Alors, qu'est-il advenu de nos chers amis ? La réponse, tout de suite !
Bonne lecture.
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Lorsque tu reprends conscience, l'haleine fétide d'une gigantesque créature te frappe le visage. Ton corps entier se tend, la douleur et l'appréhension se mêlent en ton cœur. Le sang pulse dans tes veines, veut jaillir hors de ta poitrine et de ton cerveau. Tu te sens nauséeux et faible.
Tes paupières s'ouvrent. Tu les refermes aussitôt.
Le Hurleur est là. Monstrueux et démesuré face à toi.
La respiration de la créature s'accélère, son souffle putride réveille ton envie de rendre ta bile.
Finalement, tu entre-ouvres les yeux tu veux savoir s'il compte te dévorer. Tu n'esquisses pas le moindre mouvement, retiens ton souffle pour ne pas attirer l'attention du monstre. Ton corps frémit malgré toi.
Charlos mesure au moins dix mètres. Trapu et graisseux, son obésité morbide assèche ta gorge. Il ressemble à un bébé gargantuesque, un monstre aux bourrelets prononcés, à la peau terne et aux yeux globuleux, vides de toute expression. Une chevelure de paille, couleur corbeau, surmonte son crâne aux rides prononcées.
Ses mains moites et noircies se terminent en ongles crochus, cassés et tachés de sang séché. Tu avales ta salive discrètement, mais une angoisse sourde remonte le long de ta chair. Tes poils se dressent sur ta peau, tandis que contenir la peur devient de plus en plus difficile.
Tu te détournes de la créature pour jeter un coup d'œil aux horizons. Tu reconnais la mine, ses bâtiments affaissés et ressent la chaleur d'une forge éternelle. Tu ne l'as jamais aperçue, pour autant des rumeurs à son sujet te sont parvenues.
Le monstre grogne soudain, tu pries pour ton salut.
Charlos se penche sur ton corps. Il hume ton odeur, te secoue d'un doigt pour s'écarter à nouveau.
Tu respires. Enfin.
Ton soulagement est de courte durée.
En se déplaçant, la créature te laisse entrevoir un spectacle macabre. Des centaines de squelettes débraillés pendant au plafond, et au milieu d'eux, tu aperçois une chevelure carotte reconnaissable entre toutes.
Kaku est pendu par les pieds et de longs filets de sang s'écoulent le long de son visage. Le Hurleur se rapproche de lui, l'inspecte à son tour puis sa bouche s'ouvre. Tu entrevois d'horribles rangées de dents avant qu'une langue, semblable à une limace mesurant plus d'un mètre, ne se glisse entre elles. Elle lèche le sang, qui s'écoule du rouquin, remonte le long de son corps puis retourne dans son antre obscur.
Tu veux espérer, croire que ton sauveur est encore en vie mais pour combien de temps ? Le Hurleur l'inspecte longtemps, jusqu'à se lasser et s'éloigner en soufflant tel un buffle.
Tu restes immobile. Tu crains trop son retour pour précipiter ta fuite.
Tes yeux se referment, tes mains se mettent à trembler. Tu t'inquiètes pour les autres, Paula, Usopp et Kaya. Malgré ton indifférence feinte à leur égard, tu ne peux oublier leur gentillesse. Est-ce que l'eau les a anéantis ? Est-ce que le bastion s'est affaissé sur eux ? Tu honnis le doute. Tu redoutes le pire, t'angoisses pour des gens qui ne sont pas de ta famille. Tu devais te tenir à l'écart et ne pas t'impliquer.
Tu as échoué.
Au bout d'un moment, le souffle de Charlos se change en lointain murmure. Alors seulement tu te redresses sur les coudes pour aviser ton environnement.
Le monstre t'a déposé sur une pile de matelas, de vêtements et de bibelots en tout genre. Ta jambe droite est souffrante, toutefois tu as échappé au pire aucun os n'est cassé. Tu es en état de fuir. Quelques ampoules grésillent, l'endroit est plongé dans l'obscurité. Pour autant tes yeux discernent plusieurs tunnels et bâtiments dans lesquels tu pourrais te cacher.
Si tu te dépêches, tu peux certainement disparaître avant le retour du Hurleur.
