Il est fort possible que des éléments de la fiction s'inspirent de Little Nightmares II. J'aime beaucoup l'ambiance à la fois pesante et glauque de ce jeu.
Par ailleurs, je vous le conseille fortement ! Vous n'êtes pas obligés d'y jouer, il existe d'excellents let's play sur youtube. J'ai pris grand plaisir à regarder le let's play de Seroths, il est tout simplement adorable.
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L'homme qui te conduit au travers des tunnels obscurs parle peu. Le visage dissimulé sous une casquette noire, des lunettes infra-rouges épaisses et une écharpe crasseuse, il ne laisse rien paraître. Depuis votre premier échange, il garde le silence. Son fusil entre les mains, l'inconnu semble prêt à abattre le moindre obstacle qui se dresserait devant vous.
Tu le suis sans réfléchir, tu sais qu'à deux vous avez bien plus de chance d'échapper aux monstres.
L'ambiance dans les couloirs étroits t'angoisse. Il y a trop d'embranchements, trop d'angles à surveiller et si peu d'armes pour se protéger. Un bruissement lointain te fait accélérer le pas, l'homme devant toi ne s'en inquiète pas. Il paraît familier de ce sombre environnement, et tu envies son calme.
La panique peut sauver la vie, mais elle peut également précipiter la mort.
Vous marchez un temps, prenez plusieurs bifurcations sans hésitation et avancez tels des ombres au milieu du silence. Parfois, un son coupe ton souffle et te fait rater deux ou trois battements de cœur. Le danger est partout, et tu peines à garder contenance.
Au bout d'une longue marche, qui a peut-être duré une demi-heure, l'homme t'arrête d'un geste. Il écoute, attend puis te tend son fusil. Tu le saisis avec fermeté, enroules tes doigts autour de la gâchette et du manche pour te réconforter.
Lui s'accroupit, et soulève un couvercle grinçant de métal. D'un signe de la main, il t'invite à descendre dans la bouche d'égout. Tu obéis après lui avoir remis son arme. Il replace le couvercle après votre passage, et te rejoint dans une interminable descente.
Peu à peu, des lampes accrochées au mur éclairent l'étau dans lequel vous vous engouffrez. L'air s'alourdit, mais tu ne t'arrêtes pas pour autant. Il faut continuer, avancer encore et ne pas trop penser.
Tu regardes devant toi pour t'éviter un stress inutile.
Enfin, tes pieds touchent terre et la tension redescend d'un cran. Un autre couloir apparait. Tu avises les dépouilles de meubles et de bâtiments qui couvrent le sol. Des armoires déchiquetées, des tables poussiéreuses, des briques grignotées par le temps et contre les parois, des centaines de portes. L'endroit ressemble à un ancien dortoir, mais tu gardes le silence pour ne pas vexer ton hôte. S'il regrette sa décision, son arme peut toujours t'ôter la vie.
À nouveau, il prend la tête de votre « expédition ». Il évite les débris avec habilité, tu te donnes du mal afin de suivre sa cadence. Ton agilité n'est plus ce qu'elle était, pour autant l'homme ne t'en tient pas rigueur.
Vous passez devant une, puis deux, trois, dix, vingt, trente portes avant qu'il ne s'arrête devant l'une d'entre elles. Il l'ouvre avec précaution, et vous vous glissez dans la petite fente.
Après plus d'une quarantaine de minutes à vagabonder dans des cavités insalubres, votre périple touche à sa fin.
L'homme te guide dans un petit bastion enterré six pieds sous terre. La lumière des ampoules chancèlent par à-coups, heureusement certaines tiennent encore malgré les années. Il referme trois portes derrière vous, descend un minuscule escalier et se retourne vers toi, pour la première fois depuis votre rencontre.
Il retire ses lunettes et plonge son regard chocolaté dans le tien.
— Kaya va t'examiner.
Enfin. Tu respires à nouveau.
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La base de ton sauveur est à la fois étouffante et chaleureuse. De vieilles étagères croulent sous le poids de livres abimés, d'objets en tout genre et de conserves. Des meubles parsèment les petites pièces, et tu remarques divers bibelots entassés de-ci, de-là.
L'homme t'a mené jusqu'à une chambre, ou tout du moins l'associes-tu à cela. Tu n'oses pas t'asseoir sur le matelas de fortune, peur de t'approprier la possession d'un autre. Tes yeux explorent les lieux, décèlent quelques touches personnelles, de vieux jouets et quelques lampes à huiles.
Tu attends, debout et droit malgré la fatigue.
