[ATTENTION = Cette fanfiction n'a pas pour vocation d'être canonique. Les personnages et univers utilisés ne m'appartiennent pas. Merci de ne pas vous référencer à cette histoire si vous rechercher des informations canoniques !]


Il ne comprenait pas comment ça avait pu tourner ainsi. Horuss pensait que leur relation était stable, qu'ils s'aimaient réciproquement, qu'il n'y avait pas de soucis entre eux.

« Faisons une pause. »

Les mots de Rufioh l'avaient giflé, bien qu'ils avaient été prononcés d'une voix tremblante. Rufioh peinait à soutenir son regard, trébuchait sur ses mots, et Horuss avait pris un instant pour réagir :

« ... Quoi ? »

Il n'avait su que répondre d'autre. Cela lui semblait juste trop absurde. Mais Rufioh avait pris une inspiration fébrile et répété :

« Notre relation. Faisons une pause. »

C'était dans ce genre de moments qu'ils étaient heureux de ne pas habiter ensemble. Cela aurait été trop confus. Lequel des deux auraient dû partir ? En l'occurrence, c'était Horuss qui se trouvait chez Rufioh, et qui quittait la ruche de son... son ex amant?

Ils n'avaient pas parlé davantage. Pour dire quoi de toute manière? Horuss s'était glissé hors de la maison, dans un état second, incapable de réfléchir à ce qu'il venait de se passer.

Une pause ? Ça signifiait quoi, une pause ?

Il s'était traîné le long des rues, sans vraiment saisir où il allait, se répétant en boucle les mots de Rufioh sans que cela ne prenne davantage de sens. Ça n'avait strictement aucun sens. C'était n'importe quoi.

Il s'arrêta dans une rue qu'il ne reconnaissait pas, mais ça n'avait pas d'importance. Une pause... une pause... Rufioh lui avait demandé une pause. Il lui avait demandé une pause avec un ton désespéré. Il lui avait demandé une pause comme quelqu'un qui annonçait qu'il voulait rompre.

Rufioh ne voulait pas d'une pause. Rufioh ne comptait pas revenir vers lui, n'est-ce pas ?

Une pause ... L'esprit de Horuss répéta ce mot, encore, et encore, sans que cela ne prenne plus de valeur.

Et il sursauta, prit par surprise lorsqu'une main se posa sur son épaule :

« Hey Chef, tout va bien ? »

Horuss se retourna, pour croiser le regard curieux et un peu inquiet de Cronus. Peut-être parce que le sang bleu ne souriait pas, qu'il était juste planté au milieu de la rue à regarder dans le vague. Il y eut un court silence, où le plus grand eut du mal à assimiler la question.

« ... Rufioh veut faire une pause. »

Les mots étaient sortis d'une manière si fluide. Aussi fluide que les larmes qui venaient humidifier ses yeux et tremper son visage.

« I-Il... veut... »

Cette fois il ne parvint pas à finir, sa langue buta sur les mots, et avant qu'il ne comprenne vraiment, il s'était mis à sangloter, comme si prononcer la chose à voix haute lui avait enfin donné un sens réel.

Merde... Bordel...

Cronus ne cacha pas sa stupéfaction, observant son camarade avec de grands yeux, la bouche semi-ouverte, manquant de faire tomber sa cigarette. Mais il se reprit rapidement, et retourna correctement le Zahhak vers lui pour le prendre dans ses bras.

« T'inquiète pas chef. Tout va bien. »

C'était étrange. L'étreinte de Cronus était bien différente de celle de Rufioh. Son amant... ex amant, était plus grand et doté d'une forte carrure, sa poigne était ferme mais tendre, il était facile de s'en échapper. Cronus, à l'inverse, était légèrement plus petit que lui, et bien plus mince, pourtant son étreinte était plus puissante, dominatrice, presque comme une barrière qui vous coupait du monde extérieur. Comme un piège qui ne voulait plus vous laisser partir.

Et Horuss continua de pleurer. Il pleura alors qu'il se blottissait contre lui, sans avoir l'impression de déranger. Il pleura en enfouissant son visage au creux de son cou, en ayant la sensation qu'il y était invité, voir que Cronus ne lui laissait pas le choix. Et ça lui faisait du bien, de se sentir retenu comme ça, contrairement à Rufioh qui lui donnait la constante impression qu'il pouvait glisser entre ses doigts.

Horuss aimait Rufioh, il n'avait jamais eu envie de le quitter, et il aurait aimé que son ex-amant soit plus possessif avec lui, moins flexible. Mais aujourd'hui il comprenait mieux cette attitude tranquille, cette attitude qui signifiait 'tu peux partir, ça ne me dérangera pas'. Est-ce que Rufioh avait tenté de lui faire passer le message depuis tout ce temps, voulait l'inciter à partir de lui-même car il était trop lâche pour rompre avec lui correctement ?

Encore aujourd'hui, il s'était caché derrière cette soi-disant 'pause'

Putain.

« Ça va aller chef... Ça va aller. »

Cronus le gardait contre lui et tapotait patiemment son dos, en ignorant les regards déplacés des passants. Là encore c'était tellement étrange... Cronus était égoïste, ignorait les gens qu'ils gênaient seulement pour se focaliser sur lui, alors que Rufioh se serait probablement excusé auprès de la foule et l'aurait tiré à l'écart avant de le consoler.

Horuss se doutait que c'était le mieux à faire, de se décaler pour ne pas gêner. Se retrouver avec quelqu'un qui se focalisait uniquement sur lui et pas sur les autres lui faisait étrange. Ca lui donnait envie de pleurer plus fort encore. Parce qu'il n'avait pas à avoir honte de pleurer, il n'avait pas à craindre de ne pas sourire. Parce que Cronus s'en foutait, Cronus le réconfortait, Cronus ne paraissait pas embarrassé par sa faute.

Et Cronus lui releva le visage, pour passer une main sur sa joue et essuyer quelques larmes avec son pouce:

« Tu veux qu'on se pose quelque part ? Je t'offre le déjeuner. »

Il lui offrit un sourire tranquille, et Horuss sentit son propre estomac gargouiller, ce qui lui provoqua un rougissement pendant que Cronus pouffait.

« ... Je.. Ne veux pas abuser de votre gentillesse, highblood. » répondit-il piteusement, la voix un peu rauque.

Cronus lui tapota gentiment l'épaule :

« Mais non, t'en fais pas chef, ça me fait plaisir! »

Le marin passa tout naturellement un bras autour de sa taille et l'entraîna à sa suite en direction d'un petit bar/restaurant. En temps normal Horuss se serait écarté, les contacts si intimes ne lui convenaient pas s'ils ne provenaient pas de Rufioh. Mais à présent, il n'y avait plus rien entre Rufioh et lui, et ce rappel lui serra encore le cœur. Pourtant il ne dit rien, se laissa guider jusqu'à l'intérieur, et Cronus prit soin de choisir une table un peu à l'écart pour être tranquille.

Ils s'assirent l'un en face de l'autre, et Horuss se sentit honteux. Quelle tête devait-il faire ? Il avait probablement une mine affreuse, avec ses yeux rougis, son visage défait et sa queue de cheval un peu décoiffée.

« Hey chef, tu devrais te passer un peu d'eau sur le visage, ça te ferait du bien. » suggéra Cronus en faisant une petite moue soucieuse.

Horuss rougit et hocha timidement la tête :

« O-Oui, bien sûr, je suis désolé... »

Cronus pencha la tête sur le côté, signe de sa confusion, et lui prit la main :

« Ne t'excuse pas, c'est toi qui te sens mal.

- ... Je... c'est que... déjeuner avec moi alors que je suis dans cet état...

- Hey, y'a aucun souci chef, c'est juste un déjeuner tranquille pour te changer les idées. Rafraîchis toi un peu pendant que je commande à boire, ok ? »

Horuss hésita, puis parvint à avoir un léger sourire et hocha la tête, se leva et disparut dans les toilettes. Il s'approcha des lavabos et ne s'attarda pas sur son reflet, venant simplement se passer de l'eau sur le visage comme prévu. C'était étrange, tellement étrange... tellement différent de d'habitude. Si ça avait été Rufioh, il aurait été plus hésitant et toujours aussi flexible, lui aurait sûrement dit 'tu peux te rafraîchir, enfin si tu veux' et Horuss aurait dit 'non' et Rufioh n'aurait pas insisté. Mais Cronus, encore une fois, ne lui avait guère donné de choix.

Cronus était égoïste. Tout le monde l'affirmait. Égoïste et ne pensant qu'avec son renflement, ne souhaitant que remplir ses quadrants. Sans doute que son attitude envers Horuss n'était qu'un plan pour l'entraîner dans une relation. Mais... ça faisait du bien. Ça faisait du bien de voir quelqu'un être égoïste pour lui.

Quand Horuss revint à table, avec la sensation d'être un peu plus frais et calme, il vit qu'une bouteille d'eau avait été posée, ainsi que deux grands verres remplis d'une boisson colorée.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il en se rasseyant.

Cronus lui sourit :

« Le meilleur cocktail de ce restaurant, j'en raffole. J'espère que tu aimeras.

- ... Je... Je ne suis pas sûr de vouloir d'alcool pour le moment.

- C'est sans alcool chef, t'en fais pas. »

L'Ampora eut un rire :

« Je ne compte pas te saouler pour te kidnapper. »

Horuss se crispa en rougissant à nouveau, et Cronus cessa de rire pour le regarder avec ahurissement :

« ... Attends... Horuss, t'as vraiment cru que je voulais faire ça ? »

Le sang bleu dégluti et baissa les yeux :

« Mes excuses... »

Cronus le regarda encore quelques secondes, sans voix devant cet aveux, avant de soupirer en se massant la nuque :

« ... Je suppose que j'ai l'air d'être le genre de connard à faire ça ? ... Désolé.

- Quoi, non, ne... Ne vous excusez pas Highblood, c'est moi qui ai été impoli! »

Horuss sentit sa gorge se nouer en voyant le petit sourire triste de Cronus, qui haussa les épaules en essayant de faire mine de rien :

« T'inquiète pas chef, je te blâme pas. Tu viens de t'engueuler avec ton matesprite, et moi je t'embarque aussitôt déjeuner. Vu mon habitude de sauter sur tout ce qui bouge, je comprends que tu te méfies. »

Le sang bleu se mordit la lèvre de culpabilité, attrapa sa main avec toute la douceur dont il était capable :

« Je suis désolé, je ne voulais vraiment pas... Vous venez me réconforter et je vous accuse et... »

Cronus eut un autre rire et lui caressa la main :

« Eheh, attention, tu tombes dans le panneau là.

- ... quoi? Comment ça ?

- Je joue la carte de la fausse victime, je retourne la situation pour que tu passes pour le coupable et que tu veuilles te rattraper auprès de moi. Et puis je vais tellement te pousser à culpabiliser que tu finiras dans mon lit en larmes, en te disant que tu es la pire personne qui existe et que tu as de la chance qu'un highblood comme moi prenne soin de toi. »

Horuss fronça les sourcils avec confusion, gardant leurs mains jointes alors qu'il ne comprenait pas :

« ... mais... pourquoi me le dites-vous? Ce n'est pas contre-productif de me révéler ça? »

Cronus détacha leurs mains en haussant les épaules, fuyant soudain son regard :

« ... Je n'ai peut-être pas envie que tu tombes dans le piège...? Pas aujourd'hui en tout cas. Tu veux quand même goûter au cocktail ? Il est vraiment bon, et sans alcool. »

Horuss continua de le regarder pour essayer de déceler ses réactions, mais à présent il lisait un certain embarra chez Cronus. C'était mignon. Comme si le highblood avait voulu la jouer 'méchant garçon' pour simplement finir comme un enfant qui n'ose pas déclarer sa flamme.

Ça le fit sourire, presque rire, et il accepta de prendre la boisson et d'y goûter. Aussitôt il s'exclama :

« Oh, vous avez raison, c'est vraiment bon! »

Cronus eut un large sourire en le regardant de nouveau :

« Vraiment ? Je veux dire... bien sûr! »

Il but à son tour, et Horuss remarqua ses oreilles frétiller de contentement. Il avait déjà cru voir les oreilles de Cronus réagir de la sorte, lorsqu'on lui faisait un compliment ou bien qu'on l'interpellait. C'était mignon, de le voir être heureux pour ce genre de petites choses... et après réflexion, c'était plutôt triste de réaliser que ça arrivait rarement.

C'était encore plus triste que Horuss ne le remarque que maintenant, presque hypocrite. Après tout, le sang bleu ne lui avait jamais porté réelle attention, repoussant ses avances car il ne pensait qu'à Rufioh, et maintenant que son couple n'était plus, il s'intéressait à Cronus comme pour l'utiliser? Non, non, il ne voulait pas que Cronus soit un vulgaire plan B.

« Tout va bien chef ? » s'inquiéta l'Ampora en le voyant redevenir sombre.

Horuss sursauta, sortit de ses pensées pour lui rendre son regard, rougit de plus belle et rebaissa les yeux sur la table en reprenant une gorgée timide de sa boisson. Il finit par soupirer :

« ... Je suis désolé Highblood. Je ne mérite vraiment pas votre attention. Je me repose sur vous alors que jusque-là je vous repoussais. C'est vraiment hypocrite de ma part... »

Il ne manqua pas le regard étonné de Cronus, vite remplacé par un sourire crispé avant de redevenir normal :

« Et bien, si tu veux qu'on soit quitte, tu peux toujours me rendre un service. »

Horuss releva la tête pour croiser son regard, hésitant un peu quant à la réponse à donner avant d'hocher prudemment la tête :

« Bien sûr...? Lequel ? »

Cronus fit mine de réfléchir, mais il avait clairement une idée derrière la tête. Il finit par retrouver un sourire taquin :

« Arrête de m'appeler 'Highblood'. Appelle-moi Cronus! Il n'y a plus de système de cast maintenant.

- Oh, mais... je... Vous êtes sûr? J'ai peur d'être irrespectueux, et puis... vous ne voulez pas demander autre chose? De plus... important ?

- Mais c'est très important! Je n'aime pas quand tu m'appelles ainsi, ça met une distance entre nous. On peut être amis sans être dans le quadrant de l'autre, non ? »

Encore plus surpris, Horuss resta quelques secondes silencieux en se demandant si c'était une plaisanterie. Mais Cronus ne riait pas malgré son petit sourire, et cela le fit sourire à son tour :

« Mais oui, évidemment! Je ne pensais pas que tu me considérais comme un ami, mais c'est plaisant à entendre. »

Ce fut à Cronus de s'étonner :

« ... Pourquoi ne te considérais-je pas comme un ami ? Nous nous connaissons depuis un moment maintenant, et avec tout ce que nous avons traversé, c'est normal de se sentir proche les uns des autres, non ?

- C'est que tu n'as pas l'air proche de grand monde, alors... enfin, je veux dire... »

Horuss se mordit la langue en rougissant de honte cette fois, alors qu'il regardait Cronus perdre à nouveau son sourire pendant que ses oreilles s'affaissaient et que ses épaules retombaient.

« ... Je suppose que c'est le cas.

- N-Non, Cronus, je suis désolé, je ne voulais pas... »

Cronus secoua doucement la main en forçant un piètre sourire :

« C'est bon chef, t'en fais pas. J'aurai pas dû m'avancer comme ça avec cette histoire d'amitié.

- Non non, ne dis pas ça je t'en prie! Ça me fait vraiment plaisir qu'on soit amis! »

Horuss avait l'impression de s'enfoncer. Bon sang, Cronus lui venait en aide, et il le remerciait comme ça!

« Laisse-moi me faire pardonner! Je... Je vais payer les verres! »

Cronus pouffa :

« Trop tard, j'ai déjà réglé.

- Alors... laisse-moi t'inviter à manger !

- Non non, c'est MOI qui t'invite à manger.

- Quoi, non, c'est moi!

- Moi! Et tu dois accepter, et seulement là je te pardonnerai! »

Horuss fit la moue, comprenant qu'il n'avait une nouvelle fois pas le choix, et peut-être était-ce l'ambiance, mais il finit par grommeler une chose qu'il n'aurait jamais cru dire un jour :

« T'es chiant... ! »

Avant de se figer net et se plaquer une main sur la bouche. Il venait de jurer. Il venait d'insulter un haut-sang. Oh bon sang de... Il était sur le point de s'excuser, mais Cronus le devança en explosant d'un rire franc, un rire cristallin qui venait du cœur, un rire qu'il n'avait jamais entendu de sa part. Horuss resta stupéfait, à observer son camarade avec de grands yeux.

« Ahahah, oh ... whoua ! Whoua, tu dois vraiment le penser pour oser le dire ! Ahah ! » articula tant bien que mal Cronus en peinant à arrêter son hilarité.

Le sang bleu ne sut que répondre, mais lentement il se sentit gagner par ce rire communicatif qu'il accompagna avec plaisir, ne se souciant pas des autres clients qui les regardèrent.

Ils prirent le temps de déguster leurs verres et d'échanger encore quelques mots plus légers. Cronus l'interrogea sur ses projets en cours, et Horuss ne cacha pas son enthousiasme en décrivant ses inventions et leurs fonctionnalités, ainsi que le temps que cela lui prenait et comme il était heureux que ça avance si bien.

Pourtant l'Ampora l'interrompit quelques fois, pour demander la définition d'un mot, ou une explication plus poussée sur un élément qu'il ne saisissait pas. C'était gratifiant de le voir si attentif et curieux. Habituellement il en parlait à Rufioh, qui n'y comprenait rien mais qui essayait de faire bonne mesure en répondant des "Ah je vois". C'était gentil de la part de son amant... merde, ex-amant -Horuss n'arrivait décidément pas à s'y faire- de ne pas vouloir l'interrompre, mais il préférait qu'on l'arrête pour poser des questions plutôt qu'on l'écoute avec un air ennuyé.

Le serveur revint les voir pour débarrasser leurs verres vides, et ils en profitèrent pour commander un plat chacun ainsi qu'une autre boisson. Cronus se permit de leur servir de l'eau pendant qu'ils attendaient leur commande, et Horuss songea qu'il avait suffisamment parlé de lui. Il remit une mèche de cheveux derrière son oreille et demanda avec un petit sourire :

« Et toi ? Que fais-tu en ce moment ? »

Cronus le regarda une nouvelle fois avec un profond étonnement, comme si personne ne lui posait jamais la question, que personne ne s'intéressait à sa vie. Horuss essaya d'ignorer son pincement au cœur.

« Oh, eu... Hum... Cronus se racla la gorge pour reprendre contenance. Tu me connais chef, je fais des choses ici et là, je traine un peu partout, je fais des rencontres...

- Comment va la musique ? Tu as pu finir ta dernière partition ?

- Je- Comment tu- ? »

Horuss eut peur d'avoir dit une bêtise :

« P-pardon, c'est ...? Comme tu n'en as pas reparlé depuis la soirée chez Porrim, j'étais curieux ?

- ... Tu as retenu ça ? »

Et une nouvelle fois le sang bleu eut un tiraillement au cœur. Ce n'était pas normal que quelqu'un le regarde comme ça seulement parce qu'il avait retenu un simple détail. Cronus parlait souvent de sa passion pour la musique, de son envie de composer et de partager ses créations, et ce n'était pas agréable de le voir si surpris que quelqu'un s'en souvienne. Ce n'était pas agréable de prendre conscience que personne ne lui en parlait jamais, que tout le monde s'en foutait.

Ce n'était pas agréable de réaliser que le fier et hautain Cronus Ampora pouvait avoir un regard aussi fébrile, une voix aussi tremblante.

Cronus sembla prendre conscience de l'image qu'il renvoyait, et une nouvelle fois il se reprit, affichant ce sourire arrogant dont il avait le secret :

« Oh, mon âme d'artiste est en ébullition en ce moment, j'ai presque fini ma nouvelle partition mais il y a encore quelques détails à peaufiner ! Tu ... »

Il y eut un court silence, une hésitation de la part de Cronus, avant qu'il ne demande :

« ... tu aimerais l'écouter, à l'avenir ? ... Si tu veux ? »

Horuss n'aimait pas son ton, ni son regard, ni son expression qui semblait dire "Je sais que tu vas dire 'non' mais au moins j'aurai essayé".

« Bien sûr, ça me ferait très plaisir ! » le sang bleu avait tenté de paraître enthousiaste - car il l'était - mais plus il réalisait des choses, plus il se sentait triste et coupable.

Cronus ouvrit grand la bouche, cligna des yeux, parut ne pas y croire avant que son visage ne rayonne de joie :

« Vraiment ?! Enfin, je- Cool, on s'organisera ça ! »

Il tentait de maîtriser son excitation sans vraiment y parvenir, heureux comme un gamin à qui on a offert un cadeau :

« Quand es-tu libre ? Quel endroit t'arrangerait ?

- Je n'ai rien de prévu aujourd'hui, ni même dans les prochains jours. On peut aller dans ta ruche, ça évitera de déplacer ton matériel !

- Oh, ouai, ouai ! Super chef, trop bien, donc... cet aprèm, après le déjeuner ? »

Cronus ne parvenait pas à étouffer son sourire, il avait presque l'impression que c'était trop beau, et sa plus grande crainte soit que tout ceci ne soit qu'une blague, que Horuss ne trouve une excuse au dernier moment pour ne pas venir. Pourtant Horuss soutint son sourire avec sincérité :

« C'est parfait, j'ai hâte ! »

Et les mots étaient faibles pour exprimer comme l'un et l'autre étaient impatients.

Le serveur revint, déposa leur commande et repartit, les laissant à nouveau dans leur bulle. Horuss goûta son plat et manqua de ronronner :

« Mm ! C'est vraiment délicieux!

- Eheh, encore heureux ! Ce restaurant ne paie pas de mine, mais j'adore y aller, ils ont des plats et des boissons qui sortent du lot !

- Je vois ça, il faudra qu'on y retourne ! »

Cronus avala de travers, son visage s'empourpra :

« Qu'on y retourne... tous les deux ?

- Oui, pourquoi pas ?

- Attention chef, je pourrais prendre ça pour un rendez-vous~ »

Cronus lui fit un clin d'œil, retrouvant cette attitude dragueuse qu'il affectionnait tant, et Horuss rougit à son tour mais rit également :

« Ahah, tu serais intéressé par un rendez-vous avec un gars comme moi ?

- Bien sûr, n'importe qui le serait !

- ... non, je ne crois pas, mais c'est gentil de le dire quand même. »

Le sourire du sang bleu faiblit et il reprit une bouché, mais Cronus l'arrêta en revenant prendre sa main dans la sienne, le regardant droit dans les yeux :

« Horuss, je suis très sérieux. Tu as des défauts, mais aussi beaucoup de qualités, et quand tu t'engages dans quelque chose tu t'y investis au mieux, y compris les relations. Rufioh n'est vraiment qu'un abruti pour t'avoir délaissé comme ça. »

Le plus grand se mordilla la lèvre, se retint de détourner le regard :

« Je... Je ne sais pas. Il a forcément ses raisons pour vouloir m'éloigner. Je suis juste... j'ai... »

Il craqua et baissa les yeux :

« ... Je ne suis pas vraiment intelligent, et plutôt naïf, et j'ai tendance à me voiler la face et esquiver les problèmes quand les choses ne me vont pas, et...

- Je t'arrête tout de suite. 'Pas intelligent' tu dis ? Chef, tu inventes des machines super complexes. Naïf et te voiler la face ? Tout le monde le fait, surtout quand ça concerne son matesprite. Toi et Rufioh êtes censés être rouges l'un pour l'autre, vous ne devriez pas douter, et voilà que Rufioh te fait ce coup-là ? Si ça ne va pas entre vous mais que tu n'as rien remarqué, pourquoi il t'en a pas parlé ? Comment peux-tu savoir qu'il y a un problème si on te dit rien ? Non, je suis désolé mais c'est Rufioh qui est en tort, pas toi ! »

Il serra sa main plus fort :

« Moi je t'aurai jamais fait ce coup-là Horuss. Perdre un matesprite comme toi, ce serait du gâchis. »

Horuss n'avait pas les mots. Il bégaya quelque chose d'inintelligible, puis releva timidement son visage plein d'embarra :

« ... Cronus, est-ce que... est-ce que tu serais rouge pour moi ? »

Il sentit la main de son interlocuteur se crisper, alors que le visage de Cronus blêmissait avant de devenir complètement rouge et que ses oreilles ne s'agitent nerveusement, puis qu'il rétorque d'une voix beaucoup moins confiante :

« C'est pas le sujet chef ! Rufioh te mérite pas et t'as pas à pleurer pour lui, c'est tout ! »

Il retira sa main précipitamment et recommença à manger, alors qu'Horuss continuait de l'examiner avec stupeur, assimilant doucement les informations. Il ne rêvait pas, n'est-ce pas ? La réaction de Cronus, et cette tentative d'esquiver la question... c'était bien une confirmation à ses doutes ? Cronus Ampora, LE Cronus Ampora, était rouge pour lui ?

« ... Me regarde pas comme ça chef... supplia Cronus en cachant une partie de son visage rougit derrière sa main.

- Ah, pardon ! »

Horuss se concentra de nouveau sur le repas et ils continuèrent de manger dans un silence gênant. Gênant car Horuss savait à présent pour les sentiments de Cronus, et Cronus savait qu'il savait. Mon dieu...

Comme convenu c'est l'Ampora qui paya l'addition, et ils quittèrent le restaurant avec toujours ce même malaise, osant à peine échanger quelques mots et se jeter des regards.

Ils prirent la route pour se rendre chez Cronus, et celui-ci se racla la gorge :

« Alors... tu es libre toute la journée ?

- H-Hum, oui, du coup oui.

- Cool... c'est... On va pouvoir prendre notre temps. Y a rien de pire que d'être pressé lorsqu'on joue de la musique.

- Il n'y a rien de pire que d'être pressé tout court, peu importe l'activité.

- Ahah, oui, c'est vrai. »

Ils échangèrent un petit regard, et en se voyant aussi gênés l'un que l'autre, ils pouffèrent et se détendirent. Horuss souffla en regardant le ciel, laissant le vent caresser ses cheveux et soulever sa queue de cheval, sans remarquer le regard intéressé de Cronus qui suivait les traits de son visage.

« ... Ca faisait un moment que je n'avais pas mangé au restaurant.

- Vraiment ? Rufioh ne t'y emmenait pas ?

- Non. Il n'aime pas trop sortir. Il préfère les soirées tranquilles devant la télé, ou bien jouer à des jeux.»

Horuss regarda devant lui, souriant piteusement, sentant ses yeux redevenir humides :

« ... Je n'ai jamais eu d'intérêt pour ses activités. Je préfère ce qui nécessite des aptitudes physiques. Construire des choses, les détruire, me défouler... Mais j'ai essayé, tu sais ? J'ai essayé de partager ses loisirs, de regarder des animes et de jouer. Mais c'est difficile de s'y concentrer pleinement. La première fois on y arrive car on veut faire plaisir à son partenaire, mais au bout de la cinquième ou sixième séance on fatigue, l'esprit n'arrive plus complètement à se concentrer... »

Il se mordit la lèvre :

« ... Mais Rufioh ne s'est jamais mis en colère. Il... Il a plutôt culpabilisé. Il m'a dit que je n'avais pas à me forcer, que c'était gentil d'essayer mais qu'il valait mieux que je fasse autre chose que de perdre mon temps avec ça. Et... »

Il hésita, chercha ses mots, pour finalement regarder Cronus et lui faire un sourire déchirant :

« ... et je me suis senti misérable. Vraiment ... De ne même pas être foutu de faire plaisir à mon matesprite, pour quelque chose de si simple, et qu'il ne soit même pas en colère contre moi... »

Son rire n'en était pas vraiment un.

« ... ce n'est sûrement pas la raison pour laquelle il m'a quitté, mais... je pense que ça y contribue. Ça résume notre relation en fait... notre incapacité à parler quand ça ne va pas. Lui qui ne veut pas me faire de peine, et moi qui m'oblige à sourire comme si tout allait bien. Finalement on a accumulé les petits soucis, et maintenant on en est là ... »

Cronus ne trouvait rien de vraiment gentil à dire, alors il fourra ses mains dans ses poches et regarda devant lui à son tour :

« ... au moins tu es lucide là-dessus.

- ... le déjeuner m'a permis d'y réfléchir un peu... »

Ils échangèrent un autre regard, plus timide, hésitant. Cronus sortit une main, l'approcha de celle de Horuss mais arrêta son geste, et son regard semblait quémander l'autorisation. Le sang bleu, le visage empourpré, eut un sourire doux, et c'est lui qui traversa la faible distance pour lier leurs mains, entrelacés leurs doigts.

Cronus eut un léger sursaut, s'humecta les lèvres en ne sachant comment prendre ce geste. Horuss se mordilla la langue :

« ... Je... Ce n'est sûrement pas correct de faire ça, je ne veux pas jouer avec tes sentiments... C'est juste... »

Le sang bleu regarda le sol :

« C'est juste que... maintenant je ne suis plus avec Rufioh... et toi tu es là, et tu me montres de l'attention, et... et j'ai ce besoin stupide de sentir que, peut-être, quelqu'un tient à moi... ? Bon sang, je suis désolé, je devrais juste... »

Il allait s'écarter mais Cronus retint sa main, la serra plus fort même, et le tira un peu pour que leurs bras se touchent également, qu'ils marchent coller l'un à l'autre :

« C'est bon chef, il lui fit un sourire rassurant. Je comprends, et je me ferais pas d'idée. Si ça t'aide à aller mieux, je peux te donner toute l'attention que tu souhaites. On ne fait que se tenir la main, c'est juste un peu pâle, rien d'autre. »

Horuss n'en était pas complètement sûr et, encore une fois, il le regarda avec hésitation :

« ... je ne veux pas te faire de mal ...

- Tu ne m'en fais pas. »

Le sourire de Cronus s'agrandit et ses oreilles frétillèrent de joie :

« Tu as accepté un dîner avec moi, et maintenant tu viens écouter ma musique ! Je ne pouvais pas passer une meilleure journée, vraiment ! Alors même si ça ne se reproduit pas, je suis vraiment content, donc ne t'en fais pas ! »

Et son bonheur était une nouvelle fois contagieux, arrachant un large sourire à Horuss qui hocha la tête.

Ils arrivèrent à la ruche sans le moindre problème. Cronus tira aussitôt son invité dans la chambre, le poussant à s'asseoir sur le lit pendant qu'il partait chercher sa guitare. Il s'installa à ses côtés, essayant de garder une attitude confiante malgré les légers tremblements de ses mains :

« Bon, j'espère que tu es prêt chef, tu vas rarement entendre quelque chose d'aussi bon ! »

Horuss pouffa :

« Je suis prêt. »

Cronus lui sourit - un sourire nerveux, incroyablement mignon - et prit le temps de gratter un peu la guitare pour s'échauffer, vérifiant également qu'elle était bien accordée. Il prit enfin une inspiration et se lança, jouant cette mélodie qu'il travaillait depuis des semaines, et dont Horuss n'avait entendu qu'une brève ébauche il y a de ça un moment.

La musique envahit la pièce, et Horuss fut surpris par toute la douceur, la tendresse des notes. Il ne s'attendait pas à ça, pas complètement. Pas à quelque chose qui le pousserait à fermer les yeux, à sentir la mélodie le pénétrer et enlacer son cœur. C'était émouvant, presque étouffant, comme si Cronus passait dans cette chanson tous les sentiments qu'il n'exprimait jamais, cette mélancolie, cette détresse quotidienne, cette solitude...

«Chef ? »

Horuss ne réalisa pas tout de suite que la chanson avait cessé. Il rouvrit les yeux, s'étonna de voir flou, de prendre conscience que ses yeux piquaient. Il passa une main sur son visage, pour être davantage surpris au contact des larmes qui coulaient silencieusement, si discrètement qu'il ne les avait pas remarquées avant.

« A-Ah, pardon, c'est... »

Horuss perdit ses mots, regarda sa main encore une seconde puis regarda Cronus, et son envie de pleurer revint, plus forte, comme une vague s'échouant contre son âme. Son visage se décomposa, il renifla, et avant de comprendre pleinement, il était venu enlacer l'Ampora, le serrait tout contre lui. Cronus, qui avait écarté sa guitare sous l'inquiétude, hoqueta à l'étreinte et n'y répondit pas tout de suite, trop surpris.

« ... c'est magnifique... murmura Horuss. Cette musique... elle est vraiment, vraiment magnifique... »

Ce n'est pas tant le compliment mais plutôt la voix chargée d'émotions qui noua la gorge de Cronus, qui le poussa à enlacer l'autre garçon à son tour, à enfouir son visage dans son cou.

« ... merci chef... »

Blottis l'un contre l'autre, ils ne dirent plus un mot et profitèrent seulement de ce câlin chaleureux. Un câlin qui n'était pas gênant, où on ne se disait pas 'est-ce que je dois m'écarter, est-ce que c'est trop long ?' Ils se moquaient bien des minutes qui se transformaient en heure, ils avaient seulement besoin de sentir que l'autre était là et ne le lâcherait pas.

Horuss se demanda depuis combien de temps il n'avait pas été aussi bien. Depuis combien de temps les contacts le poussaient à culpabiliser, depuis combien de temps il s'en voulait d'être trop présent pour Rufioh. Depuis combien de temps quelqu'un n'avait pas réellement apprécié sa compagnie.

