Ça fait longtemps que je souhaitais écrire une histoire « horrifique ». Je n'ai cependant jamais trouvé le bon contexte, la bonne idée et ai donc relégué mes idées au placard.

Comme toujours, je remercie chaudement Taranis qui est devenu (une fois encore), ma bêta-lectrice. Son exigence sans faille, digne des membres de l'Académie Française, me pousse toujours vers l'excellence !

Aujourd'hui, je crois que je tiens le bon bout.

J'ai écris beaucoup de chapitres avec la magnifique soundtrack de Little Nightmares II. Si jamais vous ne savez pas quoi écouter en lisant, il s'agit là d'une valeur sûre !

J'espère que ça vous plaira !


۩๑ ๑۩ Prologue ۩๑ ๑۩


Des bruits grinçants dans l'obscurité. Une course désespérée au milieu de champs dévastés. Une odeur de mort. Une odeur de soufre. Un ciel teinté de rouge et de noir. Ton corps, lourd et poisseux. Une chute courte mais terrifiante.

Une fin du monde.

La fin de ton monde.

Tes paupières s'ouvrent, papillonnent à cause du sommeil et d'une douleur inexplicable. Tu te sens abandonner la vie mais tes yeux refusent de se clore à jamais. Peu à peu, les sens te reviennent et ta souffrance s'évanouit. Ne reste plus que toi et le silence qui t'engloutit.

Autour de toi, la nuit prospère. La lune est absente, le noir l'a avalée. À moins que La nature du responsable ne soit tout autre. La terre te cerne et t'emprisonne dans son étau étouffant. Tu es tombé. Tu redresses la tête pour scruter les environs, une avenue aux bâtiments décrépis s'étend jusqu'à la ligne d'horizon.

Seul un lampadaire à la lumière vacillante éclaire les alentours.

Il n'y a rien. Juste toi, des bâtiments affaissés, délaissés, dévorés par les ombres et le silence.

Tu frémis soudain, la gorge prise par une brusque angoisse. Tu dois partir. Vite.

Après une hésitation, tes jambes acceptent de te porter. Tu te redresses, tes pupilles inspectent la nuit par crainte. Elles redoutent l'arrivée d'une chose, d'une créature malveillante.

Si tu restes ici, tu es fini.

Pas à pas, tu traverses l'avenue. Ta marche est lente et bruyante. Malgré tous tes efforts, tes pieds écrasent débris de verres et de fers, peut-être même les dépouilles de malheureux sans nom.

« Avale ta salive et ne regarde pas le sol », une litanie que tu répètes intérieurement. Les créatures t'épargneront peut-être. Si tu te presses, elles ne te débusqueront pas.

La nuit est épaisse et l'atmosphère chargée de peur. Tes poils se dressent sous tes vêtements usés, tachés de sang et de boue. Le moindre son manque de t'arracher un sursaut ou un cri non-contrôlé. Ce tunnel sans fin te piège et t'oppresse. Les ténèbres te surveillent.

Tu attends. En ton cœur, le sang pulse et s'emballe. Garder le contrôle s'avère difficile, presque impossible. Sur ta droite, tu perçois les échos d'un éboulement.

Tu n'es plus seul. Tu le sens.

Soudain, la tension paralyse tes muscles. Tant pis pour la prudence, ton corps entier se jette en avant. Tu cours, t'éloignes de la lumière pour t'enfoncer dans les ténèbres. Au loin, la respiration putride d'un être gigantesque emplit le conduit. Tu n'as pas le droit de souffler, d'espérer ou de prier des dieux sans visages.

Tu repousses les limites de ton corps et combat les blessures. Derrière toi, l'être s'agite et grogne. Il t'a repéré. Maintenant, il va tendre ses bras pour t'attraper. Les portes du réconfort se ferment, tandis que tu percutes un mur, puis deux. Cet environnement n'est pas à ton avantage. Toi, fragile humain, risque de mourir dans ces cavités étroites. Lui, le monstre dont tu devines la largueur immonde, est dans son élément. Il est le prédateur. Tu es la proie.

Un obstacle sur ta route te fait trébucher, tu tombes, puis roules comme un rocher jeté sur une pente raide.

Tu tombes dans le vide.

Une eau boueuse t'accueille. Pour sauver ta vie, tu laisses le courant t'emporter, presque te noyer. Tes yeux se ferment d'eux-mêmes, mais le bruit n'échappe pas à tes oreilles. Malgré son épaisseur, l'eau n'étouffe pas le hurlement inhumain de la créature. Aussitôt, ton corps est parcouru par d'horribles frissons. Cette réaction, tu ne la dois pas au froid.

La torture dure un temps, longtemps, des heures pour toi une minute tout au plus.

Lorsque le cri s'évanouit enfin, tu sors ta tête hors de l'eau pour respirer. L'air emplit tes poumons et les brûle mais tu n'en as cure.

Tu es en vie.

Tu es en vie.

À tâtons, tes doigts cherchent la berge, un escalier, une échelle, un rocher, n'importe quoi afin de sortir de ce lac stagnant. Soudain, tu saisis une barre de fer. Tu t'y accroches sans savoir où elle te mènera. Avec un peu de chance, il s'agit d'une échelle en bon état. Sinon…

Tu débutes ton ascension. Elle est interminable et éreintante. À chaque appui rouillé, tu as la sensation de mourir mais tu te cramponnes. Tu refuses d'abandonner maintenant.

Alors tu hisses ton corps alourdi par l'eau, tu grimpes dans le noir.

Enfin, un chemin s'ouvre devant toi. Tes doigts examinent le sol avec minutie, s'assurent que tu ne tomberas pas à nouveau et tu délaisses l'échelle grinçante pour un tunnel terreux. Appuyé contre ses murs, tu reprends ton chemin. Au fil des secondes, tu entrevois vaguement les contours de la cavité. L'instinct et tes yeux sont tes meilleurs alliés, mais tu sais qu'ils te feront défaut un jour prochain.

Malheureusement, tu vieillis.

À force d'avancer, tu atteins un croisement. Quelle route choisir ? Tu hésites. L'une peut te mener à la mort, l'autre au salut, à moins que les deux te condamnent silencieusement.

Alors que tu t'apprêtes à opter pour un chemin, la froideur du canon d'un fusil se colle contre ta nuque. Ton corps se tend tandis qu'une voix encapuchonnée glisse contre ton oreille :

— Ils sont les ténèbres…

L'inconnu armé s'apprête à presser la détente.

Tu sais quoi répondre pour vivre.

— … Les ténèbres viennent toujours.


Est-ce qu'on va bien s'amuser ? Ah ah ah… Non.