Chapitre 21 - Le pénitencier
Bonjour bonjour, oui du retard mais j'étais en semi vacances loin de tout et de chez moi. J'espère que vous allez bien. Grand merci pour vos retours ça fait plaisir. La bise !
Severus et Desmond étaient seuls.
Ils partageaient un moment rare dans les véritables appartements du vampire... De son manoir plutôt.
Snape ne savait pas trop pourquoi il avait accepté cette invitation. Peut-être avait-il besoin de compagnie autre que celles qu'il pouvait rencontrer à Poudlard.
Depuis la débâcle du bal du Yule tout autour de lui semblait aller de travers.
Minerva ne parlait plus, éteinte et étreinte d'un sentiment de culpabilité semblant l'étrangler. Elle avait recueilli Pattenrond dès le départ d'Hermione et la tristesse du chat semblait déteindre sur l'animagus qu'elle était.
Poppy était effondrée, elle qui devait emmener Hermione à Sainte Mangouste même pas trois jours après sa fuite. L'infirmière était alarmée par la situation pour des raisons de santé.
Draco et Londubat semblaient bien seuls tout à coup. Le Gryffondor avait tellement plus de mal à encaisser la chose que le jeune lycanthrope qui lui semblait comprendre. Après tout, suite à tout cela, les élèves avaient beaucoup de mal à le regarder, n'osaient pas s'approcher et se barricadaient lorsqu'arrivait la pleine lune. Au moins les couloirs n'étaient pas engorgés de gamins qui voulaient faire le mur.
Lovegood était toujours perchée sur son nuage, s'accordant avec Malfoy qu'elle devait avoir ses raisons.
Potter et Ginny ne passaient pas une journée sans demander à la directrice si elle avait des nouvelles et chaque jours elle leur répondait la même chose. Un non fatigué.
Weasley lui s'en était sorti avec une exclusion temporaire et un sermon savonneux de la directrice, de sa mère, de son père, de ses frères, surtout Bill qui avait vu d'un très mauvais œil ce lancement d'alerte, le prenant comme une véritable trahison.
Lupin était plus inquiet que jamais et se murait dans le silence.
Quant à lui ?
Lui se terrait dans son mutisme habituel et dans son trou.
Chaque cours avec Snape était devenu une véritable torture pour ses élèves, plus que cela était possible autrefois. Son verbe n'était que glace, amertume et méchanceté passive.
Il avait retrouvé ses appartements de manière officielle mais, même s'il ne les avait jamais réellement quittés, ce n'était plus pareil. Il manquait quelque chose.
Il se fustigeait mentalement.
Comment cette sotte avait fait pour se frayer un chemin, aussi tortueux fut-il, dans son intimité, dans ses pensées, dans son inquiétude ?
Voilà des mois qu'il n'avait aucune nouvelle, qu'il s'était réveillé comme un con au milieu de son labo, qu'il avait fomenté en vengeance sévère à son encontre et que tout s'était écroulé au moment où il ne la trouva nulle part.
Elle avait juste laissé une note impersonnelle.
Je pars.
Elle avait abandonné sa robe de soirée sur le lit, roulée en boule à la hâte. Elle avait quitté tout son matériel, ses cours, ses livres, ses vêtements, ses uniformes.
Elle n'avait emporté que son sac, ses noix de coco et quelque part, elle avait aussi au passage volé un fragment de son âme.
Les secondes passant, il ne pouvait s'empêcher de se demander si au moins elle allait bien, si elle était en vie. Il n'était pas sain qu'elle soit dehors avec les rôdeurs qui se cachaient de la justice. Elle n'en avait peut-être même pas conscience mais elle était en danger autant par sa nouvelle condition que par son origine moldue.
C'était peut-être pour ça aussi que ce soir, Severus avait accepté de rendre visite à Desmond. Il avait besoin de son aide plus que jamais et le vieux vampire pourrait peut-être la lui apporter.
Les trois mois de sursis avaient déjà filé et rien de plus que deux planques n'avaient été trouvées sans d'autres pistes. Le ministère s'impatientait et malgré avoir passé au peigne fin les dossiers de chaque ressortissant et les avoir recensés, rien ne clochait.