Des pas se font soudain entendre dans le couloir adjacent à la pièce, ton corps entier se tend mais l'arrivée d'une jeune femme à la peau pâle détend tes muscles engourdis.
Elle a l'air gentille et fragile.
— Asseyez-vous, vous ne payerez pas plus cher.
La plaisanterie te tire un léger sourire, et tu n'as pas le cœur à refuser sa proposition. Sa voix se veut douce, réconfortante afin de calmer tes nerfs. Tu obéis et elle s'installe à tes côtés.
— Vous avez de la chance.
— Pardon ?
— Kaku m'a raconté, vous avez échappé de peu à Charlos là-haut.
— Comment il…
— Le hurlement. Charlos est plutôt bruyant.
Avec grande délicatesse, elle saisit ton poignet puis inspecte ton accoutrement poisseux.
— Est-ce que vous pourriez…
Tu comprends et tu t'exécutes sans discuter. Tu exposes ton torse au regard acéré de la jeune fille aux cheveux blonds, elle te remercie d'un sourire.
L'auscultation débute. Elle t'observe sous tous les angles, examine les plaies qui couvrent tes bras puis se penche en arrière pour scruter ton dos. Ses gestes sont précis, et la douceur de ses doigts contre ton ta peau t'arrache des frémissements.
Son travail se fait en silence, mais mille questions embrument ton esprit. Elle a l'air ouverte, alors tu décides de mettre des mots sur tes doutes.
— Qui est… Charlos ?
Un sourire amusé répond à ton interrogation.
— Le Souffleur qui vous a poursuivi là-haut. C'est moi qui l'ai prénommé ainsi.
— … C'est…
— Je sais. C'est stupide, mais ça détend l'atmosphère de leur donner des petits surnoms ridicules.
Tu hoches la tête, même si tu n'es pas certain de comprendre son argumentation. La jeune fille fouille dans sa trousse de soins, puis en tire aiguilles, fils, compresses et désinfectants. Elle trempe un chiffon propre dans une bassine d'eau et nettoie ton corps.
Elle te rappelle quelqu'un, mais tu chasses cette pensée pour ne pas t'effondrer.
— Et…
— Kaku ? C'est celui qui vous a amené jusqu'ici.
— Ah…
— Moi, je suis Kaya. Et vous ?
Elle passe une main contre les lacérations qui barrent ton dos et tes bras, tu frisonnes et garde le silence. Kaya ne se vexe pas, ses doigts poursuivent son ouvrage comme si de rien n'était. Elle ressemble à un véritable médecin, et tu culpabilises de ne pouvoir lui donner de réponse malgré ses efforts.
— Trop tôt, réponds-tu finalement.
— Je comprends.
Ton dos s'affaisse légèrement, l'épuisement te rattrape enfin. Après ta course, et le stress qui a accompagné ta descente jusqu'à ce bastion, tu te sens en sécurité. Cette douceur ne durera sans doute pas, toutefois tu chéris ces instants rares et précieux de détente. Kaya se charge de tes plaies, elle nettoie, recoud et couvre toutes les blessures de ton corps. Ses mains sont chaudes, tu te sens partir contre elle.
Tu mourras si tu cours sans but, sans jamais t'arrêter, sans jamais comprendre ce qui t'entoure. Comme tout homme, tu as besoin de sommeil, de nourriture et de calme. Parfois, tu dois céder à la faiblesse de ton être.
Le constat tombe enfin.
— Vous avez besoin de dormir, maintenant.
Tu t'y attendais.
Elle range ses outils, essuie ta peau avec un second chiffon puis se redresse. Du coin de l'œil, tu aperçois quelques bandages ensanglantés, mais tu t'en détournes rapidement.
— Merci…
— Ce n'est pas grand-chose !
Après un instant de silence, Kaya te tend une large couverture compacte ainsi qu'un petit oreiller de plumes. Tu les prends après une hésitation, puis te couches sur le matelas. Elle saisit tes vêtements sales et récupère son matériel.
— Si vous avez besoin de quelque chose, nous sommes à côté. Reposez-vous, monsieur fauve.
— Monsieur… fauve ?
— Oh… Votre odeur. Désolée, mais elle est vraiment très forte.
Tes paupières se ferment.
— Dormez tranquille, les ténèbres ne viendront pas vous chercher ici.
Pour une fois, tu as envie de croire que la nuit t'épargnera.
Tu t'endors.
Peut-être que les ténèbres te laisseront tranquille ce soir.
Et voilà pour le premier chapitre ! J'espère que vous êtes hypés pour la suite.