Cronus aimait sa compagnie, aimait son contact. Peut-être parce qu'il se sentait seul, qu'il avait lui aussi besoin de se sentir aimé. Et surtout... surtout...

Cronus était rouge pour lui.

Horuss s'empourpra à nouveau contre son camarade. Il ne pensait pas que les sentiments soient réciproques, pas alors que sa rupture avec Rufioh était si récente, mais savoir que quelqu'un était rouge pour lui réchauffait son cœur d'une douce manière.

« ... Cronus... ?

- Mm... ?

- Est-ce que... Est-ce que tu penses qu'on peut...agir comme si on était rouge...? Juste... un peu ? »

Le corps de Cronus se tendit contre lui et Horuss regretta presque immédiatement d'avoir demandé. Il eut un mouvement de recul, évitant son regard :

« Pardon, je ne voulais pas... je voulais juste...

- C'est bon chef. »

La main de Cronus se posa sur sa joue, l'empêcha de s'éloigner davantage, lui releva la tête pour le regarder dans les yeux. Il y eut un bref moment de flottement, où ils hésitèrent un peu, puis l'Ampora osa se rapprocher et posa timidement, très doucement, ses lèvres contre les siennes.

Horuss n'aurait jamais cru qu'il serait aussi inexpérimenté. Son camarade n'avait définitivement pas l'habitude d'embrasser quelqu'un, le sang bleu se demanda même si ce n'était pas la première fois. C'était faible, presque tremblant, seulement leurs bouches l'une contre l'autre. Rien à voir avec Rufioh qui maîtrisait, contrôlait ce genre de chose, qui avait une telle expérience qu'Horuss en venait à se demander s'il ne l'avait pas déjà trompé.

Et c'était mignon. Effroyablement adorable. Cronus Ampora, connu pour son flirt constant, se retrouvait au pied du mur lorsque les choses devenaient plus sérieuses. Horuss sentit une bouffée de tendresse le saisir et il prit délicatement le contrôle du baiser, venant passer sa langue sur les lèvres et lui arrachant un couinement surpris. Il mordilla sa lèvre inférieure tandis qu'il revenait enlacer son corps, et c'est tout naturellement que Cronus ouvrit la bouche, pour laisser échapper un faible geignement lorsque leurs langues se rencontrèrent.

Horuss se sentait maladroit, car bien qu'il ait de l'expérience, il n'était plus habitué à prendre les devants. Il perçut les bruits mouillés de leurs bouches, leurs respirations qui s'étaient accélérées, et il ne savait pas si les battements de cœur qui résonnaient avec force provenaient de lui ou de son ami.

Il s'éloigna juste un peu pour reprendre son souffle et observer Cronus faire de même, les joues rougies et les yeux mi-clos.

Horuss sourit :

« Comment fais-tu...?

- F-Faire quoi ...?

- Comment fais-tu pour être aussi beau ? »

L'Ampora le regarda avec stupeur en avalant de travers, avant de faire la moue et s'outrer :

« Hey, c'est mes phrases ça !

- Ahah, plus maintenant ! »

Horuss rit de bon cœur et Cronus ne put que sourire, avant de sursauter en sentant les mains du Zahhak glisser sur ses hanches et les caresser.

« Chef...?

- ... tu me donnes envie de continuer. Est-ce que cela te convient si... on s'embrasse encore ? »

Horuss sentit sa gorge se nouer en voyant la réaction de son camarade, en le voyant écarquiller les yeux à sa question comme si, une énième fois, il n'osait pas croire à ce qu'il se passait, comme s'il ne pouvait pas croire que quelqu'un s'intéressait vraiment à lui, que quelqu'un souhaitait vraiment continuer de le toucher si intimement.

Le hochement de tête de Cronus fut précipité, un mélange de crainte et d'impatience, comme s'il avait peur qu'être trop lent pousserait Horuss à se désister. Mais Horuss ne comptait pas s'enfuir comme un voleur, pas alors qu'il sentait son affection pour son camarade grandir, grandir au point d'éveiller en lui son instinct protecteur, son envie de prendre soin et de chérir celui qui se tenait face à lui.

Il avait perdu cet instinct avec Rufioh. Le sang de bronze était parvenu à passer pour le 'mâle dominant', aidé par sa carrure, sa facilité à se lier et à prendre la parole, donner des directives. Pourtant Horuss était plus fort que lui, bien plus fort, et sa place dans la hiérarchie aurait dû lui permettre de donner les ordres. Mais cet inversement de puissance était si grisant au début, cette idée que quelqu'un de si bas dans l'hemospectrum, quelqu'un au sang si chaud, quelqu'un qui semblait bien plus confiant et libre que lui, le contrôle, le protège...

Mais à cet instant, c'est Cronus qui se trouvait dans ses bras. Cronus qui possédait un sang plus froid que le sien, qui était bien moins brûlant que Rufioh. Cronus qui, malgré son manque d'expérience évident, n'hésitait pas à s'accrocher à lui et à le regarder avec un regard suppliant, ce regard qui signifiait qu'il en voulait encore quitte à se ridiculiser. Il n'était pas comme Rufioh qui était passé maître dans l'art de donner du plaisir aux autres, mais qui s'interrompait chaque fois avec des "Tu es sûr de toi ? Tu veux continuer ? Je le fais bien ?" Ces inquiétudes étaient mignonnes au début, mais elles devenaient lourdement répétitives, et encore une fois Horuss réalisaient que c'était sans doute fait exprès, pour l'agacer et le pousser à rompre lui-même.

Le sang bleu étouffa ses pensées amères dans un autre baiser, revenant quérir la bouche du musicien et taquiner sa langue, lui arrachant un autre petit bruit qu'il qualifia "d'adorable". Il s'efforçait, évidemment, de rester doux dans son toucher, car malgré ses gants qui devaient diminuer sa force, il savait qu'il restait apte à blesser quelqu'un, et c'était bien la dernière chose qu'il souhaitait, surtout lorsqu'il sentait Cronus fondre contre lui, gémir piteusement, les yeux fermés.

Il ne savait ce qui était le plus mignon. Les gémissements étouffés de Cronus, son corps tremblant, ses oreilles qui frétillaient, ou bien sa tentative maladroite de répondre au baiser.

A nouveau ils se séparèrent. L'Ampora garda les yeux fermés, peinant à reprendre son souffle cette fois, le corps fébrile prêt à s'écrouler. Horuss en était captivé, dévorant des yeux le sang violet avec fascination et bienveillance. Comment ne pas s'attendrir en le voyant dans un tel état après seulement deux baisers ? C'était cela, l'image que renvoyait une personne encore innocente ? Il se doutait que l'esprit de Cronus n'était pas pur, mais physiquement il était tellement délicat, tellement sensible. Horuss se souvenait avoir été comme ça au début, aussi hésitant et malhabile, avant que Rufioh ne lui apprenne et ne l'habitue, au point que le sexe ne devienne qu'un acte quotidien, commun, quelque chose de presque ennuyeux...

Il eut un sourire tendre, l'une de ses mains quitta ses hanches pour caresser gentiment sa joue, et encore une fois son geste surpris Cronus qui le regarda avec stupeur et hésitation.

« ... Est-ce que... c'était bien ... ? » demanda faiblement le Haut-sang.

Tellement étrange de voir quelqu'un qui lui était supérieur lui demander ce genre de chose... Mais comme il l'avait dit plus tôt, la hiérarchie entre eux n'existait plus, ils étaient à égalité, aussi déstabilisant que cela puisse être. Horuss eut un rire léger, détendu :

« C'était parfait. »

Il l'embrassa sur la joue, sa main quittant son visage pour se rendre dans ses cheveux. Cronus frémit à ses caresses, haleta un peu, si peu habitué à être touché avec une telle délicatesse. Horuss continua de l'embrasser, sur la pommette, puis au bord des lèvres, sur le menton, descendant aux creux de son cou, frôlant ses branchies... Une main était toujours posée sur sa hanche, tandis que l'autre continuait ses caresses dans ses cheveux et se rapprochait des cornes, pour en saisir la base avec soin, comme si c'était du verre à choyer.

Le gémissement de Cronus fut un délice pour ses oreilles, alors qu'il sentait tout son corps devenir moue et s'échouer contre le sien. Horuss le tint contre lui, contre son torse, cessant de l'embrasser pour s'attarder sur ses cornes, continuer de les caresser du bout des doigts.

Bientôt, un doux ronronnement s'éleva depuis la gorge de Cronus... et ce dernier se redressa brutalement, manquant de donner un coup de tête au sang bleu :

« QU- ?! » l'Ampora paraissait abasourdi, les yeux et la bouche grande ouverte, venant palper sa gorge avec confusion.

Horuss resta ahuris de sa réaction, laissant ses mains en suspens :

« ... Cronus... ? Tout va bien ?

- ... Je... oui ? Mais... J'ai fait un bruit vraiment...très... bizarre ? »

Ce fut au tour du sang bleu d'être complètement décontenancé :

« ... Non, c'est un ronronnement. C'est ce que font les Trolls lorsqu'ils sont... »

La voix de Horuss mourut :

« ... à l'aise... »

Une nouvelle réalisation qui le fit blêmir, lui faisant prendre conscience de ce que ça impliquait, tandis que le visage de Cronus devenait aussi pâle que le sien, la honte s'installant sur ses traits. Il devait se sentir pathétique, de révéler encore une fois une telle faiblesse à quelqu'un d'autres.

Horuss ne lui laissa pas le temps de paniquer davantage et vint prendre son visage entre ses mains, lui offrant un froncement de sourcils mais une voix très douce :

« Je vais m'assurer que tu ronronnes à nouveau. Aussi souvent que ce sera nécessaire. »

Cronus déglutit, sans voix devant cette déclaration, posant ses mains sur ses poignets en tremblant un peu. Il cherchait visiblement ses mots, et le voir si bouleversé donnait envie à Horuss de l'embrasser encore, mais il se retint.

« ... C'est ... encore pour le jeu de rôle... ? De dire quelque chose de si ... si rouge ? »

Horuss cligna des yeux d'étonnement, avant d'en être contrarié :

« Non. Je suis parfaitement sérieux. »

Il posa son front contre le sien :

« Je ne sais honnêtement pas si je suis rouge pour toi, parce que ma relation avec Rufioh est trop récente. Mais je veux que tu te sentes bien. Je veux te faire du bien. »

Il hésita un peu, s'humecta les lèvres en trouvant le courage d'ajouter :

« ... je n'aurai jamais cru dire ça mais... ne pourrions-nous pas mettre les quadrants de côté...?

- ... Comme les humains ? »

Le regard de Cronus s'était éclairé, et Horuss se souvint que oui, son ami était passionné par le genre humain, qu'il souhaitait leur ressembler. Alors il lui sourit :

« Oui, comme les humains.

- Ne pas se soucier de faire des choses pâles ou rouges ? Juste... agir comme cela vient ?

- Oui, sans que cela n'implique une quelconque relation spécifique, si ce n'est que nous sommes proches.

- ... nous sommes proches ? »

Horuss lui sourit et craqua, revenant lui prendre un chaste baiser :

« Oui. Nous sommes proches. »

A nouveau il put goûter au rire cristallin de l'habitant des mers, et cela le ravit. Cronus avait l'air sur un petit nuage, les yeux pétillants et le sourire aux lèvres, le visage rougit et le corps détendu. Horuss songea qu'il n'allait plus pouvoir se passer de cette image, qui était sûrement la plus belle chose qu'il ait pu lui été donné de voir.

Ils passèrent encore un moment à se câliner, alternant caresses et baisers, avant d'être contraint de s'arracher du lit quand, suite à leur mouvement, la guitare tomba du lit. Cela provoqua la panique de Horuss, qui culpabilisa immédiatement, alors que Cronus riait et le rassurait, lui assurant que ce n'était pas grave, que la guitare était à peine égratignée. Horuss ne s'en voulait pas moins et demanda à le rembourser, alors le sang violet sauta sur l'occasion et lui demanda comme paiement de rester avec lui jusqu'au soir, afin de partager un dîner.

Horuss ne put qu'aller de bonnes surprises en bonnes surprises, puisque l'habitant des mers le tira jusque dans sa cuisine et lui demanda ce qu'il souhaitait manger. C'était amusant de pouvoir débattre avec quelqu'un de ce qu'il fallait cuisiner, au lieu de recevoir un simple "fais ce que tu veux". Alors ils réfléchirent à un menu complet, à l'entrée, le plat ainsi que le dessert, en se chamaillant sur leurs différences de goûts.

Quand ils parvinrent à se mettre d'accord, ils cuisinèrent ensemble. Encore quelque chose d'inhabituel, pour l'un comme pour l'autre. Mais c'était amusant d'essayer de se coordonner, malgré les quiproquos ("Four à 80° ? Je croyais que tu avais dit 180° !") ou bien les maladresses ( Ils avaient les cheveux collants de sauce ou bien de crèmes, et les vêtements n'étaient pas en restes )

L'après-midi s'écoula dans les rires et quelques cris. Ils mirent l'entrée et le dessert au frigo et laissèrent le plat dans le four éteint afin de le garder au chaud. Satisfaits, ils eurent un long soupir de soulagement, puis échangèrent un regard et rirent de plus belle devant leurs états.

« Ma douche est prête à l'utilisation ! s'exclama Cronus avant de faire une révérence exagérée. Honneur aux invités. »

Horuss rit et fit une révérence à son tour :

« Je n'en ferais rien, ô highblood. C'est à l'hôte de se laver le premier !

- Ne me tente pas cher sang bleu, je suis à deux doigts de te proposer une douche ensemble~ »

Cronus eut un sourire espiègle alors que le Zahhak s'empourpra, mais rebondit bien vite en lui rendant un sourire au coin :

« Et je suis à deux doigts d'accepter. »

Cette fois Cronus s'étouffa, ses oreilles remuant alors qu'il rougissait :

« Quoi, vraiment ?

- Je suis à moitié sérieux. »

Mais Horuss se sentait si bien en sa présence, et ils avaient déjà laissé les codes sociaux de côté ... alors il se permit de se rapprocher et l'embrassa sur la joue, la voix devenue taquine :

« Nous n'avons pas mis de limite entre nous après tout. »

Il sourit plus gentiment :

« Mais je ne veux te forcer à rien. Par contre, si on ne se douche pas ensemble, je veux que tu sois le premier à y aller. »

Cronus le regarda, puis observa le sol, et le regarda à nouveau avant de jeter un œil vers le plan de travail. Il était si nerveux qu'encore une fois, Horuss sentait son cœur fondre. Puis finalement, le sang violet se redressa, reprenant cette attitude fière et sûre de lui :

« Très bien, douchons nous ensemble alors ! J'espère simplement que mon corps ne t'intimidera pas trop ! »

Mais d'eux deux, c'était bien l'Ampora qui paraissait le plus anxieux à l'idée de se déshabiller. Il fut tendu jusqu'à ce qu'ils atteignent la salle d'eau, et une fois là-bas il fit dos à Horuss et retira ses vêtements lentement. Le sang-bleu n'en dit rien et détourna même le regard pour lui laisser de l'intimité, se déshabillant à son tour avec davantage de tranquillité. L'une des choses positives qu'il retenait de sa précédente relation, c'était que Rufioh avait sût lui faire aimer son corps, au moins assez pour ne plus avoir honte de le montrer.

Horuss était bien bâtit, grand et musclé, il n'enviait rien aux autres physiquement, il s'acceptait comme il était, principalement car il ne pouvait de toute façon pas changer grand-chose, et surtout que son corps lui convenait pour toutes activités physiques. Pourtant, ce qui le fit hésiter fut de retirer ses gants. Mais il savait par expérience que les tremper ne serait pas agréable, alors il les enleva avec toute la délicatesse du monde, et n'osa plus toucher à rien ensuite.

Il patienta jusqu'à ce que Cronus soit complètement nu et se glisse en premier dans la douche. Horuss l'y suivit, restant dans son dos, pouvant l'observer à sa guise sans que l'autre ne le remarque, même s'il devait sentir son regard sur lui. Cette simple idée fit à nouveau rougir le sang bleu qui fixa plutôt le mur carrelé.

L'eau s'écoula, à une température moyenne, même si Horuss ne pouvait être complètement sûr. Il était un peu trop loin pour être sous le jet d'eau :

« Timide ? » demanda Cronus avec amusement.

Horuss eut un sourire maladroit :

« ... J'ai surtout peur de te faire mal, ou de casser quelque chose. Je n'ai pas mes gants... »

Le troll marin tourna la tête vers lui, et on aurait pu le croire à l'aise s'il ne faisait pas tout l'effort du monde pour ne pas regarder le corps d'Horuss et se focaliser seulement sur son visage, ses pommettes complètement violette de gêne :

« Je ne suis pas en sucre, rapproche toi.

- Je ne préfère pas, je n'ai vraiment pas confiance en la maîtrise de ma force. »

Cronus eut un sourire et se rapprocha de lui-même :

« Tu n'as pas besoin de me toucher, je vais le faire pour toi~ »

Il vint l'enlacer, l'air taquin, enroulant ses bras autour de sa nuque pour le tirer vers l'eau. Horuss frémit au contact du jet, gardant ses propres bras le long de son corps, n'osant même pas dégager ses mèches trempées de son visage. Il n'en eut pas besoin, Cronus s'en occupa pour lui, cessant de l'enlacer pour glisser ses mains et ramener ses cheveux en arrière, avant de continuer vers sa queue de cheval qu'il défit, lâchant complètement la chevelure du sang bleu.

« ... whoua. » le murmure de Cronus provint du cœur, et son regard plein d'émerveillement fit déglutir Horuss.

Le sang bleu n'avait peut-être pas honte de son apparence, mais il n'était pas pour autant à l'aise à ce qu'on l'admire. Ainsi eut-il le regard fuyant, sentant son visage se réchauffer un peu plus. Cronus posa ses mains sur ses joues en continuant de le regarder :

« Les cheveux lâchés te vont vraiment bien.

- Je... M-Merci... »

Il les attachait sans arrêt, principalement par nécessité afin de ne pas être gêné. Mais à cet instant, la chaleur qui le gagna le poussa à songer que, peut-être, il pourrait les détacher plus souvent, au moins lorsqu'il ne faisait pas d'activité qui le forçait à avoir une vision optimale.

Horuss osa le regarder à nouveau, s'humectant les lèvres en prenant le temps de clairement l'observer, de regarder ses cheveux -généralement soigneusement coiffés en arrière- retomber à cause de l'eau.

« J'aime également... te voir avec les cheveux ainsi. Au naturel. »

Horuss fit un sourire plus maladroit qu'il ne l'aurait voulu, mais cela suffit. Cronus était aux anges, et il le prouva en venant l'embrasser, avec un peu plus de confiance que précédemment.

Les quelques jours qui suivirent furent pour le moins étranges, Horuss n'allait pas se le cacher. Il supposait qu'il vivait ce que toute personne vivait après une rupture : des sentiments contradictoires, en vrac. Un flot d'émotions contraires qui s'amusaient à le tourmenter à des moments inopportuns.

Il était rentré à sa ruche, avait repris ses activités, menant sa routine habituelle : s'enfermer dans son labo de longues heures pour travailler, en sortir pour faire quelques corvées -même si, à dire vrai, s'occuper du linge, du ménage ou de la cuisine ne le dérangeait guère, ça lui permettait de réfléchir tranquillement loin de ses machines- puis il passait un peu de temps dans le jardin pour profiter du soleil -c'était tellement étrange, de pouvoir se tenir dehors en pleine journée, il n'avait pas pleinement pris l'habitude...

Mais par moment, il avait ce stupide réflexe. Ce réflexe de regarder Trollian le matin, pour dire bonjour à Rufioh, et se souvenir qu'il n'était plus censé le faire. Ce réflexe de prendre une photo d'un de ses plats, mais se retenir d'envoyer ladite photo, car encore une fois Rufioh n'avait plus à les recevoir. Ce réflexe de vouloir appeler alors qu'il prenait une pause, pour entendre la voix chaude de son ancien matesprite, avant de se figer devant l'écran et se mordre la langue, en se répétant, pour la énième fois, que NON, il n'avait plus à faire ça. Il ne pouvait plus faire ça. Il n'en avait plus le droit.

Alors, durant un instant, il se sentait vide. Un vide de quelques minutes, où il regardait un point vague sans qu'aucune pensée ne prenne réellement forme dans son esprit. Et après le vide revenait la douleur, la tristesse, cette émotion risible qui lui nouait la gorge, avant d'être surplombée par la colère. Horuss ne savait pas encore par quel miracle il n'avait pas cassé son téléphone sous la rage.

La colère s'accompagnait de la frustration, cette sensation de blocage qu'il ne pouvait pas libérer sur un exutoire physique.

Il ne sut ce qui le poussa, le troisième ou quatrième matin, à craquer. A envoyer ce "Bonjour!" qu'il souhaitait tant partager à son réveil. Le soleil se levait à peine tandis qu'il était allongé sur le dos, dans ce lit humain auquel il tentait encore de se familiariser. Ses mains avaient pianoté sur le clavier, cliqué sur 'envoyer' puis il n'y avait plus rien eu les secondes suivantes... avant qu'une réponse n'apparaisse, si rapidement qu'il en resta bouché-bée, avant qu'un large sourire ne prenne place sur ses lèvres, l'écriture violette de Cronus lui réchauffant son cœur meurtri.

Il avait déjà envoyé quelques messages à Cronus, ils se parlaient un peu plus depuis leur dernière rencontre. Mais cette fois, ça semblait tellement précieux. Tellement précieux de partager avec lui ce "Bonjour" matinal qu'il ne réservait jusqu'alors qu'à Rufioh. Et là où son ex lui aurait répondu un "Salut Poupée!" , Cronus répondit un "Salut Chef! Quoi de neuf ? Bien dormi ?"

Tant de considération dès le réveil. Horuss se sentit frétiller. C'était si bête, de se sentir si heureux seulement pour ça. Mais il s'était habitué à provoquer les discussions, à être celui qui posait les questions, là où Rufioh laissait généralement la discussion mourir. Mais Cronus venait l'interroger de lui-même.

C'était là toute la différence entre les deux trolls. Rufioh prenait les devants physiquement, il savait embrasser, faire l'amour, rendre fou ses amants, mais se perdait dans les discussions, devenait maladroit quand il fallait partager des passions ou des émotions, devenait anxieux quand il y avait des problèmes sentimentaux. Cronus, lui, savait parler, savait échanger, savait trouver les mots pour mettre à l'aise l'interlocuteur, même si bien souvent il finissait par tomber dans ce rôle de dragueur un peu lourd qui agaçait autrui. Physiquement il était fébrile, peu sûr de lui, inexpérimenté. Il essayait de faire la chose, de mener les baisers, mais se trouvait vite submergé.

Horuss prit conscience de s'être perdu dans ses pensées quand un second message de Cronus lui parvint : "Erreur de destinataire ? C'est pas un soucis chef, je comprends que ton subconscient te mène vers moi :p"

Le sang bleu se crispa. Cronus agissait sur le ton de l'humour, mais quelque part il songea qu'il y avait une chose plus sérieuse derrière ce message. Une 'erreur de destinataire' ? Cronus pensait-il vraiment qu'il s'était trompé, et qu'il ne répondait plus car il avait honte de l'avouer ?

Il s'empressa d'écrire pour clarifier la situation : "Non non, il n'y a pas d'erreur ! Je m'excuse, j'étais pris dans mes pensées." puis il hésita avant d'ajouter, souhaitant être honnête "Je n'ai pas l'habitude à ce qu'on m'encourage à la conversation. Habituellement, Rufioh attendait que je l'interroge pour faire de même, probablement par politesse"

La réponse de Cronus ne se fit pas attendre : "Parce que je m'intéresse vraiment à ce que tu deviens, rien à voir avec de la politesse" et un autre message arriva : "Est-ce que ça va ? Tu as eu des nouvelles de Rufioh ?"

Horuss profita d'être seul pour se permettre un long soupir. Il chercha ses mots, tapa fébrilement "Je continue de regarder mon écran en souhaitant lui envoyer un message ou l'appeler" Il envoya le message, en écrivit aussitôt un autre "Puis je réalise à quel point c'est stupide et je retourne à mes activités"

Cronus réagit dès qu'il eut fini d'écrire "Chef, tu devrais vraiment pas te prendre la tête avec ça. Je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire, mais ce type ne te mérite pas. Vraiment pas. Tu me dis qu'il n'engageait même pas la conversation de lui-même, excepté par politesse !". Horuss se mordit la lèvre mais n'eut pas le temps de répondre que son interlocuteur ajouta : "Tu ne devrais pas ignorer ton envie, à force de vouloir lui parler sans oser le faire, tu vas exploser"

Horuss tapa à nouveau : "C'est pour ça que je t'ai envoyé un message" Il se sentit tellement cruel, tellement horrible de le dire ainsi, tellement coupable d'avoir eu ne serait-ce que l'idée de remplacer Rufioh par lui, parce que Cronus ne méritait pas d'être qu'un simple remplaçant. "Je suis désolé, j'ai tellement l'habitude de nos bonjours matinaux, même si ça n'a sûrement jamais voulu rien dire pour lui, et tu as été tellement gentil avec moi, alors j'ai voulu t'envoyer un message à la place" Il ferma les yeux en sentant sa gorge se nouer à nouveau, puis les rouvrit pour taper "Je suis vraiment désolé Cronus, je profite de tes sentiments rouges, je vais m'arrêter là"

Mais Cronus rétorqua : "NON" et un autre "NON NON NON !" suivit d'un "HORUSS STOP" et l'enchaînement des trois messages fut si rapide que Horuss dû cligner des yeux, confus, ressentant toute la panique de son ami derrière. Il se redressa, perplexe, alors qu'il vit Cronus taper un autre message, sûrement plus long puisqu'il prit un peu de temps avant de l'envoyer : "Nous nous sommes mis d'accord, pas de question de quadrant entre nous, pas de limite, juste du bon temps. Il n'y a pas de question d'abuser des sentiments de l'autre, nous savons tous les deux où nous en tenir. Tu aimes encore Rufioh, c'est évident, et tu dois te faire à cette rupture, et c'est difficile et ça va bien sûr prendre du temps. J'ai bien conscience que tu ne m'aimes pas comme je t'aime, je m'y suis fait, vraiment, je n'ai rien contre ça, et c'est moi qui devrais m'excuser de profiter de ta faiblesse pour laisser filtrer mes sentiments rouges. Mais ne culpabilise pas, tu es dans une mauvaise passe et si tu as besoin d'un soutient, je suis là, et tu le sais, et je serai fou de joie que tu m'appelles quand ça ne va pas, ou même quand ça va, et si tu veux on peut ressortir à l'avenir, comme on l'avait dit, retourner au restaurant et partager un repas!"

Horuss n'eut conscience d'avoir les larmes aux yeux qu'au moment de voir flou. Il passa une main sur son visage, renifla un peu, mais ça semblait déjà trop tard. Il ne réfléchit pas vraiment quand il écrivit : "Est-ce que je peux t'appeler ?"

La réponse de Cronus fut immédiate : "Tout le temps"

Il composa le numéro, Cronus décrocha à la première sonnerie.

« Hey... ! » commença Horuss, mais sa voix cassa aussitôt, et un sanglot terrible le coupa.

Il n'arriva pas à aligner le moindre mot, sa maigre tentative se soldant par une crise de larmes. Il laissa tomber son téléphone sur le matelas, craignant de le briser entre ses doigts, et s'allongea pour se rouler en boule et sangloter, la tête proche de l'appareil pour guetter les mots de Cronus. Mais tout ce qu'il perçut, ce fut de doux "Ca va aller" soufflé par le sang violet.

« J-Je suis désolé... balbutia Horuss entre deux sanglots. Je suis tellement désolé, ugh- J-Je...

- Ça va chef. C'est bon, ça va. »

Et Cronus avait beau parler avec douceur, il y avait dans sa voix une certaine fermeté, une absence totale d'hésitation, de bégaiement. Il disait que ça allait, que ce n'était pas grave, et Horuss le croyait. Il savait qu'il ne lui mentait pas, qu'il ne cherchait pas juste à dire ce qu'il voulait entendre. Cronus lui affirmait que c'était bon de pleurer, que ça ne le dérangeait pas d'écouter, et il disait la vérité, Horuss pouvait sentir comme il était sincère.

Ça le fit pleurer davantage.

Les minutes s'écoulèrent, bercées par ses reniflements, ses sanglots misérables, qu'il tenta d'étouffer en plongeant son visage dans son oreiller. Après ce qui lui parût une éternité, il parvint à reprendre son calme, inspirant et expirant pour ralentir les battements de son cœur.

« ... désolé Cronus... » souffla-t-il, la voix rauque à cause de cette crise.

Il perçut un sourire dans la voix de l'autre lorsqu'il lui répondit :

« Hey, c'est bon, vraiment. Pas besoin de t'excuser. »

Il était si doux, si patient. Horuss renifla mais se sentit bien, vraiment bien. Comme si pleurer l'avait libéré d'un poids trop lourd. Il ne bougea pas, restant allongé, le portable posé à côté de lui. Il resta silencieux et remercia mentalement Cronus de faire de même, lui laissant le temps de remettre ses idées en place, de reprendre la maîtrise de soi.

Le sourire de Horuss fut maigre mais sincère :

« Merci... Ça va mieux...

- Tant mieux chef. Hésites jamais à m'appeler.

- Je m'en souviendrai. »

Un autre silence, très calme, doux. Horuss rouvrit la bouche :

« ... est-ce que c'est bon, si je t'envoie d'autres messages dans la journée ? Et des photos ?

- Bien sûr.

- Même si...C'est des habitudes que j'avais avec Rufioh ?

- Horuss, vraiment, c'est bon. Tu peux m'envoyer message, photo, m'appeler... Au contraire ça me fait plaisir, vraiment plaisir. Je préfère ça plutôt qu'un long silence qui m'inquiétera. D'accord ? »

Horuss eut un tendre rire :

« D'accord. »

Et c'était rassurant, de sentir que quelqu'un était là, que quelqu'un voulait de lui. Que quelqu'un tenait assez à lui pour l'écouter pleurer de longues minutes sans le juger. Que quelqu'un l'acceptait, peu importe à quel point il se montrait misérable.

Ils n'échangèrent que peu de mots avant de se saluer et raccrocher, mais Horuss sut que le reste de sa journée serait bonne. Il allait avoir tant de choses à dire à Cronus !


Ils étaient retournés au restaurant lorsqu'un imprévu arriva. Quelques journées supplémentaires étaient passées, cadencées par les messages et les appels que nos deux trolls échangeaient. Ils se réveillaient avec des "bonjour" bienveillants et se couchaient au creux de leur "bonne nuit" , tout en passant la journée à se tenir au courant de leurs activités. Cronus terminait de peaufiner sa partition bien que d'après lui "une chanson n'était jamais vraiment achevée" et Horuss laissait son imagination le guider dans l'élaboration de robot toujours plus sophistiqué.

Ils n'avaient pas encore eu l'occasion de se revoir, ils n'en avaient pas senti l'urgence. Puis, au cours d'une conversation, Cronus avait laissé entendre qu'il devait faire des courses car il n'avait plus rien à cuisiner, et Horuss avait proposé de lui payer le repas. C'était venu naturellement, et malgré la stupeur de Cronus, le marin avait rapidement retrouvé une joie franche et accepté.

Ils étaient donc retournés à ce restaurant, prenant une nouvelle fois une table à l'écart pour être tranquilles, entre eux. Horuss avait hésité, avant de se présenter les cheveux lâchés et d'abandonner ses lunettes de travail. Cronus n'en avait rien dit, mais son regard s'était attardé suffisamment pour montrer son intérêt, une lueur pétillante dans les yeux.

S'ils avaient chacun appréhendé leurs retrouvailles, ils étaient bien vite retournés à cette ambiance agréable qu'ils avaient sût tisser entre eux, discutant comme ils le faisaient par téléphone, ou comme ils l'avaient fait à leur dernière rencontre.

Puis leurs téléphones avaient vibré simultanément, les interrompant au milieu du plat principal.

C'était un message de Meenah, sur la discussion de groupe comportant tous les Trolls Alpha : "Hey, vous ne devinerez jamais sur quoi je suis tombée !"

Ils échangèrent un regard sceptique, sans être vraiment alarmé pour autant. Leurs camarades ne devaient également pas s'y intéresser plus que ça puisque personne ne répondit tout de suite. C'est Aranea qui eut la politesse de réagir et demander : "Qu'as-tu trouvé ?"

Meenah répondit aussitôt, visiblement excitée : "Quelque chose d'incroyable ! Qu'est-ce qui vous semble le plus improbable ?" Elle ne laissa personne faire de proposition -personne n'allait en faire de toute façon- et ajouta immédiatement "Réponse en mille : quelqu'un a décidé de supporter Cronus !"

Une photo apparue à la suite de ce message, et ni Cronus ni Horuss ne surent comment réagir. C'était bien eux sur la photo, dans leur position actuelle, c'est à dire en face à face au restaurant. La photo était prise de l'extérieur, d'assez loin puisqu'ils se trouvaient au fond de la pièce, mais l'angle et le zoom les mettaient en avant, à un moment où ils partageaient un rire.