Alors qu'est-ce qu'il leur échappait exactement ?
A ce jour, Hermione était la dernière sorcière à s'être fait mordre. Le dernier en date fut un certain Magnus Dane dans les années 80 et ne semblait pas causer le moindre trouble alors qu'il était nourri par le ministère lui-même.
Il y avait des lois concernant les vampires.
Premièrement, chaque individu, pour la plupart des moldus, était pris en charge par le cabinet de Fubble. Ils devaient apprendre à connaître un monde qu'on leur avait toujours caché et ainsi ils faisaient parti du mouvement, sans pour autant se voir accorder les privilèges d'un sorcier ou d'une sorcière.
Deuxièmement, le cabinet de Fubble devait s'occuper d'aller à la rencontre de ces gens, de les placer, faire en sorte de leur trouver un travail pour conserver un semblant de vie normale et par-dessus tout, il leur était fourni quatre à cinq poches de sang par mois, ce qui était largement suffisant pour se sustenter.
Troisièmement, afin de garantir la non-prolifération de l'espèce, il leur était interdit de mordre un humain dans le but de le transformer. Si un tel acte était constaté, alors le vampire responsable devait être arrêté sur le champ et offert aux détraqueurs... Moldu ou non.
Dernier ordre, la chasse au vampire était formellement interdite. Ces derniers temps, certains sorciers outrepassaient ce règlement pour d'obscures raisons.
Il y avait un tas de choses à quoi pouvait servir le sang d'un immortel : potions contre le vieillissement, potions récréatives, comme puissant psychotrope mais plus encore, dans des rituels de magie noire.
Au vu du profil des personnes à présent incarcérées et coupables d'avoir pratiqué cette chasse, Snape était certain qu'au moins les deux dernières possibilités étaient envisageables.
Là où il avait le plus peur pour Hermione fut qu'elle était une sorcière. Une sorcière pas tout à fait transformée mais la chose était suffisamment rare pour que sa tête soit mise à prix sur le marché noir.
Poudlard savait et par conséquent il n'était pas impossible que l'information ait fuitée de ses murs.
-" Tu sembles préoccupé, Snape." Dit Desmond assis sur son canapé en velours bleu nuit.
-" On dirait que rien ne t'échappe." Lança le potioniste acerbe, faisant tourner le brandy au fond de son verre en cristal.
-" C'est très difficile de cacher ses secrets à un immortel, tu le sais bien."
-" C'est tout aussi difficile de les cacher à un legillimens." Nargua -t-il.
-" Legilliquoi ?" Demanda l'homme brun avec un sourcil relevé.
-" Si j'usais de ma baguette, je pourrais aisément fouiller tes souvenirs avec précision, savoir ce que tu penses. Tu serais paralysé et incapable de me résister alors que je lèverai le voile sur tous tes petits secrets les plus obscurs." Se vanta le sorcier avec un demi-sourire caustique.
Desmond y répondit par le même genre de faciès et se contenta de boire une gorgée de ce que Snape ne pouvait nommer.
-" A part des souvenirs traumatiques de guerre, des évènements de ces quatre-vingt-neuf dernières années et une multitude de corps nus dans des positions diverses et variées, je n'aurais pas grand-chose à t'offrir je le crains, mon ami... Tu es inquiet pour ta sorcière n'est-ce pas ?" Questionna-t-il avec curiosité.
Severus ouvrit de grands yeux, étonné.
-" Je ne crois pas t'avoir parlé de quoi que ce soit." Grogna-t-il.
-" Tu n'es pas le seul à lire les esprits." Se contenta de laisser planer le vampire. " Et puis... Fubble s'est montrée très insistante sur le cas d'une prénommée Hermione qui avait fui l'école de sorcellerie Poudlard où tu enseignes... Avec le peu d'éléments que tu nous avais rapporté autrefois sur la traque de son créateur, il ne fallait pas être un génie pour trouver la concordance." Se moqua Desmond en scrutant chaque étirement sur le visage du maître de potions.
Severus crispa sa mâchoire, agacé d'être mis à nu par un simple moldu qui se délectait de sa réaction.