Tu voudrais partir, mais une pensée t'en empêche. Ton regard glisse à nouveau sur Kaku, pendu au plafond.
Est-il mort ? A-t-il survécu ? Tu dois en avoir le cœur net. Tu ne peux pas quitter cet endroit en abandonnant un innocent ici. Il t'a sauvé, alors qu'il aurait pu t'éliminer. Il t'a ramené dans son bastion pour te soigner, en dépit du danger.
Tu serres les dents, puis te hisses sur tes genoux. Tu aperçois trois passerelles accrochées au plafond. Elles sont rouillées, rongées par le temps et l'indifférence néanmoins tu n'as pas d'autres choix. Si tu veux venir en aide au rouquin, tu dois emprunter l'une d'elles.
Avec une certaine précipitation, tu rassembles des vêtements, une balle ainsi qu'une serpillière usée pour te remplacer. Charlos tomberait peut-être dans le panneau, tu l'espères.
Une fois cela fait, tu entames une descente en silence. Quelques ressorts grincent, une poupée tombe au sol mais le Hurleur ne surgit pas.
Tu respires et atterris sur le sol. Tu jettes un regard à la structure qui rassemble tissus, débris en tout genre et vieux objets plus ou moins volumineux. La chance t'a souri, tu aurais pu faire tomber bien des choses.
À pas de loups, tu te glisses jusqu'à une vieille échelle. Sans hésitation, tu escalades les barres de métal une à une. Par chance, aucune ne se brise sous ton poids.
Et finalement, après une vingtaine de minutes, tu atteins la première passerelle.
Tu t'allonges sur l'acier, sa froideur t'arrache un frémissement mais tu retiens un gémissement de douleur juste à temps. Comme un serpent, tu te mets à ramper, avances à tâtons, t'arrêtes souvent pour inspirer profondément puis reprends ton chemin en silence.
Soudain, la respiration du Hurleur se rapproche. Tu te figes, te fonds presque dans la plateforme et retiens ta respiration.
En dessous de toi, Charlos s'active. Ses grosses mains fouillent les débris, arrachent des pans entiers de murs aux bâtiments restants puis se glissent dans la poussière. Tu l'observes, pétrifié. À tout moment, le monstre peut se tourner vers la pile de matelas et remarquer ton absence.
D'une maison éventrée, la créature tire de larges rideaux colorés. Ses doigts caressent le tissu un temps, avant qu'un grognement satisfait n'échappe à ses lèvres gercées. Il rassemble les rideaux en un tas compact et forme une étrange boule avant de disparaître dans l'obscurité.
Tu écoutes, attends, comptes jusqu'à cinquante et reprend ton chemin. Tu avances lentement, trop à ton goût mais accélérer pourrait alerter le Souffleur, Kaku et toi. Alors tu prends ton mal en patience, essuies parfois la sueur qui parle sur ton front et l'atteint, enfin.
Des chaînes négligemment nouées retiennent ses jambes. Elles risquent de provoquer un horrible vacarme, alors tu hésites.
Le silence t'apaise soudain, Charlos est loin.
Après une grande expiration, tes jambes se redressent. Tu avises la distance qui te sépare du sol, puis t'en détournes pour te concentrer sur ton cadet pendu.
Tu te penches sur la bordure de la passerelle, tends le bras et la main pour atteindre son pantalon. Tu t'agrippes à lui, prends une inspiration puis le tires brusquement jusqu'à toi. Kaku manque de tomber, mais ta prise ferme autour de sa taille le retient.
Les chaines grincent, roulent hors de leur étau rouillé puis dégringolent, quinze mètres plus bas. Le bruit est assourdissant. Il se répand dans la cavité, les tunnels, les couloirs et résonne dans le noir.
Tu retombes sur la plateforme, le corps chaud du rouquin plaqué contre le tien.
Une seconde passe. Puis deux.
Tu attends, tremblant, le retour de la créature capricieuse.
Rien.
Charlos ne revient pas, tandis qu'entre tes bras épais, le rouquin revient à lui.
Tu expires, soulagé. Il est en vie.
Alors ? Charlos va-t-il revenir ? Vont-ils s'en sortir ? Fu fu fu fu ~