Horuss tourna la tête, s'étonnant de voir réellement Meenah devant le restaurant, avec un large sourire. Le genre de sourire moqueur, tandis qu'elle les fixait, comme si elle guettait leur réaction. Le sang bleu fronça légèrement les sourcils, dérangé par cette attitude qu'il trouvait déplacé et intrusive. Il allait en faire part à Cronus... mais se figea en le voyant la tête basse, les oreilles baissées. Le sang violet paraissait vouloir se recroqueviller et se cacher du reste du monde.

Horuss réalisa que les messages avaient continué d'affluer sur le groupe, leurs amis réagissant à la photo. Un long monologue de Kankri prenait de la place et si Horuss ne lut pas tout, il capta quelques phrases telles que "Horuss, tu es bien gentil mais ne te force pas à sortir avec lui, faire preuve de pitié ne le mènera à rien" et "Je sais que ta pause avec Rufioh doit être douloureuse, mais en discutant tous deux vous parviendrez à une solution" suivit d'un "Et si tu ne sais plus que faire de tes relations, retiens que sortir avec quelqu'un n'est pas un accomplissement en soit, tu peux tout à faire vivre sans te forcer à avoir un matesprite"

Cronus ne lisait plus les messages, son portable était encore allumé sur la conversation mais il fuyait l'écran du regard, fixant son assiette à moitié vide. Horuss le remarqua, son ventre se serra, et il allait dire quelque chose mais son regard fut attiré par l'écriture verte de Meulin.

Sa moirail était entrée dans le flot de la conversation : "Rufioh et Horuss font une pause ?"

Porrim intervint : "Oui, cela doit faire une semaine. Horuss ne t'a pas mis au courant ?"

Le sang bleu vit qu'il avait une notification de Meulin dans leur conversation privée. Ravalant l'agacement qui commençait à remonter de son cœur pour lui nouer la gorge, il lut le message... et cette fois, oui cette fois, un léger craquement résonna. La coque de son téléphone venait de se fissurer, juste un peu.

Meulin lui avait envoyé : "Tu ne dois pas craindre de venir me parler Horuss, ça ne me dérange pas de t'aider avec Rufioh"

Il serra les dents. La voix inquiète de Cronus s'éleva :

« Ho-Horuss ? »

Le sang bleu reporta son attention sur lui, pour voir l'éclat terrifié dans son regard. Cronus paraissait complètement déboussolé, ne cherchait même pas à se défendre face à leurs amis, mais le regardait avec une hésitation et une inquiétude palpable. Il avait également levé sa main dans sa direction, mais laissait son geste en suspens comme par peur de le toucher, de faire un geste déplacé.

Horuss ne parvint pas à lui faire de sourire rassurant. Les muscles de son visage ne savaient plus comment faire semblant. A la place, c'est lui qui osa le geste et prit la main de Cronus dans la sienne :

« Tout va bien. »

Cronus sursauta, regarda fébrilement leurs mains, puis le visage d'Horuss.

Le sang bleu continua de le tenir tandis que de sa main libre il venait écrire sur la messagerie du groupe : "Ma relation avec Rufioh ne concerne que moi et Rufioh, tout comme ma relation avec Cronus ne concerne que moi et Cronus. Je ne suis plus avec Rufioh, je n'ai pas de compte à lui rendre, je n'ai pas non plus de compte à vous rendre. Cronus est d'une compagnie bien plus agréable que celle d'une héritière intrusive et mal élevée qui s'amuse à rabaisser publiquement ses camarades. Si j'avais souhaité avoir le moindre commentaire ou le moindre conseil sur mes relations de quadrant, je me serais manifesté. Or, il se trouve que je n'ai pas quémandé votre aide car je n'en veux pas."

Il envoya son message, s'étonnant d'écrire presque autant que pouvait le faire Kankri, mais ne s'y attarda pas davantage tandis qu'il ajoutait sèchement : "Et Meulin, j'apprécierai que tu gardes ton hypocrisie pour toi, car aussi gentille soit-tu, nous savons tous les deux que notre moiraillégence n'est qu'une suite d'échecs. Les rares fois où j'ai osé te parler de mes problèmes, tu ne m'as encouragé qu'à garder un sourire factice. A quoi cela m'a mené, si ce n'est me voiler la face davantage ? Sans parler que tu ne me parles jamais. Nous sommes à peines amis, alors cessons de nous appeler Moirails."

Puis après ce second message, il se sentait encore le besoin de tout lâcher, car il en avait assez. Assez de ses camarades qui se permettaient des commentaires publics comme s'ils savaient mieux que lui la manière dont il fallait réagir : "En fait j'apprécierai que vous fassiez tous preuve de respect envers ma vie privée. Je ne suis pas un maître des quadrants, et vous non plus. Je n'ai pas besoin d'être materné, encore moins lorsque je me sens bien et que j'ai trouvé quelqu'un avec qui passer du bon temps. Cronus et moi n'avons rien fait de répréhensible. En fait, j'aurai plutôt aimé que vous interveniez lorsque je me voilais la face et que Rufioh me trompait, plutôt que venir cracher sur Cronus qui à la décence de s'occuper de moi et qui ne m'oblige pas à sourire si je n'en ai pas l'envie."

Et il se sentit l'âme sarcastique quand il ajouta : "Bon appétit" avant d'éteindre son téléphone.

Il regarda Cronus, qui était en train de lire ses messages les yeux écarquillés. Il lui laissa le temps, sans se retourner une seule fois vers la fenêtre. Meenah ne méritait certainement pas son attention.

Cronus finit par avoir un rire étranglé, nerveux. Il posa son téléphone en tremblant, sans regarder Horuss, et se passa une main sur le visage :

« ... W-Whoua ... »

Un autre rire fébrile :

« ... Je sais pas quoi dire, tu ... Je ne pensais pas que tu dirais tout ça... ? Que tu pensais tout ça...?

- J'espère que ça les a remis à leur place. Je crois qu'être sur un pied d'égalité leur a donné trop de confiance au sujet de se moquer de nous.

- ... Il se moquait de moi. Ils sont inquiets pour toi... »

Horuss fronça les sourcils :

« Ils ne sont pas inquiets. S'ils étaient inquiets, ils se seraient exprimés en privé et non sur le groupe. S'ils étaient inquiets, ils auraient pris la peine de prendre mon point de vue en compte avant d'affirmer des ... des conneries. »

Si Cronus fut surpris de la grossièreté, Horuss ne lui laissa pas le temps de le relever :

« Et ils m'encouragent à retourner auprès de Rufioh alors que c'est lui qui m'a quitté, que c'est lui qui m'a trompé à maintes reprises, que c'est lui qui a cherché à me fuir et qui m'a fait mal. »

Il parvint finalement à sourire quand le sang violet le regarda enfin :

« Et je refuse qu'ils se moquent de toi. Ils l'ont trop fait, et maintenant que j'en ai conscience je ne veux plus rester inactif. Je veux te protéger. »

Le rougissement de Cronus fut un délice pour les yeux. Horuss le gratifia d'un regard tendre, et se moquant bien si Meenah était toujours là ou non, il se pencha et s'empara des lèvres de son nouveau compagnon.

Meenah était là, et elle n'avait pas manqué l'occasion pour prendre une autre photo. Mais honnêtement, Horuss s'en moquait à présent. Il avait rapidement vu le cliché passé sur la discussion de groupe, le représentant en train d'embrasser Cronus, et il n'en tirait qu'une légère fierté en fin de compte. Tout comme Cronus qui s'était empressé d'enregistrer la photo, les oreilles frétillantes de joie.

Aucun d'eux n'avaient pris la peine de lire les commentaires de leurs amis, s'ils pouvaient toujours dire 'amis'. Ils avaient fini le repas, s'étaient rendus dans la ruche de Cronus et s'étaient laissés bercés dans le lit, collé l'un à l'autre, en abandonnant leurs téléphones loin de leur vue.

Ils n'avaient, bien sûr, pas envisagé de couper les points avec qui que ce soit. Simplement, ils préféraient profiter de leur moment à deux et laisser les autres réfléchir. Avec de la chance, ils viendraient peut-être s'excuser d'eux-mêmes ? Ou bien le coup de gueule d'Horuss avait créé une brèche qui ne serait pas réparable.

Ils eurent leur réponse le lendemain, au petit déjeuner, quand ils prirent la peine de récupérer leurs téléphones.

« ... Whoua, j'ai jamais eu autant de messages. Privés, je veux dire. » s'étonna Cronus.

Horuss n'était pas en reste, regardant sa propre messagerie avec de grands yeux, et une légère appréhension aussi.

Cronus s'assit à côté de son compagnon pour qu'ils puissent avoir une vue sur leurs deux écrans. Ils avaient chacun un message de Meulin.

A Horuss : "Je suis désolée d'avoir été une si piètre moirail. Tu as raison, notre relation ne fonctionnait pas, et je suis désolée d'avoir continué d'insister en disant à tout le monde que j'étais ta moirail. Mais peut-être aurions-nous dû en discuter. J'ai été bête, mais... que tu me dises de telles choses sur le groupe public, ça m'a vraiment blessé. Surtout la partie où nous ne sommes pas amis. Je pensais que nous pouvions au moins nous donner ce titre, même si nous ne sommes pas toujours ensemble."

A Cronus : "Tu as l'air de connaître Horuss un peu mieux que moi, ne serait-ce que parce qu'il te montre des facettes de lui que je n'ai pas sût voir et accepter. Je compte sur toi pour prendre soin de lui. Si j'apprends que tu lui as fait le moindre mal, je m'occuperai personnellement de toi. A bon entendeur."

Cronus ne s'en offusqua pas, bien au contraire. Cependant il lança un regard inquiet à Horuss, qui relisait son propre message avec un regard terne, triste. Il se passa une main sur le visage, puis dans ses cheveux qu'il avait gardé lâché :

« ... Elle a raison... j'ai été terrible hier. Trop dur avec elle.

- ... Un peu, mais tu avais besoin de le laisser sortir, le rassura Cronus. Envoie lui un message, je suis sûr que ça ira. »

Horuss hocha la tête et tapa une réponse : "Bonjour Meulin. Tu as raison, je suis désolé pour hier, j'aurai dû te répondre en privé et garder la tête froide. Mais voir tout le monde aller de ses commentaires alors que je passais un bon moment m'a mis hors de moi. Je te considère comme une bonne amie et j'espère que tu pourras pardonner mon emportement."

Elle répondit avec une vitesse surprenante : "Bien sûr que je te pardonne, tout comme j'espère que tu me pardonnes pour Rufioh, je n'aurai pas dû te pousser dans ses bras comme ça. Je voyais bien que quelque chose clochait, mais tu étais tellement amoureux, je voulais que votre relation fonctionne... Et j'espère que tu me pardonneras pour mes conseils. Sourire me semblait être le meilleur moyen pour positiver. Je ne voulais pas que cela devienne une contrainte trop lourde à supporter."

Cronus se permit de lire leur discussion, et vint frotter le dos de Horuss gentiment :

« Elle avait de bonnes attentions, mais je suis heureux que tu ne te forces plus à sourire.

- J'en suis heureux également, j'en avais assez d'avoir la sensation de... tu sais...

- ... porter un masque ?

- Oui. Même si je comprends l'utilité de sourire dans certaines mesures. Comme.. et bien... comme toi lorsque tu me souris, pour ne pas m'inquiéter. »

Cronus s'empourpra :

« Q-Quoi, non je- »

Horuss rit doucement :

« Si tu essaies de me mentir, je le saurais~ »

Le marin fit faussement la moue, mais au moins cela allégea la tension.

Leurs seconds messages vinrent de Kankri.

A Horuss : "Il n'a jamais été question de te materner, mais je saisis que j'ai été trop loin. J'ai réagis trop rapidement -comme à mon habitude, je sais bien que c'est un de mes défauts- et je n'ai pas attendu de te laisser t'exprimer pour te faire la leçon, et encore une fois je m'en excuse. Il n'en reste pas moins que je trouve surprenant que tu rebondisses si vite vers une autre relation, mais comme tu l'as dit cela ne concerne que toi et ton compagnon, je n'ai pas à faire la morale, et j'ai conscience que je la fais trop souvent. Je te prierai cependant de discuter avec Meulin, je pense que, même si tu avais des raisons d'être en colère, tu as été trop loin avec elle."

A Cronus : "Je ne sais pas par où commencer. Je suis désolé, je prends conscience que mes mots étaient une véritable insulte à ton encontre. Tu es désespérément à la recherche de quadrants, cela m'a toujours agacé, et je me suis naturellement convaincu que personne ne voudrait de toi. Mais j'ai tort, évidemment. Cronus, tu as bons nombres de défauts mais tu possèdes également des qualités, et après avoir vu vos photos de toi et Horuss, je réalise comme tu sembles heureux dessus, et je m'en veux d'avoir été si méprisant à ton égard. Surtout après avoir discuté tant de fois avec toi, alors que tu fais des efforts pour ne pas me draguer aussi lourdement que les autres. Je suis vraiment navré."

Horuss remarqua le regard pétillant de Cronus, le frétillement de ses nageoires :

« C'est étrange comme votre relation semble pâle.

- Argh, ne le dit pas à Kankri, il me ferait une crise comme quoi il ne veut pas de moi dans ses quadrants! »

Mais le marin rit de bon cœur, vraiment heureux, et répondit une réponse positive à Kankri, comme quoi il ne lui en voulait pas et qu'il était heureux qu'il comprenne. Alors qu'il écrivait, il vint naturellement poser sa tête contre l'épaule de Horuss, alors que celui-ci lui enlaçait la taille sans restreindre ses mouvements.

« ... C'est tellement étrange... souffla Cronus. Tout ça, leurs messages, et ce qu'il s'est passé hier... ça fait vraiment, comment dire... officiel ? »

Il eut un sourire timide et Horuss rougit :

« C'est vrai. Comme s'ils nous donnaient leur bénédiction.

- Est-ce qu'il faut leur expliquer qu'on est... mm... pas vraiment un quadrant ?

- ... mais nous sommes tout comme, n'est-ce pas ?

- Je suppose... ? »

Ils échangèrent un regard embarrassé, un peu hésitant mais désireux.

« ... quel mot emploie les humains ? interrogea Horuss en remettant nerveusement une mèche de cheveux en place.

- Oh, hum... ils en ont plusieurs, selon le stade de la relation. 'Petit copain' quand ça commence, 'fiancé' lorsqu'ils veulent s'engager, et 'époux' quand ils se jurent amour et fidélité éternel. »

Il y eut un autre silence, où ils détournèrent tous deux le regard. Horuss caressa la hanche de son compagnon, lui tirant un doux frisson, tandis que Cronus se raclait la gorge, cherchant à recomposer son attitude confiante. Il se redressa pour faire face au sang bleu, forçant un sourire dragueur bien qu'en vérité il mourrait d'embarra à l'intérieur :

« H-Hey Chef... ! il toussa pour cacher son bégaiement. Alors, qu'en dis-tu ? Accepterais-tu de devenir le 'petit copain' d'un marin comme moi ? »

Horuss le regarda, souriant à son tour, de cette tendresse qu'il ressentait chaque fois que Cronus se révélait trop adorable pour son bien -et cela arrivait de plus en plus souvent, d'après lui.

« Ce serait un honneur. »

Et ils se sentaient tous deux si bêtes, à se regarder dans le blanc dans yeux avec leurs visages brûlants, tout ça pour quelques mots. Cronus gardait la tête haute, mais ses oreilles trahissaient sa nervosité, tout comme Horuss sentait la sueur s'accumuler dans son cou. Ils échangèrent un sourire indécis, se rapprochèrent un peu, et alors que leurs lèvres allaient se toucher, Horuss eut un petit rire :

« ... puisque je suis plus grand que toi, est-ce que le terme 'petit ami' fonctionne quand même ? »

Cronus siffla de dépit, ses oreilles s'abaissant :

« Argh, chef, tu casses l'ambiance là ! Et puis je ne suis pas si petit !

- Nous avons bien 5 ou 6 centimètres d'écart je pense. Mais ce n'est pas grave, c'est mignon !

- Je ne suis pas mignon, je suis sexy, charmant ! Un objet de désir, un appel au viol ! »

Horuss passa une main dans les cheveux du marin, qu'il glissa ensuite en douceur vers son oreille, venant la caresser avec davantage de soin qu'il ne l'avait fait jusque-là, se doutant que c'était un endroit plus fragile que le reste de son corps. Il perçut le frissonnement de Cronus, qui ne s'écarta pas mais, au contraire, ferma les yeux et se frotta contre la main en ronronnant.

« Je ne pourrais jamais te violer, assura Horuss. Je ne veux pas te faire de mal. Mais... effectivement, tu es tout à fait désirable~ »

Le sang violet émit un petit couinement en le regardant avec embarras :

« ... Tu le penses... ? Enfin, oui, bien sûr que je le suis ! »

Horuss essaya de ne pas faire la moue. Il n'aimait vraiment pas lorsque Cronus avait si peu d'estime de lui-même, qu'il cachait derrière une fausse fierté. C'était une nouvelle fois bien différent de Rufioh, qui lui savait à quel point il était beau et attirant, on lui répétait suffisamment pour qu'il ne daigne même plus répondre par un 'merci' mais simplement par un sourire qui signifiait "je sais".

Cronus possédait une fausse fierté, et Rufioh une fausse modestie.

Pris d'un élan de possessivité, Horuss attira son camarade sur ses genoux. Surpris, Cronus ne cacha pas sa confusion et s'accrocha à ses épaules pour ne pas tomber, mais retrouva bien vite un sourire joueur malgré son visage cramoisie :

« Que me vaut ce geste chef ? Envie d'un câlin ? »

Horuss pouffa :

« Oui. D'un câlin et d'un baiser. »

Cronus eut un sourire timide et accéda à sa demande, venant l'embrasser d'abord en douceur avant d'approfondir avec un peu d'impatience, ses oreilles remuant de contentement. Le sang bleu ferma les yeux en l'enlaçant, profitant de la tentative maladroite de Cronus de contrôler le baiser. Horuss était suffisamment patient pour le laisser faire, ne souhaitant pas le dominer contre son gré.

Par le passé, Rufioh détestait le laisser dominer.

Il grogna. Cela fit reculer Cronus :

« Tout va bien ?

- ... Oui. C'est juste...

- Juste...? »

Horuss soupira, détournant le regard avec un peu de malaise :

« ... Je me disais qu'il faudrait que j'arrête de te comparer à Rufioh. Dès que je remarques quelque chose chez toi, je ne peux pas m'empêcher de me dire que 'Rufioh était plutôt le contraire'. »

Cronus se crispa :

« ... et...c'est une mauvaise chose ?

- Quoi ? Non, non non ! J'ai aimé Rufioh pour beaucoup de choses, mais ce n'est pas pour autant que je cherche quelqu'un de similaire à lui, au contraire !

- Et... qu'est-ce que tu comparais actuellement ? Nos baisers ? »

Horuss s'empourpra, le lâcha pour jouer nerveusement avec ses doigts :

« ... hum... entre autres. »

Le sang violet soupira :

« ... J'embrasse moins bien, c'est ça ?

- Plus maladroitement, mais ce n'est pas un mal.

- Il a plus d'expérience que moi, forcément. »

Horuss s'étonna de la voix froide de Cronus, et quand il osa le regarder à nouveau il s'aperçut que son compagnon fixait le sol avec amertume :

« Cet enfoiré a eu le temps de tester, il est telleeeement populaire. C'est sûr qu'il est l'inverse d'un stupide Ampora infoutu de remplir ses quadrants, hein ? »

Le sang bleu ne sut que répondre à ça. Il tenta piteusement :

« Ce n'est pas un mal de manquer d'expérience, c'est...

- C'est 'mignon' ? Si c'est ça, alors c'est pire que tout ! Je ne suis pas mignon, je ne veux pas l'être !

- Mais... Pourquoi ? C'est un compliment, je ne cherche pas à t'insulter ou...

- Je ne VEUX PAS être mignon ! Je... »

Cronus se mordit la langue en croisant les bras, se recroquevillant un peu sur lui-même :

« ... ce n'est pas l'image que je veux renvoyer... »

Horuss ouvrit de grands yeux. Encore une fois il ne savait que dire, mais il savait quel geste il voulait faire. Il releva les mains pour prendre le visage de Cronus en coupe, venir lui embrasser le front, puis la tempe et la joue :

« ... tu n'es pas toujours 'mignon' ... souffla-t-il. Bien sûr, tu l'es quand tu es maladroit, mais lorsque tu me prends dans tes bras pour me consoler, tu es rassurant... et quand tu joues de la musique, tu as la classe ! ... et quand tu flirt, tu es sexy. »

Il vit le visage de Cronus reprendre une jolie teinte violette.

« ... tu trouves vraiment ? demanda le marin.

- Oui, vraiment.

- ... et quand je me plains comme maintenant, je suis pitoyable...?

- Sûrement pas. Pas à mes yeux. Tu es touchant, je veux te consoler. »

Il le poussa à le regarder, lui faisant une petite moue malhabile :

« ... je veux te donner confiance comme tu parviens à le faire avec moi. Je... Je ne veux pas faire la même erreur qu'avec Rufioh. Je veux communiquer, je ne veux plus passer les problèmes sous silence. C'est plus simple avec toi, tu t'ouvres plus facilement, tu ne fais pas de sourire constant en prétendant que tout va toujours bien. »

Cronus eut un sourire amusé :

« Non, je suis plutôt une drama queen qui s'étend sur tous ses problèmes.

- Ahah, mais le fais-tu sérieusement ?

- mm... non, c'est vrai. C'est plutôt une façon d'attirer l'attention. »

Le marin avoua dans un haussement d'épaule, gêné :

« C'est juste... plus agréable d'avoir de l'attention, même mauvaise, plutôt qu'être seul.

- ... mauvaise ?

- Des cris, parfois des coups. »

Horuss se rappelait vaguement que oui, les tactiques de flirt de Cronus avaient été repoussées d'une telle manière. Mais il se souvenait d'une fois avec Damara, et peut-être Porrim. Or, la manière dont Cronus le disait laissait sous-entendre que cela était arrivé fréquemment.

Cronus se massa la nuque, son sourire plus crispé :

« Je me doute que tu n'y as jamais trop fait attention. Je veux dire... tu as toujours été très, comment dire ? Ne le prends pas mal, mais tu as toujours été assez obnubilé par Rufioh, ou tes machines.

- ... je ne le prends pas mal. C'est un fait. »

Horuss se passa une main sur le visage :

« ... Je suis un abruti. Mais je comprends un peu mieux ce que Meulin voulait dire par 'se lier aux autres'. Je ne peux pas que rester dans mon petit monde et me concentrer seulement sur ce qui m'arrange. »

Il soupira. Ce fut à Cronus de poser ses mains sur ses joues pour lui caresser, lui faisant un sourire encourageant :

« Ça va chef, tout va en s'arrangeant, heureusement ! »

Le sang bleu lui rendit son regard ainsi que son sourire. Oui, tout allait en s'arrangeant.

Ils échangèrent un autre baiser, puis reportèrent leur attention sur les messages de leurs amis. À leurs grandes surprises, beaucoup les encourageaient. Porrim, Latula, même Mituna et Kurloz! Aranea aussi, bien qu'elle s'excusait surtout pour le comportement de Meenah. D'ailleurs, Meenah n'avait plus donné signe de vie, ni en privé ni sur le groupe. Mais de ce qu'ils avaient lu, Kankri lui avait visiblement fait la morale.

Cronus, assez heureux de la tournure des choses, se leva pour débarrasser la table. Horuss allait pour l'aider, mais fut retenu par la réception d'un nouveau message. Il se crispa au pseudo de Damara. Elle était l'une des dernières personnes à qui il voulait parler. Ils ne s'entendaient pas, elle essayait encore de séduire Rufioh, et peut-être venait-elle se moquer de lui. Mais par curiosité, il ouvrit le message.

C'était court, un simple mot : "Félicitation".

Il fut surpris, méfiant aussi, se demandant s'il y avait un piège. Il répondit néanmoins : "Merci"

Elle rebondit aussitôt : "Je ne suis pas surprise que Cronus soit ton second choix"

Horuss ne sut comment l'interpréter. Il y voyait de la moquerie, mais il savait que parfois la jeune femme manquait simplement de tact, et le fait que ce soit une conversation écrite n'aidait pas. Il décida d'être sincère: "Est-ce une moquerie ? Un sarcasme ? Je n'en vois pas l'intérêt."

Elle répondit vite : "Aucun des deux, je suis sincère. Je ne suis pas surprise." puis elle envoya "Cronus et Rufioh ont beaucoup en commun. Leur seule différence, c'est que Cronus est assez égoïste pour vouloir conserver son petit bonheur."

Horuss fronça les sourcils, sentant l'agacement le gagner à nouveau : "Si tu viens simplement pour le rabaisser, je préfère autant te bloquer dès maintenant."

Mais Damara rétorqua aussitôt : "Je n'ai pas dit que c'était un défaut. Au contraire, je peux reprocher beaucoup de choses à Cronus, mais j'admire cette part égoïste de lui. Il n'a pas peur de se montrer possessif avec ce qui l'aime. Contrairement à une certaine personne."

Horuss se mordit la langue : "Rufioh ?"

Il pouvait presque entendre son ricanement quand elle lui envoya : "Bingo" et qu'elle ajouta "On connaît Rufioh tous les deux, tellement gentil qu'il en devient hypocrite. Tellement soucieux de faire plaisir qu'il en devient un crétin ennuyeux" elle laissa couler quelques secondes avant d'ajouter "Ce moment où tu réalises qu'il ne pense pas qu'à toi, mais qu'ils pensent bien trop à TOUT LE MONDE"

Horuss en fut amer : "Où tu réalises qu'il ne tient pas tellement à toi..."

Cette fois, le message de Damara parût aussi amer que le sien : "Exactement" et elle ajouta "Du moins, c'est la sensation qu'il nous donne"

Le sang bleu dû relire le message pour être certain de son sens. Il demanda : "Tu insinues qu'il tient à nous plus qu'il ne le montre ?"

Damara rétorqua : "Lorsqu'il a officiellement rompu avec moi, est-ce qu'il est venu pleurer à ta ruche et à bu jusqu'à s'en évanouir ?"

Horuss se crispa: "Non. Non, j'en suis navré."

Mais il se figea net à la réponse de la jeune femme : "Ne le sois pas. C'est ce qu'il a fait hier soir, après avoir vu les photos sur le groupe"

« Quoi ? Horuss s'était étranglé sur le mot sans réfléchir, alarmant Cronus qui revint auprès de lui.

- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? »

Le sang bleu le laissa lire la conversation par-dessus son épaule. Alors que les sourcils du marin se fronçaient, Damara renvoya un autre message : "Il ne voulait pas rompre avec toi. Il voulait vraiment une 'pause'. Mais venant de lui, je comprends que tu aies pris ça pour une rupture officielle. C'est un tel lâche." Devant le silence de Horuss, elle ajouta "Je ne suis pas là pour te faire culpabiliser et te dire de retourner le voir. C'est un con, il ne sait pas traiter correctement ses partenaires, il ne sait pas traiter correctement les gens en général. Il se disperse trop et n'a pas le sens des priorités, et franchement j'en suis venu à devenir juste pâle pour lui tant il me fait pitié. Ce que je veux dire, c'est que malgré ses défauts, Cronus est sans doute un meilleur partenaire pour toi, tout comme tu pourrais être un bon partenaire pour lui maintenant que tu as rompu cette stupide moirallégence"

Horuss ne trouva rien d'autre à répondre que : "Ce n'était pas une stupide moirallégence..."

Et Damara se moqua : "Je t'en prie, Meulin a fait de toi un monstre. Un gars qui sourit tout le temps c'est juste flippant"

Le sang bleu aurait pu se vexer, ou en rire. Mais il était trop perturbé par ce qu'il avait appris : "Rufioh est vraiment venu chez toi ?"

Elle se moqua encore : "Ouai. C'était pathétique. J'avais le vain espoir qu'il s'était décidé à relancer notre relation, mais à la place il n'a fait que se plaindre de sa stupidité, du fait qu'il ne t'avait pas assez bien traité, comme quoi il aurait dû te dire qu'il était mal à l'aise avec tes sourires, ou qu'il aurait dû être plus attentif quand tu parlais et blablabla... Bref, pathétique. Je me suis dit que ça te ferait du bien de savoir ça."

Horuss eut la mâchoire crispée : "Pourquoi ça me ferait du bien ?"

Elle répondit comme si c'était évident : "Parce que c'est ce qu'il mérite ? Il n'a de bien que l'apparence, et il le sait. Putain, tu l'aurais vu hier. J'aurai dû prendre une vidéo tiens."

Cronus avait lui aussi la mine agacée :

« ... Elle est sérieuse ?

- ... J'ai bien l'impression.

- Mais qu'elle conne. Et elle ose dire qu'elle est pâle pour lui ? »

Horuss n'en pensait pas moins. Il tapa : "Et maintenant ? Où est-il ?"

Elle répondit : "Rentré chez lui. Je n'allais pas l'héberger non plus. Je ne suis pas sa moirail, mais il a l'air de prendre plaisir à venir se plaindre auprès de moi." puis elle commença à écrire quelque chose, qu'elle effaça, avant de réécrire un autre message "Je sais. Ça fait sûrement de moi une salope de dire ça de lui. Mais putain... Il m'a trompé, puis largué, et après il vient me voir pour pleurer et se plaindre. Je ne suis pas juste un jouet qu'on peut prendre et jeter à sa guise Horuss. Tout comme toi. Nous sommes des êtres vivants avec des sentiments."

Et à ses mots, la colère qu'Horuss avait à son encontre se volatilisa. Elle avait raison. Certes son attitude n'était pas exemplaire, mais elle avait aussi souffert, et elle souffrait encore.

Horuss se mordit la lèvre, se sentant à nouveau gagné par la sueur sous la nervosité. Il ne savait quoi penser de tout ça.

Damara lui envoya un dernier message : "C'est tout ce que j'avais à dire. Encore félicitation pour ta nouvelle relation. Et... ouai, je sais, ça va faire bizarre, mais n'hésite pas à me joindre si tu as un problème. Seulement si tu ne retournes pas à ton attitude flippante. Je préfère quand tu laisses tes vrais émotions s'exprimer."

Le sang bleu soupira, mais eut un faible sourire en répondant : "Je te remercie. Bonne journée Damara."

Il éteignit son téléphone et le posa, face contre la table, avant de fermer les yeux pour prendre une inspiration. Cronus, derrière lui, posa ses mains sur ses épaules et les massa légèrement.

« ... je ne sais pas quoi faire, avoua Horuss. Je... ce ne sont plus mes affaires maintenant, n'est-ce pas ? Entre moi et Rufioh c'est fini, je... je n'ai plus à m'inquiéter pour lui.

- ... Je ne crois pas chef. Rompre ne veut pas dire que les sentiments disparaissent. Et bon, je ne le connais pas bien, on a jamais été proche, mais j'ai moi-même du mal à détester Rufioh. Il est juste...trop chaleureux pour être vraiment haït ?

- ... Donc...C'est normal que je me sente si mal ... ? »

Horuss regarda son compagnon avec inquiétude. Il ne voulait pas le blesser, il ne voulait pas laisser entendre qu'il pouvait être encore rouge pour son ex, qu'il pouvait encore se remettre avec lui. Mais Cronus ne paraissait pas inquiet, pas pour ça en tout cas.

« Tu sais chef, je me sens tout aussi mal, donc je pense que oui, c'est normal. Je veux dire, en oubliant que c'est Rufioh, on vient d'apprendre qu'un de nos camarades faisait une dépression. Ce n'est jamais agréable d'entendre qu'un proche se noie dans l'alcool, même si on ne veut plus de lien avec lui. »

Le Zahhak laissa sa tête tomber en arrière, contre son copain :

« ... je me demande s'il ressent ce que j'ai ressenti... Pour lui, c'est...enfin... C'est comme si on avait rompu hier. Bon sang, de son point de vue, c'est comme si je l'avais largué hier...!

- ... La perspective n'est pas géniale. »

Ils laissèrent passer un silence... mais l'inquiétude d'Horuss prit le pas sur le reste :

« Est-ce que c'est bon d'aller le voir ? Je veux dire, je suis autorisé à le faire, ou...?

- ... Hum... honnêtement je sais pas trop chef. Je ne crois pas qu'il y est de loi universelle qui t'interdit d'aller voir ton ex déprimé ?

- Mais toi, est-ce que ça te convient ? »

Cronus réfléchit à la question, ses oreilles s'affaissant un peu, signe qu'il était contrarié :

« ... Franchement, je ne serais pas serein. »

Il fuit son regard :

« ... En fait, je risque d'être carrément terrifié. C'est ton ex, et il peut être un connard, mais...mais c'est Rufioh quoi. Comme j'ai dit, tout le monde aime Rufioh. Il est chaleureux, et sexy, et s'il a pris conscience que te perdre était sa pire erreur, alors il va peut-être vouloir se racheter et... peut-être qu'il va devenir un meilleur compagnon, et t'apporter enfin le bonheur que tu mérites... ? Et là je pourrais pas vraiment t'empêcher de retourner avec lui... »

Horuss grimaça, mais comprenait son point de vue. Lui-même n'était pas sûr d'avoir assez confiance en lui pour ne pas flancher face à son ancien matesprite, du moins si celui-ci changeait de comportement et prouvait qu'il l'aimait vraiment. Mais il ne pouvait pas se permettre d'abandonner Cronus, pas après s'être ainsi rapproché de lui et avoir vu des facettes de lui jusque-là inconnues.

