Chapitre 16 - Coco Câline
Dire que la nuit de Severus Snape avait été agitée fut un doux euphémisme.
Son temps de sommeil réel devait se compter en minutes et pourtant, même tous feux éteins, il ne pouvait s'empêcher de se tourner et retourner entre ses draps.
Son irritabilité prit un tournant à six heures lorsqu'il fut temps de se lever et qu'il se rendit compte n'avoir finalement pas fermé l'oeil de la nuit.
La coupe était pleine, et pour la première fois depuis qu'Albus était mort, sa première pensée ne fut pas pour son café matinal mais pour la lettre de résignation qu'il voulait présenter à Minerva en bonne et due forme.
La guerre, le retour de Lupin, ses tourments habituels, ses affaires pour le ministère, Draco et Granger... C'était trop.
Il se leva, bondissant comme un chat et se para de ses habits avant de quitter cette chambre impregnée de la présence d'Hermione.
Il trouva McGonagall à son bureau, déjà bien matinale en ce samedi mais encore affublée de sa robe de chambre aux motifs écossais, les cheveux noués d'une simple tresse qui lui retombait au milieu du dos.
Elle fut étonnée de voir son professeur de potion venir la solliciter alors que le soleil n'émettait encore le moindre rayonnement.
-" Je démissionne !" Jura-t-il avant même que la porte du bureau ne soit fermée, avant même qu'elle n'ait eu le temps de poser sa propre tasse de café.
La vieille sorcière manqua de s'étouffer, laissant tout de même quelques gouttes passer au travers et même prise d'une toux incontrolâble, elle dardait l'homme déterminé face à elle qui semblait être le plus sérieux du monde.
-" Non mais... Comment ?" S'égosilla-t-elle tout en râclant sa gorge.
-" Vous m'avez bien compris." Lui dit-il avec solennité.
-" Severus mais pour l'amour de Merlin qu'est-ce qu'il se passe ?" Ragea-t-elle.
-" Il se passe que j'en ai assez, j'ai besoin de prendre congé de cette école. C'est trop Minerva !"
-" Si tu veux, je peux te donner des jours, je n'aurais qu'à demander à Slughorn de venir te remplacer pour l'affaire de quelques semaines." Proposa-t-elle avec ses yeux écarquillés et les mains tremblantes autour de sa tasse mais le maître de potions sembla campé sur sa position.
Il nia de la tête.
-" Severus, je ne peux pas me permettre de te perdre. Le ministère ne m'enverra personne de compétant avant des mois et Horace a fait son temps ici, ce serait une solution provisoire."
-" Je suis désolé de vous mettre dans l'embarras mais il se trouve que ces dernières semaines ont été trop riches en... émotions." Libéra-t-il en crachant presque le dernier mot.
-" Si tu veux parler de Malfoy, je comprends que cette nouvelle puisse te bouleverser mais je t'ai connu plus résistant."
-" Ce n'est pas que Malfoy, Minerva..." Soupira-t-il. " Et puis je pense que j'ai passé l'âge de me mettre autant dans l'embarras."
-" De l'embarras ? Mais enfin de quoi parles-tu ?" Demanda-t-elle un peu perdue, ses lunettes glissant de son nez et le regard inquiet.
-" De Granger." Libéra-t-il.
Fichu pour fichu, il n'en avait plus rien à faire. Il pouvait délier sa langue autant qu'il le voudrait, peut-être la directrice consentirait-elle à accepter son départ pour de légitimes raisons.
-" Tu n'es pas obligé de faire ça seul et Poppy me rapporte qu'elle la voit de moins en moins." Puis soudain, McGonagall fronça les sourcils, le regard perturbé. " Est-ce que... Est-ce que c'est toi qui fais ses soins ?" Questionna-t-elle du bout des lèvres.
-" J'ai toujours plus ou moins fait ses soins." Répondit-il satisfait de laisser planer le doute.
-" Tu sais très bien de quels soins je parle !" Rugit-elle, s'empêchant manifestement de taper du poing sur le bureau.