-" Ce n'est pas ma sorcière." Se contenta-t-il de répondre impassible.
-" A d'autres... J'ai entendu ton cœur battre plus fort à l'évocation de son nom."
-" Je ne souhaite pas aborder ce sujet."
-" Oh c'est vilain ça, monsieur le professeur s'entiche d'une de ses élèves. Je ne saurais dire combien de fois dans ma vie j'ai entendu ce scénario." Gloussa Desmond alors que le regard de Severus le massacrait sur place.
-" Revenons-en à nos moutons avant que je ne t'enfonce ma baguette en plein thorax." Menaça Snape d'une voix sombre.
-" Pour tout te dire Will est parti près de l'endroit où se trouve Poudlard même si nous n'avons pas le talent nécessaire pour trouver l'école, il peut toujours avoir une piste. J'ai envoyé Jett à Wembley là où résident ses parents. Fubble nous a donné tout ce qu'elle avait au sujet d'Hermione et j'ai pensé que ta sorcière était certainement passée chez elle avant de disparaître. Jett peut pister la magie, même résiduelle alors avec un peu de chance elle saura trouver des indices. Rosa quant à elle couvre un secteur entre Cardiff, Hereford. Max est entre Gloucester et Bristol."
-" Pourquoi Rosa et Max sont-elles là-bas ?" Demanda Snape.
-" Parce que ces grandes villes sont dans la périphérie de la forêt où Hermione a été mordue... Il y'a toujours comme un appel de retour aux sources." Conta le vampire.
-" Et si elle se fait capturer avant ?" Fit Snape avec un regard inquiet et furibond à la fois. " Si jamais les mangemorts lui tombaient dessus avant ? Est-ce que tu as la moindre idée..." Se mit-il à grogner avec nervosité. Desmond le coupa d'une main levée.
-" Je fais confiance à mes lieutenants. Personne ne peut rester caché indéfiniment." Rassura l'homme aux cheveux bruns. " Au fait désolé, d'avoir envoyé Rosa loin de toi."
-" Ce n'est pas grave. Chacun a son travail à faire. Je ne comptais pas spécialement la revoir." Concéda le potioniste pas triste pour un sou.
-" Ouch... Des ennuis avec elle ?" S'enquit Desmond avec sincérité.
-" Non, simplement je l'apprécie mais sans attache spécifique. C'est une personne sympathique je dois le reconnaître." Soupira Severus.
-" Ah mais oui je suis sot... Hermione..." Eclata le meneur de meute et Snape soupira alors qu'il savait ne plus pouvoir servir d'autres mensonges. Ni à lui, ni au vampire face à lui qui prenait un malin plaisir à le torturer psychologiquement.
-" Miss Granger et moi entretenons une relation ambigüe mais platonique. Je ne nourris aucun dessein à son sujet."
Il était tard ce dimanche-là lorsque Snape et Kingsley escortés de deux aurors arrivèrent dans une des cellules provisoires du ministère. L'une des aurors tenait en main un récipient d'argent poli contenant de la pensine.
Snape cachait sa nervosité quant à ce qu'ils devaient faire ce soir et en même temps, un tout petit poids s'allégeait de son fardeau.
Il n'y avait pas grand-chose dans cette pièce carrelée blanche du sol au plafond à part un bureau et une couchette qui ne donnait pas envie le moins du monde de s'asseoir ou se reposer dessus.
Il y avait également Lucius Malfoy, assis au bureau, attendant sagement l'explication de son extradition.
Le regard du blond scintilla de peu lorsqu'il vit la silhouette de Severus entrer dans ce nouveau trou.
Lorsque le potioniste croisa son regard, il fut frappé par les changements sur le visage de celui qui avait été son ami.
Le teint de Malfoy était cireux, presque gris. Sa barbe blanchâtre avait repris son cours, le contour de ses yeux était creusé de cernes violacées et ses iris ne possédaient plus l'éclat qu'ils avaient eu autrefois. Ses cheveux auparavant éclatants de platine étaient ternes, rêches comme un véritable nid de rats.