Le sang bleu se releva brusquement, faisant sursauter Cronus. Mais ce dernier n'eut pas le temps d'être plus surpris, Horuss lui attrapa les mains fermement et planta son regard dans le sien :

« Allons le voir ensemble !

- Q-Quoi ?

- Viens avec moi ! Comme ça tu nous tiendras à l'œil !

- Mais ... je ne sais pas chef, c'est pas un peu... Je ne sais pas, te rendre chez ton ex, en compagnie de ton nouveau gars, c'est très limite, non ? »

Horuss se mordilla la lèvre :

« Je sais... Je sais mais je veux vraiment voir s'il va bien, et si possible... peut-être discuter avec lui. Mais j'ai besoin que tu sois là, car ça te concerne aussi à présent. Tu es devenu important pour moi Cronus. »

Le marin s'empourpra :

« ... D'accord... Ouai, d'accord, faisons ça alors. »

Ils prirent une inspiration pour se calmer et échangèrent un sourire maladroit. Ils pouvaient le faire.


Ils surent que Damara n'avait pas menti lorsqu'ils parvinrent à la ruche de Rufioh. La porte était mal fermée, laissait un mince espace qui permettait de voir un peu l'intérieur. Horuss hésita, mais pas trop longtemps avant de s'engouffrer dans la demeure sans toquer, suivit d'un Cronus bien moins sûr de lui.

Le sang bleu eut un élan de nostalgie alors que ses yeux balayaient le petit hall, ainsi que le couloir. Il était venu tant de fois ici... et le dernier souvenir qu'il en avait, c'était sa 'pause' avec Rufioh, et son départ en larmes. Amer souvenir, qui s'accompagnait au moins du bonheur d'avoir croisé Cronus par la suite.

Il retint un soupir, examina l'environnement, aperçut une chaussure jetée négligemment dans l'entrée, et une autre dans l'embrasure qui menait au salon. Il s'avança, ramassant les deux qu'il rangea soigneusement dans l'entrée, et se rendit dans le salon pour trouver, sans surprise, Rufioh.

La vision lui serra autant le cœur qu'à Cronus. Rufioh, si fier et chaleureux au quotidien, était écroulé sur le canapé comme une loque, presque roulé en boule, endormi mais tremblant de froid. L'une de ses ailes était pliée contre le dossier du canapé, il n'avait pas dû faire attention en s'écroulant. En même temps, il y avait peu de chance qu'il ait fait attention à quoique ce soit s'il avait tant bu.

Horuss se rapprocha, s'accroupissant pour venir passer une main sur le visage de l'endormit, remettant quelques mèches de cheveux en place, avant de se crisper quand sa paume se posa sur sa joue :

« Bon sang, il est fiévreux... ! »

Cronus se mordilla la langue, inquiet :

« Pas étonnant... dormir avec la porte ouverte, en pleine nuit... Pour un sang chaud comme lui, la pièce est trop glaciale. »

L'Ampora s'éloigna pour vérifier que la porte d'entrée était bien refermée, avant de partir à la recherche d'un radiateur qu'il alluma. Pendant ce temps, Horuss se redressa et commença par bouger un peu le corps de Rufioh, de manière à dégager la pauvre aile pliée. Puis, connaissant la maison, il partit en quête d'une couverture qu'il déposa sur le corps de l'endormit.

« Je vais lui faire quelque chose à manger, indiqua Horuss. Peux-tu prendre des médicaments ? La salle de bain est au fond du couloir, à droite.

- Je fais ça tout de suite chef. Peut-être lui préparer une bouteille d'eau aussi, il aura besoin de s'hydrater. »

Horuss hocha la tête et se rendit dans la cuisine, favorisant une soupe chaude, pendant que Cronus partait à l'exploration de la maison, la découvrant pour la première fois. Il était curieux, mais ne s'attarda pas autant qu'il l'aurait aimé. Sa priorité était les médicaments, la visite viendrait après.

Dans la salle de bain, il prit ce qui lui semblait important, les cachets contre la douleur mais aussi un gant et une petite bassine.

Quand il revint dans le salon, Rufioh était toujours profondément endormi. Mais ce n'était pas un sommeil paisible : il avait le corps tendu, sursautait par moment, son souffle était lourd. Cronus posa le tout sur la table et partit dans la cuisine avec le gant, pour voir Horuss aux fourneaux.

« Tu as pu trouver ? demanda le sang bleu en le voyant entrer.

- Oui, j'ai aussi ramené une bassine, s'il veut vomir. »

Horuss le remercia d'un signe de tête et le laissa aller mouiller le gant, qu'il partit reposer sur le front du malade.

« ... dans quelle situation tu nous mets... » soupira Cronus en s'asseyant par terre, contre le canapé.

Il garda un œil sur Rufioh, non sans se triturer nerveusement les doigts. Il ne l'avait jamais vu si vulnérable, sur le plan émotionnel comme sur le plan physique. Il semblait en proie à un cauchemars, en plus de souffrir de son coup de froid et de sa cuite. Un peu par instinct, il tendit la main et caressa doucement ses cheveux.

Rufioh frémit, bougea un peu, et s'éveilla à moitié.

Clignant lentement des yeux, il eut un temps d'arrêt lorsque son regard croisa celui de Cronus. Il resta interdit, pas bien sûr s'il rêvait ou non, tandis que Cronus lui fit un sourire maladroit :

« Bonjour Chef. Pas trop mal au crâne ?

- ... Je... me sens comme une merde... » avoua Rufioh, la bouche pâteuse.

Il essaya de se relever, mais retomba aussitôt sur le canapé sous un vertige. Cronus revint lui caresser les cheveux délicatement :

« Tout doux, prends ton temps. Est-ce que tu te sens de boire un peu d'eau ?

- ... O-Ouai... Je pense... »

Cronus prit la bouteille d'eau qu'il ouvrit, et aida Rufioh à se redresser suffisamment pour boire sans en mettre partout. Après seulement quelques gorgées, le malade se rallongea en prenant de grandes respirations, la poitrine lourde.

« ... Qu'est-ce que... tu fais là...? » parvint-il à dire, un peu difficilement.

Cronus referma la bouteille et la reposa :

« Damara nous a dit que tu avais pris une méchante cuite. On était inquiets, alors on est venu. »

Rufioh écarquilla légèrement les yeux, avant de grimacer de honte et de colère et de poser un bras sur son visage rougissant :

« ... Bordel, elle a vraiment...? »

Mais il s'interrompit et retira son bras, pour observer Cronus avec crainte :

« ... tu as dit 'on' ... ?

- Effectivement, répondit la voix de Horuss. Nous sommes venus te voir. »

Le sang de bronze devint complètement blême, tournant son regard quand il vit son ex amant entrer dans son champ de vision. On pouvait presque lire la panique dans ses yeux, tandis que le sang bleu le fixait en retour sans un mot. C'était inconfortable, vraiment, mais Cronus intervint pour calmer le jeu :

« Est-ce que la soupe est prête ?

- Oui, j'en amène un bol. Peux-tu lui faire prendre un anti-douleur avant ?

- Pas de soucis. »

Horuss disparut de nouveau tandis que Cronus sortait un cachet. Il aida à nouveau Rufioh à se redresser, mais cette fois il l'assit correctement, dos au dossier, venant s'asseoir à côté de lui en mettant correctement la couverture sur ses genoux, puis en lui présentant la bouteille et le médicament. Il comprit rapidement qu'il devrait encore l'aider, l'autre étant si faible qu'il peinait ne serait-ce qu'à lever la main.

Avalant le cachet en manquant de s'étouffer, Rufioh referma les yeux, haletant. Cronus récupéra le gant encore frais et le lui tint contre la joue, puis dans le cou, et ce simple geste arracha un petit soupir satisfait du plus grand.

Horuss revint avec le bol de soupe et une cuillère. Il s'assit de l'autre côté, piégeant Rufioh entre lui et Cronus. Voyant comment il était faible, il prit une cuillère de soupe et souffla doucement dessus, avant de la porter à Rufioh :

« Ouvre la bouche. » ordonna-t-il d'un ton calme mais ferme.

Trop surpris, mais également trop fébrile, Rufioh s'exécuta timidement, n'ayant jeté qu'un bref coup d'œil à Horuss avant de refermer les yeux, la lumière étant trop vive pour lui. Il sentit la cuillère glisser entre ses lèvres, la chaleur emplit sa bouche, il avala avec un peu de difficulté, mais la douce sensation qui gagna son corps le poussa à se détendre un peu, et sans vraiment le réaliser il se laissa aller contre Cronus qui le tenait par la taille et continuait de le rafraîchir avec le gant, pendant que Horuss le nourrissait patiemment.

Ils n'échangèrent que peu de mots durant cet étrange repas. Mais c'était calme, et pas aussi gênant que chacun l'aurait cru. Horuss s'arrêta quand il vit que Rufioh n'avait plus le cœur à avaler quoique ce soit, et se releva pour débarrasser, laissant les deux autres à nouveau seul.

Cronus suivit son compagnon du regard, puis reporta son attention sur Rufioh en se trouvant soulagé de voir qu'il respirait un peu mieux qu'avant. Il posa sa main sur son front, qui était facile d'accès quand l'autre s'appuyait ainsi contre lui. Lorsqu'ils se tenaient droit l'un à côté de l'autre c'était beaucoup plus compliqué, Rufioh faisant bien une tête de plus que lui.

« ... Ça va aller chef ? Tu veux à nouveau t'allonger ? »

Rufioh secoua très légèrement la tête et se blottit un peu mieux contre lui, sans vraiment en avoir conscience. Il semblait dans un état second, car en temps normal il ne se serait pas approché de Cronus de la sorte. Le marin soupira un peu et le laissa faire, revenant lui caresser les cheveux d'une main, alors que de l'autre il tendait le gant humide à Horuss qui revenait tout juste :

« Pardon Horse, est-ce que tu pourrais le rafraîchir s'il te plait ? »

Le sang bleu hocha la tête en prenant le gant, sans cacher son expression légèrement surprise devant le petit surnom. C'était sorti si naturellement que Cronus ne parût pas avoir réaliser ce qu'il avait dit.

Horuss revint vite, reprenant place à côté de Rufioh et s'occupant de lui poser le gant, pendant que Cronus continuait quelques caresses ici et là.

« Une douche chaude lui ferait sans doute du bien ? proposa le marin avec un peu d'hésitation, ne sachant pas trop où se situait la limite.

- Oui, et puis lui changer ses vêtements, ils empestent l'alcool... »

Rufioh réagit à cela, rouvrant légèrement les yeux pour les regarder, rougissant de honte et répondant piteusement :

« ... Désolé... je... je vais m'occuper de ça... »

Horuss soupira, sans trop réfléchir il cessa de se concentrer sur le gant pour venir lui caresser la base d'une de ses cornes, un geste qu'il avait fait tant de fois par le passé pour le détendre :

« Laisse-nous prendre soin de toi, tu n'es pas en état. »

Rufioh ravala un hoquet, le regardant avec stupeur, puis davantage d'embarras. Il baissa les yeux, la sensation d'être un crétin et un incapable lui nouant la gorge. Il n'avait la force de rien, et ce n'était pas seulement à cause de la maladie. Il détestait les conflits, il les fuyait comme la peste.

Il tenta un misérable sourire, prenant un ton aussi décontracté que possible :

« Tu sais poupée... vous n'êtes pas obligé de faire ça, vraiment... Personne ne vous en voudra de me laisser dans cet état... je le mérite, ahah... »

Horuss fronça les sourcils, Cronus en fit de même. Ils échangèrent un regard entendu, avant que le sang bleu ne saisisse Rufioh avec une facilité déconcertante, le portant sans le moindre mal pour l'embarquer dans la salle de bain.

Rufioh s'étrangla de stupeur, complètement déboussolé. Il bégaya de confusion sans pour autant se débattre, mais ses ailes frémissaient, trahissant sa vive nervosité.

Arrivé à la salle d'eau, Horuss l'assit dans la baignoire avec une certaine douceur et commença à le déshabiller sans demander sa permission.

« M-Mais...! » s'exclama Rufioh, incapable de réagir.

Il se sentait faible, certes, mais aussi trop surpris. Horuss ne l'avait jamais déshabillé sans demander la permission au préalable. Horuss était toujours si soucieux de l'étiquette et de la bonne conduite, au point où ça en devenait parfois étouffant et ennuyeux. Et voici qu'aujourd'hui il lui retirait ses vêtements contre son gré?

Le sang de bronze se mordit la langue pour se taire, par crainte de l'énerver davantage. Parce qu'il n'était pas stupide, il voyait que Horuss lui en voulait et il en connaissait les raisons, tout comme il savait pourquoi il lui venait en aide : parce que malgré son comportement de merde, il continuait de l'aimer. Parce que, contrairement à lui, il était gentil, sincèrement gentil. Il ne cherchait pas à plaire, seulement à se rendre utile.

Et Rufioh ne s'en sentait que plus illégitime. Il ne méritait pas cette attention. Il méritait juste de crever dans un coin, après s'être roulé en boule et avoir sangloté comme le pauvre lâche qu'il était.

« ... Ruf...? » s'inquiéta Horuss, la voix soudain fébrile alors qu'il l'observait avec des yeux écarquillés.

Le Nitram se figea net, tiré de ses pensées, prenant conscience que l'eau n'avait pas encore été allumée, et donc que son visage trempé était dû à ses larmes.

Il parvint à lever sa main malgré son tremblement et sa fatigue, s'essuyant maladroitement le visage :

« Désolé... Putain, je suis désolé... Je suis juste... je... »

Il avait tant de choses à dire mais si peu de mots qui lui venaient clairement en tête. Alors il se retrouvait là, toujours plus misérable, à sangloter devant son ex qu'il avait largué de lui-même - bien que ce n'était pas le but initial.

Horuss sentit sa colère flanchée, remplacé par le mélange amer de la culpabilité et de l'inquiétude, ainsi que par ce sentiment familier de tendresse qui lui donnait envie de rassurer, de prendre l'autre dans ses bras pour lui susurrer des mots doux. Mais son geste resta en suspens tandis que le doute le tiraillait. Était-il censé faire ça ? Avait-il le droit de consoler ainsi son ancien partenaire ?

Du coin de l'œil, il devina que Cronus se trouvait dans l'embrasure de la porte, à les observer en silence, sans doute aussi perdu que lui sur le comportement à aborder.

Horuss prit sur lui et continua de lui retirer ses vêtements, sans un mot. Il ne trouva pas la force d'être gêné devant sa nudité, il connaissait le corps de Rufioh et, de toute façon, il n'y avait rien de romantique ou de sexuel, l'ambiance n'était juste pas adéquate pour se sentir embarrassé ou excité. Il posa les vêtements au sol et attrapa le pommeau de douche, veillant à la bonne température de l'eau avant de la diriger vers Rufioh.

Le sang de bronze frémit, garda les yeux fermés en se ramenant ses jambes contre lui, profitant de l'eau pour se rincer le visage et essayer de reprendre un peu contenance. Il ne vit pas Cronus récupérer les vêtements et les mettre à la machine, tout comme il ne le vit pas quitter la pièce pour revenir un peu plus tard avec des vêtements propres.

Cronus soupira en s'asseyant sur le rebord de la baignoire, un peu en retrait par rapport aux deux autres pour ne pas gêner :

« C'est chiant qu'on ait plus de recuperacoon. Les lits humains sont cools, mais bien moins utiles pour récupérer physiquement.

- Effectivement ... soupira Horuss. Peut-être y a-t-il un moyen de créer du sopor artificiellement. Je vais travailler là-dessus. »

Cronus hocha la tête. A dire vrai, il cherchait surtout à faire la conversation, car ce silence le mettait vraiment mal à l'aise. Cherchant un autre moyen de continuer la discussion, il sortit une cigarette et la glissa entre ses lèvres, mais comme d'habitude il ne l'alluma pas, se contentant de jouer un peu avec pour s'occuper l'esprit.

« Hum... est-ce qu'on devrait... enfin... l'allonger après ? demanda-t-il avant de se souvenir que Rufioh était présent, et donc qu'il devrait lui demander directement. Je veux dire, t'en pense quoi chef, te mettre au lit te ferait du bien? »

Rufioh avait relevé la tête en le voyant s'adresser à lui. Il croisa le regard de Cronus, et ce dernier s'empourpra aussitôt en fuyant ses yeux. Un peu surpris de cette réaction, le sang de bronze ne sut trop comment le prendre... avant de se rappeler qu'il était complètement nu. Est-ce que le sang violet, si dragueur, était en réalité timide ?

« ... je pourrais m'allonger ouai. » répondit-il enfin sans lâcher Cronus des yeux, un peu intrigué.

S'il comprenait le comportement de Horuss, ce n'était pas le cas pour le marin. Il n'avait jamais prêté une réelle attention à l'Ampora, essayant plutôt de le fuir lorsque celui-ci lui faisait des avances. Il ne saisissait donc pas pourquoi il se montrait aussi gentil avec lui aujourd'hui. Pour faire bonne figure devant Horuss ? Peut-être, mais il ne semblait pas hypocrite, plutôt sincère.

Rufioh ne comprenait pas comment on pouvait sincèrement lui vouloir du bien.

Il se lava avec un peu plus d'entrain, seulement pour ne pas faire perdre davantage de temps à ses deux invités -si on pouvait les nommer ainsi. Mais même s'il parvint à faire le minimum et qu'il laissa Horuss le rincer, il dû une nouvelle fois être soutenu pour sortir de la baignoire et se sécher correctement.

Foutu vertige, foutu fièvre, foutu connerie qui l'avait poussé à finir chez Damara hier soir. Il ne savait même pas pourquoi il avait fait ça. Par masochisme peut-être, il savait qu'elle ne prendrait pas soin de lui et qu'elle le démonterait, ça n'avait pas manqué. Elle lui avait clairement fait comprendre qu'il avait reçu ce qu'il méritait, ne c'était pas gêné de lui rappeler qu'il était pathétique.

Elle avait raison. Il avait besoin d'entendre ça. C'était pourquoi il revenait sans cesse vers elle, parce qu'elle ne le traitait pas comme les autres, elle ne prenait pas soin de lui, elle connaissait son vrai visage, passait outre son physique et son attitude de façade, pour le rabaisser et lui rappeler ce qu'il était vraiment : un connard.

Il ne sut par quel miracle il parvint à s'habiller seul. Probablement que l'amertume qui le gagnait était un bon carburant. Il ne voulait plus qu'on perde de temps avec lui, lui-même perdait trop de temps avec soi. Alors il se traîna hors de la salle de bain en essayant de ne pas flancher, de repousser la migraine qui frappait ses tempes et lui donnait envie de vomir :

« Je vous raccompagne à l'entrée. »

Il avait essayé d'être autoritaire, au moins un peu, pour que les deux autres n'insistent pas, qu'ils sortent sans faire d'histoire. Mais sa voix, sa foutue voix, avait tremblé, était trop basse pour être vraiment agressive. Tout ce qu'il reçut, ce fut un nouveau froncement de sourcils du duo. Il comprit, en voyant Horuss se redresser, qu'il allait encore l'attraper et le porter sans demander.

Rufioh eut un mouvement de recul :

« Putain, mais arrêtez ça ! Cassez-vous ! »

Cette fois il avait crié, et putain il aurait aimé paraître en colère, il aurait aimé paraître haineux et détestable, il aurait aimé que les deux autres aient une révélation, une réalisation telle que "mais oui, c'est un enfoiré, pourquoi on s'emmerde ?". A la place, son cri parût juste désespéré, sa voix brisée, comme s'il allait pleurer à nouveau, faire une crise de nerfs.

Ce n'est pas l'image qu'il voulait renvoyer. Ce n'est pas l'image qu'il voulait qu'on ait de lui.

Il cria à nouveau, en espérant que les mots soient plus fort que son timbre de voix, que Horuss se concentrerait sur ses insultes et pas sur ses yeux humides :

« Tu n'es plus rien pour moi ! Arrête d'agir comme ça, comme s'il y avait encore quelque chose, c'est pathétique ! Quoi, Damara t'as dit que j'étais désespéré et tu l'as cru ? Ca faisait des mois que je voulais rompre, qu'est-ce que j'en ai à foutre que tu trouves quelqu'un d'autre ! Qu'est-ce que j'en ai à foutre de toi, tu n'es qu'un ... qu'un sang bleu misérable, et stupide e-et... ! »

Son dos heurta le mur du couloir alors qu'il avait encore reculer, qu'il sentait son équilibre lui échapper. Il n'était même plus certain de crier à ce stade, tous les bruits lui semblaient trop fort, lui frappait les tempes douloureusement, et lui se forçait à aligner les mots malgré le nœud dans sa gorge, se forçait à dire les choses les plus terribles qui lui venaient à l'esprit. Il voulait blesser Horuss, encore, toujours plus. Il voulait que l'autre parte, il voulait que l'autre le déteste, il voulait que l'autre cesse avec cette gentillesse.

Mais si c'était lui qui insultait, pourquoi était-ce lui qui avait si mal au cœur ? Pourquoi les insultes qui sortait de sa bouche lui revenait en pleine figure, lui donnait envie de se frapper ? Pourquoi avait-il la sensation de se briser en morceau là où il devait se montrer fort et dur ?

Il se laissa glisser contre le mur, se recroquevilla dans un sanglot, agrippant sa tête avec force mais sentant à peine la douleur quand il tira sur ses cheveux, cachant son visage contre ses genoux.

« Je suis désolé... je suis désolé, je suis désolé... pardon... pardon, je suis désolé... »

Il n'était vraiment pas bon pour ça, n'était vraiment pas bon pour blesser volontairement les gens, pour provoquer volontairement un conflit. Il était une nouvelle fois lamentable.

Il reconnut la main d'Horuss quand celle-ci glissa sur son bras et lui écarta doucement, quand elle se posa sur sa joue et le força à relever son visage larmoyant.

Rufioh se sentit dévasté quand il vit son expression, quand il s'aperçut qu'Horuss était à deux doigts de pleurer à son tour. Non, non non non, ce n'est pas ce qu'il voulait, il ne voulait pas qu'il pleure, il ne voulait pas qu'il soit triste, il voulait qu'il soit en colère, qu'il s'énerve, peut-être même qu'il le frappe ! Mais pas qu'il pleure, pas qu'il fasse une expression si abattue !

« ... Pourquoi tu me dis ça... ? murmura le sang bleu, confus. Pourquoi tu me repousses... ? J'essaie juste d'aider ... »

Ce fut comme une lame plantée en plein cœur. Rufioh attrapa la main d'Horuss, la serra dans les siennes en tremblant :

« Pardon, pardon bébé, pardon, je voulais pas... »

Il caressa sa main :

« Je ne supporte pas que tu perdes ton temps comme ça, je supporte pas que tu te blesses auprès de moi... putain, Damara a raison, je sais pas m'occuper des autres, je sais pas le faire, et je te blesse, encore, et encore, et toi tu continues à être là, à m'aider et me soutenir, et je comprends pas, je supporte pas, je... je sais pas putain, je sais pas, je veux juste que tu sois heureux, mais je sais pas te rendre heureux, e-et je sais plus quoi faire... »

Horuss vint l'enlacer de sa main libre, le serra contre lui en essayant de ne pas y mettre trop de force, venant l'embrasser dans les cheveux, puis sur les cornes, en espérant le calmer :

« ... c'est bon Ruf... tout va bien, c'est bon... On va en discuter calmement, on va arranger ça... mais laisse nous prendre soin de toi, ne dis pas que c'est une perte de temps... tu n'es pas une perte de temps ... »

Rufioh baissa la tête, ne répondit pas, parce qu'il ne pouvait pas approuver ça, il ne pouvait pas accepter de ne "pas être une perte de temps". Il ferma les yeux tandis que Horuss continuait de déposer des baisers ici et là sur sa tête. Bon dieu, ça lui avait manqué, ça lui avait tant manqué. Depuis combien de temps n'avaient-ils plus eu le moindre contact si intime, si précieux et appréciable ? Rufioh l'ignorait, mais il ne pouvait que s'en blâmer, c'était lui qui avait commencé à instaurer cette distance, il n'avait aucun droit de s'en plaindre.

Horuss l'aida à se relever, l'invita à s'appuyer sur lui, et Rufioh n'eut pas la force de refuser. Il avait oublié à quel point le sang bleu était plus fort que lui, à quel point il s'était 'assagi' pour lui laisser le contrôle de leur relation. Mais aujourd'hui, à voir Horuss le porter avec une telle facilité, il se souvenait, il se souvenait comme c'était bon d'avoir quelqu'un de plus fort, quelqu'un qui pouvait le secouer.

Ils se rendirent dans la chambre, Rufioh accueillit le confort des draps avec grande joie. Ses ailes de recroquevillèrent tandis qu'il s'allongeait, soupirant d'aise, laissant Horuss le couvrir de la couette. Il ferma les yeux, fatigué, envieux de dormir et se reposer comme on le lui avait dit, pour en finir une fois pour toute avec ça.

« On va rester là, indiqua Horuss en venant lui caresser la joue. Alors s'il y a un problème tu peux nous appeler. D'accord ?

- Oui, compris... »

Le Zahhak sourit, satisfait d'être écouté. Il allait partir, quand il fut surpris de voir Cronus les rejoindre dans la chambre avec la bassine et le gant humide. Il posa les deux à côté du lit, en prenant garde à ce que ce soit visible pour Rufioh, puis repartit sans un mot. Horuss s'empressa de le rejoindre discrètement, fermant doucement la porte derrière lui.

« Merci Cro', vraiment.

- C'est rien chef, c'est normal. »

Cronus fit un vague haussement d'épaule, pour appuyer que ce n'était pas grand-chose, rien qui méritait un remerciement, mais Horuss n'était pas de cet avis. Il vint lui prendre les mains et se pencha pour lui déposer un bref baiser :

« Non, c'est important. Merci d'être venu avec moi, merci de m'aider... tout seul, j'aurai probablement paniqué. Avec toi, je me sens rassuré. »

Le marin s'empourpra, ses oreilles remuant de contentement. Il se pinça les lèvres avec gêne, fuyant finalement son regard sans savoir que dire :

« ... je ne pense pas. Tu te débrouilles vraiment bien. On voit que tu as l'habitude de t'occuper de lui.

- Mais toi aussi tu à l'air d'être habitué! Je ne pensais pas que tu pouvais si bien gérer les malades! »

Cronus se massa la nuque, nerveux :

« ... J'essaie juste... de m'occuper des autres comme j'aimerai qu'on s'occupe de moi. C'est tout. »

Horuss le regarda avec une petite mine, à la fois surpris par cette réponse... et au fond pas tellement. Il revint caresser les joues de son petit ami, puis remonta vers ses oreilles :

« Je m'occuperai bien de toi quand tu seras malade. Je serai ton infirmier personnel! »

Cronus rougit, ne put s'empêcher de sourire et lui rendit son regard en riant :

« Oh, tu auras donc une tenue sexy pour me servir ?

- Attention highblood, ne partez pas sur un terrain glissant~ »

Ils rirent de bon cœur en s'éloignant de la chambre, gagnant à nouveau le salon où Horuss se mit à faire un peu de rangement, dérangé par les affaires qui trainaient ici et là. Cronus se rassit sur le canapé sans trop savoir quoi faire, balayant l'endroit du regard, avant de se relever pour laisser la curiosité le gagner, et partir explorer un peu la demeure. Hey, s'il ne dérangeait rien, il pouvait bien visiter un peu, non ?

Il vint observer la large collection de dvd, ainsi que celle de jeux vidéo. Rufioh était vraiment un... mince, comment les humains appelaient ça déjà ? Un Otaku ? En tout cas, Cronus ne pouvait qu'être admiratif, et aussi un peu surpris. Il n'avait jamais eu la preuve concrète que Rufioh était un tel nerd. Bien sûr il avait déjà entendu le sang de bronze s'extasier sur ses animes, ou bien montrer sa collection de cartes en soirée, lorsqu'il voulait faire une partie. Mais voir que la majorité de son salon était remplis de DVD d'anime et de jeux vidéo, c'était autre chose, sans parler que Horuss lui avait confirmé qu'il était le genre à préférer une soirée télé plutôt que sortir voir du monde.

Ça le fit doucement rire. Durant des années, il avait connu Rufioh de loin et était persuadé qu'il était le cliché du beau garçon musclé et gentil, sans rien de la cervelle, qui passait plus de temps dehors plutôt qu'enfermer chez lui. Lorsqu'ils s'étaient retrouvés dans la session de Sgrub, réduit à seulement douze personnes, les choses avaient changé. Difficile d'ignorer les autres lorsqu'on est si peu nombreux. Puis Cronus était curieux, avide de savoir, il aimait les ragots et n'hésitait pas à poser des questions, même un peu trop personnelles.

Il avait eu tôt fait d'envier Rufioh. L'autre n'était pas seulement beau, fort et doté d'ailes superbes. Il était également drôle, serviable, intelligent mais aussi timide. Il n'aimait pas bousculer les autres et même s'il essayait de s'imposer, il s'effaçait rapidement pour éviter les conflits. Il était tout ce que Cronus rêvait d'être, et tout ce qu'il ne serait jamais.

« Cro' ? » interpella Horuss en le voyant planté là depuis déjà plusieurs minutes.

Cronus cligna des yeux, sortit de ses pensées pour regarder son petit ami :

« Hein, oui ?

- Tout va bien ?

- Oh, oui oui, je regarde les DVDs ! »

Le sang bleu hocha la tête :

« D'accord, tu penses que tu peux garder la maison un moment ? Le frigo est vide, et connaissant Ruf' il n'ira pas faire les courses avant de mourir de faim. »

Cronus sourit :

« Oui, bien sûr. Va s'y horse ! »

Il vit Horuss rire pour une raison qui lui échappa, puis quitter la ruche tranquillement.

Resté seul, le marin soupira et hésita à allumer sa cigarette, toujours éteinte entre ses lèvres. Puis il songea que ça ne se faisait pas, de fumer sans autorisation dans la maison d'un autre. Alors il soupira et la rangea dans sa poche, pour reprendre ses divagations.

Rufioh ne possédait pas seulement des œuvres trolls mais aussi des œuvres humaines et, passionné par l'humanité, Cronus ne tarda pas à être un peu trop fouineur et à prendre les boites pour en lire le résumé. Sans surprise, il n'en connaissait aucun. Cela faisait des années qu'il n'avait plus regarder la télé ou jouer à un jeu, du moins pas de son plein gré. Et les 'amis' qui le poussaient à s'y intéresser étaient rares, pour ne pas dire inexistants.

Un autre soupir, un nœud dans sa gorge. Il détestait réfléchir de trop. Réfléchir l'amenait bien trop souvent à penser aux choses qu'il voulait oublier. C'était plus simple de sortir, draguer, parler aux gens quitte à se prendre un coup. C'était toujours mieux d'interagir avec les autres plutôt qu'être seul. Merde...

Il posa une boite et prit un autre dvd en pestant. Le problème lorsqu'on parlait aux gens par désespoir, c'était justement que le désespoir se voyait trop. Le désespoir, la solitude, étaient trop envahissants, ils débordaient de son être, s'écoulaient sans qu'il ne le veuille, à la vue de tous ceux qui lui était proche. Et alors on le fuyait, on fuyait cette négativité nocive, et c'était bien normal.

Personne ne voulait de quelqu'un qui jouait un rôle, qui essayait farouchement de ressembler à quelqu'un qu'il n'était pas-

Cronus se figea, perdant le fil de ses pensées. Son regard resta ancré sur une image, au dos du dvd. Une image qui venait de lui retourner l'estomac, tant cela lui paraissait irrationnel.

Bien sûr, il avait déjà eu des prises de conscience. Il avait déjà eu l'occasion de comprendre que Rufioh n'était pas aussi parfait qu'on voulait bien le croire, qu'il pouvait être un parfait connard comme n'importe qui. Quand il avait trompé Damara, ça avait été décevant. Terriblement décevant. Cronus le prenait en modèle, et apprenait que son dit modèle pouvait agir de la sorte ?

Mais cette prise de conscience n'était rien en comparaison à ce qu'il venait de découvrir. Il en resta ahuris, examinant le dvd de long en large pour être sûr de ne pas avoir rêvé. Il sortit son téléphone et chercha sur internet le titre du film, pour en apprendre davantage, pour être sûr que... merde, non, ce n'était pas possible. Si ?

Il hésita. Devait-il montrer ça à Horuss ? A Kankri ? ... Non, non, Rufioh n'apprécierait pas, ça ne se faisait pas. Alors il rangea le DVD, quoique... il ne le remit pas exactement à sa place, mais plus loin dans l'armoire pour le dissimuler, que personne ne tombe dessus juste 'comme ça'.