-" Si votre question concerne les soins de ses pansements alors oui. Oui je lui change ses pansements à intervalles réguliers."
L'ancienne Gryffondor écarquilla ses yeux et sa gorge fut infiniment plus serrée tout à coup.
-" Ce... Ce n'est pas à toi de faire ça..." Se contenta-t-elle de dire avec gêne.
Il ne put s'empêcher de livrer un sourire carnassier à sa supérieure hiérarchique.
-" Elle insiste beaucoup vous savez. Miss Granger est en proie à des appétits assez tenaces..." Glissa-t-il avec une implication que Minerva ne pouvait pas ne pas avoir interprétée.
-" Pour l'amour du ciel Severus..." L'entraîna-t-elle, le visage rouge.
-" Ma démission ne résulte que d'une de mes nombreuses et habituelles cogitations nocturnes. Vous voulez savoir ce qui l'a précipitée hmm ? Votre lionne se délecte de m'embarrasser sur un terrain que je n'aurais jamais abordé un autre jour. Elle sait s'y prendre pour vous faire flancher et apparemment son arme de prédilection avec moi sont ses atouts."
-" Ses atouts ?" Répéta Minerva, les yeux ronds comme des soucoupes.
-" En effet, ses atouts. J'ai cédé au moindre de ses caprices ces derniers temps, me retrouvant parfois dans le même lit qu'elle, me réveillant chaque matins avec elle collée à moi comme un sangsue, juste pour son confort personnel. Oh je sais ce que vous allez me dire et moi je vous répondrais que c'est de votre faute si on en est là, vous avez tenu à ce que je l'accepte et allez savoir pourquoi cette peste a jeté son dévolu sur moi, cela reste un mystère. Toujours est-il que j'ai eu un éclair de lucidité cette nuit alors que j'étais à deux doigts de la besogner comme une forcené et qu'elle me suppliait de le faire." Exagéra-t-il.
Il n'avait pris aucune pause dans sa tirade, comme s'il avait répété cette diatribe par cœur avant de la lui recracher avec tout le fiel possible et il se délectait de la voir se décomposer face à lui.
-" Bonté divine !" Murmura la directrice, figée comme une statue de sel. Le corps de Minerva fut tressautant de soubresauts et il garda cette image d'elle, stupéfaite, frôlant la crise cardiaque.
-" Naturellement, pour le peu de sens moral qu'il me reste, vous aurez ma lettre dans la journée. J'ai besoin... Non, je dois m'éloigner d'elle avant. Pour ma propre santé mentale, je vous demanderais de l'accepter et de ne pas essayer de me dissuader."
-" Non mais est-ce que tu t'entends parler ?" S'époumona-t-elle. " Premièrement, tu n'as pas le droit de rejeter tous les torts sur les autres. A t'entendre on croirait que tu n'es responsable de rien !"
-" C'est le cas." Fit-il placide.
-" Tu as évoqué le fait d'avoir... D'avoir dormi avec elle et plusieurs fois, ce qui prouve que tout de même tu revenais aussi et ne me parle pas de la persuasion qu'elle peut avoir car je t'ai connu bien plus strict et impénétrable Severus Snape ! Tu ne me feras pas avaler ça !"
Il soupira avec un grognement, son regard porté sur Minerva lançant des foudres.
-" Deuxièmement, tu crois sincèrement être la première personne de l'humanité face à ce problème ? Arrête de regarder ton nombril un peu. Troisièmement, puisque tu ne m'as pas laissé le temps d'en placer une, je ne considèrerais ta démission qu'après ta nouvelle mission pour le ministère. Hier soir, pendant que tu jouais à je ne sais quoi avec une élève majeure, Kingsley m'a fait parvenir une note te concernant, disant qu'ils avaient besoin de toi sur le terrain pour au moins quinze jours !" Fulmina-t-elle avec son accent écossais qu'elle n'était à présent plus capable de masquer aussi bien.