Il était toujours affublé de sa robe rayée de prisonnier avec ce chiffre déshumanisant écrit en gros sur son torse. Plus personne là-bas ne se référait à lui avec son nom et ses nombreuses relations avaient joué la sourde oreille lorsqu'il fallait lui rendre le service de le sortir de sa cage.
Tout le panache et la splendeur qu'il avait incarnée autrefois n'était qu'un souvenir. Il n'était même pas une ombre de ce qu'il avait été.
Snape cacha son malaise et s'assit sans un mot, se concentrant sur les mains de Lucius jointes par le fer.
Shacklebolt l'imita et posa un dossier presque vide entre-eux. Il fit un signe de tête à un des aurors qui sortit une seringue de sa poche.
Le regard du prisonnier s'écarquilla de terreur mais il ne pouvait rien faire à part bouger sa tête dans tous les sens et hurler des mots inintelligibles.
-" Calme toi Malfoy, ce n'est que du Veritaserum." Retentit Snape alors que l'homme face à lui grognait comme un animal en détresse.
L'auror plaqua la tête de Lucius sur la table avec un crac retentissant et lui planta l'aiguille dans la nuque, injectant le produit que le potioniste avait lui-même concocté. Lorsqu'il eut terminé de son intrusion, Malfoy eût un mal étrange à relever sa tête, voulant en dernière volonté dissimuler les larmes qui trahissaient son regard... Jusqu'à ce que l'effet prenne.
-" Bien commençons. Vous êtes bien Lucius Malfoy né le 21 février 1954 à Cambridge dans le Cambridgeshire. Ces informations sont-elles exactes ?" Demanda Kingsley.
-" Oui."
-" Vous êtes marié à Narcissa Malfoy née Black et vous avez eu un fils. Nommez-le."
-" Dra... Draco Malfoy."
La voix de Lucius était hachée par le chagrin et sa misère actuelle. Ses yeux s'embrumèrent une fois de plus à l'évocation de sa famille depuis longtemps perdue.
-" Il y a trois ans, vous n'avez pas pris part au combat ayant eu lieu au département des mystères."
-" C'est faux. J'y étais !" Scanda l'homme blond.
-" Très bien, le produit a agi. Severus, tenez-vous à disposition, je vous ferais savoir quand j'aurais besoin de vous... Bien. Monsieur Malfoy, pouvez-vous nous donner la nature exacte de votre poste au sein des mangemorts ?"
-" Je... Je... J'étais un simple lieutenant et... Vous-savez-qui demeurait chez moi... De son chef."
-" Est-ce que vous avez pris part à la torture, aux meurtres et à la traque des nés-moldus et traitres à leur sang ?"
-" Je..." L'homme semblait se retenir de parler toutes ses forces tant et si bien que les veines de son front et de ses tempes pulsaient visiblement à travers sa peau.
-" Ne retiens pas. Plus tu vas retenir plus ce sera douloureux." Lui conseilla Severus sur un ton neutre.
-" Oui... J'y ai pris part." Avoua-t-il douloureusement.
-" Avez-vous été forcé d'une quelconque manière ?" Reprit Kingsley, commençant à griffonner des notes dans le dossier.
-" Oui." Redit simplement Lucius avec une lueur d'espoir au fond de ses prunelles. Personne ne lui avait jamais posé cette question sérieusement et lorsqu'il avait clamé cette version, personne n'avait daigné l'écouter... Encore aurait-il fallu qu'il avoue toute la vérité.
-" Comment avez-vous été contraint ?"
-" Ils ont... Mon fils... Ils ont menacé mon fils. Ils l'ont transformé en loup-garou."
-" Severus, prend ses souvenirs... Nous allons voir ça de nous-même."
Le sombre potioniste se leva et alors Lucius se ratatina sur sa chaise.
-" Severus, s'il te plaît..." Implora-t-il.
-" Lucius... Si tu dis la vérité tu n'as rien à craindre." Annonça Snape en pointant le bout de sa baguette sur la tempe de Malfoy. " Repense à toutes les choses qui te reviennent en ce qui concerne Draco à cette époque." Ordonna-t-il.
Le prisonnier se mit à sangloter comme un enfant.