Il se laissa retomber dans le canapé, un peu sonné. Est-ce qu'il devait confronter Rufioh à ce sujet ? Peut-être oui... Enfin, il ne savait pas s'il "devait" le faire, mais il "voulait" le faire. Sauf que ce n'était pas le bon moment. Rufioh était malade et déprimé, il avait déjà bien assez à gérer pour le moment.

Envoyant au diable ses bonnes manières, Cronus ressortit sa cigarette et l'alluma.

Il le regretta une petite heure plus tard, lorsque Horuss revint et qu'il plissa le nez devant l'odeur. Le marin se fit petit devant le regard désapprobateur. Il n'avait plus sa cigarette en bouche, avait essayé d'aérer, mais l'odeur était encore perceptible, et il voyait que cela ne plaisait pas du tout au sang bleu. Ce dernier n'en dit rien et parti ranger les courses, tandis que Cronus se mordait la lèvre de culpabilité.

Il se redressa et le rejoignit dans la cuisine :

« Hey chef, hum... besoin d'aide ?

- Ça ira, merci. »

Horuss avait répondu normalement, mais son refus poussa Cronus à se crisper et à être paranoïaque : est-ce qu'il refusait parce qu'il lui en voulait ? Il était déçu que le marin fume ? Où qu'il ait fumé à l'intérieur? Est-ce qu'il avait l'impression qu'il avait manqué à son devoir, qu'il ne pouvait pas lui faire confiance ? Merde, non, Cronus ne voulait pas tout foutre en l'air maintenant. Déjà que sa relation avec Horuss se fragilisait, parce que... parce que Rufioh quoi ! Horuss aimait encore le sang de bronze et c'était réciproque, et Rufioh semblait culpabiliser, et avec une discussion il ferait sûrement des efforts et... et ...

« ... Cronus ? Eh, tout va bien ? »

Le sang bleu s'était tourné vers lui et, comme s'il avait perçu sa panique croissante, il vint caresser l'une de ses oreilles, un geste qui le fit aussi fondre et le poussa à se frotter contre sa paume. Il ferma les yeux en profitant du contact, qui lui était toujours si inhabituel mais auquel il voulait se raccrocher, encore, pour toujours...

Non. Il s'écarta, crispé. Non, il ne voulait pas paraître désespéré, il ne voulait pas se montrer si faible, quand bien même Horuss l'avait déjà percer à jour.

« Ouai, tout va bien ouai...

- ... Cronus, ne me mens pas.

- Vraiment chef, tout va bien, c'est juste la fatigue. »

Il vit Horuss froncer les sourcils et se figea à ses mots :

« Le manque de communication à détruit mon précédent couple. Est-ce que tu vas laisser notre relation se finir de la même façon ? »

Cronus lui lança un regard terrorisé, incapable de maitriser sa panique :

« Quoi, non ! Non, c'est pas ce que je veux ! »

Il eut un hoquet quand Horuss revint prendre son visage en main, en le regardant avec ses yeux suppliants :

« Alors dis-moi ce qui ne va pas...

- ... Je ... J'essaie juste d'être un peu moins pathétique ... J'essaie juste de ... d'être à la hauteur ... »

Il se détestait de perdre ses moyens à ce point, sentant ses oreilles se baisser sans qu'il n'arrive à les en empêcher. Le visage du Zahhak fondit dans une moue soucieuse, avant qu'il ne se penche pour l'embrasser au coin des lèvres :

« Cro' ... tu es déjà à la hauteur. Parler de ce qui ne va pas ne te rendra pas moins fort. Est-ce que je t'ai paru faible quand j'ai pleuré devant toi ?

- Non chef, non...

- Alors tu comprends. Donc dis-moi, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Cronus ferma les yeux pour prendre une inspiration et se calmer :

« ... Rufioh t'aime vraiment. Si vous discutez, vous allez trouver une solution à votre relation. Et à ce moment, moi je... j'aurai plus de raisons de rester avec toi. »

Horuss sembla retenir un soupir, et les craintes du marin furent fondées quand il répondit :

« C'est vrai, si on repart sur de bonnes bases, je vais peut-être me remettre avec lui... »

Mais il ajouta, avant que Cronus ne décide de prendre la fuite :

« Cependant, je ne veux pas te laisser derrière. C'est ... C'est confus. Je l'aime, en tout cas je tiens à lui, c'est certain. Il m'a blessé mais ... mais après l'avoir vu dans cet état, je me suis souvenu pourquoi je l'aimais. Parce qu'il n'a pas un mauvais fond, parce qu'il m'a aidé à m'aimer au moins un peu... parce qu'il a été le premier à être vraiment chaleureux avec moi, et parce que... parce que j'ai tellement de souvenirs avec lui. Des bons comme des mauvais. »

Il posa son front contre celui de Cronus, un peu fébrilement, craignant d'être maladroit :

« ... je ne peux pas juste effacer ce que j'ai vécu avec lui, surtout si nos sentiments sont toujours là ... Mais j'aime ce que j'ai commencé avec toi. J'aime cette nouvelle relation que tu m'offres et... et je ne veux pas la jeter juste parce que je vais, potentiellement, me remettre avec Rufioh. On est même pas sûr en plus, je n'ai pas encore discuté avec lui, et... je veux dire... »

Horuss senti sa confiance s'effriter et baissa les yeux :

« ... je ne veux juste pas que... que tu doutes de ce que je ressens. Est-ce qu'on peut au moins en discuter avec Rufioh ? Trouver une solution à trois, et pas sauter tout de suite aux conclusions...? »

Malgré son cœur serré, si serré qu'il l'oppressait, Cronus força un sourire maladroit, tentant de plaisanter :

« C'est plus facile de faire du drama. »

Horuss soupira pour de bon :

« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

Ils échangèrent un regard, puis un faible sourire. Ils s'écartèrent et Horuss continua de ranger les courses, avant de s'adresser à son petit ami :

« Est-ce que tu peux aller voir Rufioh ? Regarder s'il dort ?

- Bien sûr chef. »

Le marin se rendit à nouveau à la chambre, hésita un peu à toquer puis, craignant de réveiller le malade, il entrouvrit lentement la porte pour jeter un œil dans la pièce. Rufioh était encore allongé, bien qu'il avait bougé dans son sommeil et retiré à moitié la couverture. Malheureusement, il était presque dans le même état qu'à leur arrivée : tremblant, traversé de sursauts. Peut-être en proie à des cauchemars.

Cronus se glissa dans la chambre et récupéra le gant, puis fit un petit aller-retour dans la salle de bain pour l'humidifier et revenir le poser sur le visage du malade. Il lui tapota d'abord le front, puis la joue, et redescendit dans son cou, alors que son autre main s'évertuait à venir lui caresser les cheveux. Il était si chaud, à cause de son sang et de la fièvre. Une vraie bouillotte.

Devait-il le réveiller ? Rufioh avait besoin de sommeil, mais se confronter à de mauvais rêves n'était pas réparateur. Il n'hésita pas plus longtemps et l'appela d'une voix douce :

« Chef... hey, Chef... »

Il vit Rufioh se crisper et froncer les sourcils. Au moins il l'entendait, même s'il ne se réveillait pas encore.

« ... Rufioh. Tout va bien... Réveille-toi... »

Le sang de bronze remua un peu, ses ailes remuants faiblement. Sa respiration s'était un peu apaisée, signe que le processus de réveil était en marche. Il cligna lentement des yeux, un peu confus, comme la première fois. D'abord il ne comprit pas où il se trouvait, ni en présence de qui. Puis son regard s'habitua, et dans la semi-obscurité de la pièce, il regarda Cronus :

« ... qu'est-ce qui se passe... ? demanda-t-il, encore un peu endormi.

- Tu avais l'air de faire un cauchemar. Est-ce que... Est-ce que ça va ? »

Cronus revint poser le gant sur sa joue, en lui laissant le temps de répondre. Rufioh referma les yeux au contact de l'humidité, soupirant d'aise :

« ... Je crois ... J'ai la tête qui tourne, mais sinon ça va ... »

Un silence confortable s'installa, pendant lequel le Nitram savoura la fraîcheur du linge contre sa peau brûlante. Il fit un autre soupir de contentement, sentant sa migraine diminuer au moins un peu sous ces douces attentions. Il finit par se frotter doucement contre la main dans ses cheveux, cherchant davantage de contact :

« ... mm ... poupée, tu peux...? »

Cronus l'interrogea du regard, non sans être perturbé du 'poupée'. Généralement, Rufioh appelait tout le monde ainsi sauf lui, sûrement par crainte que ce petit surnom ne donne de faux espoirs au marin -et il n'avait pas tort, le sang violet avait tendance à s'accrocher à la moindre petite chose pour flirter.

« ... t-tu peux...toucher mes cornes...? »

Bien que la voix de Rufioh soit déjà faible à cause de son état, elle parût l'être davantage et cela trahit son embarras. Cronus se sentit rougir, car si les cornes étaient une zone agréable à caresser, cela restait un endroit assez intime pour les trolls. Le sang de bronze devait vraiment être dans un état second pour lui demander une telle chose. D'abord il se collait à lui, il l'appelait poupée, puis cette demande...

Cronus avait l'impression, pour la première fois, que l'autre lui portait un intérêt réel, le même intérêt qu'il avait envers les autres membres de leur groupe. Un intérêt probablement éphémère, mais le marin comptait bien en profiter pour l'instant, ça lui paraissait trop beau.

« Bien sûr chef. »

Il avait répondu aussi calmement qu'il le pouvait, et il fut heureux que Rufioh ait gardé les yeux fermés, autrement il n'aurait pas pu assumer son visage rougit et ses oreilles qui remuaient. Sa main glissa lentement vers l'une des cornes, commençant d'abord par en frôler l'extrémité, puis la caressant lentement en remontant jusqu'à la base.

Il perçu distinctement le frisson du Nitram ainsi que son énième soupir. C'était hypnotisant, gratifiant même, d'avoir face à lui le Troll qu'il avait tant envié et admiré, de le voir soumis à ses mains et fondre sous ses caresses. Il se demanda si, en d'autres circonstances, cela aurait pu arriver. Mais il n'avait pas besoin de réfléchir de trop pour avoir sa réponse : non. Non, Rufioh ne l'aurait jamais laissé le toucher ainsi s'il n'avait pas été malade, voir s'il n'y avait pas eu ce nouveau lien avec Horuss.

Horuss... En songeant au sang bleu, le marin se mordit la langue. Il se doutait que Horuss ne lui mentait pas, qu'il tenait vraiment à lui -du moins osait-il l'espérer- mais il craignait soudain la future discussion entre eux trois. Si Rufioh reprenait ses esprits et réalisait pleinement ce qu'il se passait, ça allait mal tourner. Il ne pourrait jamais accepter un potentiel threesome, pas si Cronus était impliqué. Ou alors il accepterait pour faire plaisir à Horuss, et ce serait bien pire, parce qu'il y aurait à nouveau un problème, un non-dit.

Autrefois, l'idée d'une relation avec Horuss et Rufioh l'avait fait fantasmer. Cronus fantasmait beaucoup, sur toutes sortes de choses, sur tous les partenaires potentiels qui pourraient l'aimer, ou le détester suffisamment pour l'accepter dans un quadrant, ou bien au moins le voir comme quelqu'un d'important dans leur vie, et pas juste un gars qu'on ignore du jour au lendemain tant il est une nuisance.

Il avait fait quelques tentatives, des flirts calculés pour séduire l'un ou l'autre, voir simplement s'immiscer dans leur vie de couple. Mais Cronus avait beau connaître les techniques de drague sur le bout des doigts, il ne suffisait pas de savoir la théorie pour maîtriser la pratique. Et encore une fois, on en revenait à son attitude imparfaite, toujours débordante de désespoir et d'envie d'être aimé.

Et puis il avait appris à grandir aussi. On est bien obligé de grandir à un moment, de prendre en maturité. Il avait été obligé de voir qu'il n'était pas le centre du monde, qu'il n'était pas le seul à avoir des problèmes ou des crises existentielles. Kankri l'avait aidé de ce côté-là, tout comme Eridan. Sa rencontre avec Eridan avait été un point culminant, un déclic. Après tout, quand quelqu'un d'aussi drama queen que vous se plaint que vous êtes un connard, ça remet à sa place, vraiment.

« ... Poupée ? »

Cronus sursauta, réalisant qu'il avait arrêté de bouger. Il essaya de reprendre ses caresses comme si de rien était, comme s'il ne s'était pas perdu une nouvelle fois dans ses pensées bien trop sombres. Cependant, la main de Rufioh vint saisir la sienne, interrompant son geste.

Le marin se sentit devenir nerveux en baissant les yeux, pour s'apercevoir que l'autre le regardait.

« ... Désolé, tu... hum... tu vas bien... ?

- ... Ce n'est pas moi le malade ici, chef.

- C'est que... tu avais l'air assez, comment dire... amer ? Tu... Tu n'es pas obligé de continuer si ça te dérange, vraiment... hum, je ne t'en voudrais pas... »

Voilà que Rufioh devenait aussi nerveux que lui. Cronus secoua la tête :

« Non non, ça me dérange pas, vraiment pas, je réfléchissais, et, enfin... tu connais les artistes chef, quand ils réfléchissent, ils rentrent dans leur bulle et pouf, ils en oublient le monde réel ! »

Le Nitram fronça un peu les sourcils, et Cronus dû lutter pour ne pas détourner le regard. Difficile à faire lorsque quelqu'un vous examine en silence, en essayant probablement de lire en vous.

Heureusement il fut sauvé par l'arrivée de Horuss, qui attira leur attention en entrant dans la chambre, tenant un plateau avec des tasses fumantes. Il se rapprocha d'eux tranquillement, posant le plateau sur la table de chevet, et ce n'est qu'au moment où il fit demi-tour et ferma la porte que Cronus se figea : ça y est, ils étaient enfermés tous les trois dans un espace clos, avec un Rufioh en meilleur état et apte à la discussion.

Il sentit ses oreilles s'affaisser, son souffle se bloquer au creux de sa gorge. Merde, il était à deux doigts d'hyperventiler, l'appréhension lui nouant l'estomac. Ça n'allait pas bien tourner, ça n'allait définitivement pas bien se passer, ils allaient en venir à la conclusion que trois étaient trop, qu'il n'avait pas sa place ici, qu'il devait partir, que...

Le bruit aigu qui résonna dans la chambre fut le sien. C'était lui qui venait de pousser un son proche du gémissement, son corps se relaxant complètement alors qu'il voyait des étoiles, et il mit de longues secondes à comprendre ce qu'il venait de se produire. Rufioh s'était redressé, suffisamment pour tendre la main et toucher son oreille, mais contrairement à Horuss qui ne faisait que les caresser, Rufioh avait appuyé sur un point spécifique, un point dont Cronus ignorait lui-même l'existence et qui avait supprimé toute la tension de son corps, seulement pour le remplacer par un plaisir pur.

« Mais... Que... Je... ? » il fut incapable de prononcer une phrase cohérente, complètement béat, aussi stupéfait que pouvait l'être Horuss face à eux.

Rufioh lui fit un sourire timide :

« Tu... Tu avais l'air d'avoir besoin de te détendre, poupée. »

Cronus ne savait même pas comment il pouvait connaître cette astuce. Avait-il parlé à un autre habitant des mers ? Meenah ? Feferi ? Ou même Eridan ? Bon sang, il en avait la chair de poule.

Horuss se rapprocha d'eux, les yeux écarquillés :

« Comment tu as fait ça ? demanda-t-il à l'adresse de Rufioh, la voix pleine de curiosité.

- Les nageoires des marins sont similaires aux cornes, plus tu te rapproches de la base, plus c'est sensible.

- Comme ça ? »

Horuss tendit la main à son tour pour saisir l'autre oreille de Cronus, et ce dernier n'eut pas le temps de reculer qu'un autre pique d'euphorie s'abattit sur lui, sa voix s'étranglant dans un second gémissement. Il haleta, tremblant entre leurs mains :

« S-Stop... ! » supplia-t-il, son corps devenant complètement moue, semblable à de la guimauve.

Ca n'avait rien à voir avec les caresses habituelles, que ce soit sur ses cornes ou n'importe où ailleurs. C'était un simple frottement contre une petite partie de ses oreilles et ça suffisait à le bouleverser complètement, à le faire succomber à quelque chose de bien trop fort. S'en était terrifiant. Qu'en était-il de la discussion qu'ils devaient avoir ? Ce n'était pas censé tourner ainsi, ce n'était VRAIMENT PAS censés tourner ainsi et ...

« A-Ah, ugh, non.. non non non... ! » sa voix lui échappait, sa vision devenant floue, alors que les deux autres n'écoutaient pas ses supplices et continuaient de caresser ces points si sensibles, lui provoquant des bruits beaucoup trop obscènes qu'il ne se serait pas crû pousser un jour.

Sa tête retomba contre l'épaule de Horuss et il s'accrocha au sang bleu d'une main, le griffant presque, tandis que l'autre était toujours tenue fermement par Rufioh et ... oh dieu, il allait mourir, il allait mourir ici et maintenant, noyer dans les méandres du plaisir, et son renflement n'était pas sans lui rappeler, étant venu se manifester et s'agitant contre les tissues de ses vêtements.

« Je t'en supplie...! Arrête...! » chouina-t-il sans savoir lequel des deux il suppliait.

La torture prit fin, Horuss et Rufioh le relâchant tout en échangeant un regard inquiet. Cronus ferma les yeux, haletant, prenant un moment pour se calmer. Il était dur, brûlant, mais au moins il pouvait l'assimiler, il ne se sentait plus submergé.

« ... Pardon Cro... Est-ce que... Est-ce que ça va ...? » murmura Horuss en lui caressant timidement la joue.

Le marin souffla, puis osa le regarder malgré ses tremblements et son visage mauve :

« ... C-Ca va... c'est... c'était juste inattendu... »

Rufioh se racla la gorge :

« ... Hum, pardon de la question poupée, mais tu serais pas, tu sais, puceau ? »

Cronus se crispa, ses oreilles se redressant avant qu'il ne grogne et reparte cacher son visage contre l'épaule d'Horuss avant de rétorquer froidement :

« ... Contrairement à une certaine personne, je ne suis pas très demandé par la foule. »

Ce fut à Rufioh de se crisper et se mordiller la lèvre, détournant le regard piteusement.

En les voyant agir ainsi, Horuss retint un soupir :

« Vous avez tous les deux besoin de vous détendre. »

Il saisit le menton de Cronus et lui releva la tête, pour venir lui prendre un tendre baiser. Plein de stupeur, le marin resta incrédule tandis que son petit ami s'écartait et venait cette fois chercher les lèvres de Rufioh.

La sang de bronze resta tout aussi ahuris.

Horuss ne dit pas un mot alors qu'il tirait sur la couverture, révélant les jambes du Nitram. Il vint sitôt passer une main entre ses cuisses, venant caresser son renflement au travers du pantalon.

« Oh merde... » laissa échapper Rufioh en suivant les gestes du regard, frémissant à ce toucher.

Cronus retenait son souffle, observant également, en se demandant si c'était réellement en train de se dérouler.

Visiblement oui, Horuss avait décidé de prendre les choses en main... littéralement. Après avoir caresser l'érection naissante, il tira un peu sur le tissu et vint libérer le sexe qui commençait à s'agiter. La tentacule de Rufioh, de la même couleur que son sang, se redressa fièrement, pendant que son propriétaire gigotait d'embarras.

Cronus déglutit, s'arracha de sa contemplation pour regarder le visage du Nitram, et son souffle se coupa. Rufioh le regardait, le visage brûlant. Mais dès lors que leurs yeux se croisèrent, le sang de bronze paru mourir de gêne et rebaissa la tête, retenant un gémissement alors qu'Horuss commençait à caresser sa verge.

Cronus se mordit la langue, des picotements remontant le long de son dos alors que sa propre tentacule quémandait de l'attention. Et elle l'eut.

L'Ampora eut un vif sursaut quand la seconde main d'Horuss vint s'occuper de lui, répétant le même processus, le caressant d'abord à travers ses vêtements avant de libérer son membre et venir le toucher directement.

Recommençant à haleter, Cronus plissa les yeux, se rappela soudain que sa main tenait toujours celle de Rufioh quand il sentit le sang de bronze resserrer sa prise en poussant un grondement dû au plaisir.

Merde... Oh merde... Oh bon dieu... Il allait prier tous les saints auxquels il n'avait jamais cru seulement pour que ce moment ne cesse jamais.

Il loucha sur le cou de Horuss, parfaitement exposé en cet instant. Pouvait-il se permettre de...? Il se s'attarda pas davantage et glissa sa bouche contre la peau offerte, la parsemant de baisers timides.

Le Zahhak eut un léger sursaut, puis un soupir de contenant avant de pencher la tête pour inviter le marin à continuer.

Les sensations étaient plaisantes, mais surtout douces. Ils avaient le temps d'assimiler, de ressentir, de prendre du plaisir.

Rufioh se redressa un peu mieux, son geste amplifia le contact avec la main taquine et le fit haleter. Il inspira, maîtrisant son souffle, et tendit sa main libre. Horuss ayant les deux mains occupées, il regarda curieusement son ancien - toujours ancien ? - matesprite ... et bleuit en comprenant où il voulait en venir.

Cronus cessa d'embrasser son cou pour regarder ce qu'il se passait, avant de presque couiner à la vue de la verge bleu qui venait d'être libéré à son tour.

Rufioh prit la parole, la voix plus rauque :

« On pourrait essayer... ça... »

Il guida le tentacule bleu vers celui de Cronus, et le marin s'étrangla. La main d'Horuss et celle de Rufioh s'écartèrent, laissant les deux verges naturellement se rencontrer, s'apprivoiser, se caresser et s'enlacer, accompagné par le ton plaintif de l'Ampora et le gémissement du Zahhak.

« Ah... Put...Merde... » articula Cronus difficilement, ses oreilles s'agitant.

Horuss ne put qu'hocher la tête, le regard fiévreux, paressant savourer cette nouvelle approche. Mais sa voix, également rauque, s'éleva dans un gémissement étouffé :

« R-Ruf', toi aussi... »

Le sang de bronze s'humecta les lèvres, fit un faible 'oui' de la tête et se rapprocha davantage, se pressant contre les deux autres. Sa peau était encore plus chaude qu'avant, et quand son tentacule se mêla aux leurs, ce fut tel un torrent de lave.

Cronus émit un chouinement pathétique.

« Putain, poupée... ta voix me rend dingue... » se plaignit Rufioh dans un grondement sourd, avant de saisir son visage et prendre possession de ses lèvres.

Cronus écarquilla les yeux. Il aurait pu hurler de stupeur, d'ahurissement, se croire dans un rêve, ou bien peut être un cauchemar. Il aurait pu paniquer, paniquer que LE Rufioh Nitram vienne l'embrasser, qui plus est DEVANT Horuss. A la place, il ne put que gémir, s'accrocher piteusement, se faire encore submerger par des sensations trop puissantes. Il ne put qu'abdiquer, les oreilles basses, alors que ses lèvres se faisaient dévorer avidement, qu'une langue chaude se glissait contre la sienne, qu'il avait toute la puissance d'un feu flamboyant qui le consumait et lui arrachait des gémissements aiguës.

Rufioh ne s'écarta qu'au moment où il le sentit suffoquer, ses branchies s'agitant à présent, et cela éveilla l'intérêt d'Horuss qui vint les embrasser en douceur alors qu'elles étaient à vives, plus sensibles que jamais.

Cronus se cambra, se remit à trembler, la vision floue. Il n'allait pas tenir, il n'allait vraiment pas tenir.

Voyant son état, Rufioh décida de jouer avec Horuss, de le mener à bout lui aussi. Sa main quitta Cronus pour se rapprocher du sang bleu, ses doigts glissèrent le long de son torse encore habillé, pour gagner l'entre jambe, frôler le tentacule et atteindre son vagin déjà complètement humide.

« AH ! » Horuss flancha, geignant quand il sentit un doigt se glisser si facilement en lui.

Rufioh savait qu'il n'était pas en sucre, qu'il avait déjà accueilli bien plus que quelques doigts, mais il prit quand même le temps de bouger lentement son index, de faire de longs gestes circulaires pour frotter les parois trempées qui s'étiraient avec adresse, avant d'y ajouter son majeur et de refaire de même, quoi qu'en bougeant un peu plus vite, puis en commençant à les enfoncer un peu plus loin, faire un geste de crochet, venir guetter l'endroit le plus sensible.

Horuss dû s'agripper au lit, par besoin de serrer fort quelque chose, et ne souhaitant pas blessé l'un de ses amants. Il continua d'embrasser la gorge de Cronus, un peu plus vite, un peu plus impatient chaque fois que Rufioh bougeait en lui, le titillait, éveillait une délicieuse sensation qui se répandait dans son intimité entière jusque dans son ventre.

Cronus perdait pied et, dans un éclair de lucidité, il voulut agir à son tour, s'y reprenant à deux fois pour parvenir à lever la main et attraper l'une des cornes de Rufioh. Il était bredouillant, ne parvenait pas à faire des caresses aussi intenses qu'il l'aurait souhaité, mais fit au mieux pour masser la base, s'attarder sur la partie rouge qu'il savait sensible. Le souffle plaintif du plus grand lui indiqua qu'il s'y prenait bien.

Ils ne surent pas vraiment ce qui sonna la fin. Peut-être le glapissement de Horuss, son intimité qui se resserra autour des doigts de Rufioh. Peut-être Cronus, qui n'était plus capable d'un geste et ne comptait que sur les deux autres pour le tenir, alors que de la semence mauve débordait de son tentacule et glissait sur leur trois verges toujours enlacées. Ou bien Rufioh qui prenait de grandes inspirations, cessant de taquiner le vagin du Zahhak bien qu'il ne retira pas ses doigts tout de suite, et enlaçant la taille de Cronus de sa main libre.

Ils ne bougèrent plus pendant de longues minutes, tous trois serrés et essoufflés, même encore tremblant dans le cas de Cronus.

Rufioh cligna des yeux, reprenant doucement ses esprits en premier. Il quitta l'intimité de Horuss en douceur, essuya ses doigts sur le linge humide qui avait été abandonné sur les draps, puis prit ledit linge et le passa sur le vagin de son amant, toujours avec délicatesse. Il perçut un petit soupir béat de la part de Horuss, et cela lui arracha un sourire.

Il continua ce petit nettoyage en venant passer le linge sur leurs tentacules, tout en les aidant à se délier. Ce contact doux et humide les fit frissonner un peu, mais dans un même temps il était agréable d'être un peu plus propre.

Rufioh finit par jeter le linge plus loin et guida silencieusement les deux autres à s'allonger. Il tenait toujours Cronus par la taille, alors que Horuss était venu s'allonger sur eux deux mais cherchait une position confortable pour sa tête. Le sang de bronze tâtonna un peu et trouva un petit coussin, qu'il glissa vers le Zahhak. Celui-ci souffla encore, agréablement surpris, lui offrant un petit sourire qui poussa Rufioh à rougir.

La voix de Cronus, un peu étourdie, brisa le silence :

« ... C'est ça, un orgasme ? »

Rufioh eut du mal à cacher son rire :

« Et bien... tu as l'air d'avoir vu des étoiles poupées, mais non, je ne pense pas que tu en ai eu un. »

Le marin le regarda avec de grands yeux, visiblement outré :

« Quoi ! Mais... pourtant c'était vraiment bon !

- Ahah, heureusement qu'il n'y a pas systématiquement besoin d'un orgasme pour que ce soit bon, sinon la plupart des rapports seraient vraiment tristes. »

Horuss hocha la tête, en pouffant un peu lui aussi.

Voyant que cela les faisait rire, Cronus fit la moue, rougissant de honte devant sa méconnaissance. Pourtant ce n'était pas faute de s'être renseigné un peu !

« Vous avez profité de la faiblesse d'un pauvre homme... ! » se plaignit-il, sur un ton exagéré.

Horuss vint l'embrasser chastement :

« Mais au moins, nous sommes tous détendus à présent. »

Il passa son regard de Cronus à Rufioh, avant de se redresser pour s'asseoir sur ses talons. Mais il ne prit pas la parole tout de suite, il chercha ses mots, passant une main dans ses cheveux.

« ... C'est plutôt une bonne manière d'expérimenter... une possible relation à trois ? »

Rufioh écarquilla les yeux, lâcha Cronus pour s'appuyer sur ses coudes :

« ... Quoi ?

- J'ai encore des sentiments pour toi, mais je tiens à Cronus. Et ... bon, ce n'est qu'une supposition, mais je pensais à cette éventualité.

- ... M-Mais... Après ce qui s'est passé entre nous... »

Cronus les vit échanger un regard hésitant.

Le Zahhak soupira, remettant une mèche derrière son oreille :

« ... Je sais. C'est pour ça que j'aimerai... et bien... qu'on discute de ça. Qu'on comprenne ce qui n'a pas marché et... qu'on voit si on veut continuer ensemble, ou définitivement rompre ? »

Il se mordilla la lèvre, plus très sûr de lui, tandis que Rufioh ne paraissait pas très emballé. Mais pourtant c'est le sang de bronze qui initia la chose, en poussant un lourd soupir :

« ... Okay... A la base, je voulais faire une pause justement pour réfléchir à tout ça. C'est ... Je voulais essayer de comprendre ce qui allait pas, et le premier truc qui me vient à l'esprit c'est ta moirallégence avec Meulin. Mais j'ai cru comprendre que c'était terminé, alors plus vraiment besoin de revenir là-dessus...

- C'était mes sourires constant qui te dérangeaient ?

- Entre autres. C'est mignon de te voir sourire bien sûr, mais c'est mignon quand c'est de véritables sourires, quand tu les fais parce que tu es heureux, que quelque chose de cool s'est produit ! »

Rufioh se massa la nuque :

« ... quand t'as commencé à sourire là où tu aurais dû te mettre en colère, où là où tu aurais dû pleurer, j'ai vraiment commencé à... enfin... me sentir mal à l'aise. A flipper un peu. A juste... plus savoir comment m'adresser à toi. Je savais même plus ce que tu pouvais ressentir. »

Horuss baissa un instant les yeux, avant de les relever vers le Nitram :

« Oui, je comprends. J'aurai sûrement ressenti la même chose à ta place. Moi-même je... je n'ai pas apprécié sourire constamment. C'était comme porter un masque, et je suis bien heureux de m'en être débarrassé. »

Rufioh fit un léger hochement de tête et un silence passa, avant qu'il ne souffle à nouveau :

« ... Je ... Je ne suis pas le seul à avoir quelque chose à reprocher, n'est-ce pas ? Tu peux le dire... »

Le Zahhak hésita un peu, puis plissa les yeux en se remémorant certaines choses :

« A dire vrai, oui. J'ai beaucoup de choses à reprocher. Mais je n'aimerai pas faire un long discours dramatique et accusateur, ça ne servirait à rien à part t'enfoncer inutilement.

- H-Hum... eh bien, allons y étape par étape ?

- Bien. Tu m'as reproché mes sourires, mais bien avant ma moirallégence avec Meulin tu pouvais déjà te montrer distant. Donc j'aimerai une réponse honnête : depuis que nous sommes 'officiellement' matesprite et que tu as rompu avec Damara, combien de fois m'as-tu trompé ? »

Rufioh écarquilla les yeux, la gorge subitement sèche. Il ouvrit la bouche, la referma, parût peser le pour et le contre, avant de demander avec hésitation :

« Qu'est-ce qui compte comme 'tromper' ?

- Toutes actions rouges envers une autre personne que moi.

- Je... il va falloir préciser, beaucoup d'actions sont à la limite entre le pâle et le rouge...

- Embrasser, caresser des zones plus intimes, avoir des relations sexuelles de manière tendre. Ce genre de choses. »

Rufioh hésita encore, même s'il paraissait un peu moins tendu :

« ... et le flirt ? demanda-t-il. Tout ce qui est... complimenté, faire des sous-entendus ? »

Horuss fit la moue, réfléchit, sceptique :

« ... Je ne suis pas sûr. Si ce sont des sous-entendus trop osés, je suppose que oui ? »

Il regarda Cronus, l'interrogeant du regard, et le marin rougit un peu en se retrouvant impliqué dans la discussion.

« ... Ecoute chef, je pars du principe que tant qu'il n'y a rien de concret, on peut pas blâmer quelqu'un de flirter. C'est toujours agréable d'essayer de plaire, et encore plus agréable si le flirt est rendu, même si y a rien qui se passe ensuite. »

Cependant il grogna :

« ... mais j'avoue que si je te voyais flirter avec un autre gars que moi, ça me foutrait assez mal. »

Ses oreilles se redressèrent alors qu'il réalisait ce qu'il avait dit, et il eut le regard fuyant, tout bégayant :

« Je veux dire, en excluant Rufioh, bien sûr. »

Horuss sourit, vint lui caresser le ventre gentiment, comme s'il le remerciait de sa réponse. Il reporta son attention sur Rufioh :

« Bien, partons du principe que flirter n'est pas une tromperie.