Le tableau fut comique pour Snape. Après tout, il adorait faire sortir la directrice de ses gonds. Elle inspira profondément et retrouva le courage de terminer :
-" Je t'en prie, ne fais rien de stupide. Prends la distance dont tu as besoin. Fais ce que tu veux. Tu as quinze jours pour t'aérer l'esprit et si au bout de cette peine ton désir reste le même alors je le considèrerais." Elle fouilla le tiroir de son bureau et en sortit une missive qu'elle lui tendit et qu'il arracha aussitôt et rangea dans sa redingote.
-" Je n'éprouve pas de désir pour elle !" Se défendit-il avec ardeur, les poings serrés, ses doigts blancs comme linge.
-" Je parlais de ton désir de démissionner mais il est intéressant de voir dans quel état cela te met quand tu penses à ses autres formes." Dit-elle avec un sourire en coin, se délectant de son café.
Snape sentit un déclic au fond de lui, quelque chose qui menaçait d'exploser et le mettre dans une rage noire. Il tourna les talons non sans maugréer des insultes à peine dissimulées à qui voulait bien l'entendre.
McGonagall resta coite dans son fauteuil de longues minutes, tentant d'encaisser tout ce qu'il venait de lui servir et il fallait bien admettre que la pilule fut davantage digeste qu'elle ne l'aurait cru, en fait, elle adorait les ragots.
Au bout d'un certain temps elle posa sa tasse et entra dans une hilarité sauvage, des larmes perlant ses yeux. Jamais au grand jamais elle n'avait connu Snape passer par tant d'émois en si peu de temps.
Elle savait que ce n'était pas bien de se moquer mais ce salopard l'avait après tout bien mérité. Même si elle éprouvait pour lui une profonde affection, il n'en restait pas moins qu'une sacré tête de mule qui méritait de temps à autres de manger un sévère retour de karma en pleine face et c'était exactement ce qui était en train de se produire.
Le plus grand mystère cependant était de comprendre comment exactement il en était arrivé là avec Hermione.
-" Il est toujours aussi borné à ce que je vois." Relata Dumbledore dans son cadre.
La directrice se tourna et fit face à son ancien mentor.
-" En même temps, il n'a pas son pareil pour se mettre dans un tel pétrin."
Dumbledore esquissa un rire timide avant de reprendre d'une voix rocailleuse :
-" Que comptes-tu faire ?"
-" Je n'en sais rien Albus... Je pense ne pas avoir de leçons à donner et de toutes manières, quelle que soit la direction que je lui montrerais, cet oiseau de malheur se débrouillera pour continuer de se voiler la face, voire prendre le chemin opposé juste pour me défier." Avoua-t-elle presque vaincue.
-" Et concernant ton élève ?"
-" Miss Granger est adulte, si demain elle veut elle aussi prendre la porte rien ne pourra l'en empêcher. Quant à ses soi-disant appétits, je préfère nuancer les propos de Severus car il tire toujours les choses à son avantage lorsqu'il se sent incriminé. Je mettrais ma main à couper qu'il a aussi initié certaines choses et que ça, il se garde bien de le dire. " Soupira-t-elle à présent résignée. " Ce garçon est un handicapé social et doublé d'une bêtise sans bornes... D'après toi, que devrais-je faire Albus ?" Implora-t-elle le tableau.
L'ancien directeur sembla aspirer l'air vide de sa toile, se donnant un peu d'inspiration.
-" Ce sursis de deux semaines est une bonne chose pour tout le monde, cela permettra de remettre les choses à plat et je suis certain que chacun pourra se rassembler. Les choses se tasseront et quoi qu'il advienne, je pense que ça ne nous regarde pas."
-" Albus !" Gronda-t-elle. " Je n'ai pas envie de me retrouver avec un conflit d'intérêts !" Expliqua-t-elle.
-" Alors fais ce que j'ai toujours fait... Ignore les choses pour le bien commun." Rit-il avec légèreté
Hermione non plus avait pas franchement passé la meilleure nuit de sa vie. C'était même tout le contraire. Snape parti, elle n'avait eu d'autre options que de retourner auprès de la cheminée et s'enterrer sous sa pile de plaids de plus en plus nombreux.
Elle était à la fois médusée de la façon dont elle s'était comportée mais aussi très désappointée de la tournure qu'avaient prisent les choses lorsqu'il avait regagné ce qu'il nommait du ' bon sens'.
Le plus douloureux n'était pas sa frustration, c'était le rejet.
Démunie, seule, cachant la vérité au fond de ses entrailles.
Elle ne pouvait pas lui dire ce qu'elle ressentait chaque fois qu'il posait ses mains sur elle.
Lorsqu'il avait changé ses pansements la première fois, elle avait peiné à masquer le trouble qui la hantait. Ce fut pareil la deuxième, la troisième...
Quelque chose avait changé depuis leur premier baiser et elle avait beau tourner la question dans tous les sens, elle ne savait quoi.
Oui bon d'accord, elle était fautive sur énormément de points, l'envie de le voir se déchaîner et perdre le contrôle était une taquinerie assez alléchante pour qu'elle s'y abaisse. Cependant elle le savait réceptif à toute une panoplie de stimuli qu'elle lui envoyait et les perches qu'elle lui tendait. Si au début elle voulait tester sa patience, aujourd'hui c'était différent.
Le toucher de Severus restait imprimé sur sa peau, comme un résidu fantomatique. Cette nuit chaque fois qu'elle avait fermé les yeux, elle percevait sa bouche la dévorer, sa main lui empoigner la cuisse qu'il avait frotté sur sa dureté, ses doigts lui effleurer le bout de son sein.
Elle se repassait intérieurement ses grognements, ses mimiques, les étincelles de désir au fond de ses orbes d'obsidienne, le rythme de son cœur et son odeur d'ambre si enivrante.
Rien que ces pensées suffirent à lui faire supporter la froideur du cachot et même, pour la première fois depuis des lustres elle réussissait à rosir sous la simple remémoration des empreintes qu'il avait laissées sur son derme.
Elle avait besoin de lui.
Hermione avait l'aptitude nécessaire pour comprendre que Snape n'était cependant pas prêt de déroger à ses principes et qu'elle devait accepter ce rejet et l'appréhender avec toute la dignité qu'il faudrait.
Le matin, elle se leva péniblement, pas loin des aurores et se traina vers le réfectoire par réflexe alors que son ventre lui envoyait des signaux de survie.
Il n'y avait pour ainsi dire personne au réfectoire, tout le monde s'octroyait le plaisir de dormir jusqu'à au moins dix heures et tant pis pour le petit déjeuner.
La seule tête s'élevant au milieu du vide et du silence inhabituel fut celle de Luna.
Hermione haussa les sourcils, d'habitude, la Serdaigle n'était pas si matinale.
La Gryffondor s'élança alors à la rencontre de la jeune femme.
-" Tu es tombée de ton lit ?" Rit-elle.
-" Non, je me suis juste levée plus tôt pour nourrir le Kraken, je n'aurais pas le temps cet après-midi à cause du match." Fit la petite voix fluette de la blonde qui mangeait ses céréales nonchalamment.
Devant elles se trouvait juste de quoi se sustenter mais Hermione préféra se verser un verre de jus de citrouille fraîche, son corps supportant de moins en moins la nourriture solide.
" J'ai quelque chose pour toi." Se souvint Luna soudainement avant de se baisser sur le banc et fouiller sa besace.
Hermione haussa un sourcil de surprise. Elle allait très certainement lui demander de jeter un œil à son dernier devoir de métamorphose au cas où elle aurait omis un détail mais elle n'en fit rien.
De son sac en tissus imprimé fleur, Lovegood extirpa une noix de coco dans sa cosse encore verte et la posa juste sous le nez d'Hermione.
Médusée cette dernière reposa son verre ne sachant trop quelle idée avait encore bien pu passer par la tête de l'éternelle rêveuse. Des cadeaux elle en avait déjà reçu mais jamais dans ce goût-là.
-" Euh... Merci Luna." Fit-elle poliment mais terriblement curieuse quant à ce que cela voulait réellement signifier.
-" En fait il faut que tu boives l'eau dedans." Expliqua-t-elle académiquement tout en sortant sa baguette de son étui. Elle posa le bout de son instrument au sommet de la cosse et tapota dessus trois fois. " Cultro."
Le haut se fendit juste à peine, révélant l'intérieur, suffisamment pour que Luna ne la reprenne et verse l'eau prisonnière dans un verre propre.
-" Je me suis renseigné et l'eau de coco a beaucoup de vertus. C'est un liquide stérile qui a presque les même propriétés que le plasma humain et parfois même dans le temps, des guerriers moldus l'utilisaient en intra-veineuse quand ils avaient perdu beaucoup de sang." Enseigna-t-elle, le tout sous le regard confus d'Hermione. " Dis-moi ce que tu en penses." Pria-t-elle en lui tendant le verre.
La Gryffondor ne put faire autrement que de s'exécuter avec une légère appréhension. Si cela ne passait pas alors, il y avait fort à parier qu'elle vomirait aussi sec sur la table.
Prenant une grande inspiration, elle renifla. Il n'y avait quasiment aucune odeur qui s'en dégageait mais le peu lui rappela les cheveux de Snape et là elle se fustigea mentalement.
Avec toute l'hésitation possible, elle porta le verre à sa bouche.
C'était étrange. Doux et sucré avec un gout de coco.
Le plus étonnant fut que cette chose avait du goût comparé à tout ce qu'elle avait pu ingurgiter d'autre depuis des mois. Revigorant même. Elle lapa jusqu'à la dernière goutte sous le regard affectueux de Luna.
-" Luna c'est... C'est fantastique !" S'exclama-t-elle.
-" Il faudrait que tu en boives deux à trois par semaine... Si tu veux je t'en apporterai, j'ai demandé à un elfe en cuisine si on pouvait en commander et il a dit oui." Laissa-t-elle courir.
Hermione fronça les sourcils de nouveau.
-" Luna qu'est-ce que..." Allait-elle demander mais elle la coupa juste en levant un doigt en l'air.
-" J'ai vu que tu avais décliné ces derniers temps et le cours de Lupin hier m'a fait comprendre pourquoi tu n'allais pas bien... Je voulais juste prendre soin de toi et tenter de te montrer des solutions." Expliqua la Serdaigle de sa voix mélodieuse.
Hermione ne s'en rendit pas compte mais sa mâchoire pendait dans le vide. Elle vit le regard de Luna s'attardant brièvement sur la longueur de ses canines avant de nouveau la regarder dans les yeux avec sincérité.
-" Elles sont incroyablement jolies, elles te vont bien." La rassura-t-elle sans jamais les nommer.
Hermione ne sut pourquoi mais à cet instant elle tomba dans les bras de la Bleu et Bronze. Timidement, les mains de Luna vinrent encercler ses épaules et son cou, ne sachant pas tellement comment réagir à ce genre d'affection. Elle se laissa guider simplement par son instinct et serra en retour d'autant plus fort qu'Hermione se laissait aller, pleurant à chaudes larmes sur son pull.
Elle la berça un long moment, murmurant une berceuse que sa mère lui avait tant et tant chanté quand elle était petite.
Les deux jeunes femmes ne surent combien de temps elles restèrent là, l'une consolant l'autre qui avait manifestement encaissé tant qu'elle ne pouvait supporter davantage.
Le week-end suivit à une vitesse épouvantable.
Serdaigle avait gagné contre Serpentard et il n'en fallait pas davantage pour que les élèves trouvent un prétexte à faire la fête. Depuis la chute du Seigneur des Ténèbres, tout était bon pour s'amuser un peu.
Hermione avait participé aux festivités sans pour autant trop se mêler à la foule de son dortoir commun.
Le dimanche, elle s'était rendue avec Neville et Harry à la cabane de Hagrid. Nul n'avait évoqué l'incident d'il y a presque trois semaines et se contentait de bavasser gentiment de choses et d'autres.
Neville restait dans le flou concernant Hermione. Draco ne lui avait rien révélé.
Il lui avait dû rendre son histoire suffisamment viable pour ne pas éveiller de soupçons inexistants à propos d'Hermione et pour ça elle l'en gratifiait sans faillir.
Pour sa main, il avait prétexté s'être simplement gravement blessé en se battant avec une chimère et le garçon de Gryffondor l'avait cru.
Personne ne se posait de questions et c'était très bien comme ça.
Les deux seuls à qui Hermione avait en revanche dû rendre des comptes furent Ron et Harry. Dès le lendemain de leur passage à l'infirmerie les garçons avaient attendu la jeune femme d'un pied ferme vu qu'ils n'avaient rien su tirer de McGonagall. Lupin était également resté étrangement muet, leur disant que la personne concernée se révèlera à eux en temps voulu si et seulement si elle le souhaitait. Quant à Snape... Non, simplement non. Ce n'était même pas la peine de penser à lui demander quoi que ce soit étant donné son humeur encore plus massacrante qu'ordinaire.
Les deux jeunes hommes avaient alors attendu un repas de midi et s'étaient contentés de fixer la jeune femme sans rien lui dire, juste avec un regard équivoque.
Hermione s'était passablement emportée, ne voulant pas briser la confiance que Draco lui portait à présent... Seulement ce fut plus fort qu'elle et après tout c'était de bonne guerre, Harry et Ron l'avaient grandement aidée cette nuit-là, à débusquer le loup-garou.
L'annonce fit l'effet d'un glaçon dans le dos et elle se souvint avoir alors entendu Ron dire qu'il ne valait mieux plus qu'elle traîne avec.
Une fois de plus, la sorcière s'était emportée en lui sommant de se mêler de ses propres affaires et était partie avec un panache digne de Snape. Depuis ce jour, elle l'avait quelque peu pris en grippe et le rouquin ne lui adressait pas plus la parole que ça.
Le lendemain matin, Hermione se leva en retard, un peu comme tous les jours ces derniers temps. Son elle antérieur l'aurait giflé de toutes ses forces si elle voyait ça.
Elle sauta l'étape du petit déjeuner et de toutes manières l'horloge avec qui elle entretenait des relations tendues lui indiquait clairement que son délai pour rejoindre le cours de potions était largement dépassé si elle voulait être à l'heure.
Snape allait l'écorcher vive.
A moitié débraillée et les cheveux à peine relevés dans un chignon, elle avait fait le tour du château, se rendant en premiers lieux à l'infirmerie pour son injection puis courut dans les chachots de nouveau.
Lorsqu'elle tourna la poignée de la porte, essayant d'ignorer l'angoisse se profilant, elle était épuisée et il lui semblait que ses poumons allaient sortir de sa bouche.
-" Ah Miss Granger, je me demandais où vous étiez passée." L'accueillit une voix amicale et familière.
Hermione leva son regard pour tomber sur Slughorn. Etrangement l'atmosphère avait changée.
Elle papillonna du regard un bref instant avant de s'exclamer tout haut :" Où est Snape ?" Avant de s'attirer foudres et rires de ses camarades qui étaient bien trop heureux de ne pas voir le bâtard des cachots.
-" Votre professeur est absent pour le moment alors je reprends du service." Lui annonça-t-il guilleret.
Ignorant l'envie de rester plantée comme une statue de marbre au beau milieu du couloir, elle se força à rejoindre sa paillasse à côté de Harry. Ses membres tremblaient et pas seulement de froid...
Elle sortit ses affaires comme si de rien était mais sa main gauche lui fit à nouveau défaut, laissant échouer sur le sol une myriade de parchemins. Ainsi, elle obtint toute l'attention qu'elle fuyait et sous le regard désapprobateur du survivant, chacun vaqua à ses occupations.
Il l'avait abandonnée une fois de plus.
Hermione fit de son mieux pour garder son sentiment d'anxiété soudain tandis que Harry s'était baissé pour l'aider à ramasser.
Elle le gratifia d'un sourire miséricordieux et remit ses affaires en place pour ne finalement sortir qu'une plume et un carnet de notes.