Un mince filet argenté s'accrocha alors à la baguette de Severus qui n'attendit pas et fit un signe à l'auror de poser la pensine sur la table alors que l'autre auror tint Malfoy à l'écart.
Il déposa le filet dans le liquide aux couleurs froides irisées et un tourbillon pareil à de l'encre noire remua en son centre.
Snape prit une longue inspiration. Il savait que cela devait être fait et pour autant, il n'avait pas la moindre envie de se replonger dans cette guerre.
-" Allons-y." L'encouragea Kingsley avec une œillade plus bienveillante que celle qu'il avait adopté depuis le début de cette session.
Severus opina une dernière fois, prenant le regard du ministre comme réconfort et ensemble ils plongèrent la tête dans le vaste récipient.
Ils arrivèrent dans un décor sombre et froid. L'orage dehors battait son plein et on pouvait sentir les vagues de la mer du nord s'écraser férocement sur les pierres de l'édifice dans lequel ils se trouvaient.
Azkaban.
Ils se trouvaient dans une cellule miteuse où dans le fond ils purent apercevoir Lucius roulé en boule dans un coin de la pièce.
Un gardien entra et alors il se releva.
Les deux hommes approchèrent.
-" Ton fils a échoué mais Snape a fait le sale boulot à sa place. Le maître est furieux."
Lucius trembla de froid ou de terreur.
-" Est-ce que Draco va bien ?"
-" Tout ce qui t'intéresse c'est de savoir comment va ton fils ? Heureusement que Snape était là. Dumbledore est mort avec dignité au moins. Si cette cinglée de Bellatrix s'en était chargée..."
Le décor vrilla.
A présent, ils furent projetés quelques mois plus tard.
Ils étaient dans le salon du manoir, rempli de visiteurs silencieux, assis autour d'une table ouvragée. Les meubles dans le fond de pièce, en désordre contre les murs, le tout éclairé à la seule lueur d'une cheminée. Au-dessus de cette table planait le corps de Charity Burbage, sa voix étouffée.
Snape se revit presque deux ans en arrière, jouant le rôle que Dumbledore lui avait confié. Le dégoût à nouveau lui empoigna les tripes.
-" Comme je le disais, je comprends mieux les choses, maintenant. Par exemple, il me faudra emprunter la baguette de l'un d'entre vous pour tuer Potter."
C'était Voldemort et son regard était porté sur chacun présent. Tous semblaient effarés.
-" Pas de volontaires ? Voyons... Lucius, je ne vois pas pourquoi tu aurais encore besoin d'une baguette magique."
L'intéressé avait levé les yeux, pétrifié de terreur.
-" Maître ?"
-" Ta baguette Lucius. J'exige que tu me donnes ta baguette."
-" Je..."
On vit Malfoy regarder sa femme un long instant mais elle ignora le regard de son mari, trop apeurée pour n'oser bouger ne serait-ce qu'un cil. Au bout d'un moment, Lucius capitula et glissa sa main dans ses robes, retirant sa baguette et la fit passer à Voldemort qui l'examina attentivement en la tenant devant son regard perçant.
-" Qu'est-ce que c'est ?"
-" De l'orme, Maître." Murmura Malfoy.
-" Et l'intérieur ?"
-" Du dragon... Du ventricule de Dragon."
-" Très bien." Dit Voldemort.
Puis Lucius attendit et Snape se remémora ce grand moment de solitude et d'humiliation qui avait suivi.
-" Te donner ma baguette, Lucius ? Ma baguette ?" Les ricanements dans l'assemblée. " Je t'ai accordé ta liberté Lucius. N'est-ce pas suffisant. Mais j'ai cru remarquer que toi et ta famille ne paraissez pas heureux, ces temps-ci... Y a-t-il quelque chose qui te déplaît dans ma présence chez toi ?"
-" Non, rien... Rien du tout Maître !"
-" Quel mensonge, Lucius..." Avait alors sifflé Voldemort comme pour appeler son serpent.
Kingsley eût un mouvement de recul réflexe lorsqu'il vit Nagini se tordre autour du fauteuil de Voldemort.
Ce dernier se contenta de caresser absentement la maledictus de ses longs doigts sans pour autant cesser de fixer Lucius Malfoy.