- Alors je ne t'ai jamais trompé. »

Le Zahhak ne cacha pas sa stupeur, suivit de sa confusion et de sa méfiance :

« J'ai demandé une réponse honnête. »

L'éclat blessé qui traversa le regard de Rufioh ne passa pas inaperçu, bien que le Nitram tenta de ne rien laisser paraître :

« Je ne t'ai jamais trompé, insista-t-il. Depuis que nous sommes ensembles, je n'ai jamais embrassé qui que ce soit d'autre que toi, jamais caresser personne sans que ce ne soit strictement pâle, jamais fait l'amour à un autre que toi. »

Il détourna le regard :

« Mais j'y ai pensé, beaucoup. J'ai flirté ici et là, et j'ai failli céder à la tentation de nombreuses fois, surtout lorsque tu as commencé à sourire tout le temps. J'ai ... J'ai vraiment voulu effacer ce sourire de ton visage, quitte à devoir te détruire complètement.

- ... Pourquoi tu ne l'as pas fait ? »

Rufioh lâcha un rire nerveux :

« ... tu le sais pourquoi. Parce que je suis un putain de lâche qui déteste les conflits. Parce que juste t'imaginer pleurer par ma faute me bousille l'estomac et me donne envie de vomir. Est-ce que tu as seulement vu comme je me suis mis à pleurer, alors que je t'insultais ? Je... Je veux pas faire passer ça comme un acte d'amour pur. Je suis juste un con incapable d'assumer les conséquences. Même si je te détestais, même si tu n'étais vraiment rien pour moi, j'aurais réagi de la même manière, parce que je suis juste... je suis comme ça. »

Le silence retomba. Cronus était venu poser sa main sur celle de Rufioh, un peu par réflexe, en passant son regard d'un garçon à l'autre.

Horuss se mordit la langue, tapotant du doigt sur son genoux. Il finit par se masser la tempe :

« ... Que veux-tu que je réponde à ça ? »

Rufioh haussa vaguement les épaules, le regard désespérément fuyant :

« ... J'en sais rien.

- Tu aimerais que je t'insulte ? Que je confirme tes mots ?

- N-Non...

- Alors tu aimerais que je te défende ? Que je te dise que tu vaux mieux que ça ?

- Rah, j'en sais rien, je sais pas ! »

Horuss grimaça :

« Merde, tu sais ce que je te reproche, Rufioh Nitram ? Non pas ta lâcheté, non pas ton égoïsme, non pas ton envie constante de devoir plaire au monde quitte à en oublier ton propre matesprite. Non, moi je te reproche de connaître tes défauts, de les connaitre si bien que tu peux les énoncer toi-même, mais que tu ne fais pas LE MOINDRE EFFORT pour changer ! Tu assumes que tu es comme ça, alors tu restes comme ça, et c'est tout ! »

Rufioh se crispa :

« ... on ne change pas du jour au lendemain.

- Non, mais on peut essayer ! N'importe qui peut ESSAYER ! Pas comme toi qui reste ainsi, comme si c'était une fatalité ! J'ai détesté sourire, alors j'ai arrêté ! Pourquoi tu ne peux pas juste me dire que tu es lâche, mais que tu essayeras de l'être moins ? Pourquoi tu ne peux pas en avoir la volonté, même si c'est des paroles en l'air ?!

- Parce que je veux pas balancer des espoirs dans le vague ! »

Horuss quitta le lit avec véhémence :

« Tu n'as pas besoin de mot pour faire de faux espoirs ! Regarde donc ! Tu ne m'as jamais rien dit au sujet de notre relation, et j'ai naïvement crû que tout allait bien ! Mais je suppose que c'est moi qui étais trop stupide pour comprendre que je ne valais pas le coup ! »

Rufioh se leva à son tour mais, pris d'un vertige, il fut contraint de se tenir au lit en grimaçant :

« ... e-et quoi ... ? bégaya-t-il, avant de sentir quelque chose de plus chaud, de plus violent, retentir en lui. C'est moi qui sais plus quoi répondre là ! Que veux-tu que je dise, que non t'es pas stupide, t'as jamais été stupide ? Bien sûr que tu l'as jamais été ! Comment tu peux savoir que les choses vont mal si je dis rien !

- Alors pourquoi t'as rien dit plus tôt ?!

- Je déteste le conflit !

- Arrête avec cette putain d'excuse ! Tu n'avais pas cette excuse quand t'as trompé Damara ! Et quel conflit voulais-tu déclencher ?! Arrête de croire que le monde va se retourner contre toi à la moindre de tes erreurs !

- JE PEUX PAS ! »

Horuss se figea. Il avait déjà entendu son amant crier. Pas hurler.

« JE PEUX PAS M'EMPÊCHER DE FLIPPER ! MAIS DIFFICILE À COMPRENDRE, POUR UN SANG BLEU SI BIEN PLACÉ DANS L'HEMOSPECTRUM, HEIN ?! QUAND T'AS LA MAJORITÉ DE LA CASTE A TES PIEDS, TU PEUX TE PERMETTRE DES ERREURS, PARCE QUE PERSONNE OSERA JAMAIS RIEN TE DIRE ! LES MAUVES SONT DANS LEUR BULLE À JOUER AUX CLOWNS, LES MARINS ESQUIVENT LA TERRE COMME LA PESTE ! TES SUPÉRIEURS NE TE DIRONT JAMAIS RIEN POUR TES PETITES GAFFES HEIN ?! »

Cronus, qui s'était redressé dans le lit, observa le dos de Rufioh trembler, les poings serrés de rage en s'en blanchir les phalanges. Les hurlements continuèrent, manquant de faire vaciller les murs :

« TU SAIS OU SE PLACENT LES BRONZES COMME MOI ? QUI PLUS EST CEUX DOTES D'UNE PUTAIN DE MUTATION ? TU SAIS COMMENT ON TRAITE LES DÉCHETS COMME MOI ?! ON ATTEND MÊME PAS QU'ILS FASSENT UNE ERREUR POUR LEUR EN METTRE PLEIN LA GUEULE ! PARCE QUE LEUR SIMPLE EXISTENCE EST UNE ERREUR ! »

Horuss devint livide. Il n'avait jamais pensé que Rufioh voyait ses ailes comme un fardeau. C'était une mutation, oui. Mais une mutation incroyable. Il avait toujours cru que le sang de bronze était fier d'en être doté, même si cela le poussait à devoir se cacher.

« ... Rufioh... je ... »

'Je ne savais pas'. C'est ce qu'il allait dire avant de s'interrompre. Parce que si, il savait. Il savait comment était traité les lowbloods sur leur planète. Il ne pensait simplement pas que... que Rufioh se voyait ainsi, comme un déchet. Il ne pensait pas qu'il avait une si basse estime de lui. Pas à ce point.

Rufioh reprit son souffle, sa gorge le brûlait d'avoir ainsi haussé le ton ... et bientôt sa colère retomba pour laisser place à une terreur glaçante, malgré sa grande taille il semblait vouloir se recroqueviller et disparaître:

« Je suis désolé... je voulais pas... je voulais juste ... »

Sa voix était pitoyable, son regard brillant de larmes contenus, et Horuss se demanda comment il avait pu être aussi aveugle et égoïste pour ne pas remarquer ça plus tôt. Comment il avait pu entretenir une relation de matesprite pendant si longtemps avec quelqu'un qu'il connaissait si mal.

Il crût qu'il allait pleurer aussi, mais il n'en fit rien et se rapprocha du sang bronze, pour le prendre délicatement dans ses bras, faire attention à ses ailes, se blottir contre lui et caresser son dos. Il sentit Rufioh se tendre, avoir un hoquet, un sanglot étouffé avant qu'il ne lui rende son étreinte.

Ils avaient vraiment besoin de communiquer davantage...


Rufioh et Horuss n'avaient pas rompus. Ils n'étaient pas non plus redevenus des matesprites. Ils avaient entamé une relation de 'petits amis', comme avec Cronus, simplement pour tester, pour voir comment reprendre de bonnes bases. Pour voir comment faire fonctionner une relation à trois, et où cela allait les mener.

Les quelques jours qui suivirent furent pour le moins étranges, maladroits. Surtout entre Rufioh et Horuss, qui ne savaient plus très bien comment reprendre leur relation à zéro, alors qu'ils se connaissaient depuis des années

Ce matin-là, Cronus s'éveilla dans sa ruche, complètement seul. Cette nouvelle relation à trois ne signifiait pas qu'ils devaient tous rester coller à longueur de temps, et quelque part ce n'était pas un mal. Surtout lorsque l'ambiance entre eux était si bizarre. C'était normal, évidemment. Ils devaient prendre le temps de trouver leur équilibre avant de partir dans de grands projets comme... se marier, vivre ensemble et avoir beaucoup d'enfants ?

Cronus eut un rire à cette pensée un peu bête. Il prit le temps d'entamer sa routine matinale, se préparer, prendre le petit déjeuner, répondre aux messages de Horuss qui lui tirait toujours des sourires. Puis son regard s'attardait sur le compte de Rufioh, avec qui il n'avait échangé aucun message.

C'était gênant, vraiment. Ils avaient eu l'occasion de se revoir depuis leur 'mise en couple', mais d'eux trois, c'était Horuss qui initiait les choses. Cronus aurait aimé aller parler à Rufioh de lui-même, mais il bloquait. Ca... Ça lui faisait un peu peur, de parler à Rufioh en l'absence de Horuss. L'éventualité que le sang de bronze le repousse le crispait.

Se sentant gagner par la nervosité, il hésita un peu avant d'envoyer un message à Kankri : "Hey Chef, j'aurai besoin de discuter d'un truc genre, vraiment important pour moi"

Le sang rouge mit de longues secondes à répondre : "Cronus, chaque fois que nous parlons c'est 'très importants' pour toi. Tu peux évidemment tout me dire, mes oreilles -ou plutôt mes yeux- restent ouverts et à l'écoute donc je t'en prie, raconte-moi tout."

Cronus chercha ses mots, puis décida simplement d'y aller sans réfléchir : "Horuss et Rufioh ont parlé de ce qui n'allaient pas entre eux et ont décidé de reprendre leur relation à zéro, parce qu'ils s'aiment encore et qu'ils veulent au moins réessayer d'être ensemble sur de bonnes bases" il s'empressa d'ajouter "Ils ne m'ont pas jeté, on a commencé une relation à trois, et je t'en prie ne parle pas de quadrant, on a décidé d'essayer un truc humain" et il ajouta encore "Le truc c'est que j'ai peur que Rufioh ne m'apprécie pas ? Horuss m'a clairement dit qu'il tenait à moi et je veux vraiment y croire, mais avec Rufioh ça me donne l'impression qu'il a accepté que pour Horuss, mais qu'au fond il pourrait ne pas vouloir traîner avec moi, et j'ose pas lui demander de sortir ou juste d'entamer une discussion avec lui"

Cette fois Kankri prit plusieurs minutes à réagir -au point que Cronus eut peur de l'avoir cassé : "Excuse mon langage mais BORDEL !" avant de continuer avec "Très bien, je vais faire au mieux pour ne pas m'outrer devant cette histoire de quadrant, même si je reste persuadé qu'avoir deux matesprites est un outrage, mais si c'est une coutume humaine alors soit je vous laisse décider de ça. Concernant Rufioh, il ne m'a jamais paru qu'il te détestait, mais je peux comprendre la gêne. Il faut essayer de crever l'abcès, autrement vous n'avancerez pas. As-tu essayé de lui demander clairement ce qu'il ressentait pour toi ? Si vous êtes ensembles pour Horuss, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas au moins être amis n'est-ce pas ?"

Cronus se mordilla la lèvre : "Je n'en sais rien Kank', je ne suis pas spécialement apprécié par qui que ce soit. Le simple fait qu'Horuss m'accepte dans sa vie est un miracle."

Kankri s'énerva : "Pardon ? Cronus, tu n'es qu'un crétin dragueur et très lourd, cela ne veut pas dire que l'on te déteste. Je t'apprécie beaucoup, je sais que Porrim partage mon avis, et malgré tes antécédents avec Mituna, j'ai bien vu qu'il n'avait pas d'animosité envers toi. Rufioh n'a aucune raison de te détester, à dire vrai je vois mal Rufioh détester quelqu'un en général, surtout dans notre cercle d'amis." puis il ordonna "Envoies lui un message, dis-lui clairement ce que tu ressens, que tu aimerais que ça se passe bien entre vous. Invite-le peut-être à sortir même, mais s'il te plait, pas de drague lourde, l'idée n'est pas de le faire fuir."

Cronus fit la moue, soupira et répondit : "Compris chef, à vos ordres."

Bon, il n'avait plus le choix, n'est-ce pas ?

Il cliqua sur le compte de Rufioh et resta comme un idiot devant la messagerie vierge. Comment devait-il débuter la conversation ? Tout ce qui lui venait lui paraissait trop déplacé et forcé. Il ne voulait pas donner l'image du gars peu sûr de lui. Il voulait se montrer cool et décontracté, pas anxieux et paranoïaque.

Il s'y reprit plusieurs fois avant d'enfin envoyer : "Salut Chef, quoi de neuf ?" En espérant que ce soit assez sobre pour ne pas ressembler à de la drague, mais pas trop froid non plus.

Il sursauta presque en voyant la réponse immédiate : "Hey poupée, rien de nouveau, je me réveille à peine."

Cronus ne cacha pas sa surprise. Avec sa carrure de sportif, il aurait cru que Rufioh était un lève tôt. Encore un stéréotype qu'il devait supprimer de son esprit.

Il répondit : "Bien dormit ?" et se claqua le front. Quelle question stupide. Il repensa aux propos de Horuss, comme quoi Rufioh était le genre à fermer les conversations plutôt qu'à les continuer. Peut-être que le sang de bronze trouvait que ça n'en valait pas la peine car il n'aimait pas les questions si dénuées d'intérêt ?

Il vit Rufioh écrire mais ne lui laissa pas le temps de répondre, ajoutant : "Ok, c'était une question vraiment naze. Peut-on parler sérieusement chef ? J'aime pas trop tourner autour du pot."

Bon, c'était la vérité, il n'aimait pas tergiverser quand il souhaitait parler de quelque chose de particulier, mais peut-être aurait-il dû être moins abrupt.

La réaction de Rufioh fut un smiley surpris, suivi d'un "Bien sûr poupée, qu'est-ce qui se passe ?"

Bon, Cronus ne se ferait jamais au surnom, il se sentait rougir juste en le lisant. Comment les autres faisaient-ils pour rester de marbre? Ah oui, parce qu'ils étaient habitués.

Cronus prit une inspiration, sentant son cœur battre un peu plus fort. Allez, c'était le moment, il devait le faire, il devait dégager cette pression de ses épaules : "Je me disais que, vu notre nouvelle relation, on devrait peut-être passer plus de temps ensemble, sans que ce soit à Horuss d'initier les choses. Puis je me suis dit que hey, un gars serait pas forcément heureux de partager son compagnon mais qu'il ferait l'effort pour le rendre heureux, et ce même s'il déteste le gars avec qui il le partage. mais c'est quand même vachement triste de devoir se forcer, et donc peut-être pour alléger la tension les deux gars devrait essayer de bien s'entendre, sauf si bien sur le premier gars n'en voit pas l'intérêt et ne veut pas perdre son temps, ce que l'autre accepterait totalement."

Il relu son message, précipitamment et en loupant des mots... et il réalisa à quel point c'était une merde incompréhensible.

Alors, sous une impulsion, il supprima le message, et ce malgré qu'il soit sûrement trop tard, pour ajouter anxieusement : "Fausse manip' chef, désolé. Bref, rien de bien important de toute façon"

Ouai, il espérait faire avaler ce mensonge, il l'espérait fort, parce que son pavé, en plus de crier sa panique et sa détresse, était très mal rédigé, ce qui le rendait davantage ridicule.

Il était un être ridicule.

La réponse de Rufioh brisa ses espoirs ainsi que son ego : "Tu penses que je te déteste?"

Il avait eu le temps de lire. Bordel. de. Merde.

Cronus se mordit la langue en tremblant un peu : "Y a aucun problème la dessus chef, mais si la relation venait à durer je me disais que ce serait bien de pouvoir parler ensemble sans passer par le biais d'Horuss. Pour que ce soit plus cool pour nous, tu vois?" et il ajouta "Mais c'est complètement cool si tu veux pas bien sûr, je veux pas te forcer à quoique ce soit évidemment"

Il se passa une main dans les cheveux, coiffant négligemment quelques mèches, regardant la messagerie lui dire que Rufioh était en train d'écrire.

Son cœur fit un bon au nouveau message : "Qu'est-ce que tu racontes Cronus ? Pourquoi je te détesterais ? De nous deux, c'est toi qui devrais me détester"

Le marin en écarquilla les yeux : "Quoi? Pourquoi?"

Rufioh envoya un smiley gêné puis : "Tu es un bien meilleur compagnon pour Horuss que je ne l'ai été, tu as mérité de l'avoir dans ton quadrant, et moi je m'interpose dans votre relation."

Cronus n'en croyait pas ses yeux : "Mais pas du tout chef! Je veux dire, d'accord t'as pas assuré avec lui, mais c'est moi qui interfère entre vous!"

Rufioh sembla confus : "Non, c'est moi. Et tu as toi-même évoqué que tu n'appréciais pas que le monde me tourne autour, et je peux comprendre." il envoya un second message "Je veux dire, tout le monde me veut dans un quadrant alors que j'ai déjà trompé un partenaire et rendu malheureux le second. Toi tu dragues avec sincérité mais tu n'as aucun quadrant, et le jour où tu peux en avoir un, il faut que je sois là pour gâcher ça. Je comprendrais que tu m'en veuilles."

D'accord, présenté ainsi, Cronus comprenait le point de vue. Mais : "Ouai, je mentirais si je disais que je ne suis pas jaloux de ta popularité. Malgré tes erreurs tu continues de renvoyer l'image du gars chaleureux et confiant, et je comprends que les gens s'attachent à ça. Je donnerais n'importe quoi pour renvoyer cette image" Whoua, ok, c'était plus profond qu'il ne l'avait initialement prévu. Il essaya de rebondir "Mais franchement je suis juste heureux si ça peut fonctionner entre toi et Horuss, du moment qu'il est heureux c'est tout ce qui compte."

La réponse de Rufioh mit plus de temps, et cela l'inquiéta profondément, lui faisant imaginer le pire. Avait-il gaffé ? Dit une chose de travers?

Il lut le nouveau message de Rufioh avec appréhension ... et cessa de respirer : "Tu veux qu'on se voit aujourd'hui ?"

Il s'étrangla, peina à écrire tant ses mains tremblaient : "Bien sûr, oui, évidemment" Et ajouta avec hésitation "Tous les trois..?"

Rufioh lui coupa à nouveau le souffle : "Non, seulement toi et moi. C'était bien l'idée initiale ? Savoir être ensemble sans compter sans cesse sur Horuss ?"

Cronus déglutit : "Oui, bien sûr oui" et avec fébrilité il demanda "Chez toi ou chez moi ?"

La réponse de Rufioh fut immédiate : "Chez moi ? On pourrait manger devant film"

Ça ressemblait carrément à un rendez-vous. Ou à une simple sortie entre amis. Merde, Cronus ne savait pas comment le voir : "Ouai, parfait chef, je serais la pour le déjeuner"

Rufioh lui envoya un smiley souriant et se déconnecta.

Cronus parvint à reprendre son souffle. Oh merde... Oh merde... Il retourna dans la salle de bain précipitamment, pour vérifier son reflet dans la glace, examiner sa tenue, arranger ses cheveux qui étaient pourtant déjà coiffés. Est-ce qu'il était assez bien, pas trop ridicule ? Est-ce que Rufioh en aurait vraiment quelque chose à faire ? Est-ce que ce n'était pas la honte de se faire aussi présentable pour un rendez-vous qui n'en était peut-être pas un ?

Il envoya un message désespéré à Kankri : "On va se voir chez lui, j'arrive pas à savoir si c'est un rendez-vous amoureux ou amical !"

Kankri répondit par un smiley roulant des yeux avant de dire : "Cronus, tu commences vraiment à me perdre. Je croyais que tu voulais une relation amicale, pourquoi évoques-tu l'amour ? Est-ce que tu as également des sentiments pour Rufioh, tout comme Horuss, et c'est pourquoi tu es si nerveux ?"

Cronus se figea. Il ne fut même pas capable de répondre, relisant le message de son ami et sentant quelque chose se tordre en lui, une réalisation qu'il n'était pas bien sûr de vouloir accepter.

Kankri renvoya un autre message : "Je prends ton silence comme une réponse positive. Veux-tu en parler ?"

Le marin se laissa tomber sur une chaise, serrant son téléphone entre ses doigts fébriles : "J'ai toujours admiré Rufioh, pour l'aura qu'il dégageait. Je l'ai aussi toujours envié, pour sa facilité à être aimé des gens. Mais je pense pas être amoureux. Je crois pas être amoureux ? J'en sais rien chef, tu me prends au dépourvu." quelques secondes de réflexions, puis "Je me suis déjà demandé ce que ça pouvait faire de sortir avec lui, je l'ai déjà dragué, mais de là à me dire que je l'aime ?" d'autres secondes de réflexions... et la gorge qui se noue "Oh putain Kank', je crois que je l'aime"

Il pouvait presque imaginer Kankri haussé un sourcil lorsqu'il lui répondit : "Et du coup, est-ce un problème pour ce truc humain que vous testez ? Dans une relation à trois, il est peut-être plus simple pour vous de tous vous aimez, plutôt que deux du trio aime seulement le troisième. Non ? Quoiqu'il est vrai que rien ne prouve que Rufioh te rende tes sentiments, mais auquel cas, est-ce vraiment un problème si vous parvenez au moins à être amis ?"

Cronus se passa une main sur le visage, prenant une inspiration, cherchant à lutter contre le profond malaise qui venait lui serrer le cœur. Il mit quelques instants à répondre : "Je ne sais pas."

Il n'était pas habitué à avoir des relations, de quelque sorte que ce soit.

Le prochain message de Kankri ne le rassura pas vraiment : "Parles en à Rufioh lorsque tu iras le voir, mettez les choses au clair. Ce n'est pas bon que tu gardes ça pour toi. Essaie aussi de mettre Horuss au courant, il est concerné après tout."

Cronus soupira en se déconnectant de l'application. Il adorait Kankri, vraiment, mais son camarade semblait parfois ne pas saisir à quel point c'était dur de simplement... parler.

Il laissa encore quelques minutes s'écouler, le temps que son corps décide de bouger sans être pris de vertiges, et essaya ne de pas s'attarder davantage sur son apparence ou ses sentiments.

Il allait se rendre chez Rufioh, passer un moment aussi agréable que possible, et surtout NE PAS tout foutre en l'air.

C'était l'idée initial, mais alors qu'il laissait ses pas le guider dans la rue, ses pensées continuaient de l'assaillir et de le torturer avec des inquiétudes stupides. Peut-être qu'il aurait dû mettre une autre veste, peut-être qu'il aurait dû prendre une douche avant de partir (quand bien même il en avait pris une hier soir) ou peut-être qu'il aurait dû mettre du parfum ? Non, pas de parfum, il ne le sortait que pendant les grandes occasions, car le produit avait tendance à lui piquer les branchies.

Il soupira, en priant pour que marcher ne le fasse pas suer. Il ne voulait pas arriver chez Rufioh épuisé et trempé. Il devrait demander à Dirk de lui installer un téléporteur chez lui, à l'avenir. Ça serait beaucoup plus simple-

« Cronus ! ~ »

Il se figea net et dû faire tout l'effort du monde pour garder une attitude tranquille, se retourner normalement les mains dans les poches et un sourire cool aux lèvres. Il croisa le regard railleur de Meenah, ainsi que son sourire plein de crocs aiguisés.

« Hey Meenah, quoi de neuf ?

- C'est à moi de demander ça. Tu n'es pas avec Horuss aujourd'hui ? »

Elle s'était rapprochée avec une rapidité surprenante, pénétrant son espace vital avec un tel naturel qu'il n'eut même pas le temps de reculer. Est-ce qu'il avait vraiment le droit de s'en plaindre ? Lui qui cherchait toujours de l'affection, il avait exactement ce genre d'attitude avec tout le monde. Mais dans le cas de Meenah, si elle se rapprochait de lui ainsi, ce n'était pas pour avoir un contact amical mais bien pour le pousser au pied du mur.

Il détestait le pouvoir qu'elle avait sur lui. Il était le premier à dire qu'il n'y avait plus de système de cast, plus d'hemospectrum et donc plus de hiérarchie, mais il était également le premier à se sentir soumis à Meenah Peixes, autrefois sa supérieure directe. Elle avait du pouvoir sur lui, et elle le savait. Même s'il essayait de le dissimuler, même s'il la traitait de la même manière qu'il traitait tous leurs amis, il ne pouvait s'empêcher ce tremblement, cette peur serrer son cœur.

Cronus s'humecta les lèvres, hésita à sortir une cigarette mais se retint, sachant que cela trahirait davantage son malaise. Alors il haussa les épaules et fit un clin d'œil à la jeune femme :

« Horuss à ses propres affaires. On a pas besoin d'être toujours collés ensembles.

- IL n'a pas besoin de te coller. Mais l'inverse n'est pas vrai.

- Je suis parfaitement capable de m'occuper seul chef.

- On sait tous les deux que c'est faux, Cro' ~ Tu es un petit wiggler en manque constant d'attention. La seule chose qui retient de coller ton nouveau jouet, c'est la peur qu'il se lasse de toi. »

Cronus se tendit. Un instant, la main dans sa poche serra son paquet de cigarette. Mais une nouvelle fois il se retint et poussa un soupir dramatiquement exagéré :

« Tu es cruelle ma belle ! Me sous-estimes-tu à ce point ? Je n'ai pas que Horuss dans ma vie.

- Oh oui, c'est vrai, j'avais oublié que tu avais les quadrants bien remplis! »

Un nouveau pique qui lui alla droit dans l'estomac. Il continua sa moue exagérée, son surjeu de drama queen :

« Ah Meenah, serait-ce une manière de me faire savoir que tu es intéressée ? Malheureusement le matesprite est déjà pris, mais j'ai encore de la place pour un moirail ! Ah moins que... Non ? Tu aimerais une romance noire ? »

Elle roula des yeux et ricana :

« Oh non, je ne te déteste pas à ce point ! Mais je suis surtout curieuse de voir combien de temps votre petit manège va durer. »

Cronus fronça les sourcils :

« ... Comme l'a déjà dit Horuss, notre relation ne regarde que nous. »

Elle fit un vague signe de main :

« Oui oui, bien sûr. Votre si belle et si merveilleuse relation tout droit sortie des contes de fées. Dis-moi, Horuss et Rufioh ont rompu depuis combien de temps ? Presque deux semaines maintenant ? C'est vraiment comme dans les fictions hein, les deux protagonistes qui tombent amoureux alors qu'ils n'ont parlé que une ou deux fois~ »

Cronus sentit son masque se fissurer, sa mâchoire se crispant alors que ses oreilles s'agitaient un peu :

« Ce n'est pas comme si nous venions de nous rencontrer, on traîne tous ensemble depuis un moment.

- Tu as raison, notre groupe est uni depuis si longtemps que j'en oublie presque les temps où nous n'étions pas ensemble. Mais attends un peu, depuis tout ce temps, combien de fois Horuss t'a-t-il porté de l'attention? »

Cronus déglutit, voulu répondre mais Meenah le coupa, retrouvant un large sourire :

« Oh oui, c'est vrai ! Zéro ! Non, une fois si on compte votre relation actuelle. Et, comme c'est surprenant, il s'intéresse à toi alors qu'il sort d'une rupture terrible. Mais hey, ça ne doit être qu'une coïncidence.

- J'en ai déjà discuté avec lui. Peut-être qu'il a cherché du réconfort au début, mais je sais qu'il tient à moi!

- Ah oui, il te l'a dit ?

- Bien sûr qu'il me l'a dit ! Et je n'ai aucune raison de douter, il est honnête !

- Et il te l'a dit comme ça ? 'Je tiens à toi' ?

- Oui ! »

Cette fois elle eut un rire, un rire qui rendit Cronus livide et poussa ses oreilles à s'affaisser.

« Ahahah, Cronus, t'es trop mignon ! Je me demande parfois comment quelqu'un de si haut dans l'hemospectrum peut être si naïf !

- ... Il n'y a plus d'hemospectrum.

- Il te dit qu'il 'tient à toi' comme on le dirait à un petit chien qui nous apporte du réconfort. C'est ça, tu es devenu son petit chien ! Quoique non, même à un chien on dirait plutôt 'Je t'aime' ! Alors tu es quoi à ce stade, son plan cul réconfortant ? »

Cronus était muet. Elle avait raison. Elle avait raison, Horuss ne lui avait jamais dit 'Je t'aime'. Pas qu'il ne l'avait pas réalisé avant, mais... ce n'était pas comme si il avait besoin de l'entendre, n'est-ce pas ? Les gestes parlaient d'eux-mêmes. Les câlins, les caresses, les baisers... Ça voulait dire bien plus qu'un simple 'Je t'aime'... n'est-ce pas ?

Cronus se sentit lourd :

« On en est pas encore à là. On ... On se cherche encore dans notre relation.

- Oh, donc vous n'êtes même pas matesprite ! Ahah, je me disais aussi. J'aurai presque un élan de pitié pour toi mais, ah non, je suis déjà rouge pour quelqu'un, quel dommage~ »

Mais Cronus ne trouvait plus ça drôle dû tout, s'il avait été mal à l'aise, il était maintenant complètement sur la défensive et prêt à attaquer :

« Je ne vois même pas en quoi ça te regarde... ! s'agaça-t-il. On prend le temps d'établir une bonne relation, et si ça ne marche pas, qu'elle mal y aura-t-il ?!

- Tu as raison, ce sera juste un autre échec à ajouter à ta liste~ »

Cronus serra les poings, se sentit trembler de rage, oubliant presque sa peur envers la jeune femme :

« Mais c'est quoi ton problème ? Tu ne cherches pas de romance noire mais tu essaies quand même de me pousser à bout ?! »

Il perçut à peine le regard qu'elle lança sur le côté. C'était trop fugace et elle ne tarda pas à lui répondre, avec ce même sourire moqueur :

« J'essaie de voir combien de temps tu vas tenir à jouer ce stupide rôle de beau gosse drama queen. C'est tout le problème des gars comme toi : personne ne veut de toi, tu recherches de la compagnie mais tu ne peux que t'habituer à la solitude, et même si ça fait mal tu sais gérer cette merde car c'est ta zone de confort. »

Elle le saisit brusquement par le col, l'obligeant à se pencher à sa hauteur, et son sourire sembla se transformer en quelque chose de plus sadique :

« Mais tu viens de quitter cette zone de confort, tu te confrontes enfin à une vraie relation, à la chaleur d'avoir quelqu'un avec toi, quelqu'un qui te porte enfin de l'attention... Et j'ai tellement hâte de te voir retourner à ta putain de solitude, froide et misérable, quand Horuss réalisera qu'il n'a plus besoin de toi, quand il parviendra à aller de l'avant et à se trouver quelqu'un qui le mérite vraiment~ Quelqu'un qui ne sera pas un sang violet pathétique à peine capable de faire face à l'héritière qu'il était censé servir durant tant d'années~ »

La rage de Cronus retomba, remplacée par une vague d'impuissance cruelle et étouffante. La main de Meenah ne le lâcha pas, lui tenant toujours le col si fort qu'il en avait mal à la gorge, et il se sentit trop faible, trop tremblant, pour parvenir à se dégager.

Elle rit :

« Mais bon, je suppose qu'on peut au moins te remercier de lui avoir donné confiance en lui. Au moins, cela l'aidera à renouer une relation correcte avec son vrai matesprite. »

Elle regarda à nouveau sur le côté, assez longuement cette fois :

« N'est-ce pas, Rufioh ? »

Le visage de Cronus tomba complètement. Il se retourna avec horreur, pour apercevoir le sang de bronze qui se tenait figé là, depuis probablement assez de temps pour avoir entendu une partie de la conversation.

Son cœur battait plus fort, si fort qu'il avait l'impression qu'on frappait sa cage thoracique à grands coups de poings. Pourquoi ça devait se passer comme ça ? Pourquoi il était toujours si misérable peu importait à quel point il essayait de s'améliorer ? Il ne savait pas ce qui lui faisait le plus mal, ce qui lui donnait envie de prendre la fuite. L'idée de n'être qu'une passe pour Horuss ? Le fait qu'il soit ridiculisé devant Rufioh ? Où cette putain de pensée amère qui était d'accord avec Meenah, qui approuvait tout ce qu'elle avait dit, qui lui tordait les entrailles et lui obstruait les branchies ?

Quant à Rufioh, il ne savait pas comment réagir. Il n'avait même pas prévu d'écouter la conversation en premier lieu. Il était simplement parti à la recherche de Cronus en voyant qu'il prenait du temps et ne répondait pas à ses messages. Et à présent il voyait une Meenah fière et moqueuse, face à un Cronus fébrile et pâle.

La vision lui rappela Beforus, l'hemospectrum, le lien de servitude entre Meenah et Cronus. C'était facile d'oublier leur sang lorsque tout leur groupe s'amusait ensemble. Mais c'était soudain une claque au visage de s'apercevoir que même eux, placé tout en haut de la hiérarchie, était encore coincé dans ce système. C'était terrible d'apercevoir un sang violet, si hautain et fier, être aussi terrorisé que l'aurait été un lowblood.

