis, le fils qu'il n'avait pas eu mais qu'il avait pourtant élevé avec une certaine retenue. Le gamin qu'il avait été bien avant d'arriver à Poudlard, petit ne faisait pas la différence entre son véritable géniteur et lui. C'était comme s'il avait deux pères ou un très grand frère.

Avec le temps, Severus s'était pris au jeu, au début avec énormément de réticences et petit à petit, le naturel s'était installé, liant avec lui des affinités qu'il n'aurait soupçonnées.

Ensuite, le môme avait voulu copier Lucius. Il grandit et comprit qui était vraiment Severus, quelqu'un proche de la famille, comme le cadet de ses oncles. Après tout il était normal qu'un petit garçon se rattache à la vision que son père voulait de lui.

Etrangement, Severus n'avait pas eu ce genre de déclic avec sa propre famille ou alors il avait été suffisamment malin pour rapidement comprendre que sa présence était non désirée. Sa mère était davantage occupée à subir ce que son père lui faisait voir, plutôt que de s'occuper de son fils et pour cela, il pouvait lui pardonner.

Le problème autrement plus épineux qu'était son père lui donnait un haut le cœur et la nausée lorsqu'il y pensait. Les adjectifs pour qualifier Tobias étaient tous dans le même panier. Ivrogne, brute, malsain. Severus pouvait passer des heures à énumérer un florilège de mots qui saillaient à la perfection cette personne.

Le potioniste secoua brièvement la tête, effaçant toutes les traces de ces pensées de son esprit et garda en mémoire le fait qu'il devait surmonter tout ça, qu'il devait passer outre son aversion pour les lycans et regarder le jeune homme comme si rien n'avait changé. Il ne pouvait pas se résoudre à lui claquer la porte en pleine face même si c'était la chose la plus pénible à encaisser depuis des lustres.

-" Que comptes-tu faire à présent ?" Demanda Snape comme si ce n'était qu'une simple formalité.

-" Je n'ai rien prévu." Répondit Draco académiquement.

-" Tu te doutes que cette situation me met dans l'embarras..." Laissa planer le maître de potion avec une désagréable voix rocailleuse.

-" Ce n'est pas comme si j'avais eu le choix." Posa le jeune Serpentard très calmement.

Combien de fois Snape avait-il entendu cette phrase ces dernières semaines ?

Toutes les fois qu'elles avaient été évoquées, c'était par la fille Granger. C'était même devenu son mantra. Lui se contentait de cacher son stress derrière ses paroles blessantes et avilissantes. Ce soir, elles n'avaient pas la même teneur. Par la bouche de Draco, il entendit enfin le désespéré appel à l'aide que tous deux formulaient et à quoi il s'évertuait à faire la sourde oreille.

Là, c'était exactement comme s'il recevait une marmite d'eau glacée en pleine tête et qu'elle s'insinuait dans ses veines jusqu'à la plante de son pied. Une gifle résonnant dans son crâne avec les paroles qui allaient avec.

-" Tu peux aller te reposer." Fut la seule chose que Snape fut capable d'aligner.

Malfoy se leva avec douleur et lorsqu'il tourna les talons, le potioniste l'apostropha de nouveau :

-" Un instant..." Il se coupa et inspira une grande bouffée d'oxygène. Ce n'était pas quelque chose de simple à formuler, pas pour lui. Ce ne fut qu'au bout de dix secondes qu'il trouva la juste tournure et qu'il eût emmagasiné assez de courage pour faire suite : " Désormais, tu t'en tiendras à moi pour te fournir les potions que Lupin prend et... Nous n'aborderons plus jamais ce qui est arrivé la nuit dernière." Conclut-il avec un difficulté extrême.

-" Je comprends. Je suis désolé pour ton labo et pour... La trouille que je t'ai flanquée. Ce n'était pas moi... Je comprendrais que tu aies également besoin de temps pour... Enfin tu sais." Ponctua le jeune homme avant de quitter la pièce.

Severus resta coi de longs instants dans son fauteuil, regrettant le temps plus insouciant entre deux guerre où le petit garçon se serait contenté de vivre le cheminement de sa vie sans tous les tourments dans lesquels ses proches vivaient et dont il ignorait tout.


Au moment où Severus entra dans les appartements attenant à son laboratoire, il le fit sans son habituelle théâtralité, comme quelqu'un de civilisé en fait.

Il trouva Granger assise, dos à lui dans son fauteuil avec la seule distraction qu'elle semblait apprécier ces derniers temps : scruter le feu et rester coincée dans sa tête entretenant des dialogues fictifs avec elle-même.

Elle ne se retournait plus lorsqu'il arrivait, lui prêtant le moins d'attention possible.

Parfois il s'attardait à la houspiller, d'autres fois il n'était juste là que pour récupérer certaines de ses possession, souvent de quoi lire. Il comprenait donc aisément qu'elle n'allait pas lui accorder d'importance dans les deux cas.

Il s'approcha, sur le même ton que son entrée, posément et lorgna le canapé pour savoir exactement où s'asseoir sans la déranger, ni elle, ni son chat.

Une fois encore, elle ne fit le moindre commentaire et ne lui adressa pas le moindre regard, elle-même abîmée dans ce qui semblait être un enchaînement de pensées douloureuses.

-" Vous auriez dû lui dire ce que vous ressentez." Dit-elle avec lenteur, les yeux rivés sur la cheminée.

-" Je vois que vous ne pouvez pas vous empêcher d'écouter aux portes." Répondit-il las.

-" Je n'en ai pas besoin, je n'ai pas bougé d'ici. J'ai l'ouïe fine."

Il soupira, fatigué et passablement troublé qu'elle puisse imaginer ce qu'il avait réellement en tête.

-" Je suis désolée que vous l'ayez appris de cette façon. C'était de loin la pire des manières."

-" Vous n'avez pas à être désolée et à mon sens, j'imagine qu'il n'y a pas de bonnes façons d'apprendre la vérité." Dit-il sombrement.

-" La vie est injuste." Reprit-elle, exactement de la même manière qu'il lui avait enseignée.

Il se tourna vers la jeune femme qui s'autorisa à le détailler également. Au fond de ses prunelles insondables, Severus semblait désorienté. Cette nouvelle était un coup de massue supplémentaire à ajouter à son fardeau habituel. Tout aurait pourtant dû cesser après la guerre, tout aurait dû être plus supportable. Les maux de la honte eux en revanche n'en avaient cure et ce tabou autour n'en aggravaient que davantage les effets.

-" Voyez le bon côté des choses, au moins vous avez quelqu'un qui peut vous comprendre." Asséna-t-il en se râclant la gorge.

-" J'ai toujours pensé que vous étiez un interlocuteur privilégié... Peut-être n'êtes-vous pas comme nous mais il y a toujours ces... Choses que vous avez commises qui font que vous vous considérez comme un monstre." Dit-elle.

Il fronça les sourcils et allait ouvrir la bouche pour se défendre mais elle le coupa.

-" Vous devriez pourtant voir que vous n'êtes finalement pas un monstre... Ces choses que vous avez faites ont toujours été dans un état de servitude." Murmura-t-elle.

-" Je pense avoir fait mon lot de mauvais choix." Se descendit-il.

-" Nous avons tous été des enfants apeurés un jour ou l'autre..." Glissa-t-elle.

Il la darda plus durement encore.

-" Pourquoi me cherchez-vous des excuses ? Il ne me semble pas que j'étais un enfant lorsqu'il m'a été rapporté que j'étais la plus grande peur de votre ami Londubat."

Hermione gloussa timidement.

-" Elle ne l'est plus depuis longtemps." Répondit-elle.

-" Idem pour la fois où je vous ai ouvertement insulté lorsque Malfoy vous a partiellement changée en castor, vous n'avez pas oublié et ce n'est qu'un échantillon. Il y a un tas de choses que je n'oserais vous conter tant leur teneur vous ferait verdir de terreur."

-" Il y a autre chose que je n'ai pas oublié, votre rôle dans ce merdier, la façon dont Dumbledore a abusé de vous, la bassesse des actes accomplis de ce que Voldemort pensait pour son compte, les innocents que vous avez mis à l'abri sans que l'ancien directeur ne vous le demande... Tous ces détails qui montrent qui vous êtes au fond." Corrigea-t-elle.

-" Miss Granger, ne vous fatiguez pas encore une fois à défendre ce qui ne peut l'être." Grogna-t-il.

Elle se cambra un peu plus de son côté, venant s'échouer près de lui.

-" Ce n'est pas vous que je défends, c'est ce que vous vous évertuez à cacher là-dedans." Allégua-t-elle, venant poser une main ferme sur son thorax.