-" Pourquoi les Malfoy paraissent-ils si malheureux de leur sort ? Mon retour, mon ascension au pouvoir ne sont-ils pas ce qu'ils prétendaient désirer depuis de si longues années ?
-" Bien sûr, Maître." Se défendit le patriarche en essuyant une goutte de sueur perlant au-dessus de sa lèvre. " Nous le désirions... Nous le désirons." Narcissa hocha la tête, raide comme une souche.
-" Maître, c'est un honneur de vous avoir ici dans notre maison de famille. Pour nous, il ne pourrait y avoir de plus grand plaisir." S'éleva la voix séductrice de Bellatrix qui avait l'air d'être tout à fait détendue comme si elle était en bord de plage.
-" Pas de plus grand plaisir ? Venant de ta part, cela signifie beaucoup Bellatrix." Répondit le mage noir avec un ton tout aussi mielleux.
-" Mon Maître sait que je ne dis rien d'autre que la vérité."
Kingsley pouffa et Snape le darda étrangement.
-" Elle était toujours comme ça avec lui ?" Demanda le ministre avec curiosité.
-" Dis-toi que s'il lui avait demandé de se mettre à quatre pattes pour venir lui sucer la queue au nez et à la barbe de son mari, elle se serait exécutée sur le champ." Lâcha Snape avec un sourire acide. Kingsley manqua de s'étrangler de rire.
-" Pas de plus grand plaisir... Même comparé à l'heureux évènement qui, ai-je appris, s'est produit cette semaine dans la famille ?" Releva Voldemort.
-" J'ignore de quoi vous voulez parler, Maître." Reprit Bella tout à coup décontenancée.
-" Je parle de ta nièce, Bellatrix. Et de la vôtre aussi, Lucius et Narcissa. Elle vient de se marier avec Remus Lupin, le loup-garou. Vous devez être très fiers." Siffla-t-il avec dégoût alors que l'assemblée explosa de rire.
-" Ce n'est pas notre nièce, Maître. Narcissa et moi n'avons plus jamais accordé un regard à notre sœur depuis qu'elle s'est mariée avec le Sang-de-Bourbe. Cette sale gamine n'a rien à voir avec nous, pas plus que la bête qu'elle a épousée." S'écria Lestrange pour faire taire les quolibets.
-" Qu'en dis-tu Draco, accepterais-tu de garder leurs louveteaux ?" Demanda Voldemort dont la voix basse était étrangement éclairée parmi les sifflets et moqueries.
Draco, silencieux ne sût quoi répondre et son regard alarmé ne put atteindre celui de son père qui contemplait ses genoux. Il croisa néanmoins celui de sa mère qui lui fit un hochement de tête imperceptible avant de fixer à nouveau d'un air impassible le mur qui lui faisait face.
-" Cela suffit !" Persifla l'homme à l'allure serpentine afin de faire taire l'assemblée.
A nouveau, le décor changea mais pas exactement.
Ils étaient toujours dans cette salle mais Snape n'eût plus la peine de détourner son regard de son double. Il n'y avait plus autant de monde. Lucius et Narcissa semblaient porter les même vêtements. Le potioniste vint rapidement à la conclusion que tout cela s'était passé la même soirée.
A cette table ne restaient que Voldemort, les trois Malfoy, Greyback et Nagini, énorme, sagement en train de digérer son repas dans le coin de la pièce.
L'attitude de la famille n'avait pas changée, ils demeuraient encore dans la terreur et pour l'instant, Snape ne comprenait pas ce que Voldemort avait tramé.
-" Vous vous demandez certainement pourquoi je vous ai demandé de rester tous les quatre ? Bellatrix sait manier sa langue et je sais que ses pensées à mon égard ne sont que pures mais... Lucius, je sais reconnaître un menteur lorsque j'en décèle un." Commença-t-il d'un ton menaçant.
-" Maître, les paroles de Bellatrix ne font que refléter..." Puis un voile de silence brut s'abattit sur Malfoy. Voldemort venait de lui lancer un sortilège Bloclang avec sa propre baguette, celle qu'il avait depuis son enfance.
Le Maître n'avait plus son masque de charme à présent et toute sa fureur était retranscrite dans ses yeux écarlates.
-" Epargne-nous tes jérémiades, mon ami." Puis il se tourna vers Narcissa, se radoucissant tout à coup.
-" Cissy, pourquoi semble-tu si triste et fuyante ? Regarde-moi, Narcissa."
La femme fatale eût un mal infini à soutenir le regard du Seigneur des Ténèbres ne serait-ce qu'un instant.
-" J'ai dit regarde-moi !" Siffla l'homme serpent sur un ton ne laissant pas place à la désobéissance.
La matriarche s'exécuta et fut obligée de contempler les iris malsains du Seigneur des Ténèbres. De nouveau, il pointa la baguette de Lucius mais cette fois-ci dans sa direction à elle.
-" Legillimens."
Snape fit un pas en arrière. Sous ses yeux, il vit le souvenir de Narcissa convulser alors que Voldemort était en train de fouiller son cerveau comme on fouille une motte de foin. Il n'y avait rien de délicat, comparé à sa propre utilisation du sort. Cissy hurla de douleur et de son nez coula une traînée de sang qui appela les narines de Fenrir.
Draco enveloppé de terreur fermait les yeux si fort que des rides apparurent aux coins de ceux-ci. Il avait manifestement envie de se boucher les oreilles également mais se priva, à deux doigts de se mettre à hurler à son tour.
Lorsque le Seigneur des Ténèbres sorti de la tête de Narcissa, sa fureur était arrivée à son paroxysme et la femme pleurait à chaudes larmes.
-" Je ne puis t'en vouloir, Cissy. Après tout tu ne veux que le meilleur pour ton fils. Je suis en mesure de lui apporter le meilleur... Enfin... Je pourrais même avec tes petits plans de désertion." Se ravisa-t-il plus calme.
-" Pitié, Maître..." Sortit la voix hachée de la blonde alors que Lucius s'évertuait à hurler pour lui seul dans sa bulle et que Draco demeurait paralysé sur sa chaise.
Voldemort claqua ses doigts.
-" Fenrir, le gamin." Ordonna-t-il placidement.
Le loup-garou se leva de son siège et tira Draco à lui qui n'eût pas le temps de tenter quoi que ce soit avant de se retrouver dans la poigne ferme du lycan.
Narcissa bondit en avant mais un sort cuisant de la baguette de son mari la restreignit, tombant comme une masse sur le sol sous le regard terrifié de Lucius.
Avant même que Lucius n'ait le temps de réagir, Voldemort lui lança par sécurité un sortilège de cordage et il fut totalement ligoté à sa chaise, impossible pour lui de bouger ou même se débattre.
-" Tsss... Les sentiments... Cette chose qui vous empêche de grimper aux plus hauts sommets. Une arme puissante pour les gens d'ambition... Je suis très déçu de votre attitude à tous les deux. Greyback, à toi maintenant."
Snape sentit son estomac se tordre tandis que Kingsley fut sur le point de défaillir.
Impuissants, tous impuissants, ils virent les griffes acérées du loup garou, déchirer la sublime veste que Draco portait alors qu'il fut en train de pleurer de panique. Lorsque Greyback eût dénudé son épaule et flairé sa victime, il mordit la jointure entre le cou et la clavicule.
Du sang. Du sang partout.
La bête grogna de satisfaction, ignorant les cris de douleurs, les hurlements terrifiés et les regards alarmés de la famille Malfoy.
En l'espace de quinze seconde tout avait viré au cauchemar et Severus se sentit plus impuissant que jamais dans cette vision qui ne lui appartenait pas.
Lorsque Greyback eût assez et rassasié, la gueule rougie, il jeta le corps inerte de Draco sur le sol brillant, dans sa propre marre de sang juste à côté de sa mère qui avait tout vu, tout entendu et surtout qui fut tâchée des projections du sang de son sang le long de son visage, sa robe...
-" Comme je disais, je donnerais le meilleur à votre fils... A condition que vous rentriez dans le rang. Je décide qui doit vivre ou mourir." Laissa trainer la voix sifflante du Mage noir.