Rufioh eut la sensation de se prendre une balle en plein cœur lorsqu'il vit Cronus grimacer, détourner la tête, se passer une main sur le visage en étouffant un bruit pathétique, comme s'il pleurait ou qu'il allait pleurer. Ses jambes réagirent d'elles-mêmes, et avant d'en avoir pleinement conscience, il se retrouva proche des deux marins, leva la main...

... et jamais il ne se serait cru capable d'une gifle.

Meenah écarquilla les yeux, reculant d'un pas sous l'impact, la joue rougit par le coup. Cronus sursauta, regarda la jeune femme avec ahurissement, puis Rufioh avec confusion. Et Rufioh... fut figé. Regarda sa main, puis Meenah, puis à nouveau sa main, en essayant d'assimiler ce qu'il venait de faire.

« ... Oh putain... tu as... tu m'as... ? » Meenah ne semblait pas tant avoir mal physiquement, mais le geste en lui-même l'avait profondément choqué.

Rufioh fut parcouru d'une sueur froide. Il ouvrit la bouche, mais le 'désolé' resta coincé dans sa gorge. Parce qu'il n'aimait pas le conflit, mais elle n'avait pas à agir de la sorte. Il ne voulait pas la frapper, mais de quelle droit faisait-elle pleurer Cronus ? De quelle droit le rabaissait-elle au point qu'il ne soit plus que l'ombre de lui-même ? De quelle droit s'était-elle tournée vers lui en pensant qu'il approuverait ?!

Rufioh serra les dents, puis attrapa Cronus dans ses bras et s'envola d'un battement d'aile sans prévenir. Il était énervé... Bon sang, il était vraiment, vraiment énervé, et cela se ressentait à la manière dont il tenait le marin contre lui, comme s'il n'y avait pas une chose plus précieuse en cet instant.

Cronus, qui avait glapit de surprise, s'accrochait à lui par crainte de la hauteur. Il n'avait jamais volé autrement que sur derse, soit par ses propres moyens, et ça remontait à une éternité. Être ainsi dépendant de quelqu'un, alors qu'il se tenait à plusieurs mètres dans le ciel, lui donnait un vertige certain qui le poussa à se blottir contre le plus grand.

Rufioh lui jeta un coup d'œil. Cronus avait-il toujours été si léger ? Si tremblant et vulnérable ? Si petit ? Il avait bien sûr remarqué que le marin était loin d'avoir sa corpulence, mais en cet instant, à le voir tant dévasté dans ses bras, il lui paraissait plus fragile que jamais. Il voulait le serrer plus fort encore, l'embrasser, lui dire que tout irait bien.

C'est ce qu'il fit.

Il se posa devant sa ruche, ouvrit la porte avec son pied, refusant de lâcher le sang violet. Il se rendit dans le salon, se laissa tomber sur le canapé, et lâcha Cronus d'un bras uniquement pour venir lui caresser les cheveux et embrasser sa tempe.

Cronus émit un couinement, les yeux fermés, confus par cette attitude.

« ... tout va bien poupée, souffla Rufioh. Écoute pas cette garce, elle n'en vaut pas la peine. »

Cronus se mordit la lèvre, secoua la tête sans parvenir à parler, car au moindre mot il savait qu'il allait pleurer. Le Nitram fronça les sourcils mais resta doux, passant des cheveux jusqu'à la corne de son compagnon, tirant un frémissement du plus petit.

« ... Horuss ne dit pas 'je t'aime' à tout bout de champ, moi-même j'ai eu du mal à lui en tirer... Mais je t'assure que ses sentiments pour toi sont aussi puissants que ça. »

Il revint lui embrasser le visage :

« ... et ... et moi aussi. Jamais je n'aurais accepté un plan à trois si je ne t'aimais pas. C'est encore maladroit, mais on va bien s'en sortir. On est bien parti. »

Il releva le visage de Cronus et celui-ci rouvrit ses yeux humides et hésitant. Rufioh lui fit un doux sourire :

« On ne te laissera plus tout seul. »

Cronus fut secoué d'un soubresaut, plaquant une main sur sa bouche pour étouffer son sanglot. Mais Rufioh récupéra cette main, lui écartant, laissant sa bouche à découvert. Bouche qu'il vint couvrir de ses lèvres, dans le plus tendre des baisers. Ce fut comme s'il ouvrait la valve, et il s'écarta pour laisser Cronus se mettre à pleurer sans qu'il essaie de se retenir.

Il le berça, accueillit les larmes en silence, continuant d'embrasser et de caresser le corps fébrile contre lui. Si Rufioh était maladroit pour réconforter en public, il ne l'était plus quand il se trouvait dans l'intimité.

Ils restèrent un long moment ainsi, dans le calme de la ruche, d'abord rythmé par les pleures de Cronus, puis par sa respiration haletante quand il se calma, et finalement un silence agréable seulement entrecoupé de leurs souffles plus doux.

« ... tu as giflé Meenah... » murmura finalement Cronus.

Rufioh hocha la tête :

« Ouai... j'ai giflé Meenah... »

Puis, réalisant ce qu'il disait, il en oublia de murmurer, son visage perdant des couleurs :

« Oh putain, j'ai giflé Meenah. »

Et il aurait probablement paniqué devant cette réelle réalisation, s'il n'avait pas eu le rire de Cronus pour l'interrompre. Un rire d'abord contenu, puis qui échappa au contrôle du marin et devint plus fort, plus franc, pour emplir la pièce d'une touche de gaieté qui leur manquait cruellement :

« Ahahah, oui ! Je rêve ! Tu as vu sa tête ? »

Cronus s'était redressé, les yeux rougis mais un grand sourire illuminant son visage :

« Elle était tellement ahurie ! Ahahah ! »

Rufioh sourit, puis rit à son tour :

« Oui. Oui c'est vrai, ahah !

- Elle ne va pas laisser passer ça, tu le sais, hein ?

- Argh, je m'en doute poupée. S'il te plaît, loue mes éloges à mon enterrement. »

Cronus fit un vague geste théâtrale et récita un faux discours larmoyant :

« "Il n'avait peut-être pas grand-chose dans la tête, mais au moins il était beau comme un dieu !" »

Rufioh lui donna un léger coup dans le bras en riant :

« Hey ! Dis tout de suite que je suis stupide !

- Pardon, je reprends ! "Il n'avait que ses animes en tête, ça ne l'empêchait pas d'être un gentil gars !"

- Un problème avec les animes poupées ?

- C'est un truc de nerd~ »

Le sang de bronze fit une moue adorable, et Cronus ne put s'empêcher de sourire face à ça. Mais finalement ce sourire disparu, et il détourna le regard en se massant la nuque :

« ... mais sérieusement ... merci d'être intervenu. Je veux dire... Enfin, j'aurai préféré que tu n'assistes pas à ça, mais je suis content que tu m'ais défendu.

- Tu pensais que je réagirais autrement ?

- C'est que ... oui ? Enfin, je ne pensais pas que tu la giflerais.

- On a tous été surpris. »

Rufioh lui fit un maigre sourire :

« Mon corps a réagi tout seul. J'ai vu l'état dans lequel tu étais et ... et ça m'a mis hors de moi. »

Ils échangèrent un regard, pour finalement réaliser que Cronus était toujours blotti contre lui. Leurs visages se colora d'embarras, et il s'écartèrent en se raclant la gorge, s'asseyant l'un à côté de l'autre.

« ... Donc, hum, oui... tu.. on fait quand même notre séance film ? proposa Rufioh. Ça me donnerait l'occasion de te montrer mes 'animes de nerd'. »

Cronus pouffa :

« Avec plaisir chef. Et qu'est-ce qu'on mange ?

- Je pensais commander Pizza ?

- Tu n'as plus de quoi cuisiner ? Je pensais qu'Horuss avait fait les courses ? »

Le plus grand fit une moue gênée et se passa une main dans les cheveux :

« C'est que... la cuisine et moi, c'est pas une grande histoire d'amour. »

Cronus retint un autre rire. Effectivement, Horuss lui en avait déjà touché deux mots.

Il se leva, retrouvant son sourire charmeur, et servit un clin d'œil à l'hôte :

« Laisse-moi faire chef, je suis un As des fourneaux !

- ... Sérieusement ? s'étonna le bronze en le regardant avec de grands yeux.

- Tu doutes de mon talent ?~ »

Ce n'est pas tant que Rufioh doutait de lui, mais plutôt qu'il ne voyait pas quelqu'un comme Cronus se débrouiller mieux que lui en cuisine. Ça n'allait physiquement pas. Mais il dû reconnaître, en voyant le marin manier les ustensiles avec une telle facilité, qu'il avait eu de terribles préjugés. Bientôt une douce odeur embauma la cuisine et se faufila dans le reste de la ruche, faisant saliver le lowblood qui n'avait définitivement plus envie de pizza.

Cronus leur servit des assiettes, et son hôte n'attendit pas d'être assit pour prendre une première boucher. Le plat était brûlant, mais il s'en moquait, il supportait bien la chaleur et, bon sang, c'était juste trop bon pour qu'il se soucie seulement de la température :

« C'est délicieux ! il cria presque. Merde, aussi bon que la cuisine d'Horuss, je pensais pas ça possible ! »

Il vit Cronus rougir et s'agiter un peu devant son compliment, puis essayer de se reprendre et afficher son air de dragueur. Sa tentative de dissimuler son embarra était adorable, et s'il n'avait pas eu les mains et la bouche pleines, Rufioh serait revenu l'embrasser.

Décidant d'être quand même un bon hôte, il laissa Cronus revenir s'installer dans le canapé pendant que lui-même abandonnait son assiette sur la table, pour partir chercher la télécommande et allumer la télé, se rendant aussitôt sur la plateforme vidéo à la recherche d'un bon anime à faire découvrir.

« Qu'est-ce que tu aimes ? demanda-t-il.

- Mm... Ce que tu veux chef, je n'ai pas de préférence particulière.

- Vraiment ? Y a pas un thème qui te tente, d'ambiance qui t'attire ? »

Cronus hésita un peu, pesant le pour et le contre avant d'avouer, presque comme un secret :

« La magie ... ?

- Ok, quelque chose avec de la magie ...

- Et des armes à feu ?

- Des... armes à feu ? »

Rufioh répéta en regardant Cronus, puis se souvint de l'arme de prédilection de son camarade. Il hocha la tête :

« Okay, je pense avoir un truc, mais tu aimes les choses un peu psychologiques ?

- Ça dépend... Les grandes introspections me mettent un peu mal à l'aise.

- Mm, non là ce serait plutôt quelque chose d'abstrait. Enfin... l'analyse se ferait en amont, et pas directement dans l'anime.

- Et bien, pourquoi pas ? »

Rufioh eut un large sourire en revenant s'assoir :

« Parfait, j'espère que ça te plaira ! »

Il fallait dire qu'il n'avait pas souvent l'occasion de montrer "Puella Magi Madoka Magica" à quelqu'un.

Ils n'avaient pas forcément prévu de tout regarder, mais finalement la saison s'acheva tandis que la soirée débutait. Ils avaient passé l'après-midi dans le canapé, les yeux rivés sur l'écran, Cronus découvrant le show avec de grands yeux avides pendant que Rufioh le redécouvrait avec toujours la même intensité.

Le dernier épisode prit fin, le salon s'emplit de la musique du générique.

Les deux garçons reprirent leur souffle, ayant peiné à respirer au fil du visionnage.

« ... Alors poupée ? » interrogea Rufioh en se tournant... avant de se figer.

Cronus se passait une main sur le visage, essuyant ses yeux humides qui laissaient échapper quelques larmes. Il paraissait complètement bouleversé :

« ... Je ... Je sais pas quoi dire. Whoua. Juste... Whoua. »

Le marin s'humecta les lèvres, remettant ses pensées en ordre :

« C'était ... Incroyable. Ça commence si simplement, et ça tourne de cette manière et ... incroyable. Pendant tout ce temps on a l'espoir que ça s'améliorer, et le show arrive juste à nous plonger dans un tel désespoir. Il joue avec les codes pour nous faire espérer le meilleur et finalement on ne reçoit que le pire, et la tension monte, et monte et... Merde, ce n'est même pas une fin heureuse, si ? Je n'arrive pas à le voir comme une fin heureuse, j'ai juste tellement envie de pleurer, s'en est asphyxiant. »

Rufioh en fut ahuris :

« ... Whoua, Cro' ... c'est profond. »

Le marin fit la moue et lui donna un petit coup de coude :

« C'est toi qui m'a dit que c'était psychologique ! »

Il reprit une grande inspiration en se laissant aller contre le dossier du canapé :

« ... J'ai juste besoin d'un instant.

- Bien sûr, prends ton temps. »

Rufioh ne pensait pas le chambouler à ce point, même si lui-même avait été dans cet état la première fois. Il vint doucement caresser l'oreille du marin, évitant le point trop sensible et se contentant de caresser tranquillement pour l'aider à se calmer.

Cronus ferma les yeux en le laissant faire, son corps se détendant petit à petit.

« ... c'était génial. » conclut-il finalement.

Rufioh se sentit sourire :

« Vraiment ? Ça t'a plût ?

- Ouai, pour sûr ! L'histoire, l'ambiance, l'animation ... C'était incroyable. J'ai adoré l'expérience.

- Faudra se refaire ça, poupée ! Y a tellement d'animes géniaux ! »

Cronus rouvrit un œil et lui rendit son sourire :

« Avec plaisir ! »

Et Rufioh était heureux, heureux de pouvoir partager sa passion avec quelqu'un qui y portait un vrai intérêt.

Cette constatation le frappa. Il était clair que Horuss n'avait jamais partagé ses centres d'intérêts, même en essayant... Mais pouvait-il l'en blâmer, alors que lui-même ne s'intéressait que peu à ce qu'il faisait ?


La soirée était bien avancée lorsqu'Horuss reçut un message de Cronus, qui lui faisait un petit résumé de sa journée. Il était heureux d'apprendre que Rufioh et lui ce soit vu et aient passé un bon moment ensemble. C'était encourageant pour la suite de leur relation.

Il répondit joyeusement, lui disant qu'il était fier d'eux et qu'ils ne devaient pas hésiter à se refaire ça si ça leur plaisait. Savoir que ses deux hommes pouvaient partager des centres d'intérêts lui insufflait une douce chaleur. Il aurait pu être jaloux - il l'était peut-être un peu au fond - mais il préférait se réjouir.

Le Zahhak était alors dans son atelier, ayant travaillé sur un projet ... toute la journée en fait, au vu de son ventre qui gargouilla. Il avait oublié de manger, trop obnubilé par son travail. Cependant il ne se sentait pas de cuisiner. Il soupira, retira son couvre-chef, laissant sa tête respirer un peu. Il attrapa une serviette pour s'essuyer les mains et le visage en sueur, avant de se lever et prendre le temps de s'étirer.

Il allait s'efforcer de prendre une douche et manger au moins un peu. Il n'était pas bon de se négliger sous prétexte d'être fatigué. Alors il quitta l'atelier, téléphone en main, pour continuer d'envoyer quelques messages à Cronus, bien que l'heure lui indiquait que son compagnon allait bientôt se coucher. C'était l'une des choses surprenantes qu'il avait appris de Cronus : le marin se couchait tôt, bien plus tôt qu'il ne l'aurait pensé du moins. Il ne dépassait jamais minuit.

Horuss songea qu'il devrait l'imiter, ne serait-ce que pour faire disparaître les cernes conséquentes de son visage.

Il allait entrer dans la salle de bain quand il reçut un autre message, de Rufioh cette fois-ci. Surpris, stupéfait même, il ouvrit la conversation : "Hey poupée, comment ça va ?"

Horuss eut du mal à ne pas écarquiller les yeux. Il n'était pas habitué à ce que le sang de bronze engage la discussion, encore moins avec une question si banale, comme s'il se souciait de lui -il le faisait probablement, mais Horuss était sceptique. Cependant il répondit normalement : "Bonsoir Ruf', tout va bien, j'ai fini de travailler pour aujourd'hui. Et toi ? J'ai cru comprendre que vous aviez passé un bon moment avec Cronus ?"

Il était en train de se déshabiller quand Rufioh répondit : "Ouai, c'était génial, j'ai même découvert qu'il savait cuisiner! C'était super bon !" L'enthousiasme du Nitram le fit sourire, même si une nouvelle fois il sentit un pincement au cœur. Lui aussi savait cuisiner, et fut une époque Rufioh le complimentait là-dessus. Néanmoins il reçut un autre message de son compagnon : "Mais tu as bossé jusqu'à cette heure ? Tu ne te surmènes pas, hein ?"

Son inquiétude était presque touchante, mais Horuss avait l'habitude. Ce n'était pas la première fois qu'il se lançait dans une séance intensive sans voir le temps passer : "Tout va bien, je vais me laver et peut-être commander quelque chose à manger. Bien qu'après réflexion, je ne sais pas si ça livre encore à cette heure-ci ?"

Il avait fini de se déshabiller lorsque son petit ami proposa : "Certains restaurants Troll le font. Je pourrais peut-être prendre quelque chose sur la route et te rejoindre ? On pourrait manger ensemble ?"

Horuss resta muet, complètement pris de court. Quoi ? Il dû relire le message. Depuis combien de temps Rufioh ne lui avait plus fait une telle proposition ? Il paniqua presque que le Nitram retire sa demande, que son manque d'assurance habituelle ne le pousse à dire 'Non, oublie ça, désolé'. Alors il envoya précipitamment : "Bien sûr, oui, ce serait génial !"

Son visage avait pris une douce teinte bleue tandis que Rufioh répondait par un smiley souriant et un : "Super poupée, une envie particulière ?"

Le Zahhak se sentait gagner par un sourire béat, presque ému, alors qu'il retombait dans une douce nostalgie, ayant la sensation de retourner au début de sa relation avec le Nitram : "Rien de trop épicé, autrement je suis ouvert à tout"

Un autre smiley de Rufioh, cette fois un pouce en l'air suivi d'un "A tout de suite", et Horuss prit sa douche le cœur léger, ayant l'impression de flotter sur un petit nuage.

Il hésita un peu à s'habiller, mais opta finalement pour une tenue décontractée. Quelque chose qui pouvait se porter à l'extérieur, mais qui ne serait pas trop gênant pour dormir avec.

Il était en train de se sécher les cheveux quand on sonna, et il abandonna ce qu'il tenait pour aller ouvrir, ce malgré ses mèches encore un peu humides. Il fut accueilli par le sourire chaleureux de Rufioh, ainsi que le sac qu'il leva devant lui fièrement, une douce odeur s'en dégageant :

« Le coursier est arrivé ! »

C'était adorable de le voir rougir malgré sa tentative de paraître confiant, et Horuss ne put que sourire tendrement en le laissant entrer :

« Bienvenue. »

Rufioh entra, retirant ses chaussures dans l'entrée, puis ils se regardèrent de longues secondes... Et la gêne, qu'ils expérimentaient ces derniers jours, revint. Quand ils allaient chez l'un ou l'autre, ils avaient pris l'habitude de s'embrasser. Mais alors que leur relation s'effritait, les baisers étaient devenus fugaces et sans vie, un geste quotidien fait davantage par réflexe ou obligation que par réelle envie.

Étaient-ils censés s'embrasser maintenant ?

Rufioh prit la décision : il se pencha, mais au lieu d'un habituel baiser sur les lèvres, il l'embrassa tendrement sur la joue.

L'un comme l'autre rougit de plus belle. Pourquoi un baiser si innocent les embarrassait autant, là où ils avaient déjà expérimenté des choses bien plus chaudes ?

« H-Hum... Je nous installe dans la cuisine ? » demanda timidement le Nitram.

Encore une fois surpris, Horuss hocha la tête et laissa son compagnon mettre la table, pendant qu'il allait ranger le sèche-cheveux abandonné plus tôt. Mais qu'est-ce qu'il se passait ce soir ? Bien sûr, il avait remarqué que Rufioh essayait de faire des efforts, mais il s'attendait à de petits changements au fur et à mesure. Son compagnon lui proposait toujours de manger chez lui, devant la télé. Et ce soir il venait chez le Zahhak et acceptait un repas en tête à tête sans écran ?

C'était déroutant, un contraste avec leurs anciennes habitudes... et Horuss espérait sincèrement que ça allait durer, qu'ils n'allaient pas retomber dans leur vieille routine d'ici quelques semaines. Il aimait la manière dont leur relation changeait.

Il rejoignit Rufioh et son ventre émit un autre bruit à la vue de la nourriture. Il avait vraiment, terriblement faim. Il perçut le sourire amusé du Nitram et cela le fit rire, loin d'être gêné de se montrer affamé. Ils commencèrent à manger tranquillement, dans un silence confortable d'abord. Mais peut-être pas assez confortable pour Rufioh, qui se racla la gorge et demanda, avec un peu d'hésitation :

« Donc, du coup, sur quoi tu travaillais aujourd'hui ? »

Horuss l'observa, en se demandant une nouvelle fois s'il ne rêvait pas, si son compagnon essayait vraiment de s'intéresser à son projet. Il avala sa bouchée et chercha ses mots :

« Eh bien, j'essaie de développer un prototype d'oreillettes avant de rendre l'ouïe à Meulin.

- Quoi, vraiment ? C'est possible ?

- Tout est possible si l'on s'y prend de la bonne manière. Je partage mon avancée avec Equius qui mène ses propres recherches de son côté, ainsi qu'avec Dirk. Savais-tu que les humains sont bien plus avancés que nous de ce côté-ci ? Ils ont déjà mis au point l'implant cochléaire, mais je pense qu'il y a moyen de l'améliorer de façon drastique, et puis surtout il faut l'adapter aux Trolls, notre métabolisme n'étant pas le même que celui humain. »

Rufioh tenta de suivre, hochant la tête au fil des mots avant de finalement grimacer un peu. Horuss retint un soupir et reprit une bouchée, songeant qu'il aurait peut-être dû faire plus simple, ou bien raccourcir l'explication... Au moins ils avaient essayé, n'est-ce pas ?

« ... pardon poupée, mais c'est quoi 'cochléaire' ? »

Horuss le regarda avec stupeur. Non pas parce qu'il ne connaissait pas le mot, mais parce qu'il avait osé lui demander. Rufioh Nitram, qui n'osait pas déranger autrui et gardait ses questions, avait osé lui demander la définition. Cette fois, le Zahhak ne put se retenir, abordant un immense sourire, peut-être plus grand encore que celui qu'il se forçait à avoir autrefois :

« Eh bien, grossièrement résumé, c'est une oreille artificielle. Elle permet de capter les sons et de les transformer pour les envoyer aux nerfs auditifs ! »

Bon, il avait encore besoin de travailler le sujet et allait éviter de trop tergiverser dessus car il n'en connaissait pas encore tous les détails et craignait de dire des bêtises, mais il était ravi de pouvoir expliquer ses connaissances et de recevoir une réelle attention.

Rufioh, lui, l'écoutait sagement, et ses ailes frétillantes trahissaient son excitation, heureux d'apercevoir le Zahhak lui sourire si sincèrement. Dire qu'il aurait suffi de faire quelques efforts par le passé, pour voir ce sourire plus tôt. Mais il avait fallu qu'il soit un idiot incapable de montrer son intérêt.

Ce n'était pas le moment de se blâmer, il avait décidé de changer et d'être meilleur pour Horuss, et il comptait tenir cette résolution !

Ils continuèrent de discuter des projets de Horuss, Rufioh portant autant d'attention qu'il le pouvait, et en échange le Zahhak posa des questions sur sa journée, sur l'anime qu'il avait regardé avec Cronus, si c'était bien et si, potentiellement, ça pourrait lui plaire. Ils vinrent à la conclusion que, si Horuss aimait bien avoir des réflexions sur les œuvres, il n'était pas pour autant attiré par le côté 'magique'.

« En vrai, au lieu de te montrer des animes, je devrais directement te montrer des analyses dessus ! proposa Rufioh.

- Des analyses ?

- Plein de gens analysent et émettent des théories sur les œuvres, c'est super intéressant, surtout quand ladite œuvre est abstraite. Souvent ça met plein de choses en évidence, et quand tu regardes l'œuvre à nouveau tu as l'impression de la redécouvrir d'une autre manière.

- Oh, ça pourrait être intéressant ! »

C'était au tour de Rufioh de sourire, trop heureux qu'ils tombent d'accord.

Alors qu'ils débarrassaient la table, Horuss reprit la parole :

« Il est vraiment tard. Est-ce que tu veux rester pour la nuit ? »

Rufioh rougit :

« ... Si je dérange pas... Je veux dire, oui, avec plaisir ! »

Le Zahhak sourit, et cette fois c'est lui qui vint l'embrasser sur la joue.

Ils gagnèrent la salle de bain. Rufioh ne sut quoi dire en voyant que son compagnon avait gardé sa brosse à dent, oubliée malencontreusement avant leur brève rupture. Il aurait cru qu'Horuss l'aurait jeté. Horuss lui-même sembla embarrassé de l'avoir gardé, comme si cette possession avouait qu'il n'avait pas bien accepté la rupture, qu'il était encore trop attaché au sang de bronze pour complètement l'accepter.

Une fois leur toilette achevée, ils se rendirent dans la chambre et l'hôte s'allongea en poussant un soupir bienheureux, accueillant le confort du lit avec un plaisir mal dissimulé. Rufioh sourit et le rejoignit, s'allongeant à ses côtés en prenant garde à ses ailes. Ils ne se touchaient pas, mais échangèrent un regard doux.

« ... Ça me fait du bien que tu sois là ... » avoua Horuss.

Le visage de Rufioh reprit une jolie teinte bronze :

« ... Moi aussi. Je suis content d'être à tes côtés. »

Ils hésitèrent encore un peu. L'intimité de la chambre apportait toujours quelque chose d'étrange à l'ambiance. Horuss s'osa à se rapprocher un peu, Rufioh ouvrit les bras comme une invitation, et ils se blottirent l'un contre l'autre, retrouvant cette étreinte qui leur avait tant manqué.

« Ruf' ?

- Oui poupée ?

- J'ai beaucoup réfléchi à ce que tu as dit. Au sujet de ton sang et de tes ailes. »

Le Nitram se crispa un peu, mais resta attentif.

« ... Tu as raison, j'estime que je n'ai pas eu la vie facile, mais je sais que mes problèmes ne sont rien par rapport aux tiens. Je suis désolé de ne jamais l'avoir compris. Tout le monde t'aime, et tu as conscience de ça, alors je pensais que tu t'aimais également, que tu ne te considérais pas comme une 'erreur'. »

Horuss l'embrassa dans le cou :

« ... Tu n'es pas une erreur. Aucun troll n'en est une. Encore moins maintenant qu'il n'y a plus de hiérarchie. »

Il le regarda dans les yeux, sourcils froncés :

« Et si j'entends quelqu'un soutenir l'inverse, je l'explose. »

Rufioh ouvrit de grands yeux, pour ensuite pouffer et craquer, venant à rire à gorge déployée. Il posa son front contre celui du Zahhak, rougissant et ses oreilles remuant joyeusement :

« Ahah... C'est plutôt agréable de se savoir protéger~

- Je te protégerais toujours. »

Horuss posa avec délicatesse sa bouche contre la sienne, sans appuyer, souhaitant un simple contact. Puis contre ses lèvres, il murmura avec tendresse :

« Je t'aime. »

Rufioh en fut bégayant, se sentant complètement fondre :

« M-Moi aussi je t'aime... de tout mon cœur ! »

Horuss rigola, attendrit.

Si Rufioh trouva ça adorable, il manqua pourtant de bondir en se rappelant de Cronus :

« Ah ! Tu devras le dire à Cro' également !

- Quoi ? Pourquoi ? »

Le Zahhak n'était pas bien sûr de saisir pourquoi il lui faisait une telle demande, comme si c'était une urgence, et son compagnon parût anxieux :

« Aujourd'hui je l'ai surpris avec Meenah. Elle lui disait des choses affreuses. Notamment qu'il n'était qu'une passe pour toi, que tu ne tarderais pas à le jeter pour revenir vers moi. »

Horuss se redressa brutalement :

« QUOI ?!

- Du calme poupée, j'ai géré ça... J'ai pris Cronus avec moi et je l'ai rassuré comme je pouvais. Mais je pense que ça lui ferait vraiment du bien d'entendre un 'je t'aime' ? Il a l'air très porté sur les mots. »

Le visage de l'hôte s'était durcit :

« ... il ne m'a rien dit de cette interaction.

- Il ne voulait probablement pas t'inquiéter.

- Je suis censé être là pour lui ! On est censé tout se dire! »

Rufioh se redressa à son tour pour prendre son visage en coupe et lui caresser doucement les joues :

« Horuss, bébé, du calme. On a passé un bon aprèm lui et moi. Donc il a simplement dû passer à autre chose et oublier de t'en parler. Ce n'est pas grave. »

Il lui sourit :

« Il faut savoir communiquer, c'est vrai, mais ce n'est pas pour autant qu'on va tous se faire un bilan de nos journées, hein ? »

Le Zahhak soupira piteusement :

« ... oui, tu as raison. »

Il ferma les yeux, profitant des caresses sur ses joues, tandis que Rufioh appréciait de le voir se détendre. Ses ailes frétillèrent quand il eut une idée :

« Et si je te faisais un massage ?

- U-Un massage ? »

Rufioh hocha la tête :

« Oui ! Après toute une journée de travail, ça te ferait du bien !

- ... Je suppose que c'est acceptable, oui ? »

Le Nitram l'invita à s'allonger sur le ventre, et il vint s'assoir sur lui en veillant à ne pas mettre tout son poids -même s'il savait que le Zahhak était apte à le soutenir. Il laissa ses mains courir sur son dos, songeant qu'il aurait peut-être dû d'abord retirer son t-shirt, mais finalement ce n'était pas si grave. Il empoigna ses épaules tendues et mit la force nécessaire pour dénouer les nœuds. Il savait qu'avec Horuss, les messages n'avaient pas à être délicat.

« Ah... oui...juste comme ça... » souffla doucement le sang bleu, les yeux fermés.

Rufioh se débrouillait plutôt bien pour les massages et, pendant qu'il prenait le temps de s'occuper de son amant, il se demanda si Cronus n'en aurait pas aussi besoin d'un. Il devrait songer à lui proposer, la prochaine fois qu'il le verrait.

Une autre idée lui vint :

« ... Tu te rappelles de notre premier rendez-vous ? »

Il sentit la surprise de Horuss :

« Le pique-nique en haut de la colline ? Lorsqu'il y a eu la pluie d'étoiles filantes ?

- Celui-là même.

- Bien sûr que je m'en souviens. C'était merveilleux. Ahah, tu étais tout rougissant lorsque tu me l'avais proposé.

- Hey, ne te moque pas poupée, les 'vraies' sorties c'est pas mon truc, j'ai vraiment cru me ridiculiser ce jour-là.

- Tu ne l'as pas fait. Tu étais adorable, j'en garde un très bon souvenir. »

Rufioh arrêta un instant son massage sous l'embarras, puis reprit comme si de rien était, remerciant le ciel que Horuss ne le regarde pas, autrement il n'aurait vraiment pas assumer son visage empourpré.

« Bon, et bien, je me disais... il n'y aura pas de pluie d'étoiles filantes, mais un pique tous les trois, avec Cronus, ça pourrait être sympa.

- Mais oui, très bonne idée ! »

Enthousiaste, Horuss tendit la main pour attraper son téléphone :

« Je vais lui proposer, quand veux-tu faire ça ?

- Oh, et bien, quand on sera libre tous les trois. Demandes lui ses disponibilités. »

Il regarda le sang bleu envoyer le message, avant de se tendre quand son amant s'adressa à nouveau à lui, un petit sourire au coin :

« Vous vous entendez bien tous les deux.

- C'est vrai.

- J'en suis heureux, j'avais peur que ça se passe mal.

- Oh, eu... pourquoi ? »

Horuss se rallongea un peu mieux pour que Rufioh continue le massage, tout en cherchant ses mots :

« ... Comment dire... Tout d'abord parce que j'ai entamé une relation avec lui. Tu aurais pu mal le prendre. Et puis... on ne va pas se mentir, toi et moi ne l'avons jamais grandement apprécié. Par le passé, nous avons tous deux fui ses avances. Et aujourd'hui nous avons une relation à trois. »

Rufioh hésita, avant de soupirer :

« ... si je peux être honnête ... je ne l'ai pas fui car il était dragueur. J'aime qu'on flirt avec moi, ça fait du bien à mon ego.

- ... alors pourquoi ?

- ... parce qu'il me rappelle moi. »

Horuss tourna légèrement la tête pour lui jeter un coup d'œil. Rufioh détourna le regard :

« ... C'est ... une conversation que je ne me sens pas d'avoir. Pas tout de suite.

- ... tu préférais l'avoir en présence de Cronus ? »

Le sang de bronze hésita : le voulait-il ? En réalité, il aurait préféré faire taire ce sujet mais...

« ... ouai. Ouai, on pourrait en parler au rendez-vous ?

- Bien sûr. »

Horuss prit doucement une de ses mains et entrelaça leurs doigts :

« Tu peux tout nous dire Ruf'.

- Je sais poupée. Et c'est réciproque.