Un instant il se figea, prêt à la repousser avec véhémence mais il n'en fit rien, transporté par il ne savait quoi d'anesthésique. Il ferma les yeux un instant afin de se rassembler et posa une main délicate sur celle glaciale de la sorcière pour l'en déloger.

Hermione se heurta à la rangée de boutons alors qu'il faisait glisser sa seule main valide le long de son torse. Elle n'en fit pas cas et resta dans sa position, ôtant cette présence qui l'incommodait. Pour une raison inconnue, néanmoins, il garda sa main sur la sienne.

-" Je vous pensais assez intelligente pour savoir que les émotions viennent du cerveau. Ici il n'y a qu'une pompe qui ne réfléchit pas." Souffla-t-il plus fatigué encore.

-" Mais c'est précisément cette pompe qui l'alimente." Murmura-t-elle vraiment très près. Ensuite elle ferma les yeux, l'entendant lâcher un seul ricanement tût au fond de sa gorge.


Lorsque Severus sortit de sa torpeur, il ne s'était pas imaginé un seul instant dans cette position.

La lumière vagabonde des braises mourantes vint à sa vision et à ce moment, il perçut la présence de quelque chose lui chatouillant les narines.

Il releva légèrement la tête avec un effort surhumain et constata dans la pénombre la présence d'une crinière brune juste sous son menton.

Il reprit un peu plus conscience de son corps et se retrouva coincé entre le fauteuil et le corps d'Hermione qui semblait dormir à poings fermés.

Elle s'était entortillée autour de lui ou l'inverse il ne savait pas très bien.

Leurs jambes étaient emmêlées. Son bras meurtrit reposait le long de son abdomen, l'autre contre son flanc.

Elle n'était pas froide, on aurait même presque pu dire qu'elle avait retrouvé une composition normale.

Seulement, ce n'était pas bien.

Non ce n'était pas moral.

D'ailleurs cette moralité semblait avoir fouttu le camp depuis des jours, elle lui en avait fait voir bien pire. Ou l'inverse.

Cette peste lui avait donné de quoi réfléchir et après cette courte méditation il était arrivé à la conclusion qu'il était aussi responsable qu'elle des forfaits commis. Il ne pouvait plus la blâmer entièrement, les torts étaient partagés et à présent elle était suffisamment douée et mature pour le lui faire comprendre et grogner lorsqu'il tentait de se soustraire à ses obligations.

Malgré elle, il semblait qu'elle réussissait l'exploit peu commun de réussir à faire remuer en lui des faits qu'il voulait taire et terrer au plus profond. Malheureusement, il avait fallu qu'un drame arrive pour qu'il en prenne pleinement conscience.

Granger était quelqu'un de bien et il ne méritait pas ses attentions. C'était sur elle qu'elle devait faire ce travail de réconciliation, pas sur lui.

Lorsqu'il tenta de se retirer et regagner sa propre couche, il ne put se résoudre à la quitter lorsqu'elle le serra plus fort encore, raffermissant la prise qu'elle avait sur ses jambes.

Severus était bien trop fatigué pour résister. Il capitula.

Il reprit contrôle de son propre bras pendant le vide et glissa une main timorée dans la chevelure confuse de la sorcière qui sembla vrombir de contentement dans son sommeil.

Que faisait-il ? Il n'en avait pas la moindre idée, son corps était en pilotage automatique et il acquit la pensée que le réveil demain allait être douloureux s'il laissait son impulsivité le gagner de cette façon.

Son dernier geste avant de clore ses paupières une dernière fois fut de ramener le plaid en boule aux pieds de la jeune femme, juste d'un mouvement gracile de la main. La couverture obéit et Hermione se trouva couverte jusqu'au menton.


-" Est-ce que ça va aller Hermione ?"

-" Oui Remus... Au moins ça a le mérite de rendre certaines choses plus claires."

Hermione fut la dernière encore à emballer ses affaires après le cours de DCFM. Il faut dire aussi qu'elle avait trainé la patte non seulement car il était encore assez difficile de récupérer l'usage de sa main et de plier bagages plus rapidement, mais aussi car elle savait implicitement qu'il allait lui accorder un entretien.

Lorsque les autres élève furent dehors, il aida la jeune femme à faire son sac proprement.

-" Est-ce que ce n'était pas trop alambiqué ? J'en ai vu certains qui tournaient de l'œil et d'autres le regard vide." Rit-il.

Elle caqueta gentiment.

-" On s'en fiche des autres, n'est-ce pas ? Ce cours était pour moi et moi seule." Planta-t-elle.

-" Entièrement." Approuva Lupin. " Toutefois, j'ai pu distinguer certains regards alarmés de Ron et Harry au cas où... L'inévitable se produise." Ajouta-t-il avec un discernement académique.

-" Ils ne pourront rien y faire, à leur échelle ils peuvent juste se contenter d'être présents et dieu sait qu'ils le sont. Pour la première fois en presque dix ans ils s'occupent de moi." Rit-elle en cachant ses dents de sa main.

Elle entraîna le professeur dans son éclat et ensuite Remus se reprit.

-" Alors, quel genre de vampire penses-tu être ?" Lui demanda-t-il plus sereinement.

La sorcière se mit en réflexion, levant les sourcils, le regard un peu fuyant. Cette question était étrange, comme sortie d'un quiz de Sorcière Hebdo.

-" Bien... D'après mes observations, il serait possible que je puisse acquérir certaines capacités à engendrer un certain relâchement mais... Cela ne fonctionne pas toujours. L'autre nuit, Snape ne m'a pas entendu quand je lui ai demandé de fuir Draco..."

-" Un trop grand état de stress ne peut pas forcément induire un changement. Je crois que je ne t'apprends rien si je te disais que cette situation était précisément ce que Severus redoutait le plus... Le pire est en train de se produire en ce moment-même, crois-moi. L'idée que son petit prince de Serpentard soit devenu une 'bête assoiffée de sang' comme il le dit, doit remuer des choses très désagréables en lui." Répondit-il tristement.

-" Tu ne m'apprends rien, je sais tout ça... Nous communiquons." Dit-elle de façon prosaïque.

Devant les sourcils levés incrédules de Lupin et dont la langue brûlait d'une question si fort qu'il sembla à la jeune femme l'avoir entendue à voix haute. Elle plissa le regard et se reprit tant l'implication était troublante.

-" Du moins de façon non verbale. Il y a des choses qu'il ne veut pas dire mais je n'ai ni besoin de l'écouter ni d'être legillimens pour l'entendre. En dehors de son venin habituel, ça... Je crois que tout le monde sait l'interpréter." Ajouta-t-elle.

-" Ah et qu'est-ce que notre professeur de potions à tant que ça à dire ?" Demanda Remus avec curiosité.

-" Cela ne te regarde pas, j'imagine." Conclut-elle avec un sourire malicieux.

-" ça par exemple. Tu as beaucoup de chance que Sirius n'ait pas plus déteint sur moi, autrement je t'aurais tiré les vers du nez. J'imagine que tu as raison mais... Ne t'aventure pas trop loin dans les pensées de Snape, Hermione. Il se peut que cela te joue des tours." Avertit-il.

-" Lorsqu'il se montre trop perfide j'ai mes petites astuces pour le rendre doux comme un agneau, ne t'en fais pas." Expliqua-t-elle toujours avec espièglerie.

-" Bon sang, sorcière, tu es passée maîtresse dans l'art de la manipulation je me trompe ?" Esquissa Remus avec malignité.

-" Je n'ai envie de manipuler qui que ce soit, sache juste que je n'ai plus envie de me prendre la tête à écouter sa mesquinerie. Quoique, je dois avouer que ces derniers temps, ces états d'esprits se sont raréfiés chez lui. Je pense qu'il a enfin compris ce que je suis devenue et... Il aura trop de fierté pour l'admettre, mais je sais qu'il est bien content de m'avoir eu à ses côtés l'autre soir quand... Tu sais."

-" Snape est sensible lorsqu'un loup-garou arrive dans l'équation... Si j'étais toi, je resterais tout de même sur mes gardes. Quoi qu'il en soit, continue à apprivoiser tes nouveaux pouvoirs. Cela t'aidera à canaliser d'autres pulsions qui viendront fatidiquement." Conseilla-t-il en se rassemblant.

La Gryffondor opina du chef et laissa son professeur de DCFM lui replacer son sac sur l'épaule droite. Elle le remercia chaleureusement avant de refermer la porte de la classe.

A l'extérieur, Draco l'attendait, comme il le lui avait promis et en silence, ils se frayèrent un chemin vers les jardins du domaine.