- Je sais. »

Il hésita encore :

« Horuss ?

- Oui ?

- Je t'aime. »

Le Zahhak eut un rire tendre :

« Je t'aime aussi. »


Cronus se tritura les doigts nerveusement. Il s'observa dans le miroir, lissa sa veste, ses cheveux, se mordilla la lèvre et regarda son maquillage, en se retenant néanmoins d'en rajouter. Il avait mis juste ce qu'il fallait pour mettre ses atouts en valeurs sans se dénaturer. Il voulait être aussi naturel que possible, même si cela lui était difficile.

Il inspira, vérifia l'heure pour la énième fois. Horuss et Rufioh n'allaient pas tarder à passer le chercher. Ils avaient organisé un rendez-vous pour ce soir, et ils avaient bien dit 'rendez-vous'. Ils ne lui avaient rien dit d'autres, pas de détails supplémentaires, rien qui pouvait trahir ce qu'ils allaient faire. Ils lui avaient juste dit qu'ils passeraient la soirée ensemble et qu'ils viendraient le prendre à une heure définie.

Et à présent Cronus mourrait d'appréhension. Est-ce qu'il s'était habillé correctement pour l'occasion ? Et s'ils l'emmenaient dans un lieu où sa tenue n'était pas adéquate ? Et s'il ne prenait pas un objet dont il avait besoin ? On ne lui avait rien dit d'emmener de spécifique mais ...

La sonnerie interrompit ses pensées et il se précipita sans réfléchir dans le hall pour ouvrir. Il essaya de reprendre son visage composé de son regard charmeur et son sourire au coin, mais il craignait que son anxiété ne se fasse sentir de trop.

Autant dire que son visage ne tint pas un instant, laissant place à une profonde stupeur quand il tomba nez à nez avec un bouquet de fleurs plus grand que sa tête, tenu par ses deux amants comme s'ils avaient prévu d'avance cette petite surprise -et ils l'avaient probablement fait.

« Bonsoir Cro' ! salua tendrement Horuss.

- Prêt à te faire kidnapper poupée ? » ajouta Rufioh avec un clin d'œil.

Cronus cligna des yeux, s'empourprant, ses mains prenant timidement le bouquet :

« Je ... Oui ! »

Il se racla la gorge et tenta de se reprendre, mais son sourire dragueur ressembla plutôt à une moue confuse :

« Toujours prêt à passer une bonne soirée, bien sûr. Vous allez avoir la chance d'être en ma compagnie~ »

Il vit les deux autres retenir un rire et cela le fit rougir davantage. Horuss vint l'embrasser sur la joue, et visiblement il se retenait de faire plus :

« Une très bonne compagnie. Tu es magnifique. »

Oh merde. Un compliment si soudain et sincère. Le cœur de Cronus manqua un battement, et quand Rufioh passa un bras autour de sa taille cela n'arrangea rien.

« Allons-y poupée, j'ai hâte d'avoir ton avis sur le lieu de notre soirée ! »

Le marin se laissa entraîner, se retrouvant un peu dépassé en étant ainsi entouré de ses deux compagnons, qui le tenaient si intimement comme si ce fut la chose la plus normale du monde. C'était grisant d'avoir la sensation qu'ils étaient possessifs avec lui, qu'ils voulaient le garder auprès d'eux. Grisant et un peu trop beau, Cronus craignait presque que tout ceci ne soit qu'une mascarade.

« Est-ce que je peux avoir un indice d'où on va ? » demanda-t-il finalement, davantage pour couper le silence que par réelle curiosité.

Horuss pouffa :

« Non non, c'est une surprise totale.

- Oh, allez Horse, juste un petit indice ! Un mot, une lettre... un mime !

- Ahah, non, en plus je suis mauvais pour mimer. »

Cronus fit une moue exagérée et se tourna vers Rufioh. Le sang de bronze eut un mouvement de recul en levant innocemment les mains :

« Ah, je dirais rien non plus, je risquerais de me faire taper ! »

Horuss roula des yeux, un sourire taquin aux lèvres :

« Voyons Ruf', je ne te frapperais jamais, j'ai bien d'autres moyens de te punir~ »

Rufioh s'empourpra à l'allusion et détourna le regard, embarrassé. Cronus sentit que son visage brûlait également, mais il préféra rebondir sur l'insinuation de manière malicieuse :

« J'aimerai bien voir ça~ »

Le Zahhak pouffa :

« Qui sait, peut-être ce soir... ?

- Hey ! » s'outra Rufioh en rougissant encore plus.

Ils rirent, mais malgré leur échange, Cronus ne perdait pas de vue la route. Il s'étonna en voyant qu'ils se dirigeaient vers la forêt et se retint de dire quoique ce soit, bien que la curiosité se faisait de plus en plus grande au fil des minutes. Ils s'enfonçaient entre les arbres, d'abord en suivant les chemins, puis en s'éloignant des routes naturelles pour se faufiler dans les broussailles et les sols couverts de feuilles.

Cronus eut une légère grimace et ne put s'empêcher de se plaindre un peu :

« Si j'avais su, j'aurais mis un autre jean… »

Il pensait que le blanc le mettrait en valeur, mais c'était surtout un choix trop salissant pour ce soir. Rufioh lui fit un sourire désolé :

« Pardon poupée, on aurait peut-être dû te mettre en garde. »

Comment Cronus pouvait-il être en colère quand on le regardait comme ça ? Il reprit une mine confiante :

« C'est bon, c'est juste un vêtement, je le laverai en rentrant. »

La route dura encore un peu, et plus ils avançaient, plus Horuss et Rufioh se faisaient silencieux. Ils paraissaient impatients, très impatient, et cela commençait à atteindre le sang violet. Ils allaient bientôt arriver, c'était certain, et ses deux compagnons guettaient le moment où il allait découvrir l'endroit.

Sa réaction fut immédiate. Cronus sentit deux mains au creux de son dos le pousser en avant, avec légèreté, seulement pour le faire passer en premier. Il dépassa les buissons, comme s'ils avaient été placés là exprès pour donner un effet de rideaux. Et lorsque le rideau tombe, la scène apparait. Cette scène, où allait se dérouler leur rendez-vous, était une petite clairière pleine de verdure, entourés d'arbres massifs qui s'apparentaient à une barrière, comme si le lieu avait été spécialement conçu pour conserver l'intimité des couples. Le ciel était dégagé, donnait sur le champ d'étoile qui surplombait la planète et qui illuminait l'endroit d'une clarté naturelle.

Cronus resta planté sur place, à observer l'endroit et à s'imprégner de sa tranquillité, pendant que les mains de ses amants se tenaient toujours dans son dos.

« Alors ? chuchota Horuss. Qu'en penses-tu ? »

Cronus frémit, le sang bleu c'était penché à son oreille. Il sourit, parlant aussi doucement que lui :

« C'est parfait, encore mieux que ce que je pouvais imaginer ! »

Il était honnête, ses oreilles en étaient la preuve vue la manière dont elles s'agitaient gaiement. Ses compagnons en furent satisfaits et l'invitèrent à s'avancer davantage. Ils sortirent de leur sylladex de quoi faire un pique-nique, installant d'abord une grande nappe sur laquelle s'assoir puis déposant ce qu'ils avaient cuisiner -en fait, Cronus était intimement sûr qu'Horuss avait été le seul à cuisiner, mais il ne le mentionna pas.

Le marin était embarrassé d'être ainsi entretenu, regrettant de n'avoir vraiment rien emmené, mais d'un autre côté il se sentait choyer et cela le rendait brûlant. Il dévorait du regard les deux autres qui prenaient soin de tout installer correctement, et la vision était tout simplement trop mignonne pour ne pas qu'il en savoure chaque détail. Les sourires un peu nerveux, les ailes frémissantes de Rufioh, la manie de Horuss à toujours remettre une mèche de cheveux en place.

Cronus se mordilla la lèvre en notant comme tout cela paraissait romancer. Il avait l'impression qu'on l'avait plongé dans un roman à l'eau de rose et, encore une fois, cela lui provoqua un mélange étrange entre la joie et la crainte, comme si on avait mis en scène ce rendez-vous seulement pour lui dire que c'était faux, ou bien qu'on essayait de lui faire baisser sa garde pour mieux lui dire « en fait on ne veut pas de toi, mais on peut rester ami ! »

Il déglutit et détourna le regard, se passa une dans les cheveux en espérant se détendre. Mais c'était trop tard, les mots de Meenah lui revenaient en pleine figure, lui rappelait une nouvelle fois qu'il n'était pas censé être là, il n'était pas censé profiter de ce moment. Mais était-ce trop égoïste de vouloir profiter de ce rendez-vous sans devoir s'inquiéter sans cesse ?

« Hey poupée, détends-toi, on va pas te manger ! » vint le rassurer Rufioh en le voyant si tendu.

Cronus lui fit un sourire maladroit :

« Je sais, je sais. C'est juste difficile d'être calme quand on est en présence de deux beaux garçons ! »

Il lui fit un clin d'œil pour se montrer assurer. Au moins cela eut le mérite de faire rougir Rufioh, même si à côté Horuss eut un regard plus sceptique. Le sang de bronze soupira et essaya de dissimuler sa gêne, avant de se redresser seulement pour se faufiler derrière Cronus :

« Eh bien, que dirais-tu si l'un des 'beaux garçons' venait te faire un massage ? »

Le marin cligna des yeux, surpris :

« Massage ? Eu, si tu veux chef ?

-Tu vas voir, c'est bien l'une des rares choses que je maîtrise à la perfection !

- Oh, ne sois pas modeste, je t'ai déjà vu faire tout un tas d'activités avec talent !

- Et bien les massages sont ma botte secrète, retire ta veste~ »

Cronus pouffa et s'exécuta. L'air était bon, il ne craignait pas de prendre froid, et malgré son t-shirt il sentit les mains chaudes de Rufioh au travers du tissu, ce qui le fit frémir un instant. Il soupira d'aise dès les premiers mouvements, ses oreilles s'affaissant en même temps que ses épaules.

« Oh merde...~ »

Il gémit presque, les yeux fermés. Rufioh avait raison, il avait un doigté naturel pour les massages. Il était parvenu à trouver les mouvements et la pression qui convenaient à Cronus en quelques secondes à peine.

« Putain... je comprends que Damara s'entête, je tuerai pour avoir un copain aussi doué. »

Il avait soufflé sans vraiment réfléchir, avant de se figer net et rouvrir précipitamment les yeux, regardant Horuss avec une panique qu'il n'avait pas maîtrisé :

« Je veux dire, enfin, ce n'est pas ce que je veux dire ! »

Horuss lui lança un regard un peu étrange, qu'il dissimula rapidement derrière un sourire alors qu'il s'approchait et prenait un baiser au marin :

« Mais Cro', tu AS un copain aussi doué. »

Cronus lui lança un regard un peu confus. Horuss était-il doué en massage lui aussi ? Oh attendez non, il parlait de Rufioh, n'est-ce pas ? Parce qu'en tant que threesome, Rufioh était théoriquement son copain à lui aussi.

« Eu... Oui, oui bien sûr... » répondit-il avec un peu moins d'assurance qu'il l'aurait souhaité.

Pourtant il glapit quand le sang de bronze glissa son visage dans sa nuque, venant lui déposer quelques baisers sur son cou et ses branchies :

« Je vais être vexé si tu m'oublies si vite.

- N-Non, pardon chef. »

Il sentait son visage devenir mauve, mais les baisers étaient si doux qu'il pencha un peu la tête, pour laisser une plus grande zone de manœuvre. Il sentait les mains dans son dos continuer leur travail, dénouer ses épaules et descendre lentement le long de sa colonne. Il frissonna quand elles atteignirent le bas de son dos, et que Rufioh cessa de le masser pour venir lui attraper les hanches.

Cronus en était chamboulé, il ne parvenait toujours pas à accueillir les contacts physiques comme une chose naturelle. Les yeux mi-clos, il percevait à quel point son souffle était fébrile et il espérait ne pas se montrer trop ridicule avec son inexpérience évidente.

Rufioh continuait de l'embrasser là où sa peau était à découvert, tirait même un peu sur le t-shirt pour déposer ses lèvres sur sa clavicule.

« Hey poupée, tu te sens d'enlever le haut ? »

Cronus déglutit, ses nageoires s'agitant un peu. Il s'était déjà déshabillé devant Horuss, jamais devant Rufioh. Et si le sang de bronze se trouvait déçu de ce qu'il voyait ? Qu'il décidait de faire marche arrière ? Il essaya de chasser ses pensées stupides, ce n'était pas comme si se mettre torse-nu était quelque chose d'incroyable en soit, et puis il n'était pas si mal après tout, non ?

Rufioh vint lui tourner la tête pour lui embrasser les lèvres :

« Ne te force pas, j'ai juste envie de toucher la moindre parcelle de ta peau. »

Il l'embrassa sur la joue :

« Horuss a raison, tu es magnifique. »

Cronus s'empourpra plus fort, comme si son visage n'était pas déjà assez brûlant. Ça ne l'aida pas qu'Horuss vienne se glisser entre ses jambes et les effleurer, pour remonter jusqu'à ses cuisses et les caresser à l'intérieur.

« E-Est-ce que vous avez passé un accord pour me rendre dingue... ? » gémit Cronus, à moitié sérieux.

Le Zahhak eut un rire bienveillant tout en continuant ses caresses :

« Qui sait ? On veut te faire savoir à quel point on t'aime, mais si quelque chose ne te plaît pas on arrêtera. »

Cronus rouvrit les yeux, la bouche ouverte, stupéfait. Il fixa Horuss intensément, comme s'il hallucinait, qu'il l'examinait et essayait de comprendre ses mots. Ses oreilles palpitaient, trahissaient comme à leur habitude son trouble, et cela inquiéta suffisamment le sang bleu pour qu'il arrête ses gestes :

« Cro' ? Tu veux qu'on arrête ?

- ... Non... Non, c'est pas ça. »

La voix du marin était fébrile, il avait un nœud dans la gorge. Horuss releva une de ses mains pour lui caresser la joue :

« Qui a-t-il ? On peut juste s'arrêter là et manger tranquillement, ne t'en fais pas. »

Cronus secoua la tête en posant sa main sur la sienne, tout en se blottissant un peu mieux contre Rufioh. Il hésita, cherchant ses mots, baissant les yeux quelques secondes avant de les relever timidement :

« Est-ce que... je veux dire... Merde, ça va être une question ridicule mais...

- Ce ne sera pas ridicule. Dis-moi.

- ... est-ce que tu es sérieux quand tu dis, tu sais... Quand tu dis que vous... pour moi... ?

- Qu'on t'aime ? »

Les nageoires de Cronus s'agitèrent à nouveau. Rufioh lui caressa les hanches pendant qu'Horuss recommençait à lui caresser la cuisse, et chacun revint lui déposer des baisers fugaces, sur le visage, dans le cou, sur les lèvres.

« Je suis très sérieux Cro', souffla le Zahhak. Tu n'es pas 'en trop', tu n'es pas 'une passe'. Je t'aime, je t'aime vraiment. »

Sa main quitta sa joue pour venir caresser son oreille :

« Je t'aime et je sais que je vais t'aimer davantage à l'avenir, en passant plus de temps avec toi, en apprenant à mieux te connaître. Et j'ai hâte de pouvoir t'aimer encore plus. »

Cronus ouvrit et referma la bouche, à court de mot mais le visage toujours plus mauve. Il essayait de réfréner son sourire maladroit sans réellement y parvenir, et finalement il eut un rire timide, un peu gêné :

« ... Whoua... Ok, whoua, je sais pas du tout quoi dire ... C'est... Donc ce n'est pas une blague, hein ?

- Tu me crois capable d'une blague aussi cruelle ? Horuss rétorqua en faisant la moue.

- Non non, bien sûr que non chef ! C'est juste complètement inattendu, c'est... je ne pensais pas qu'un jour, quelqu'un me dirait ça... ? »

Rufioh lui embrassa la branchie en riant :

« Et bien tu vas devoir t'y habituer, on te le dira autant qu'il le faudra ! »

Horuss lui tira la langue :

« Tu n'as rien dit toi !

- Quoi ? Mais ton 'je t'aime' comptait pour deux !

- Sûrement pas ! J'ai dit mes sentiments à Cro', tu te débrouilles pour partager les tiens ! »

Ce fut à Rufioh de faire la moue, lançant un regard suppliant à Horuss avant de baisser les yeux d'embarras, puis prendre une inspiration et regarder de nouveau Cronus :

« ... Ecoute poupée, on en a déjà parlé, mais... Je ne te déteste pas. Et par ça, j'entends que... enfin... je t'aime bien. Beaucoup même. Et ça me plairait vraiment qu'on fonctionne tous les trois. »

Cronus s'humecta les lèvres, mais quand il voulut prendre la parole il ne laissa passer qu'un faible couinement, avant de cacher son visage dans ses mains :

« ... Oh bordel, vous allez me tuer... ! Mon cœur bat à cent à l'heure-là ! »

Il perçut le rire des deux autres et devina qu'ils étaient tout aussi gênés que lui. Puis ils se firent silencieux, guettant une réponse du marin à leurs déclarations. Cronus prit le temps de se calmer -ce qui semblait impossible, il était bouleversé- et se passa une main dans les cheveux avec nervosité, incapable de soutenir le regard de quiconque :

« ... Je ... Je vous aime vraiment depuis longtemps... Je veux dire... hey, whoua, qui ne voudrait pas d'un plan à trois avec vous quoi ! Ahah... »

Il essayait de retrouver son attitude cool mais il était bégayant et brûlant. Horuss le fit taire en revenant l'embrasser, tout comme Rufioh qui s'occupa une nouvelle fois de son cou.

Cronus se perdit dans les sensations des caresses et des baisers, fermant simplement les yeux en se laissant aller aux mains expertes. Il aurait aimé donné en retour, mais ses compagnons semblaient vouloir qu'il se détende et les laisse faire. Si quelque chose n'allait pas, Cronus n'aurait qu'un mot à dire et ils arrêteraient. Mais bon sang, il n'avait aucune envie que ça s'arrête. Pas quand il se trouvait traversé par des piques de plaisirs, qu'il poussait des soupirs d'aises, qu'il sentait les mains défaire son pantalon et lentement lui retirer.

Il rouvrit brusquement les yeux, sursautant au contact des doigts contre son recoin. Horuss lui avait écarté les cuisses, s'amusait à frôler sa fente avec un sourire taquin.

« Tu es déjà bien humide ici. » ronronna le sang bleu.

Cronus ne put que hocher faiblement la tête, avalant sa salive en attendant de voir ce qui allait se passer. Il s'était déjà touché bien sûr, de nombreuses fois, mais c'était tellement différent lorsqu'une autre personne initiait le contact.

Dans son cou, il sentit le sourire de Rufioh et perçut une de ses mains quitter ses hanches et remonter, pour saisir son oreille et venir taquiner ce point si sensible. Cronus glapit, électrisé, ses propres mains venant s'agripper à la nappe.

« A-Ah, bordel... ! »

Un gémissement plus fort que les précédents. Il espérait vraiment que l'écho de la forêt n'attirerait pas de visiteurs imprévisibles. Oh merde, la simple idée qu'ils puissent se faire surprendre l'embarrassait autant qu'il s'en sentit excité.

Il allait dire autre chose, mais à dire vrai il oublia complètement le fil de ses pensées en voyant Horuss se pencher, pendant que Rufioh lui attrapait la cuisse et l'écartait un peu plus, laissant une vue bien plus vaste au Zahhak.

« A-Attends, oh mon dieu, oh putain... ! » Cronus ne savait pas bien ce qui primait entre la panique et le désir. Son corps et son esprit étaient en plein duel. Il était honteux, fébrile de se montrer aussi vulnérable devant ses deux amants, mais brûlant et son tentacule s'agitait déjà, quémandant de l'attention.

Pourtant Horuss ne s'occupa nullement de sa verge, l'ignorant superbement pour se concentrer davantage sur son recoin, venant en écarter doucement les fentes et le regarder si longtemps que Cronus en fut haletant. Mais ce n'était rien en comparaison de la langue qui vint le lécher, et le marin cessa aussitôt de respirer. Tout un lot d'injures lui traversa l'esprit, mais la seule pensée claire qu'il attrapa fut un nouveau "Oh mon dieu"

La langue poussa un peu plus, s'infiltra en lui, et Cronus eut un spasme, griffa la nappe, chercha de l'air alors que sa température augmentait encore. Le muscle chaud se tortillait, lapait ses parois trempées, le taquinait d'une manière qu'il le poussait à gémir plus fort, à tressauter.

« Oh mon dieu, oh mon dieu, oh mon dieu... ! »

Il n'avait plus que ça à la bouche, sa respiration saccadée se heurtant au silence environnant, et peut-être que s'il avait eu l'esprit moins flou il aurait perçu comme ses geignements avaient emplis la clairière. Horuss allait le tuer, sa langue continuait de jouer, de le taquiner, de faire monter un feu brûlant.

« H-Horse-At-Je-AH! Attends, attends, attends ! »

Rufioh vint murmurer à son oreille :

« Shh... tout va bien... Tu peux venir, tout va bien... »

Cronus eut un couinement pathétique, se cambra, gigota désespérément, alors qu'Horuss ne ralentissait pas mais paraissait au contraire accélérer ses mouvements. Sa voix s'étrangla, les mains de Rufioh glissèrent sous son t-shirt et il ne le perçut qu'au moment où ses doigts chauds frôlèrent ses cicatrices de larves.

Il chouina, griffant, déchirant la nappe mais ne parvenant pas à s'en soucier, avant de fondre complètement et avoir un sanglot, un autre spasme, et se relâcher complètement, son fluide violet échappant à son contrôle et assaillant la bouche de Horuss.

Il haleta, effondré contre Rufioh qui le dorlotait, non sans pousser d'autres petites plaintes en sentant qu'Horuss n'avait pas reculer et prenait le temps d'avaler sa semence, de nettoyer son recoin avec sa langue. Lorsqu'il s'écarta enfin et se redressa, il se lécha les lèvres, essuyant le peu de violet encore visible.

« ... p-putain... » bégaya le marin.

Les doigts de Rufioh continuaient de taquiner ses cicatrices. Horuss prit le temps de boire un peu d'eau avant de venir se blottir contre Cronus, tout en essayant d'enlacer le sang de bronze par la même occasion.

« Ta voix va finir par me rendre addict~ rit tendrement le Zahhak.

- Oh non, j'ai pas été si bruyant... ? s'inquiéta Cronus.

- Non, pas du tout. Je pense que seule la ville voisine a entendu !

- Ah! Ne te moque pas ! »

Horuss rit de plus belle tandis que l'Ampora faisait une moue boudeuse, le visage encore un peu rouge. Dans son dos, il sentit Rufioh rire également et l'embrasser dans les cheveux :

« Horuss a raison, tu as une belle voix. »

Le Zahhak se redressa subitement en tapant dans ses mains, souriant avec excitation :

« Et encore, tu ne l'as pas entendu chanter !

- J'adorerai l'entendre, poupée~ »

Les nageoires de Cronus battaient pendant qu'il essayait de ravaler son embarras. Oh bon sang, encore d'autres compliments, et Rufioh qui voulait écouter sa musique ? C'était maintenant prouvé, il était mort et au paradis, plongé dans son monde de fantasmes. Dans quelle mesure cela pouvait-il être réel ?

Il cligna des yeux en voyant un verre lui être tendu. Horuss lui souriait, l'invitant à boire un peu, et Cronus accepta avec joie, non sans frémir quand les mains de Rufioh glissèrent pour venir lui remettre son pantalon correctement.

Ils restèrent tous trois coller pour l'apéritif, sirotant tranquillement et piochant quelques biscuits salés. La conversation était légère, Rufioh évoquait d'autres vidéos qu'il voulait leur montrer, il voulait également faire tester fiduspawn à Cronus. Ce dernier n'était pas contre, bien qu'il prévînt ne pas être familier aux jeux de cartes. Ils discutèrent aussi des prochains jours, de ce qu'ils pourraient organiser entre eux ou bien avec leurs amis. Cronus et Horuss parvinrent à convaincre Rufioh de les accompagner bientôt au restaurant.

Finalement c'est Horuss qui lança le sujet tant redouté :

« Loin de moi l'idée de vouloir gâcher notre soirée, mais je pense que ce serait le bon moment pour aborder notre dernière discussion, Ruf. »

Le sang de bronze se crispa et Cronus eut un regard interrogatif.

« ... Ah, moi qui espérais que tu avais oublié, poupée... ! plaisanta Rufioh, bien qu'il y avait une part de vérité.

- Je suis pas sûr de suivre, chef ? »

Horuss remit une mèche en place :

« Nous discutions, avec Rufioh, de notre relation avec toi par le passé. Du fait que nous te rejetions. Dans mon cas, je n'aimais pas que tu flirtes avec moi alors que j'étais en couple.

- Ouai, désolé pour ça chef, ce n'était pas cool.

- Ce n'est rien, je ne veux plus te blâmer, et puis sans doute que si je m'étais montré plus gentil à ton égard, nous aurions pu être proches bien plus tôt. »

Puis le Zahhak fixa Rufioh qui fuyait leur regard, apparemment nerveux. Cronus remarqua aussi son trouble et prit sa main pour le rassurer :

« Hum, Rufioh ? »

Le sang de bronze poussa un soupir, s'entêtant à ne pas les regarder tandis qu'il cherchait ses mots :

« ... Ecoute, Cronus, je... Moi je ne t'ai pas fui à cause de ça.

- Comment ça ?

- ... On en a déjà parlé, que j'aime flirter je veux dire. Mais je pouvais pas flirter avec toi alors que... enfin... merde, je sais pas comment dire ça sans que ça paraisse complètement stupide ou méchant. »

Cronus fronça les sourcils, un peu confus, alors que Horuss venait prendre l'autre main de Rufioh. Le Nitram poussa un autre soupir, essaya de ravaler son angoisse grandissante, sa peur de dire quelque chose qui pourrait tout gâcher :

« ... tu me rappelles moi. Quand je te vois, j'ai l'impression de me voir moi, et je sais pas si ça me fout en colère contre toi ou contre moi. »

L'Ampora ouvrit de grands yeux :

« ... je te rappelle toi ? répéta-t-il.

- ... ouai. Le fait que tu... enfin... que... »

Cronus prit une expression plus douce, compréhensive :

« ... Le fait de jouer un rôle... ? Pour être apprécier des autres ? »

Rufioh se tendit. Il regarda Cronus en se demandant s'il était si facile de lire en lui. Ce fut au marin de devenir nerveux, il baissa les yeux puis les releva, essayant de soutenir son regard maladroitement :

« Hum... j'ai trouvé ce film humain, "Hook" et ... l'un des personnages te ressemble énormément. Et il a le même nom que toi. Alors... »

Oh. Rufioh écarquilla les yeux à la réalisation. OH ! Merde, alors il s'en doutait depuis déjà un moment ? Il se mordit la lèvre :

« ... tu ne me croiras pas si je dis que c'est une coïncidence, n'est-ce pas ? »

Cronus tenta un sourire encourageant :

« Si c'était une coïncidence, je pense que tu nous en aurais parlé plus tôt, non ?

- ... oui c'est vrai ... Rufioh hésita, il aurait aimé se passer une main sur le visage mais les deux étaient retenus par ses amants. Ok... et bien... quand on était encore sur Beforus, avant qu'on commence le jeu, avant que je vous rencontre tous... j'ai vu ce film en rêve. »

Horuss s'étonna :

« ... en rêve ? »

Rufioh haussa les épaules :

« Je pense que je devais déjà être connecté à Prospit, ou les bulles de rêves, enfin... c'était vraiment flou, je n'avais aucun contrôle. Et puis j'ai vu ce film ... »

Il rit un peu, essayant une nouvelle fois de dédramatiser la chose, bien qu'en vérité faire cet aveu le tétanisait :

« C'était le rêve le plus bizarre que je n'avais jamais fait. Je ne savais pas ce qu'était un humain à l'époque, mais honnêtement, c'est pas ce que j'ai retenu... j'ai juste vu ce gars, qui était acclamé par tout le monde. "Ru-Fi-Oh ! Ru-Fi-Oh!" ils criaient, et ce gars dégageait quelque chose de tellement puissant, de fort, de cool... »

Il perdit son sourire et détourna à nouveau les yeux, ses ailes s'agitaient nerveusement.

« Alors j'ai pris ça comme un signe. J'ai pensé que pour ne pas me faire écraser par les autres, je devrais être comme lui. Je voulais être comme lui. J'ai changé de nom, d'apparence, d'attitude... »

Il rit amèrement :

« ... je sais que ça doit paraître pathétique, mais ... je voulais renvoyer la même chose que lui. Je veux continuer à renvoyer la même chose que lui. Même si ce n'est pas vraiment 'moi' ... je veux qu'on me voie comme un gars chaleureux, et confiant, et fort... »

Horuss resta muet, les mots se répétant dans son esprit. "L'image qu'il voulait renvoyer" ... Cronus n'avait-il pas dit une chose similaire par le passé ? Qu'il voulait "renvoyer une certaine image de lui" ? Cela lui serra le cœur, tandis qu'il se revoyait lui-même quelques semaines plus tôt, à sourire faussement pour convenir à l'image que Meulin souhaitait faire de lui.

Cronus lâcha la main de Rufioh pour lui caresser gentiment l'épaule :

« Ce n'est pas pathétique. Je comprends. Il y a toujours une différence entre ce que tu es et ce que tu veux montrer aux autres, il soupira. Moi-même j'aimerai qu'on arrête de me voir si pathétique. J'aimerais qu'on me voie comme quelqu'un de cool, quelqu'un à qui on pourrait se confier et qu'on inviterait en soirée par plaisir et pas par obligation ... il eut un sourire amusé. On va dire que tu fais un bien meilleur travail que moi là-dessus. »

Rufioh secoua la tête :

« Ne dis pas ça, poupée. T'as juste pas encore la bonne technique ... et pas les bons exemples. Mec, j'ai vu assez de films humains pour savoir que les gars auxquels tu essaies de ressembler sont souvent des connards. »

Cronus gonfla les joues :

« Moi je les trouve cool...

- Les 'mauvais gars' ont leur charme, c'est sûr, mais faut trouver le juste milieu. Et puis surtout, toi t'es pas un connard. Quand t'essaie de la jouer 'méchant romantique' tu tombes vite dans la lourdeur car tu ne le maîtrises pas.

- Oh ... donc, qu'est-ce que tu proposes ? »

Rufioh retrouva un sourire doux en le regardant :

« On peut toujours se faire une soirée ciné pour étudier les comportements des personnages et voir ce qui te conviendrait. J'aimerai te dire d'être toi-même, mais ce serait hypocrite de ma part, et puis honnêtement je préfère que tu réserves ton côté mignon à Horuss et moi. »

Cronus s'empourpra :

« Je ne suis pas mignon ! »

Il se fit interrompre par le rire de Rufioh et rougit davantage quand le sang de bronze lui vola un baiser :

« Désolé chéri, va falloir vivre avec~ »

Horuss ne savait trop comment intervenir dans cette conversation. Il vint les enlacer tous deux, cherchant malhabilement ses mots :

« ... Je pense que vous devriez agir en accord avec vous-même. Il n'y a pas de 'rôle' à jouer... On a tous une attitude différente en fonction de la situation, donc... tant que vous agissez d'une manière qui convient à votre identité, je pense que c'est bon... ? »

Il se mordilla la langue avec embarras :

« ... je ne sais pas si ça fait sens, je ne suis probablement pas légitime pour donner des conseils là-dessus... »

Rufioh et Cronus lui rendirent son étreinte :

« Mais non poupée, ne t'en fais pas.

- Ca fait du bien de voir que tu nous acceptes comme on est, Horse.

- Même si on est des boulets. »

Le marin donna un coup de coude au Nitram :

« Hey ! C'est toi le boulet !

- Eheh, toi-même~ »

Horuss pouffa, ravi des les voir suffisamment à l'aise pour se montrer si enfantin. Mais une information lui revint et il perdit son sourire, regardant Rufioh avec une réalisation soudaine :

« Mais attends... tu as dit que tu avais complètement changé pour ressembler à ce héros de film.

- Hum, oui ?

- Donc Rufioh n'est pas ton nom originel ? »

Rufioh se figea net et son visage s'enflamma, alors qu'il devenait tout bégayant :

« Oh... je ... non, effectivement. »

Cronus et Horuss échangèrent un regard ahuri, avant que leurs yeux ne pétillent et qu'ils ne s'accrochent chacun à un bras de leur compagnon :

« Qu'est-ce que c'était ?! »

Le Nitram hésita davantage, pesant le pour et le contre, cherchant un moyen de fuir cette situation. Mais devant leurs regards suppliants, il finit par abdiquer et souffla, puis leur sourit timidement :

« Ok ... Eh bien, à la base je m'appelle ... »


Note d'Auteure:

Merci beaucoup d'avoir lu jusqu'à la fin !

C'est, pour le moment, le one shot le plus long qu'il m'ait été donné d'écrire. J'ai connu ce threesome via quelques fanfics anglaises et je suis immédiatement tombée sous le charme. J'espère avoir pu vous transmettre tout l'amour que je porte à ce texte, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire !